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« Deal of the century » : le désaccord du siècle ?

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Anne BOULNOIS et Béatrice VEYRAT-MASSON, chargées de mission à l’institut FMES

Après trois ans d’attente, le « deal du siècle » a été dévoilé par le Président américain Donald Trump le 27 janvier 2020. A ses côtés se trouvaient notamment le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, son opposant pour les élections à venir Beny GANTZ, et les ambassadeurs des Emirats Arabes Unis, d’Oman et de Bahreïn. Trouver un accord de paix pour cette région qui a appris à composer avec le chaos n’est pas chose facile. Les espoirs des uns constituent le pire cauchemar des autres, tant les parties prenantes ont des intérêts divergents. Cependant, il serait idéaliste de penser que le plan de Washington répond à une véritable recherche de paix entre Israéliens et Palestiniens. Même l’analyse sous le prisme de la realpolitik[1] ne semble pas convenir, tant l’intérêt personnel des acteurs impliqués l’emporte sur l’intérêt général.

Qu’en est-il réellement de ce plan de paix ?

Ce plan s’articule essentiellement autour de l’aspect économique, prévoyant des investissements très importants en Palestine, partant du postulat que l’aspect politique suivra. Ce plan de paix, qui n’a aucune valeur juridique tant qu’il n’a pas été endossé par le Conseil de sécurité des Nations unies, stipule quatre grands points : tout d’abord la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d’Israël[2] et sa souveraineté dans la vallée du Jourdain[3], puis l’annexion définitive du plateau du Golan[4], la reconnaissance de la légalité du projet colonial en Cisjordanie[5] (illégale au regard du droit international) et enfin une allocation de 50 milliards de dollars d’investissements[6] faite au Palestiniens ainsi qu’une promesse de capitale dans la banlieue Est de Jérusalem[7]. Ce plan ne prévoit rien pour le retour des réfugiés palestiniens du Liban et de Jordanie sur leur terre originelle. Pour ce qui est de la bande de Gaza, le Hamas devrait être démilitarisé, tout comme le djihad islamique. La proposition de la relier à la Cisjordanie par un train à grande vitesse via un tunnel est mentionnée sans précision quant à sa date de mise en œuvre. Enfin, la bande de Gaza pourrait accueillir un port et des infrastructures économiques.[8]

Le Hamas, au pouvoir dans la bande Gaza, a réagi et s’est exprimé via Khalil al-Hayya, haut responsable du mouvement, en déclarant qu’il n’acceptera « pas de substitut à Jérusalem comme capitale de l’Etat de Palestine »[9]. Cette déclaration va dans le même sens que celle de Mahmoud Abbas, président de l’Autorité Palestinienne, pour qui ce plan a été conçu à sens unique, raison pour laquelle il a été de facto rejeté par les palestiniens. Le président de l’Autorité palestinienne déclarait ainsi « qu’il [serait] impossible pour n’importe quel enfant, arabe ou palestinien, d’accepter de ne pas avoir Jérusalem comme capitale d’un Etat palestinien »[10]. Répondant à l’allégation américaine de voir Jérusalem devenir la capitale « indivisible » d’Israël, Mahmoud Abbas a convoqué des réunions extraordinaires avec les partis palestiniens et la Ligue Arabe. Les membres de la Ligue Arabe se sont réunis samedi 1er février au Caire. D’un commun accord, ils ont publié un communiqué précisant que la Ligue rejetait le deal américain, affirmant qu’il était « injuste » et qu’il « ne respecte pas les droits fondamentaux et les aspirations du peuple palestinien ». La Ligue a ajouté que les dirigeants arabes avaient promis « de ne pas […] coopérer avec l’administration américaine pour mettre son plan en œuvre »[11]. Cette déclaration rejoint celle de l’Organisation de la Coopération Islamique[12]. Un soulagement pour Mahmoud Abbas qui se sentait bien isolé lors de l’annonce du « deal of the century ». Selon certaines sources, il aurait toutefois prudemment nuancé ses propos initiaux concernant sa volonté de couper tout lien avec Israël et les Etats-Unis[13]. Saeb Erekat, Secrétaire Général de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) a pour sa part déclaré que les Palestiniens se réservent tout droit de « se retirer de l’accord intérimaire d’Oslo », lequel encadre leurs relations avec Israël si ce plan annoncé devait être mis en place comme annoncé par l’administration Trump[14]. A l’issue de l’accord intérimaire dit Oslo II de septembre 1995 entre l’OLP et Israël, la Cisjordanie avait été divisée en trois zone : la zone « A » sous contrôle civil et sécuritaire palestinien, la zone « B » sous contrôle civil palestinien et sécuritaire israélien et la zone « C » sous contrôle civil et sécurité israélienne (voir encadré). Cet accord devait prendre fin en 1999, mais il a été reconduit par les deux parties. Selon Saeb Erekat, ce plan « va transformer l’occupation temporaire en occupation permanente »[15].

Carte du “futur Etat de Palestine” – Peace to prosperity (appendix 1)

Un plan américain qui survient dans un contexte de pré-campagne électorale

Alors que les élections américaines de novembre prochain se profilent, le Président Donald Trump peut d’ores et déjà s’appuyer sur son bilan économique favorable. Cependant, malgré un risque de récession et d’inflation maîtrisé ainsi qu’un chômage au plus bas « depuis la guerre de Corée » (i.e. 1950-1953), Goldman Sachs annonce une élection présidentielle serrée.[16] Les équipes de Donald Trump sont donc à la recherche d’électeurs qui puissent élargir la base électorale du Président « désormais identifiée comme stable et extrêmement solide » depuis son discours offensif sur l’état de l’Union (4 février 2020) et son blanchissement par le Sénat (5 février) dans la procédure d’impeachment qui le visait.[17] Pour certains de ses conseillers, la réussite économique pourrait ne pas être suffisante pour convaincre les Américains de voter pour lui et il serait opportun qu’il puisse se prévaloir d’un succès de politique étrangère. Les citoyens américains sont en effet sensibles de voir leur pays tenir un rôle prépondérant sur la scène internationale[18], tout particulièrement lorsqu’il s’agit de l’Etat hébreu[19]. Les propositions pro-israéliennes de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) et la communauté juive historique et influente gravitant autour des présidents américains et de leur entourage depuis 1951, entrent en résonnance avec certaines revendications des mouvements évangéliques. Le soutien et l’attachement de ces derniers envers Israël ne s’appuie pas seulement sur une adhésion au projet sioniste, mais aussi sur une véritable proximité culturelle basée sur la lecture de la Bible, les Eglises évangéliques étant « partisan[e]s d’une exégèse » fondée sur une lecture littérale qui prime sur « des médiations critiques »[20]. Donald Trump est conscient que la frange évangélique de la population américaine représente un quart de l’électorat américain. Pour ceux qui ne seraient pas convaincus par sa « Vision » pour l’Etat hébreu, le Président a stigmatisé « tous les candidats démocrates qui briguent la présidence essayent de punir les croyants » lors d’un meeting à la megachurch de Miami King Jesus International Ministry[21].

La médiatisation faite autour du « deal du siècle » – à commencer par son appellation pompeuse, mais surtout son contenu déséquilibré en faveur des israéliens – a permis également au Président Trump de détourner l’attention de l’électorat américain du procès en destitution dont il a fait l’objet. Bien qu’il ait été blanchi par le Sénat, le principal intéressé n’en est pas moins soucieux de son image. En effet, les indécis pourraient être définitivement refroidis par les révélations successives, dont celles de l’ex-conseiller à la sécurité nationale John Bolton. Face à cette mauvaise publicité, le Président américain souhaite mettre en avant le fait qu’il a réussi là où les « administrations précédentes depuis le Président Lyndon Johnson [ndlr. 1963-1969] ont essayé et ont amèrement échoué » selon ses propos lors de la conférence de presse lors de laquelle il a présenté son plan de paix[22].

Benjamin Netanyahou comblé

De son côté, le Premier ministre Netanyahou y trouve tout son intérêt. Ce plan survient en effet au meilleur moment pour lui dans la perspective de l’élection du 2 mars 2020, la troisième en moins d’un an, pour désigner les membres de la Knesset et par là-même le futur Premier ministre. Ces élections anticipées résultent de l’incapacité des partis israéliens à former un gouvernement de coalition.

Benjamin Netanyahou, au « coude à coude » avec son opposant l’ancien Chef d’état-major des armées Benny Gantz, considère que ce plan « marquera l’histoire comme un jalon important permettant à différents acteurs au Moyen-Orient d’aller enfin de l’avant avec un accord régional historique »[23]. Il espère tirer profit de ce plan et de sa proximité avec le Président américain pour sortir vainqueur de l’élection, tant l’accord est favorable à Israël.

