Soudan : la colère gronde autour du prix du pain

 

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Le président  soudanais Omar el-BECHIR. Tous droits réservés.

Depuis plus d’un mois, un mouvement de colère sévit au Soudan. Initiées le 19 décembre contre la flambée du prix du pain, les manifestations réclament actuellement le départ du président Omar el-BECHIR, au pouvoir depuis 30 ans.

Les soulèvements ont débuté à Atbara. Au nord-est du Soudan, cette ville est connue pour être un lieu phare des activités antigouvernementales. Face au mouvement, les autorités ont rapidement réprimé les manifestations et ont déclaré l’état d’urgence dans la ville. Toutefois, la révolte s’est diffusée à travers le pays. Il s’agit de l’un des événements les plus graves depuis le début du règne du Président. Pour l’analyste politique soudanais Mohammad OSMAN : « ce ne sont plus des manifestations. C’est presque une révolution à part entière ». Cette vive réaction du peuple soudanais illustre la crise économique profonde que connait le pays depuis la sécession du Sud après un référendum en 2011. Cette indépendance a privé Khartoum des trois quarts de ses réserves de pétrole et a engendré une inflation de près de 70%. Les manifestants accusent le président d’être responsable de cette scission.

A mesure que la colère gronde, le gouvernement exerce une répression. Omar el-BECHIR est le chef du parti du Mouvement islamique et son idéologie rejoint celle des Frères musulmans. Depuis son arrivée au pouvoir, il a décerné les postes clés de l’armée et de la sécurité du pays à des membres issus de son parti. Face aux vagues de protestations sans précédent, le président Omar el-BECHIR a assuré lundi 14 janvier 2019 à Niyala, capitale du Darfour-Sud, que ces « manifestations ne conduiront pas à un changement de pouvoir ». Le président, âgé de 75 ans et dont une troisième candidature à l’élection présidentielle est pressentie, enjoint le peuple soudanais à patienter jusqu’aux élections : « Il y a une seule voie vers le pouvoir, et c’est celle des urnes. Le peuple soudanais décidera en 2020 qui doit les gouverner ». Cette déclaration apparait ironique puisque le président a pris le pouvoir à l’issue d’un coup d’Etat en 1989. Pourtant, pour pouvoir se représenter, il devra modifier la Constitution soudanaise. L’opposition politique du pays rejoint le rang des manifestants, dirigé principalement par un groupe appelé l’Association des professionnels soudanais.

Depuis le mois de décembre 2018 et selon les autorités, au moins 24 personnes auraient perdu la vie et des centaines de Soudanais seraient blessés. A contrario, les activistes estiment le nombre de morts à 40. Selon le ministre de l’Intérieur, Ahmed BILAL OSMANE, « le nombre total de manifestants arrêtés jusqu’à maintenant est de 816 » au 7 janvier.

La question du Soudan inquiète la communauté internationale. Si Khartoum a été pendant longtemps isolé du fait des sanctions économiques et commerciales imposées par Washington, le président soudanais cherche à améliorer ses relations avec les Etats-Unis depuis la levée des sanctions en 2017. Dans le même temps, le pays s’est rapproché de Moscou. La colère populaire dans le pays suscite par la même l’inquiétude des pays arabes, en premier lieu l’Arabie Saoudite. Déjà, en 2011, Riyad a tenté de freiner la chute des clans MOUBARAK et BEN ALI de peur de subir le même sort. Les journaux saoudiens retranscrivent ce point de vue, à l’instar The Arab Times qui met en garde les Soudanais contre « le vent toxique des printemps arabes » et écrit : « Quand un pays se soulève après avoir été appâté par des politiciens et que le régime légitime s’écroule, c’est tout le pays qui va sombrer dans le chaos ». De plus, Khartoum est un acteur clé dans la Corne de l’Afrique et son implantation géographique fait de lui une voie de transit pour les migrants africains désireux de rejoindre l’Europe par la Méditerranée.

De fait, ce qui a commencé comme une protestation autour des conditions de vie s’est muée en une véritable manifestation contre le régime en place. Cet événement fait naturellement écho aux révoltes connues dans la région il y a huit ans.