Zone sahélo-saharienne

G5 Sahel – l’incontournable Barkhane !

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Jean-Philippe PIERRE, Docteur en Géographie-géopolitique
Directeur recherche et relations académiques à l’Institut FMES

Le 17 décembre dernier, le général mauritanien Mohamed Znagui Sid Ahmed Ely, chef du département de défense et sécurité du G5 Sahel, confiait au journal Le Point que « sans la France, la situation dans la région serait bien pire ». Pourtant, nous assistons à une montée du sentiment antifrançais au sein des populations de la bande sahélo-saharienne.

Pour rappel, en janvier 2013, c’est bien à la demande des autorités maliennes que le président Hollande a engagé l’Armée française dans l’Opération Serval, pour arrêter l’avancée en direction de Bamako des forces djihadistes, sécuriser la capitale du Mali et permettre au pays de recouvrer son intégrité territoriale. Les troupes maliennes qui s’opposaient déjà depuis une année aux rebelles Touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et au mouvement salafiste Ansar Dine, alliés à d’autres mouvements islamistes ne pouvaient plus en effet ni repousser, ni même contenir leur offensive, balayées dans l’Azawad et dans une grande partie nord du pays, ces dernières, en débâcle ne pouvaient plus garantir la sécurité de la capitale. C’est dans ce contexte que sont intervenues les forces françaises offrant aux Maliens l’opportunité de se réorganiser politiquement et militairement.

Le 1er Aout 2014, l’opération est étendue pour lutter contre les groupes armés salafistes djihadistes dans toute la région du Sahel. Elle prend le nom d’opération Barkhane.

En parallèle de l’opération Serval, l’Union Européenne déclenche la mission de formation de l’Union Européenne au Mali, (EUTM Mali – European Union Training Mission in Mali), pour permettre le rétablissement des capacités militaires et de commandement de l’armée malienne.

L’accident impliquant deux hélicoptères des forces françaises qui a causé la perte de 13 soldats en soirée le 25 novembre dernier a donné lieu à de nombreuses interrogations sur cet engagement de la France au Sahel. Accusées de « néocolonialisme », hier accueillies en sauveurs, les forces françaises sont de plus en plus critiquées. Et si ces qualificatifs de néocolonialisme, de djihadisme, de salafisme n’étaient que les faux nez d’une réalité moins manichéenne et moins honorable ?

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Il est légitime de s’interroger sur les raisons réelles de l’engagement de l’armée française au Sahel.

Cette région, lieu d’échange et de commerce depuis toujours offre aujourd’hui les mêmes avantages à l’Europe que les confins militaires d’autres époques. L’engagement français au sahel est la garantie de disposer d’une profondeur stratégique suffisante pour se prémunir des menaces les plus importantes du moment. Les nouvelles routes des trafics s’y croisent.

Venant du Sud, de l’Afrique sub-saharienne, des milliers de jeunes gens, migrants économiques sont les victimes d’une part de l’illusion d’un mieux vivre ailleurs, un ailleurs dans lequel il n’y a pas de place pour tout le monde et d’autre part, victimes des passeurs, nouveaux pachas de la traite des hommes.

Plus importante route du trafic de stupéfiants depuis que les Etats-Unis ont renforcé leur soutien à leurs voisins dans la lutte contre le narcotrafic, la voie africaine est devenue le chemin le plus sûr pour approvisionner l’Europe.

Nous pouvons également parler du trafic d’armes issus des stocks de Mouammar Kadhafi, mais également en provenance des nombreux conflits qui ont touché les rives de la Méditerranée et l’Afrique ces dernières années.

La main d’œuvre ne manque pas non plus dans cette région. Les enfants soldats des conflits de l’Ouest africain (souvent bannis) on grandit, mais ils restent des mercenaires prêts à épouser toutes les causes pour peu qu’ils puissent en vivre. La menace terroriste a plongé toute la région du Nord de la Mauritanie et du Mali dans la précarité. Autrefois, le tourisme d’aventure porté entre autres par le Paris-Dakar avait permis de créer de l’activité économique dans ces régions, de Nouadhibou à Zouerate en passant par Atar et Chinguetti. Maintenant, les familles laissent partir leurs fils avec des groupes armés qui sillonnent les villages et recrutent les jeunes garçons pour l’équivalent de 50 000 euros. Faute d’activité, les hommes vivent de rançonnage. Les coupeurs de route à temps partiel pour arrondir les fins de mois deviennent, faute de « clients » des djihadistes de circonstance. Enfin, les opposants de tout poil aux pouvoirs en place (Touaregs, Maures, Peuls…) viennent opportunément grossir les rangs de ceux qui pourraient faire tomber les hommes des capitales.

Il semble ainsi que les intérêts économiques de la région qui pèse moins de 0,25% du commerce extérieur de la France et extrait moins 5% de la production mondiale d’Uranium ne soient que très secondaires. Les accusations de néo colonialisme ne sont donc proférées que pour désigner un responsable autre que les pouvoirs africains incapables de se remettre en question et de prendre leur avenir en main malgré par exemple les 9 milliards d’euros de l’APD (Aide publique au développement) octroyés entre autres par la France en 2018 (0,43 % du PIB ). Face à ce genre d’accusation il faut notamment réfléchir à quels intérêts elles peuvent servir. Le président Macron, lors de la réunion de Pau le 13 janvier à clairement posé cette question aux chefs d’états du G5 en interpellant le président malien : « j’entends beaucoup de gens, dans votre pays, qui disent tout et n’importe quoi. Demandez-vous par qui ils sont payés ! Demandez-vous quels intérêts ils servent ! Moi, j’ai mon idée… ». Les concurrents de la France sont nombreux au Sahel, qu’il s’agisse de groupes terroristes ou de concurrents commerciaux, l’engagement français ne répond pas forcément à leurs agendas ou leurs objectifs.

 

Djihadisme, de quoi parle-t-on ?

