Arabie saoudite

Aux Etats-Unis, le Sénat exige l’arrêt du soutien militaire américain au Yémen

Tous droits réservés.

Le 13 mars 2019, le Sénat américain a voté pour l’arrêt de l’engagement militaire américain au Yémen. Sans participer activement au conflit, Washington est en effet engagé aux côtés de l’Arabie saoudite dans la guerre qu’elle mène contre les Houthis au Yémen depuis 2015.

La Chambre haute, où les Républicains sont pourtant majoritaires, a approuvé la décision par 54 voix contre 46. Elle interdit tout soutien américain à la coalition menée par Riyad au Yémen, sauf en cas « de déclaration de guerre ou d’autorisation formelle » du Congrès. Le vote prévoit le retrait des forces américaines sous 30 jours après l’adoption du texte mais la résolution exclut les opérations visant l’organisation Al-Qaïda.

Ce vote est considéré comme un camouflet à la politique étrangère menée par le Président américain. Alors même que le parti républicain possède 53 sièges sur 100 au Sénat, 7 membres des Républicains ont voté aux côtés des Démocrates. Bernie Sanders, sénateur du Vermont et fervent opposant du Président Donald Trump, a porté cette résolution – déjà approuvée par la Chambre haute en décembre 2018. Avant le vote, celui qui était en lice pour la campagne présidentielle pour le camp démocrate, a salué un vote « historique » et a déclaré : « La participation américaine à la guerre menée par l’Arabie saoudite au Yémen n’a pas été autorisée par le Congrès (…) Et elle contribue à la pire crise humanitaire du monde ». Les propos du sénateur font écho aux mises en garde de l’ONU qui s’inquiète des conséquences de ce conflit.

La mobilisation des sénateurs du camp républicain s’explique également par les circonstances de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en Turquie en octobre dernier. Cet événement a incontestablement ébranlé la politique étrangère du royaume wahhabite et a alerté la communauté internationale et l’opinion publique. Cependant, la « tiède » réaction du Président américain a suscité le désaveu d’une majorité des sénateurs. Certains, issus du parti républicain, ont ainsi fait front contre le soutien américain dans ce conflit.

Pour être entériné, l’accord doit être approuvé par la Chambre basse, en l’occurrence la Chambre des représentants. Les sièges étant majoritairement occupés par le camp démocrate, le vote ne devrait pas être entravé. D’ailleurs, la Chambre avait déjà adopté, le 13 février dernier, un texte similaire qui avait obtenu une large majorité (248 voix favorables contre 177). Pour autant, la Maison Blanche s’est dit « fermement opposée » à cette proposition « imparfaite » et il est certain que le Président américain fera valoir son droit de véto, pour la deuxième fois depuis son accession à la tête de l’Etat fédéral. En effet, le Président a mis son véto le 14 mars 2019 à l’issue d’une résolution émanant du parti démocrate réclamant l’arrêt de la construction du mur avec le Mexique. Toutefois, l’utilisation de ce véto illustre la fragilité du président dont la politique étrangère est désavouée au sein même de son camp.

 

Alliance stratégique au Moyen-Orient : vers un OTAN arabe

Le Président Donald TRUMP et le prince Mohamed BIN SALMAN.
Tous droits réservés.

Mardi 8 janvier 2019 a débuté la tournée diplomatique au Moyen-Orient du Secrétaire d’Etat américain. En une semaine, Mike POMPEO s’est successivement rendu dans 7 pays de la région : Jordanie, Egypte et cinq des six pays du Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe : Arabie Saoudite, Oman, Bahreïn, Emirats arabes unis et Qatar. Ces visites permettent de rassurer les alliés régionaux sur la stratégie de Washington au Moyen-Orient, ébranlée par l’annonce présidentielle du retrait des troupes américaines du nord de la Syrie en décembre dernier. Ce déplacement de Mike POMPEO permet aussi de promouvoir les intérêts américains en vue d’une Alliance stratégique au Moyen-Orient (Middle East Strategic Alliance). Surnommée « l’OTAN arabe », cette alliance concrétiserait la mise en place d’un axe contre Téhéran, considéré par Washington comme la menace la plus importante dans la région. Au Caire, dans un discours prononcé près de dix ans après celui de l’ancien Président Barack OBAMA, le secrétaire d’Etat a annoncé un « vrai nouveau départ » américain dans la région où la lutte contre le régime de la République islamique d’Iran constitue l’un des enjeux principaux. Le lendemain, il a annoncé la tenue d’une conférence ministérielle pour promouvoir la paix et la sécurité au Moyen-Orient, les 13 et 14 février prochain à Varsovie, dont l’un des objectifs est de combattre l’influence iranienne dans la région.

