élections

Déclaration d’intention ou manœuvre de séduction du Premier ministre israélien à six jours des législatives anticipées ?

Benjamin Netanyahu.
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Le mardi 10 septembre, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a déclaré devant la presse que, s’il obtient une majorité de gouvernement aux élections législatives du 17 septembre prochain, il annexera la Cisjordanie (territoire Palestinien occupé par Israël depuis 1967). Il décrit son « intention, d’appliquer avec un futur gouvernement, la souveraineté d’Israël sur la vallée du Jourdain et la partie nord de la mer morte ». Cette annonce intervient après qu’il ait appelé, la veille, la communauté internationale à accentuer la pression sur l’Iran et à cesser toutes négociations avec celui-ci.

En effet, le chef de gouvernement israélien a apporté de « nouvelles preuves » de l’existence d’un site nucléaire iranien à Ābādeh, au sud de la région d’Ispahan dans le centre de l’Iran. Il s’agirait, selon Netanyahu, d’« un site de développement d’armes nucléaires » qu’il avait par ailleurs déjà désigné à la tribune des Nations Unies le 27 septembre 2018.

L’annonce de cette possible annexion de la Cisjordanie, très critiquée par l’opposition, survient alors que le Premier ministre israélien fait feu de tout bois pour séduire l’aile la plus à droite de son électorat.

Nous observons également que cette conférence de presse fait suite aux déclarations d’Hassan Rohani, le Président iranien qui annonçait, le mercredi 04 septembre, avoir ordonné la reprise de la recherche & développement en terme d’enrichissement de l’uranium. Cette décision est une réaction face à l’incapacité par les États faisant encore parti de l’accord de Vienne – Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni et Russie- à parvenir à contourner les sanctions américaines qui sclérose l’économie iranienne.

La tentative française de relancer les discutions sur ce sujet, initiée en marge du G7, a fait long feu. Depuis, Hassan Rohani a déclaré qu’aucune rencontre entre Téhéran et Washington n’aurait lieu sans un geste significatif de la part des américains. Ainsi, l’Iran entreprend de détricoter petit à petit l’accord de Vienne de 2015.

Il est permis de croire que Benjamin Netanyahu s’appuie sur les tensions régionales pour séduire l’électorat colons, sensible à la rhétorique sécuritaire et aux velléités expansionniste portée par le chef de file du Likoud.

De surcroît, le chef de gouvernement envoie également un message explicite à l’administration Trump alors que celle-ci s’apprête à dévoiler prochainement son plan pour mettre fin au conflit israélo-palestinien.

Elections en Grèce, un résultat sans surprise ?

Le dimanche 7 juillet 2019, les Grecs se sont rendus aux urnes pour élire leur nouveau gouvernement. C’est le parti de droite, Nouvelle Démocratie, avec Kyriákos Mitsotákis à sa tête, qui a remporté la victoire. Avec 39,8% des voix, la droite dispose désormais de 158 sièges sur les 300 que compte le parlement grec. Le parti sortant, Syriza, a lui récolté 31,5% des voix, donc 86 sièges, contre les 144 dont Tsipras disposait précédemment.

Ces élections sont le témoin du rejet d’Alexis Tsipras jugé responsable de la mauvaise gestion de la crise économique. Elu en 2015, il est alors le seul en Europe à placer un parti de gauche au pouvoir. La campagne électorale tournait autour des plans d’austérité imposés par Bruxelles depuis 2010 et rejetés en bloc par les Grecs. Tsipras incarnait la seule alternative à cette austérité.

Mais sous la pression de Bruxelles, sans tenir compte du référendum dont 61% des voix l’encourageait à poursuivre sa résistance, son gouvernement a fait volte-face et a mis en œuvre un plan d’austérité extrêmement douloureux mais qui a permis une sortie de crise est déclarée en août 2018.

Le nouveau Premier ministre grec, Kyriákos Mitsotákis, appartient à une grande famille politique du pays. Son père, Konstantinos Mitsotakis, a été Premier ministre de 1990 à 1993, sa sœur, Dora Bakoyannis, fut maire d’Athènes (2003-2006) et ministre des affaires étrangères (2006-2009) et son neveu, Costas Bakoyannis, a accédé à la mairie d’Athènes en juin dernier. Proche des milieux d’affaires, il est jugé comme étant un réformateur. Il s’est résolument engagé à « relancer l’économie » et à « laisser la crise derrière les Grecs ». Pour autant, il ne faut pas oublier que la Grèce reste sous la surveillance de l’Union européenne. De plus les mécanismes financiers européens prévoient que les mesures d’austérité resteront en vigueur jusqu’en 2060!

Alors qu’au sein de l’Union européenne, ce sont plutôt les partis populistes qui ont le vent en poupe, l’élection de Kyriákos Mitsotákis ne s’inscrit pas dans cette logique. Ce n’est donc pas le discours anti-européen, anti-migrant et anti-establishment qui l’a emportée malgré la situation économique grecque avec un taux de chômage de 18% qui pouvait constituer un terreau favorable aux populistes. Mais ces derniers n’ont pas obtenu de résultats significatifs contrairement à leurs voisins italiens. Le parti d’extrême droite néo-nazi Aube Dorée a d’ailleurs perdu ses sièges au parlement.