La littérature récente, produite par ceux qui ont vraiment lu et étudié le Coran et les hadits met en évidence une crise profonde de l’Islam. L’absence de leadership légitime et d’un ijtihâd sincère a semé au sein des communautés les ferments de la déliquescence de la seconde religion la plus pratiquée dans le monde. Ainsi, chacun, sans même disposer des outils spirituels et intellectuels susceptibles de lui permettre de se forger de solides convictions, se revendique plus croyant que son voisin. La lecture simpliste de certaines sourates telle que « Vous êtes le meilleur peuple, suscité pour le bien de l’humanité ; vous enjoignez ce qui est bien, vous interdisez le mal, et vous croyez en Allāh. Et si les Gens du Livre avaient cru, cela aurait été meilleur pour eux. Certains d’entre eux sont croyants, mais la plupart d’entre eux sont des pervers. » (Coran, 3-111) incite donc à se revendiquer d’une pratique la plus authentique afin de prendre l’ascendant sur le mécréant. D’autres versets tels que : « Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce que Dieu et Son messager ont interdit et qui ne suivent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent l’impôt de la capitation et qu’ils se soumettent et s’humilient » (Coran, 9-29), encrés dans les esprits de gens simples, par des prédicateurs haineux, sont de véritables blanc-seing. Ils peuvent ainsi asseoir leur domination sans la moindre retenue pour déverser leur rancœur et compenser leurs frustrations.

Selon ce principe, les djihadistes en question ne sont donc pas des croyants de conviction mais plutôt des croyants de circonstance dont l’objectif est de renforcer leur appartenance au groupe et justifier leurs actes. Il est plus simple lorsque l’on est inculte et dans l’incapacité de changer son quotidien par un travail long et contraignant de sanctionner l’autre, de le tenir pour responsable de ses maux, de le dominer.

La foi est donc un prétexte mais en aucun cas une finalité. Il est vrai que le coran offre des pistes d’organisation de la société. Par exemple, la sourate numéro 2, Al baqara présente la plupart des codes de conduite qui guident la vie des musulmans. Mais cette organisation de la société sans effort d’adaptation ne permet pas d’organiser la vie de la cité au XXIème siècle. Les villes et villages qui se sont retrouvés sous la gouvernance de groupes terroristes tels que daesh en ont fait la difficile expérience. Incapables de produire, ces groupes ne fonctionnent que selon un système de prédation, levée d’impôts sur les non croyants, esclavage, vente des ressources naturelles. Une fois que l’ensemble de ces ressources est exploité, il ne reste rien. C’est un peu le principe du nomadisme qui se déplace de pâture en pâture au gré des saisons. A l’image des nomades, ces groupes ont besoin sans cesse de nouveaux espaces pour pouvoir exister. Le djihadisme sahélien n’est donc que l’expression de ce besoin de territoire pour survivre et non un idéal religieux. La composition de ces groupes majoritairement nomades de culture ou de circonstance (anciens enfants soldats, mercenaires libyens…) en est la preuve.

Le Sahel, espace d’échange et de nomadisme est l’incubateur de philosophies moins nobles que la religion. C’est là également que les deux grandes tendances de l’islam sunnite se livrent une guerre d’influence pour s’imposer tant vis-à-vis des musulmans que pour peser vis-à-vis des occidentaux. Les Frères Musulmans tout d’abord, cela fait des années qu’ils occupent le terrain. Utilisant la situation d’échec des états post-coloniaux, les idéologues des Frères Musulmans proposent un projet global de régénération de la communauté musulmane contre l’occidentalisation de la société. Appuyée financièrement par le Qatar et politiquement par les turcs, l’organisation a su mobiliser de larges couches de population, en leur offrant un réseau caritatif et une utopie de rédemption. Face à eux, les salafistes, soutenus par l’Arabie Saoudite et les EAU entretiennent eux aussi leurs réseaux d’influence. En plus de soutenir des groupes armés, ces deux courants de l’Islam sunnite contribuent également à fractionner les sociétés. Les premiers conquièrent le pouvoir par « le bas », ils réislamisent l’individu, la famille, le quartier. Le second s’adresse aux élites, il soutient les projets économiques qui bénéficient essentiellement aux castes dirigeantes. Le sunnisme évolue en plein paradoxe, au nom de l’Oumma, la communauté des musulmans, chacun s’efforce de diviser pour s’imposer. C’est une situation ubuesque que connait l’Islam depuis ses origines mais qui aujourd’hui dépasse le simple conflit tribal en contaminant l’ensemble du Sahel.

 

Confins militaires ou cheval de Troie !

C’est un fait ! La France est durablement engagée au Sahel. L’annonce du président Macron de l’envoi de 220 soldats supplémentaires pour renforcer l’opération Barkhane montre effectivement qu’il est plus dangereux de se retirer que de maintenir une présence active.

Se résigner et se retirer aurait un double effet catastrophique. Tout d’abord, ce serait reconnaître que quelques bandes armées peuvent mettre en échec une armée puissante et organisée. La qualité des forces françaises ne saurait être mise en cause. Les difficultés qu’elles surmontent au quotidien sont nombreuses : immensité du théâtre des opérations, compromissions des populations, incurie des politiques locaux… La France est seule pour défendre les intérêts d’une Europe qui peut-être par méconnaissance de la région ou par frilosité refuse de voir la menace qui est en train de se structurer. Un retrait autoriserait également la mise en place d’une zone grise où pourraient se côtoyer sans limites, les activités les plus toxiques telles que trafics de drogues, d’armes, d’êtres humains et y proliférer des idéologies mortifères. Tout cela, serait installé sur les rives du plus grand et plus complexe espace frontalier : la mer Méditerranée. La bande Sahélienne pourrait donc être le cheval de Troie qui précipiterait par effet contaminant une grande partie de l’Europe dans une période d’instabilité durable.