David Khalfa, chercheur à l’Institut prospective et sécurité en Europe explique que la présence de Monsieur Gantz aux côtés de Monsieur Netanyahou à la conférence de presse à la Maison Blanche était sans doute un piège. En effet, « cette invitation collective à Washington visait à illustrer un rapprochement entre les deux hommes pouvant aboutir à la constitution d’un gouvernement d’union nationale, meilleure issue pour Netanyahou. Or, agissant de la sorte, il coupait l’herbe sous le pied de Gantz qui a axé toute sa campagne sur le rejet de Netanyahou »[24]. Il est important de rappeler que la motivation de l’actuel Premier ministre de gagner ces élections ne consiste pas seulement dans sa volonté de garder le pouvoir, mais aussi dans sa nécessité d’obtenir l’immunité que lui confère le statut de Premier ministre afin de ne pas être poursuivi sur le plan judiciaire[25].

Cette analyse met en lumière la fragilité du Premier ministre israélien qui a désespérément besoin de l’appui de Donald Trump comme celui des autres dirigeants influents qu’il s’est empressé de rencontrer ces dernières semaines. Une partie de l’extrême-droite israélienne n’a pas hésité à critiquer Benjamin Netanyahou en lui reprochant d’avoir cédé à la Maison Blanche en acceptant le principe de deux Etats, même si le futur Etat palestinien tel qu’envisagé par le plan de paix est de fait vidé de toute substance. Peut-on en effet parler d’Etat lorsque la surveillance des frontières et le contrôle de l’espace aérien ne lui appartient plus ? Ou bien lorsque ce dernier n’est pas libre de signer des traités ou de faire partie de certaines institutions internationales ?[26]

La communauté internationale divisée sur le sujet

La communauté internationale a réagi mollement et a affiché ses divisions. L’Organisation des Nations Unies s’en tient aux résolutions onusiennes et aux accords bilatéraux sur la création de deux Etats, Israël et la Palestine, « vivant côte à côte en paix et sécurité dans les frontières reconnues sur la base des lignes définies en 1967 » selon les déclarations de son porte-parole.[27]

L’Union européenne a, par l’intermédiaire de son chef de la diplomatie Josep Borrell, évoqué l’idée « d’étudier et d’évaluer les propositions avancées »[28]. Elle a cependant réaffirmé d’une seule voix « son engagement ferme et unanime en faveur d’une solution négociée et viable prévoyant deux Etats qui tiennent compte des aspirations légitimes tant des palestiniens que des israéliens, en respectant toutes les résolutions de l’ONU »[29]. Un message clair qui confirme son attachement aux résolutions onusiennes.

Les Etats arabes ont pour l’instant peu réagi, car tenus par des engagements politico-économiques avec les Etats-Unis. Le maréchal al-Sissi a un besoin vital d’aides américaines[30] ; Mohammed Ben Salman et Mohammed Ben Zayed Al-Nahyan voient dans l’accord un moyen de se rapprocher d’Israël pour contrer plus efficacement l’Iran qui leur fait peur.[31] Les deux souverains savent par ailleurs qu’ils ont besoin des armes et des garanties de sécurité américaines.[32]

La Jordanie a déclaré son « soutien à tous les efforts sincères visant à obtenir une paix juste et globale dont la seule voie est l’établissement d’un Etat palestinien indépendant sur les frontières de 1967 avec Jérusalem en-Est »[33], réaction semblable à celle du Qatar. L’Egypte a quant à elle adopté une réaction plus encline au plan de paix américain en invitant les deux parties à un examen « attentif » et « approfondi »[34]. L’Arabie-Saoudite a dit « apprécier » les efforts de Donald Trump, mais le roi Salman a réaffirmé son soutien lors d’un entretien téléphonique à Mahmoud Abbas sur « l’engagement du Royaume envers les Palestiniens »[35].

L’Iran, la Turquie, le Hezbollah et la Syrie ont condamné fermement ce plan de paix. Le premier l’a nommé le « plan […] de la honte imposé par l’Amérique aux Palestiniens[, qui] est la trahison du siècle et est voué à l’échec ». Le second parle d’un projet « mort-né » et d’un « plan d’occupation visant à tuer une solution à deux Etats et à extorquer des territoires palestiniens ». La milice chiite libanaise a estimé que ce plan n’est qu’une tentative d’éliminer les droits du peuple palestinien, historiques et légitimes. Enfin, le régime syrien a déclaré que « ce plan démontre l’alliance claire entre les Etats-Unis et l’entité sioniste, ainsi que leur animosité envers la nation arabe ».[36] Chacun – avec plus ou moins de délicatesse – a rejeté le plan américain qui élimine de facto toute considération envers le peuple palestinien.

La Chine, elle, ne s’est pas exprimée, ses intérêts pluriels dans la région rendant difficile son positionnement. Enfin, la Russie, redevenu un acteur majeur au Moyen-Orient depuis 2014, a demandé aux Israéliens et aux Palestiniens d’entamer « des négociations directes », soulignant que plusieurs dispositions du plan de paix allaient à l’encontre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.[37] Ce faisant, le Kremlin a montré sa posture légitimiste vis-à-vis du droit international violé en l’espèce, selon lui, par les Etats-Unis tout en rappelant qu’in fine ce plan devrait être légitimité par le Conseil de sécurité de l’ONU et non pas uniquement par les Israéliens et les Américains.

Conclusion

L’annonce de l’accord de paix élaboré par Jared Kushner et son équipe tombe à un moment crucial tant dans le calendrier interne américain, que dans celui du Premier ministre israélien. Ce n’est certainement pas une coïncidence, mais un calcul stratégique d’un Président qui se lance dans une nouvelle campagne électorale, porté par son bilan économique positif et s’attribuant le mérite d’un plan de paix pour une région enlisée dans un conflit réputé insoluble. Mais n’a-t-il pas été trop arrogant ? N’a-t-il pas sous-estimé le risque d’une détérioration de la situation israélo-arabe en cas de nouveau soulèvement populaire, ainsi que d’éventuelles répercussions sécuritaires liées au rejet de l’interventionnisme occidental et anti-palestinien ? Ces répercussions semblent d’ailleurs avoir déjà commencé : des tirs de roquettes ont été lancés depuis la bande de Gaza vers Israël dans la nuit du 1er au 2 février 2020. En réponse, l’Etat hébreux a visé des bastions du Hamas. Le conflit risque à tout moment de s’envenimer.

De plus, ce plan répond à la logique unilatéraliste du Président Donald Trump observée depuis le début de son mandat en matière de politique étrangère. Celui-ci a conscience de sa puissance économique et militaire : il s’en sert pour tenter de faire plier ses adversaires afin qu’ils se conforment à ses désidératas, même si ses résultats tardent à se manifester en Corée du Nord et en Iran.

Au fond, cette initiative et les réactions qu’elle suscite illustrent la nouvelle donne au Moyen-Orient :

  • la fragilisation du multilatéralisme, du droit international et du concept de souveraineté qui en découlent. Le texte du deal du siècle apporte un éclairage cru sur ce dernier concept : «l’idée que la souveraineté est un terme statique et constamment défini a été une pierre d’achoppement inutile dans les négociations passées »[38].
  • l’absence de stratégie de long terme des Etats-Unis ensuite pour qui, au-delà de la conjoncture électoraliste Trumpienne, le redéploiement prime désormais. L’influence d’Israël et de l’Arabie Saoudite en est renforcée, et les marges de manœuvre des acteurs s’accroissent, en particulier pour la Russie à l’affût.
  • le changement générationnel, qui semble se caractériser par une indifférence plus forte à la cause palestinienne. Le chaos et les guerres qui ont secoué le monde arabe depuis 20 ans ont peut-être relativisé le sort de ce peuple qui s’éloigne encore un peu plus de son objectif de création d’un Etat souverain.

 

Téléchargez ici le “deal du siècle” (PDF en anglais)

 

Quelles sont les frontières dites de 1967 ?
Ce sont les frontières reconnues par l’ONU en 1967 qui correspondent aux frontières de la fin de la guerre israélo-arabe de 1948. Il s’agit d’une ligne de démarcation entre les forces israéliennes et les forces arabes (Syrie, Liban, Transjordanie et Egypte). Elles ne sont reconnues que par l’Egypte, la Jordanie et l’Autorité Palestinienne. Le plateau du Golan et Jérusalem-Est ont été annexés par Israël en 1982 ; l’Etat hébreu occupe également une partie de la Cisjordanie. Israël continue aujourd’hui sa politique de colonisation, faisant de la Cisjordanie un territoire « gruyère »[39] aboutissant à la quasi-impossibilité de création d’un Etat Palestinien. Pourtant, la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le 23 septembre 2016, « exige de nouveau d’Israël qu’il arrête immédiatement et complétement toutes ses activités de peuplement dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est »[40]. Israël avait alors annoncé « qu’il ne se conformera pas au vote du Conseil de sécurité »[41]. La démarche intellectuelle d’Israël, mais aussi matérielle, montre bien une envie de passer outre les règles onusiennes sous un prétexte sécuritaire.

 

 **

[1] La realpolitik désigne « la politique étrangère fondée sur le calcul des forces et l’intérêt national », dans Kissinger, H. (1996) Diplomatie. Fayard, p. 123.

[2] The White House. (2020). Peace to Prosperity | The White House. [en ligne] Disponible sur: https://www.whitehouse.gov/peacetoprosperity/ [Dernier accès : 3 février 2020] ; p. 17.

[3] Ibid ; p. 13.

[4] Ibid ; p. 41.

[5] Ibid ; p. 16.

