Fête du trône : les 20 ans de règne de Mohammed VI

Le Mardi 30 juillet a eu lieu la fête du trône au Maroc marquant les 20 ans de règne du monarque Mohammed VI. Une certaine sobriété a prévalu à ce rendez-vous dans un contexte de crise pour le pays.

Arrivé sur le trône en 1999 après la mort de son père, Mohammed VI incarnait l’espoir après les 38 « années de plomb », faisant référence à la dureté du régime d’Hassan II. A 36 ans, « M6 », le 23ème monarque de la dynastie alaouite et 3ème à porter le titre de roi du Maroc se voulait proche du peuple. Suscitant de grandes attentes, il était même surnommé le « roi des pauvres ». Son bilan est en demi-teinte même si la comparaison avec ses voisins maghrébins est plutôt flatteuse.

Durant son règne, le pays s’est développé au plan industriel et dans le domaine de l’infrastructure. Les réformes économiques du milieu des années 1990 ont ainsi contribué à la modernisation du système productif. Dans ce domaine, la monarchie a plutôt réussi son pari.

Au plan diplomatique, il faut noter la réintégration du pays à l’Union africaine en janvier 2017, voulue par le roi, après 32 ans de rupture. Cet acte marque le rôle qu’entend jouer le Maroc en qualité de puissance émergente sur le continent. Il est d’ailleurs le premier investisseur africain en Afrique de l’Ouest et le deuxième à l’échelle du continent. Sur le plan de l’islamisme qui déstabilise ses voisins, M6, « Commandeur des croyants », bénéficie aussi d’une posture religieuse fédératrice. En définitive, les vingt ans de règne de Mohammed VI ont contribué au rayonnement diplomatique du pays : le Maroc est perçu comme un modèle de stabilité, le Makhzen incarnant une institution durable et fiable dans une région pourtant propice à l’instabilité.

Mais en dépit des efforts déployés, « Rabat » demeure profondément inégalitaire. Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) classe le royaume chérifien à la 123ème position (sur 165 pays au total) alors qu’en 2010, il occupait la 114ème place. Le Maroc se classe derrière les pays de la région, y compris derrière la Libye (108ème) ou de l’Algérie voisine (85ème). Pays qualifié parmi les pays les plus inégalitaires d’Afrique du Nord selon l’ONG Oxfam. Ces inégalités sont constatées pour la santé, l’éducation ou tiennent au genre sexuel et sont flagrantes aussi dans la répartition de la richesse plutôt concentrée dans les villes.

La crise que connaît le pays actuellement pourrait menacer la paix sociale à terme. Malgré une réforme constitutionnelle venue apaiser temporairement l’opinion publique durant les printemps arabes, la contestation est latente dans le pays. Le 30 juillet 2014, à l’occasion de ses 15 ans de règne, le monarque chérifien s’est par ailleurs lui-même étonné des inégalités sociales du pays, prononçant la phrase « où est la richesse ? ».

En octobre 2017 et dans un contexte d’hirak dans la région du Rif, il a concédé que le modèle de développement qu’il prônait n’était pas en mesure d’aboutir à la justice sociale. En 2018, lors de la fête du trône marquant son 19ème anniversaire à la tête du pays, il avait axé son discours autour de la question sociale et s’était engagé à refondre le modèle de développement du pays. Pourtant, selon un rapport de la cour des comptes en 2018, la situation du Maroc reste inquiétante : le taux d’endettement général du pays s’élève à 970 milliards de dirhams (soit 90 milliards d’euros), correspondant à 92,2% de son PIB. Alors que le chômage demeure à un niveau important, le Haut-Commissariat au plan, note dans son dernier rapport la faible croissance économique du pays, à laquelle s’ajoute une capacité d’exportation dérisoire. A ce titre, Bank Al Maghrib, la banque centrale nationale a alerté le monarque dans son rapport annuel présenté le 29 juillet dernier : « si cette situation perdure, l’ambition de l’émergence serait difficile à concrétiser même sur un horizon lointain ». S’agissant des droits de l’homme, la situation s’est également détériorée, le hirak du Rif en étant l’exemple le plus significatif.

Le pays traverse également une période politique difficile. Ces dernières années, le premier parti islamiste du pays a gagné du terrain et participe au pouvoir. D’ailleurs, depuis les dernières législatives de 2016, une coalition de partis politiques aux idéologies divergentes contestée est à la tête du pays, favorisant l’immobilisme. Dans cette configuration, la protestation de la rue fait le lit des islamistes qui prennent de l’ampleur mais également des volontés d’immigration, notamment de la part des jeunes. C’est pourquoi, lors de son discours le 29 juillet, M6 a annoncé un remaniement prochain, censé apporter du « sang neuf » au royaume. Il entend mettre en place une commission spéciale chargée du modèle de développement. Ce sont de nombreux défis pour le Maroc en perspective, pays dont la stabilité est importante pour les rives de la Méditerranée.

Le Roi du Maroc, Mohammed VI. Juillet 2019. Tous droits réservés.