Aussi, même s’il est peu probable que le président français du moment ait totalement apprécié cette dimension lors du lancement de l’opération Serval, il semble essentiel pour l’avenir de l’Europe et de l’Afrique du Nord et de l’Ouest de considérer le Sahel comme un confins militaire qu’il faut stabiliser, sécuriser et développer pour éviter qu’il ne sombre. Cette nécessaire profondeur stratégique à un coût que la France à elle seule n’a pas les moyens d’assumer. Seule, elle est exposée aux accusations de néocolonialisme, seule, elle ne peut peser de manière significative que militairement. L’échec en matière de développement des états locaux est le premier ferment de leur instabilité. Faute d’une action réelle et volontariste des européens, 2020 risque d’être une année charnière au cours de laquelle la situation leur échappera totalement.
Le temps presse, les acteurs du désordre islamiste sont à l’œuvre et gagnent du terrain. Cela ne signifie pas que la situation soit désespérée, mais il est certain que l’Union Européenne risque de se retrouver dans l’incapacité de peser de quelque manière que ce soit dans la région et donc, de limiter les effets néfastes qu’elle pourrait avoir à son encontre.

En effet, d’autres acteurs s’implantent ou se sont implantés au sahel. Il s’agit en particulier de la Chine, des USA et de la Russie.
Les Chinois investissent régulièrement en Afrique du Nord et au Sahel dans le cadre de leur quête en matière premières et pour garantir des débouchées commerciales à leurs nouvelles routes de la soie. Parmi les dix plus gros bénéficiaires des IDE chinois ces vingt dernières années , figurent le Mali, La Mauritanie, le Nigéria, le Niger et Burkina-Faso. L’intervention en Libye le 25 novembre 2011 de la frégate Xushou et l’organisation d’un pont aérien pour évacuer leurs quelques 35 000 ressortissants a fait prendre conscience aux décideurs chinois qu’il fallait développer un volet sécuritaire pour garantir leurs investissements dans cette région. La Chine s’investit dans les actions de maintien de la paix en Afrique, en 2012 par exemple, le président Hu Jintao à lancé l’initiative on China-Africa Coopérative Partnership for Peace and Security. Au Mali, lors de l’été 2013, la MINUSMA a bénéficié d’un renfort de 400 soldats et ingénieurs chinois. Elle y a également multiplié ses ventes d’armes par dix entre 2006 et 2016. La société Norinco, entreprise publique d’armement, s’est progressivement substituée aux anciens pourvoyeurs d’armes en provenance de l’ex URSS. De ce fait, elle prend en charge la formation technique des cadres de la plupart des armées africaines ce qui lui garantit une influence durable au sein des Etats-Majors.

Les USA, bien qu’ils semblent militairement moins présents en Afrique de l’Ouest et au Sahel du fait de leur choix « d’empreinte légère », symbolisée par l’installation de nénuphars (lily pads) – c’est le nom que donne le Pentagone aux mini-bases américaines que l’on trouve notamment du golfe de Guinée à la Corne de l’Afrique – restent particulièrement influents sur les plans économique et social. L’Africa Grouth and Opportunity Act (AGOA), adopté en 2000 dans le cadre du trade and Developpment Act a permis d’établir des liens privilégiés avec les économies Africaines. Leur offrant des débouchées non ou peu taxées sur les marchés américains en échange de quoi, les entreprises d’extraction minières ou d’énergies fossiles ont bénéficié d’une plus grande complaisance dans l’attribution des concessions et des zones de prospection. Les églises évangéliques américaines réparties aux limites de cette région et dans les grands villes, contribuent à donner une image favorable des actions américaines. Les œuvres qu’elles conduisent en faveur de l’enfance ou de la santé se substituent aux systèmes locaux défaillants. Ces nouvelles églises jouent sur l’effervescence affective et l’oralité et, ainsi, servent de lien social. Leur implication auprès des populations contribue à donner un apriori plutôt favorable vis-à-vis des américains. Cet apriori positif se dégrade fortement dans les sociétés majoritairement musulmanes.

Enfin, la Russie effectue dans la région un retour discret mais bien réel. Le 26 juin dernier, en marge du salon « ARMY 2019 » de Moscou, la Russie et le Mali ont officialisé la signature d’un accord de défense. Cet accord porterait sur la formation de spécialistes militaires et la coopération dans les opérations de maintien de la paix et la lutte contre le terrorisme. Ces derniers mois, des hommes du groupe Wagner, société militaire privée russe qui s’est illustrée notamment en Syrie, ont commencé à évoluer au sahel. Dans cette région, la guérilla islamiste est devenue un véritable business pour les sociétés militaires privées. Certains pays et organisations dont l’ONU font appel à elles pour la collecte d’informations ou l’évacuation médicalisée. Mais la présence la plus significative de ces groupes est observée au plus près des zones de combat. Le 29 novembre dernier, le journal Le Monde ou le 22 décembre, Challenges rapportaient l’inquiétude des américains de la présence de soldats russes dans les rangs des forces du Gal Khalifa Haftar. Dernièrement, un groupe appelé « les patriotes du mali » aurait même recueilli 8 millions de signatures en faveur du départ des forces françaises et d’une coopération militaire avec la Russie.

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Il est donc illusoire d’imaginer que les seules forces françaises qui n’agissent que dans un cadre légal aient les moyens à elles seules de stabiliser cette région qui devrait passer de 135 millions de personnes en 2015 à 330 millions en 2050 si les taux de natalité actuels se maintiennent.

Les dirigeants des états sahéliens (Tchad, Niger, Mali, Burkina Faso, Mauritanie) sont dans l’incapacité de se mobiliser contre les menaces qui pèsent sur la région sans une aide ou un mentoring non seulement militaire, mais également dans tous les domaines de la gestion d’un Etat.