[6] Ibid ; p. 19.

[7] Ibid ; p. 17.

[8] Ibid ; pp. 25.

[9] AFP. (2020). Le Hamas palestinien rejette le plan de paix américain. [en ligne] Le Figaro.fr. Disponible sur:https://www.lefigaro.fr/flash-actu/le-hamas-palestinien-rejette-le-plan-de-paix-americain-20200128 [Dernier accès : 3 février 2020].

[10] Les Echos. (2020). Réactions contrastées au plan de paix américain sur le conflit israélo-palestinien. [en ligne] Disponible sur: https://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/reactions-contrastees-au-plan-de-paix-americain-sur-le-conflit-israelo-palestinien-1167357 [Dernier accès: 3 février 2020].

[11] Le Monde.fr. (2020). La Ligue arabe rejette le plan de paix américain pour le Proche-Orient. [en ligne] Disponible sur: https://www.lemonde.fr/international/article/2020/02/01/mahmoud-abbas-declare-mettre-fin-a-toutes-les-relations-des-autorites-palestiniennes-avec-israel-et-les-etats-unis_6028089_3210.html [Dernier accès: 3 février 2020].

[12] Anon, (2020). Résolution adoptée à la Session extraordinaire du Comité exécutif à composition non limitée au niveau des ministres des Affaires étrangères des Etats membres de l’OCI sur l’examen des implications de l’annonce du plan de l’administration américaine,le 28 janvier 2020. [en ligne] Disponible sur: https://www.oic-oci.org/topic/?t_id=23179&t_ref=13923&lan=fr [Dernier accès: 3 février 2020].

[13] YouTube. (2020). Conflit israélo-palestinien: Mahmoud Abbas met un bémol à sa menace | AFP News. [en ligne] Disponible sur: https://www.youtube.com/watch?v=hgwaJ9L-JQg [Dernier accès: 3 février 2020].

[14] Le Figaro.fr. (2020). Les Palestiniens menacent de se retirer des accords d’Oslo si Trump annonce son plan de paix. [en ligne] Disponible sur: https://www.lefigaro.fr/flash-actu/les-palestiniens-menacent-de-se-retirer-des-accords-d-oslo-si-trump-annonce-son-plan-de-paix-20200126 [Dernier accès : 3 février 2020].

[15] Ibid.

[16] Goldman Sachs. (2020). Goldman Sachs | Insights – U.S. Economic Outlook 2020: On Firmer Ground. [en ligne] Disponible sur: https://www.goldmansachs.com/insights/pages/us-outlook-2020.html [Dernier accès: 3 février 2020].

[17] Atlantico.fr. (2020). Pourquoi l’économie américaine devrait continuer à porter Donald Trump pendant l’année présidentielle. [en ligne] Disponible sur: https://www.atlantico.fr/decryptage/3583923/pourquoi-l-economie-americaine-devrait-continuer-a-porter-donald-trump-pendant-l-annee-presidentielle-election-maison-blanche-washington-jean-eric-branaa [Dernier accès: 3 février 2020].

[18] Rielly, J. (1987). American public opinion and foreign policy. Chicago, IL: Chicago Council on Foreign Relations.

[19] Gilboa, E. (1987). American public opinion toward Israel and the Arab-Israeli conflict. Lexington, Mass.: D.C. Heath.

[20] Fath, S. (2005). Le poids géopolitique des évangéliques américains : le cas d’Israël. Hérodote, 119(4), p.25.

[21] Le Point. (2020). Trump entretient le soutien. [en ligne] Disponible sur: https://www.lepoint.fr/monde/trump-entretient-le-soutien-extraordinaire-des-chretiens-evangeliques-04-01-2020-2356078_24.php [Dernier accès: 3 février 2020].

[22] Conférence de presse : visionnage disponible sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=JZVvQ-_C6Ns [Dernier accès: 3 février 2020].

[23] I 24 News (2020). « Deal du sciècle » : Benny Gantz accepte l’invitation de Donald Trump. [en ligne] Disponible sur : https://www.i24news.tv/fr/actu/international/1579974729-deal-du-siecle-benny-gantz-accepte-l-invitation-de-donald-trump-et-voyagera-lundi-aux-etats-unis [Dernier accès: 3 février 2020].

[24] Le Point. (2020). « Accord du siècle » : le cadeau de Trump à Netanyahou. [en ligne] Disponible sur: https://www.lepoint.fr/monde/accord-du-siecle-le-cadeau-de-trump-a-netanyahou-27-01-2020-2359830_24.php [Dernier accès: 3 février 2020].

[25] Sfard, M. dans Le Point. (2020). « Le plan de paix de Trump peut nous amener à la guerre ». [en ligne] Disponible sur: https://www.lepoint.fr/monde/le-plan-de-paix-de-trump-peut-nous-amener-a-la-guerre-29-01-2020-2360351_24.php [Dernier accès: 3 février 2020].

[26] The White House. (2020). Peace to Prosperity | The White House. [en ligne] Disponible sur: https://www.whitehouse.gov/peacetoprosperity/ [Dernier accès : 3 février 2020] ; p. 53.

[27] Libération.fr. (2020). Proche-Orient : l’ONU dit s’en tenir aux frontières définies en 1967. [en ligne] Disponible sur: https://www.liberation.fr/direct/element/proche-orient-lonu-dit-sen-tenir-aux-frontieres-definies-en-1967_108423/ [Dernier accès : 3 février 2020].

[28] Libération.fr. (2020). Réactions au plan de paix américain au Proche-Orient : refus palestinien, circonspection ailleurs. [en ligne] Disponible sur: https://www.liberation.fr/depeches/2020/01/28/reactions-au-plan-de-paix-us-au-proche-orient-refus-palestinien-circonspection-ailleurs_1775889 [Dernier accès : 3 février 2020].

[29] Euractiv. (2020). EU responds to Trump’s Middle East peace plan. [en ligne] Disponible sur: https://www.euractiv.com/section/global-europe/news/eu-responds-to-trumps-middle-east-peace-plan/ [Dernier accès : 3 février 2020].

[30] RFI. (2020). Le Caire déplore la réduction de l’aide économique et militaire américaine. [en ligne] Disponible sur: http://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20170823-egypte-etats-unis-reduction-aide-economique-militaire-erreur-deplore-droits [Dernier accès : 3 février 2020].

[31]Le Point. (2020). Pourquoi le plan Trump embarrasse les pays arabes. [en ligne] Disponible sur: https://www.lepoint.fr/monde/pourquoi-le-plan-trump-embarrasse-les-pays-arabes-31-01-2020-2360692_24.php [Dernier accès : 3 février 2020].

[32] Nytimes.com. (2020). The Most Powerful Arab Ruler Isn’t M.B.S. It’s M.B.Z.. [en ligne] Disponible sur: https://www.nytimes.com/2019/06/02/world/middleeast/crown-prince-mohammed-bin-zayed.html [Dernier accès : 3 février 2020].

[33] Le Monde.fr. (2020). Plan de Trump sur le Proche-Orient : des réactions internationales mitigées. [en ligne] Disponible sur: https://www.lemonde.fr/international/article/2020/01/29/plan-de-trump-sur-le-proche-orient-des-reactions-internationales-mitigees_6027584_3210.html [Dernier accès : 3 février 2020].

[34] RFI. (2020). Plan Trump: l’Égypte appelle Israéliens et Palestiniens à un examen «attentif» et «approfondi» – RFI. [en ligne] Disponible sur: http://www.rfi.fr/fr/ticker/plan-trump-égypte-appelle-israéliens-palestiniens-à-examen-attentif-approfondi [Dernier accès : 3 février 2020].

[35] Le Monde.fr. (2020). Avec le plan de paix américain, le consensus arabe sur la Palestine s’effrite. [en ligne] Disponible sur: https://www.lemonde.fr/international/article/2020/01/29/avec-le-plan-de-paix-americain-le-consensus-arabe-sur-la-palestine-s-effrite_6027632_3210.html [Dernier accès : 3 février 2020].

[36] Le Point. (2020). Réactions au plan de paix américain au Proche-Orient : refus palestinien, circonspection ailleurs. [en ligne] Disponible sur: https://www.lepoint.fr/monde/reactions-au-plan-de-paix-us-au-proche-orient-refus-palestinien-circonspection-ailleurs-28-01-2020-2360152_24.php [Dernier accès : 3 février 2020].

[37] I24news.tv. (2020). i24NEWS. [en ligne] Disponible sur: https://www.i24news.tv/fr/actu/international/1580385143-russie-israel-vladimir-poutine-est-le-premier-dirigeant-a-qui-benyamin-netanyahou-parle-du-deal-du-siecle [Dernier accès : 3 février 2020].

[38] The White House. (2020). Peace to Prosperity | The White House. [en ligne] Disponible sur: https://www.whitehouse.gov/peacetoprosperity/ [Dernier accès : 3 février 2020] ; p. 9.

[39] Le Monde diplomatique. (2020). La colonisation, « un danger pour la solution à deux États ». [en ligne] Disponible sur: https://www.monde-diplomatique.fr/2017/02/KERRY/57104 [Dernier accès : 3 février 2020].

