La liberté de navigation, un thème récurrent du 2019 Shangri-La Dialogue

 

La ministre française des Armées, Florence Parly. Tous droits réservés.

Organisée par l’International Institute for Strategic Studies, la 18ème conférence internationale consacrée à la sécurité et à la défense en Asie, plus connue sous le baptême « 2019 Shangri-La Dialogue », du nom de l’hôtel accueillant l’évènement, a réuni à Singapour du 31 mai au 2 juin 2019 une quarantaine de délégations et donné la parole à une quinzaine de ministres de la défense ainsi qu’à Federica Mogherini, s’exprimant au nom de l’Union européenne.

La ministre des armées Florence Parly y a prononcé le 1er juin un discours mettant en avant l’intérêt de Paris pour l’espace Indopacifique, dont la France représente un acteur « légitime et reconnu », avec près d’1,6 million de ressortissants, des territoires abritant plusieurs bases militaires permanentes et des intérêts économiques majeurs dans la zone. S’exprimant en anglais, la ministre a débuté son intervention en s’adressant sur un ton humoristique à Penny Mordaunt, la nouvelle secrétaire à la défense britannique. Se référant à la concurrence « amicale » entre les deux pays, elle a rappelé qu’elle n’était pas venue seule, mais accompagnée d’un groupe aéronaval complet, le Charles de Gaulle et son escorte faisant escale à Singapour dans le cadre du onzième déploiement de longue durée depuis 2001, baptisé Clémenceau.

Le 3 mai 2018, Emmanuel Macron avait déjà exprimé lors de son discours au sein de la base navale de Sydney sa volonté de créer un axe indopacifique constitué autour de la France, de l’Inde et de l’Australie et associant les autres pays de la région. Florence Parly a insisté sur la nécessité de cette forte coopération dans une région où prennent forme « les fondements d’une confrontation mondiale », illustrés par « les guerres commerciales, les guerres de technologie, les guerres de devises, les guerres de mots et, à l’occasion, les escarmouches entre deux avions ou deux navires ». S’adressant au ministre de la défense malaisien, et citant un de ces prédécesseurs qui se moquait des discours sur la liberté de navigation d’Occidentaux qui retournaient assurer la sécurité de Toulon ou d’Honolulu, laissant les pays de la région gérer « leurs encombrants voisins », Florence Parly a fait état de la stratégie de défense française en indopacifique, publiée en mai 2019.

La France se veut en effet garante du respect du droit international et « rejette toute interprétation qui ne serait pas conforme à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer ». Sans citer la Chine, mais se comparant à un éléphant dans un magasin de porcelaine (« I wag the elephant in the room »), Florence Parly a confirmé que la Marine nationale poursuivra ses transits en mer de Chine méridionale, invitant les nations européennes à embarquer des officiers sur les navires de la Marine durant ces opérations. Aucun fait accompli ne sera accepté, malgré les intimidations ou les objections, car « comment pourrions-nous fermer les yeux sur ce que condamne le droit international ? ». Sans que le sujet ne soit jamais évoqué, la ministre faisait certainement référence à la frégate de surveillance Vendémiaire, interceptée par la marine chinoise le 7 avril 2019 durant son transit par le canal de Formose, revendiqué par la Chine en tant qu’eaux intérieures, qui avait conduit à l’annulation de sa participation aux commémorations des 70 ans de la marine populaire chinoise.

Le secrétaire à la défense américain Patrick M. Shananan s’est également exprimé le 1er juin, au moment où était publié le premier rapport sur la stratégie indopacifique du Department of Defense. Le même jour, un communiqué commun des ministres de la défense des Etats-Unis, de l’Australie et du Japon exprimait leur « préoccupation devant toute action déstabilisante ou dangereuse en Mer de Chine méridionale ». Durant son intervention consacrée à « la Chine et à la coopération internationale en matière de sécurité », le général Wei Fenghe, ministre de la défense nationale, a répondu indirectement en arguant qu’aucun des 100 000 bâtiments de commerce qui traversaient cette zone chaque année n’avait été menacé. Confirmant ainsi que le dialogue de sourds n’était pas près de cesser, il a affirmé que « c’est le droit légitime d’un État souverain de construire sur son propre territoire. La Chine a construit des installations de défense limitées sur les îles et les récifs pour se défendre ».