Le rejet de la présence des forces françaises au Mali mérite également d’être analysé plus finement. En effet, il est fortement médiatisé et très relayé par la presse notamment anglo-saxonne qui saisit toutes les occasions pour les interpréter et les analyser comme des retours à la Françafrique ou un nouveau néocolonialisme français. La presse française contribue également à amplifier ce phénomène, prenons le simple exemple de la manifestation de Bamako le Vendredi 10 janvier : « le drapeau français brûle sous les cris de près de 1 000 personnes rassemblées à l’appel d’organisations de la société civile et de personnalités politiques pour demander le départ de l’opération « Barkhane » et des forces internationales de leur pays ». Le choix même du vocabulaire – près de 1000 personnes – montre clairement l’intention d’amplifier l’évènement.

Il est donc urgent, comme l’a souligné le président Français à Pau que chacun assume sa part de responsabilité dans la région. Les habitants eux-mêmes doivent faire des choix clairs entre développement ou statuquo. Les Nations Unis et l’Union Africaine doivent revoir les concepts d’emploi de leurs forces. La communauté internationale au premier rang de laquelle l’Union Européenne doit prendre conscience que laisser le Sahel dans cette situation aura des effets bien plus dangereux à court et moyen terme. Ces idéologies prédatrices au nom desquelles les pseudo jihadistes se battent ne se contenteront pas du Sahel. Vides de projets et incapables de construire, leur survie dépend de leur capacité à s’étendre sur le plan territorial.

La chine, les USA ou la Russie n’apporteront pas de solution durable dans la région. La préservation de leurs intérêts (mercantiles et géopolitiques) n’est pas compatible avec une aide au développement réelle des pays partenaires. Il est vrai qu’ils ont les moyens financiers et matériels d’imposer un climat sécuritaire autour de leurs emprises et de leurs axes de communication. En revanche, le développement, véritable clé de voute d’une sortie de crise dans la région ne fait pas partie des modes d’action déployés jusque-là.

Les uns comme les autres ne sentant pas leurs territoires menacés directement par un enkystement des crises africaines n’ont pas d’intérêt particulier à contribuer au développement synonyme de hausse des coûts de main d’œuvre, de hausse des impôts et taxes et de limitation des activités par des règlementations plus strictes. Leur laisser le champ libre, c’est accepter qu’ils ne fassent que déplacer le problème dans le temps. Seule une politique éclairée visant à permettre un développement réel de ces régions est la garantie d’un apaisement durable.

Dans un récent entretien entre le Général Bruno Clément-Bollée, ancien directeur de la coopération de sécurité et de défense au ministère des affaires étrangères et Caroline Roussy, chercheuse à l’IRIS. Le général préconise de « rendre la gestion du Sahel aux Sahéliens, cette affaire est leur affaire ». Il est vrai que la classe politique en place n’a plus aucun crédit, elle est jugée corrompue et incapable. Pourtant, une solution durable ne peut effectivement venir que des Africains eux-mêmes et des organisations africaines. En attendant que les hommes et femmes capable de relever ce défi émergent des sociétés africaines, il n’y a d’autre solution que celle maintenir une force Barkhane, seule apte, si ce n’est rétablir la situation sécuritaire, à éviter qu’elle de devienne ingérable et que le sahel ne devienne une zone grise aux portes de l’Europe. Cette mission est difficile et nécessite des moyens importants dont le coût humain et matériel pourrait utilement être supporté par l’ensemble des partenaires Européens, premiers concernés après les Africains en cas de dégradation de la situation. Les contributions actuelles de l’UE sont essentiellement symboliques en comparaison de l’engagement de la France.

L’opération Barkhane est donc nécessaire mais elle n’est pas suffisante ? Il est urgent de contraindre les gouvernants sahéliens à prendre leurs responsabilités. A défaut, la position de la France et de ses forces au Sahel deviendra intenable.

 

Cinquième anniversaire de l’opération Barkhane

L’opération Barkhane fête ses cinq ans. Lancée le 1er août 2014 sur demande du gouvernement malien, l’opération de l’armée française déploie 4 500 militaires français dans cinq pays de la région du Sahel : le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Il s’agit de la plus grosse opération extérieure dans laquelle l’armée française est engagée actuellement.

A la suite des opérations Serval au Mali et Epervier au Tchad, l’objectif premier de Paris est de lutter contre le terrorisme dans toute la région sahélo-saharienne. Compte tenu du caractère transfrontalier de la menace terroriste, agir dans le cadre d’une approche régionale est une priorité française.

Depuis sa création, Barkhane a permis l’affaiblissement de l’Etat islamique à l’est du Mali. Cela a conduit les groupes djihadistes à un repli au centre du Mali jusqu’au Burkina Faso. Des conflits et des violences intercommunautaires se sont multipliés ces derniers mois atteignant des niveaux préoccupants.

Depuis juillet 2017 et le sommet de Bamako, Barkhane s’appuie sur la force conjointe du G5 Sahel afin d’aider les pays de la région à lutter contre les groupes armés terroristes. A cette occasion, le président de la République française, Emmanuel Macron, et ses homologues burkinabé, malien, mauritanien, nigérien et tchadien ont officiellement annoncé la mise en place d’une « force conjointe du G5 Sahel ».  Né en février 2014, le « G5S » s’apparente à un cadre institutionnel de coopération et de coordination régionales en matière de développement et de sécurité. Paris est considéré comme un « partenaire stratégique », soutenant fermement les initiatives des pays du Sahel dans leur lutte contre le terrorisme. De fait, la France a plusieurs fois été conviée aux réunions de l’institution. Faute de financement suffisant, la force du G5 Sahel peine toutefois à monter en puissance. Néanmoins, Barkhane développe au Sahel une stratégie de résolution de crise à l’échelle régionale et la logique de partenariat prônée par Paris lui permet de structurer ses relations avec les autres forces engagées au Mali avec la volonté de contribuer activement au processus de stabilisation. Il s’agit de la mission onusienne MINUSMA et européenne EUCAP Sahel Mali, cette dernière ayant été prolongée jusqu’à janvier 2021.

En sus d’un appui militaire, Barkhane agit au bénéfice des populations locales, notamment à travers des aides médicales, contribuant à favoriser le dialogue et l’acceptation des troupes étrangères sur le territoire sahélo-saharien. Mais les soldats de la force Barkhane se heurtent parfois à un sentiment anti-français grandissant dans la région. Les populations, notamment au Mali, questionnent de manière croissante la présence des forces étrangères en général et en réclament le départ.

