al-Sarraj

Libye : Salamé « persona non grata » pour l’ANL

Ghassan SALAME. Tous droits réservés.

L’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa HAFTAR a déclaré l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies et chef de la Mission de soutien aux Nations unies en Libye (MANUL), Ghassan SALAME, « persona non grata » dans son pays.

Depuis la chute du « Guide suprême de la Révolution », la Libye s’est installée dans un régime de transition permanente avec deux gouvernements, deux parlements et deux hommes forts. D’un côté, Fayez el-SARRAJ, à la tête du gouvernement d’entente nationale et de l’autre le maréchal Khalifa HAFTAR. Ce dernier, à la tête de l’ANL, qui n’est ni une armée ni nationale, est surnommé l’homme fort de Cyrénaïque. Les deux hommes peinent à s’entendre mais ont convenu lors de la conférence de Palerme en novembre dernier de la tenue d’une conférence nationale, appuyée par les Nations unies.

Depuis 2011 et les débuts de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL), cinq représentants spéciaux se sont succédé. Depuis sa nomination, Ghassan SALAME tente de bousculer le statu quo dans ce pays où la crise politique s’est conjuguée à une crise économique et sécuritaire. Malgré les efforts entrepris par le représentant spécial et la MANUL, des combats se déroulent régulièrement en Libye entre factions rivales, dont l’ANL, qui mène également des opérations militaires dans le sud-ouest du pays.

Le 28 janvier 2019, Ahmad al-MISMARI, porte-parole de l’ANL, a déclaré Ghassan SALAME comme indésirable dans son pays. L’émissaire du secrétaire général de l’ONU fait en effet l’objet de critiques de la part des représentants de l’est libyen qui le décrivent comme un « opposant ». Ghassan SALAME est accusé de soutenir une partie des Libyens au détriment des autres, d’être incapable de ramener la paix, d’être à la fois juge et partie et enfin de prendre la défense des islamistes. Aguila SALEH, président du Parlement libyen qui siège à Tobrouk – en opposition avec le gouvernement de SARRAJ de Tripoli – l’accuse de s’être rangé du côté du Conseil présidentiel et du gouvernement d’entente nationale.

Toutefois, le 13 janvier 2019, l’émissaire s’était déjà défendu : « Nous sommes en Libye pour servir la population libyenne, pas les politiciens ». Le 18 janvier dernier, devant le Conseil de sécurité, Ghassan SALAME a déclaré que les acquis restaient « fragiles et réversibles » et fait la promotion de l’organisation d’une Conférence nationale qui permettrait d’ouvrir la voie à la tenue d’élections présidentielles. La réconciliation nationale escomptée est selon lui « un grand mot et un bel objectif » mais inadaptée à la situation du pays où le véritable enjeu consiste à « libérer les institutions pour que la volonté puisse s’exprimer ». Il considère en effet que la crise libyenne est due à la rivalité pour le contrôle des richesses nationales, notamment le pétrole. La conquête du sud par l’ANL en est une illustration. Quelques jours plus tard, il a estimé que ses déclarations ont été mal interprétées. Tandis que l’envoyé spécial se défend d’être « le premier à vouloir organiser ces élections », la date de ces dernières ne cesse d’être reculée, venant compliquer la mission de Ghassan Salamé.

La Libye est de plus en plus le théâtre de jeu des puissances étrangères qui soutiennent l’un ou l’autre camp. En Europe, Rome et Paris se disputent également le parrainage du processus de réconciliation.

La conférence de Palerme : un bilan mitigé

De gauche à droite : le président du Conseil d’Etat en Libye, Khaled al-Mechri, le président du Conseil italien Giuseppe Conte, l’émissaire de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, le 13 novembre à Palerme.
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La conférence de Palerme s’est tenue les 12 et 1novembre 2018. Organisée par l’Italie pour régler la situation en Libye, elle a réuni 38 délégations. Parmi les pays représentés, figurent les Etats voisins et acteurs du dossier libyen, principalement d’Afrique. Ghassan SALAME, émissaire du secrétaire général de l’ONU pour la Libye, était présent, tout comme la représentante de l’Union africaine pour la Libye, Wahida AYARI. Jean-Yves le DRIAN s’est rendu à Palerme le mardi 13 novembrele ministère de l’Europe et des affaires étrangères souhaitant « le succès de cette conférence (…) organisée dans le prolongement de la conférence de Paris du 29 mai ».

La rencontre s’est achevée mardi 13 novembre au soir par un bilan mitigé, lconférence n’ayant abordé aucune des véritables questions de fond.

La venue du maréchal Khalifa HAFTAR a monopolisé toutes les discussions. Reçu par le président du conseil italien Giuseppe CONTE le mois dernier, il avait confirmé sa présence à la conférence. Pourtant, l’homme fort de l’est libyen, chef autoproclamé de l’Armée nationale libyenne et rival du chef de gouvernement d’accord national Faïez al-SARRAJ, n’est arrivé que lundi 12 novembre au soir, laissant les spéculations autour sa venue se multiplier. Avec son attitude, le maréchal HAFTAR envoie un message à Rome, qu’il juge trop proche du gouvernement tripolitain d’al-SARRAJ. S’il a boycotté la première journée, il a accepté mardi matin, de retrouver plusieurs pays actifs dans le dossier libyen (dont l’Egypte, la Russie, l’Algérie, la Tunisie et la France) lors d’une réunion en marge de la conférence.

L’autre événement marquant est le départ de la Turquie. Exclu de la réunion informelle du mardi matin, le pays représenté par son vice-président Fuat OKTAY, s’est déclaré « profondément déçu ». Pour la Turquie, toute réunion sans sa participation serait « contre-productive pour régler le problème ». Ankara déplore les actions de certains Etats qui « continuent de détourner le processus libyen au profit de leurs propres intérêts ».

Durant la conférence de presse finale, Giuseppe CONTE souligne le bon déroulement de la réunion, tous les protagonistes importants en Libye étant présents. D’ailleurs, les deux leaders libyens se sont rencontrés brièvement en marge de la conférence et se sont symboliquement serré la mainToutefois, le président du conseil des ministres italiens a tout de même déclaré : « Nous n’avons jamais eu la prétention de fournir à travers cette conférence, la solution à la crise libyenne ». En effet, la rencontre n’a débouché sur aucune avancée significative. L’Italie souhaitait pourtant faire de cette conférence son grand rendez-vous diplomatique. En rivalité avec la France sur le dossier libyen qui espérait des élections à la fin de l’année 2018, l’Italie a tenté depuis de reprendre la main depuis l’échec de la proposition d’Emmanuel MACRON, jugée « intenable » pour la plupart des observateurs. 

Le nouvel élan au processus politique espéré par Rome n’a pas obtenu l’effet escompté. Avec sa portée symbolique, cette conférence de Palerme entretient toutefois l’espoir de la tenue d’élections générales au printemps 2019, à la suite d’une Conférence nationale organisée par la Libye dans les premières semaines de 2019, annoncée dans le plan d’action présenté le 8 novembre par Ghassan SALAME.