[40] Organisation des Nations Unies. (2020). Conseil de sécurité: Israël ne prend aucune mesure pour cesser de coloniser les territoires palestiniens, dit le Coordonnateur pour le processus de paix au Moyen-Orient | Couverture des réunions & communiqués de presse. [en ligne] Disponible sur: https://www.un.org/press/fr/2019/cs14056.doc.htm [Dernier accès : 3 février 2020].

[41] Le Temps. (2020). Israël sur la défensive après le vote de l’ONU sur les colonies. [en ligne] Disponible sur: https://www.letemps.ch/monde/israel-defensive-apres-vote-lonu-colonies [Dernier accès : 3 février 2020].

Algérie: les élections présidentielles, solution ou impasse ? – par Mustapha Benchenane

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Un article de Mustapha Benchenane, docteur d’Etat en science politique, conférencier au Collège de l’OTAN et éditorialiste à l’institut FMES.

Dans les pays démocratiques, les élections sont une dimension essentielle de la vie politique car elles interviennent dans le cadre d’une compétition pacifique pour l’accès au pouvoir, dans le respect de règles très largement acceptées et strictement respectées. C’est donc une pratique courante dont les résultats sont rarement contestés et il s’agit toujours d’une démocratie représentative.

S’agissant de l’Algérie, il faut adopter une approche différente : des manifestations mobilisants des centaines de milliers de femmes et d’hommes, entendaient, au contraire, empêcher le déroulement de l’élection présidentielle voulue par le chef d’état-major de l’armée algérienne, le Général Gaïd Salah. Ce même Général (mort d’une crise cardiaque le 23 décembre 2019), avait soutenu auparavant la candidature pour un cinquième mandat du Président Bouteflika, pourtant gravement malade et dans l’impossibilité d’assumer les devoirs de sa charge. Face à la détermination des opposants qui, chaque vendredi depuis le 22 février 2019, rejetaient cette démarche jugée humiliante pour le peuple Algérien, l’armée a fini par “déposer” A. Bouteflika, mais a maintenu l’objectif d’élections présidentielles, même si la date de celles ci a été modifiée à plusieurs reprises. Elles se sont effectivement déroulées le 12 décembre 2019 et ont abouti à l’ « élection » d’un ancien Premier ministre de A.Bouteflika, Abdemadjid Tebboune, 74 ans, « élu » au premier tour avec 58,15% des voix…Le “Hirak” qui signifie “mouvement” ne reconnaît aucune légitimité au nouveau “président” et entend poursuivre ses manifestations jusqu’à la disparition du “système ” en place depuis 1962.

Comment expliquer cet antagonisme entre une armée qui se prétend “légaliste” et le peuple qui refuse tout ce qui peut venir de cette même armée et de la classe politique dans son ensemble?

Les apparences de la démocratie sans la démocratie 

Les militaires ont organisé les élections présidentielles du 12 décembre en prétendant respecter la constitution alors que celle ci ne leur reconnaît aucun rôle politique. Ils ont fait en sorte que cinq candidats se présentent pour faire apparaître le caractère « pluraliste » de cette consultation. Ont donc été autorisés à se présenter : Abdelmadjid Tebboune, ancien Premier ministre; Abdelkader Bengrina, de tendance islamiste, qui a été ministre du tourisme de 1997 à 1999 ; Ali Benflis qui a dirigé la première campagne présidentielle de A. Bouteflika et que celui ci a nommé Premier ministre; Abdelaziz Mihoubi, qui a détenu le portefeuille de la Culture, soutenu par les deux partis fidèles au pouvoir en place, le FLN et le RND; Abdelaziz Bélaïd, le seul à n’avoir jamais été ministre.

Le taux de participation officiel à cette élection serait de 39,83%, inférieur de 10 points à celui de 2014.

Le nouveau président est diplômé de l’ENA d’Alger (1969). Il a exercé la fonction de Wali (préfet) et a occupé plusieurs postes ministériels: la communication et la culture, les collectivités territoriales, l’habitat et l’urbanisme, le Commerce. Il fut aussi un éphémère Premier ministre du 24 mai 2017 au 15 août de la même année. Il a été limogé à cause, dit on, d’une déclaration par laquelle il entendait s’attaquer à la corruption et de sa décision de limiter sérieusement les importations qui représentent 35 milliards d’euros par an. Or ceux qui contrôlent ce secteur sont des gens très puissants et ils perçoivent des commissions pour chaque contrat signé avec des firmes étrangères.

Cette “élection” ne règle aucun problème de l’Algérie. Elle est révélatrice des rapports de force qui restent les mêmes depuis l’indépendance acquise en Juillet 1962. Cela signifie que l’armée détient la réalité du pouvoir. Cet état de chose est dû aux conditions dans lesquelles le pays est passé de la phase coloniale à la séquence de la souveraineté. En effet, après sept années d’une guerre qui a profondément marqué et traumatisé tous les acteurs de cette tragédie, les militaires, qui étaient la seule force organisée, conservent, 57 années après, leur position dominante et dirigeante.

C’est par l’armée, grâce à l’armée et autour de l’armée que s’est constitué ce qui a les apparences d’un État, lequel se confond avec cette même armée. Elle a été et elle reste à l’origine de tout ce qui s’est accompli en Algérie dans ce qu’il y a de meilleur, mais aussi de pire. Le parti FLN n’a jamais été que la façade civile d’un régime militaire.

Jusqu’à la fin de la décennie 80, il y avait le parti unique, le candidat unique aux élections présidentielles, “élu” avec 99% des suffrages exprimés, le journal unique et la télévision unique….Cela s’appelle une dictature.

Il y a eu des émeutes en octobre 1988 au cours desquelles l’armée a tiré sur les manifestants. Ces événements se sont déroulés dans un contexte de crise économique et sociale qui marque l’échec de la stratégie de développement, aggravée par l’effondrement du prix du baril de pétrole, et la chute de la valeur du dollar.

Les dirigeants avaient fait croire que le parti unique et le dirigisme étatique en matière économique, étaient le prix à payer pour parvenir au développement et à la prospérité…Octobre 1988 est une prise de conscience du non respect de ces promesses par le pouvoir. Ce dernier,n’étant pas en mesure d’apporter des réponses immédiates aux revendications à caractère économique et social, a octroyé des libertés: liberté d’expression, financement d’un semblant de pluralisme politique par la création de plusieurs partis politiques, et organisation, pour la première fois, d’élections municipales (21 juin 1990), puis législatives (26 décembre 1991) dont le contrôle a partiellement échappé aux militaires qui en étaient pourtant les initiateurs. Ces consultations électorales ont été remportées par les islamistes du Front Islamique du Salut (FIS) au niveau des communes (953 communes sur 1539 et 32 départements sur 48), puis à une échelle nationale à l’occasion du premier tour des législatives (188 sièges sur 430). Les militaires ont fait un coup d’État pour empêcher le déroulement du second tout qui aurait vu le FIS prendre le pouvoir par les urnes. Le pays a dès lors basculé dans une tragédie qui a duré toute la décennie 90, un conflit armé interne qui a coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes et qui a vidé l’Algérie d’une partie importante de ses élites. Ce sont les militaires qui ont permis l’élection de A. Bouteflika en 1999 et ce sont eux qui ont décidé de le congédier en 2019 car il ne pouvait plus sauvegarder leurs intérêts.

Le “Hirak”,qui mobilise chaque vendredi des centaines de milliers d’Algériens, est un phénomène nouveau et important dans la mesure où le peuple montre qu’il a pris conscience, plus que jamais, du jeu de dupe que représentent les “élections”. C’est la raison pour laquelle elles ont été largement boycottées, les manifestants réclamant la fin du “système”, qui ne peut se traduire à leurs yeux que par le retrait de l’armée du champ politique et la mise à l’écart de tous ceux qui sont compromis avec le pouvoir depuis l’indépendance. Cette revendication est en même temps irréaliste car le “Hirak” n’a ni organisation, ni programme, ni leaders et n’est pas porteur d’un projet politique pour le pays. En politique, où seuls comptent les rapports de force, il ne suffit pas de manifester en exigeant que l’on fasse table rase de ce qui constitue la réalité du pays depuis 57 ans, pour parvenir à réaliser une “révolution “.

La situation est d’autant plus préoccupante que l’économie du pays est entrain de s’effondrer dans un contexte régional et international défavorable.

Une situation économique et régionale, facteur aggravant.

Dans la décennie 80, la crise économique s’est traduite pas la perte de 50% des recettes d’exportation à cause de la chute du prix du pétrole et du gaz et de la baisse de la valeur du dollar. De plus, l’Algérie était lourdement endettée au point que 90% des recettes d’exportation étaient absorbées par le service de la dette. Ajoutons à cela que 97% des recettes d”exportation provenaient de la vente des hydrocarbures. L’Algérie s’est trouvée contrainte de recourir au FMI dont on connaît les “remèdes”, toujours les mêmes : dévaluation de la monnaie, baisse ou suppression des subventions aux produits de première nécessité, privatisations, etc…Les dirigeants algériens ont essayé d’adapter ces prescriptions du FMI sans y parvenir. Ce n’est pas un hasard si, durant la même période, le Front Islamique du Salut (FIS), s’est considérablement renforcé, tant il est vrai que la montée de l’extrémisme est l’expression politique du désespoir.. C’est aussi dans ce contexte que se sont produites les émeutes d’octobre 1988.

