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Nouveau gouvernement pour le Liban

 

Le Premier ministre libanais, Saad Hariri, lors d’une conférence de presse, après l’annonce de la formation d’un nouveau gouvernement au palais présidentiel à Baabda, au Liban, le 31 janvier.
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Jeudi 31 janvier, lors d’une conférence de presse au Palais présidentiel de Baabda à Beyrouth, les autorités libanaises ont annoncé la formation d’un nouveau gouvernement d’union nationale.

Cette nouvelle intervient après huit mois de querelles durant lesquels les politiciens des différentes factions n’ont pu s’accorder, conduisant à une impasse politique. En effet, depuis les élections législatives de mai dernier – les premières depuis presque dix ans – les législateurs n’étaient pas parvenus à former un gouvernement.

Tandis que le Premier ministre sunnite Saad HARIRI, chef du Courant du futur, a présenté ses excuses concernant la longueur de l’attente de cette décision, la presse libanaise considère cet événement comme un « miracle » obtenu « au forceps ».

Quatre femmes figurent parmi les 30 ministres nommés et détiennent des portefeuilles importants tels que l’Intérieur ou l’Energie. Le ministre des Affaires étrangères et gendre du président Michel AOUN, Gebran BASSIL, à la tête de la formation chrétienne Courant patriotique libre, conserve son poste. Dans ce nouveau gouvernement, les principales factions sont donc représentées dont le Hezbollah, allié du président maronite. Lors des élections législatives, le Hezbollah et ses alliés sont sortis vainqueurs aux dépens de la communauté sunnite. Le parti chiite est ainsi représenté par trois ministres et a obtenu le portefeuille important de la Santé publique. De fait, le mouvement, qui soutient le gouvernement de Bachar al-ASSAD en Syrie, a donc la capacité de pouvoir faire obstacle aux décisions prises par le gouvernement.

Le Premier ministre a annoncé que l’économie sera le principal centre d’intérêt du gouvernement fraichement nommé et a déclaré : « Nous sommes face à des défis économiques, financiers, sociaux et administratifs ». En effet, le pays se retrouve dans une situation de marasme économique et souffre des répercussions de la guerre en Syrie, cette dernière divisant sa propre opinion publique. La situation financière préoccupante, le pays étant surendetté à hauteur de 141% de son PIB – l’un des taux les plus élevés au monde – a conduit Saad HARIRI a cherché des aides et des prêts pour tenter de relancer la croissance économique du Liban. La priorité est donc de mener à bien les réformes économiques et administratives pour répondre aux attentes de la communauté internationale. Celle-ci a consenti, en avril dernier, lors de la Conférence internationale CEDRE, organisée par la France, des prêts à hauteur de 11,5 milliards de dollars pour relancer l’économie de Beyrouth.

Le Liban est régi par un système complexe garantissant un équilibre entre les communautés religieuses et les partis politiques. De fait, les décisions, devant faire l’objet de consensus, donnent lieu à de longues périodes de négociations. S’agissant du nouveau gouvernement, aucune majorité claire ne s’est dégagée. Dans un pays multiconfessionnel dirigé par un Président chrétien maronite et un Premier ministre sunnite, où le président de l’Assemblée nationale est un musulman chiite, l’équilibre politique est précaire, du fait d’un morcellement du paysage politique. De plus, les sanctions américaines contre le Hezbollah sont une difficulté supplémentaire pour ce nouvel exécutif.

Le gouvernement est dorénavant chargé d’établir sa déclaration de politique générale dans un délai constitutionnel d’un mois.

 

Elections en RDC : « une occasion historique » malgré les tensions

 

Le candidat aux élections Emmanuel SHADARY.
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Le 23 décembre 2018 se tiendront en République Démocratique du Congo les élections présidentielles qui désigneront le successeur du président Joseph KABILA. Alors qu’il est en fonction depuis 2001, la Constitution lui interdit de briguer un troisième mandat.

Parmi les nombreux candidats en lice, trois d’entre eux captent la plus grande attention. Il s’agit d’Emmanuel SHADARY, considéré comme le successeur du président actuel, et des candidats de l’opposition, Félix TSHISEKEDI et Martin FAYULU. L’une de leurs priorités est celle de la sécurité, notamment dans l’Est du pays. Toutefois, cette élection est émaillée de violences, notamment envers les deux candidats de l’opposition.

A ces violences s’ajoutent les affrontements inter-ethniques. Ayant causé la mort de plus de 150 personnes, ces conflits ont fait de nombreux blessés graves et ont causé le départ de personnes en direction du Congo-Brazzaville.

Le climat de violence est tel que les Etats-Unis ont annoncé, dimanche 16 décembre, avoir évacué leur personnel « non-essentiel » dans une « mesure de prudence ». Washington exhorte également ses ressortissants à quitter le pays.

