Algérie

Algérie : entre contestations et vide constitutionnel

Manifestation à Alger, le 31 mai 2019.
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En Algérie, depuis le départ du président Abdelaziz Bouteflika, le lieutenant-général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée de Terre et ancien fidèle du régime, incarne l’homme fort du pays et s’est érigé en seul interlocuteur du peuple. Face à la pression de la rue, Gaïd Salah prône « un dialogue », que la population rejette, déplorant le manque de transition et réclamant toujours la fin des « symboles de l’ancien régime ».

Sans surprise, le 1er juin 2019, le Conseil constitutionnel algérien a annulé l’élection présidentielle du 4 juillet prochain : « le Conseil constitutionnel s’est prononcé par décision du 1er juin 2019 pour le rejet des dossiers de deux postulants à la candidature, inconnus du public, ayant déposé des dossiers auprès de lui, et conclu à l’impossibilité d’organiser l’élection présidentielle à la date prévue ». L’actuel chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Ben Salah, conserve donc son poste jusqu’à la tenue de l’élection présidentielle, dont la date n’est pas définie.

Cette annonce intervient le lendemain du 15ème vendredi de hirak en Algérie. Après plus de trois mois de contestation et malgré le départ du président malade, le mouvement populaire se maintient, en attente de la chute du régime. Le journal El Watan souligne la « détermination » qui « renseigne sur le degré de conscience des manifestants, qui, après avoir remporté d’importantes victoires, veulent poursuivre leur combat ». Devant l’immobilisme du régime, le journal déclare que « le combat sera long ».

A l’annonce du report du scrutin, le média TSA a dénoncé « l’artifice juridique » discutable mis en place pour conserver un cadre constitutionnel. Selon lui, si le Conseil constitutionnel espère que sa décision soit prise au sérieux, « le pouvoir devra donner quelques garanties », notamment en termes de liberté. Entré dans une période de vide constitutionnel, Alger devra prendre des décisions politiques. Le report par deux fois de l’élection présidentielle – une première dans l’histoire algérienne – représente une victoire pour les manifestants mais ouvre par la même une nouvelle période d’incertitudes. Face à la mainmise de l’armée, tout laisse à penser que l’institution militaire a vocation à contrôler le dialogue avec la population. Pour autant, cette situation est susceptible d’envenimer le climat actuel en cristallisant le désaveu de la population envers les institutions étatiques.

Depuis le début des événements, les manifestations en Algérie conservent leur caractère pacifique, qui a fait la réussite du mouvement populaire. Au contraire, le régime est désormais confronté aux interrogations sur son respect des droits de l’Homme, notamment après le décès en prison du médecin et défenseur des droits de l’Homme Kamel Eddine Fekhar, le 28 mai dernier, des suites d’une grève de la faim. Provoquant l’indignation des Algériens, alors que la France a réagi et exprimé sa préoccupation, cette mort sème le doute. Le décès de Fekhar a en effet alerter l’opinion publique sur les conditions de détention des militants d’opposition, dans un régime qui maintient ses opposants en incarcération. Pour TSA, « les multiples cas d’atteinte aux droits de l’Homme constituent autant d’épines que le pouvoir se plante dans le pied ».

La vague de mobilisation en Algérie reste sans précédent et touche toutes les franges de la population. Dans un manifeste intitulé « Initiative pour un Etat de citoyenneté et des libertés », un groupe d’intellectuels a pris part au mouvement, appelant à l’instauration d’un Etat civil et démocratique, respectueux des droits citoyens et des libertés individuelles et collectives. Le collectif préconise de s’éloigner des facteurs de désunions, dit « secondaires ».

Peu investis, les islamistes se montrent prudents. Le chef du parti islamiste Mouvement de la société pour la paix (MSP), Abderrazak Mokri affirme comprendre les doutes de l’institution militaire concernant l’ouverture d’une éventuelle période de transition. Toutefois, le parti s’engage à renoncer à la prochaine élection présidentielle au profit d’« un candidat consensuel ».

L’Algérie se retrouve donc à la croisée des chemins. Si la volonté populaire en faveur d’un nouveau régime ne fléchit pas, les caciques du régime, usant de la répression, entendent conserver le pouvoir. Et il convient de s’interroger sur les intentions des religieux et sur le rôle qu’ils occuperont lors des prochaines étapes.

Fin du chantier de la Grande mosquée d’Alger : un symbole du pouvoir critiqué

 

La Grande mosquée d’Alger. Tous droits réservés.

Lundi 29 avril, la télévision officielle chinoise a annoncé : « L’Algérie est sur le point d’inaugurer la Grande mosquée d’Alger, la plus grande mosquée jamais construite par la société d’Etat chinoise CSCEC (China State Construction Engineering Corporation) ».

