Les marins de la Grande Guerre, un devoir de mémoire

Sous marin de haute mer Dupuy de Lôme, entré en service le 22 juillet 1916.
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La Grande Guerre a bouleversé le monde par la violence des combats et le courage de ses poilus. Des batailles particulièrement terribles se sont déroulées marquant à tout jamais la communauté internationale. Si les opérations terrestres sont abondamment décrites, le combat naval est peu évoqué. Et pourtant, en relevant des défis majeurs, le courage des marins français et alliés a contribué à l’issue favorable de ce conflit.  

Une stratégie navale initiale des Alliés inadaptée

Au début du XXème siècle, la marine française est peu préparée à un conflit majeur de longue durée.  Elle est d’ailleurs en perte de vitesse au sein des grandes nations navales. En effet, des dissensions politiques au sein du gouvernement, des difficultés d’approvisionnements des arsenaux d’Etat et un retard technologique contribuent à déprécier sa valeur opérationnelle. 

Au-delà de ces aspects à la fois politiques et techniquesla stratégie navale française – comme celle de ses alliés – vise la destruction des marines ennemies lors d’une bataille décisive dans une guerre de courte durée. Cette sorte de guerre d’escadre recherchant la maîtrise de la mer installe ainsi la confusion dès le début du conflit.En effet, rien ne se passe comme prévu. Le conflit s’oriente vers une guerre longue de position et le seul grand combat naval, la bataille du Jutland s’est déroulé entre les flottes britannique et allemande le 31 mai 1916, en l’absence de la flotte française. 

Cet engagement ne fut pas décisif pour la maîtrise des mers mais il a surtout contribué à ce que la marine allemande renonce à la haute mer. Il a toutefois fallu se rendre à l’évidence : sur le plan stratégique,  l’enjeu n’est pas la destruction peu probable de la flotte de surface allemande, mais la protection et le contrôle des routes maritimes. En effet, celles-ci sont essentiellepour le commerce des alliés et l’acheminement de leurs renforts. En outre, la mise en œuvre d’un blocus naval permet d’asphyxier l’Allemagne en tarissant ses échanges commerciaux. Enfin, le sectionnement par les britanniques des câbles sous-marins allemands coupe les réseaux de communication entre les grands centres décisionnels et financiers allemands, instaurant ainsi une guerre économique sans précédent.

Guerre sous-marine allemande à outrance

En réaction, les Allemands mettent en place un contre blocus basé sur la guerre sous-marine à outrances 1915, ils disposent d’une flotte imposante de U-boot et coulent un million de tonnes de navires alliés alors que la construction navale britannique ne peut produire que 650 000 tonnes de bâtiments neufs par anDans un premier temps, les Alliés sont impuissants face à cette nouvelle stratégie allemande. Une première réponse consistant à patrouiller le long des routes de transit ne donne pas le résultat escompté. En 1917, les Allemands accroissent encore leur flotte sous-marine, torpillent de plus en plus de navires alliés et réduisent leur approvisionnement énergétique. L’une des opérations les plus dramatiques fut celle du paquebot Lusitania, torpillé le 7 mai 1915 et faisant 1198 victimes. Mais elle fut également le tournant de la guerre avec l’entrée des Etats-Unis au côté des Alliés. Desserrer l’étau sous-marin allemand devient alors crucial

Le sacrifice des marins déterminant pour la victoire finale

La mise en place de la nouvelle stratégie des convois permet d’inverser le cours de l’histoire. De réels progrès sont aussi réalisés en matière de lutte anti-sous-marine. De nouveaux équipements donnent la supériorité opérationnelle aux Alliés et leur permettent de sauvegarder leurs flux d’approvisionnements.

Chargée de la maîtrise de la Méditerranée, la flotte française est confrontée à la marine austro-hongroise qu’elle enferme en Adriatique, en mettant en place un blocus, évitant ainsi un conflit frontal. La marine française peut alors assurer la protection des convois, notamment le transport des troupes d’Afrique du Nord, en contrôlant les routes maritimes ainsi que les ports de Toulon et Marseille. Ce sont 800 000 soldats en provenance de l’Empire français qui débarquent ainsi dans ces deux ports. Par l’Atlantique et la Manche, deux millions de soldats américains arrivent sur le sol français sous la protection des marines britanniques, américaines…

La victoire sur mer permettant la suprématie économique et militaire des Alliés,  les jeux sont désormais faits et la victoire n’est plus qu’une question de temps ; le 11 novembre 1918 est sonnée la fin des combats. Les actions de blocus maritime se poursuivront pourtant jusqu’au traité de paix signé le 28 juin 1919 à Versailles mettant ainsi un terme définitif à la guerre.

Au bilan, la mer aura été un facteur décisif de la victoire finaleAlors que dix départements français étaient occupés, les composantes navales ont pu maintenir les échanges commerciaux des alliés, asphyxier l’économie allemande et assurer le transport des troupes. Ainsi, l’adage « qui contrôle la mer, contrôle le commerce » était encore tout à fait pertinent pendant la Grande Guerre. 

Mais si les marins disparus en mer, privés de sépulture, se voient moins qu’à terre, le tribut payé par les marins n’aura pas été négligeable ni les conditions de combat en mer beaucoup plus enviables que celles à terre. 20 000 marins français auront perdu la vie dont 11 500 en mer pendant ces cinq années de conflit86 000 marins alliés militaires et de la flotte de commerce ont péri dans 5000 naufrages. Côté allemand, sur les 13 000 sous mariniers engagés, 6000 auront péri en mer, soit presque la moitié. Cependant, une différence fondamentale avec les poilus, la guerre en mer fit relativement peu de blessés et de « gueules cassées » car en mer, on meurt ou on survit sans vraiment de stade intermédiaire.

Un siècle plus tard, notre dépendance économique visàvis du maritime n’a fait que croître : 90% du commerce mondial s’effectue par voie maritime et 90% des échanges numériques transitent par câbles sous-marins

Le Bouvet, cuirassé français coulé par une mine le 18 mars 1915 durant la bataille des Dardanelles. En moins d’une minute seulement, le cuirassé coulait, emportant avec lui la plus grande partie de ses quelque 700 hommes d’équipage.
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