Géorgie : Salomé ZOURABICHVILI élue présidente

Salomé ZOURABICHVILI le soir de sa victoire.
Tous droits réservés.

 

Mercredi 28 novembre 2018, Salomé ZOURABICHVILI a remporté les élections présidentielles géorgiennes avec 59,52% des voix. Ancienne diplomate du quai d’Orsay, elle a renoncé à sa double nationalité afin d’être candidate à la présidentielle. Elle est aujourd’hui la première femme élue à la tête de la Géorgie.

La France, à travers son ministère de l’Europe et des affaires étrangères, « lui adresse ses plus sincères félicitations » et se dit prête à travailler avec la nouvelle présidente pour « renforcer encore l’excellente et ancienne relation qui prévaut » entre les deux pays.

Arrivée en Géorgie comme ambassadrice de France en 2003, elle a occupé le poste de ministre des Affaires étrangères géorgien au début de la présidence du pro-occidental Mikhail SAAKACHVILI. Limogée au bout d’une année, elle rejoint alors l’opposition.

Dans une atmosphère tendue, les élections de 2018 ont servi de test pour le Rêve géorgien, parti au pouvoir depuis 2012. Si elles ont suscité un intérêt international, elles relèvent néanmoins plutôt de la symbolique, le poste de président étant voué à être protocolaire. En effet, ses prérogatives ont été notablement réduites par les changements constitutionnels de 2017. Pour le Conseil de l’Europe, « le caractère négatif de la campagne des deux côtés sapait le processus » dans un second tour marqué par « de virulents discours et des violences isolées ».

Derrière ces élections présidentielles se cache la lutte entre deux hommes forts : le milliardaire Bidniza IVANISHVILI, ancien Premier ministre, et Mikhail SAAKACHVILI, aujourd’hui en exil. Tandis que le premier, fondateur du parti Rêve Géorgien, a soutenu la candidate élue, son rival s’est rangé aux côtés de Grigol VASHADZE, ancien ministre des Affaires étrangères.

Les deux candidats se rejoignent sur plusieurs points et prônent notamment un rapprochement avec l’Union européenne et l’OTAN, qu’ils souhaitent rejoindre à terme. Toutefois, VASHADZE s’est distingué par des positions antirusses plus marquées que son adversaire qui promet une diplomatie prudente à l’égard de Moscou.

Les relations entre la Géorgie et la Russie sont conflictuelles. L’ancienne république soviétique a obtenu son indépendance en 1992 mais deux régions à majorité russe ont fait sécession à l’issue de tensions impliquant la Russie : l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. Le démembrement de l’URSS avait suscité des troubles entre l’Abkhazie et la Géorgie qui ont aboutis à un cessez-le-feu signé supervisé dès août 1993 par la Mission d’observation des Nations unies en Géorgie (MONUG). Son mandat s’est achevée en juin 2009, le Conseil de sécurité n’étant pas parvenu à se mettre d’accord sur sa prorogation, sur fond de reprise des hostilités.

Dans la nuit du 7 au 8 août 2008, à la suite de nombreuses escarmouches sur la ligne de cessez-le-feu probablement provoquées par Moscou, les forces géorgiennes avaient pénétré en Ossétie du Sud. En réaction, la Russie envoyait des renforts dans les deux régions séparatistes qui ont repoussé les forces géorgiennes. Sous l’impulsion du président Nicolas SARKOZY, alors à la tête de la présidence de l’Union européenne, l’UE avait négocié un accord de cessez-le-feu entre les deux parties. De fait, cinq jours après le lancement de l’offensive visant à recouvrer sa souveraineté en Ossétie du Sud, Mikhail SAAKACHVILI acceptait, mardi 12 août, l’accord politique présenté par le chef de l’Etat français lui imposant de facto ce conflit gelé.

Les deux régions séparatistes ne sont reconnues en tant qu’Etats que par quelques pays dont la Russie. Les Nations Unies les considèrent quant à elles comme partie intégrantes de la Géorgie.

L’élection de Salomé ZOURABICHVILI ne devrait pas fondamentalement faire évoluer la situation, caractéristique de la posture sans concession qu’adopte la Russie dans les zones qu’elle considère comme stratégiques.