crise humanitaire

Yémen : une situation inquiétante malgré les efforts de l’ONU

 

Des Yéménites lors d’un rassemblement de soutien aux rebelles houthis près de Sanaa, le 21 février 2019.
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Après plus de quatre années de conflit, la situation reste préoccupante au Yémen. Depuis plusieurs mois, des ONG et l’Organisation des Nations Unies alertent sur le peu d’évolution d’une région qui, selon l’ONU, connaît « la pire crise humanitaire du monde ». Le pays est le théâtre d’affrontements violents depuis 2015 entre les Houthis, appuyés par l’Iran, et les forces loyales au président Hadi, soutenues par une coalition dirigée par l’Arabie saoudite.

Aux conséquences politiques et économiques qu’engendre le conflit s’ajoutent des conséquences humanitaires. La famine menace les Yéménites, en particulier les enfants. L’immense majorité de la population dépend donc de l’aide internationale. Environ 80% d’entre elle nécessite une assistance humanitaire et une protection, ce qui représente environ 24 millions de Yéménites. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 10 000 personnes ont perdu la vie depuis 2015 et plus de 60 000 ont été blessés dans les combats. Pour la plupart, il s’agit de civils. A ces chiffres s’ajoutent le nombre d’enfants de moins de 5 ans morts de faim qui s’élève à plus de 80 000.

Le 26 février, l’ONU a organisé à Genève, avec la Suisse et la Suède, une conférence pour les opérations humanitaires dans le pays. Pour la troisième fois, la communauté internationale tente de mobiliser des donateurs pour aider la population yéménite. A l’issue de la réunion, le Secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres s’est félicité d’un « succès ». Sur les 4,2 milliards de dollars demandés, les promesses des 16 donateurs s’élèvent à plus de 2,6 milliards, ce qui représente une augmentation de 30% par rapport à l’année 2018. Parmi les pays donateurs ayant augmenté leur aide figurent le Royaume-Uni, l’Union européenne, l’Allemagne et le Canada mais surtout l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.

Alors qu’ils sont les principaux belligérants dans ce conflit, Riyad et Abu Dhabi ont paradoxalement annoncé contribuer à hauteur d’un milliard de dollars, soit 500 millions chacun. Pourtant, selon le Haut Commissariat des droits de l’homme, la coalition anti-Houthistes menée par les deux pays est responsable de la mort des deux tiers des civils yéménites. Les actions des deux pays du Golfe s’inscrivent toutefois dans une logique de lutte hégémonique dans la région contre l’ennemi iranien et ils contribuent de fait massivement dans l’aide humanitaire. Face aux accusations de conflits d’intérêts, Antonio Guterres a rétorqué : « L’aide humanitaire sera distribuée de manière impartiale, neutre et indépendante. Cela veut dire qu’elle aura un impact à la fois pour les zones contrôlées par le gouvernement, mais aussi pour celles contrôlées par le mouvement Ansar Allah. Sans aucune discrimination ».

En 2018, la côte occidentale du Yémen autour du port d’Hodeida est devenue le principal front de guerre. Malgré une accalmie survenue en décembre après des pourparlers en Suède et l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu le 18 décembre 2018, les tensions sont montées dernièrement, les deux parties s’accusant tour à tour de violer la trêve. Mais, pour la première fois depuis septembre dernier, l’ONU est parvenue à accéder à des entrepôts de céréales. Hervé Verhoosel, porte-parole du Programme alimentaire mondial a déclaré que ces entrepôts « qui abritent 51.000 tonnes de céréales » représentent « une quantité suffisante pour nourrir plus de 3,7 millions de personnes pendant un mois ».

Yémen : les appels pour mettre fin au conflit

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Depuis 2015, le Yémen est le théâtre d’affrontements violents entre les Houthis et les forces loyales au président Hadi. L’intervention en faveur de ces dernières d’une coalition dirigée par l’Arabie Saoudite du prince héritier Mohamed ben SALMAN, a aggravé le conflit et occasionné une famine dévastatrice. Pour les Nations Unies, il s’agit de la « pire crise humanitaire au monde ». L’affaire KHASHOGGIa considérablement affecté la crédibilité de Riyad sur la scène internationale et sa légitimité au Yémen pâtit de ce meurtre. Le royaume wahhabite fait l’objet de pressions de la part des puissances occidentales, mais le revirement de son plus fidèle allié en Occident, les Etats-Unis, sera déterminant.

Le 30 octobre 2018, par la voix de Mike POMPEO, secrétaire d’Etat américain, Washington réclame en effet la fin du conflit yéménite : « les Etats-Unis appellent toutes les parties à soutenir l’envoyé spécial des Nations Unies, Martin GRIFFITHS, dans la recherche d’une solution pacifique au conflit au Yémen ». Les Etats-Unis demandent « la cessation des hostilités », qu’il s’agisse des « frappes de missiles et de drones depuis les zones contrôlées par les Houthis en direction du royaume d’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis » mais également des « frappes aériennes de la coalition (…) dans toutes les zones peuplées du Yémen ». En recommandant le recours à la voie politique, les Washington considère qu’« il est temps de mettre fin à ce conflit, de le remplacer par un compromis et de permettre au peuple yéménite de guérir par la paix et la reconstruction ». Les Etats-Unis réclament l’ouverture de négociations de paix d’ici trente jours. La déclaration américaine surprend, l’administration de Donald TRUMP n’ayant jamais caché son soutien à l’Arabie saoudite.

A Washington pourtant, l’opposition, notamment au Congrès, espérait depuis des mois que Donald TRUMP incite Riyad à plus de discernement dans la conduite de cette guerre. D’ailleurs, mardi 30 octobre, le New York Times a publié un articlealertant sur la situation au Yémen, entrecoupé par des photographies glaçantes d’enfants yéménites mourant de faim.

Dans les capitales européennes, un débat a émergé quant à la fourniture d’armes à l’Arabie saoudite. La ministre des Armées, Florence PARLY, invitée de l’émission de Jean-Jacques BOURDIN sur BFM-TVmardi 30 octobre, assure que « la France est un fournisseur modeste d’armes à l’Arabie saoudite ». Toutefois, la ministre affiche un positionnement clairement défavorable à l’encontre de cette guerre, déclarant qu’ « il est plus que temps qu’elle cesse ».

Les déclarations française et américaine rejoignent les positions des associations et ONG, à l’instar d’Amnesty Internationalqui militent depuis des mois afin d’interpeler la communauté internationale sur les atrocités commises à Sanaa.

Les différentes parties yéménites se montrent cependant réticentes à l’idée d’un accord commun, suggéré par Mike POMPEO et par l’ONU le 14 avril 2015 au travers de la résolution 2216. Selon les estimations d’Acled (The Armed Conflict Location & Event Data Project), une organisation indépendante chargée de collecter les données des violences politiques étatiques, plus de 50 000 personnes sont mortes entre janvier 2016 et septembre 2018 dans ce pays de 22 millions d’habitants où 8,4 millions ont besoin d’aide et de protection selon les Nations Unies.

 

Arabie saoudite – 2015 05 05 – L’Arabie saoudite dans l’engrenage yéménite, par B. Barthe – Le Monde

Deux semaines après que Riyad a annoncé, sur un ton triomphal, la fin des bombardements intensifs au Yémen et le début d’une nouvelle phase axée sur la recherche d’une solution diplomatique, les frappes contre les milices houthistes se poursuivent à un rythme toujours aussi soutenu et les négociations sont au point mort, attestant du progressif enlisement de l’Arabie saoudite dans la crise yéménite. …