            On retrouve aujourd’hui certains facteurs qui viennent d’être rappelés: perte d’une partie considérable des recettes d”exportation, pour les mêmes raisons que durant la décennie 80; taux de chômage élevé -29,1%- des 16-24 ans- épuisement des réserves de change; chaque année, 150000 nouveaux diplômés arrivent sur le marché du travail: il y avait 300000 diplômés en 1995, il y en a aujourd’hui 1,5 million..L’arrestation de plusieurs dirigeants de grandes entreprises par une « justice » aux ordres de l’armée ces derniers mois a eu des conséquences désastreuses au plan économique: plus de 60% des entreprises du BTP ont cessé leur activité, aggravant ainsi le taux de chômage qui était déjà important. On avance le chiffre de 3200 entreprises qui auraient fermé et 265000 salariés licenciés.Par ailleurs, l’Algérie importe 70% des produits qu’elle consomme.

            La faiblesse structurelle de l’économie algérienne contribue grandement au climat d’insécurité qui affecte tous les secteurs de la vie des citoyens algériens.

            Pour l’heure, le “Hirak” se déroule pacifiquement car ni le peuple, ni l’armée ne veulent de la violence, tant les uns et les autres restent définitivement marqués par la décennie 90 durant laquelle le conflit interne a causé la mort de dizaines de milliers de personnes tous âges et toutes conditions confondus.

            Tout cela se déroule dans un contexte régional inquiétant car l’insécurité prévaut aux frontières de l’Algérie. En effet, la Libye est détruite en tant qu’ État et peuple depuis l’intervention militaire de l’OTAN qui a mis fin au régime de Kadhafi. Le Mali est déstabilisé par des contradictions internes chroniques exacerbées par le chaos Libyen. Le Niger est affecté par ces événements et, comme le Mali, il ne pourrait pas faire face aux extrémistes armés sans la présence militaire de la France. Quant à la Tunisie, son expérience démocratique est trop récente pour la mettre à l’abri de ces menaces. Le Burkina Faso est la proie des terroristes et, même s’il n’a pas de frontières communes avec l’Algérie, il convient de l’inclure dans les problèmes du Sahel.  Les frontières Sud de l’Algérie ne sont donc pas sécurisées et c’est tout le Sahel qui est devenu une zone de non-droit sans que se produise une prise de conscience de la nécessité d’une solidarité de tous ces pays, seule démarche en mesure de faire face à une menace globale.

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            Les “élections” présidentielles qui viennent de se dérouler en Algérie ne règlent donc aucun des problèmes auxquels est confronté ce pays. La politique ne connaissant que les rapports de force, le mouvement ou “Hirak” a  été, jusqu’à présent, dans l’incapacité de représenter une alternative. En effet, l’exigence de faire table rase de tout ce qui rappelle de près ou de loin le “système” qui prévaut depuis 1962, est une utopie. C’est le mythe de la “feuille blanche” qui consisterait à repartir du début de l’indépendance pour construire une Algérie nouvelle… Le réalisme consisterait à tenir compte de ce passé en le corrigeant et à se rassembler, à s’organiser, afin de présenter un vrai projet politique attractif pour le peuple algérien.

Déclaration d’intention ou manœuvre de séduction du Premier ministre israélien à six jours des législatives anticipées ?

Benjamin Netanyahu.
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Le mardi 10 septembre, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a déclaré devant la presse que, s’il obtient une majorité de gouvernement aux élections législatives du 17 septembre prochain, il annexera la Cisjordanie (territoire Palestinien occupé par Israël depuis 1967). Il décrit son « intention, d’appliquer avec un futur gouvernement, la souveraineté d’Israël sur la vallée du Jourdain et la partie nord de la mer morte ». Cette annonce intervient après qu’il ait appelé, la veille, la communauté internationale à accentuer la pression sur l’Iran et à cesser toutes négociations avec celui-ci.

En effet, le chef de gouvernement israélien a apporté de « nouvelles preuves » de l’existence d’un site nucléaire iranien à Ābādeh, au sud de la région d’Ispahan dans le centre de l’Iran. Il s’agirait, selon Netanyahu, d’« un site de développement d’armes nucléaires » qu’il avait par ailleurs déjà désigné à la tribune des Nations Unies le 27 septembre 2018.

L’annonce de cette possible annexion de la Cisjordanie, très critiquée par l’opposition, survient alors que le Premier ministre israélien fait feu de tout bois pour séduire l’aile la plus à droite de son électorat.

Nous observons également que cette conférence de presse fait suite aux déclarations d’Hassan Rohani, le Président iranien qui annonçait, le mercredi 04 septembre, avoir ordonné la reprise de la recherche & développement en terme d’enrichissement de l’uranium. Cette décision est une réaction face à l’incapacité par les États faisant encore parti de l’accord de Vienne – Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni et Russie- à parvenir à contourner les sanctions américaines qui sclérose l’économie iranienne.

La tentative française de relancer les discutions sur ce sujet, initiée en marge du G7, a fait long feu. Depuis, Hassan Rohani a déclaré qu’aucune rencontre entre Téhéran et Washington n’aurait lieu sans un geste significatif de la part des américains. Ainsi, l’Iran entreprend de détricoter petit à petit l’accord de Vienne de 2015.

Il est permis de croire que Benjamin Netanyahu s’appuie sur les tensions régionales pour séduire l’électorat colons, sensible à la rhétorique sécuritaire et aux velléités expansionniste portée par le chef de file du Likoud.

De surcroît, le chef de gouvernement envoie également un message explicite à l’administration Trump alors que celle-ci s’apprête à dévoiler prochainement son plan pour mettre fin au conflit israélo-palestinien.

Elections en Grèce, un résultat sans surprise ?

Le dimanche 7 juillet 2019, les Grecs se sont rendus aux urnes pour élire leur nouveau gouvernement. C’est le parti de droite, Nouvelle Démocratie, avec Kyriákos Mitsotákis à sa tête, qui a remporté la victoire. Avec 39,8% des voix, la droite dispose désormais de 158 sièges sur les 300 que compte le parlement grec. Le parti sortant, Syriza, a lui récolté 31,5% des voix, donc 86 sièges, contre les 144 dont Tsipras disposait précédemment.

Ces élections sont le témoin du rejet d’Alexis Tsipras jugé responsable de la mauvaise gestion de la crise économique. Elu en 2015, il est alors le seul en Europe à placer un parti de gauche au pouvoir. La campagne électorale tournait autour des plans d’austérité imposés par Bruxelles depuis 2010 et rejetés en bloc par les Grecs. Tsipras incarnait la seule alternative à cette austérité.

Mais sous la pression de Bruxelles, sans tenir compte du référendum dont 61% des voix l’encourageait à poursuivre sa résistance, son gouvernement a fait volte-face et a mis en œuvre un plan d’austérité extrêmement douloureux mais qui a permis une sortie de crise est déclarée en août 2018.

Le nouveau Premier ministre grec, Kyriákos Mitsotákis, appartient à une grande famille politique du pays. Son père, Konstantinos Mitsotakis, a été Premier ministre de 1990 à 1993, sa sœur, Dora Bakoyannis, fut maire d’Athènes (2003-2006) et ministre des affaires étrangères (2006-2009) et son neveu, Costas Bakoyannis, a accédé à la mairie d’Athènes en juin dernier. Proche des milieux d’affaires, il est jugé comme étant un réformateur. Il s’est résolument engagé à « relancer l’économie » et à « laisser la crise derrière les Grecs ». Pour autant, il ne faut pas oublier que la Grèce reste sous la surveillance de l’Union européenne. De plus les mécanismes financiers européens prévoient que les mesures d’austérité resteront en vigueur jusqu’en 2060!

Alors qu’au sein de l’Union européenne, ce sont plutôt les partis populistes qui ont le vent en poupe, l’élection de Kyriákos Mitsotákis ne s’inscrit pas dans cette logique. Ce n’est donc pas le discours anti-européen, anti-migrant et anti-establishment qui l’a emportée malgré la situation économique grecque avec un taux de chômage de 18% qui pouvait constituer un terreau favorable aux populistes. Mais ces derniers n’ont pas obtenu de résultats significatifs contrairement à leurs voisins italiens. Le parti d’extrême droite néo-nazi Aube Dorée a d’ailleurs perdu ses sièges au parlement.

Une fois sa victoire déclarée, Mitsotákis a annoncé qu’il s’agissait « [d’]une victoire pour l’Europe et pas seulement pour la Grèce ». Ce nouveau gouvernement pourrait être un signal encourageant pour la France et l’Union européenne. En effet, Mitsotákis s’affiche comme le partenaire dont la France a besoin pour renforcer le rôle de l’Europe dans la zone méditerranéenne où elle n’est que trop peu présente.

