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Volodymyr Zelensky, un espoir pour l’Ukraine ?

Volodymyr Zelensky. Tous droits réservés.

Dans son premier discours devant le Parlement, le nouveau président ukrainien Volodymyr Zelensky a souhaité passer un message d’espoir et de rassemblement aux Ukrainiens.

Il a tout d’abord confirmé l’attachement de l’ancienne république socialiste soviétique à l’Europe, qualifiée de « rêve commun ». Cet attachement s’est concrétisé par la rencontre le même jour avec Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission européenne chargé de l’énergie. Il s’est ensuite adressé aux 65 millions d’Ukrainiens, tous égaux, qu’ils vivent à Luhansk, Odessa ou Kharkov. Il a en particulier fait appel à la diaspora, lui demandant de revenir en Ukraine, non pour visiter le pays, mais pour « rentrer à la maison » et apporter « ses connaissances, son expérience et ses valeurs ». Citant en exemple les Islandais pour leurs exploits durant le championnat d’Europe des Nations, les Israéliens pour la défense de leur pays, les Japonais pour leur technologie ou les Suisses pour leur capacité à vivre ensemble malgré leurs différences, il a appelé de ses vœux l’avènement d’une « nouvelle ère » où l’Ukraine cumulerait toutes ces qualités.

La situation dans le Donbass n’a pas été occultée par Volodymyr Zelensky, d’origine russophone, qui a souhaité rassembler tous les Ukrainiens autour d’une « douleur commune ». Il a affiché sa volonté d’obtenir dès que possible un cessez-le-feu, affirmant être prêt à « perdre son poste » pour que cesse « la mort des héros ». Se déclarant ouvert au dialogue, il a insisté, en russe, s’adressant ainsi indirectement à Vladimir Poutine, sur la nécessité de libérer tous les prisonniers, ce qui constituerait une « première étape idéale ». Reprochant à son prédécesseur de ne rien avoir fait pour que les habitants du Donbass se sentent ukrainiens et comprennent qu’ils ne sont pas des étrangers, il s’est également moqué de la facilité accordée à ces habitants pour obtenir la nationalité russe, estimant que les Ukrainiens l’étaient par le cœur, « peu importe qu’ils possèdent dix passeports différents ».

Le Président ukrainien est également revenu sur les raisons principales ayant conduit 73  % des électeurs à lui accorder leurs suffrages. Soulignant la situation économique difficile du pays, il a directement critiqué le gouvernement, accusé de juste répondre « il n’y a rien que nous puissions faire ». Reprenant la thématique qui l’a conduit au poste suprême, Volodymyr Zelensky a demandé à ses membres de laisser leur place « à ceux qui pensent aux prochaines générations et non aux prochaines élections ». Achevant son intervention dans une ambiance glaciale [« Vos applaudissements sont plutôt légers… Je suppose que tout le monde n’apprécie pas ce que je dis ? Dommage, car ce n’est pas moi, mais le peuple ukrainien qui le dit »], le Président a demandé aux parlementaires d’approuver les lois supprimant l’immunité parlementaire et criminalisant l’enrichissement illégal, mais aussi de provoquer la démission du chef des services de sécurité, du Procureur général et du ministre de la défense, avant d’annoncer sa décision de dissoudre le Parlement et de convoquer de nouvelles élections.

L’Ukraine était également à l’ordre du jour à New-York, où la Russie avait demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui ne s’est pas tenue par suite de l’opposition de six délégations, dont la France. Son représentant s’est opposé à une séance qui se serait tenue « le jour même de l’investiture du nouveau Président ukrainien ». La Russie avait motivé cette réunion par la promulgation le 15 mai 2019 par Petro Poroshenko d’une législation imposant la langue ukrainienne comme langue officielle de l’Ukraine. Cette loi avait déjà fait l’objet d’un débat au Conseil de l’Europe, la commission de Venise s’étant prononcée contre un projet qui déniait le droit des minorités, alors que c’est la question de la langue qui est à l’origine du conflit en Ukraine.

Elections municipales en Turquie : un revers pour Erdogan

Le président turc Tayyip Erdogan glissant son bulletin de vote dans l’urne lors des élections municipales à Istanbul, le 31 mars 2019.  

