élections européennes

Elections européennes : le nouveau visage de l’UE

Le Parlement européen.
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Du 23 au 26 mai, les électeurs des 28 pays de l’Union européenne étaient appelés à se rendre aux urnes pour élire les nouveaux députés du Parlement européen. Si le taux de participation a atteint un niveau historique, déjouant les sondages, les résultats du scrutin annoncent une Union européenne fragmentée entre différents partis politiques.

Pour la première fois depuis 1979, le bloc de centre droit (PPE) et celui des sociaux-démocrates (PSE) perdent leur majorité. L’influence des partis traditionnels a diminué au profit de nouvelles formations qui prennent de l’essor, en particulier les partis libéraux, eurosceptiques et écologistes. S’agissant des pays méditerranéens, aucune tendance générale ne peut être dégagée. En Grèce, Alexis Tsipras sort perdant du scrutin, son parti Syriza étant arrivé 9 points derrière son principal rival de droite. Face à ce résultat, le Premier ministre grec a appelé à des élections législatives anticipées. A Malte, le parti travailliste dont est issu le président remporte la victoire, comme le prévoyaient les sondages, comme en Espagne et au Portugal. Dans l’autre Etat insulaire, les conservateurs chypriotes sont arrivés en tête. En Slovaquie, le parti de la présidente a remporté les élections. En Italie, La Ligue de Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur est arrivée en tête.

Le résultat des élections influe sur la nomination du président de la Commission. Dans un souci de démocratisation, l’UE avait retenu, depuis le Traité de Lisbonne, le principe selon lequel le parti ayant obtenu le plus de suffrage propose le président de la Commission. Mardi 28 mai, les chefs d’Etat des 28 membres de l’UE se sont donc réunis afin de discuter des potentiels prétendants. Le conservateur allemand Manfred Weber, leader du PPE, qui demeure le parti le plus puissant, figure logiquement en tête des candidats postulant à la succession du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Ayant fait toute sa carrière politique au service de l’Union européenne, il souffre cependant d’un manque de notoriété, n’ayant jamais participé à un gouvernement. Malgré le soutien de Berlin, sa candidature est affaiblie par le recul du PPE et la concurrence d’autres candidats. Parmi eux, est pressenti le social-démocrate néerlandais Frans Timmermans, actuel premier vice-président de la Commission. Pour autant, le PSE subit, à l’instar du PPE, un revers et Frans Timmermans, jugé trop technocrate, est critiqué en Europe de l’Est. Le camp des libéraux, qui a progressé lors des dernières élections, soutient la Danoise Margrethe Vestager qui a su ces dernières années, s’imposer dans le paysage européen. A l’issue du scrutin, cette dernière a déclaré : « Le monopole du pouvoir est brisé. Une coalition de ceux qui veulent avancer est plus que nécessaire ». Elle serait d’ailleurs la première femme de l’histoire à occuper le poste de président de la Commission qui a vu se succéder 13 hommes depuis 1958. Enfin, le quatrième candidat potentiel est Michel Barnier. Ce Français, qui semble avoir le soutien de Paris, est membre du PPE et bénéficie d’une grande expérience à la fois européenne et nationale. Il s’est notamment illustré en tant que négociateur en chef de l’UE pour le Brexit.

Outre la montée des partis populistes eurosceptiques et la percée des partis écologistes, cette nouvelle configuration du Parlement européen pourrait permettre des débats moins figés donnant lieu à une recherche de la majorité pour chaque texte proposé. Du même fait, les conservateurs et les socialistes n’ayant plus autant de poids qu’auparavant, pourraient se rapprocher des partis centristes et des Verts dans le dessein de constituer de nouvelles alliances.

 

Pour une « renaissance de l’Europe », la tribune d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron à la Sorbonne, le 26 septembre 2017. Tous droits réservés.

Le 4 mars 2019, le Président de la République française Emmanuel Macron a publié une tribune en faveur de l’Union europénne. Cette « lettre aux citoyens d’Europe » pour une « renaissance européenne » a été relayée dans les journaux de tous les Etats membres de l’Union et traduite en 24 langues.

La démarche du président français, qui s’inquiète du délitement européen, s’inscrit dans un contexte « d’urgence » à moins de trois mois des élections européennes « décisives » et près de trois semaines avant le Brexit, qu’il considère comme le « symbole de la crise de l’Europe ». L’appartenance à l’Union européenne connait en effet ces dernières années une remise en cause avec la montée de l’euroscepticisme et l’expansion des partis nationalistes et populistes. Pour Emmanuel Macron, « le repli nationaliste ne propose rien ; c’est un rejet sans projet ». A ce titre, il présente plusieurs propositions basées autour de « trois ambitions » qui sont « la liberté, la protection et le progrès ».

Les axes proposés aux Etats membres sont divers et concernent entre autres la mise en place d’une agence de protection des démocraties, la création d’une banque en faveur du climat afin de financer la transition écologique, l’instauration d’un salaire minimum à l’échelle de l’Union européenne ou encore la réduction de la consommation de pesticides d’ici 2025 et une politique « zéro carbone » pour 2030. Aussi, Emmanuel Macron, préoccupé par les ingérences extérieures dans les démocraties européennes, appelle à une restructuration de l’espace Schengen. Dans l’optique de le « remettre à plat », il réitère son idée d’un office européen de l’asile et d’une police des frontières communes. Par ailleurs, il entend interdire le financement des partis politiques de l’UE par des puissances étrangères, déjà interdit en Hexagone. Sur le plan économique, il se positionne en faveur d’une « juste concurrence » et d’une « préférence européenne ».

L’intérêt du Président français pour l’Union européenne n’est pas inédit. Durant sa campagne pour la présidence, Emmanuel Macron a fait de la défense de l’UE l’un de ses fers de lance. Toutefois, la méthode utilisée est novatrice. Pour la première fois, un chef d’Etat s’adresse à l’ensemble des Européens, sans passer par les autorités gouvernementales, dans un message plein de promesses.

Considéré par certains comme un coup médiatique, ce texte signe clairement l’entrée en campagne d’Emmanuel Macron pour les élections européennes. Il espère, en cas de bons résultats, pouvoir mener à bien l’ensemble de ses réformes.

Si son camp soutient fermement sa démarche, l’opposition nationale critique sans surprise l’initiative. En Europe, l’accueil est globalement favorable, à l’exception des partis populistes. En Allemagne, les médias se montrent réceptifs au message du Président. De l’autre côté de la Manche, le Financial Times souligne les « propositions novatrices ». Du côté de l’Union européenne, Donald Tusk, Président du Conseil européen approuve le message d’Emmanuel Macron : « La renaissance de l’UE doit commencer maintenant ».