Les Etats-Unis au Moyen-Orient, une « force pour le bien »

 

Le secrétaire d’Etat américain Mike POMPEO à la conférence de presse au Caire jeudi 10 janvier.
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En tournée au Moyen-Orient, le secrétaire d’Etat américain Mike POMPEO s’est rendu au Caire le jeudi 10 janvier 2019. Depuis l’annonce du président Donald TRUMP de retirer ses troupes de Syrie ayant fait l’effet d’une bombe, plusieurs hommes politiques du pays en visite dans la région, espèrent rectifier le tir et rassurer les pays alliés. Dans l’université américaine de la capitale égyptienne et environ 10 ans après le célèbre discours de Barack OBAMA dans la même ville, le secrétaire d’Etat américain annonce « un réel nouveau départ » des Etats-Unis avec ses alliés au Moyen-Orient.

Le 4 juin 2009, dans un contexte post-attentats du 11 septembre ayant donné lieu à la présence américaine en Afghanistan et en Irak, Barack OBAMA s’est adressé au monde musulman afin de dissiper la méfiance de la région envers Washington. Ses paroles avait alors suscité un grand engouement. Pourtant, la paix escomptée n’avait pas eu lieu et la timidité de l’administration OBAMA a souvent été reprochée, notamment lors des printemps arabes. Mike POMPEO déplore que les Etats-Unis « ami de longue date » de l’Egypte étaient absents durant cette période, par la faute de « dirigeants qui ont mal interprété notre histoire et le moment historique pour l’Egypte (…) Les résultats de ces erreurs de jugement ont été désastreux ». Parmi les conséquences, se trouvent entre autres « la ténacité et la méchanceté de l’islamisme radical ». Sans jamais citer l’ancien président américain, son allocution est l’occasion pour le chef de la diplomatie américaine de fustiger l’administration OBAMA au profit de la nouvelle doctrine du président américain Donald TRUMP.

Mike POMPEO appelle à une union rassemblant Israël et les principaux pays sunnites de la région face à la République islamique d’Iran qu’il considère coupable d’étendre « son influence cancéreuse au Yémen, en Irak, en Syrie et plus loin encore, au Liban ». L’administration TRUMP, après s’être retirée de l’accord de Vienne en rétablissant les sanctions à l’encontre de l’Iran, fait de la lutte contre ce pays une véritable priorité et entend « contrecarrer son agenda révolutionnaire » qui, selon Mike POMPEO, s’étend au-delà des frontières moyen-orientales. Il condamne l’ancienne politique de Barak OBAMA qui s’était adressé aux peuples plutôt qu’aux nations et qui a conduit le pays à conclure avec Téhéran un accord, alors même qu’il représente un ennemi commun pour les Etats-Unis et l’Egypte. Mike POMPEO affirme : « La bonne nouvelle, c’est que l’ère de l’auto-flagellation américaine est terminée, tout comme ces politiques qui ont engendré tant de souffrances inutiles. Maintenant vient le vrai nouveau départ. En moins de 24 mois, les Etats-Unis, sous le président TRUMP ont réaffirmé leur traditionnel rôle de force du bien dans la région. » Face aux accusations de désintérêt américain, il rappelle le rôle de « force libératrice » inégalable incarné par Washington au cours de l’histoire dans les domaines économiques et militaires : « Est-ce que les Russes ou les Chinois viendraient à votre secours de la même manière que nous l’avons fait ? ».

Le secrétaire d’Etat américain n’a pas fait des droits de l’homme le cœur de son discours. A contrario, il a rendu hommage au président égyptien Abdel Fatah AL-SISSI pour ses « efforts pour promouvoir la liberté religieuse », l’érigeant en « exemple pour tous les dirigeants et tous les peuples du Moyen-Orient », en dépit des accusations de répression dont il fait l’objet. Et, face aux doutes autour des conséquences du retrait des troupes américaines de Syrie, Mike POMPEO se veut rassurant : « Soyons clairs : les Etats-Unis ne se retireront pas avant la fin de la lutte contre le terrorisme ».

Le virage de politique étrangère assumé de l’administration TRUMP par la voix de Mike POMPEO suscite de nombreuses critiques. Sans surprise Javad ZARIF, ministre des Affaire étrangères iranien s’est exprimé sur Twitter : « Chaque fois que les Etats-Unis s’immiscent, le chaos, la répression et le ressentiment suivent (…). Il vaut mieux pour les Etats-Unis qu’ils surmontent la perte de l’Iran ». Quant à Martin INDYK, ancien ambassadeur des Etats-Unis en Israël et Envoyé spécial d’OBAMA au Moyen-Orient, il estime le discours de POMPEO comme « une attaque sans vergogne d’un secrétaire d’Etat en exercice contre un ancien président américain devant un public étranger », révélateur d’un « fossé lamentable entre les promesses de TRUMP et les moyens qu’il utilise pour les réaliser ». Selon lui, TRUMP réalise la même erreur que son prédécesseur il y a 10 ans dans son discours du Caire.