En escale à Abu Dhabi, Mike POMPEO s’est entretenu avec la journaliste Najwa KASSEM pour Al Arabiya, chaine saoudienne. Le chef de la diplomatie américaine a exposé la politique étrangère de Washington dans la région qui repose sur trois piliers : la stabilité du Moyen-Orient, l’achèvement de la destruction de l’Etat islamique et la lutte contre l’Iran « le plus grand pays parrain du terrorisme ». Interrogé à propos du sommet en Pologne où « l’accent sera mis sur l’Iran », Mike POMPEO précise que la rencontre ne concernera pas seulement les pays de l’Alliance stratégique mais réunira un spectre plus large avec des pays asiatiques, africains et sud-américains. Toutefois, Mike POMPEO précise que les actions américaines ne sont pas dirigées contre le peuple iranien : « je veux que le peuple iranien sache que nous voulons une vie meilleure pour lui (…). Nous voulons une vraie démocratie en République islamique d’Iran ». Il considère cette potentielle démocratie incompatible avec les milices chiites en Irak ou encore les Houthis, soutenus par Téhéran.

S’il espère une résolution du conflit syrien conforme à la résolution 2254 du Conseil de sécurité, Mike POMPEO précise que l’alliance stratégique ne concernera pas uniquement la situation en Syrie mais fera l’objet d’une « tentative de constituer une coalition de forces du Moyen-Orient capable de réagir à de nombreuses menaces pour la région ».

L’idée d’un OTAN arabe a émergé le 22 mai 2017, lors du premier voyage présidentiel de Donald TRUMP à Riyad. L’Arabie saoudite et l’Egypte, en dépit des accusations de répression des droits de l’homme dont ils font l’objet, restent des partenaires privilégiés de Washington dans sa lutte contre l’Iran et seront les pierres angulaires du partenariat.

Téhéran ne reste pas impassible face aux mesures prises. Le ministère des Affaires étrangères a convoqué le plus haut diplomate polonais basé dans le pays afin de protester contre la décision d’organiser un sommet jugé « anti-iranien ».

Retrait des troupes américaines en Syrie : un choix politique loin de faire consensus

 

Soldats américains en Syrie.
Tous droits réservés.

« Nous avons vaincu le groupe Etat Islamique (…) et maintenant il est temps pour nos troupes de rentrer à la maison » a déclaré le président américain Donald TRUMP le mercredi 19 décembre. Le président américain félicite « les grands héros du monde » et les « victoires historiques contre l’Etat islamique ».

Le chef de l’Etat avait déjà affirmé sa volonté de quitter la Syrie et avait fait campagne sur cet argument. Toutefois, il s’était laissé convaincre par son entourage du maintien nécessaire des troupes. John BOLTON, conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis, avait déclaré fin septembre qu’il n’était pas envisageable de quitter le pays « tant que les Iraniens n’en auraient pas fait autant ». Dorénavant, le président américain affirme que les Etats-Unis n’ont pas vocation à endosser le rôle de « gendarmes au Moyen-Orient ». Au sein même de son camp, cette décision suscite des critiques. Après plusieurs mises en garde contre le retrait des troupes, Jim MATTIS, secrétaire d’Etat à la Défense, a présenté jeudi 20 décembre sa lettre de démission, qui ne prendra effet qu’en février prochain. Alors que l’ex-général des Marines ne mentionne pas explicitement le dossier syrien dans sa lettre, il alerte sur la nécessité pour Washington de « traiter les alliés avec respect ». Son départ engendre de l’inquiétude tant il incarnait une forme de stabilité à la Maison Blanche. Lindsey GRAHAM, sénateur républicain proche du président estime que « l’EI n’a été vaincu ni en Syrie, ni en Irak, ni en Afghanistan. Et retirer les forces américaines serait une erreur monumentale à la Obama ». Et Donald TRUMP de répondre : « il est temps de se concentrer sur notre pays ».

