Elections en RDC : « une occasion historique » malgré les tensions

 

Le candidat aux élections Emmanuel SHADARY.
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Le 23 décembre 2018 se tiendront en République Démocratique du Congo les élections présidentielles qui désigneront le successeur du président Joseph KABILA. Alors qu’il est en fonction depuis 2001, la Constitution lui interdit de briguer un troisième mandat.

Parmi les nombreux candidats en lice, trois d’entre eux captent la plus grande attention. Il s’agit d’Emmanuel SHADARY, considéré comme le successeur du président actuel, et des candidats de l’opposition, Félix TSHISEKEDI et Martin FAYULU. L’une de leurs priorités est celle de la sécurité, notamment dans l’Est du pays. Toutefois, cette élection est émaillée de violences, notamment envers les deux candidats de l’opposition.

A ces violences s’ajoutent les affrontements inter-ethniques. Ayant causé la mort de plus de 150 personnes, ces conflits ont fait de nombreux blessés graves et ont causé le départ de personnes en direction du Congo-Brazzaville.

Le climat de violence est tel que les Etats-Unis ont annoncé, dimanche 16 décembre, avoir évacué leur personnel « non-essentiel » dans une « mesure de prudence ». Washington exhorte également ses ressortissants à quitter le pays.

Dans un communiqué du mardi 18 décembre, le Conseil de sécurité des Nations unies considère qu’ « en tant qu’expression de la souveraineté du peuple et du gouvernement de la République démocratique du Congo, les élections du 23 décembre prochain constituent une occasion historique de procéder au premier transfert démocratique et pacifique du pouvoir, à la consolidation de la stabilité dans le pays et à la création des conditions de son développement ». Les progrès réalisés dans la préparation technique de ces élections ont été soulevés. Toutefois, le Conseil de sécurité s’est inquiété des divers incidents se tenant à quelques jours des élections. Les 15 membres invitent le gouvernement de la RDC à « enquêter rapidement sur ces incidents » et appellent « tous les acteurs politiques à défendre la liberté d’expression, de réunion et de campagne sans entrave, qui caractérise l’exercice démocratique de la volonté du peuple au cours de cette période », conformément à la Constitution et à l’Accord du 31 décembre 2018.

Déjà, le 14 décembre 2018, la Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle BACHELET, dénonçait ces violations à l’aube des élections : « je suis profondément préoccupée par les informations faisant état d’un usage excessif de la force, y compris de balles réelles, par les forces de sécurité contre les rassemblements de l’opposition ». Selon la Haut-Commissaire, « il est primordial que les autorités veillent à ce que les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique soient pleinement protégés et qu’elles prennent toutes les mesures possibles pour prévenir les actes de violence ». De même, la cheffe de la mission de l’ONU pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), Leila ZERROUGI, est « préoccupée par la succession d’incidents graves qui entravent le bon déroulement de la campagne électorale ». Elle « déplore les pertes en vies humaines et demande aux autorités congolaises de prendre les mesures nécessaires pour éviter de nouveaux incidents ».

Il reste à savoir quelle sera l’issue du scrutin dans ce climat difficile. Emmanuel SHADARY, surnommé « le dauphin » de Joseph KABILA connait depuis longtemps le chef de l’Etat dont il a été nommé vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur. En mars 2017, il a été sanctionné par l’Union européenne pour « entraves au processus électoral » et « violations des droits de l’homme ».