D’une superficie de 400 000 mètres carrés, la Grande mosquée d’Alger ou Djama el Djazair, dotée d’un minaret de 265 mètres et d’une salle de prière grande de 20 000 mètres carrés, détrône la mosquée Hassan II de Casablanca en devenant le plus grand édifice religieux musulman d’Afrique et le troisième au monde, après la mosquée du Sultan Qabous à Oman et le mausolée de l’imam Reza à Mashhad en Iran. La salle de prière peut accueillir jusqu’à 120 000 personnes. Le lieu dispose également d’un parc, d’une place publique, d’un centre culturel, d’une école religieuse, d’une caserne de pompiers et d’une bibliothèque. Des logements sont également disponibles pour le personnel.

La construction de cette mosquée, réalisée par la société chinoise CSCEC, est l’un des symboles de la coopération sino-algérienne et plus largement du lien de la Chine avec le continent africain dans le cadre des nouvelles routes de la soie. Le projet, qui a duré plus de sept années a mobilisé plus de 2 300 ingénieurs algériens, africains et chinois.

Symbole de l’Algérie musulmane et participant à son rayonnement, la construction de la Grande mosquée d’Alger a toutefois suscité de vives polémiques. Si la télévision chinoise estime que « le projet a été achevé dans les délais impartis », la presse algérienne rappelle que le projet devait durer 42 mois. De fait, la construction aurait dû s’achever en octobre 2015. Ainsi, le retard engendré a eu pour conséquence une augmentation du coût de construction. Ce dernier s’élève ainsi à environ 2 milliards de dollars, dans un pays marqué par une crise financière. A l’heure où l’Algérie est en plein bouleversement politique et social, la construction de l’édifice représente un symbole de démesure de l’ère Bouteflika. A ce titre, le plus haut minaret du monde, permettant « une vue panoramique époustouflante sur les eaux turquoise de la Méditerranée le long de la baie d’Alger » selon la chaine de télévision chinoise, bénéficie d’un dôme incrusté d’or. Abdelaziz Bouteflika, président depuis 1999 est à l’origine de cette demande de construction. Cette dernière est d’ailleurs considérée comme l’une des dérives du système dorénavant rejeté. La Grande mosquée d’Alger symbolise pour certains la rivalité avec le Maroc à travers la concurrence avec la mosquée Hassan II.

Algérie : espoir et incertitudes – par Mustapha BENCHENANE

Un article de Mustapha BENCHENANE, docteur d’Etat en science politique, conférencier au Collège de l’OTAN et éditorialiste à l’institut FMES.

Manifestation à Alger, le 22 mars 2019.
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Le « Printemps arabe » (à partir de 2011) a concerné plusieurs États arabes, de la Tunisie à la Syrie, de l’Égypte au Yémen. Il s’agissait soit de révoltes – Tunisie, Égypte, Bahreïn – soit de guerres civiles – Syrie, Libye, Yémen. Le Maroc a fait face en maintenant le mouvement qui s’était constitué dans des limites étroites en se servant d’arguments à caractère religieux : le roi « Commandeur des croyants » et « descendant du Prophète ». Quant à l’Algérie, tout le monde s’interrogeait : « pourquoi rien ne se passe dans ce pays ? « .

La singularité algérienne :

 Ceux qui s’étonnaient ainsi avaient oublié deux choses : d’une part l’Algérie avait vécu avant tous les autres « son » printemps, en octobre 1988. Cette année-là, des émeutes avaient éclaté dans plusieurs villes d’Algérie et l’armée avait tiré sur le peuple alors qu’elle se présentait comme « Armée Nationale Populaire  » (ANP). De ces événements est née une singularité algérienne : c’est le pouvoir qui a octroyé des libertés : dans la presse, l’opinion publique, les partis politiques. Il a fait preuve d’intelligence : la liberté d’expression comme soupape de sécurité et non une menace pour le régime. D’autre part, on ne peut pas comprendre l’inertie du peuple algérien, si l’on n’a pas à l’esprit la décennie tragique des années 1990 : un conflit interne au cours duquel la violence, sous toutes ses formes, s’est déchaînée et a frappé sans quartier tout le peuple de ce pays. Ce traumatisme profond explique en grande partie la torpeur, la léthargie dans lesquelles était plongée la population de ce pays. La candidature de A. Bouteflika pour un cinquième mandat a eu l’effet d’un électrochoc salutaire : des millions d’Algériens se sont réveillés et se sont mis en marche pour s’opposer à un diktat révélateur, selon eux, du mépris dans lequel les gouvernants les tenaient.

Tout ce qui a été si longtemps refoulé, mis sous le boisseau, resurgit mais pacifiquement jusqu’à présent. Les Algériens qui souffraient « chacun pour soi » redécouvrent qu’ils sont capables de vouloir, ensemble, la même chose : le départ du président.

L’armée, arbitre et décideur.

La singularité algérienne, c’est aussi la place et le rôle de l’armée. En effet, depuis 1962, elle est l’épine dorsale du régime qu’elle incarne.

