Arabie saoudite

Yémen : les appels pour mettre fin au conflit

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Depuis 2015, le Yémen est le théâtre d’affrontements violents entre les Houthis et les forces loyales au président Hadi. L’intervention en faveur de ces dernières d’une coalition dirigée par l’Arabie Saoudite du prince héritier Mohamed ben SALMAN, a aggravé le conflit et occasionné une famine dévastatrice. Pour les Nations Unies, il s’agit de la « pire crise humanitaire au monde ». L’affaire KHASHOGGIa considérablement affecté la crédibilité de Riyad sur la scène internationale et sa légitimité au Yémen pâtit de ce meurtre. Le royaume wahhabite fait l’objet de pressions de la part des puissances occidentales, mais le revirement de son plus fidèle allié en Occident, les Etats-Unis, sera déterminant.

Le 30 octobre 2018, par la voix de Mike POMPEO, secrétaire d’Etat américain, Washington réclame en effet la fin du conflit yéménite : « les Etats-Unis appellent toutes les parties à soutenir l’envoyé spécial des Nations Unies, Martin GRIFFITHS, dans la recherche d’une solution pacifique au conflit au Yémen ». Les Etats-Unis demandent « la cessation des hostilités », qu’il s’agisse des « frappes de missiles et de drones depuis les zones contrôlées par les Houthis en direction du royaume d’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis » mais également des « frappes aériennes de la coalition (…) dans toutes les zones peuplées du Yémen ». En recommandant le recours à la voie politique, les Washington considère qu’« il est temps de mettre fin à ce conflit, de le remplacer par un compromis et de permettre au peuple yéménite de guérir par la paix et la reconstruction ». Les Etats-Unis réclament l’ouverture de négociations de paix d’ici trente jours. La déclaration américaine surprend, l’administration de Donald TRUMP n’ayant jamais caché son soutien à l’Arabie saoudite.

A Washington pourtant, l’opposition, notamment au Congrès, espérait depuis des mois que Donald TRUMP incite Riyad à plus de discernement dans la conduite de cette guerre. D’ailleurs, mardi 30 octobre, le New York Times a publié un articlealertant sur la situation au Yémen, entrecoupé par des photographies glaçantes d’enfants yéménites mourant de faim.

Dans les capitales européennes, un débat a émergé quant à la fourniture d’armes à l’Arabie saoudite. La ministre des Armées, Florence PARLY, invitée de l’émission de Jean-Jacques BOURDIN sur BFM-TVmardi 30 octobre, assure que « la France est un fournisseur modeste d’armes à l’Arabie saoudite ». Toutefois, la ministre affiche un positionnement clairement défavorable à l’encontre de cette guerre, déclarant qu’ « il est plus que temps qu’elle cesse ».

Les déclarations française et américaine rejoignent les positions des associations et ONG, à l’instar d’Amnesty Internationalqui militent depuis des mois afin d’interpeler la communauté internationale sur les atrocités commises à Sanaa.

Les différentes parties yéménites se montrent cependant réticentes à l’idée d’un accord commun, suggéré par Mike POMPEO et par l’ONU le 14 avril 2015 au travers de la résolution 2216. Selon les estimations d’Acled (The Armed Conflict Location & Event Data Project), une organisation indépendante chargée de collecter les données des violences politiques étatiques, plus de 50 000 personnes sont mortes entre janvier 2016 et septembre 2018 dans ce pays de 22 millions d’habitants où 8,4 millions ont besoin d’aide et de protection selon les Nations Unies.

 

Arabie Saoudite : l’ombre de l’affaire Khashoggi sur le Davos du désert

Le Future Investment Initiative à Riyad, le 23 octobre 2018.
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L’Arabie saoudite accueille du 23 au 25 octobre 2018 la conférence « Future Investment Initiative » (FII). Considérée comme le « Davos du désert », la conférence a pour but de réunir à Riyad les dirigeants internationaux et les investisseurs. Portée par Mohammed ben SALMAN, l’homme fort du royaume wahhabite, le Davos du désert est terni par l’affaire Jamal KHASHOGGI, du nom du journaliste saoudien exilé aux Etats-Unis et assassiné le 2 octobre à l’ambassade saoudienne à Ankara.

Mohammed ben SALMAN, dit MBS, âgé de 33 ans, est surnommé le « jeune roi en attente ». Depuis 2015, celui qui a écarté ses rivaux pour consolider son pouvoir, a tenté de projeter l’image d’une Arabie saoudite ouverte et moderne en s’érigeant en « prince modernisateur ». Pour Stéphane LACROIX, spécialiste du royaume, ces mesures relèvent en réalité d’une « modernisation de l’autoritarisme ».

Alors que la responsabilité saoudienne était mise en cause dans le meurtre du journaliste collaborant avec le Washington Post, Riyad a admis le 20 octobre après des démentis, que Jamal KHASHOGGI avait bien été tué dans l’enceinte de l’ambassade. La version officielle, donnée par Saoud al-MOJEB, procureur général, évoque une bagarre à mains nues ayant débouché accidentellement sur la mort du journaliste. MBS soutient qu’il n’était pas informé par cet événement, le qualifie d’ « incident hideux » et annonce que « justice prévaudra ». Malgré l’affichage de coopération des autorités saoudiennes avec Ankara pour élucider cette enquête, cet assassinat a provoqué une indignation planétaire et jette le discrédit sur le prince héritier.

Cette déclaration intervient quelques jours avant le lancement de la deuxième édition du FII. Comme en 2017 lors de la première édition qui lui a valu le surnom de « Davos du désert », ce sommet devait être la vitrine de la nouvelle Arabie. L’événement s’est ouvert avec la présence d’investisseurs et d’hommes d’affaires de la péninsule arabique, d’Asie et de Russie. Vladimir POUTINE a affirmé le maintien de son agenda en dépit de l’incident et le vice-ministre russe du Développement économique est chargé de représenter Moscou dans la capitale wahhabite. Les dirigeants africains, à l’exception de l’Afrique du Sud, ont participé à ce sommet, Riyad étant l’un des principaux partenaires financiers du continent. Ils sont joints par les patrons de Total et d’AccorHotels, rares multinationales représentées. L’affaire KHASHOGGI a en effet engendré un boycott massif et le FII brille par l’absence remarquée de ses têtes d’affiche. Parmi ces personnalités figurent le secrétaire américain au Trésor, Steven MNUCHIN, la directrice du FMI, Christine LAGARDE, le président de la Banque mondiale, Jim Yong KIM et certains ministres européens. Bruno le MAIRE, ministre français de l’Economie des finances, a également décliné l’invitation.

Le Davos du désert semble être la première conséquence directe de l’affaire KHASHOGGI. En Occident, des questions se posent sur le futur des relations avec l’Arabie saoudite. Dans une déclaration commune, les ministres des Affaires étrangères français, allemand et britannique ont « condamné avec la plus grande fermeté » la mort du journaliste saoudien et ont demandé des éclaircissements sur les circonstances de l’assassinat. Tandis que la chancelière allemande Angela MERKEL invite ses voisins au gel des ventes d’armes vers le royaume wahhabite, le président Emmanuel MACRON, en visite au salon Euronaval au Bourget, n’a souhaité faire aucun commentaire.