Chute de Carlos GHOSN, quel impact pour le bassin méditerranéen ?

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Carlos GHOSN, Président-directeur général du groupe français Renault et président du conseil d’administration du groupe japonais Nissan, a été arrêté lundi 19 novembre par la justice nippone. Soupçonné de fraude fiscale et d’avoir détourné des fonds de Nissan pour son profit personnel, l’homme d’affaires est actuellement en garde-à-vue.

Né au Brésil de parents libanais et devenu citoyen français, Carlos GHOSN est un « symbole du business mondialisé ». Considéré comme le sauveur du groupe japonais, il incarne l’alliance franco-japonaise à travers le mariage des groupes Nissan et Renault dans le domaine de la construction automobile. Figure emblématique de la diaspora libanaise, sa chute a provoqué un mini séisme au Liban, au Japon et à l’échelle internationale. Le journal libanais L’Orient-le Jour se questionne d’ailleurs sur le rôle japonais dans cette arrestation, soupçonnant un coup d’Etat monté par les employés de Nissan, le PDG Hiroto SAIKAWA au premier plan, agacés de voir le constructeur français récupérer les technologies, une partie des bénéfices et la production de certains véhicules. Alors qu’il a créé un mythe autour de sa personne, sa potentielle chute aurait des répercussions planétaires, notamment en Méditerranée, où le groupe Renault est très présent. Reposant majoritairement sur un seul homme, l’équilibre semble donc fragile et l’empire automobile Renault-Nissan-Mitsubishi Motors menace de s’écrouler en même temps que son dirigeant.

Présent à l’échelle planétaire, le groupe Renault est implanté principalement en Roumanie et au Maroc mais des usines existent également en Turquie, en Slovénie, en Espagne, au Portugal, en Israël et en Algérie. A l’issue des déclarations américaines concernant l’Iran, le PDG de la « marque au losange » avait déclaré ne pas abandonner le marché iranien.

Au cours de l’année 2017, plus de 2 millions de véhicules Renault, toutes gammes confondues, ont été produits sur l’ensemble du bassin méditerranéen (2 084 212), dont près de 780 000 dans les usines françaises. De fait, la France, au premier plan, pourrait pâtir des conséquences de cet événement, l’Etat étant actionnaire du groupe à hauteur de 15%. Interrogé lors d’une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre belge, le lundi 19 novembre, le président de la République Emmanuel MACRON assure que « l’Etat, en tant qu’actionnaire, sera extrêmement vigilant à la stabilité de l’alliance et au groupe (…) et à la stabilité nécessaire pour l’ensemble des salariés du groupe ». Bruno le MAIRE, ministre de l’Economie et des Finances a déclaré mardi 20 novembre que l’homme d’affaire « n’est plus en état de diriger le groupe » mais souligne toutefois qu’il n’y a « rien de particulier à signaler » s’agissant de la situation fiscale. En Roumanie, les médias s’inquiètent également des déboires financiers et judiciaires de Carlos GHOSN. Les ventes du constructeur roumain Dacia, filiale de Renault, ont connu un succès fulgurant ces dernières années. Au Maroc également, les implications qu’aura cette affaire suscite des inquiétudes. En effet, le pays, qui a reçu Carlos GHOSN en octobre dernier pour la présentation de sa dernière feuille de route, figure à la cinquième position des lieux de production mondiaux avec plus de 300 000 voitures produites durant l’année 2017.

Les milliers d’emplois créés en Roumanie, au Maroc et dans toute la région méditerranéenne seront-ils menacés ? A l’heure où le PDG est remplacé « à titre provisoire » par Thierry BOLLORE et où Nissan semble afficher une volonté d’autonomie, des interrogations subsistent concernant les implications qu’aura cette affaire.