Pour autant, l’approche réductrice de ceux qui se contentent d’affirmer : « le régime des généraux corrompus qui détournent à leur profit la rente pétrolière », ne recouvre pas la réalité dans toute sa complexité. D’une part, l’armée n’est plus un monolithe. Tous les généraux ne sont pas corrompus et, dans ce domaine, la société civile est elle aussi atteinte par ce mal. D’autre part, l’ANP de 2019 n’est plus celle que dirigeait le président Boumediene qui était son chef, reconnu comme tel par tous.

L’Armée Nationale Populaire (ANP) s’est toujours présentée comme « la digne héritière de la glorieuse Armée de Libération Nationale » (ALN). C’est par l’armée, grâce à elle et par elle que s’est constitué l' »État » algérien depuis l’indépendance. Elle était la seule force organisée. L’armée algérienne n’est donc pas la « grande muette » comme c’est le cas en France et dans les pays à régime démocratique. Elle a ouvertement procédé à plusieurs coups d’État : le premier, dès 1962 contre le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA), puis en juin 1965 quand le chef de l’ANP, le colonel Boumediene, a renversé le Président Ahmed Ben Bella. Elle est de nouveau intervenue en 1992 lorsque les « islamistes » du Front Islamiste du Salut (FIS) ont remporté le premier tour des élections législatives. Elle a empêché le déroulement du second tour. Son rôle a été vital pour le pays durant la décennie 1990 dans la lutte contre le terrorisme « islamiste ». Il ne faut donc pas s’étonner de la voir intervenir aujourd’hui encore dans le champ politique par les déclarations du chef d’état-major Gaïd Salah qui réclame l’application de la Constitution pour faire partir A. Bouteflika. Ce faisant, il viole lui-même la Constitution car selon cette « loi suprême » ce n’est pas à lui qu’incombe une telle initiative mais au président du Conseil constitutionnel. En fait, et cela en quelques semaines, il y a eu deux coups d’État : d’abord la décision de reporter les élections, ensuite l’intrusion du Général Gaïd Salah pour obtenir le départ de son chef. Selon la Constitution, le Conseil constitutionnel aurait dû se réunir « de plein droit » et proposer à l’unanimité au Parlement de déclarer l’état d’empêchement du Président de la République (article 88). Mais on risque de ne pas comprendre grand-chose au fonctionnement de ce régime si l’on s’en tient à la référence au Droit.

Un mouvement sans boussole :

 La Constitution en tant que concept qui fonde la légitimité du pouvoir politique est un produit d’importation dans le « Monde musulman » et pas seulement en Algérie. Ces pays se sont dotés de cette « loi fondamentale » d’où découle tout l’édifice institutionnel, sans en avoir l’intelligence. Ce qui prévaut dans ces pays est aux antipodes de l’État de droit. En effet, un pouvoir qui ne respecte aucune règle inflige une forme de violence au peuple qui se sent méprisé, humilié. À partir de cette réalité qui, tôt ou tard, devient insupportable, le meilleur et le pire peuvent advenir. Dans le premier cas, un changement de régime sans effusion de sang. Dans la seconde configuration, la plus effroyable, une guerre civile comme c’est le cas en Syrie. Cette tragédie pourrait être épargnée au peuple algérien, car il a la mémoire de ce qui s’est passé durant la décennie 90, c’est à dire un conflit interne qui a mené le pays au bord de l’implosion. Il convient aussi d’avoir à l’esprit une réalité : ceux qui manifestent contre le régime ne sont pas forcément tous des démocrates…Les plus nombreux se révoltent parce qu’ils n’en peuvent plus de vivre dans un pays où, selon leur perception, il y a d’un côté ceux qui s’enrichissent, souvent par la corruption, alors que d’autres sont condamnés au chômage et, pour certains, à braver la mort en traversant la Méditerranée dans des « coquilles de noix ». En tout état de cause, il ne s’agit pas d’une révolution. En effet, il manque le substrat intellectuel, culturel. Par exemple, les changements politiques majeurs – les révolutions – en Europe, en particulier en France (1789), ont été préparés en amont par la philosophie des Lumières. Il y a eu aussi une alliance de forces politiques qui avaient le même objectif. Des leaders ont émergé de ce mouvement irréversible, et ils avaient un programme propre à mobiliser le plus grand nombre de personnes. Ce n’est le cas ni en Algérie, ni dans aucun pays dit du « printemps arabe ». Souhaitons néanmoins que ces événements constituent l’une des étapes du long et difficile processus d’apprentissage de la culture démocratique.

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Quelle sera l’issue de ce mouvement ? Pour l’heure, il semble irréversible car le peuple algérien a réussi à extirper de son esprit la peur qui le paralysait. Mais tant qu’il sera inorganisé, sans programme et sans leader, il ne représentera pas une véritable alternative à la situation qui prévaut depuis des décennies, c’est à dire bien avant l’arrivée au pouvoir de A. Bouteflika en 1999. L’Algérie indépendante n’a produit ni femmes, ni hommes d’État. Elle souffre de l’incompétence et de la corruption de la plupart des membres de sa « classe politique ». Cette corruption concerne la société dans son ensemble. Le mal est profond et seul un changement des mentalités constituerait le remède approprié. Mais pour cela, il serait urgent de revoir de fond en comble le système éducatif. Dans ce domaine, vital pour l’avenir du pays, il y a de nombreuses oppositions, celle des « islamistes » n’étant pas la moindre. On retrouve alors le problème de l’identité dont la caractéristique est la fragmentation qui semble « oubliée » dans l’élan lyrique de la révolte contre le régime.