Une fois sa victoire déclarée, Mitsotákis a annoncé qu’il s’agissait « [d’]une victoire pour l’Europe et pas seulement pour la Grèce ». Ce nouveau gouvernement pourrait être un signal encourageant pour la France et l’Union européenne. En effet, Mitsotákis s’affiche comme le partenaire dont la France a besoin pour renforcer le rôle de l’Europe dans la zone méditerranéenne où elle n’est que trop peu présente.

Kyriákos Mitsotákis, le nouveau Premier ministre grec. Tous droits réservés

Erdogan échoue à Istanbul – par Mustapha Benchenane

Recep Tayyip Erdogan et Ekrem Imamoglu.
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Le Parti de la Justice et du Développement (AKP) est arrivé au pouvoir en Turquie en novembre 2002. Depuis cette date, il a remporté toutes les élections. Or, le candidat de l’opposition – Ekrem Imamoglu – est sorti vainqueur des urnes et devient maire d’Istanbul, ville qui a servi de tremplin à Erdogan dans sa stratégie de conquête du pouvoir en Turquie.

Cette défaite marque-t-elle le début d’un processus irréversible menant à une alternance au niveau national ?

UNE DÉFAITE ÉLECTORALE SIGNIFICATIVE

Erdogan l’avait lui-même dit en 2017 : « Si nous calons à Istanbul, nous trébucherons en Turquie.  Mais si nous tenons fermement Istanbul, aucune force ne pourra nous détruire, ni en Turquie, ni dans le monde ». Pourquoi Istanbul est-elle un enjeu majeur dans la lutte pour le pouvoir en Turquie ?

C’est une ville de 16 millions d’habitants. Elle concentre un tiers de la richesse nationale. Son budget est de 60 milliards de livres turques, soit 9,1 milliards d’euros. Qui tient cette ville peut se servir de moyens financiers considérables pour se constituer une « clientèle » importante par la distribution de subventions à des associations, à des fondations etc. Ces moyens sont dorénavant entre d’autres mains, celle de l’opposition. C’est aussi une ville symbole, une ville « vitrine ». Avant l’arrivée de l’AKP au pouvoir, la droite kémaliste en avait fait sa porte d’entrée dans l’Union européenne ou du moins un vecteur de sa candidature : la Turquie moderne, ouverte sur le monde, occidentalisée… À l’époque, les Occidentaux y ont cru sans se rendre compte que cette Turquie-là ne correspondait pas à la Turquie profonde, celle de l’Anatolie.À tous égards cette consultation électorale était importante.

À l’issue du premier scrutin qui s’est déroulé le 13 juin, le candidat de l’opposition l’avait emporté avec 13000 voix d’avance sur son adversaire Binali Yildirim, ancien Premier ministre d’Erdogan. Le pouvoir a exercé des pressions sur la « Haute commission électorale » et a obtenu l’annulation de ce premier scrutin. Le deuxième scrutin s’est déroulé le 23 juin et a vu la confirmation de la victoire de Ekrem Imamoglu avec 54% des suffrages exprimés, soit cette fois-ci, plus de 800000 voix d’écart en sa faveur.

Il a remporté cette victoire en menant une campagne intelligente : il s’est allié avec les nationalistes du Bon parti (IYI), et il a obtenu l’appui du Parti Démocratique du Peuple (HDP), pro kurdes. De sa prison, le leader kurde Selahattin Demirtas a appelé ses partisans à voter pour le candidat de l’opposition. Il faut savoir que près de 3 millions de Kurdes vivent à Istanbul. Bien qu’étant favorable à la laïcité, E.Imamoglu a cité « Allah » dans ses discours et il n’a pas hésité à réciter un passage du Coran. Il a donc compris que l’on ne pouvait pas, en Turquie, ignorer la dimension religieuse de l’identité turque. En revanche, la campagne électorale de son adversaire n’a reculé devant aucun stratagème de la propagande : il a été accusé son adversaire d’être grec, donc du « parti de l’étranger », de soutenir le « terrorisme » et sa victoire au premier scrutin a été présentée comme le résultat d’« un complot ourdi depuis l’étranger ».

Mais cette victoire de l’opposition s’explique avant tout par une situation économique nettement dégradée depuis quelques années. En effet, Erdogan a pratiqué une politique redistributive en faveur des populations défavorisées aussi longtemps que la croissance économique lui en donnait les moyens. Mais depuis quelques années, la tendance s’est inversée et la Turquie traverse une période difficile.

