droits de l’homme

Egypte : mort de l’ancien président Morsi

Mohamed Morsi lors d’une session du tribunal au Caire, en juin 2016. Tous droits réservés.

Lundi 17 juin 2019, l’ancien président égyptien Mohamed Morsi est décédé à l’âge de 67 ans, des suites d’une crise cardiaque alors qu’il était en audition au tribunal du Caire.

Ingénieur de formation et ancien député, il est propulsé lors de la révolte égyptienne s’inscrivant dans le printemps arabe, à la tête du Parti de la liberté et de la justice, appartenant à la mouvance des Frères musulmans. Il devient en 2012 le premier – et seul – président égyptien démocratiquement élu. Sa politique d’islamisation et sa dérive autoritaire ont suscité le rejet d’une large partie de la population qui se mobilise afin de réclamer son départ. Le président est finalement destitué en 2013 par un coup d’Etat mené par son ministre de la Défense Abdelfattah al-Sissi – devenu depuis président. Dès lors, les Frères musulmans ont été classés par l’Egypte comme « organisation terroriste » et Mohamed Morsi purgeait sa peine, condamné à la perpétuité notamment pour espionnage au profit du Qatar et du Hamas.

Depuis plusieurs années, la famille de l’ancien président et son parti politique déploraient ses conditions de détention. Sur son compte Twitter, le Parti de la liberté et de la justice « pleure le président martyr », victime d’un « meurtre à part entière ». Les ONG internationales – Human Rights Watch et Amnesty International en première ligne – avaient déjà condamné les conditions de détention et réclament désormais au pouvoir égyptien de faire la lumière sur cette mort jugée suspecte. l’Organisation des Nations unies réclame également une enquête. Dans une note à la presse, Rupert Colville, porte-parole du Haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme a déclaré : « Toute mort subite en détention doit être suivie d’une enquête rapide, impartiale, approfondie et transparente menée par un organe indépendant afin de clarifier les causes du décès. »

Si son arrivée au pouvoir répondait en premier lieu aux revendications populaires, le maréchal Sissi gouverne lui aussi l’Egypte de manière autoritaire, et redoute l’instrumentalisation de la mort de l’ancien président. Mardi 18 juin, Mohamed Morsi a été enterré au Caire en toute discrétion en présence de sa famille et d’un déploiement important des forces de l’ordre. Le pouvoir égyptien veille à ce que l’ancien président ne devienne pas un martyr et que sa stèle ne devienne pas un lieu de pèlerinage. A ce titre, il a renforcé l’état d’urgence afin de parer à toute manifestation. Dans la presse égyptienne, le décès de Mohamed Morsi ne fait naturellement pas office d’événement majeur et les médias omettent d’ailleurs de mentionner son titre d’ancien chef d’Etat.

La mort de celui qui a brièvement été une des figures de l’islam politique sunnite, a entrainé une bataille de perceptions autour de son image. L’ancien président, érigé en martyr, est pleuré par ses anciens soutiens. Mort, Mohamed Morsi devient plus populaire qu’il ne l’était de son vivant.

Dans la région, les messages de soutien et de condoléances adressés au défunt président ont afflué. Sans surprise, le président turc Recep Tayyip Erdogan, allié historique du régime de Morsi qu’il percevait comme un relais de sa politique frériste a déclaré : « Je souhaite la miséricorde de Dieu à notre martyr, notre frère Morsi ». Dans la journée de mardi, une prière a été organisée en l’honneur de l’ancien chef d’Etat à Istanbul, donnant l’occasion au Président turc de dénoncer le silence de l’Occident et affirmant qu’il doutait que Mohammed Morsi soit mort de causes naturelles. Au Qatar, soutien sans faille de la Turquie, l’émir Al Thani a exprimé « son profond chagrin » tout en adressant ses « condoléances fraternelles à sa famille et au peuple égyptien ».  Dans la bande de Gaza, le Hamas a salué « la longue lutte de Morsi au service de l’Egypte et de son peuple, et principalement de la cause palestinienne ».

La disparition de l’ancien président ravive ainsi les tensions entre le caire , les Frères musulmans et leurs alliés régionaux.

Exécutions de masse en Arabie saoudite

Exécution à mort par décapitation au sabre en Arabie saoudite. Tous droits réservés.

Mardi 23 avril 2013, 37 Saoudiens ont été mis à mort en Arabie saoudite pour des faits de « terrorisme ».

Dans un communiqué relayé par l’agence de presse nationale SPA, le ministère de l’Intérieur a indiqué l’exécution de ces personnes, reconnues coupables d’avoir « adopté la pensée terroriste extrémiste » et d’avoir « formé des cellules terroristes ». En une seule journée, ces hommes ont été exécutés par décapitation, à l’exception d’un ayant fait l’objet d’une crucifixion. Ce traitement est réservé aux individus ayant commis les crimes les plus graves.

Cette exécution de masse, qui représente la plus importante dans le pays depuis plus de trois ans, a eu lieu dans cinq régions du royaume wahhabite. Parmi elles, la capitale Riyad, les villes saintes de Médine et La Mecque et une région à majorité chiite. Sur les 37 personnes suppliciées, 11 d’entre elles ont été accusées d’espionnage au profit de l’Iran et exécutées après des procès « contraire aux normes d’équité les plus élémentaires », selon Amnesty International. 14 autres étaient déclarées coupables d’actes violents survenus durant les manifestations antigouvernementales menées dans la province orientale à majorité chiite en 2011.