Algérie : Bouteflika lâché par l’armée et son camp

Ahmed Gaïd Salah et Abdelaziz Bouteflika. Tous droits réservés.

Ces dernières semaines, l’élection présidentielle a suscité en Algérie une vague de mobilisations pacifiques sans précédent. Après avoir annoncé sa candidature pour un cinquième mandat, le président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999 et lourdement affaibli des suites d’un AVC, , a finalement renoncé tout en décidant du report des élections. Cette situation inédite d’un maintien au pouvoir ne satisfait pas les Algériens.

Après cinq vendredis de mobilisation populaire et une pression de la rue grandissante, le camp du président est ébranlé. Mardi 26 mars, l’armée algérienne, par la voix de son chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, lors d’un discours retransmis à la télévision, a proposé que le président algérien soit déclaré inapte et qu’une procédure d’empêchement à son encontre soit lancée. Le chef d’état-major propose ainsi l’application de l’article 102 de la Constitution qui stipule que « lorsque le Président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions, le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous moyens appropriés, propose, à l’unanimité, au Parlement de déclarer l’état d’empêchement ». Ahmed Gaïd Salah considère qu’« il devient nécessaire, voire impératif d’adopter une solution pour sortir de la crise, répondant aux revendications légitimes du peuple algérien, et garantissant le respect des dispositions de la Constitution et le maintien de la souveraineté de l’Etat ».

La déclaration du général Ahmed Gaïd Salah surprend tant il incarnait l’un des alliés les plus fidèles d’Abdelaziz Bouteflika, qui l’avait nommé en 1994 chef d’état-major et a fait de lui l’un des hommes les plus incontournables du pays. Egalement vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaïd Salah avait juré de servir le président jusqu’à sa mort. Depuis le début des manifestations, il s’était fait l’arbitre de la situation et multipliait ses déplacements dans les régions algériennes.

La solution prônée par l’armée est saluée par le parti du Rassemblement national démocratique (RND), principal allié d’Abdelaziz Bouteflika et membre de la coalition au pouvoir. Le dirigeant n’est autre qu’Ahmed Ouyahia, ex-Premier ministre récemment limogé. Mercredi 27 mars, le RND publie un communiqué dans lequel il « recommande la démission du président de la République (…) dans le but de faciliter la période de transition » en réponse aux événements qui « confirment le rejet de la rue pour la feuille de route proposée par le président ». Le même jour, des membres du comité central du Front de libération nationale (FLN), parti du président, ont également apporté leur soutien à la déclaration du général Salah relatif à l’article 102. A Alger, l’étau se resserre autour du clan présidentiel, lâché par ses soutiens historiques.

L’empêchement réclamé par le général Salah donnerait à l’armée – qui est déjà au pouvoir et est partie intégrante du système actuel – l’occasion d’assurer la transition et ne laissera que peu de temps à la société algérienne pour se mobiliser. Face à la tournure que prennent les événements, l’opinion publique algérienne se montre sceptique et rejette ce qu’elle considère comme un coup de force et une immixtion de l’armée. Ainsi, les appels à manifester se multiplient, la solution prônée par Ahmed Gaïd Salah ne répondant pas aux nombreuses protestations dans les villes algériennes qui expriment la volonté d’un changement de régime et pas seulement le départ du président actuel.

C’est au Conseil constitutionnel, réputé proche du pouvoir et du président, que l’avenir politique de l’Algérie se jouera dans les prochains jours. En effet, l’organe devra se prononcer sur la mise en œuvre de l’article 102.

 

Report des élections et prolongement du 4ème mandat : la réaction algérienne

Manifestation étudiante en Algérie, le 12 mars 2019. Tous droits réservés.

Le 11 mars, l’agence de presse nationale algérienne APS a relayé le message à la nation du président Abdelaziz Bouteflika, 24 heures après son retour de Genève où il était hospitalisé. Dans ce message, il annonce le report sine die des élections présidentielles du 18 avril prochain et sa décision de ne pas briguer un 5ème mandat en raison de « son état de santé et son âge ».

Cette décision intervient alors que le pays connait depuis plusieurs semaines une vague historique de mobilisations pacifiques. Les Algériens manifestent contre un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, affaibli par un AVC survenu en 2013 et dont les apparitions se font rares.

Le chef de l’Etat affirme « comprendre » les revendications du peuple et notamment de la jeunesse et promet une transition, notamment au travers d’un remaniement général du gouvernement. Dans la foulée, le Premier ministre Ahmed Ouyahia, impopulaire en Algérie, a été limogé et remplacé par Noureddine Bedoui, ministre de l’Intérieur et ami du frère du président, Nacer.