La diplomatie onusienne n’est pas non plus restée insensible à cette annonce. Pour son dernier briefing au Conseil de sécurité des Nations unies le 20 décembre 2018, Staffan de MISTURA, l’Envoyé spécial de l’ONU en Syrie a admis son échec à réunir un Comité constitutionnel syrien à Genève pour la fin du mois de décembre. Quant au Représentant de la France pour l’ONU François DELATTRE, il conteste lui aussi la fin de Daesh avancée par Washington : « Notre évaluation est que Daesh continue d’être une menace au Levant et que l’organisation terroriste peut continuer de s’y appuyer sur un territoire réduit ». En contrepoint, le ministère russe des Affaires étrangères a estimé que l’initiative américaine « ouvrait des perspectives en vue d’un règlement politique du conflit ».

Aujourd’hui, les troupes américaines ont pour mission première d’encadrer les forces démocratiques syriennes, articulées autour des Unités de protection du peuple (Yekîneyên Parastina Gel – YPG), branche armée du Parti de l’union démocratique (Partiya Yekîtiya Demokrat – PYD) afin de reconquérir les territoires perdus au profit de l’EI. La présence américaine permet du même fait d’endiguer l’influence iranienne en bloquant une partie du corridor iranien reliant Téhéran à Beyrouth. Les forces kurdes vivent ce retrait américain comme une véritable trahison. Selon elles, l’EI est encore présent et « lourdement armé ». La Turquie, également présente dans le nord-ouest de la Syrie, menace les Kurdes de l’YPG et du PYD, qu’elle associe au Parti des travailleurs du Kurdistan (Partiya Karkerên Kurdistan -PKK), identifié également par l’Union européenne comme groupe impliqué dans des actes de terrorisme. Plus globalement, l’axe dit « prorégime » en faveur de Bachar al-ASSAD sera gagnant, avec en première ligne l’Iran.

Une nouvelle fois, la politique menée par Donald TRUMP répond à ses préoccupations de politique intérieure. Si les acteurs concurrents des Etats-Unis (Iran, Syrie, Russie, Turquie) peuvent s’en réjouir, leurs alliés sur ce théâtre (Kurdes, France, Israël, Arabie saoudite notamment) s’en inquiètent.

OPEP : Le retrait du Qatar

Lundi 3 décembre 2018, le nouveau ministre de l’Energie et de l’Industrie du Qatar, Saad AL-KAABI a annoncé lors d’une conférence de presse le retrait de Doha de l’OPEP.

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP, en anglais Organization of the Petroleum Exporting Countries (OPEC)) a été créée en septembre 1960 lors de la Conférence de Bagdad par l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Iran, le Koweït et le Venezuela. L’OPEP est une organisation intergouvernementale permanente dont le siège est à Vienne. Elle a pour mission de coordonner et d’unifier les politiques pétrolières de ses pays membres et d’assurer la stabilisation des marchés du pétrole. L’objectif officiel poursuivi est « de garantir aux producteurs de pétrole des prix justes et stables, aux pays consommateurs un approvisionnement efficace et régulier et aux investisseurs un juste retour sur capital ». Le Qatar a été le premier pays à rejoindre ces cinq membres fondateurs en 1961 et a été rejoint par 9 autres Etats. Actuellement, l’OPEP concentre plus de 40% de la production de pétrole mondiale. Parmi les Etats-membres figurent deux Etats d’Amérique latine, la plupart sont issus du Moyen-Orient et d’Afrique. Deux acteurs de la rive sud de la Méditerranée, l’Algérie et la Libye en sont membres.