La livre turque a perdu 40% de sa valeur par rapport au dollar en 2018 et 2019. L’inflation était de 20% il y a un mois, et de 30% pour les produits alimentaires. Cela pèse lourdement sur les budgets des familles modestes. Le taux de chômage est de 14,7% de la population active et on compte 5 millions de chômeurs. Quant à la ville d’Istanbul, son endettement s’élève à 3,3milliards d’euros.

Cela explique en grande partie le résultat des élections et la perte d’Istanbul par l’AKP dont on estime à 4% ses partisans qui, au dernier scrutin, ont voté pour le candidat de l’opposition. Le volet économique a donc été décisif à Istanbul, comme il le sera pour les prochaines élections présidentielles en 2023.  On constate que plus le pouvoir est en difficulté, plus il se crispe et devient autoritaire au dedans et imprévisible au dehors.

UN POUVOIR AUTORITAIRE AU DEDANS ET IMPRÉVISIBLE AU DEHORS

En 2013, le pouvoir a décidé de transformer un parc à Istanbul en complexe immobilier. Cela a provoqué des manifestations massives d’une partie de la population. C’est ce que l’on a appelé les manifestations de Gezi du nom de la place où elles se déroulaient. Ces mécontents ont été accusés de fomenter une opération visant « au renversement du gouvernement Turc » et ils furent durement réprimés.

En 2016, les partisans de Gülen, un ancien allié de Erdogan, ont été accusés d’avoir tenté de prendre le pouvoir par un coup d’Etat militaire. Cet épisode a été l’occasion pour Erdogan de lancer une vaste opération de contrôle de l’armée et de la fonction publique. Cela s’est traduit par des milliers d’arrestations et de révocations de fonctionnaires dans tous les secteurs et toutes hiérarchies confondues.

Afin de donner à son penchant autocratique une base « légale », Erdogan a fait réviser la constitution pour établir un régime « présidentiel » lui permettant de réunir entre ses mains quasiment tous les pouvoirs. Quant à sa politique étrangère, on peut l’analyser en tenant compte de deux facteurs : l’un relève de la politique intérieure et concerne les Kurdes. En cette matière, il y a un consensus entre les nationalistes Kémalistes et les islamistes de l’AKP : toute revendication autonomiste de la part des Kurdes de Turquie doit être combattue par tous les moyens. Le pouvoir en place est donc attentif à tout ce qui concerne cette question partout où, dans la région, il y a des Kurdes : en Irak, en Syrie, en Iran. D’où l’intervention militaire de la Turquie dans le Kurdistan syrien. Pour Ankara, les Kurdes de ce pays et leur organisation ne sont que l’annexe du PKK, parti des Kurdes de Turquie, considéré comme une organisation terroriste.

Le second facteur tient à la prise de conscience de l’ensemble de la classe politique turque des obstacles insurmontables pour l’adhésion de leur pays à l’Union européenne. Ils pensent avoir compris que les Européens ne veulent pas de la Turquie, pays musulman, dans un ensemble culturellement différent.

C’est ce qui explique, du moins en grande partie, le redéploiement de la politique étrangère de Erdogan vers « l’espace ottoman » et principalement dans l’environnement moyen oriental de la Turquie.

Cette nouvelle orientation se traduit par des initiatives et des actions parfois confuses. Par exemple, les ingérences de Ankara dans la guerre civile syrienne. Au minimum, il est indéniable qu’il y a eu complaisance à l’égard des « djihadistes ». Les autorités les ont laissé transiter par la Turquie pour aller se battre contre le régime de Bachar El Assad. En Égypte, Erdogan a condamné le coup d’Etat du Maréchal El Sissi qui a renversé le président Morsi élu au suffrage universel. De même, bien qu’étant membre de l’OTAN, la Turquie a décidé d’acheter à la Russie son système de défense antiaérienne S400. Dans ce domaine, Erdogan veut faire comprendre que son pays doit retrouver une pleine et entière liberté d’action en fonction de l’analyse qu’il fait des intérêts vitaux et stratégiques de celui-ci.

 

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Erdogan mène au dedans comme au dehors un politique qui incommode de plus en plus d’acteurs. Au plan intérieur, la conjonction de la crise économique et de la répression exacerbe les contradictions dans tous les domaines. Pour ce qui relève de la politique extérieure, la Turquie compte aujourd’hui plus de pays qui s’inquiètent de ses initiatives que de pays « amis ». C’est ainsi que ses actions contrarient celles de la Russie, de l’Iran, d’Israël, de l’Egypte, des Etats-Unis.Ce sont là autant d’indicateurs de l’affaiblissement du régime.

Tunisie : une démocratie fragilisée ?

Le président tunisien Béji Caïd Essebsi.
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A l’issue des printemps arabes entraînant la chute du Président Zine el-Abidine Ben Ali, la Tunisie a initié une démarche assez unique dans le monde arabe pour rétablir son processus démocratique.  Souvent citée en exemple, elle a su ainsi éviter l’émergence islamiste ou autoritaire.  Mais le contexte économique, social, politique et sécuritaire semble aujourd’hui compromettre cette démarche.

