Daesh

L’épineux dilemme du retour des djihadistes français de Syrie

Les ruines d’un village syrien après le départ des combattants de Daesh.
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Dans le nord-est de la Syrie, des centaines de terroristes étrangers venus de dizaines de pays sont prisonniers des combattants arabo-kurdes des Forces démocratiques syriennes (FDS), alliés de la coalition internationale dans la lutte contre Daesh. Alors que leur sort préoccupait peu les nations occidentales, l’annonce surprise de Donald TRUMP de retirer les troupes américaines de Syrie change la donne, le risque étant de voir ces détenus échapper au contrôle de Kurdes plus enclins à se préparer à une offensive turque. Parmi ces djihadistes détenus par les FDS, figureraient jusqu’à 130 Français, des combattants, leurs épouses et veuves et leurs enfants.

Dans un communiqué du lundi 4 février 2019, les Etats-Unis, qui saluent le rôle des FDS dans la lutte contre l’Etat islamique, appellent les pays à « rapatrier et traduire en justice leurs citoyens détenus par les FDS et saluent les efforts constants de ceux-ci pour renvoyer ces combattants terroristes dans leur pays d’origine. En effet, Washington souligne que « malgré la libération du territoire contrôlé par l’Etat islamique en Irak et en Syrie, ce dernier demeure une menace terroriste importante ».

Interrogé au micro de France Inter le 4 février, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Yves le DRIAN, sans donner de chiffre exact, a fait part du nombre important de djihadistes étrangers dans les rangs de Daesh, en sus de la centaine emprisonnée par les forces kurdes. Il a par ailleurs déclaré : « On n’en a pas fini, ni avec le djihadisme, ni avec les Français qui combattent contre la France (…). Ils sont Français mais ce sont nos ennemis en Syrie, ce qui montre la nécessité d’accélérer un processus politique, qui aujourd’hui n’embraye pas vraiment ».

Face à ceux qui considèrent que la France a opéré un changement de politique, Jean-Yves le DRIAN, affirme que la position de Paris n’a pas changé. Le 31 janvier déjà, le chef de la diplomatie française avait fait part du point de vue de la France : lorsque ces terroristes djihadistes sont faits prisonniers sur des zones de guerre, ils doivent être jugés sur place. C’est le cas en Irak. En revanche, la situation est différente en Syrie, où il n’y a plus vraiment d’Etat. Paris et Damas ont d’ailleurs rompu leurs relations diplomatiques. La conséquence du retrait américain de Syrie serait la dispersion de ces djihadistes, « ce qu’il y a de pire » pour le ministre français.

L’annonce du retour engendre ainsi un véritable casse-tête juridique, carcéral, sécuritaire et humain. Sur les 130 personnes concernées, entre 70 et 80 sont des enfants – 75% d’entre eux ayant moins de sept ans selon la ministre de la Justice Nicole BELLOUBET. S’ils sont trop jeunes pour être considérés comme des djihadistes, leur retour nécessitera un placement en famille d’accueil. S’agissant de la cinquantaine de personnes restantes, elle devra être « judiciarisée ». Pour ce faire, il s’agira d’évaluer leur culpabilité et leur degré d’implication dans l’organisation terroriste. La tâche sera notamment plus difficile pour les femmes accompagnant les combattants. Les accusés effectueront un séjour dans des « quartiers d’évaluation de la radicalisation » afin de séparer les prosélytes des plus influençables. Toutefois, juridiquement, tous peuvent être mis en examen pour association de malfaiteurs terroriste, le simple fait d’avoir rejoint un groupe djihadiste dans une zone de combat permettant de retenir cette qualification. Une fois en prison, la question du prosélytisme reste inquiétante. Aussi, ce dossier divise sur le plan politique. Cependant, pour Jean-Charles BRISARD, président du Centre d’analyse du terrorisme, il ne s’agit pas de « faire revenir les djihadistes français pour en faire des repentis ou assurer leur réinsertion ». Au contraire, les traduire en justice reviendrait à les « mettre hors d’état de nuire, ce qu’aucun acteur du conflit ne peut nous garantir en Syrie ».

