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Emmanuel Macron reçoit Vladimir Poutine : les crises mondiales au cœur des discussions

Vladimir Poutine et Emmanuel Macron, le 29 mai 2017 au château de Versailles.
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Ce lundi 19 août, le président de la République Emmanuel Macron reçoit son homologue russe Vladimir Poutine dans sa résidence de Brégançon dans le Var pour un entretien en tête à tête suivi d’un dîner.

Alors que se tiendra le G7 à Biarritz du 24 au 26 août, le chef de l’Etat français souhaitait s’entretenir avec Vladimir Poutine sur les grands sujets internationaux. En effet, le président russe ne participe plus à ce Sommet depuis son exclusion avec l’annexion de la Crimée en 2014. Cette rencontre bilatérale souligne la volonté de la France de maintenir le dialogue avec la Russie, acteur majeur sur la scène internationale. Il s’agit d’ailleurs de la troisième rencontre entre les deux chefs d’Etats.

Les thèmes abordés lors de cet entretien concernent, pour l’essentiel les dossiers libyen, syrien, iranien et ukrainien.  En définitive, il s’agit de thèmes axés autour du bassin méditerranéen, zone sensible où Moscou et Paris jouent un rôle important. Sur le dossier syrien, la France demande à la Russie « d’user de son influence » sur ses alliés pour que cesse l’offensive du régime sur Idleb, ces derniers étant soutenus par l’aviation russe. S’agissant de la République islamique d’Iran, l’enjeu est de préserver l’accord sur le nucléaire iranien que la France s’efforce de maintenir en vie malgré le départ des Etats-Unis et le rétablissement des sanctions.

Cette rencontre permet aussi à la Russie de défendre ses intérêts hors du G7 et de montrer que le pays n’est pas isolé. Une façon de confirmer que le pays reste un acteur incontournable dans la résolution des crises d’autant plus qu’il bénéficie d’un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Pour la France, partisane du multilatéralisme, il s’agit de réintroduire la Russie dans les débats en se posant en pays médiateur capable de s’entretenir avec ses voisins.

C’est aussi un moyen de renforcer la position internationale de la France dans sa capacité à peser sur les décisions des grands partenaires.

Après s’être entretenu avec Vladimir Poutine, Emmanuel Macron recevra pour la première fois le Premier ministre britannique Boris Johnson, à l’heure où la question du Brexit – dont Boris Johnson est un fervent partisan – constitue un réel enjeu pour l’Union européenne. A Biarritz, le Président français s’entretiendra bien sûr avec son homologue américain Donald Trump. Paris qui multiplie donc ses rencontres avec des chefs d’Etats aux intérêts divergents se fait le porte-voix d’une Union européenne qui peine à s’affirmer à l’échelle internationale. Dans cette démarche, la France, à défaut d’un multilatéralisme désormais inexistant, fait valoir ses valeurs et ses idées dans ses rencontres bilatérales.

Ainsi, si les désaccords entre Paris et Moscou sont multiples, notamment concernant les droits de l’homme, les intérêts communs n’en restent pas moins nombreux, en témoignent les relations ininterrompues avec la Russie depuis l’élection d’Emmanuel Macron.

La visite du pape François au Maroc en faveur de la paix et d’une société multiculturelle

Le pape François et le roi Mohammed VI au Palais royal de Rabat au Maroc, le 30 mars.
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Les 30 et 31 mars, le pape François a effectué une visite au Maroc, sa première au Maghreb. Placée sous le thème « Pape François : Serviteur d’Espérance », cette visite du souverain pontife s’est déroulée sous le signe du développement interreligieux, de la compréhension mutuelle entre les fidèles et de la promotion des valeurs de paix et de tolérance.

L’Eglise catholique compte environ 30 000 fidèles au Maroc, pour la plupart des expatriés français et européens et des migrants originaires d’Afrique subsaharienne. Parmi eux, entre 4 000 et 8 000 sont des chrétiens marocains selon l’Association des chrétiens marocains (ACM). Depuis 2017, ces convertis réclament le droit de vivre « sans persécution » et « sans discrimination ». Pour autant, le Maroc fait partie des rares pays musulmans garantissant la conversion comme un droit, contrairement aux Emirats arabes unis (où le pape s’est rendu en février dernier) où cet acte peut encourir la mort. Pour autant, ni le souverain pontife ni le monarque chérifien n’ont fait allusion aux milliers de Marocains discrètement convertis au catholicisme.

Lors de sa première journée, le pape s’est entretenu avec le roi Mohammed VI. Alors que le monarque marocain a assuré protéger « les Juifs marocains et chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc », le souverain pontife a plaidé, devant 25 000 personnes rassemblées sur la grande esplanade de la mosquée Hassan à Rabat en faveur de « la liberté de conscience » et « la liberté religieuse ». La rencontre entre les deux hommes a été marquée par la signature de « l’Appel d’Al Qods ». Le roi Mohammed VI, en tant que président du Comité Al Qods et le souverain pontife entendent « conserver et promouvoir le caractère spécifique multi religieux, la dimension spirituelle et l’identité particulière de la ville sainte ». En effet, les deux considèrent important de préserver Jérusalem comme « patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue ». Cet appel s’inscrit alors que la ville connait une judéisation, notamment par la reconnaissance par certains Etats, en premier lieu les Etats-Unis, de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Le pape a également fait des migrations l’un des fers de lance de sa papauté et de sa visite au Maroc. Ainsi, il a fait la rencontre de 80 migrants dans un centre humanitaire Caritas où il a mis en garde contre « l’indifférence et le silence ». Il a, par la même, prôné une « immigration sûre, ordonnée et régulière », dans l’esprit du Pacte de Marrakech des Nations unies, signé le 10 décembre dernier. Depuis quelques années, le Maroc est devenu le premier pays de départs clandestins des migrants africains en direction de l’Europe. Ces migrants ont d’ailleurs transformé le visage de l’Eglise catholique dans le pays et ont été très mobilisés à l’occasion du voyage du pape à Rabat.