Au plan politique, la montée de l’abstentionnisme, la multiplication des grèves et l’accroissement de la défiance de l’opinion publique sont les principaux témoins de la perte de confiance installée maintenant depuis deux ans.  La corruption – relent de l’ère Ben Ali – reste forte dans le pays. La gouvernance est mise à mal tiraillée entre les mouvances appuyant le Premier ministre Youssef Chahed et celle inféodée au Président Béji Caïd Essebsi.

A cette fragilité démocratique s’ajoute celle du Président lui-même dont l’état de santé est préoccupant, ayant été hospitalisé le 27 juin dernier à la suite d’un malaise.  Même si les nouvelles sont aujourd’hui rassurantes, les perspectives restent incertaines. A l’aube des élections législatives et présidentielles prévues en fin d’année, politiciens et internautes réclament plus de transparence sur cet état de santé, craignant une vacance du pouvoir. Selon l’article 84 de la Constitution tunisienne, c’est à la Cour constitutionnelle qu’il convient de constater la vacance du pouvoir et de prendre les dispositions pour assurer l’intérim. Mais cette institution n’a pas retrouvé sa place huit années après la fin de la révolution. Le malaise du chef de l’Etat intervient aussi au moment où le gouvernement prononçait des amendements sur la loi électorale adoptés par le Parlement. Ces amendements doivent être présentés au Président dans les prochains jours. Ils sont l’objet de nombreux recours parce qu’ils visent à écarter des candidats potentiels aux prochaines élections issus des médias ou des associations.

Favori dans les sondages depuis plusieurs semaines, le Premier ministre Youssef Chahed ne l’est plus comme l’atteste le quotidien Le Maghreb dans son numéro du 11 juin. Nabil Karoui, fondateur de la chaine populaire Nessma TV est désormais donné vainqueur avec 23,8% des votes, Chahed obtenant seulement 7,4% des suffrages présumés. Il a su, grâce à la télévision tunisienne, se forger une image d’homme proche des « pauvres et des oubliés », en adoptant un véritable d’un discours social.

Le péril démocratique tient aussi à une économie défaillante malgré les aides supérieures à un milliard d’euros sur la période 2017 – 2020 accordées par l’Union européenne. Il s’ensuit une baisse du niveau de vie des classes moyennes et populaires avec une forte dépréciation du dinar et un chômage qui ne s’infléchit pas.

Cette fragilité est accrue par une situation sécuritaire dégradée. La semaine dernière, le jeudi 27 juin, pas moins de deux attentats kamikazes ont été perpétrés au cœur de la capitale où un policier a été abattu et huit personnes blessées. Cette insécurité a une incidence économique substantielle, notamment vis-à-vis des acteurs en charge du tourisme. Ces attaques, revendiquées par l’organisation Etat islamique, vise donc à ébranler « l’exception tunisienne » dans la démarche engagée au lendemain des printemps arabes. La Tunisie faisait pourtant figure d’îlot de stabilité entre l’Algérie en plein bouleversement politique et social et la Libye enlisée dans une guerre.

Pour l’historienne franco-tunisienne Sophie Bessis, ce retour des djihadistes est une réalité qui fait la lumière sur les cellules dormantes qui n’ont pas été démantelées.

Pourtant, plus de huit après la révolution tunisienne, la transition démocratique perdure. La singularité tunisienne demeure donc mais la Tunisie doit faire face à d’importants défis concentrés sur les élections législative et présidentielle à venir. Si le pays avait fait le choix du consensus en regroupant ses principales forces politiques d’antan, consensus aujourd’hui fragilisé, il devra sans doute faire émerger une force politique nouvelle capable d’engager les réformes structurelles qui s’imposent.

Volodymyr Zelensky, un espoir pour l’Ukraine ?

Volodymyr Zelensky. Tous droits réservés.

Dans son premier discours devant le Parlement, le nouveau président ukrainien Volodymyr Zelensky a souhaité passer un message d’espoir et de rassemblement aux Ukrainiens.

Il a tout d’abord confirmé l’attachement de l’ancienne république socialiste soviétique à l’Europe, qualifiée de « rêve commun ». Cet attachement s’est concrétisé par la rencontre le même jour avec Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission européenne chargé de l’énergie. Il s’est ensuite adressé aux 65 millions d’Ukrainiens, tous égaux, qu’ils vivent à Luhansk, Odessa ou Kharkov. Il a en particulier fait appel à la diaspora, lui demandant de revenir en Ukraine, non pour visiter le pays, mais pour « rentrer à la maison » et apporter « ses connaissances, son expérience et ses valeurs ». Citant en exemple les Islandais pour leurs exploits durant le championnat d’Europe des Nations, les Israéliens pour la défense de leur pays, les Japonais pour leur technologie ou les Suisses pour leur capacité à vivre ensemble malgré leurs différences, il a appelé de ses vœux l’avènement d’une « nouvelle ère » où l’Ukraine cumulerait toutes ces qualités.

