Russie, Iran, Turquie, la nouvelle Triple Alliance

Vladimir Poutine a réuni le 22 novembre 2017 ses alter-ego turc et iranien pour évoquer l’avenir de la Syrie. Les trois présidents ont renouvelé leur engagement de rétablir la paix et la sécurité dans ce pays, tout en préservant sa souveraineté, son unité et son intégrité territoriale. Ils se sont également félicités de la réduction du niveau de violence sur le territoire permettant le retour des réfugiés et des déplacés.

Le président russe a annoncé la création du « Congrès du Dialogue National Syrien », forum inclusif regroupant tous les représentants de la société syrienne, qui se réunira dans un premier temps à Sotchi, sur les bords de la Mer noire. Les représentants du régime de Bachar el-Assad doivent y retrouver les représentants de l’opposition[1] comme ceux de tous les groupes ethniques et religieux peuplant la Syrie afin de parvenir à la rédaction d’une nouvelle Constitution et à l’organisation d’élections tenus sous l’égide des Nations-Unies, conformément à la « feuille de route » adoptée par le Conseil de sécurité le 18 décembre 2015.

Dans son intervention, Hassan Rouhani a affirmé que le terrorisme était une menace pour toutes les nations, observant que Daesh s’était retourné contre ceux qui l’avaient aidé à naitre, visant ainsi sans la nommer l’Arabie Saoudite. Illustration de l’excellente coopération existant entre Moscou et Téhéran, Vladimir Poutine s’était rendu récemment en Iran, rencontrant à cette occasion le « guide suprême » Ali Khamenei.

Intervenant en dernier, le Président turc a confirmé les propos de ses deux collègues tout en laissant planer l’ambiguïté sur le « gang couvert de sang » coupable de vouloir attenter à l’intégrité territoriale de la Syrie. A l’évidence, Recep Erdoğan visait le PYD (Partiya Yekîtiya Demokrat), considéré comme la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), ce que reflète le titre de son intervention rapportée par le site officiel de la Présidence turque. Les relations russo-turques se sont très nettement améliorées depuis la destruction d’un Sukhoï-24 par un F-16 turc le 24 novembre 2015, comme l’avaient souligné les deux leaders le 13 novembre 2017.

Deux jours auparavant, Bashar el-Assad avait également été reçu à Sotchi, où il avait pu remercier les chefs militaires de la Russie pour l’intervention qui a permis de sauver son régime. Il avait à cette occasion confirmé sa volonté de soutenir une réforme constitutionnelle et d’organiser des élections présidentielles et parlementaires.

Le rôle déterminant de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis dans la chute de Raqqa et la conquête de la rive gauche de l’Euphrate n’a pas été évoqué, alors que les Forces démocratiques syriennes poursuivent le transfert de responsabilité de la région aux forces locales et que les deux Présidents russe et américains avaient diffusé le 11 novembre un communiqué commun se félicitant de la coopération qui avait permis de porter un coup décisif aux forces de l’Etat islamique en Irak et au Levant.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie de l’Institut FMES

Vers le communiqué conjoint (en anglais) =>

[1] Le communiqué final de « la coalition nationale de l’opposition et de la révolution syrienne », réunie à Riyadh les 22 et 23 novembre 2017, ne mentionne pas la réunion de Sotchi ni le Congrès du Dialogue National Syrien » mais réclame le départ de Bashar el-Assad et de « sa clique » en préalable à la phase de transition.