Intelligence : de l’infodictat d’hier a l’infodetox de demain

L’institut FMES a eu le plaisir de recevoir Pascal Frion, chercheur à l’Institut Jules Verne Locarn et dirigeant chez ACRIE Intelligence.

Pendant plus d’une heure, Pascal Frion s’est adressé aux vingt auditeurs de la 29ème Session Méditerranée+nne des Hautes Etudes Stratégiques et aux adhérents de l’Institut FMES. A travers de nombreuses exemples illustrés, le conférencier a présenté sa thèse permettant de mieux s’informer.

 

Compte rendu de la conférence éponyme prononcée par Pascal Frion, le 15 février 2019. Les analyses décrites ci-dessous représentent les seules opinions du conférencier et n’engagent pas l’institut FMES.

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Pascal Frion part du postulat que nous bénéficions d’un nombre important d’informations. Selon lui, tout ce qui relève du contenu se réfère à l’information. Il s’agit ainsi de données, de signaux, de connaissances, du savoir, ou du renseignement.

Après des questions préliminaires sur notre rapport à l’information et notre utilisation d’internet et des écrans, le conférencier donne des clés afin de répondre à la question « comment s’informer avec trop d’information ? ».

Le conférencier a fait la distinction entre « information » et « donnée ». Une information est le fruit d’un manque, d’un besoin et d’une volonté. A l’inverse, si elle existe au préalable, il faudra parler d’une donnée.

 

  • Diagnostic historique et situation actuelle

De manière historique, l’information est perçue comme une « bonne chose ». Toutefois, il faut savoir que l’information appartient à un modèle dit « de chance ». En effet, les résultats des requêtes effectuées sur le Web aboutissent en fonction de ce que d’autres personnes ont écrit ou non. Pascal Frion considère que notre moyen de s’informer repose trop sur la chance.

De fait, Pascal Frion considère que nous sommes trop centrés sur l’information, alors même que nous ne bénéficions que de peu d’informations auparavant. Pour autant, sur Internet, les informations communiquées par chacun font partie de ce qu’il considère comme « nos déchets ». En somme, il prévient l’auditoire que les réseaux ouverts ne permettront pas de dénicher des secrets. La capacité de chacun de devoir traiter et filtrer l’information fait de nous des individus « infoconnectés ». Dans cette optique, le téléphone portable devient le prolongement de notre corps. Pire encore, le rapport à l’information nous rend « infoxtiqués » et « infobsédés ». Le risque de « trop » d’information engendre un « infobuzz » et la consommation de tous ces éléments conduit les individus à une « infobésité ».

De plus, le conférencier déplore la fragilité de l’intelligence dominante. En effet, il considère l’approche informative comme « totalitaire », en l’occurrence ignorant les attributs de l’information. Dans ce schéma, les caractéristiques humaines sont ignorées au niveaux psychologique, sociologique, neurologique, philosophique et anthropologique. De plus, pour Pascal Frion, l’information est un élément impossible à valider, qui ne permet pas un réel apprentissage. Le temps passé devant notre écran ne nous permet pas de bénéficier d’une expertise. Pour autant, force est de constater le rapport très important qu’entretient la population à l’information et sa manière d’y accéder. Il s’agit de la dictature de l’information, en somme de l’infodictat (terme qui a fait son apparition il y a deux ans).

 

  • Préparation de l’avenir

En définitive, l’enjeu est de mettre un terme à l’idée selon laquelle l’information est une chose bénéfique. Au contraire, ce rapport rend les gens « obèses ». Il s’agit donc de savoir mieux s’informer. Bénéficier de moins d’informations nous permettrait par la même d’être plus performant tout en acquérant des repères et des outils. Pascal Frion donne à cette démarche le nom de « révolution hobléienne » : l’information n’est plus le centre, il existe différents centres.

S’informer nécessite la conjugaison de différentes dimensions, telles que la technologie, le contexte, la dimension humaine, la chance, etc. Pascal Frion conseille à l’auditoire « d’éviter les magiciens », les « voleurs d’attention ». En outre, il s’agit d’identifier de manière claire l’information, ce qui nécessite de prendre du temps. A ce titre, il conseille de ne plus toucher à son clavier pendant quelques minutes avant d’aller sur le Web. Cette durée de réflexion permet d’identifier clairement les mots-clés adaptés et de réfléchir à l’objet final recherché. S’il s’agit d’une réunion stratégique dont l’enjeu est plus important, la durée de réflexion s’allonge à deux heures. Enfin, s’il s’agit d’un projet à long terme, il nous faudra environ deux jours.

Ces conseils permettent de mettre une distance entre l’individu et l’information afin que cette dernière ne « pollue » pas. En effet, la première information qui nous vient a tendance à nous « coller ».

Pour éviter l’intoxification des informations, il s’agit d’éviter ce que Pascal Frion appelle les « ritournelles ». La plus dangereuse d’entre elles est l’idée selon laquelle bénéficier de plus d’information est meilleur. De fait, il s’agit de devenir « infotonique » de manière à créer une méta intelligence plus ouverte que l’intelligence dominante et davantage axée sur le volontarisme.

Ainsi, Pascal Frion arrive à la conclusion qu’il faut considérer le trop d’informations comme de l’infodétox. Le point clé pour comprendre cette thèse est de considérer l’information dans sa dimension toxique. De ce fait, lorsqu’une information est donnée, elle éclipse toutes les autres.

Au cours de la conférence, le conférencier a donné trois approches pour s’informer :

–      un challenge simple qui repose sur une approche informationnelle. Il s’agit par exemple de se renseigner sur Internet sur une sortie simple (restaurant, cinéma) ;

–          une énigme curieuse qui s’appuie sur approche intentionnelle-communicationnelle. Dans ce cas de figure, l’exemple donné est la perspective d’une soirée entre amis : le cinéma ou le restaurant ne sont plus les seules options ;

–          un mystère complexe qui nécessite une approche dite « complexe-informative ». Il s’agit d’un cas de figure difficile à résoudre. Par exemple : est-ce que les clients de notre entreprise aimeront cette couleur ? Préfèreront-ils tel produit à un autre ? L’approche complexe est à aborder.

En définitive, l’information reste un problème dont il faut sortir en dépit du fait que l’information reste primordiale. L’enjeu de cette démarche est complexe, alors même que nous sommes victimes de ce double discours centré sur l’information qui nous amène toutefois à dire : « we must resist to information ».