La situation dans le Donbass n’a pas été occultée par Volodymyr Zelensky, d’origine russophone, qui a souhaité rassembler tous les Ukrainiens autour d’une « douleur commune ». Il a affiché sa volonté d’obtenir dès que possible un cessez-le-feu, affirmant être prêt à « perdre son poste » pour que cesse « la mort des héros ». Se déclarant ouvert au dialogue, il a insisté, en russe, s’adressant ainsi indirectement à Vladimir Poutine, sur la nécessité de libérer tous les prisonniers, ce qui constituerait une « première étape idéale ». Reprochant à son prédécesseur de ne rien avoir fait pour que les habitants du Donbass se sentent ukrainiens et comprennent qu’ils ne sont pas des étrangers, il s’est également moqué de la facilité accordée à ces habitants pour obtenir la nationalité russe, estimant que les Ukrainiens l’étaient par le cœur, « peu importe qu’ils possèdent dix passeports différents ».

Le Président ukrainien est également revenu sur les raisons principales ayant conduit 73  % des électeurs à lui accorder leurs suffrages. Soulignant la situation économique difficile du pays, il a directement critiqué le gouvernement, accusé de juste répondre « il n’y a rien que nous puissions faire ». Reprenant la thématique qui l’a conduit au poste suprême, Volodymyr Zelensky a demandé à ses membres de laisser leur place « à ceux qui pensent aux prochaines générations et non aux prochaines élections ». Achevant son intervention dans une ambiance glaciale [« Vos applaudissements sont plutôt légers… Je suppose que tout le monde n’apprécie pas ce que je dis ? Dommage, car ce n’est pas moi, mais le peuple ukrainien qui le dit »], le Président a demandé aux parlementaires d’approuver les lois supprimant l’immunité parlementaire et criminalisant l’enrichissement illégal, mais aussi de provoquer la démission du chef des services de sécurité, du Procureur général et du ministre de la défense, avant d’annoncer sa décision de dissoudre le Parlement et de convoquer de nouvelles élections.

L’Ukraine était également à l’ordre du jour à New-York, où la Russie avait demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui ne s’est pas tenue par suite de l’opposition de six délégations, dont la France. Son représentant s’est opposé à une séance qui se serait tenue « le jour même de l’investiture du nouveau Président ukrainien ». La Russie avait motivé cette réunion par la promulgation le 15 mai 2019 par Petro Poroshenko d’une législation imposant la langue ukrainienne comme langue officielle de l’Ukraine. Cette loi avait déjà fait l’objet d’un débat au Conseil de l’Europe, la commission de Venise s’étant prononcée contre un projet qui déniait le droit des minorités, alors que c’est la question de la langue qui est à l’origine du conflit en Ukraine.

Elections municipales en Turquie : un revers pour Erdogan

Le président turc Tayyip Erdogan glissant son bulletin de vote dans l’urne lors des élections municipales à Istanbul, le 31 mars 2019.  

Dimanche 31 mars se sont tenues les élections locales en Turquie. Dans un pays polarisé entre les différents partis, ces élections s’inscrivent dans un contexte anxiogène depuis le putsch manqué de juillet 2016.

A l’issue des élections, les résultats provisoires estiment à 52% les suffrages exprimés en faveur de la coalition regroupant le Parti pour la Justice et le Développement du président Recep Tayyip Erdogan et Parti d’action nationaliste MHP. S’il reste la principale force du pays, l’AKP connait tout de même un revers inédit depuis 2002 et son accession au pouvoir. En effet, les principales villes du pays ont basculé hors du giron de l’AKP. Parmi elles, les capitales politique et économique, Ankara et Istanbul. Pour la première fois depuis 1994, le Parti républicain du peuple, le CHP, principal parti d’opposition d’obédience kémaliste, a remporté les deux villes les plus importantes du pays. La ville d’Istanbul, qui compte 16 millions d’habitants et 10 millions d’électeurs et dont le président actuel a été le maire, a été perdue par l’AKP par 30 000 voix d’écart. La victoire du CHP a été notamment permise par l’électorat kurde, qui représente 12% de la population de la ville. Le parti pro-kurde HDP, qui recueille habituellement ses votes, a décidé de ne pas présenter de candidats dans l’ouest et le sud du pays et a exhorté les Kurdes à voter en faveur du candidat kémaliste du CHP. Cependant, le HDP a pour sa part perdu cinq villes dans le sud-est de la Turquie, dans des villes pourtant à majorité kurde.

Concernant Istanbul, l’AKP conteste le résultat. Bayram Senocak, président du bureau d’Istanbul du parti, a indiqué avoir déposé toutes les objections auprès des Conseils électoraux dans 39 districts. Le parti dénonce en effet de « nombreuses fraudes flagrantes ». De fait, le Conseil électoral saisi aura jusqu’au 13 avril pour étudier les recours et annoncer les résultats définitifs du scrutin.