Lors de la conférence de presse, Saad AL-KAABI, également PDG de Qatar Petroleum, société d’Etat appartenant au Qatar exploitant les activités pétrolières et gazières, a déclaré : « Le Qatar a décidé de se retirer comme membre de l’OPEP avec effet en janvier 2019 ». Cette décision, annoncée comme« difficile » par le ministre,  est officiellement liée à la faible quantité de pétrole produite par l’émirat qui est l’un des plus petits producteurs de l’OPEP au sein de laquelle il bénéficie d’une influence limitée. Le pays continuera de produire du pétrole mais « notre potentiel, c’est le gaz » a affirmé le ministre, l’industrie gazière étant affichée comme la priorité à moyen et long terme dans ce petit Etat de 2,6 millions d’habitants et de 12 000 kilomètres carrés. En effet, Doha est le premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) avec une production de 77 millions de tonnes par an qui sera de l’ordre de 110 millions en 2024. Le secteur gazier a permis de transformer et d’enrichir l’économie qatarie.

Cette décision est à rapprocher des tensions avec l’Arabie saoudite. La monarchie apparait isolée sur la scène régionale depuis juin 2017, subissant un embargo économique et diplomatique de la part de Riyad, qui a fermé ses liaisons terrestres, maritimes et aériennes. Le régime wahhabite, qui domine actuellement le cartel, est suivi par ses alliés dont font partie les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte. Tous soupçonnent le Qatar de soutenir des mouvements terroristes, de favoriser les Frères musulmans et de se rapprocher de l’Iran. Sans surprise Saad AL-KAABI a assuré qu’il ne s’agissait pas d’une décision politique mais d’une réflexion sur les moyens de renforcer le profil international du pays par son industrie gazière.

L’annonce du ministre intervient alors qu’une réunion cruciale doit se tenir les 6 et 7 décembre à Vienne entre les pays membres de l’OPEP et leurs partenaires.  Les discussions porteront notamment sur une baisse de la production de pétrole pour enrayer la baisse du prix des barils. Le Qatar y participera, probablement pour la dernière fois. Cet épisode illustre le clivage croissant au sein du Moyen-Orient.

 

Tournée diplomatique pour le prince MBS

Tous droits réservés.

 

Alors qu’il doit assister au sommet du G20 à Buenos Aires à la fin de la semaine, le prince héritier saoudien Mohamed BIN SALMANE (MBS) a entamé, jeudi 22 novembre, une tournée diplomatique à travers le monde arabe . Six pays figurent au programme de ce premier déplacement officiel depuis le début de l’affaire Jamal KHASHOGGI : Emirats arabes unis, Bahreïn, Egypte, Tunisie, Mauritanie et Algérie.

L’opinion publique du monde arabe est divisée sur cette tournée initiée par le prince. Reçu lundi par le président égyptien Abdel Fattah al-SISSI, le successeur désigné d’Abdulaziz Al Saud est attendu ce mardi 27 novembre à Tunis par le président Béji CAID ESSEBSI. L’annonce de cette visite a provoqué une vague de protestations au sein de la société civile tunisienne. MBS est critiqué pour son rôle supposé dans l’affaire Khashoggi et dans la guerre au Yémen et à propos des droits de l’homme bafoués dans le royaume wahhabite. Les slogans à l’encontre du prince se multiplient tandis qu’un collectif de blogueurs, d’activistes et de journalistes a organisé une manifestation lundi 26 novembre sur l’avenir Habib BOURGUIBA dans le centre de Tunis. Le Syndicat national des journalistes professionnels (SNJT), dans une lettre ouverte au Président de la république tunisienne, critique le positionnement de la diplomatie tunisienne au regard de la situation en Arabie saoudite, reprochant au ministère des Affaires étrangères de n’avoir que « timidement condamné » le meurtre du journaliste. Sous couvert d’une visite de courtoisie, version officielle avancée par les autorités tunisiennes, il s’agirait également d’une visite au motif financier. Tunis, qui connait une crise économique importante, aurait besoin de l’aide financière de Riyad.