Kyriákos Mitsotákis, le nouveau Premier ministre grec. Tous droits réservés

Erdogan échoue à Istanbul – par Mustapha Benchenane

Recep Tayyip Erdogan et Ekrem Imamoglu.
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Le Parti de la Justice et du Développement (AKP) est arrivé au pouvoir en Turquie en novembre 2002. Depuis cette date, il a remporté toutes les élections. Or, le candidat de l’opposition – Ekrem Imamoglu – est sorti vainqueur des urnes et devient maire d’Istanbul, ville qui a servi de tremplin à Erdogan dans sa stratégie de conquête du pouvoir en Turquie.

Cette défaite marque-t-elle le début d’un processus irréversible menant à une alternance au niveau national ?

UNE DÉFAITE ÉLECTORALE SIGNIFICATIVE

Erdogan l’avait lui-même dit en 2017 : « Si nous calons à Istanbul, nous trébucherons en Turquie.  Mais si nous tenons fermement Istanbul, aucune force ne pourra nous détruire, ni en Turquie, ni dans le monde ». Pourquoi Istanbul est-elle un enjeu majeur dans la lutte pour le pouvoir en Turquie ?

C’est une ville de 16 millions d’habitants. Elle concentre un tiers de la richesse nationale. Son budget est de 60 milliards de livres turques, soit 9,1 milliards d’euros. Qui tient cette ville peut se servir de moyens financiers considérables pour se constituer une « clientèle » importante par la distribution de subventions à des associations, à des fondations etc. Ces moyens sont dorénavant entre d’autres mains, celle de l’opposition. C’est aussi une ville symbole, une ville « vitrine ». Avant l’arrivée de l’AKP au pouvoir, la droite kémaliste en avait fait sa porte d’entrée dans l’Union européenne ou du moins un vecteur de sa candidature : la Turquie moderne, ouverte sur le monde, occidentalisée… À l’époque, les Occidentaux y ont cru sans se rendre compte que cette Turquie-là ne correspondait pas à la Turquie profonde, celle de l’Anatolie.À tous égards cette consultation électorale était importante.

À l’issue du premier scrutin qui s’est déroulé le 13 juin, le candidat de l’opposition l’avait emporté avec 13000 voix d’avance sur son adversaire Binali Yildirim, ancien Premier ministre d’Erdogan. Le pouvoir a exercé des pressions sur la « Haute commission électorale » et a obtenu l’annulation de ce premier scrutin. Le deuxième scrutin s’est déroulé le 23 juin et a vu la confirmation de la victoire de Ekrem Imamoglu avec 54% des suffrages exprimés, soit cette fois-ci, plus de 800000 voix d’écart en sa faveur.

Il a remporté cette victoire en menant une campagne intelligente : il s’est allié avec les nationalistes du Bon parti (IYI), et il a obtenu l’appui du Parti Démocratique du Peuple (HDP), pro kurdes. De sa prison, le leader kurde Selahattin Demirtas a appelé ses partisans à voter pour le candidat de l’opposition. Il faut savoir que près de 3 millions de Kurdes vivent à Istanbul. Bien qu’étant favorable à la laïcité, E.Imamoglu a cité « Allah » dans ses discours et il n’a pas hésité à réciter un passage du Coran. Il a donc compris que l’on ne pouvait pas, en Turquie, ignorer la dimension religieuse de l’identité turque. En revanche, la campagne électorale de son adversaire n’a reculé devant aucun stratagème de la propagande : il a été accusé son adversaire d’être grec, donc du « parti de l’étranger », de soutenir le « terrorisme » et sa victoire au premier scrutin a été présentée comme le résultat d’« un complot ourdi depuis l’étranger ».

Mais cette victoire de l’opposition s’explique avant tout par une situation économique nettement dégradée depuis quelques années. En effet, Erdogan a pratiqué une politique redistributive en faveur des populations défavorisées aussi longtemps que la croissance économique lui en donnait les moyens. Mais depuis quelques années, la tendance s’est inversée et la Turquie traverse une période difficile.

La livre turque a perdu 40% de sa valeur par rapport au dollar en 2018 et 2019. L’inflation était de 20% il y a un mois, et de 30% pour les produits alimentaires. Cela pèse lourdement sur les budgets des familles modestes. Le taux de chômage est de 14,7% de la population active et on compte 5 millions de chômeurs. Quant à la ville d’Istanbul, son endettement s’élève à 3,3milliards d’euros.

Cela explique en grande partie le résultat des élections et la perte d’Istanbul par l’AKP dont on estime à 4% ses partisans qui, au dernier scrutin, ont voté pour le candidat de l’opposition. Le volet économique a donc été décisif à Istanbul, comme il le sera pour les prochaines élections présidentielles en 2023.  On constate que plus le pouvoir est en difficulté, plus il se crispe et devient autoritaire au dedans et imprévisible au dehors.

UN POUVOIR AUTORITAIRE AU DEDANS ET IMPRÉVISIBLE AU DEHORS

En 2013, le pouvoir a décidé de transformer un parc à Istanbul en complexe immobilier. Cela a provoqué des manifestations massives d’une partie de la population. C’est ce que l’on a appelé les manifestations de Gezi du nom de la place où elles se déroulaient. Ces mécontents ont été accusés de fomenter une opération visant « au renversement du gouvernement Turc » et ils furent durement réprimés.

En 2016, les partisans de Gülen, un ancien allié de Erdogan, ont été accusés d’avoir tenté de prendre le pouvoir par un coup d’Etat militaire. Cet épisode a été l’occasion pour Erdogan de lancer une vaste opération de contrôle de l’armée et de la fonction publique. Cela s’est traduit par des milliers d’arrestations et de révocations de fonctionnaires dans tous les secteurs et toutes hiérarchies confondues.

Afin de donner à son penchant autocratique une base « légale », Erdogan a fait réviser la constitution pour établir un régime « présidentiel » lui permettant de réunir entre ses mains quasiment tous les pouvoirs. Quant à sa politique étrangère, on peut l’analyser en tenant compte de deux facteurs : l’un relève de la politique intérieure et concerne les Kurdes. En cette matière, il y a un consensus entre les nationalistes Kémalistes et les islamistes de l’AKP : toute revendication autonomiste de la part des Kurdes de Turquie doit être combattue par tous les moyens. Le pouvoir en place est donc attentif à tout ce qui concerne cette question partout où, dans la région, il y a des Kurdes : en Irak, en Syrie, en Iran. D’où l’intervention militaire de la Turquie dans le Kurdistan syrien. Pour Ankara, les Kurdes de ce pays et leur organisation ne sont que l’annexe du PKK, parti des Kurdes de Turquie, considéré comme une organisation terroriste.

Le second facteur tient à la prise de conscience de l’ensemble de la classe politique turque des obstacles insurmontables pour l’adhésion de leur pays à l’Union européenne. Ils pensent avoir compris que les Européens ne veulent pas de la Turquie, pays musulman, dans un ensemble culturellement différent.

C’est ce qui explique, du moins en grande partie, le redéploiement de la politique étrangère de Erdogan vers « l’espace ottoman » et principalement dans l’environnement moyen oriental de la Turquie.

Cette nouvelle orientation se traduit par des initiatives et des actions parfois confuses. Par exemple, les ingérences de Ankara dans la guerre civile syrienne. Au minimum, il est indéniable qu’il y a eu complaisance à l’égard des « djihadistes ». Les autorités les ont laissé transiter par la Turquie pour aller se battre contre le régime de Bachar El Assad. En Égypte, Erdogan a condamné le coup d’Etat du Maréchal El Sissi qui a renversé le président Morsi élu au suffrage universel. De même, bien qu’étant membre de l’OTAN, la Turquie a décidé d’acheter à la Russie son système de défense antiaérienne S400. Dans ce domaine, Erdogan veut faire comprendre que son pays doit retrouver une pleine et entière liberté d’action en fonction de l’analyse qu’il fait des intérêts vitaux et stratégiques de celui-ci.

 

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Erdogan mène au dedans comme au dehors un politique qui incommode de plus en plus d’acteurs. Au plan intérieur, la conjonction de la crise économique et de la répression exacerbe les contradictions dans tous les domaines. Pour ce qui relève de la politique extérieure, la Turquie compte aujourd’hui plus de pays qui s’inquiètent de ses initiatives que de pays « amis ». C’est ainsi que ses actions contrarient celles de la Russie, de l’Iran, d’Israël, de l’Egypte, des Etats-Unis.Ce sont là autant d’indicateurs de l’affaiblissement du régime.

Tunisie : une démocratie fragilisée ?

Le président tunisien Béji Caïd Essebsi.
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A l’issue des printemps arabes entraînant la chute du Président Zine el-Abidine Ben Ali, la Tunisie a initié une démarche assez unique dans le monde arabe pour rétablir son processus démocratique.  Souvent citée en exemple, elle a su ainsi éviter l’émergence islamiste ou autoritaire.  Mais le contexte économique, social, politique et sécuritaire semble aujourd’hui compromettre cette démarche.

Au plan politique, la montée de l’abstentionnisme, la multiplication des grèves et l’accroissement de la défiance de l’opinion publique sont les principaux témoins de la perte de confiance installée maintenant depuis deux ans.  La corruption – relent de l’ère Ben Ali – reste forte dans le pays. La gouvernance est mise à mal tiraillée entre les mouvances appuyant le Premier ministre Youssef Chahed et celle inféodée au Président Béji Caïd Essebsi.