Pour autant, si rester représente un enjeu, quitter la région pourrait conduire au chaos dans la bande sahélo-saharienne. Si le terrorisme devait se répandre de manière rapide et spectaculaire, les pays de la rive nord de la Méditerranée pourraient alors être exposés à des phénomènes migratoires importants.  Le 27 juillet, la ministre des Armées Florence Parly a remercié le général commandant l’opération Barkhane sortant et a assuré toute sa confiance à son successeur afin de « continuer cette indispensable mission ». Pour l’heure, il n’est donc pas question pour la France d’envisager de quitter la région, la stabilité et la sécurité au sein des pays du G5S faisant partie des priorités françaises.

Soldat français au Sahel. Tous droits réservés.

Mali : les conflits interethniques se multiplient

 

Le village de Sobane dans le centre du Mali, le 11 juin 2019. Tous droits réservés.

Dimanche 10 juin, un massacre visant des civils au Mali aurait causé la mort d’au moins 95 personnes selon un bilan provisoire. Il s’agit principalement de Dogon, habitants du village de Sobane, dans la région de Mopti au centre du pays. Toutefois, mardi 11 juin, le bilan a été revu à la baisse à l’issue d’une mission d’enquête. Selon le gouvernement, 35 personnes dont 24 enfants ont en réalité perdu la vie. En sus d’avoir causé la mort d’une trentaine de personnes, les assaillants – dont 6 ont été interpellés, 2 d’entre eux par la MINUSMA – ont procédé à de multiples incendies.

Le dossier malien est devenu un sujet de préoccupation majeure avec la multiplication des massacres intercommunautaires. La vague de meurtres s’étant déroulée le 10 juin contre les Dogon – dans une région particulièrement touristique – se rapproche de celle du 23 mars dernier à Ogossagou à l’encontre des Peuls.

La situation brûlante suscite l’inquiétude de la population. Le blogueur malien Adam Thiam déplore « une morgue à ciel ouvert » dans cette région du monde « qui brûle ». Le gouvernement s’inquiète également à juste titre de l’escalade des tensions. Le Premier ministre Boubou Cissé a déclaré : « Toutes ces victimes de l’horreur et de la barbarie nous rappellent la responsabilité qui nous incombe, en tant que dirigeants, de renforcer et d’accélérer les efforts sécuritaires, économiques et politiques entrepris en faveur de la paix et de la réconciliation. » Sur le même ton, le président Ibrahim Boubacar Keïta a dénoncé à la télévision nationale « un carnage » et a appelé à des « retrouvailles » qui « seules vont nous permettre de rebondir et permettre à notre nation de survivre ».

Toutefois, si plusieurs habitants de Sobane ont imputé l’attaque à des Peuls originaires de villages voisins et appartenant à des groupes djihadistes, la situation malienne ne s’explique pas seulement par des considérations communautaires. Il ne faudrait en effet pas omettre la capacité de nuisance des djihadistes dans la région, qui tirent profit des tensions en tentant de recruter des Peuls dans leurs groupes. Ils favorisent alors les stéréotypes autour de la violence concernant ce groupe ethnique.

La question malienne s’étend en dehors des frontières du pays et préoccupe la communauté internationale. Lundi 11 juin 2019, le Secrétaire général des Nations unies et la Mission des Nations unies au Mali (MINUSMA) ont « vivement condamné » le massacre. Tandis que le chef de la MINUSMA Mahamat Saleh Annadif a appelé à « un sursaut national », Antonio Guterres s’est dit « outré » et appelle les autorités maliennes « à enquêter rapidement (…) et à traduire les responsables en justice ». Alors que la situation est à déplorer dans le pays, la MINUSMA pour qui « le seuil de l’intolérable est atteint » est amenée à prendre « toute sa part de responsabilité ». La veille, la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini s’est exprimée sur les massacres au Mali et au Burkina Faso : «ces exactions contre des populations peuvent constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ». L’UE affiche son soutien à ces pays du Sahel pour « contribuer à la paix, la sécurité et la satisfaction des besoins des populations ». Quant à la France, le ministère des Affaires étrangères « condamne avec la plus grande fermeté les violences d’une ampleur particulièrement préoccupante ».

Le massacre de Sobane a conduit le pays à décréter un deuil national de 3 jours en hommage aux victimes et à émettre ses premières sanctions. L’une d’entre elles concerne la révocation du gouverneur de la région de Mopti, en tant que représentant exécutif.

Le Mali connait actuellement l’un des pires conflits ethniques de la planète. La série d’événements tragiques perce à jour l’incapacité des forces armées maliennes à protéger leurs ressortissants et accroit le ressentiment des Maliens envers les forces étrangères présentes sur le pays, en particulier la MINUSMA. Pourtant, face à la demande du ministre malien des Affaires étrangères d’une présence renforcée de l’ONU dans le centre du pays, la communauté onusienne considère que la MINUSMA ne peut être une force d’interposition et que la sécurité intérieure du pays incombe en premier lieu aux forces maliennes.

Conseil de l’UE et G5 Sahel : la situation au Sahel

Des soldats maliens participant à la première opération militaire du G5 Sahel en coordination avec les soldats français de l’opération Barkhane.
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Le 13 mai 2019, le Conseil de l’Union européenne, réuni au niveau des ministres des Affaires étrangères et de la Défense, a adopté des conclusions sur la situation géopolitique dans la bande sahélo-saharienne. Les ministres ont reçu le 14 mai à Bruxelles leurs homologues du G5 Sahel (Burkina Faso, Niger, Tchad, Mali et Mauritanie), dans un contexte marqué par la libération des deux otages français et le décès des deux officiers-mariniers du commando Hubert.