Le message présidentiel, s’il a donné lieu à des manifestations de joie, s’est finalement traduit par un doute. Les Algériens se questionnent quant à ce maintien à durée indéterminée du président sortant – Abdelaziz Bouteflika n’ayant pas donné la date des prochaines élections. De plus, le nouveau gouvernement ne satisfait pas les manifestants qui n’y voient que la continuité du régime. Ainsi, mardi 12 mars, une nouvelle vague de manifestation a débuté. Le doute plane quant au futur politique du pays. Les slogans « contre le cinquième mandat » ont laissé place à des protestations « contre le prolongement du 4ème ». Le peuple, porté par la jeunesse étudiante, réclame ainsi le retrait de la magistrature suprême du président actuel et un changement de système.

Juridiquement, la question du report de l’élection pose également problème. Walid Laggoune, professeur de droit constitutionnel à l’Université d’Alger a déclaré à la radio publique algérienne : « La constitution ne prévoit aucune disposition relative au report des élections ».

La nouvelle a de fait suscité de vives réactions en Algérie. Alors que les journaux pro-régime à l’instar d’El Moudjahid ou l’Expression saluent la décision du chef de l’Etat et énumèrent ses « engagements », d’autres médias se montrent plus méfiants. El Watan titre ainsi le mardi 12 mars « Il annule la présidentielle mais reste au pouvoir. La dernière ruse de Bouteflika ». Pour le site TSA – Tout sur l’Algérie, qui a relayé en temps direct les manifestants à travers le pays, le système instauré par le président Bouteflika ne permettra pas la transition promise. Enfin, pour Liberté Algérie, « la rue dit non à Bouteflika ».

Sur Twitter, le Président de la République française, Emmanuel Macron,a accueilli avec satisfaction le choix du Président algérien et a déclaré : « La jeunesse algérienne a su exprimer son espoir de changement avec dignité. La décision du Président Bouteflika ouvre une nouvelle page pour la démocratie algérienne. Nous serons aux côtés des Algériens dans cette période nouvelle, avec amitié et avec respect ». Le chef de l’Etat français, en tournée en Afrique de l’Est, appelle à une « transition d’une durée raisonnable ». Lors de la conférence de presse donnée à Djibouti, il a déclaré : « Je salue la décision du président Bouteflika, qui signe une nouvelle page dans le développement de la démocratie algérienne (…) Je salue la dignité avec laquelle la population, en particulier la jeunesse algérienne, a su exprimer ses espoirs, sa volonté de changement, ainsi que le professionnalisme des forces de sécurité ».

Alors que les principales villes de l’Algérie ont manifesté mardi 12 mars, les manifestants appellent à de nouveaux rassemblements jeudi 14 et vendredi 15 mars.

La position française face aux manifestations en Algérie

Des manifestants s’étant rassemblés à Paris dimanche 24 février contre un 5ème mandat d’Abdelaziz Bouteflika.
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Depuis l’officialisation de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat – en dépit de son âge avancé et de son état de santé préoccupant – l’Algérie connait une vague de mobilisations.

Les manifestations pacifiques se multiplient dans le pays et cette protestation d’une ampleur nouvelle suscite l’intérêt de la presse étrangère et notamment française. Toutefois, peu de journalistes sont présents sur le terrain faute de visa, les médias multipliant donc les interviews par téléphone.

L’intérêt français pour cette question s’explique par la relation aussi complexe que passionnelle qu’entretiennent les deux pays. Paris et Alger étant intimement liés par l’histoire, les événements en Algérie pourraient avoir des répercussions directes en Hexagone. Si aucun chiffre officiel n’est communiqué, la population de nationalité et d’origine algériennes en France est importante. De fait, en soutien aux événements dans les villes algériennes, des manifestations ont été organisées en France, notamment à Paris et à Marseille.

La déstabilisation de l’Algérie aurait des répercussions à l’échelle internationale. A ce titre, les synergies entre la France et l’Algérie sont susceptibles de provoquer des perturbations. D’abord, l’importante diaspora algérienne en France et la proximité géographique des deux pays engendreraient une crise migratoire en direction de la France et plus largement de l’Europe. Aussi, la perturbation de l’Algérie impliquerait des conséquences économiques pour les deux Etats. Enfin, l’Algérie, un des pays majeurs d’Afrique, dispose d’une des armées les plus importantes du continent. Le pays représente pour l’instant un gage de sûreté dans un environnement propice à l’insécurité notamment en Libye et au Sahel et est un allié de la France dans la lutte contre le terrorisme dans la région.