A cette fragilité démocratique s’ajoute celle du Président lui-même dont l’état de santé est préoccupant, ayant été hospitalisé le 27 juin dernier à la suite d’un malaise.  Même si les nouvelles sont aujourd’hui rassurantes, les perspectives restent incertaines. A l’aube des élections législatives et présidentielles prévues en fin d’année, politiciens et internautes réclament plus de transparence sur cet état de santé, craignant une vacance du pouvoir. Selon l’article 84 de la Constitution tunisienne, c’est à la Cour constitutionnelle qu’il convient de constater la vacance du pouvoir et de prendre les dispositions pour assurer l’intérim. Mais cette institution n’a pas retrouvé sa place huit années après la fin de la révolution. Le malaise du chef de l’Etat intervient aussi au moment où le gouvernement prononçait des amendements sur la loi électorale adoptés par le Parlement. Ces amendements doivent être présentés au Président dans les prochains jours. Ils sont l’objet de nombreux recours parce qu’ils visent à écarter des candidats potentiels aux prochaines élections issus des médias ou des associations.

Favori dans les sondages depuis plusieurs semaines, le Premier ministre Youssef Chahed ne l’est plus comme l’atteste le quotidien Le Maghreb dans son numéro du 11 juin. Nabil Karoui, fondateur de la chaine populaire Nessma TV est désormais donné vainqueur avec 23,8% des votes, Chahed obtenant seulement 7,4% des suffrages présumés. Il a su, grâce à la télévision tunisienne, se forger une image d’homme proche des « pauvres et des oubliés », en adoptant un véritable d’un discours social.

Le péril démocratique tient aussi à une économie défaillante malgré les aides supérieures à un milliard d’euros sur la période 2017 – 2020 accordées par l’Union européenne. Il s’ensuit une baisse du niveau de vie des classes moyennes et populaires avec une forte dépréciation du dinar et un chômage qui ne s’infléchit pas.

Cette fragilité est accrue par une situation sécuritaire dégradée. La semaine dernière, le jeudi 27 juin, pas moins de deux attentats kamikazes ont été perpétrés au cœur de la capitale où un policier a été abattu et huit personnes blessées. Cette insécurité a une incidence économique substantielle, notamment vis-à-vis des acteurs en charge du tourisme. Ces attaques, revendiquées par l’organisation Etat islamique, vise donc à ébranler « l’exception tunisienne » dans la démarche engagée au lendemain des printemps arabes. La Tunisie faisait pourtant figure d’îlot de stabilité entre l’Algérie en plein bouleversement politique et social et la Libye enlisée dans une guerre.

Pour l’historienne franco-tunisienne Sophie Bessis, ce retour des djihadistes est une réalité qui fait la lumière sur les cellules dormantes qui n’ont pas été démantelées.

Pourtant, plus de huit après la révolution tunisienne, la transition démocratique perdure. La singularité tunisienne demeure donc mais la Tunisie doit faire face à d’importants défis concentrés sur les élections législative et présidentielle à venir. Si le pays avait fait le choix du consensus en regroupant ses principales forces politiques d’antan, consensus aujourd’hui fragilisé, il devra sans doute faire émerger une force politique nouvelle capable d’engager les réformes structurelles qui s’imposent.

Volodymyr Zelensky, un espoir pour l’Ukraine ?

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Dans son premier discours devant le Parlement, le nouveau président ukrainien Volodymyr Zelensky a souhaité passer un message d’espoir et de rassemblement aux Ukrainiens.

Il a tout d’abord confirmé l’attachement de l’ancienne république socialiste soviétique à l’Europe, qualifiée de « rêve commun ». Cet attachement s’est concrétisé par la rencontre le même jour avec Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission européenne chargé de l’énergie. Il s’est ensuite adressé aux 65 millions d’Ukrainiens, tous égaux, qu’ils vivent à Luhansk, Odessa ou Kharkov. Il a en particulier fait appel à la diaspora, lui demandant de revenir en Ukraine, non pour visiter le pays, mais pour « rentrer à la maison » et apporter « ses connaissances, son expérience et ses valeurs ». Citant en exemple les Islandais pour leurs exploits durant le championnat d’Europe des Nations, les Israéliens pour la défense de leur pays, les Japonais pour leur technologie ou les Suisses pour leur capacité à vivre ensemble malgré leurs différences, il a appelé de ses vœux l’avènement d’une « nouvelle ère » où l’Ukraine cumulerait toutes ces qualités.

La situation dans le Donbass n’a pas été occultée par Volodymyr Zelensky, d’origine russophone, qui a souhaité rassembler tous les Ukrainiens autour d’une « douleur commune ». Il a affiché sa volonté d’obtenir dès que possible un cessez-le-feu, affirmant être prêt à « perdre son poste » pour que cesse « la mort des héros ». Se déclarant ouvert au dialogue, il a insisté, en russe, s’adressant ainsi indirectement à Vladimir Poutine, sur la nécessité de libérer tous les prisonniers, ce qui constituerait une « première étape idéale ». Reprochant à son prédécesseur de ne rien avoir fait pour que les habitants du Donbass se sentent ukrainiens et comprennent qu’ils ne sont pas des étrangers, il s’est également moqué de la facilité accordée à ces habitants pour obtenir la nationalité russe, estimant que les Ukrainiens l’étaient par le cœur, « peu importe qu’ils possèdent dix passeports différents ».

Le Président ukrainien est également revenu sur les raisons principales ayant conduit 73  % des électeurs à lui accorder leurs suffrages. Soulignant la situation économique difficile du pays, il a directement critiqué le gouvernement, accusé de juste répondre « il n’y a rien que nous puissions faire ». Reprenant la thématique qui l’a conduit au poste suprême, Volodymyr Zelensky a demandé à ses membres de laisser leur place « à ceux qui pensent aux prochaines générations et non aux prochaines élections ». Achevant son intervention dans une ambiance glaciale [« Vos applaudissements sont plutôt légers… Je suppose que tout le monde n’apprécie pas ce que je dis ? Dommage, car ce n’est pas moi, mais le peuple ukrainien qui le dit »], le Président a demandé aux parlementaires d’approuver les lois supprimant l’immunité parlementaire et criminalisant l’enrichissement illégal, mais aussi de provoquer la démission du chef des services de sécurité, du Procureur général et du ministre de la défense, avant d’annoncer sa décision de dissoudre le Parlement et de convoquer de nouvelles élections.

L’Ukraine était également à l’ordre du jour à New-York, où la Russie avait demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui ne s’est pas tenue par suite de l’opposition de six délégations, dont la France. Son représentant s’est opposé à une séance qui se serait tenue « le jour même de l’investiture du nouveau Président ukrainien ». La Russie avait motivé cette réunion par la promulgation le 15 mai 2019 par Petro Poroshenko d’une législation imposant la langue ukrainienne comme langue officielle de l’Ukraine. Cette loi avait déjà fait l’objet d’un débat au Conseil de l’Europe, la commission de Venise s’étant prononcée contre un projet qui déniait le droit des minorités, alors que c’est la question de la langue qui est à l’origine du conflit en Ukraine.

Elections municipales en Turquie : un revers pour Erdogan

Le président turc Tayyip Erdogan glissant son bulletin de vote dans l’urne lors des élections municipales à Istanbul, le 31 mars 2019.  

Dimanche 31 mars se sont tenues les élections locales en Turquie. Dans un pays polarisé entre les différents partis, ces élections s’inscrivent dans un contexte anxiogène depuis le putsch manqué de juillet 2016.

A l’issue des élections, les résultats provisoires estiment à 52% les suffrages exprimés en faveur de la coalition regroupant le Parti pour la Justice et le Développement du président Recep Tayyip Erdogan et Parti d’action nationaliste MHP. S’il reste la principale force du pays, l’AKP connait tout de même un revers inédit depuis 2002 et son accession au pouvoir. En effet, les principales villes du pays ont basculé hors du giron de l’AKP. Parmi elles, les capitales politique et économique, Ankara et Istanbul. Pour la première fois depuis 1994, le Parti républicain du peuple, le CHP, principal parti d’opposition d’obédience kémaliste, a remporté les deux villes les plus importantes du pays. La ville d’Istanbul, qui compte 16 millions d’habitants et 10 millions d’électeurs et dont le président actuel a été le maire, a été perdue par l’AKP par 30 000 voix d’écart. La victoire du CHP a été notamment permise par l’électorat kurde, qui représente 12% de la population de la ville. Le parti pro-kurde HDP, qui recueille habituellement ses votes, a décidé de ne pas présenter de candidats dans l’ouest et le sud du pays et a exhorté les Kurdes à voter en faveur du candidat kémaliste du CHP. Cependant, le HDP a pour sa part perdu cinq villes dans le sud-est de la Turquie, dans des villes pourtant à majorité kurde.

Concernant Istanbul, l’AKP conteste le résultat. Bayram Senocak, président du bureau d’Istanbul du parti, a indiqué avoir déposé toutes les objections auprès des Conseils électoraux dans 39 districts. Le parti dénonce en effet de « nombreuses fraudes flagrantes ». De fait, le Conseil électoral saisi aura jusqu’au 13 avril pour étudier les recours et annoncer les résultats définitifs du scrutin.