Dimanche 31 mars se sont tenues les élections locales en Turquie. Dans un pays polarisé entre les différents partis, ces élections s’inscrivent dans un contexte anxiogène depuis le putsch manqué de juillet 2016.

A l’issue des élections, les résultats provisoires estiment à 52% les suffrages exprimés en faveur de la coalition regroupant le Parti pour la Justice et le Développement du président Recep Tayyip Erdogan et Parti d’action nationaliste MHP. S’il reste la principale force du pays, l’AKP connait tout de même un revers inédit depuis 2002 et son accession au pouvoir. En effet, les principales villes du pays ont basculé hors du giron de l’AKP. Parmi elles, les capitales politique et économique, Ankara et Istanbul. Pour la première fois depuis 1994, le Parti républicain du peuple, le CHP, principal parti d’opposition d’obédience kémaliste, a remporté les deux villes les plus importantes du pays. La ville d’Istanbul, qui compte 16 millions d’habitants et 10 millions d’électeurs et dont le président actuel a été le maire, a été perdue par l’AKP par 30 000 voix d’écart. La victoire du CHP a été notamment permise par l’électorat kurde, qui représente 12% de la population de la ville. Le parti pro-kurde HDP, qui recueille habituellement ses votes, a décidé de ne pas présenter de candidats dans l’ouest et le sud du pays et a exhorté les Kurdes à voter en faveur du candidat kémaliste du CHP. Cependant, le HDP a pour sa part perdu cinq villes dans le sud-est de la Turquie, dans des villes pourtant à majorité kurde.

Concernant Istanbul, l’AKP conteste le résultat. Bayram Senocak, président du bureau d’Istanbul du parti, a indiqué avoir déposé toutes les objections auprès des Conseils électoraux dans 39 districts. Le parti dénonce en effet de « nombreuses fraudes flagrantes ». De fait, le Conseil électoral saisi aura jusqu’au 13 avril pour étudier les recours et annoncer les résultats définitifs du scrutin.

Si l’attention est focalisée sur Ankara et Istanbul, les votes de dimanche 31 mars ont permis la bascule de plusieurs autres villes importantes, à l’instar d’Antalya et ont donné lieu à l’élection à Tunceli, dans l’est du pays, du premier maire communiste du pays.

Du côté de la presse, le quotidien Sabah, proche du pouvoir turc, félicite la majorité obtenue par la coalition AKP-MHP. A contrario, Al-Monitor félicite l’opposition qui « reprend vie » tandis que le journal kémaliste Cumhuriyet titre : « le pouvoir ébranlé ».

Le président Erdogan, à travers son parti, sort affaibli de ces élections qui illustrent le plus gros revers électoral subi par l’AKP depuis presque deux décennies. Cette défaite est d’autant plus significative que Recep Tayyip Erdogan avait fait campagne comme s’il s’agissait d’élections présidentielles. Malgré la mainmise du pays par le Président depuis des décennies et la multiplication de ses sorties nationalistes et agressives, l’opposition a connu un succès et a prouvé qu’il était possible de battre le parti du Président.

Les résultats du vote interviennent alors que l’économie est fragilisée dans le pays. A Ankara, les prix des denrées alimentaires ont connu une augmentation de 20% depuis janvier 2018 et le chômage a augmenté, provoquant la colère du peuple.

En dépit des critiques émises envers la Turquie concernant la liberté de la presse, la garantie des droits de l’homme et le développement démocratique, ces élections ont prouvé que l’accès aux élections libres est un principe fondamental dont les Turcs continuent de bénéficier. Reste à savoir quel sera l’impact de la perte significative par l’AKP de ces villes importantes du pays et quelle sera la réaction du Conseil électoral concernant la ville d’Istanbul.

Algérie : Bouteflika lâché par l’armée et son camp

Ahmed Gaïd Salah et Abdelaziz Bouteflika. Tous droits réservés.

Ces dernières semaines, l’élection présidentielle a suscité en Algérie une vague de mobilisations pacifiques sans précédent. Après avoir annoncé sa candidature pour un cinquième mandat, le président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999 et lourdement affaibli des suites d’un AVC, , a finalement renoncé tout en décidant du report des élections. Cette situation inédite d’un maintien au pouvoir ne satisfait pas les Algériens.