Le Conseil a évoqué à nouveau les défis de diverses natures auxquels sont confrontés les cinq pays du G5 Sahel et réaffirmé le soutien européen à ces derniers. Mais, selon les conclusions, l« l’instabilité dans les pays limitrophes [a aggravé) la situation sécuritaire dans la région ».

La bande sahélo-saharienne recouvre un territoire vaste comme l’Europe où la menace terroriste présente un caractère transfrontalier. Les priorités pour les forces internationales, notamment européennes, sont axées autour des partenariats avec les pays du G5, afin de favoriser l’autonomie des forces sahélo-sahariennes à lutter contre les groupes armés terroristes.

Roland Marchal, chercheur sur l’économie et les conflits dans l’Afrique sub-saharienne au centre de recherches internationales (CERI) déclare que « ces groupes [djihadistes] ne se développent pas pour des raisons idéologiques. Ils proposent des réponses à des situations locales de domination et de dépossession ». L’instabilité et la corruption qui règnent au sein même des Etats du G5 Sahel renforcent l’implantation de mouvements terroristes. En effet, les populations locales accordent à ces groupes armés une capacité de protéger leurs biens – protection que l’Etat ne peut pas garantir, notamment dans les zones rurales – illustrée par le conflit entre Peuls et Dogons, les groupes armés peuls étant qualifiés de terroristes par l’Etat malien, les groupes armés dogons n’ayant qu’un rang de « milice » malgré les massacres dont ils sont accusés. M. Marchal ajoute que « les Européens doivent accepter que le centre de la crise n’est pas le djihadisme mais le fonctionnement des Etats sahéliens ».

Le Conseil de l’UE revient sur ces points dans ses conclusions rendues le 13 mai. Les ministres énumèrent les difficultés qui restent encore à surmonter, notamment « de graves lacunes en matière de gouvernance, d’Etat de droit et de protection des droits de l’Homme ; l’expansion de la menace terroriste, de la violence extrémiste et de la criminalité organisée, y compris de la traite des êtres humains, le changement climatique ayant un effet négatif sur les ressources naturelles et alimentant les conflits locaux ; une pauvreté endémique, une forte dynamique démographique et une faible cohésion socio-économique ; ces éléments contribuent à l’aggravation de l’insécurité alimentaire, à l’augmentation de la pression migratoire et à la dégradation de la situation humaine ». La réunion du 14 mai avec les pays membres du G5 témoigne de la « priorité stratégique [qu’est le Sahel] pour l’UE et ses Etats membres ». Cet événement fait écho à la récente participation de la chancelière allemande, Angela Merkel, le 1er mai dernier, à un sommet du G5 Sahel sur les questions du terrorisme et de l’opérationnalisation de la force conjointe.

La réunion ministérielle annuelle entre le G5 Sahel et la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Frederica Mogherini prévue à Ouagadougou en juillet 2019 permettra de faire un nouveau bilan de la situation dans la bande sahélo-saharienne et d’ajuster la mise en œuvre des actions en cours. Est également attendue l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies, en juin prochain, du renouvellement du mandat de la MINUSMA qui se veut être à la hauteur des enjeux du théâtre de la guerre contre le djihadisme en Afrique.

Burkina Faso : nouveaux heurts intercommunautaires visant les Peuls

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Depuis le 31 mars, le Burkina Faso connait un regain de violences intercommunautaires dans la région d’Arbinda. Entre le 31 mars et le 1er avril, sept personnes dont au moins trois Peuls ont été tuées et quatre autres blessées au Burkina Faso, près de la frontière malienne. Cet événement fait suite au massacre au Mali ayant causé la mort de 160 Peuls le 23 mars dernier.

A Ouagadougou comme à Bamako, les tensions envers les Peuls et les autochtones agricoles dégénèrent. Les Peuls sont traditionnellement des éleveurs nomades de confession musulmane, très présents en Afrique de l’Ouest.

Le colonel Peguy Hyacinthe Yoda, gouverneur de la région du Sahel a annoncé que le 31 mars, des hommes armés, venus des villages frontaliers du Burkina Faso et du Ghana, se sont introduits dans le village d’Hamkane. Ils ont abattu le chef coutumier du village ou « Cheikh » (chef religieux en arabe), son fils et son cousin, les trois hommes appartenant au groupe ethnique fulsé. La quatrième victime a été retrouvée dans un village voisin. Le ministère chargé de l’administration territoriale évoque un problème de « chefferie coutumière ».

A l’issue de l’attaque, Ouagadougou a déployé ses forces de défense et de sécurité afin de sécuriser les lieux et rechercher les auteurs de l’attaque. Peguy Hyacinthe Yoda a assuré que « la situation est maitrisée et sous contrôle » et affirme que les forces de défense « mènent des patrouilles dans le village pour rassurer les populations ». Les ministres de la Défense national et de l’Administration du territoire et de la Cohésion nationale se sont également rendus sur place.

Pour autant, durant l’inhumation du cheikh lundi 1er avril, des habitants, en pensant identifier les meurtriers de la veille, se sont livrés à un véritable lynchage et ont tué trois hommes d’origine peule. Selon un bilan provisoire au 3 avril 2019, ces affrontements ont fait 36 victimes. Parmi elles, 19 Fulsés et 17 Peuls. En sus des violences, ces heurts ont engendré l’incendie de deux huttes et d’une maisonnette.

Dans la région, les heurts entre les différentes communautés sont fréquents. En janvier dernier, l’un d’entre eux avait causé le décès de trois personnes, dont un ancien maire.

Aux affrontements communautaires s’ajoutent depuis plus de quatre ans des attaques djihadistes régulières et meurtrières. Les tensions communautaires sont exacerbées avec le ralliement de certains Peuls à des groupes djihadistes. Cette situation favorise l’amalgame entre Peuls et djihadistes et incite la population à opérer des représailles sur les Peuls comme au début du mois de janvier 2019, dans la commune de Yirgou dans le centre du pays. Malgré une enquête en cours, aucune arrestation n’a eu lieu.