Alors que la presse s’exprime largement sur le dossier algérien, les autorités françaises font preuve de prudence. Face à l’ampleur de la contestation, le Président de la République n’a fait aucun commentaire officiel. Cependant, la position française a été exprimée par Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, le 27 février dernier à l’issue du Conseil des ministres : « C’est au peuple algérien et à lui seul qu’il revient de choisir ses dirigeants et de décider de son avenir, et cela dans la paix et la sécurité ». Le porte-parole du gouvernement qualifie par ailleurs l’Algérie de « pays ami ». Dans la même lignée, le quai d’Orsay a déclaré à l’issue du dépôt de candidature d’Abdelaziz Bouteflika au Conseil constitutionnel algérien : « Nous avons pris note de la candidature du président Bouteflika. Nous souhaitons que l’élection présidentielle se déroule dans de bonnes conditions. C’est au peuple algérien qu’il appartient de choisir ses dirigeants et de décider de son avenir ». Le mercredi 6 mars, lors de la séance hebdomadaire de questions au gouvernement, le ministre Jean-Yves le Drian s’est exprimé pour la première fois publiquement à ce propos : « La France est très attentive au déroulé de cette échéance électorale majeure ». Il déclare également que Paris respectera trois principes : « L’Algérie est un pays souverain. C’est au peuple algérien et à lui seul qu’il revient de choisir ses dirigeants et son avenir (…) L’Algérie est un pays ami auquel nous rattachent des liens multiples (…) L’Algérie est un pays clé en Afrique et en Méditerranée. C’est pour ça que la stabilité, la sécurité et le développement de l’Algérie sont tout à fait essentiels ». Enfin, interrogé par BFM TV mercredi 6 mars 2019 sur la prudence française face aux événements algériens, le Premier ministre Edouard Philippe s’est défendu : « Nous n’avons aucune indifférence mais nous ne voulons nous livrer à aucune ingérence ».

Parce qu’il concerne l’Algérie, le sujet est donc délicat pour la France qui se soucie, de manière discrète, de la tournure que prendront ces événements. Ainsi, Emmanuel Macron s’est entretenu au téléphone mardi 26 février avec l’ambassadeur de France à Alger, Xavier Driencourt. Le lendemain, ce dernier s’est rendu à Paris pour y rencontrer Jean-Yves le Drian.

 

Cinquième mandat : mobilisations en Algérie

Des Algériens protestant contre la candidature pour un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika.
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Le pouvoir algérien a annoncé la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à l’élection présidentielle du 19 avril prochain. Le Président, au pouvoir depuis 1999 et affaibli des suites d’un AVC survenu en 2013, est candidat à sa succession pour un cinquième mandat. Depuis l’annonce de sa candidature, le pays connait une vague de protestations.

Vendredi 22 février 2019, une marche lancée sur les réseaux sociaux, a rassemblé plusieurs milliers de personnes à travers le pays. Slogans anti-Bouteflika, pancartes avec un 5 barré, les manifestants ont protesté de manière pacifique réclamant pour certains un changement de régime. La révolte était perceptible dans ce pays en proie au chômage de masse où plus de 44% de la population a moins de 25 ans. Lundi 25 février, des avocats se sont joints au mouvement, en soutien au « peuple en colère » et ont appelé par la même au respect des libertés de manifestation et d’expression, garanties par la Constitution. Au tribunal de Sidi M’Hamed à Alger, ils ont affirmé leur refus « de voir piétinée » la Constitution. En effet, ils considèrent que la loi électorale est violée avec la représentation d’un candidat absent – le Président n’a plus été aperçu en public depuis plusieurs mois. Le lendemain, les étudiants se sont mobilisés à travers le pays, faisant face aux forces de l’ordre. Une semaine après le début des manifestations, les Algériens ont prévu, vendredi 1er mars, une mobilisation générale.

Ces protestations n’infléchissent pas la posture du gouvernement. Lundi 25 février, le Premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia s’est exprimé pour la première fois depuis le début des mobilisations. Devant le Parlement, il a mis en garde contre d’éventuels « dérapages » et a déclaré : « Chacun a le droit de défendre son candidat et d’être contre tout autre candidat mais les urnes trancheront de manière pacifique et civilisée ».

Face à ce mouvement qui reste à ce stade pacifique, les forces de l’ordre ont été mobilisées et les arrestations se sont multipliées. Le pouvoir craint visiblement que cette révolte prenne de l’ampleur et le déstabilise. De fait, malgré le caractère inédit de ces protestations, les médias nationaux n’ont que très peu couvert l’événement au départ. De plus, Internet qui a permis de mobiliser les foules, a été ralenti dans tout le pays. Pour Belkacem Mostefaoui, professeur à l’Ecole nationale supérieure de journalisme et des sciences de l’Information à Alger, cette situation lève le voile sur un système de « censure généralisée ».  Dimanche 24   février, les journalistes de la radio nationale algérienne ont dénoncé le « silence imposé ». Meriem Abdou, responsable d’une émission largement suivie, a démissionné, suivie par une dizaine de ses confrères.

Peu de journalistes étrangers sont présents dans le pays pour couvrir l’événement. Toutefois, les smartphones ont permis de capturer les images de la manifestation. Les Algériens, et notamment les jeunes, ont été très actifs sur les réseaux sociaux, tentant de faire écho aux révolutions tunisienne et égyptienne. En effet, la prépondérance des jeunes et la place accordée à Internet et aux réseaux sociaux rappellent les printemps arabes de 2011, période durant laquelle le Président algérien avait réussi à canaliser les revendications sociales à l’intérieur de son pays.