Après cinq vendredis de mobilisation populaire et une pression de la rue grandissante, le camp du président est ébranlé. Mardi 26 mars, l’armée algérienne, par la voix de son chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, lors d’un discours retransmis à la télévision, a proposé que le président algérien soit déclaré inapte et qu’une procédure d’empêchement à son encontre soit lancée. Le chef d’état-major propose ainsi l’application de l’article 102 de la Constitution qui stipule que « lorsque le Président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions, le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous moyens appropriés, propose, à l’unanimité, au Parlement de déclarer l’état d’empêchement ». Ahmed Gaïd Salah considère qu’« il devient nécessaire, voire impératif d’adopter une solution pour sortir de la crise, répondant aux revendications légitimes du peuple algérien, et garantissant le respect des dispositions de la Constitution et le maintien de la souveraineté de l’Etat ».

La déclaration du général Ahmed Gaïd Salah surprend tant il incarnait l’un des alliés les plus fidèles d’Abdelaziz Bouteflika, qui l’avait nommé en 1994 chef d’état-major et a fait de lui l’un des hommes les plus incontournables du pays. Egalement vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaïd Salah avait juré de servir le président jusqu’à sa mort. Depuis le début des manifestations, il s’était fait l’arbitre de la situation et multipliait ses déplacements dans les régions algériennes.

La solution prônée par l’armée est saluée par le parti du Rassemblement national démocratique (RND), principal allié d’Abdelaziz Bouteflika et membre de la coalition au pouvoir. Le dirigeant n’est autre qu’Ahmed Ouyahia, ex-Premier ministre récemment limogé. Mercredi 27 mars, le RND publie un communiqué dans lequel il « recommande la démission du président de la République (…) dans le but de faciliter la période de transition » en réponse aux événements qui « confirment le rejet de la rue pour la feuille de route proposée par le président ». Le même jour, des membres du comité central du Front de libération nationale (FLN), parti du président, ont également apporté leur soutien à la déclaration du général Salah relatif à l’article 102. A Alger, l’étau se resserre autour du clan présidentiel, lâché par ses soutiens historiques.

L’empêchement réclamé par le général Salah donnerait à l’armée – qui est déjà au pouvoir et est partie intégrante du système actuel – l’occasion d’assurer la transition et ne laissera que peu de temps à la société algérienne pour se mobiliser. Face à la tournure que prennent les événements, l’opinion publique algérienne se montre sceptique et rejette ce qu’elle considère comme un coup de force et une immixtion de l’armée. Ainsi, les appels à manifester se multiplient, la solution prônée par Ahmed Gaïd Salah ne répondant pas aux nombreuses protestations dans les villes algériennes qui expriment la volonté d’un changement de régime et pas seulement le départ du président actuel.

C’est au Conseil constitutionnel, réputé proche du pouvoir et du président, que l’avenir politique de l’Algérie se jouera dans les prochains jours. En effet, l’organe devra se prononcer sur la mise en œuvre de l’article 102.

 

Report des élections et prolongement du 4ème mandat : la réaction algérienne

Manifestation étudiante en Algérie, le 12 mars 2019. Tous droits réservés.

Le 11 mars, l’agence de presse nationale algérienne APS a relayé le message à la nation du président Abdelaziz Bouteflika, 24 heures après son retour de Genève où il était hospitalisé. Dans ce message, il annonce le report sine die des élections présidentielles du 18 avril prochain et sa décision de ne pas briguer un 5ème mandat en raison de « son état de santé et son âge ».

Cette décision intervient alors que le pays connait depuis plusieurs semaines une vague historique de mobilisations pacifiques. Les Algériens manifestent contre un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, affaibli par un AVC survenu en 2013 et dont les apparitions se font rares.

Le chef de l’Etat affirme « comprendre » les revendications du peuple et notamment de la jeunesse et promet une transition, notamment au travers d’un remaniement général du gouvernement. Dans la foulée, le Premier ministre Ahmed Ouyahia, impopulaire en Algérie, a été limogé et remplacé par Noureddine Bedoui, ministre de l’Intérieur et ami du frère du président, Nacer.

