commémoration

75ème anniversaire du débarquement en Provence

Goumiers d’Afrique du Nord, défilant sur le port de Marseille, quelques jours après le débarquement. Août 1944.
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Ce jeudi 15 août est célébré le 75ème anniversaire du débarquement en Provence.

A la nécropole nationale de Boulouris dans la commune de Saint-Raphaël, le Président Emmanuel Macron accompagné des présidents ivoirien et guinéen Alassane Ouattara et Alpha Condé, ont rendu hommage aux 464 combattants de la 1ère armée française débarqués en Provence. Parmi « ces héros », des « Français d’Afrique du Nord, pieds noirs, tirailleurs algériens, marocains, tunisiens, zouaves, spahis, goumiers, tirailleurs que l’on appelait sénégalais mais qui venaient en fait de toute l’Afrique subsaharienne, et parmi eux des Guinéens ainsi que des Ivoiriens ».

C’est le 15 août 1944 que débutait l’opération « Dragoon » quelques mois après l’opération « Overlord » ayant permis la libération de la Normandie. Ces deux opérations n’ont pas été déclenchées simultanément faute de moyens suffisants. Codirigée par les Français et les Américains, cette opération comptait 450 000 hommes dont 250 000 Français issus majoritairement de l’armée d’Afrique – commandée par le maréchal de Lattre de Tassigny. Ils se sont lancés à l’assaut des troupes ennemies allemandes avec pour objectif de produire un effet de surprise. La libération de la région s’est alors faite progressivement ; les 27 et 28 août, les villes de Toulon et Marseille étaient libérées. La reconquête de ces ports stratégiques ouverts sur la Méditerranée était l’un des objectifs majeurs de l’opération, Toulon et Marseille permettant notamment le ravitaillement des troupes.

Afin de commémorer cette histoire collective et parce que « la France a une part d’Afrique en elle », le chef de l’Etat a appelé les maires de France à rendre hommage à ceux qui ont « ont fait l’honneur et la grandeur de la France » en nommant les rues et les places à la mémoire de ces combattants. Des lieux rendant hommage à l’histoire et à la mémoire du débarquement du 15 août 1944 et de la libération de la Provence existent telle que la Tour Beaumont au sommet du Mont-Faron, rénovée en 2017. Moins populaire que le débarquement en Normandie, le débarquement en Provence et notamment les soldats qui y ont participé ont souffert d’un manque de reconnaissance.

Le débarquement en Provence fait référence à une histoire partagée. Des soldats français, africains, américains et canadiens se sont mobilisés pour défendre et libérer une terre qu’ils n’avaient pour la plupart jamais foulée. C’est donc cette dimension mondiale de l’histoire de la France qui s’est gravée au travers de cet épisode militaire méditerranéen. Le débarquement en Provence revêt ainsi à la fois une importance symbolique et stratégique dans sa libération.

La commémoration du génocide arménien provoque la colère d’Ankara


Mémorial du génocide arménien à Erevan, avril 2015.
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Plus de cent ans après le génocide arménien de 1915, son souvenir et sa commémoration provoquent toujours une réaction exacerbée de la Turquie. Jeudi 11 avril, le décret n° 2019-291 a ainsi confirmé la volonté et la promesse de campagne du président Emmanuel Macron de consacrer la journée du 24 avril à la commémoration du génocide arménien. Une cérémonie sera organisée à Paris, une « cérémonie analogue » pouvant être organisée dans chaque département « à l’initiative du préfet ». La France, qui abrite la troisième communauté d’Arméniens, a reconnu publiquement le génocide arménien en 2001. La commémoration de cet événement marquant du XXème siècle s’inscrit donc dans une dimension mémorielle.

Après publication du décret, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a condamné cette commémoration du 24 avril et a déclaré : « L’attitude de la France, qui est loin d’être amicale, aura inévitablement un impact négatif sur ses relations avec la Turquie ». Les ministres turcs de la Défense et des Affaires étrangères se sont également entretenus par téléphone avec leurs homologues français.

Ankara a également critiqué l’adoption par la Chambre des députés italiens d’une motion appelant le gouvernement à « reconnaitre officiellement le génocide arménien et à lui donner une résonance internationale ». Les députés italiens ont approuvé cette motion par 382 voix et 43 abstentions. Le parlement italien avait déjà reconnu le génocide en 2000 mais cette démarche entend donner une reconnaissance plus officielle. Le ministre turc des Affaires étrangères a vivement blâmé cette volonté de reconnaissance : « Ce n’est pas surprenant que cette motion ait été rédigée par La Ligue, le parti dirigé par Matteo Salvini, qui est engagé dans une opération de sabotage des relations entre la Turquie et l’Italie ». Le président turc a quant à lui « fermement condamné la motion proposée par le Parlement italien sur les événements de 1915 ». Le président du Parlement turc Mustafa Sentop a également fustigé la décision italienne : « Cette décision, qui n’a aucune base juridique et qui ne s’appuie que sur des allégations sans fondements, qui est loin du sérieux que demande la fonction étatique, et dont le seul objectif est politicien, ne peut avoir autre conséquence que politiser l’Histoire ».