Alors que le gouvernement estime à 48 le nombre de morts lors d’affrontements communautaires ou de représailles contre la communauté peule depuis le début de l’année 2019, la société civile en recense plus de 200. Les ONG déplorent la situation qui a engendré le déplacement forcé des Peuls qui doivent notamment fuir en direction des grandes villes. Malgré la présence des forces de sécurité et de défense dans la région, la peur anime les habitants de la région.

Intervention des forces françaises au Tchad : les explications de la ministre des Armées

 

Florence Parly.
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Le 20 février 2019, la ministre française des Armées, Florence Parly, s’est exprimée devant la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat à propos de l’intervention de la France au Tchad.

En effet, au début du mois de février 2019, les autorités tchadiennes ont demandé à Paris d’intervenir afin de lutter contre des groupes armés venus de Libye. Du 3 au 6 février dernier, les forces armées françaises sont intervenues dans le nord-est du pays, à l’aide d’avions déployés dans le cadre de l’opération Barkhane. Le Parlement a été officiellement informé conformément à l’article 35 de la Constitution de 1958. En sus des liens historiques entre Paris et N’djaména, la stabilité dans cette région fragile est un enjeu majeur pour la France. A ce titre, Idriss Déby, Président tchadien au pouvoir depuis 28 ans est un allié stratégique et un gage de stabilité.

A l’issue de l’opération, le ministère des Armées a fait savoir que ses forces sont parvenues à empêcher l’incursion d’une cinquantaine de pickups, rappelant que « les forces armées tchadiennes sont un partenaire essentiel de la France dans la lutte contre le terrorisme, tant au Mali, au sein de la Minusma, qu’au sein de la force conjointe du G5 Sahel qu’au travers de son engagement contre Boko Haram ». N’djaména accueille en effet la flotte française d’avions de chasse ainsi que le poste de commandement de l’opération Barkhane.

Face aux interrogations suscitées par cette action « conforme au droit international », Florence Parly a précisé devant le Sénat : « notre aide a d’abord pris la forme de renseignements, puis de démonstrations de forces (…) destinés à impressionner l’adversaire. Dans un troisième temps, nous avons procédé à des frappes aériennes pour arrêter la progression de cette colonne, qui s’était enfoncée ». S’agissant de l’opération Barkhane, elle poursuit : « Cette intervention est sans rapport avec l’opération Barkhane, dont le mandat consiste à lutter contre le terrorisme au Sahel ». Alors que l’intervention au Tchad est pour le moment « interrompue », la ministre des Armées estime qu’elle est « juste ».

L’action française s’inscrit dans une logique de lutte contre les foyers terroristes dans la région. La déstabilisation d’un pays impliqué dans ce combat aurait des conséquences inquiétantes pour toute la région, la France tient donc à éviter un tel scénario.

Si l’action militaire a permis d’éviter une incursion ennemie, Florence Parly se dit toutefois « convaincue que la solution au Sahel n’est pas militaire, mais politique ». L’aide au développement, l’organisation d’élection libres et la prise de conscience des dirigeants locaux sont des objectifs à atteindre pour parvenir à sécuriser la région.

RCA : Début des pourparlers entre le gouvernement et les groupes armés.

Smail CHERGUI et Jean-Pierre LACROIX.
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Jeudi 24 janvier 2019 s’est ouvert à Khartoum le grand dialogue national centrafricain. Sous l’égide de l’Union africaine (UA) avec l’appui des Nations unies sur les bases des conclusions du Forum de Bangui de 2015, les pourparlers réunissent 14 groupes armés et le gouvernement afin d’amorcer une sortie de crise.

Il a fallu près d’un an et demi pour réunir les différents camps et harmoniser les revendications des groupes armés. La situation en République centrafricaine est préoccupante. Le pays est enlisé dans une guerre depuis 2012 et aujourd’hui, les groupes armés sont en position de force. Ils détiennent en effet près de 80% du territoire et sont bien armés.

Ces groupes revendiquent entre autres l’amnistie et l’autonomisation des régions de la Centrafrique, ce qui paraît difficile à atteindre sans compromettre le Forum de Bangui.

Interrogé par RFI, Parfait Onanga-Anyanga, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Centrafrique considère ce dialogue comme « historique » : « Nous attendons que tous les acteurs y aillent dans un esprit de compromis, qu’il en sorte de ces consultations historiques, un répit pour la population centrafricaine qui n’a que trop souffert, un espoir de paix, d’une paix durable ». S’il reconnaît que ce ne sera pas chose aisée d’aboutir à des conclusions pacifiques, « ne pas aller à Khartoum, c’est se mettre au ban de l’histoire et donc s’interdire l’opportunité de pouvoir faire quelque chose de bien pour son pays pour une fois, faire quelque chose de bien pour la Centrafrique ». Finalement, toutes les factions ont participé à la rencontre.

Smail Chergui, Commissaire à la paix et à la sécurité de l’UA s’est rendu au Soudan pour faciliter ce dialogue direct entre les différentes parties. En vue d’obtenir une réconciliation, il s’est adressé aux participants : « En ces moments cruciaux pour la République centrafricaine, vous avez autant que nous une obligation de résultat ». Il a par la même, réitéré le soutien de l’Union africaine « Je voudrais une fois de plus vous assurer de l’entière mobilisation de la Commission de l’Union africaine pour accompagner les parties prenantes centrafricaines dans le règlement durable du conflit dévastateur ».

A l’issue de la rencontre, Jean-Pierre Lacroix, qui a fait le déplacement à Khartoum, a déclaré : « Je suis encouragé de voir présents des représentants des partis politiques, de l’Assemblée nationale, des femmes, des jeunes, de la plate-forme religieuse et des victimes ».

Toutefois, l’ancien président centrafricain François Bozizé, renversé en 2013 et vivant en exil en Ouganda, a écrit à Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’Union africaine, chargé de chapeauter ces négociations. Il dénonce l’exclusion des anciens chefs d’Etat de Centrafrique du dialogue. Il tient pour responsable le gouvernement actuel de son pays, présidé par Faustin-Archange Touadéra. Il espère être convié à y participer avant la fin des négociations pour une résolution définitive de la situation en RCA.