Du côté algérien, la contestation, moins visible, divise la classe politique. Près de 1 900 personnes ont signé une pétition demandant l’annulation de cette visite. Le Maroc, quant à lui, ne figure plus dans la liste des pays visités, certains médias locaux évoquant un refus du roi Mohammed VI de recevoir MBS pour des « raisons d’agenda ». Cette non-rencontre illustre les tensions cachées entre les deux Etats et la lutte d’influence entre le gardien des Lieux Saints et le descendant direct du Prophète.

En vue de la réunion du G20 du 30 novembre au 1er décembre prochain, l’ONG Human Rights Watch a lancé une procédure contre MBS auprès d’un juge argentin pour le faire inculper à son arrivée dans la capitale argentine. Si la démarche pour « crimes de guerre et tortures » face aux actions de la coalition menée par l’Arabie saoudite au Yémen a peu de chance d’aboutir, l’image du prince modernisateur propagée par Mohamed BIN SALMANE est ternie.

Un cessez-le-feu au Yémen ?

Des combattants houthis à Sanaa.
Tous droits réservés.

Dans une déclaration sur Twitter le 18 novembre, un haut responsable yéménite des Houthis, Mohamed Ali al-HOUTHI, a déclaré que le groupe rebelle cessera les frappes de drones et de missiles en direction de l’Arabie Saoudite et des Emirats arabes unis. Les Houthis se montrent enclins à instaurer un cessez-le-feu : « Nous sommes prêts à geler et à arrêter les opérations militaires sur tous les fronts afin d’atteindre une paix juste et honorable si l’Arabie Saoudite veut vraiment la paix pour le peuple yéménite ».

C’est la première fois depuis le début de l’internationalisation du conflit qu’un leader politique houthi affirme vouloir discuter d’une cessation complète des hostilités. Cette déclaration intervient alors que l’Organisation des Nations Unies ne cesse d’alerter sur le caractère dramatique de cette crise, qu’elle considère comme la pire catastrophe humanitaire.

Vendredi 16 novembre, trois responsables onusiens ont invité le Conseil de sécurité à user de son influence afin de mettre un terme à ce conflit. « Nous sommes à un moment crucial pour le Yémen », déclare Martin GRIFFITHS, envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU pour le Yémen. Alors qu’il s’exprimait devant le Conseil de sécurité, l’émissaire de l’ONU dit croire en la « bonne foi » des deux camps devant la situation inquiétante du pays où la famine sévit. « Je suis convaincu que rien ne devrait entraver les chances de dialogue et de négociation ». Selon David BEASLEY, Directeur exécutif du Programme alimentaire mondial, « la communauté internationale doit utiliser tout son pouvoir pour mettre fin à la guerre et sauver l’économie du Yémen ». Enfin, Mark LOWCOCK, Secrétaire général adjoint des Nations Unies, exhorte quant à lui les pays membres de l’ONU : « Nous avons besoin de toute urgence que vous preniez à nouveau des mesures maintenant ».

Martin GRIFFITHS souligne la récente réduction des violences. En effet, la semaine dernière, la coalition menée par l’Arabie saoudite a temporairement gelé l’offensive contre les rebelles Houthis qui tiennent toujours le port d’Hodeida. Ce port stratégique donnant sur la mer Rouge et servant à l’approvisionnement des Houthis, est menacé par les forces de la coalition.

Martin GRIFFITHS souligne que le Yémen n’est désormais plus « un conflit oublié », l’opinion publique et les leaders politiques ayant pris conscience du caractère urgent de la crise. Il dit avoir eu l’assurance que les deux parties participeront « aux négociations de paix qui doivent se tenir bientôt en Suède ». Grâce à l’action et aux pressions internationales, les parties au conflit se sont engagées à rechercher une solution politique.

