Cinquième mandat : mobilisations en Algérie

Des Algériens protestant contre la candidature pour un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika.
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Le pouvoir algérien a annoncé la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à l’élection présidentielle du 19 avril prochain. Le Président, au pouvoir depuis 1999 et affaibli des suites d’un AVC survenu en 2013, est candidat à sa succession pour un cinquième mandat. Depuis l’annonce de sa candidature, le pays connait une vague de protestations.

Vendredi 22 février 2019, une marche lancée sur les réseaux sociaux, a rassemblé plusieurs milliers de personnes à travers le pays. Slogans anti-Bouteflika, pancartes avec un 5 barré, les manifestants ont protesté de manière pacifique réclamant pour certains un changement de régime. La révolte était perceptible dans ce pays en proie au chômage de masse où plus de 44% de la population a moins de 25 ans. Lundi 25 février, des avocats se sont joints au mouvement, en soutien au « peuple en colère » et ont appelé par la même au respect des libertés de manifestation et d’expression, garanties par la Constitution. Au tribunal de Sidi M’Hamed à Alger, ils ont affirmé leur refus « de voir piétinée » la Constitution. En effet, ils considèrent que la loi électorale est violée avec la représentation d’un candidat absent – le Président n’a plus été aperçu en public depuis plusieurs mois. Le lendemain, les étudiants se sont mobilisés à travers le pays, faisant face aux forces de l’ordre. Une semaine après le début des manifestations, les Algériens ont prévu, vendredi 1er mars, une mobilisation générale.

Ces protestations n’infléchissent pas la posture du gouvernement. Lundi 25 février, le Premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia s’est exprimé pour la première fois depuis le début des mobilisations. Devant le Parlement, il a mis en garde contre d’éventuels « dérapages » et a déclaré : « Chacun a le droit de défendre son candidat et d’être contre tout autre candidat mais les urnes trancheront de manière pacifique et civilisée ».

Face à ce mouvement qui reste à ce stade pacifique, les forces de l’ordre ont été mobilisées et les arrestations se sont multipliées. Le pouvoir craint visiblement que cette révolte prenne de l’ampleur et le déstabilise. De fait, malgré le caractère inédit de ces protestations, les médias nationaux n’ont que très peu couvert l’événement au départ. De plus, Internet qui a permis de mobiliser les foules, a été ralenti dans tout le pays. Pour Belkacem Mostefaoui, professeur à l’Ecole nationale supérieure de journalisme et des sciences de l’Information à Alger, cette situation lève le voile sur un système de « censure généralisée ».  Dimanche 24   février, les journalistes de la radio nationale algérienne ont dénoncé le « silence imposé ». Meriem Abdou, responsable d’une émission largement suivie, a démissionné, suivie par une dizaine de ses confrères.

Peu de journalistes étrangers sont présents dans le pays pour couvrir l’événement. Toutefois, les smartphones ont permis de capturer les images de la manifestation. Les Algériens, et notamment les jeunes, ont été très actifs sur les réseaux sociaux, tentant de faire écho aux révolutions tunisienne et égyptienne. En effet, la prépondérance des jeunes et la place accordée à Internet et aux réseaux sociaux rappellent les printemps arabes de 2011, période durant laquelle le Président algérien avait réussi à canaliser les revendications sociales à l’intérieur de son pays.

Pour la France, la situation en Algérie est toujours sensible, les deux pays entretenant une relation complexe et passionnelle. La déstabilisation du pays, le plus grand Etat d’Afrique et l’une des premières puissances militaires du continent, pourrait ainsi avoir des conséquences économiques, humaines et sécuritaires dans tous le Maghreb et en France.