Audition du général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de terre, sur le projet de loi de finances pour 2018

Audition du général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de terre, sur le projet de loi de finances pour 2018

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Create Datejeu 26 Oct 2017
Last Updatedjeu 26 Oct 2017
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"Ma première observation porte sur les trois ruptures majeures que l’armée de terre a connues depuis trois ans. La première rupture concerne les menaces et l’engagement des forces armées sur le territoire national. La deuxième rupture porte sur notre organisation. Enfin, la troisième rupture est tendancielle, c’est celle de la remontée en puissance qu’a connue l’armée de terre depuis 2015.

Deuxième observation : l’armée de terre est aujourd’hui engagée de façon intense. Ses engagements sont marqués par quatre caractéristiques principales. Elle est tout d’abord confrontée à une forme de durcissement des modes d’action de l’adversaire, notamment au Levant et en bande sahélo-saharienne. J’en viens à la deuxième caractéristique : l’étalement de nos forces. Cette dispersion entraîne des tensions sur les effectifs et les compétences. Troisième caractéristique : l’armée de terre fait face à une diversification des conflictualités. Il y a les menaces conventionnelles, relevant de la dialectique du fort au fort. Il y a la dialectique du fort au faible, avec des menaces hybrides nous opposant à des adversaires dissymétriques de second ordre. Il y a, enfin, la dialectique du fort au fou, avec des menaces à caractère irrégulier recouvrant plusieurs aspects : le « fou religieux » et le « fou tout court ». J’en viens à la quatrième et dernière caractéristique de nos engagements actuels : la prévalence toujours plus marquée des perceptions sur les réalités. Il me semble que jamais les émotions, les idéologies et les croyances personnelles n’ont eu autant d’influence sur l’opinion publique, au détriment des vérités de fait.

Troisième observation : je considère aujourd’hui que l’armée de terre, professionnalisée depuis une vingtaine d’années, est arrivée à l’âge de la maturité. Maturité des soldats, tout d’abord. Malgré leur jeune âge, les soldats de l’armée de terre sont disponibles, courageux et disciplinés. Maturité des familles, ensuite. Nous avons des familles exemplaires, mais il ne faut pas occulter le fait que les contraintes qui pèsent sur leur vie quotidienne sont de plus en plus durement ressenties. Maturité sur le plan des valeurs. Les soldats de l’armée de terre vivent de façon concrète les valeurs de la communauté nationale. Maturité enfin sur le plan de nos relations avec nos partenaires. La France a les moyens de ses ambitions en matière de coopération, qu’il s’agisse de générer des coopérations ou d’intégrer des coalitions déjà en place.

Je terminerai mon analyse de la situation actuelle de l’armée de terre par une quatrième observation portant sur les seuils critiques auxquels nous expose notre remontée en puissance.

Il s’agit tout d’abord des seuils critiques en matière de recrutement et de formation. En trois ans, l’armée de terre a recruté 46 000 soldats, effort sans précédent dans l’histoire récente que seule la France a été capable de fournir en Europe. La remontée en puissance nous a également confrontés à des seuils critiques en matière de compétences."

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"Ma première priorité pour 2018 est que l’armée de terre retrouve un niveau d’entraînement qui était peu ou prou celui qu’elle avait avant le déclenchement de l’opération Sentinelle en 2015. Ma deuxième priorité concerne les équipements et le système de maintien en condition opérationnelle (MCO). Cette priorité est entièrement liée à la première. Il ne peut y avoir de préparation opérationnelle interarmes rassemblant, par exemple, un noyau dur d’infanterie ou de cavalerie et des militaires du génie et de l’artillerie ainsi que des services de logistique que si les équipements suivent. Ma troisième priorité est d’accélérer le retour à l’équilibre des ressources humaines de l’armée de terre. Pour cela, nous devons à la fois atteindre progressivement un taux d’encadrement officier conforme à celui d’une des premières armées du monde occidental, poursuivre l’effort en matière de recrutement, gagner la bataille des compétences et réussir la fidélisation. Le renforcement de la condition militaire est le facteur clef pour atteindre ces objectifs. Enfin, je souhaite en 2018 finaliser le modèle « Au Contact » et sa gouvernance. Nous voulons renforcer la cohérence d’ensemble de la doctrine, de la formation et de l’entraînement, soutenir la renaissance d’une école supérieure de guerre « terre », redéfinir le rôle et la place du renseignement de niveau tactique, face aux trois types de menaces que j’ai évoquées – conventionnelles, irrégulières et hybrides."

Vers le site de l'Assemblé nationale ⇒


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