Si ces récents événements permettent d’espérer une paix prochaine, les actions menées par les deux camps donnent à voir une autre réalité. Le journal émirati The National rapporte que les Houthis, après leur déclaration appelant à cesser les hostilités, ont lancé quatre missile balistiques, interceptés par les avions de la coalition. L’avenir de ce pays de 28 millions d’habitants au bord de la catastrophe est un véritable enjeu. Face à la pression internationale, il reste à savoir si l’Arabie saoudite d’un côté et les rebelles de l’autre, accepteront d’entamer véritablement des négociations de paix.

Yémen : les appels pour mettre fin au conflit

Tous droits réservés.

Depuis 2015, le Yémen est le théâtre d’affrontements violents entre les Houthis et les forces loyales au président Hadi. L’intervention en faveur de ces dernières d’une coalition dirigée par l’Arabie Saoudite du prince héritier Mohamed ben SALMAN, a aggravé le conflit et occasionné une famine dévastatrice. Pour les Nations Unies, il s’agit de la « pire crise humanitaire au monde ». L’affaire KHASHOGGIa considérablement affecté la crédibilité de Riyad sur la scène internationale et sa légitimité au Yémen pâtit de ce meurtre. Le royaume wahhabite fait l’objet de pressions de la part des puissances occidentales, mais le revirement de son plus fidèle allié en Occident, les Etats-Unis, sera déterminant.

Le 30 octobre 2018, par la voix de Mike POMPEO, secrétaire d’Etat américain, Washington réclame en effet la fin du conflit yéménite : « les Etats-Unis appellent toutes les parties à soutenir l’envoyé spécial des Nations Unies, Martin GRIFFITHS, dans la recherche d’une solution pacifique au conflit au Yémen ». Les Etats-Unis demandent « la cessation des hostilités », qu’il s’agisse des « frappes de missiles et de drones depuis les zones contrôlées par les Houthis en direction du royaume d’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis » mais également des « frappes aériennes de la coalition (…) dans toutes les zones peuplées du Yémen ». En recommandant le recours à la voie politique, les Washington considère qu’« il est temps de mettre fin à ce conflit, de le remplacer par un compromis et de permettre au peuple yéménite de guérir par la paix et la reconstruction ». Les Etats-Unis réclament l’ouverture de négociations de paix d’ici trente jours. La déclaration américaine surprend, l’administration de Donald TRUMP n’ayant jamais caché son soutien à l’Arabie saoudite.

A Washington pourtant, l’opposition, notamment au Congrès, espérait depuis des mois que Donald TRUMP incite Riyad à plus de discernement dans la conduite de cette guerre. D’ailleurs, mardi 30 octobre, le New York Times a publié un articlealertant sur la situation au Yémen, entrecoupé par des photographies glaçantes d’enfants yéménites mourant de faim.

Dans les capitales européennes, un débat a émergé quant à la fourniture d’armes à l’Arabie saoudite. La ministre des Armées, Florence PARLY, invitée de l’émission de Jean-Jacques BOURDIN sur BFM-TVmardi 30 octobre, assure que « la France est un fournisseur modeste d’armes à l’Arabie saoudite ». Toutefois, la ministre affiche un positionnement clairement défavorable à l’encontre de cette guerre, déclarant qu’ « il est plus que temps qu’elle cesse ».

Les déclarations française et américaine rejoignent les positions des associations et ONG, à l’instar d’Amnesty Internationalqui militent depuis des mois afin d’interpeler la communauté internationale sur les atrocités commises à Sanaa.

Les différentes parties yéménites se montrent cependant réticentes à l’idée d’un accord commun, suggéré par Mike POMPEO et par l’ONU le 14 avril 2015 au travers de la résolution 2216. Selon les estimations d’Acled (The Armed Conflict Location & Event Data Project), une organisation indépendante chargée de collecter les données des violences politiques étatiques, plus de 50 000 personnes sont mortes entre janvier 2016 et septembre 2018 dans ce pays de 22 millions d’habitants où 8,4 millions ont besoin d’aide et de protection selon les Nations Unies.