Le message présidentiel, s’il a donné lieu à des manifestations de joie, s’est finalement traduit par un doute. Les Algériens se questionnent quant à ce maintien à durée indéterminée du président sortant – Abdelaziz Bouteflika n’ayant pas donné la date des prochaines élections. De plus, le nouveau gouvernement ne satisfait pas les manifestants qui n’y voient que la continuité du régime. Ainsi, mardi 12 mars, une nouvelle vague de manifestation a débuté. Le doute plane quant au futur politique du pays. Les slogans « contre le cinquième mandat » ont laissé place à des protestations « contre le prolongement du 4ème ». Le peuple, porté par la jeunesse étudiante, réclame ainsi le retrait de la magistrature suprême du président actuel et un changement de système.

Juridiquement, la question du report de l’élection pose également problème. Walid Laggoune, professeur de droit constitutionnel à l’Université d’Alger a déclaré à la radio publique algérienne : « La constitution ne prévoit aucune disposition relative au report des élections ».

La nouvelle a de fait suscité de vives réactions en Algérie. Alors que les journaux pro-régime à l’instar d’El Moudjahid ou l’Expression saluent la décision du chef de l’Etat et énumèrent ses « engagements », d’autres médias se montrent plus méfiants. El Watan titre ainsi le mardi 12 mars « Il annule la présidentielle mais reste au pouvoir. La dernière ruse de Bouteflika ». Pour le site TSA – Tout sur l’Algérie, qui a relayé en temps direct les manifestants à travers le pays, le système instauré par le président Bouteflika ne permettra pas la transition promise. Enfin, pour Liberté Algérie, « la rue dit non à Bouteflika ».

Sur Twitter, le Président de la République française, Emmanuel Macron,a accueilli avec satisfaction le choix du Président algérien et a déclaré : « La jeunesse algérienne a su exprimer son espoir de changement avec dignité. La décision du Président Bouteflika ouvre une nouvelle page pour la démocratie algérienne. Nous serons aux côtés des Algériens dans cette période nouvelle, avec amitié et avec respect ». Le chef de l’Etat français, en tournée en Afrique de l’Est, appelle à une « transition d’une durée raisonnable ». Lors de la conférence de presse donnée à Djibouti, il a déclaré : « Je salue la décision du président Bouteflika, qui signe une nouvelle page dans le développement de la démocratie algérienne (…) Je salue la dignité avec laquelle la population, en particulier la jeunesse algérienne, a su exprimer ses espoirs, sa volonté de changement, ainsi que le professionnalisme des forces de sécurité ».

Alors que les principales villes de l’Algérie ont manifesté mardi 12 mars, les manifestants appellent à de nouveaux rassemblements jeudi 14 et vendredi 15 mars.

Accord pour des élections en Libye

Le maréchal de l’Armée nationale libyenne, Khalifa Haftar, le président du Parlement libyen basé à Tobrouk, Aguila Saleh Issa, le chef du Gouvernement d’accord national Fayez al-Sarraj et le président du Haut Conseil d’Etat libyen Khaled Mechri, lors d’un congrès international.
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Jeudi 28 février 2019, la Mission d’appui des Nations unies en Libye (MANUL) a annoncé un nouvel accord sur l’organisation des élections en Libye. A Abu Dhabi, une rencontre organisée sans annonce préalable par l’Envoyé spécial de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé, a permis de réunir les deux hommes forts du pays : Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar. Dans un communiqué, la MANUL a déclaré : « Les deux parties se sont entendues sur la nécessité de mettre fin à la période de transition à travers des élections générales mais aussi sur les moyens de préserver la stabilité de la Libye et d’unifier ses institutions ».

L’appareil d’Etat libyen s’est écroulé à la chute du « Guide suprême » Mouammar Kadhafi en 2011, laissant le pays dans l’instabilité. A la situation économique alarmante se sont ajoutés l’émigration massive en direction de l’Europe et l’installation de multiples foyers terroristes. Le pays est le théâtre de luttes d’influence et deux autorités se disputent le pouvoir depuis de longs mois : Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar. Le premier est à la tête du Gouvernement d’accord national (GAN), reconnu par l’ONU et basé à Tripoli tandis que le maréchal Haftar, chef autoproclamé de l’Armée nationale libyenne (ANL), contrôle l’est du pays et est soutenu par la Chambre des représentants élue lors des élections du 25 juin 2014, et installée à Tobrouk. Un accord entre les deux hommes est nécessaire pour organiser des élections et parvenir à un retour à la sécurité.

