Le Haut-Karabagh, un « conflit gelé » oublié

Les représentants de l’OSCE, du Groupe de Minsk, d’Arménie et d’Azerbaïdjan. A Paris, le 16 janvier 2019. Tous droits réservés.

Le 16 janvier 2019, la France a accueilli des consultations ministérielles entre Azerbaïdjan et Arménie sur le conflit non-résolu du Haut-Karabagh. Il s’agit de la quatrième réunion entre les deux pays depuis la « révolution de velours » du printemps 2018 qui a engendré un changement de gouvernement en Arménie.

Le Haut-Karabagh est un territoire enclavé. Région peuplée majoritairement d’Arméniens, elle appartient officiellement à l’Azerbaïdjan, malgré sa proclamation d’indépendance en 1991 à la chute de l’Union soviétique. Le cessez-le-feu signé en mai 1994 entre les trois parties – Arménie, Azerbaïdjan et Haut Karabagh – n’a pas débouché sur un règlement politique, conduisant à une impasse diplomatique.

De type « 3+2 », cette rencontre a réuni d’une part le représentant de l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) et le Groupe de Minsk – où la France, la Russie et les Etats-Unis se partagent la co-présidence. D’autre part, Elmar MAMMADYAROV, ministre des Affaires étrangères de l’Azerbaïdjan et Zohrab MNATSAKNYAN, ministre des Affaires étrangères par intérim d’Arménie étaient présents. Le groupe de Minsk, créée en 1992 à l’initiative de l’OSCE, est l’organe international chargé de faciliter les négociations entre les deux parties.

Les ministres se sont accordés sur la « nécessité de prendre des mesures concrètes pour préparer leurs populations à la paix » et de discuter d’une coopération économique. Les coprésidents du groupe de Minsk de l’OSCE – Igor POPOV pour la Russie, Stéphane VISCONTI pour la France et Andrew SCHOFER pour les États-Unis – ont publié une déclaration à l’issue de la rencontre. Alors que « les participants ont remercié les ministres des efforts constants déployés par les parties pour maintenir un environnement propice à des négociations intensives axées sur les résultats », ils annoncent que « les ministres ont examiné un large éventail de questions liées au règlement du conflit du Haut-Karabagh et ont convenu de la nécessité de prendre des mesures concrètes pour préparer les populations à la paix ».

Jean-Baptiste LEMOYNE, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a « salué les résultats de ces consultations qui ont permis de poursuivre le dialogue constructif engagé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ». Avec ses partenaires russe et américain, la France assure qu’elle « continuera à jouer pleinement son rôle de médiateur impartial en vue de parvenir à une solution négociée à ce conflit et ce, au bénéfice de la stabilité et de la prospérité de la région ». Quant au Groupe de Minsk, il prévoit de rencontrer les dirigeants arméniens et azerbaïdjanais et espère un sommet destiné à « donner une impulsion forte à la dynamique des négociations ». Il souligne également « l’importance d’éventuelles initiatives mutuellement bénéfiques conçues pour exploiter le potentiel économique de la région ».

Le dossier du Haut-Karabagh cristallise les tensions et les jeux d’alliances. La Russie entretient un rôle ambigu : historiquement proche de l’Arménie, elle a vendu des armes à l’Azerbaïdjan. La Turquie est l’alliée de l’Azerbaïdjan, dans une logique de panturquisme, d’hostilité à l’Arménie et de concurrence avec l’Iran. Téhéran soutient l’Arménie, en raison notamment des difficultés que le pays entretient avec sa propre minorité azérie. Israël, à l’instar de la Turquie, est pour sa part, un soutien à l’Azerbaïdjan, en réaction aux liens entre l’Iran et l’Arménie.