Séminaires & colloques

SEMINAIRE – 27 OCTOBRE 2016

Assemblée nationale – Paris

Les enjeux stratégiques de l’espace maritime

L’océan Arctique, un nouvel espace stratégique


L’Arctique, aux conditions extrêmes, longtemps inaccessible et éloigné du reste du monde, a toujours été une source de curiosité et d’inspiration notamment littéraire. Les aventuriers, les navigateurs et les scientifiques y ont très vite trouvé le terrain idéal pour des expéditions périlleuses, souvent héroïques, reculant toujours plus loin les limites humaines. Utilisé par les Alliés pendant la seconde guerre mondiale pour ravitailler l’Union soviétique, il inquiétera aussi, pendant la guerre froide, avec le feu nucléaire tapi sous sa banquise.

Arctique : les passages maritimes The World Factbook 2013-14. Washington, DC: Central Intelligence Agency, 2013

Arctique : les passages maritimes,
The World Factbook 2013-14. Washington, DC
Central Intelligence Agency, 2013

 

Un espace d’opportunités

La diminution de la taille, de l’épaisseur et de la durée de présence de ses glaces liées au réchauffement climatique ont quelque peu modifié l’intérêt pour cet espace dont la délimitation géographique reste encore floue entre banquise, terre et mer et dont on dit qu’il s’étendrait sur près de six fois la Méditerranée.

C’est ainsi que les routes maritimes Nord-Ouest et Nord-Est permettant de relier plus rapidement l’Asie à l’Europe pourraient s’ouvrir davantage à la navigation et ce sans interruption, et présenter un intérêt certain pour le commerce international. En effet, les trajets entre ports européens et chinois se verraient ainsi raccourcis d’environ 30 à 40% comparés à ceux empruntant le canal de Suez, de Panama ou encore le Cap Horn.

L’accès à des ressources dont on a encore du mal à identifier le potentiel exact, mais dont on pressent l’importance, s’en trouverait également facilité non seulement par l’augmentation des températures mais aussi par les avancées technologiques qui les rendent toujours plus proches : ressources halieutiques, minerais stratégiques ou encore ressources énergétiques. Pour ces dernières, une étude du United States Geological Survey estime que l’Arctique renfermerait à lui seul 13% des réserves mondiales non découvertes de pétrole (90 milliards de barils), 30% de celles de gaz naturel (47 000 milliards de m3).

Enfin, l’Arctique pourrait bien aussi devenir une nouvelle destination touristique avec le développement des croisières polaires. Ce qui ne serait pas sans conséquences écologiques. Un million et demi de touristes visitent déjà l’Arctique.

Mais un espace difficile

Toutefois les obstacles à l’exploitation de ces ressources restent encore nombreux et les problématiques dans lesquelles elle s’inscrit sont complexes. Les contraintes principales sont tout d’abord naturelles avec un climat qui reste hostile à l’homme rendant les conditions techniques et physiques de travail, de circulation et de sécurité (organisation de secours) particulièrement difficiles. N’oublions pas, non plus, qu’il il y fait nuit six mois dans l’année.

Autre obstacle, économique celui-ci, et qui s’impose tout aussi fortement : les cours des matières premières.  Aujourd’hui très bas, ils pourraient bien le rester encore un certain temps rendant incertaine la rentabilité de tout projet d’exploitation en ce domaine. Les pétroliers semblent d’ailleurs reculer face à l’Arctique à l’instar de Shell qui a mis un terme à ses forages au large de l’Alaska.

Quant aux problématiques à prendre en compte, elles se posent à la fois en termes juridiques : délimitation des frontières maritimes et contestations qui en résultent entre les pays riverains (USA, Canada, Russie, Danemark, Norvège, Islande), statut juridique des passages, mais aussi en termes environnemental et social (avenir des populations indigènes). En effet, le réchauffement climatique et l’intensification de l’activité humaine auront inévitablement des conséquences négatives sur son écosystème. Le risque écologique est grand et surtout incontrôlable dans cette région. Et quand on sait le rôle central que joue l’Arctique dans l’équilibre du climat …

 En tout cas, un espace qui mobilise

Quoi qu’il en soit, la période d’euphorie passée, les rapports de force entre Etats s’y installent dans une logique de présence, d’influence et de puissance. Chacun y affirme ses positions, ses revendications notamment à travers une militarisation de la zone. On y montre ses muscles avec des déploiements de flottes, des survols d’avions militaires, l’installation de bases et l’organisation d’exercices. Ceci avec d’autant plus d’enthousiasme que l’Arctique demeure une zone de patrouille stratégique pour les SNLE, et donc de « dissuasion tout azimut », le plus court chemin pour frapper les Etats-Unis, la Chine ou la Russie.