Les relations entre Turcs et Arméniens sont conflictuelles et remontent à l’époque de l’Empire ottoman, période durant laquelle la population arménienne faisait partie de l’empire. Après sa défaite contre l’empire russe en 1878, la « Sublime Porte » accuse les Arméniens d’avoir pactisé avec l’ennemi. S’en suivent des massacres qui ont causé la mort de 250 000 Arméniens. Quelques décennies plus tard, à l’issue de la révolution des Jeunes Turcs en 1908, basée sur le nationalisme turc et la xénophobie, des massacres sont de nouveau orchestrés à l’encontre de la population arménienne, « ennemie de l’intérieur ». Enfin, durant la Première Guerre mondiale, l’Empire ottoman s’est engagé aux côtés de l’Allemagne et a mis en œuvre dès 1915 une véritable politique de destruction à l’encontre des Arméniens qui a reposé sur la déportation et l’extermination. La date du 24 avril correspond ainsi à la rafle et la déportation de plus de 650 notables arméniens en 1915 de Constantinople vers l’est de l’empire.

Si la Turquie admet qu’un grand nombre d’Arméniens ont été tués par les Turcs, elle inscrit ces morts dans le cadre d’une guerre civile et a toujours contesté l’idée d’une volonté systématique d’exterminer les personnes d’origine arménienne. Pourtant, Erevan estime à 1,5 million le nombre d’Arméniens ayant perdu la vie entre 1915 et 1917. Ce génocide, que le pape François a qualifié de « premier génocide du XXème siècle » en 2015, a engendré la disparition des deux tiers de la population arménienne.

Des décennies après ces massacres, la question arménienne empoisonne les relations de la Turquie avec le reste des nations et fragilise son dossier d’adhésion à l’Union européenne. Dès 1965, des Etats ont commencé à reconnaitre ce génocide, à commencer par l’Uruguay. En 1985, l’Organisation des Nations unies adopte un rapport évoquant le génocide. Elle est suivie deux ans plus tard – date à laquelle la Turquie réclame son adhésion – par l’Union européenne.

La guerre 1914-1918 en Méditerranée

 

Le débarquement des troupes à Salonique, 1915.
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Le 11 novembre célèbre le centenaire de l’armistice de 1918. A Paris, se tient ce dimanche une cérémonie commémorative rassemblant plus de cent chefs d’Etats et dignitaires étrangers. Un « geste symbolique » qui rappelle « l’importance de construire une paix mondiale » selon l’Elysée. La Grande Guerre, par ses dimensions européennes et mondiale, sa durée, ses 10 millions de morts civils et militaires et son caractère brutal, a  provoqué un véritable séisme géopolitique. Dans la mémoire collective, les batailles de Verdun, de la Somme ou des Vosges résonnent encore. Toutefois, le bassin méditerranéen a également constitué un espace essentiel de la Première guerre mondiale.

L’assassinat à Sarajevo de l’archiduc et héritier au trône de l’empire d’Austriche-Hongrie, François Ferdinand, est retenu comme l’élément déclencheur du conflit, cristallisant les multiples facteurs de tensions déjà perceptibles. Après les déclarations de guerre entre les deux camps, la Méditerranée fait l’objet, dès 1914, d’affrontements entre les puissances européennes. Les combats que se livrent les hommes en mer est d’une violence extrême.

La France mobilise ses troupes coloniales afin de les rapatrier sur les fronts occidentaux. Le 4 août, les croiseurs allemands Goeben et Breslau ouvrent les hostilités en Méditerranée en bombardant les villes de Bône et de Philippeville en Algérie. Poursuivis par les forces navales françaises et britanniques, les deux bâtiments rejoignent l’Empire ottoman qui  entre en guerre contre l’empire russe.

Affaibli au début du siècle dernier avec la perte de nombreux territoires et  considéré comme « l’homme malade de l’Europe », l’Empire ottoman demeure une puissance en Méditerranée grâce à ses possessions arabes (Syrie et Palestine), sa côte anatolienne et le contrôle des détroits. Son entrée dans la guerre fait émerger la notion de front périphérique pour forcer les passages maritimes, primordiaux pour les ravitaillements. L’idée, émise par Winston CHURCHILL, premier lord de l’Amirauté, effraie les chefs militaires occidentaux.

Du 18 mars 1915 au 9 janvier 1916, se tient la bataille des Dardanelles. La France, alors que les accords lui donnaient la direction des opérations en Méditerranée, est doublée par la Royal Navy (en charge de la mer du Nord) qui ne la juge pas assez réactive et craint la perte de Suez. En sus du climat éprouvant et d’un terrain difficile, les forces alliées ne se sont pas montrée à la hauteur de cet objectif ambitieux. La résistance ottomane donne lieu à une victoire défensive mais les deux camps s’enlisent au terme d’une bataille meurtrière.
Le revers franco-britannique engendre le redéploiement des forces en Egypte et en Grèce. L’Empire ottoman est exsangue.

Face à cette défaite de revers, les alliés mènent l’expédition de Salonique du 21 octobre 1915 au 30 septembre 1918. Aussi appelée Front d’Orient, il nourrit l’espoir, à ses débuts, de rallier la Bulgarie, la Grèce et la Roumanie. Ces visées contradictoires n’aboutiront pas. Le Front d’Orient a également pour dessein d’assurer son soutien à la Serbie.
Salonique est l’avènement d’un nouveau front qui permet de récupérer des territoires perdus tout en soulageant le front occidental. L’Armée d’Orient, parfois raillée pour son caractère « périphérique », devient centrale au point d’influencer l’issue de la guerre à l’Ouest.
La Bulgarie cesse les combats à la fin du mois de septembre et l’Empire ottoman finit par capituler. Le sultanat est aboli et la Turquie est réduite à l’Anatolie quelques années plus tard.

En parallèle des fronts occidentaux l’action des alliés dans le bassin méditerranéen, moins bien connue, a contribué à leur victoire.

La Première guerre mondiale a mobilisé beaucoup d’hommes et de femmes, en métropole, dans les colonies et les dominions. Ils ont marqué notre histoire par leur courage et leurs sacrifices.