Si l’attention est focalisée sur Ankara et Istanbul, les votes de dimanche 31 mars ont permis la bascule de plusieurs autres villes importantes, à l’instar d’Antalya et ont donné lieu à l’élection à Tunceli, dans l’est du pays, du premier maire communiste du pays.

Du côté de la presse, le quotidien Sabah, proche du pouvoir turc, félicite la majorité obtenue par la coalition AKP-MHP. A contrario, Al-Monitor félicite l’opposition qui « reprend vie » tandis que le journal kémaliste Cumhuriyet titre : « le pouvoir ébranlé ».

Le président Erdogan, à travers son parti, sort affaibli de ces élections qui illustrent le plus gros revers électoral subi par l’AKP depuis presque deux décennies. Cette défaite est d’autant plus significative que Recep Tayyip Erdogan avait fait campagne comme s’il s’agissait d’élections présidentielles. Malgré la mainmise du pays par le Président depuis des décennies et la multiplication de ses sorties nationalistes et agressives, l’opposition a connu un succès et a prouvé qu’il était possible de battre le parti du Président.

Les résultats du vote interviennent alors que l’économie est fragilisée dans le pays. A Ankara, les prix des denrées alimentaires ont connu une augmentation de 20% depuis janvier 2018 et le chômage a augmenté, provoquant la colère du peuple.

En dépit des critiques émises envers la Turquie concernant la liberté de la presse, la garantie des droits de l’homme et le développement démocratique, ces élections ont prouvé que l’accès aux élections libres est un principe fondamental dont les Turcs continuent de bénéficier. Reste à savoir quel sera l’impact de la perte significative par l’AKP de ces villes importantes du pays et quelle sera la réaction du Conseil électoral concernant la ville d’Istanbul.

Algérie : Bouteflika lâché par l’armée et son camp

Ahmed Gaïd Salah et Abdelaziz Bouteflika. Tous droits réservés.

Ces dernières semaines, l’élection présidentielle a suscité en Algérie une vague de mobilisations pacifiques sans précédent. Après avoir annoncé sa candidature pour un cinquième mandat, le président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999 et lourdement affaibli des suites d’un AVC, , a finalement renoncé tout en décidant du report des élections. Cette situation inédite d’un maintien au pouvoir ne satisfait pas les Algériens.

Après cinq vendredis de mobilisation populaire et une pression de la rue grandissante, le camp du président est ébranlé. Mardi 26 mars, l’armée algérienne, par la voix de son chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, lors d’un discours retransmis à la télévision, a proposé que le président algérien soit déclaré inapte et qu’une procédure d’empêchement à son encontre soit lancée. Le chef d’état-major propose ainsi l’application de l’article 102 de la Constitution qui stipule que « lorsque le Président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions, le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous moyens appropriés, propose, à l’unanimité, au Parlement de déclarer l’état d’empêchement ». Ahmed Gaïd Salah considère qu’« il devient nécessaire, voire impératif d’adopter une solution pour sortir de la crise, répondant aux revendications légitimes du peuple algérien, et garantissant le respect des dispositions de la Constitution et le maintien de la souveraineté de l’Etat ».

La déclaration du général Ahmed Gaïd Salah surprend tant il incarnait l’un des alliés les plus fidèles d’Abdelaziz Bouteflika, qui l’avait nommé en 1994 chef d’état-major et a fait de lui l’un des hommes les plus incontournables du pays. Egalement vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaïd Salah avait juré de servir le président jusqu’à sa mort. Depuis le début des manifestations, il s’était fait l’arbitre de la situation et multipliait ses déplacements dans les régions algériennes.

La solution prônée par l’armée est saluée par le parti du Rassemblement national démocratique (RND), principal allié d’Abdelaziz Bouteflika et membre de la coalition au pouvoir. Le dirigeant n’est autre qu’Ahmed Ouyahia, ex-Premier ministre récemment limogé. Mercredi 27 mars, le RND publie un communiqué dans lequel il « recommande la démission du président de la République (…) dans le but de faciliter la période de transition » en réponse aux événements qui « confirment le rejet de la rue pour la feuille de route proposée par le président ». Le même jour, des membres du comité central du Front de libération nationale (FLN), parti du président, ont également apporté leur soutien à la déclaration du général Salah relatif à l’article 102. A Alger, l’étau se resserre autour du clan présidentiel, lâché par ses soutiens historiques.

L’empêchement réclamé par le général Salah donnerait à l’armée – qui est déjà au pouvoir et est partie intégrante du système actuel – l’occasion d’assurer la transition et ne laissera que peu de temps à la société algérienne pour se mobiliser. Face à la tournure que prennent les événements, l’opinion publique algérienne se montre sceptique et rejette ce qu’elle considère comme un coup de force et une immixtion de l’armée. Ainsi, les appels à manifester se multiplient, la solution prônée par Ahmed Gaïd Salah ne répondant pas aux nombreuses protestations dans les villes algériennes qui expriment la volonté d’un changement de régime et pas seulement le départ du président actuel.

