Burkina Faso

Burkina Faso : nouveaux heurts intercommunautaires visant les Peuls

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Depuis le 31 mars, le Burkina Faso connait un regain de violences intercommunautaires dans la région d’Arbinda. Entre le 31 mars et le 1er avril, sept personnes dont au moins trois Peuls ont été tuées et quatre autres blessées au Burkina Faso, près de la frontière malienne. Cet événement fait suite au massacre au Mali ayant causé la mort de 160 Peuls le 23 mars dernier.

A Ouagadougou comme à Bamako, les tensions envers les Peuls et les autochtones agricoles dégénèrent. Les Peuls sont traditionnellement des éleveurs nomades de confession musulmane, très présents en Afrique de l’Ouest.

Le colonel Peguy Hyacinthe Yoda, gouverneur de la région du Sahel a annoncé que le 31 mars, des hommes armés, venus des villages frontaliers du Burkina Faso et du Ghana, se sont introduits dans le village d’Hamkane. Ils ont abattu le chef coutumier du village ou « Cheikh » (chef religieux en arabe), son fils et son cousin, les trois hommes appartenant au groupe ethnique fulsé. La quatrième victime a été retrouvée dans un village voisin. Le ministère chargé de l’administration territoriale évoque un problème de « chefferie coutumière ».

A l’issue de l’attaque, Ouagadougou a déployé ses forces de défense et de sécurité afin de sécuriser les lieux et rechercher les auteurs de l’attaque. Peguy Hyacinthe Yoda a assuré que « la situation est maitrisée et sous contrôle » et affirme que les forces de défense « mènent des patrouilles dans le village pour rassurer les populations ». Les ministres de la Défense national et de l’Administration du territoire et de la Cohésion nationale se sont également rendus sur place.

Pour autant, durant l’inhumation du cheikh lundi 1er avril, des habitants, en pensant identifier les meurtriers de la veille, se sont livrés à un véritable lynchage et ont tué trois hommes d’origine peule. Selon un bilan provisoire au 3 avril 2019, ces affrontements ont fait 36 victimes. Parmi elles, 19 Fulsés et 17 Peuls. En sus des violences, ces heurts ont engendré l’incendie de deux huttes et d’une maisonnette.

Dans la région, les heurts entre les différentes communautés sont fréquents. En janvier dernier, l’un d’entre eux avait causé le décès de trois personnes, dont un ancien maire.

Aux affrontements communautaires s’ajoutent depuis plus de quatre ans des attaques djihadistes régulières et meurtrières. Les tensions communautaires sont exacerbées avec le ralliement de certains Peuls à des groupes djihadistes. Cette situation favorise l’amalgame entre Peuls et djihadistes et incite la population à opérer des représailles sur les Peuls comme au début du mois de janvier 2019, dans la commune de Yirgou dans le centre du pays. Malgré une enquête en cours, aucune arrestation n’a eu lieu.

Alors que le gouvernement estime à 48 le nombre de morts lors d’affrontements communautaires ou de représailles contre la communauté peule depuis le début de l’année 2019, la société civile en recense plus de 200. Les ONG déplorent la situation qui a engendré le déplacement forcé des Peuls qui doivent notamment fuir en direction des grandes villes. Malgré la présence des forces de sécurité et de défense dans la région, la peur anime les habitants de la région.

Premier sommet extraordinaire pour le G5 Sahel

Les chefs d’Etats des 5 pays membres du G5 Sahel. Tous droits réservés.

La capitale mauritanienne a accueilli les 5 et 6 décembre 2018 la Conférence de coordination des partenaires et des bailleurs du G5 Sahel, premier sommet extraordinaire destiné à mobiliser 2 milliards d’euros afin de financer la première phase du Programme d’investissement prioritaire (PIP).

Le G5 Sahel, né en février 2014, regroupe le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Les chefs d’Etats des pays membres se sont rendus à Nouakchott à l’exception notable d’Ibrahim Boubacar KEÏTA, le président malien. L’organisation cherche à démontrer aux bailleurs de fonds ses atouts et sa capacité à favoriser le développement dans les zones frontalières. La somme attendue permettra de financer près de quarante projets communautaires dans la région où la menace djihadiste s’appuie sur la frustration générée par des conditions de vie difficiles.

Le PIP est un plan régional ambitieux nécessitant 1,9 milliard d’euros d’investissements sur la période 2019-2021. Les deux tiers de cette somme serviront aux infrastructures et au développement humain. A Nouakchott, des enjeux cruciaux seront débattus, cette jeune organisation rencontrant des problèmes financiers. Ces derniers mois, la Force du G5 Sahel peine à être efficace face à une recrudescence de l’insécurité et un manque de moyens. De fait, l’organisation a fait l’objet de discussions du Conseil de sécurité de l’ONU.

Les pays membres du G5 Sahel doivent développer une approche équilibrée soucieuse des problématiques frontalières, longtemps délaissées. International Crisis Group, dans son rapport du 12 décembre 2017, souligne que le G5 Sahel ne remplira sa mission que s’il parvient à gagner la confiance des populations.

Jean-Yves Le DRIAN, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères s’est rendu en Mauritanie. Depuis 2014, « la France soutient activement » le G5 Sahel. Le ministre a annoncé une contribution importante de la France à ce programme, cette action de Paris allant de pair avec l’engagement français pris au sein de l’Alliance Sahel. Lancée en juillet 2017 par le Président de la République française, la chancelière allemande et la Haute représentante de l’UE, l’Alliance Sahel a pour objectif de financer et de coordonner plus de 500 projets pour répondre à tous leurs défis actuels, sécuritaires, démographiques, économiques et sociaux en vue d’une stabilisation et d’un développement de la région.

Au terme des discussions, l’Union européenne et la France ont annoncé prendre en charge la plus grande partie du financement. Neven MIMICA, commissaire européen pour la Coopération internationale et le développement a déclaré : « Grâce aux 125 millions d’euros additionnels que l’Union européenne annonce aujourd’hui, l’accent sera mis sur des projets de développement dans les zones les plus fragiles, avec un impact immédiat sur les conditions de vie des populations locales. ». Au total, la contribution européenne s’élève à environ 800 millions d’euros. La France ajoutera quant à elle 220 millions d’euros de financements aux 280 millions déjà engagés. Selon Jean-Yves le DRIAN, « la moitié de cette somme concerne des projets déjà en gestation et en cours » et « l’autre moitié sera octroyée de manière accélérée dans les deux ans qui viennent » afin de permettre aux pays du G5 Sahel d’être « au rendez-vous de leurs priorités ».

In fine, les Etats du G5 Sahel sont parvenus à obtenir 1,3 milliard d’euros sur les 2 milliards escomptés. Cette somme, axée sur la prévention du terrorisme, permettra d’améliorer la lutte contre ce phénomène qui, depuis 2013, s’est progressivement répandu dans toute la région.