Dimanche, après un discours à la cathédrale Saint-Pierre, le pape a clôturé son séjour avec une messe au Complexe sportif Moulay Abdellah à Rabat où plus de 10 000 fidèles ont fait le déplacement. En ce quatrième dimanche de carême, le souverain pontife a mis en garde contre le prosélytisme : « les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse ». La requête du pape résonne dans un pays où le prosélytisme actif auprès de musulmans peut valoir jusqu’à trois ans de prison et ce, en dépit du droit à la conversion. La visite du pape s’achève avec ces paroles adressées à l’audience : « Je voudrais vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue avec nos frères et sœurs musulmans et contribuer à rendre visible cette fraternité universelle ».

L’événement a été massivement relayé par la presse marocaine et arabe. TelQuel souligne le caractère international de cette rencontre et la diversité du culte qui mêle différentes nationalités tandis que Le Courrier de l’Atlas évoque une « visite historique ». Quant au journal Le 360, il considère cette visite comme un « événement planétaire retentissant ». Le journal libanais L’Orient-le Jour note que « pour une nouvelle fois, le chef des catholiques a plaidé pour la tolérance religieuse et la coexistence pacifique des croyants ». Enfin, le média qatari Al Jazeera souligne la priorité du pontife argentin de faire de l’amélioration des relations avec les autres religions une « priorité ».

Si le nombre de chrétiens était dix fois supérieur avant l’indépendance au Maroc et qu’il ne représente aujourd’hui qu’1% de la population, le déplacement du souverain pontife à Rabat a une portée symbolique et adresse un message fort en faveur d’un dialogue de paix et d’un vivre ensemble entre les différentes confessions.

RCA : Début des pourparlers entre le gouvernement et les groupes armés.

Smail CHERGUI et Jean-Pierre LACROIX.
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Jeudi 24 janvier 2019 s’est ouvert à Khartoum le grand dialogue national centrafricain. Sous l’égide de l’Union africaine (UA) avec l’appui des Nations unies sur les bases des conclusions du Forum de Bangui de 2015, les pourparlers réunissent 14 groupes armés et le gouvernement afin d’amorcer une sortie de crise.

Il a fallu près d’un an et demi pour réunir les différents camps et harmoniser les revendications des groupes armés. La situation en République centrafricaine est préoccupante. Le pays est enlisé dans une guerre depuis 2012 et aujourd’hui, les groupes armés sont en position de force. Ils détiennent en effet près de 80% du territoire et sont bien armés.

Ces groupes revendiquent entre autres l’amnistie et l’autonomisation des régions de la Centrafrique, ce qui paraît difficile à atteindre sans compromettre le Forum de Bangui.

Interrogé par RFI, Parfait Onanga-Anyanga, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Centrafrique considère ce dialogue comme « historique » : « Nous attendons que tous les acteurs y aillent dans un esprit de compromis, qu’il en sorte de ces consultations historiques, un répit pour la population centrafricaine qui n’a que trop souffert, un espoir de paix, d’une paix durable ». S’il reconnaît que ce ne sera pas chose aisée d’aboutir à des conclusions pacifiques, « ne pas aller à Khartoum, c’est se mettre au ban de l’histoire et donc s’interdire l’opportunité de pouvoir faire quelque chose de bien pour son pays pour une fois, faire quelque chose de bien pour la Centrafrique ». Finalement, toutes les factions ont participé à la rencontre.

Smail Chergui, Commissaire à la paix et à la sécurité de l’UA s’est rendu au Soudan pour faciliter ce dialogue direct entre les différentes parties. En vue d’obtenir une réconciliation, il s’est adressé aux participants : « En ces moments cruciaux pour la République centrafricaine, vous avez autant que nous une obligation de résultat ». Il a par la même, réitéré le soutien de l’Union africaine « Je voudrais une fois de plus vous assurer de l’entière mobilisation de la Commission de l’Union africaine pour accompagner les parties prenantes centrafricaines dans le règlement durable du conflit dévastateur ».

A l’issue de la rencontre, Jean-Pierre Lacroix, qui a fait le déplacement à Khartoum, a déclaré : « Je suis encouragé de voir présents des représentants des partis politiques, de l’Assemblée nationale, des femmes, des jeunes, de la plate-forme religieuse et des victimes ».

Toutefois, l’ancien président centrafricain François Bozizé, renversé en 2013 et vivant en exil en Ouganda, a écrit à Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’Union africaine, chargé de chapeauter ces négociations. Il dénonce l’exclusion des anciens chefs d’Etat de Centrafrique du dialogue. Il tient pour responsable le gouvernement actuel de son pays, présidé par Faustin-Archange Touadéra. Il espère être convié à y participer avant la fin des négociations pour une résolution définitive de la situation en RCA.

Le dialogue devrait se poursuivre jusqu’au 2 février.