Bien qu’aucun calendrier n’ait été communiqué à l’issue de la réunion, la rencontre est considérée comme une avancée significative, tant la communauté internationale peine à réunir les deux rivaux. Paris et Rome se sont ainsi disputé le dossier libyen : le président français Emmanuel Macron était parvenu à réunir Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar en mai dernier. A Paris, les deux hommes s’étaient déjà accordés pour organiser des élections présidentielles avant la fin de l’année 2018, sans effet concret. Ancienne puissance coloniale et partenaire historique de la Libye, l’Italie a tenté de régler cette question en organisant en novembre 2018 une conférence internationale à Palerme. Malgré la présence des deux hommes, le bilan de la conférence de Palerme fut mitigé, le maréchal Haftar ayant boudé les réunions.

Alors que Fayez al-Sarraj se montre affaibli, notamment au sein de son camp, Khalifa Haftar s’est lancé depuis le début de l’année 2019 à la conquête du sud du pays. Dans cette région, historiquement marginalisée par le pouvoir et devenue un repaire pour les djihadistes, le maréchal est parvenu à rallier les tribus locales. La rencontre des deux hommes s’est de plus déroulée à Abu Dhabi, soutien historique du camp Haftar. Dans une logique diplomatique, les Emirats arabes unis entendent s’ériger en médiateur et prouver qu’ils sont capables de régler la situation en Libye alors que les Occidentaux n’y sont pas parvenus.

Elections législatives anticipées en Espagne

 

Pedro Sanchez annonçant les élections anticipées. Le 15 février 2019.
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Le Président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a annoncé, vendredi 15 février 2019, les élections générales le 28 avril prochain. Ces élections anticipées interviennent alors que le projet de budget 2019 a été rejeté mercredi 13 février 2019, par une majorité de 191 voix sur 350.

Le Président du gouvernement espagnol était arrivé au pouvoir le 2 juin 2018 après le vote d’une motion de censure provoquant la chute du gouvernement de son prédécesseur, Mariano Rajoy. En une semaine, le parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) de Sanchez recevait le soutien de plusieurs partis du pays à l’instar de Podemos et des indépendantistes basques et catalans, dans le dessein de pousser Mariano Rajoy vers la sortie.

Pedro Sanchez est depuis à la tête du gouvernement le plus minoritaire de l’histoire espagnole. La droite et l’extrême-droite, incarnées par le Parti populaire (PP), Ciudadanos et Vox, lui reprochent des concessions à l’égard des indépendantistes de Catalogne. Des milliers de manifestants avaient ainsi manifesté le 10 février, réclamant des élections et accusant Pedro Sanchez de menacer la constitution. Pourtant, le dialogue entre gouvernement et indépendantistes a été rompu la semaine dernière, les indépendantistes catalans continuant de réclamer un référendum d’autodétermination, inacceptable pour Madrid. Ils ont donc sans surprise rejeté le projet de budget, leur vote étant pourtant nécessaire au maintien du gouvernement de Pedro Sanchez.

Ce refus de s’aligner sur la position du PSOE intervient alors que la veille a débuté le procès de 12 dirigeants catalans, jugés par la Cour suprême de Madrid pour avoir participé au processus d’indépendance de la Catalogne en 2017. Accusés de rébellion, sédition, malversation et désobéissance, ils risquent jusqu’à 25 ans de prison. En Catalogne, en guise de soutien aux indépendantistes actuellement jugés, une grande grève est prévue le 21 février.

S’il a permis des avancées sociales telles que l’augmentation du salaire minimum à 900 euros ou le décret rétablissant la santé universelle, le gouvernement de Pedro Sanchez restera « le plus court de l’histoire de l’Espagne démocratique ». Le journal El Pais, pourtant proche du parti socialiste espagnol estime que ce changement de gouvernement permettra de « sortir de la paralysie politique ». Madrid connait ces dernières années la fin de son bipartisme traditionnel et ces élections générales seront les troisièmes en moins de quatre ans. Le scrutin se déroulera un mois avant le « superdomingo » (super dimanche) du 26 mai prochain, durant lequel se tiendront les élections régionales, municipales et européennes.