Pour la France, la situation en Algérie est toujours sensible, les deux pays entretenant une relation complexe et passionnelle. La déstabilisation du pays, le plus grand Etat d’Afrique et l’une des premières puissances militaires du continent, pourrait ainsi avoir des conséquences économiques, humaines et sécuritaires dans tous le Maghreb et en France.

La crise vénézuélienne : cristallisation des clivages du bassin méditerranéen

Nicolas MADURO, recevant son homologue turc Recep Tayyip ERDOGAN, à Caracas en décembre 2018.
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Le 23 janvier 2019, Juan GUAIDO, président social-démocrate de l’Assemblée nationale s’est autoproclamé Président par intérim de la République bolivarienne du Venezuela. Qualifiant le Président en place, Nicolas MADURO d’usurpateur, il conteste sa réélection et promet un « gouvernement de transition » et des « élections libres ». Depuis quelques semaines, le président autoproclamé de 35 ans tente de fédérer l’opposition aux dépens du régime chaviste.

Juan GUAIDO a reçu le soutien immédiat des Etats-Unis, du Canada et d’un grand nombre de pays d’Amérique latine. Le 4 février 2019, une déclaration conjointe déclare que 19 pays de l’Union européenne « reconnaissent et soutiennent M. Juan GUAIDO, président de l’Assemblée nationale démocratiquement élue, comme président par intérim du Venezuela, pour qu’il convoque des élections présidentielles libres, équitables et démocratiques ». Cette déclaration intervient après que les Etats européens ont demandé à Nicolas MADURO d’organiser une nouvelle élection présidentielle. Le Président en exercice, faisant fi de la fronde sociale et politique, n’a pas accepté d’organiser cette nouvelle élection.

La crise vénézuélienne s’étend au-delà des frontières du pays et devient un enjeu géopolitique. Le positionnement des Etats en faveur de l’un ou l’autre des deux camps illustre les jeux d’alliances et les clivages autour du bassin méditerranéen.

Emmanuel MACRON a pris position dans le dossier vénézuélien : « Les Vénézuéliens ont le droit de s’exprimer librement et démocratiquement. La France reconnait Juan GUAIDO comme président en charge pour mettre en œuvre un processus électoral ». Cependant, l’Union européenne est divisée : l’Italie, l’Irlande et la Grèce ont notamment bloqué l’adoption d’une déclaration commune de l’UE.

Le président MADURO est soutenu par Ankara et Téhéran, à l’instar de Pékin et de Moscou, l’un des principaux créanciers de Caracas. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri PESKOV, dénonce par ailleurs « l’ingérence » états-unienne et européenne dans les affaires du Venezuela. S’agissant de la Turquie, l’ensemble du spectre politique a affiché son soutien à Nicolas MADURO. Le 5 février, lors d’une réunion de son parti, l’AKP, Recep Tayyip ERDOGAN a partagé le point de vue russe concernant l’ingérence de la part des pays occidentaux dans les affaires intérieures de Caracas. Il a déclaré : « Maduro, mon frère, tiens bon. Nous sommes avec toi ! ». Le fossé se creuse entre la Turquie de Recep Tayyip ERDOGAN et ses « partenaires » de l’OTAN, le pays s’affranchissant davantage de ses alliances d’hier. Les liens entre les présidents turc et vénézuélien n’ont cessé de se renforcer ces dernières années et les visites diplomatiques se sont multipliées. Ankara est également devenue en 2018 le premier importateur d’or en provenance du Venezuela. Les deux chefs d’Etat partagent un même anti-américanisme et la vive prise de position turque exprime la peur qu’Ankara soit victime d’une tentative de déstabilisation semblable. Pays détenant les premières réserves pétrolières au monde, le Venezuela de MADURO a également reçu le soutien de l’Iran, les deux pays étant à l’origine de la création de l’OPEP. Les deux pays se rejoignent par la même dans leur idéologie prônée d’anti-impérialisme.

Concernant les pays arabes, le Maroc est le seul à s’être exprimé officiellement sur la question. Le royaume chérifien affiche son soutien à Juan GUAIDO, en réaction aux déclarations de ce dernier sur le Sahara occidental. Alors que le Venezuela a reconnu la République arabe sahraouie démocratique (RASD) en 1982 et que les deux pays ont rompu leurs liens diplomatiques, Juan GUAIDO se montre plus enclin à reconsidérer cette reconnaissance. Pour sa part, Alger s’est abstenu de tout commentaire. Les deux pays sont toutefois liés historiquement et comparés du fait de la ressemblance de leurs structures économiques. L’Algérie et le Venezuela de MADURO partagent aussi de nombreux points communs idéologiques. Quant aux Emirats arabes unis et à l’Arabie saoudite, ils sont pour leur part dans une situation d’attentisme. Si le ministère de l’Energie saoudien se dit rassuré, la crise vénézuélienne a commencé à influer sur le prix du baril de pétrole.