Dans un communiqué du mardi 18 décembre, le Conseil de sécurité des Nations unies considère qu’ « en tant qu’expression de la souveraineté du peuple et du gouvernement de la République démocratique du Congo, les élections du 23 décembre prochain constituent une occasion historique de procéder au premier transfert démocratique et pacifique du pouvoir, à la consolidation de la stabilité dans le pays et à la création des conditions de son développement ». Les progrès réalisés dans la préparation technique de ces élections ont été soulevés. Toutefois, le Conseil de sécurité s’est inquiété des divers incidents se tenant à quelques jours des élections. Les 15 membres invitent le gouvernement de la RDC à « enquêter rapidement sur ces incidents » et appellent « tous les acteurs politiques à défendre la liberté d’expression, de réunion et de campagne sans entrave, qui caractérise l’exercice démocratique de la volonté du peuple au cours de cette période », conformément à la Constitution et à l’Accord du 31 décembre 2018.

Déjà, le 14 décembre 2018, la Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle BACHELET, dénonçait ces violations à l’aube des élections : « je suis profondément préoccupée par les informations faisant état d’un usage excessif de la force, y compris de balles réelles, par les forces de sécurité contre les rassemblements de l’opposition ». Selon la Haut-Commissaire, « il est primordial que les autorités veillent à ce que les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique soient pleinement protégés et qu’elles prennent toutes les mesures possibles pour prévenir les actes de violence ». De même, la cheffe de la mission de l’ONU pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), Leila ZERROUGI, est « préoccupée par la succession d’incidents graves qui entravent le bon déroulement de la campagne électorale ». Elle « déplore les pertes en vies humaines et demande aux autorités congolaises de prendre les mesures nécessaires pour éviter de nouveaux incidents ».

Il reste à savoir quelle sera l’issue du scrutin dans ce climat difficile. Emmanuel SHADARY, surnommé « le dauphin » de Joseph KABILA connait depuis longtemps le chef de l’Etat dont il a été nommé vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur. En mars 2017, il a été sanctionné par l’Union européenne pour « entraves au processus électoral » et « violations des droits de l’homme ».

Midterms : un changement de la politique de Donald TRUMP au Moyen-Orient ?

 

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Le mercredi 7 novembre 2018, les résultats des élections locales et parlementaires de mi-mandat aux Etats-Unis, les « midterms », ont dominé l’actualité internationale. Pour Donald TRUMP, cette élection incarne un référendum autour de sa personne. Fort de son bilan économique, le Président a multiplié les rencontres de personnalités, proches du parti républicain. Du côté démocrate, l’objectif poursuivi était celui d’une « vague anti-Trump ».

Au terme d’une campagne qui a fortement mobilisé les citoyens américains, le parti républicain a perdu la majorité à la Chambre des représentants, mais a accru sa position au Sénat. Sur Twitter, Donald TRUMP s’est félicité de cet « immense succès ». Autre évolution significative : plus d’une centaine de femmes siègeront dorénavant au Congrès, un record pour ces élections. La victoire en demi-teinte pour le camp républicain, qui devra composer avec la Chambre des représentants pour faire adopter les lois, ne doit pas donner lieu pour autant à une surestimation de la poussée démocrate.

Cette élection aura-t-elle des conséquences sur la politique étrangère menée par l’administration TRUMP, notamment en Méditerranée, au Moyen-Orient et en Europe ? Probablement pas. Si le Congrès représente une force de « recalibrage » capable d’ajuster les ambitions du président et peut même, dans de rares cas, initier une procédure d’impeachment dans les faits, il est rarement l’acteur premier de la formulation et de la conduite des actions extérieures du pays. La politique étrangère relève essentiellement de l’exécutif, composé du président et de ses départements. La présidence américaine a d’ailleurs accru ses pouvoirs en matière d’actions extérieures depuis 1945. Par ailleurs, le positionnement américain au Proche et Moyen-Orient n’a pas été un sujet majeur des midterms. Si le président TRUMP a remodelé la forme de la politique étrangère américaine par une posture très directe voire brutale, ses fondamentaux (soutien à Israël et à l’Arabie Saoudite) sont partagés par la classe politique américaine.

Ces élections laissent donc présager une continuation de la politique en place, notamment la poursuite de la politique de sanctions à l’égard de l’Iran, avec ses zones d’incertitudes (positionnement vis-à-vis de l’Europe, de la Turquie, rôle en Syrie, au Yémen,…) dans un contexte qui autorise désormais l’hypothèse d’une victoire de Donald TRUMP en 2020.

Millefeuille administratif et nationalisme : les élections en Bosnie-Herzégovine

Milorad DODIK, grand vainqueur du scrutin

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Le 7 octobre 2018, les électeurs de Bosnie-Herzégovine ont voté pour renouveler la présidence tripartite collégiale, composée de trois membres représentant les communautés bosniaque (musulmans), serbe (orthodoxes) et croate (catholiques) du pays, conformément aux accords de Dayton de 1995, ayant mis fin à la guerre civile.

Ces accords ont permis la mise en place d’une vaste administration où le partage du pouvoir se fait entre les trois communautés dans une république fédérale comprenant la république serbe de Bosnie et la fédération de Bosnie-et-Herzégovine. Dans cet Etat central faible comprenant 13 entités et 160 ministères, l’autorité ultime est confiée à un Haut représentant de la communauté internationale, d’origine européenne, exacerbant de fait les tensions dans un pays au système irréformable et bloqué en proie aux revendications nationalistes.