Si l’attention est focalisée sur Ankara et Istanbul, les votes de dimanche 31 mars ont permis la bascule de plusieurs autres villes importantes, à l’instar d’Antalya et ont donné lieu à l’élection à Tunceli, dans l’est du pays, du premier maire communiste du pays.

Du côté de la presse, le quotidien Sabah, proche du pouvoir turc, félicite la majorité obtenue par la coalition AKP-MHP. A contrario, Al-Monitor félicite l’opposition qui « reprend vie » tandis que le journal kémaliste Cumhuriyet titre : « le pouvoir ébranlé ».

Le président Erdogan, à travers son parti, sort affaibli de ces élections qui illustrent le plus gros revers électoral subi par l’AKP depuis presque deux décennies. Cette défaite est d’autant plus significative que Recep Tayyip Erdogan avait fait campagne comme s’il s’agissait d’élections présidentielles. Malgré la mainmise du pays par le Président depuis des décennies et la multiplication de ses sorties nationalistes et agressives, l’opposition a connu un succès et a prouvé qu’il était possible de battre le parti du Président.

Les résultats du vote interviennent alors que l’économie est fragilisée dans le pays. A Ankara, les prix des denrées alimentaires ont connu une augmentation de 20% depuis janvier 2018 et le chômage a augmenté, provoquant la colère du peuple.

En dépit des critiques émises envers la Turquie concernant la liberté de la presse, la garantie des droits de l’homme et le développement démocratique, ces élections ont prouvé que l’accès aux élections libres est un principe fondamental dont les Turcs continuent de bénéficier. Reste à savoir quel sera l’impact de la perte significative par l’AKP de ces villes importantes du pays et quelle sera la réaction du Conseil électoral concernant la ville d’Istanbul.

Algérie : Bouteflika lâché par l’armée et son camp

Ahmed Gaïd Salah et Abdelaziz Bouteflika. Tous droits réservés.

Ces dernières semaines, l’élection présidentielle a suscité en Algérie une vague de mobilisations pacifiques sans précédent. Après avoir annoncé sa candidature pour un cinquième mandat, le président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999 et lourdement affaibli des suites d’un AVC, , a finalement renoncé tout en décidant du report des élections. Cette situation inédite d’un maintien au pouvoir ne satisfait pas les Algériens.

Après cinq vendredis de mobilisation populaire et une pression de la rue grandissante, le camp du président est ébranlé. Mardi 26 mars, l’armée algérienne, par la voix de son chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, lors d’un discours retransmis à la télévision, a proposé que le président algérien soit déclaré inapte et qu’une procédure d’empêchement à son encontre soit lancée. Le chef d’état-major propose ainsi l’application de l’article 102 de la Constitution qui stipule que « lorsque le Président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions, le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous moyens appropriés, propose, à l’unanimité, au Parlement de déclarer l’état d’empêchement ». Ahmed Gaïd Salah considère qu’« il devient nécessaire, voire impératif d’adopter une solution pour sortir de la crise, répondant aux revendications légitimes du peuple algérien, et garantissant le respect des dispositions de la Constitution et le maintien de la souveraineté de l’Etat ».

La déclaration du général Ahmed Gaïd Salah surprend tant il incarnait l’un des alliés les plus fidèles d’Abdelaziz Bouteflika, qui l’avait nommé en 1994 chef d’état-major et a fait de lui l’un des hommes les plus incontournables du pays. Egalement vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaïd Salah avait juré de servir le président jusqu’à sa mort. Depuis le début des manifestations, il s’était fait l’arbitre de la situation et multipliait ses déplacements dans les régions algériennes.

La solution prônée par l’armée est saluée par le parti du Rassemblement national démocratique (RND), principal allié d’Abdelaziz Bouteflika et membre de la coalition au pouvoir. Le dirigeant n’est autre qu’Ahmed Ouyahia, ex-Premier ministre récemment limogé. Mercredi 27 mars, le RND publie un communiqué dans lequel il « recommande la démission du président de la République (…) dans le but de faciliter la période de transition » en réponse aux événements qui « confirment le rejet de la rue pour la feuille de route proposée par le président ». Le même jour, des membres du comité central du Front de libération nationale (FLN), parti du président, ont également apporté leur soutien à la déclaration du général Salah relatif à l’article 102. A Alger, l’étau se resserre autour du clan présidentiel, lâché par ses soutiens historiques.

L’empêchement réclamé par le général Salah donnerait à l’armée – qui est déjà au pouvoir et est partie intégrante du système actuel – l’occasion d’assurer la transition et ne laissera que peu de temps à la société algérienne pour se mobiliser. Face à la tournure que prennent les événements, l’opinion publique algérienne se montre sceptique et rejette ce qu’elle considère comme un coup de force et une immixtion de l’armée. Ainsi, les appels à manifester se multiplient, la solution prônée par Ahmed Gaïd Salah ne répondant pas aux nombreuses protestations dans les villes algériennes qui expriment la volonté d’un changement de régime et pas seulement le départ du président actuel.

C’est au Conseil constitutionnel, réputé proche du pouvoir et du président, que l’avenir politique de l’Algérie se jouera dans les prochains jours. En effet, l’organe devra se prononcer sur la mise en œuvre de l’article 102.

 

Report des élections et prolongement du 4ème mandat : la réaction algérienne

Manifestation étudiante en Algérie, le 12 mars 2019. Tous droits réservés.

Le 11 mars, l’agence de presse nationale algérienne APS a relayé le message à la nation du président Abdelaziz Bouteflika, 24 heures après son retour de Genève où il était hospitalisé. Dans ce message, il annonce le report sine die des élections présidentielles du 18 avril prochain et sa décision de ne pas briguer un 5ème mandat en raison de « son état de santé et son âge ».

Cette décision intervient alors que le pays connait depuis plusieurs semaines une vague historique de mobilisations pacifiques. Les Algériens manifestent contre un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, affaibli par un AVC survenu en 2013 et dont les apparitions se font rares.

Le chef de l’Etat affirme « comprendre » les revendications du peuple et notamment de la jeunesse et promet une transition, notamment au travers d’un remaniement général du gouvernement. Dans la foulée, le Premier ministre Ahmed Ouyahia, impopulaire en Algérie, a été limogé et remplacé par Noureddine Bedoui, ministre de l’Intérieur et ami du frère du président, Nacer.

Le message présidentiel, s’il a donné lieu à des manifestations de joie, s’est finalement traduit par un doute. Les Algériens se questionnent quant à ce maintien à durée indéterminée du président sortant – Abdelaziz Bouteflika n’ayant pas donné la date des prochaines élections. De plus, le nouveau gouvernement ne satisfait pas les manifestants qui n’y voient que la continuité du régime. Ainsi, mardi 12 mars, une nouvelle vague de manifestation a débuté. Le doute plane quant au futur politique du pays. Les slogans « contre le cinquième mandat » ont laissé place à des protestations « contre le prolongement du 4ème ». Le peuple, porté par la jeunesse étudiante, réclame ainsi le retrait de la magistrature suprême du président actuel et un changement de système.

Juridiquement, la question du report de l’élection pose également problème. Walid Laggoune, professeur de droit constitutionnel à l’Université d’Alger a déclaré à la radio publique algérienne : « La constitution ne prévoit aucune disposition relative au report des élections ».

La nouvelle a de fait suscité de vives réactions en Algérie. Alors que les journaux pro-régime à l’instar d’El Moudjahid ou l’Expression saluent la décision du chef de l’Etat et énumèrent ses « engagements », d’autres médias se montrent plus méfiants. El Watan titre ainsi le mardi 12 mars « Il annule la présidentielle mais reste au pouvoir. La dernière ruse de Bouteflika ». Pour le site TSA – Tout sur l’Algérie, qui a relayé en temps direct les manifestants à travers le pays, le système instauré par le président Bouteflika ne permettra pas la transition promise. Enfin, pour Liberté Algérie, « la rue dit non à Bouteflika ».

Sur Twitter, le Président de la République française, Emmanuel Macron,a accueilli avec satisfaction le choix du Président algérien et a déclaré : « La jeunesse algérienne a su exprimer son espoir de changement avec dignité. La décision du Président Bouteflika ouvre une nouvelle page pour la démocratie algérienne. Nous serons aux côtés des Algériens dans cette période nouvelle, avec amitié et avec respect ». Le chef de l’Etat français, en tournée en Afrique de l’Est, appelle à une « transition d’une durée raisonnable ». Lors de la conférence de presse donnée à Djibouti, il a déclaré : « Je salue la décision du président Bouteflika, qui signe une nouvelle page dans le développement de la démocratie algérienne (…) Je salue la dignité avec laquelle la population, en particulier la jeunesse algérienne, a su exprimer ses espoirs, sa volonté de changement, ainsi que le professionnalisme des forces de sécurité ».

Alors que les principales villes de l’Algérie ont manifesté mardi 12 mars, les manifestants appellent à de nouveaux rassemblements jeudi 14 et vendredi 15 mars.