 

Arabie Saoudite : l’ombre de l’affaire Khashoggi sur le Davos du désert

Le Future Investment Initiative à Riyad, le 23 octobre 2018.
Tous droits réservés.

L’Arabie saoudite accueille du 23 au 25 octobre 2018 la conférence « Future Investment Initiative » (FII). Considérée comme le « Davos du désert », la conférence a pour but de réunir à Riyad les dirigeants internationaux et les investisseurs. Portée par Mohammed ben SALMAN, l’homme fort du royaume wahhabite, le Davos du désert est terni par l’affaire Jamal KHASHOGGI, du nom du journaliste saoudien exilé aux Etats-Unis et assassiné le 2 octobre à l’ambassade saoudienne à Ankara.

Mohammed ben SALMAN, dit MBS, âgé de 33 ans, est surnommé le « jeune roi en attente ». Depuis 2015, celui qui a écarté ses rivaux pour consolider son pouvoir, a tenté de projeter l’image d’une Arabie saoudite ouverte et moderne en s’érigeant en « prince modernisateur ». Pour Stéphane LACROIX, spécialiste du royaume, ces mesures relèvent en réalité d’une « modernisation de l’autoritarisme ».

Alors que la responsabilité saoudienne était mise en cause dans le meurtre du journaliste collaborant avec le Washington Post, Riyad a admis le 20 octobre après des démentis, que Jamal KHASHOGGI avait bien été tué dans l’enceinte de l’ambassade. La version officielle, donnée par Saoud al-MOJEB, procureur général, évoque une bagarre à mains nues ayant débouché accidentellement sur la mort du journaliste. MBS soutient qu’il n’était pas informé par cet événement, le qualifie d’ « incident hideux » et annonce que « justice prévaudra ». Malgré l’affichage de coopération des autorités saoudiennes avec Ankara pour élucider cette enquête, cet assassinat a provoqué une indignation planétaire et jette le discrédit sur le prince héritier.

Cette déclaration intervient quelques jours avant le lancement de la deuxième édition du FII. Comme en 2017 lors de la première édition qui lui a valu le surnom de « Davos du désert », ce sommet devait être la vitrine de la nouvelle Arabie. L’événement s’est ouvert avec la présence d’investisseurs et d’hommes d’affaires de la péninsule arabique, d’Asie et de Russie. Vladimir POUTINE a affirmé le maintien de son agenda en dépit de l’incident et le vice-ministre russe du Développement économique est chargé de représenter Moscou dans la capitale wahhabite. Les dirigeants africains, à l’exception de l’Afrique du Sud, ont participé à ce sommet, Riyad étant l’un des principaux partenaires financiers du continent. Ils sont joints par les patrons de Total et d’AccorHotels, rares multinationales représentées. L’affaire KHASHOGGI a en effet engendré un boycott massif et le FII brille par l’absence remarquée de ses têtes d’affiche. Parmi ces personnalités figurent le secrétaire américain au Trésor, Steven MNUCHIN, la directrice du FMI, Christine LAGARDE, le président de la Banque mondiale, Jim Yong KIM et certains ministres européens. Bruno le MAIRE, ministre français de l’Economie des finances, a également décliné l’invitation.

Le Davos du désert semble être la première conséquence directe de l’affaire KHASHOGGI. En Occident, des questions se posent sur le futur des relations avec l’Arabie saoudite. Dans une déclaration commune, les ministres des Affaires étrangères français, allemand et britannique ont « condamné avec la plus grande fermeté » la mort du journaliste saoudien et ont demandé des éclaircissements sur les circonstances de l’assassinat. Tandis que la chancelière allemande Angela MERKEL invite ses voisins au gel des ventes d’armes vers le royaume wahhabite, le président Emmanuel MACRON, en visite au salon Euronaval au Bourget, n’a souhaité faire aucun commentaire.