Mali : les conflits interethniques se multiplient

 

Le village de Sobane dans le centre du Mali, le 11 juin 2019. Tous droits réservés.

Dimanche 10 juin, un massacre visant des civils au Mali aurait causé la mort d’au moins 95 personnes selon un bilan provisoire. Il s’agit principalement de Dogon, habitants du village de Sobane, dans la région de Mopti au centre du pays. Toutefois, mardi 11 juin, le bilan a été revu à la baisse à l’issue d’une mission d’enquête. Selon le gouvernement, 35 personnes dont 24 enfants ont en réalité perdu la vie. En sus d’avoir causé la mort d’une trentaine de personnes, les assaillants – dont 6 ont été interpellés, 2 d’entre eux par la MINUSMA – ont procédé à de multiples incendies.

Le dossier malien est devenu un sujet de préoccupation majeure avec la multiplication des massacres intercommunautaires. La vague de meurtres s’étant déroulée le 10 juin contre les Dogon – dans une région particulièrement touristique – se rapproche de celle du 23 mars dernier à Ogossagou à l’encontre des Peuls.

La situation brûlante suscite l’inquiétude de la population. Le blogueur malien Adam Thiam déplore « une morgue à ciel ouvert » dans cette région du monde « qui brûle ». Le gouvernement s’inquiète également à juste titre de l’escalade des tensions. Le Premier ministre Boubou Cissé a déclaré : « Toutes ces victimes de l’horreur et de la barbarie nous rappellent la responsabilité qui nous incombe, en tant que dirigeants, de renforcer et d’accélérer les efforts sécuritaires, économiques et politiques entrepris en faveur de la paix et de la réconciliation. » Sur le même ton, le président Ibrahim Boubacar Keïta a dénoncé à la télévision nationale « un carnage » et a appelé à des « retrouvailles » qui « seules vont nous permettre de rebondir et permettre à notre nation de survivre ».

Toutefois, si plusieurs habitants de Sobane ont imputé l’attaque à des Peuls originaires de villages voisins et appartenant à des groupes djihadistes, la situation malienne ne s’explique pas seulement par des considérations communautaires. Il ne faudrait en effet pas omettre la capacité de nuisance des djihadistes dans la région, qui tirent profit des tensions en tentant de recruter des Peuls dans leurs groupes. Ils favorisent alors les stéréotypes autour de la violence concernant ce groupe ethnique.

La question malienne s’étend en dehors des frontières du pays et préoccupe la communauté internationale. Lundi 11 juin 2019, le Secrétaire général des Nations unies et la Mission des Nations unies au Mali (MINUSMA) ont « vivement condamné » le massacre. Tandis que le chef de la MINUSMA Mahamat Saleh Annadif a appelé à « un sursaut national », Antonio Guterres s’est dit « outré » et appelle les autorités maliennes « à enquêter rapidement (…) et à traduire les responsables en justice ». Alors que la situation est à déplorer dans le pays, la MINUSMA pour qui « le seuil de l’intolérable est atteint » est amenée à prendre « toute sa part de responsabilité ». La veille, la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini s’est exprimée sur les massacres au Mali et au Burkina Faso : «ces exactions contre des populations peuvent constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ». L’UE affiche son soutien à ces pays du Sahel pour « contribuer à la paix, la sécurité et la satisfaction des besoins des populations ». Quant à la France, le ministère des Affaires étrangères « condamne avec la plus grande fermeté les violences d’une ampleur particulièrement préoccupante ».

Le massacre de Sobane a conduit le pays à décréter un deuil national de 3 jours en hommage aux victimes et à émettre ses premières sanctions. L’une d’entre elles concerne la révocation du gouverneur de la région de Mopti, en tant que représentant exécutif.

Le Mali connait actuellement l’un des pires conflits ethniques de la planète. La série d’événements tragiques perce à jour l’incapacité des forces armées maliennes à protéger leurs ressortissants et accroit le ressentiment des Maliens envers les forces étrangères présentes sur le pays, en particulier la MINUSMA. Pourtant, face à la demande du ministre malien des Affaires étrangères d’une présence renforcée de l’ONU dans le centre du pays, la communauté onusienne considère que la MINUSMA ne peut être une force d’interposition et que la sécurité intérieure du pays incombe en premier lieu aux forces maliennes.