Audition du général André Lanata, chef d’état-major de l’armée de l’air, sur le projet de loi de finances pour 2018

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Les opérations de l'armée de l'air

Nous sommes réunis aujourd’hui pour évoquer le projet de loi de finances pour 2018 et ses conséquences pour l’armée de l’air. Avant de vous les présenter en détail, j’évoquerai très rapidement la revue stratégique. Ces orientations me permettront, de vous livrer les enjeux qui en résultent et que j’identifie pour le volet air de la future loi de programmation militaire. Il me paraît toutefois important de commencer par revenir sur certaines évolutions récentes et notables concernant nos opérations.

J’évoquerai principalement les évolutions de notre engagement au Levant et notre intervention aux Antilles suite au passage dévastateur du cyclone IRMA début septembre.

Le Levant

Tout d’abord au Levant. La campagne aérienne contre Daech se poursuit, inlassablement. Et les résultats sont là : après la chute de Mossoul, Raqqa vient de tomber, ce qui constitue un symbole important. Daech continue de perdre le terrain qu’il avait conquis et finira par le perdre définitivement.

Première constatation, les forces aériennes produisent des effets militaires décisifs contre Daech dans cette campagne. Deuxième constatation, il en résulte mécaniquement que les espaces aériens dans lesquels nous opérons sont de plus en plus contestés : moyens de défense sol-air et chasseurs de dernière génération sont au cœur de l’engagement des forces de part et d’autre. Dernière constatation, l’enjeu du contrôle du terrain est donc lié en réalité à celui du contrôle de l’espace aérien face à des rivaux disposant de capacités symétriques aux nôtres. Il s’agit, sur le plan militaire, d’une tout autre affaire.

Les Antilles

J’en viens aux Antilles. Les armées, et l’armée de l’air en particulier, se sont mobilisées pour porter secours et assister les populations en détresse, d’abord à partir de nos implantations outremer en Guyane et en Martinique, mais aussi grâce aux rotations de nos avions de transport depuis la métropole. Nos avions de transport – A340, A400M, CASA – et nos hélicoptères Puma ont réalisé un véritable pont aérien soit depuis la métropole, soit depuis nos emprises en Guyane, Martinique et Guadeloupe, pour acheminer eau potable, vivres, matériel médical, et soulager les populations les plus démunies.

Cette nouvelle opération m’amène à deux constats. Premièrement, l’importance de nos forces de souveraineté comme échelon de réaction immédiat. Deuxièmement, les théâtres lointains sont accessibles quasi immédiatement depuis la métropole grâce aux moyens modernes de transport aérien stratégique. L’A400M, capable de rallier les Antilles depuis sa base d’Orléans en moins de 10 heures de vol sans escale, a montré toute sa plus-value dans ce type de mission.

La revue stratégique

Comme je l’indiquais en préambule, la revue stratégique qui vient d’être remise au président de la République offre une analyse éclairée de la situation internationale et des menaces, ainsi que des aptitudes à mobiliser pour y faire face. Je vous propose de concentrer mon propos sur les points saillants concernant mon domaine, celui des forces aériennes.

Premièrement, la réaffirmation de l’importance de la maîtrise de l’air et de la capacité à conserver la supériorité aérienne. Deuxièmement, l’importance de la persistance des actions aériennes. Troisièmement, la capacité à durer, que je distingue de la persistance des actions aériennes parce qu’elle caractérise surtout la résilience de l’outil militaire, y compris la capacité à régénérer le capital humain et matériel. Quatrièmement, la revue stratégique insiste sur la capacité d’entrée en premier, intrinsèquement liée aux capacités d’actions dans la profondeur de l’aviation de combat.

La loi de programmation militaire

Face à une forte contrainte budgétaire, la LPM en cours avait fait le choix de préserver un modèle d’armée complet ainsi que notre base industrielle et technologique, au prix d’une série de compromis affectant nos capacités : réductions temporaires de capacités, contraintes sur l’entretien programmé des équipements, report de modernisations, vieillissement de nos équipements ou de l’infrastructure, diminution des stocks de rechanges ou de munitions, notamment.

Compte tenu de l’ensemble de ces éléments et du cadre redéfini par la revue stratégique, j’identifie trois enjeux majeurs pour l’armée de l’air dans la prochaine LPM. Premièrement, ce que j’appelle « réparer le présent ». Il s’agit de redonner de la cohérence et de l’épaisseur au modèle existant pour soutenir dans la durée les engagements actuels sans dégradation organique, en comblant les lacunes. Deuxièmement, il faut poursuivre la modernisation de nos flottes. Les opérations que nous conduisons réclament cette adaptation continue tout comme l’évolution des standards d’engagement dans le milieu aérospatial. Troisièmement, à terme, il conviendra de porter progressivement notre format de forces au niveau réclamé par les nouvelles ambitions opérationnelles, qui résultent des niveaux d’engagement constatés depuis plusieurs années. À travers ces trois enjeux, j’identifie trois priorités, que je vous avais déjà exposées en juillet dernier : l’aviation de combat, le ravitaillement en vol, les ressources humaines.

La loi de finances 2018

C’est dans ce cadre opérationnel, capacitaire et budgétaire que s’inscrit le projet de loi de finances pour l’année 2018. Ce budget est en augmentation sensible par rapport à 2017. Il s’agit d’un budget à la hauteur des engagements pris ces dernières années et qui traduit les décisions prises dans la LPM actualisée et celles du conseil de défense du 6 avril 2016, augmenté des mesures relatives à la condition du personnel prises à l’été 2016 et d’un effort pour la protection de nos forces. Plus important encore, le PLF 2018 inscrit la défense sur la trajectoire des 2 % du PIB.

Vers le site de l'Assemblée nationale ⇒


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