Nouveau gouvernement pour le Liban

 

Le Premier ministre libanais, Saad Hariri, lors d’une conférence de presse, après l’annonce de la formation d’un nouveau gouvernement au palais présidentiel à Baabda, au Liban, le 31 janvier.
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Jeudi 31 janvier, lors d’une conférence de presse au Palais présidentiel de Baabda à Beyrouth, les autorités libanaises ont annoncé la formation d’un nouveau gouvernement d’union nationale.

Cette nouvelle intervient après huit mois de querelles durant lesquels les politiciens des différentes factions n’ont pu s’accorder, conduisant à une impasse politique. En effet, depuis les élections législatives de mai dernier – les premières depuis presque dix ans – les législateurs n’étaient pas parvenus à former un gouvernement.

Tandis que le Premier ministre sunnite Saad HARIRI, chef du Courant du futur, a présenté ses excuses concernant la longueur de l’attente de cette décision, la presse libanaise considère cet événement comme un « miracle » obtenu « au forceps ».

Quatre femmes figurent parmi les 30 ministres nommés et détiennent des portefeuilles importants tels que l’Intérieur ou l’Energie. Le ministre des Affaires étrangères et gendre du président Michel AOUN, Gebran BASSIL, à la tête de la formation chrétienne Courant patriotique libre, conserve son poste. Dans ce nouveau gouvernement, les principales factions sont donc représentées dont le Hezbollah, allié du président maronite. Lors des élections législatives, le Hezbollah et ses alliés sont sortis vainqueurs aux dépens de la communauté sunnite. Le parti chiite est ainsi représenté par trois ministres et a obtenu le portefeuille important de la Santé publique. De fait, le mouvement, qui soutient le gouvernement de Bachar al-ASSAD en Syrie, a donc la capacité de pouvoir faire obstacle aux décisions prises par le gouvernement.

Le Premier ministre a annoncé que l’économie sera le principal centre d’intérêt du gouvernement fraichement nommé et a déclaré : « Nous sommes face à des défis économiques, financiers, sociaux et administratifs ». En effet, le pays se retrouve dans une situation de marasme économique et souffre des répercussions de la guerre en Syrie, cette dernière divisant sa propre opinion publique. La situation financière préoccupante, le pays étant surendetté à hauteur de 141% de son PIB – l’un des taux les plus élevés au monde – a conduit Saad HARIRI a cherché des aides et des prêts pour tenter de relancer la croissance économique du Liban. La priorité est donc de mener à bien les réformes économiques et administratives pour répondre aux attentes de la communauté internationale. Celle-ci a consenti, en avril dernier, lors de la Conférence internationale CEDRE, organisée par la France, des prêts à hauteur de 11,5 milliards de dollars pour relancer l’économie de Beyrouth.

Le Liban est régi par un système complexe garantissant un équilibre entre les communautés religieuses et les partis politiques. De fait, les décisions, devant faire l’objet de consensus, donnent lieu à de longues périodes de négociations. S’agissant du nouveau gouvernement, aucune majorité claire ne s’est dégagée. Dans un pays multiconfessionnel dirigé par un Président chrétien maronite et un Premier ministre sunnite, où le président de l’Assemblée nationale est un musulman chiite, l’équilibre politique est précaire, du fait d’un morcellement du paysage politique. De plus, les sanctions américaines contre le Hezbollah sont une difficulté supplémentaire pour ce nouvel exécutif.

Le gouvernement est dorénavant chargé d’établir sa déclaration de politique générale dans un délai constitutionnel d’un mois.

 

Elections en RDC : « une occasion historique » malgré les tensions

 

Le candidat aux élections Emmanuel SHADARY.
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Le 23 décembre 2018 se tiendront en République Démocratique du Congo les élections présidentielles qui désigneront le successeur du président Joseph KABILA. Alors qu’il est en fonction depuis 2001, la Constitution lui interdit de briguer un troisième mandat.