La Russie qui, après avoir « planté » son drapeau à 4 200 mètres de profondeur sous le pôle Nord, a déposé en août 2015 une demande de reconnaissance concernant son plateau continental (c’est-à-dire les fonds marins et leur sous-sol) au-delà de la limite des 200 milles de sa ZEE sur une zone de 1,2 million de kilomètres carrés. Cette demande entre en concurrence avec celle du Danemark (au titre du Groenland) mais les deux Etats sont convenus de coopérer et de parvenir ultérieurement à un accord de délimitation. Les Etats-Unis et même la Chine ne sont pas d’ailleurs, non plus, en reste dans l’expression des rapports de force faisant ainsi de l’Arctique un véritable enjeu global mêlant tout à la fois énergie, climat et défense. Le cocktail idéal pour une nouvelle crise !

Aussi convient-il de mieux comprendre, dans ses principales dimensions, la situation qui prévaut aujourd’hui sur ce nouveau théâtre des relations internationales. Quelles sont les logiques qui y sont à l’œuvre, les rivalités qui s’y expriment et les évolutions à terme qu’elles vont entraîner ? Enfin, espace de plus en plus ouvert, quelle est la position de l’Union européenne et de la France qui ne peut ni ne veut s’en désintéresser ? Autant de questions que pose cet espace en transition qui pourrait bien devenir le laboratoire des relations internationales du XXIème siècle et auxquelles ce séminaire tentera d’apporter des éléments de réponse.


Programme

SEMINAIRE DU 27 OCTOBRE 2016 – 9h à 13h

Assemblée nationale – Paris

L’océan Arctique, espace stratégique


Programme

08h30 – 09h00 : accueil des participants – salle 6217 (deuxième sous-sol)

Merci de bien vouloir vous munir d’une pièce d’identité : carte d’identité ou passeport exclusivement

09h00 – 09h30 Ouverture du séminaire

  • Vice-amiral (2s) Benoit le Masne de Chermont – président de l’Institut FMES
  • Philippe Vitel, député du Var et membre de la commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée Nationale
  • Général de corps d’armée Bernard de Courrèges d’Ustou, directeur de l’IHEDN

09h30 – 10h00 Allocution introductive : vision française de l’Arctique

  • Laurent Mayet, représentant spécial pour les pôles – coordonnateur de la mise en oeuvre de la Feuille de route nationale sur l’Arctique

10h00 – 10h30 La situation diplomatique et juridique de l’océan Arctique

  • Monsieur Serge Segura, ambassadeur chargé des océans

10h30 – 11h30 – Table ronde n° 1 : L’Océan Arctique, un espace de confrontation

  • Enjeux de défense : Virginie Saliou, conseiller pour la sécurité des espaces maritimes auprès du directeur général adjoint des Relations internationales et de la Stratégie et coordonnateur en matière de sûreté maritime pour le ministère de la défense
  • Enjeux environnementaux : Monsieur André Abreu, responsable environnement et climat de Tara Expéditions.
  • Exploitation des ressources pétrolières et gazières : Monsieur Olivier Appert, ancien président directeur- général de l’IFPEN
  • Animateur : Vice-amiral d’escadre (2s) Gérard Valin, responsable des sessions nationales « Enjeux et stratégies maritimes » de l’IHEDN – membre de l’institut FMES

11h30 – 12h30 Table ronde n° 2 : L’Arctique, un espace de convergence

Le potentiel économique de la zone et ses enjeux, leur importance pour les opérateurs français.

  • Code polaire : Monsieur Jean-Louis Bissuel, consultant maritime international
  • Enjeux des nouvelles routes maritimes polaires : Monsieur Antoine Person, secrétaire général de Louis-Dreyfus Armateurs
  • Les nouvelles activités de croisière : Nicolas Dubreuil, directeur des expéditions de la Compagnie du Ponant
  • L’Océan Arctique et l’Europe : André Gattolin, sénateur, vice-président de la commission des affaires européennes du sénat
  • Animateur : Commissaire général de la marine (2s) Alain Verdeaux, expert associé auprès de l’Institut FMES

12h30 – 13h00 Synthèse et conclusions

  • Vice-amiral (2s) Benoit le Masne de Chermont – président de l’Institut FMES
  • Monsieur Philippe Vitel, député du Var et membre de la Commission de la défense national et des forces armées de l’Assemblée Nationale.

13h00 : Cocktail déjeunatoire – Hôtel de la Questure

 

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Retour sur le séminaire 2015:

Programme, la mer de Chine méridionale : les ferments d’une crise majeure

Synthèse : La bataille de la mer de Chine n’aura pas lieu… en tout cas pas tout de suite