Migrants : Malte et Commission européenne annoncent un accord « global »

A bord du Sea-Watch 3, le 24 décembre 2018.
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Au large de la Libye, deux ONG allemandes ont secouru 32 personnes le 22 décembre 2018 et 17 le 29 décembre. Parmi elles, des migrants originaires principalement d’Afrique subsaharienne, de Libye et d’Egypte, dont des mineurs. Depuis leur sauvetage, ces migrants étaient bloqués à bord des Sea-Watch 3 et Professor-Albrecht Penck. Dans l’attente qu’un port sûr puisse leur ouvrir ses portes et face au refus de l’Italie, de l’Espagne et de Malte, la situation s’est dégradée à bord de ces deux navires. Après presque 19 jours de discussions et négociations, le plus long délai connu concernant ce domaine, l’Union européenne est parvenue à un accord pour la répartition des personnes secourues qui sont autorisées à débarquer à La Valette.

A l’issue de longues négociations, Malte a obtenu un accord global comprenant en sus les 249 migrants présents sur l’île et sauvés par ses garde-côtes au début du mois de décembre 2018. Ainsi, 224 migrants seront répartis dans 9 pays. 44 d’entre eux seront renvoyés dans leur pays d’origine, le Bangladesh. Alors que la France et l’Allemagne en accueilleront 60, l’Italie, dont le gouvernement et plus particulièrement le ministre de l’intérieur Matteo SALVINI, affiche ouvertement une ligne ferme en terme de politique migratoire, en accueillera tout de même quinze. Le Portugal, l’Irlande, la Roumanie, le duché du Luxembourg et les Pays-Bas constituent les autres pays d’accueil.

Dans sa déclaration du 9 janvier, le Premier ministre maltais rappelle que « Malte est une nouvelle fois appelée à assumer des responsabilités qui vont bien au-delà de ses attributions ». Joseph MUSCAT considère « très rassurant que la Commission européenne comprenne les préoccupations de ses Etats-membres et intervienne pour apporter une assistance indispensable ». Toutefois, face au nombreux refus, La Valette estime qu’un mécanisme de solidarité ad hoc n’est pas logique et appelle les Etats-membres et les ONG à « suivre les règles appropriées plutôt que d’agir de leur propre chef et d’attendre ensuite que les autres résolvent les problèmes qu’ils créent ». Le commissaire européen Dimitris AVRAMOPOULOS, déclare le 9 janvier 2019 qu’« avoir 49 personnes sur des bateaux en mer pendant près de 3 semaines n’est pas ce que l’Union européenne défend. L’UE repose sur les valeurs humaines et la solidarité. Et si les valeurs humaines et la solidarité ne sont pas respectées, ce n’est pas l’Europe ». En soulignant les difficultés de coordination subies par la Commission européenne dans cette affaire et en félicitant le rôle de Malte, il se dit « très heureux » des efforts qui ont abouti à des résultats et soutient la mission ardue de l’UE en matière de politique migratoire.

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés félicite les autorités maltaises, les huit Etats européens pour leur décision et la Commission européenne « pour son rôle de coordination de la réponse des Etats-membres ». Le HCR souligne toutefois la longue période de recherche qu’elle juge « inacceptable ». Filippo GRANDI, Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés déclare : « L’impératif de sauver des vies doit rester prioritaire par rapport à la politique et ne peut être une responsabilité négociée au cas par cas ».

En 2018, 116 674 personnes sont arrivées en Europe par la mer Méditerranée, un chiffre important mais le plus bas depuis 2014. Toutefois, la crise migratoire engendre une vive réaction de l’opinion publique européenne et de plusieurs gouvernements. Le manque de consensus à l’échelle européenne en terme de politique d’asile engendre des décisions ad hoc déplorées par l’UE, les Nations Unies et les Etats-membres. De fait, les tentatives pour mettre en place un mécanisme collectif pour le débarquement des personnes secourues en mer Méditerranée restent complexes.