Parmi les nombreux candidats en lice, trois d’entre eux captent la plus grande attention. Il s’agit d’Emmanuel SHADARY, considéré comme le successeur du président actuel, et des candidats de l’opposition, Félix TSHISEKEDI et Martin FAYULU. L’une de leurs priorités est celle de la sécurité, notamment dans l’Est du pays. Toutefois, cette élection est émaillée de violences, notamment envers les deux candidats de l’opposition.

A ces violences s’ajoutent les affrontements inter-ethniques. Ayant causé la mort de plus de 150 personnes, ces conflits ont fait de nombreux blessés graves et ont causé le départ de personnes en direction du Congo-Brazzaville.

Le climat de violence est tel que les Etats-Unis ont annoncé, dimanche 16 décembre, avoir évacué leur personnel « non-essentiel » dans une « mesure de prudence ». Washington exhorte également ses ressortissants à quitter le pays.

Dans un communiqué du mardi 18 décembre, le Conseil de sécurité des Nations unies considère qu’ « en tant qu’expression de la souveraineté du peuple et du gouvernement de la République démocratique du Congo, les élections du 23 décembre prochain constituent une occasion historique de procéder au premier transfert démocratique et pacifique du pouvoir, à la consolidation de la stabilité dans le pays et à la création des conditions de son développement ». Les progrès réalisés dans la préparation technique de ces élections ont été soulevés. Toutefois, le Conseil de sécurité s’est inquiété des divers incidents se tenant à quelques jours des élections. Les 15 membres invitent le gouvernement de la RDC à « enquêter rapidement sur ces incidents » et appellent « tous les acteurs politiques à défendre la liberté d’expression, de réunion et de campagne sans entrave, qui caractérise l’exercice démocratique de la volonté du peuple au cours de cette période », conformément à la Constitution et à l’Accord du 31 décembre 2018.

Déjà, le 14 décembre 2018, la Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle BACHELET, dénonçait ces violations à l’aube des élections : « je suis profondément préoccupée par les informations faisant état d’un usage excessif de la force, y compris de balles réelles, par les forces de sécurité contre les rassemblements de l’opposition ». Selon la Haut-Commissaire, « il est primordial que les autorités veillent à ce que les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique soient pleinement protégés et qu’elles prennent toutes les mesures possibles pour prévenir les actes de violence ». De même, la cheffe de la mission de l’ONU pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), Leila ZERROUGI, est « préoccupée par la succession d’incidents graves qui entravent le bon déroulement de la campagne électorale ». Elle « déplore les pertes en vies humaines et demande aux autorités congolaises de prendre les mesures nécessaires pour éviter de nouveaux incidents ».

Il reste à savoir quelle sera l’issue du scrutin dans ce climat difficile. Emmanuel SHADARY, surnommé « le dauphin » de Joseph KABILA connait depuis longtemps le chef de l’Etat dont il a été nommé vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur. En mars 2017, il a été sanctionné par l’Union européenne pour « entraves au processus électoral » et « violations des droits de l’homme ».

Midterms : un changement de la politique de Donald TRUMP au Moyen-Orient ?

 

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Le mercredi 7 novembre 2018, les résultats des élections locales et parlementaires de mi-mandat aux Etats-Unis, les « midterms », ont dominé l’actualité internationale. Pour Donald TRUMP, cette élection incarne un référendum autour de sa personne. Fort de son bilan économique, le Président a multiplié les rencontres de personnalités, proches du parti républicain. Du côté démocrate, l’objectif poursuivi était celui d’une « vague anti-Trump ».

Au terme d’une campagne qui a fortement mobilisé les citoyens américains, le parti républicain a perdu la majorité à la Chambre des représentants, mais a accru sa position au Sénat. Sur Twitter, Donald TRUMP s’est félicité de cet « immense succès ». Autre évolution significative : plus d’une centaine de femmes siègeront dorénavant au Congrès, un record pour ces élections. La victoire en demi-teinte pour le camp républicain, qui devra composer avec la Chambre des représentants pour faire adopter les lois, ne doit pas donner lieu pour autant à une surestimation de la poussée démocrate.