A l’issue du scrutin, le nationaliste Milorad DODIK, président depuis 2006 de la République serbe de Bosnie, remporte le siège réservé aux Serbes. Ce dernier plaide pour le rattachement de la République serbe à la Serbie et a déclaré œuvrer « uniquement dans l’intérêt ou au profit » de l’entité serbe de Bosnie-Herzégovine. A ses côtés, Sefik DZAFEROVIC du parti conservateur siègera au nom des Bosniaques et le social-démocrate Zeljko KOMSIC occupera la place croate. Les conséquences de cette présidence tricéphale s’annoncent délicates et la formation d’un gouvernement difficile.

Les observateurs internationaux soulignent la segmentation continue de ces élections en fonction de critères ethniques et les lacunes persistantes en termes de cadre juridique. Dans une élection se concentrant davantage sur des attaques personnelles et des propos alarmistes que sur des alternatives politiques, les médias se sont distingués par une couverture biaisée par des intérêts politiques et commerciaux. L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), par la voix de Cheryl GILLAN, se déclare déçue devant le fait que la « campagne électorale reste segmentée en fonction de critères ethniques ». En effet, ce phénomène va à l’encontre des engagements de l’OSCE, du Conseil de l’Europe et des normes internationales. Alors que les libertés de parole, de mouvement et d’association ont été globalement respectées dans le cadre de la campagne, l’APCE, dans son communiqué, souligne à plusieurs reprises le manque de transparence des médias et des entreprises en place et émet des inquiétudes quant à leur capacité à fournir une couverture impartiale.

Washington félicite les Bosniens pour leur participation aux élections et rappelle « l’amitié durable » qui les lie. Les Etats-Unis partagent toutefois les préoccupations des observateurs, des ONG locales et des organisations internationales sur l’impartialité qui vont, rappelle Heather NAUERT, porte-parole du Département d’Etat, à l’encontre des engagements pris par les autorités locales d’organiser des élections justes et transparentes.

S’il est regrettable que le pays se scinde selon un découpage ethnique, cette situation n’est pas étonnante compte tenu des accords de Dayton qui ont imaginé et recommandé cette scission afin de maintenir une stabilité dans la région.

Des élections en Libye ?

Le Premier ministre AL SARRAJ, le Président français Emmanuel MACRON et le maréchal HAFTAR à La-Celle-Saint-Cloud, 25 juillet 2017
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« La Libye n’est pas prête pour des élections » déclarait le Premier ministre du Gouvernement National d’Accord (GNA) Faïez AL SARRAJ en septembre 2018. Depuis 2016, se font front en Libye deux hommes forts. D’un côté, Faïez AL SARRAJ, est le Premier ministre du GNA de Tripoli formé sous l’égide de l’ONU à l’issue de la deuxième guerre civile libyenne et de la progression de l’Etat islamique sur le territoire libyen. S’il incarne le pouvoir légitime et bénéficie du soutien italien, il n’est pas reconnu comme tel par l’ensemble du pays. Face à lui, le maréchal Khalifa HAFTAR est le chef de l’Armée nationale libyenne contrôlant l’Est de la Libye. Auréolé de la libération de la ville de Benghazi des djihadistes et bénéficiant de l’appui du Parlement de Tobrouk, il est considéré comme proche du Caire et de Paris.

Si les deux hommes se sont rencontrés en juillet 2017 à La-Celle-Saint-Cloud en présence du Président de la République française Emmanuel MACRON en s’engageant à un cessez-le-feu, il est promis en mai 2018 à Paris la tenue d’élections présidentielles et législatives pour le 10 décembre 2018.

Or, le Premier ministre estime que les conditions ne sont pas remplies pour organiser ces élections. La situation de cessez-le-feu ne semble tenir qu’à un fil : tandis que les combats entre milices rivales armées ne cessent de s’accroître, la menace djihadiste se montre grandissante, notamment dans la capitale. Le Parlement situé à Tobrouk, dans l’Est du pays, rejoint la position du Premier ministre et bloque l’adoption de la Loi électorale initiée par les Nations-Unies.

Ces points de vue viennent contredire les attentes françaises et onusiennes qui espèrent maintenir ces élections en décembre 2018. La question devient épineuse puisqu’elle envenime les relations franco-italiennes. Rome s’oppose depuis quelques semaines à la tenue de ces élections, dénonçant une volonté d’ingérence de la part de la France.  Toutefois, la France maintient sa position en soutenant les efforts des autorités libyennes et onusiennes quant à la poursuite du processus politique mis en place.

Alors que le calendrier défendu par Paris entend être le moyen de sortir le pays du chaos, Rome et Tripoli, appuyés par Washington, considèrent la réunification des institutions comme prioritaire aux élections.

Sept ans après la chute de Mouammar KADHAFI, la Libye baigne dans un climat d’insécurité et devient alors le théâtre d’influence entre la France et l’Italie.