C’est au Conseil constitutionnel, réputé proche du pouvoir et du président, que l’avenir politique de l’Algérie se jouera dans les prochains jours. En effet, l’organe devra se prononcer sur la mise en œuvre de l’article 102.

 

Report des élections et prolongement du 4ème mandat : la réaction algérienne

Manifestation étudiante en Algérie, le 12 mars 2019. Tous droits réservés.

Le 11 mars, l’agence de presse nationale algérienne APS a relayé le message à la nation du président Abdelaziz Bouteflika, 24 heures après son retour de Genève où il était hospitalisé. Dans ce message, il annonce le report sine die des élections présidentielles du 18 avril prochain et sa décision de ne pas briguer un 5ème mandat en raison de « son état de santé et son âge ».

Cette décision intervient alors que le pays connait depuis plusieurs semaines une vague historique de mobilisations pacifiques. Les Algériens manifestent contre un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, affaibli par un AVC survenu en 2013 et dont les apparitions se font rares.

Le chef de l’Etat affirme « comprendre » les revendications du peuple et notamment de la jeunesse et promet une transition, notamment au travers d’un remaniement général du gouvernement. Dans la foulée, le Premier ministre Ahmed Ouyahia, impopulaire en Algérie, a été limogé et remplacé par Noureddine Bedoui, ministre de l’Intérieur et ami du frère du président, Nacer.

Le message présidentiel, s’il a donné lieu à des manifestations de joie, s’est finalement traduit par un doute. Les Algériens se questionnent quant à ce maintien à durée indéterminée du président sortant – Abdelaziz Bouteflika n’ayant pas donné la date des prochaines élections. De plus, le nouveau gouvernement ne satisfait pas les manifestants qui n’y voient que la continuité du régime. Ainsi, mardi 12 mars, une nouvelle vague de manifestation a débuté. Le doute plane quant au futur politique du pays. Les slogans « contre le cinquième mandat » ont laissé place à des protestations « contre le prolongement du 4ème ». Le peuple, porté par la jeunesse étudiante, réclame ainsi le retrait de la magistrature suprême du président actuel et un changement de système.

Juridiquement, la question du report de l’élection pose également problème. Walid Laggoune, professeur de droit constitutionnel à l’Université d’Alger a déclaré à la radio publique algérienne : « La constitution ne prévoit aucune disposition relative au report des élections ».

La nouvelle a de fait suscité de vives réactions en Algérie. Alors que les journaux pro-régime à l’instar d’El Moudjahid ou l’Expression saluent la décision du chef de l’Etat et énumèrent ses « engagements », d’autres médias se montrent plus méfiants. El Watan titre ainsi le mardi 12 mars « Il annule la présidentielle mais reste au pouvoir. La dernière ruse de Bouteflika ». Pour le site TSA – Tout sur l’Algérie, qui a relayé en temps direct les manifestants à travers le pays, le système instauré par le président Bouteflika ne permettra pas la transition promise. Enfin, pour Liberté Algérie, « la rue dit non à Bouteflika ».

Sur Twitter, le Président de la République française, Emmanuel Macron,a accueilli avec satisfaction le choix du Président algérien et a déclaré : « La jeunesse algérienne a su exprimer son espoir de changement avec dignité. La décision du Président Bouteflika ouvre une nouvelle page pour la démocratie algérienne. Nous serons aux côtés des Algériens dans cette période nouvelle, avec amitié et avec respect ». Le chef de l’Etat français, en tournée en Afrique de l’Est, appelle à une « transition d’une durée raisonnable ». Lors de la conférence de presse donnée à Djibouti, il a déclaré : « Je salue la décision du président Bouteflika, qui signe une nouvelle page dans le développement de la démocratie algérienne (…) Je salue la dignité avec laquelle la population, en particulier la jeunesse algérienne, a su exprimer ses espoirs, sa volonté de changement, ainsi que le professionnalisme des forces de sécurité ».

Alors que les principales villes de l’Algérie ont manifesté mardi 12 mars, les manifestants appellent à de nouveaux rassemblements jeudi 14 et vendredi 15 mars.

Accord pour des élections en Libye

Le maréchal de l’Armée nationale libyenne, Khalifa Haftar, le président du Parlement libyen basé à Tobrouk, Aguila Saleh Issa, le chef du Gouvernement d’accord national Fayez al-Sarraj et le président du Haut Conseil d’Etat libyen Khaled Mechri, lors d’un congrès international.
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Jeudi 28 février 2019, la Mission d’appui des Nations unies en Libye (MANUL) a annoncé un nouvel accord sur l’organisation des élections en Libye. A Abu Dhabi, une rencontre organisée sans annonce préalable par l’Envoyé spécial de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé, a permis de réunir les deux hommes forts du pays : Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar. Dans un communiqué, la MANUL a déclaré : « Les deux parties se sont entendues sur la nécessité de mettre fin à la période de transition à travers des élections générales mais aussi sur les moyens de préserver la stabilité de la Libye et d’unifier ses institutions ».

