Bensalah

L’Algérie plonge dans le flou constitutionnel

Quatre-vingt-dix jours après la démission du Président Abdelaziz Bouteflika, le mandat du président par intérim Abdelkader Bensalah arrive à son terme le 9 juillet. La fin de cette période de transition n’est pourtant pas synonyme d’une nouvelle ère, puisqu’aucune date d’élection n’a encore été prévue par les dirigeants algériens. Cette situation menace de plonger le pays dans un flou constitutionnel. En effet, cet intérim risque d’être prolongé de facto à défaut de candidat élu démocratiquement ; une situation non prévue par les textes fondateurs du pays susceptible d’attiser les tensions entre l’Etat et les manifestants déjà engagés dans des affrontements hebdomadaires depuis le mois de février.

Les dirigeants algériens, portés par leur légitimé historique liée à la guerre de libération, n’ont pas réussi à détendre la situation en annonçant la démission du Président Bouteflika le 9 avril. Ils trouvent face à eux une nouvelle génération de manifestants qui n’a pas vécu l’indépendance mais qui se souvient davantage de la violente guerre civile entre 1991 et 2002.

C’est probablement ce contexte qui explique l’extrême prudence et la maitrise de la violence de la part des acteurs, malgré l’illégalité du prolongement des fonctions d’Abdelkader Bensalah. Les dirigeants d’un côté cherchent à faire un pas vers les manifestants – via l’organisation d’élections – pour apaiser les mécontentements, tout en cherchant à maintenir leur influence sur le pays. De l’autre, les opposants au régime cherchent à marquer leur colère, sans tomber dans la violence afin de ne pas discréditer leur action. C’est enfin entre ces deux camps que vient se positionner l’armée, portée par son homme fort Ahmed Gaïd Salah. Sa position intermédiaire aurait pu le désigner comme le médiateur idéal. Mais le général Salah s’est positionné comme le véritable leader du pays. L’Hirak (le mouvement) le considère, au même titre que les autres dirigeants, comme un indésirable qui doit céder sa place.

De nombreux juristes et personnalités ont dénoncé cette crise constitutionnelle qu’ils considèrent comme un deuxième coup de force orchestré par les dirigeants après la décision de Bouteflika d’annuler les élections le 11 mars. Plus encore, c’est la durée indéterminée de cette situation qui irrite l’opposition au régime. Abdelkader Bensalah a en effet promis qu’il quitterait ses fonctions lors de l’élection démocratique de son successeur. Mais rien ne garantit au peuple algérien le bouleversement qu’ils attendent. La dernière tentative de scrutin s’est soldée par son annulation le 4 Juillet, faute de candidature sérieuse au poste. Et aucune date n’est encore prévue pour une prochaine élection.

Les perspectives de sortie de crise semblent limitées. Les gouvernants tentent d’apaiser la situation en appelant au consensus. Ils s’efforcent d’impliquer davantage la société civile dans la résolution du conflit, comme lors de l’organisation du Forum du Dialogue à Alger le 6 juillet dernier. Mais les manifestants maintiennent la pression et refusent catégoriquement de coopérer. La situation semble devoir s’éterniser, et interroge quant à son issue. Les adaptations du pouvoir aboutiront-elles à une pacification des relations, menant au maintien du « système » ancien amendé ? L’impatience des manifestants peut-elle déboucher sur un conflit violent ? Les scénarios sont nombreux, mais aucun ne semble pour l’instant se démarquer.

L’Algérie se trouve donc dans une impasse. Les dirigeants tentent de créer un consensus basé sur des réformes qu’ils ont évitées pendant de nombreuses années. Ils en payent le prix aujourd’hui en trouvant face à eux des manifestants opposés à la moindre de leur décision. Chaque camp semble pour l’instant vouloir rester dans sa logique, formant un verrou difficile à dégripper.

Manifestants à Alger, 5 juillet, tous droits réservés