Enfin, les Nations Unies, pour préserver leur « crédibilité », ont décidé de ne participer à aucun des groupes de discussion et de ne pas prendre parti. Le Secrétaire général Antonio GUTERRES se dit tout de même disposé à aider les deux parties à « trouver une solution politique ».

Bouteflika : un cinquième mandat confirmé par son clan

Amara BENYOUNES, Ahmed OUYAHIA, Mouad BOUCHAREB et Amar GHOUL le 2 février à Alger.
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Samedi 2 février, à l’issue d’une réunion de l’Alliance présidentielle, les représentants des quatre partis de la coalition au pouvoir en Algérie – Mouad BOUCHAREB, coordinateur du Front de libération nationale, Ahmed OUYAHIA, secrétaire général du Rassemblement national démocratique et Premier ministre, Amara BENYOUNES, président du Mouvement populaire algérien (MPA) et Amar GHOUL, président de Tajamou’e El-Djazaïr (TJA) – ont apporté leur soutien officiel à un cinquième mandat du président Abdelaziz BOUTEFLIKA. Dans un communiqué conjoint, les quatre hommes déclarent : « Le moudjahid Abdelaziz BOUTEFLIKA sera notre candidat pour la présidentielle du 18 avril 2019, en signe de reconnaissance de ses choix éclairés et des acquis importants que l’Algérie a réalisés sous sa direction, et en soutien à son programme ambitieux de réformes et de développement pour une Algérie épanouie, unie, solide et réconciliée ».  Pressentie depuis quelques mois, cette candidature fait débat en raison de l’état de santé du Président.  Affaibli par un AVC survenu en 2013 qui l’a laissé lourdement handicapé, Abdelaziz BOUTEFLIKA n’a plus donné de discours en public et ses apparitions, en chaise roulante, se font rares. Son Premier ministre, Ahmed OUYAHIA a donc affirmé que le chef de l’Etat « n’animera pas, personnellement, sa campagne électorale ».

Au-delà de l’Alliance présidentielle pourtant, les soutiens en faveur du Président sont nombreux, écrit El Moudjahid. Ils émanent des syndicats, des organisations patronales ou des personnalités politiques qui considèrent que seul le Président en place est capable de mener à bien les réformes entamées.

A contrario, les voix dissidentes se multiplient. Plusieurs formations politiques de l’opposition ont annoncé qu’elles ne participeront pas à ce scrutin, à l’instar du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) qui dénonce une « mascarade » électorale. Le mouvement Mouwatana (Citoyenneté), créé en juin 2018 et composé d’intellectuels et d’hommes politiques, milite pour empêcher une nouvelle candidature et œuvre en faveur d’une transition démocratique. En effet, empêcher que le chef de l’Etat se représente revient à éviter un cinquième mandat, tant il parait impossible qu’il ne soit pas élu en cas de candidature. Le Front des forces socialistes (FFS) – plus vieux parti de l’opposition –  appelle quant à lui à « boycotter activement, massivement et pacifiquement » le scrutin.

La presse algérienne accuse également le coup. Pour le Matin d’Algérie,  un cinquième mandat est « sûrement la plus mauvaise des options qui s’offre au pays et à sa population ». Le journal, qui décrit le modeste bilan de BOUTEFLIKA en presque vingt ans de règne, considère cette décision comme « un passage en force » impopulaire. Alger serait perçue par ses voisins « comme une réelle menace pour la région » du fait de son « instabilité systémique causée par le régime liberticide ». D’ailleurs, le Premier ministre a fait savoir que les manifestations publiques en faveur du boycott seront interdites, le pouvoir ayant déjà « prouvé qu’il maitrisait la rue ». El Watan dénonce pour sa part l’ « élan d’absurdité stupéfiante » des partisans de la « continuité », cette dernière menant le pays « sur le chemin périlleux du statu quo ». L’« impensable », l’ « irréparable », l’ « invraisemblable » candidature du Président malade aura pour conséquence d’ « accélérer la désintégration nationale, d’accentuer les facteurs de dislocation sociale et de rendre irréversible l’effondrement de l’Etat ». Enfin, pour Tout sur l’Algérie, le boycott prôné par certains serait le « premier allié de BOUTEFLIKA », la population algérienne et notamment la jeunesse – majoritaire numériquement dans le pays –  s’étant désintéressée du fait politique.

Cette élection présidentielle illustre ainsi le non-renouvellement de la classe politique algérienne et exacerbe l’éloignement entre l’élite dirigeante et le peuple. La longévité du Président, malgré son état de santé préoccupant, s’explique par son passé : la génération des combattants de novembre 1954 monopolise le pouvoir depuis l’indépendance.

Les candidats ont jusqu’au 3 mars pour déposer leur candidature. S’il n’y a « aucun doute » selon Ahmed OUYAHIA, le président n’a officiellement pas fait part de ses intentions.