L’appareil d’Etat libyen s’est écroulé à la chute du « Guide suprême » Mouammar Kadhafi en 2011, laissant le pays dans l’instabilité. A la situation économique alarmante se sont ajoutés l’émigration massive en direction de l’Europe et l’installation de multiples foyers terroristes. Le pays est le théâtre de luttes d’influence et deux autorités se disputent le pouvoir depuis de longs mois : Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar. Le premier est à la tête du Gouvernement d’accord national (GAN), reconnu par l’ONU et basé à Tripoli tandis que le maréchal Haftar, chef autoproclamé de l’Armée nationale libyenne (ANL), contrôle l’est du pays et est soutenu par la Chambre des représentants élue lors des élections du 25 juin 2014, et installée à Tobrouk. Un accord entre les deux hommes est nécessaire pour organiser des élections et parvenir à un retour à la sécurité.

Bien qu’aucun calendrier n’ait été communiqué à l’issue de la réunion, la rencontre est considérée comme une avancée significative, tant la communauté internationale peine à réunir les deux rivaux. Paris et Rome se sont ainsi disputé le dossier libyen : le président français Emmanuel Macron était parvenu à réunir Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar en mai dernier. A Paris, les deux hommes s’étaient déjà accordés pour organiser des élections présidentielles avant la fin de l’année 2018, sans effet concret. Ancienne puissance coloniale et partenaire historique de la Libye, l’Italie a tenté de régler cette question en organisant en novembre 2018 une conférence internationale à Palerme. Malgré la présence des deux hommes, le bilan de la conférence de Palerme fut mitigé, le maréchal Haftar ayant boudé les réunions.

Alors que Fayez al-Sarraj se montre affaibli, notamment au sein de son camp, Khalifa Haftar s’est lancé depuis le début de l’année 2019 à la conquête du sud du pays. Dans cette région, historiquement marginalisée par le pouvoir et devenue un repaire pour les djihadistes, le maréchal est parvenu à rallier les tribus locales. La rencontre des deux hommes s’est de plus déroulée à Abu Dhabi, soutien historique du camp Haftar. Dans une logique diplomatique, les Emirats arabes unis entendent s’ériger en médiateur et prouver qu’ils sont capables de régler la situation en Libye alors que les Occidentaux n’y sont pas parvenus.

Elections législatives anticipées en Espagne

 

Pedro Sanchez annonçant les élections anticipées. Le 15 février 2019.
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Le Président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a annoncé, vendredi 15 février 2019, les élections générales le 28 avril prochain. Ces élections anticipées interviennent alors que le projet de budget 2019 a été rejeté mercredi 13 février 2019, par une majorité de 191 voix sur 350.

Le Président du gouvernement espagnol était arrivé au pouvoir le 2 juin 2018 après le vote d’une motion de censure provoquant la chute du gouvernement de son prédécesseur, Mariano Rajoy. En une semaine, le parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) de Sanchez recevait le soutien de plusieurs partis du pays à l’instar de Podemos et des indépendantistes basques et catalans, dans le dessein de pousser Mariano Rajoy vers la sortie.

Pedro Sanchez est depuis à la tête du gouvernement le plus minoritaire de l’histoire espagnole. La droite et l’extrême-droite, incarnées par le Parti populaire (PP), Ciudadanos et Vox, lui reprochent des concessions à l’égard des indépendantistes de Catalogne. Des milliers de manifestants avaient ainsi manifesté le 10 février, réclamant des élections et accusant Pedro Sanchez de menacer la constitution. Pourtant, le dialogue entre gouvernement et indépendantistes a été rompu la semaine dernière, les indépendantistes catalans continuant de réclamer un référendum d’autodétermination, inacceptable pour Madrid. Ils ont donc sans surprise rejeté le projet de budget, leur vote étant pourtant nécessaire au maintien du gouvernement de Pedro Sanchez.

Ce refus de s’aligner sur la position du PSOE intervient alors que la veille a débuté le procès de 12 dirigeants catalans, jugés par la Cour suprême de Madrid pour avoir participé au processus d’indépendance de la Catalogne en 2017. Accusés de rébellion, sédition, malversation et désobéissance, ils risquent jusqu’à 25 ans de prison. En Catalogne, en guise de soutien aux indépendantistes actuellement jugés, une grande grève est prévue le 21 février.

S’il a permis des avancées sociales telles que l’augmentation du salaire minimum à 900 euros ou le décret rétablissant la santé universelle, le gouvernement de Pedro Sanchez restera « le plus court de l’histoire de l’Espagne démocratique ». Le journal El Pais, pourtant proche du parti socialiste espagnol estime que ce changement de gouvernement permettra de « sortir de la paralysie politique ». Madrid connait ces dernières années la fin de son bipartisme traditionnel et ces élections générales seront les troisièmes en moins de quatre ans. Le scrutin se déroulera un mois avant le « superdomingo » (super dimanche) du 26 mai prochain, durant lequel se tiendront les élections régionales, municipales et européennes.