Mercredi 6 février, se tient à Washington une réunion des pays de la coalition engagée contre l’Etat islamique qui pourrait permettre de déterminer une position commune.

Afghanistan – USA : ébauche d’un accord de paix

L’envoyé américain pour la paix Afghanistan, Zalmay KHALILZAD, à l’ambassade américaine à Kaboul, le 28 janvier 2019.
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A Doha se tiennent des pourparlers discrets entre des négociateurs américains et une représentation des talibans afghans. Ces discussions entendent mettre un terme au conflit qui déchire l’Afghanistan depuis dix-sept ans. Débutées en juillet 2018 entre les deux parties dans la capitale qatarie – où les talibans disposent d’un bureau de représentation dédié aux initiatives diplomatiques – les négociations n’incluent ni le Président afghan Ashraf GHANI ni son gouvernement, les talibans, représentés par Abdul Ghani BARADAR, l’ancien bras droit du mollah Omar, refusant de s’entretenir avec le pouvoir en place.

Au terme de plusieurs jours de discussions, le représentant spécial des Etats-Unis pour la réconciliation en Afghanistan, Zalmay KHALILZAD a annoncé lundi 28 janvier 2019 au New York Timesune « ébauche » d’accord : « Nous avons trouvé une ébauche d’accord qui doit être étoffée avant qu’elle ne devienne un accord ». En échange d’un engagement des talibans à lutter contre la wilayahdu Khorassan affiliée à Daech et à prévenir l’organisation depuis le territoire afghan de tout attentat terroriste à l’étranger, Washington s’engage à retirer ses troupes du pays. Le président afghan, reconnu par la communauté internationale, a rappelé pour sa part qu’une discussion de paix ne pouvait se faire sans le gouvernement établi. Il s’inquiète d’un processus précipité pouvant entraîner des conséquences désastreuses pour ce pays déjà fragilisé. Le mouvement a précisé, malgré les échanges « constructifs », que rien n’était pour l’instant encore abouti. Toutefois, talibans et administration TRUMP s’accordent sur une chose : le retrait des forces américaines du pays.

Les Etats-Unis sont présents en Afghanistan depuis 2001, à la suite des attentats du 11 septembre. A la tête d’une coalition internationale, ils ont chassé du pouvoir les talibans, tout en éliminant progressivement le réseau Al-Qaïda et son chef Oussama Ben LADEN. Le départ d’Afghanistan des troupes américaines répond à une politique plus globale de retrait du Moyen-Orient, déjà initiée en Syrie. En décembre dernier, le président américain avait annoncé le retrait de la moitié des 14 000 soldats déployés dans le pays, tout en conditionnant un retrait définitif à la conclusion d’un accord de paix.

Il aura fallu plus de neuf ans pour parvenir à une amorce d’accord de paix avec les talibans. Les puissances étrangères et régionales soutiennent ces pourparlers entre les deux pays à l’instar du Qatar, hôte de la rencontre, mais également le Pakistan voisin, l’Iran, la Chine et la Russie qui espèrent tous une fin de ce conflit.

Cette potentielle paix en Afghanistan est également un défi pour les talibans. Forts militairement, ils sont impopulaires auprès de l’opinion publique afghane. Participer aux pourparlers avec les Etats-Unis et s’ériger de fait en faiseurs de paix est une opportunité politique essentielle en vue des élections de juillet 2019.

Zalmay KHALILZAD prévient tout de même : « Il n’y a pas de résolution du conflit tant que nous ne sommes pas d’accord sur tout, et ce tout doit inclure un dialogue entre Afghans et un cessez-le-feu complet ». Les Etats-Unis réclament en effet un dialogue direct entre le régime de Kaboul et les talibans. Le refus systématique des talibans pourrait alors bloquer le processus de paix espéré.