Cette élection aura-t-elle des conséquences sur la politique étrangère menée par l’administration TRUMP, notamment en Méditerranée, au Moyen-Orient et en Europe ? Probablement pas. Si le Congrès représente une force de « recalibrage » capable d’ajuster les ambitions du président et peut même, dans de rares cas, initier une procédure d’impeachment dans les faits, il est rarement l’acteur premier de la formulation et de la conduite des actions extérieures du pays. La politique étrangère relève essentiellement de l’exécutif, composé du président et de ses départements. La présidence américaine a d’ailleurs accru ses pouvoirs en matière d’actions extérieures depuis 1945. Par ailleurs, le positionnement américain au Proche et Moyen-Orient n’a pas été un sujet majeur des midterms. Si le président TRUMP a remodelé la forme de la politique étrangère américaine par une posture très directe voire brutale, ses fondamentaux (soutien à Israël et à l’Arabie Saoudite) sont partagés par la classe politique américaine.

Ces élections laissent donc présager une continuation de la politique en place, notamment la poursuite de la politique de sanctions à l’égard de l’Iran, avec ses zones d’incertitudes (positionnement vis-à-vis de l’Europe, de la Turquie, rôle en Syrie, au Yémen,…) dans un contexte qui autorise désormais l’hypothèse d’une victoire de Donald TRUMP en 2020.

Millefeuille administratif et nationalisme : les élections en Bosnie-Herzégovine

Milorad DODIK, grand vainqueur du scrutin

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Le 7 octobre 2018, les électeurs de Bosnie-Herzégovine ont voté pour renouveler la présidence tripartite collégiale, composée de trois membres représentant les communautés bosniaque (musulmans), serbe (orthodoxes) et croate (catholiques) du pays, conformément aux accords de Dayton de 1995, ayant mis fin à la guerre civile.

Ces accords ont permis la mise en place d’une vaste administration où le partage du pouvoir se fait entre les trois communautés dans une république fédérale comprenant la république serbe de Bosnie et la fédération de Bosnie-et-Herzégovine. Dans cet Etat central faible comprenant 13 entités et 160 ministères, l’autorité ultime est confiée à un Haut représentant de la communauté internationale, d’origine européenne, exacerbant de fait les tensions dans un pays au système irréformable et bloqué en proie aux revendications nationalistes.

A l’issue du scrutin, le nationaliste Milorad DODIK, président depuis 2006 de la République serbe de Bosnie, remporte le siège réservé aux Serbes. Ce dernier plaide pour le rattachement de la République serbe à la Serbie et a déclaré œuvrer « uniquement dans l’intérêt ou au profit » de l’entité serbe de Bosnie-Herzégovine. A ses côtés, Sefik DZAFEROVIC du parti conservateur siègera au nom des Bosniaques et le social-démocrate Zeljko KOMSIC occupera la place croate. Les conséquences de cette présidence tricéphale s’annoncent délicates et la formation d’un gouvernement difficile.

Les observateurs internationaux soulignent la segmentation continue de ces élections en fonction de critères ethniques et les lacunes persistantes en termes de cadre juridique. Dans une élection se concentrant davantage sur des attaques personnelles et des propos alarmistes que sur des alternatives politiques, les médias se sont distingués par une couverture biaisée par des intérêts politiques et commerciaux. L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), par la voix de Cheryl GILLAN, se déclare déçue devant le fait que la « campagne électorale reste segmentée en fonction de critères ethniques ». En effet, ce phénomène va à l’encontre des engagements de l’OSCE, du Conseil de l’Europe et des normes internationales. Alors que les libertés de parole, de mouvement et d’association ont été globalement respectées dans le cadre de la campagne, l’APCE, dans son communiqué, souligne à plusieurs reprises le manque de transparence des médias et des entreprises en place et émet des inquiétudes quant à leur capacité à fournir une couverture impartiale.

Washington félicite les Bosniens pour leur participation aux élections et rappelle « l’amitié durable » qui les lie. Les Etats-Unis partagent toutefois les préoccupations des observateurs, des ONG locales et des organisations internationales sur l’impartialité qui vont, rappelle Heather NAUERT, porte-parole du Département d’Etat, à l’encontre des engagements pris par les autorités locales d’organiser des élections justes et transparentes.

S’il est regrettable que le pays se scinde selon un découpage ethnique, cette situation n’est pas étonnante compte tenu des accords de Dayton qui ont imaginé et recommandé cette scission afin de maintenir une stabilité dans la région.