La majorité des individus exécutés mardi 23 avril – 33 selon Human Rights Watch – est chiite. La rivalité Riyad – Téhéran et plus globalement la rivalité sunnite – chiite permet à l’Arabie saoudite d’éliminer des opposants politiques sous couvert de lutte contre le terrorisme. Dans ce pays sunnite abritant une minorité chiite qui représente selon des estimations entre 10 et 15% des 32 millions de Saoudiens, la peine de mort sert ainsi les intérêts politiques de Riyad. En effet, l’Arabie saoudite, qui a rompu ses liens diplomatiques avec l’Iran depuis 2016, accuse la République islamique d’ingérence dans certains pays du Golfe et de tentative de déstabilisation de la région. Cette décision d’exécuter des Saoudiens pour la plupart chiites provoquera certainement une escalade de tensions avec la République islamique.

Riyad est très souvent pointé du doigt concernant le respect des droits de l’homme. Au moment de leur procès, trois des condamnés étaient mineurs, ce que considère « odieux », le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, Michelle Bachelet. Selon Amnesty International, le nombre de personnes exécutées depuis le début de l’année 2019 s’élève à 104. Ce chiffre suscite l’inquiétude. Anne Denis, responsable de la commission Abolition de la peine de mort au sein d’Amnesty International a déclaré : « Globalement, l’ordre de grandeur du nombre annuel d’exécutions dans le pays a toujours oscillé entre 145 et 150 ces dernières années. Mais en être déjà à 104 en avril présage d’une année particulièrement noire pour 2019… ». Toujours selon l’ONG, Riyad est le pays où les exécutions sont les plus nombreuses après la Chine et l’Iran.

L’Arabie saoudite clame être en guerre contre « toutes les formes de terrorisme ». La pétromonarchie, victime au début des années 2000 d’une vague de terroristes est en effet parvenue à contenir la menace des groupes djihadistes mais n’a pas réussi à les éradiquer complètement.

Emmanuel MACRON en Egypte : renforcement des liens entre Paris et Le Caire

Les présidents Emmanuel MACRON et Abdel-Fattah al-SISSI et leurs épouses, Brigitte MACRON et Intissar AMER au palais présidentiel du Caire, le 28 janvier 2019.
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Le Président de la République française Emmanuel MACRON est en visite officielle en Egypte du 27 au 29 janvier 2019 afin de « renforcer le partenariat stratégique entre les deux pays » selon l’Elysée. Pour sa première visite dans le pays, il est accompagné de son épouse, d’une importante délégation de personnalités économiques et culturelles et de plusieurs ministres, dont Jean-Yves le DRIAN, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.

L’Egypte est un allié stratégique de la France au Moyen-Orient, les relations entre Paris et le Caire étant fondées sur des liens historiques. Ces dernières années, les rencontres bilatérales se sont multipliées entre les chefs d’Etats tandis que la France considère l’Egypte comme un pôle de stabilité de la région. L’Elysée souligne que l’Egypte est « un pays de 100 millions d’habitants, absolument essentiel pour la sécurité et la stabilité du Moyen-Orient et de l’Europe ».

La rencontre entre les deux présidents permettra d’aborder des dossiers centraux de la défense et de la sécurité, qui portent notamment sur la Syrie, sur la lutte contre le terrorisme ou encore sur la Libye. Ce déplacement permettra également d’aborder les dossiers économiques, une trentaine d’accords et de contrats devant être signés sur les transports, les énergies renouvelables ou la santé. En matière d’armement, l’Egypte se classe au 3ème rang mondial des pays importateurs entre 2013 et 2017 selon le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute), la France étant son premier fournisseur. Récemment, Paris a livré 24 avions de combats Rafale au Caire et une corvette.

Ces contrats soulèvent interrogations et débats quant au respect des droits de l’Homme. Destiné à lutter contre le terrorisme dans la région, l’armement est accusé d’être utilisé pour réprimer l’opposition égyptienne. Yves PRIGENT, président d’Amnesty International déclare : « Nous attendons des messages forts et des changements en termes de pratique, tout particulièrement sur la question du transfert des armes françaises vers l’Egypte ». A l’issue de la visite à Paris du Président SISSI en octobre 2017, Emmanuel MACRON avait refusé de « donner des leçons » à son homologue égyptien sur la question des droits de l’homme. Aujourd’hui poussé par les ONG et l’opinion publique, le chef de l’Etat français affirme vouloir « mettre clairement sur la table » ces sujets très sensibles alors que « les choses sont empirées depuis octobre 2017 ». Le président français qui estime que l’Egypte a « besoin de moins d’autoritarisme », s’engage alors à « un dialogue de vérité » avec le président SISSI.

Les enjeux de cette visite prennent également une tournure stratégique pour la France et sa politique en Afrique. En effet, l’Egypte prendra la tête de l’Union africaine à partir du 1er février, succédant au Rwanda.

Après avoir quitté le Caire, Emmanuel MACRON se rendra à Chypre le 29 janvier pour le sommet des Etats membres méditerranéens (MED7).