Le dialogue devrait se poursuivre jusqu’au 2 février.

 

G5 Sahel : recrudescence des tensions et manque de moyens

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Jeudi 15 novembre 2018, la situation au Sahel a fait l’objet de discussions au Conseil de sécurité. Jean-Pierre LACROIX, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l’ONU et Maman SIDIKOU, Secrétaire permanent de la Force conjointe du Groupe de cinq pays du Sahel, le G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad), ont mis en garde le Conseil face au terrorisme qui se répand dans la région, aggravant de fait la crise sécuritaire et humanitaire.

Le G5 Sahel, créé en 2014, est un cadre institutionnel de coordination et de coopération régionales entre les 5 Etats membres dans les domaines du développement et de la sécurité. Dans son rapport du 12 novembre dernier, le Secrétaire général Antonio GUTERRES écrit : « le Conseil de sécurité a salué les progrès accomplis pour rendre opérationnelle la Force conjointe du Groupe de cinq pays du Sahel ». Toutefois, il fait référence à l’insécurité, la situation dans la région s’étant détériorée au cours de ces derniers mois. Le document mentionne l’attentat terroriste du 29 juin 2018 au Mali contre le quartier général de la Force conjointe à Sévaré, ayant porté un « coup sévère » aux efforts entrepris.

Devant le Conseil de sécurité, Jean-Pierre LACROIX et Maman SIDIKOU ont souligné la « recrudescence » de l’insécurité, marquée par « la hausse des attaques contre des civils, des responsables gouvernementaux, des forces de sécurité et de défense au Burkina Faso, au Mali et au Niger ». Jean-Pierre LACROIX alerte sur la situation sécuritaire « extrêmement préoccupante » où « la population civile paie le plus lourd tribut ».

Ainsi, les délégations présentes ont insisté « sur l’importance de réaliser la pleine capacité opérationnelle de la Force » mais le manque de moyens reste un frein majeur à la stabilisation de la région. Dans le rapport, est stipulé qu’« en raison d’un manque important de matériel et de formation, il a été nécessaire de reporter par deux fois la date limite de réalisation de la pleine capacité opérationnelle et un nouveau calendrier n’a pas encore été défini ». A titre d’exemple, la Force conjointe du G5 Sahel n’a bénéficié que de 17,9 millions d’euros en équipements et services alors que 414 millions d’euros lui ont été promis lors de la Conférence internationale de Bruxelles du 23 février 2018. Pour Pierre BUYOYA, Haut-représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, la communauté internationale doit affirmer son soutien à la région, dans un moment qu’il considère comme étant un « tournant décisif ».

Question soulevée lors du dernier Sommet de l’Union africaine et réitérée par Jean-Pierre LACROIX, la Force conjointe du G5 peut-elle être placée sous un mandat du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies et bénéficier alors d’un financement suffisant ? Par la voix de son représentant, François DELATTRE, la France espère relancer une initiative au Conseil de sécurité afin d’obtenir ce financement pérenne et appelle à une « matérialisation sans délai » de l’aide promise par la communauté internationale afin de combattre les groupes terroristes. Soutien des pays africains, le point de vue de Paris diffère de celui des autres délégations à l’instar des Etats-Unis, pour qui l’option militaire n’est pas suffisante à elle seule. Dans cette optique, Washington reste convaincu que la « meilleure manière » de résoudre la situation passe par un plan bilatéral. Le pays a de fait presque doublé son aide financière envers les pays du Sahel ces dernières années.

Alors qu’elle devait être opérationnelle, la Force conjointe est encore loin d’être efficiente au Sahel, où la situation interne qui se dégrade au Mali représente une menace pour toute la région.

L’ONU somme l’Algérie sur la question des migrants

Des migrants expulsés d’Algérie débarquant d’un bus dans le désert. Mai 2018.
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Dans un rapport publié à Niamey le 9 octobre 2018, Felipe GONZALEZ MORALES, rapporteur spécial de l’ONU sur la question des droits de l’Homme des migrants, a appelé l’Algérie à « cesser immédiatement les expulsions collectives de migrants » africains vers le Niger. A l’issue d’une mission menée au Niger du 1er au 8 octobre, il dénonce les traitement subis et les opérations de rapatriement forcé.

Des hommes d’origine subsaharienne vivant et travaillant en Algérie depuis des années sont également victimes de ce phénomène. Felipe GONZALEZ MORALES s’est indigné du sort des migrants qui « sont raflés à leurs domiciles en pleine nuit sans même avoir le temps de s’habiller, de prendre leurs affaires et leurs économies ». Emmenés dans des postes de police où ils sont « battus », selon les termes du rapporteur spécial de l’ONU, ils sont conduits vers la frontière du Niger en bus, où ils doivent marcher dans le désert afin de rejoindre la ville la plus proche.

En réponse, le gouvernement algérien, qui avait déjà réfuté les accusations de mauvais traitement en juillet, a rejeté mercredi 10 octobre « globalement et dans le détail les assertions » de Felipe GONZALEZ MORALES. Le ministère des affaires étrangères algérien, étonné des propos tenus par le rapporteur spécial onusien, considère que ce dernier « outrepasse les limites de son mandat » et « prend pour vérités les allégations des personnes reconduites à la frontière pour séjour illégal ». Demandant des explications au représentant de l’Organisation internationale pour les migrants (OIM) au Niger, Alger l’accuse dans le même temps de « devenir un vecteur de propagande alimentant et entretenant depuis des mois une campagne de désinformation contre l’Algérie. »

Si l’Algérie rappelle sa « lutte implacable contre la traite humaine et les réseaux de passeurs » dans le cadre de sa campagne contre le crime organisé transnational, elle affirme que les « opérations de reconduite aux frontières des migrants illégaux vont se poursuivre ». Et de rappeler qu’elles « se dérouleront dans le respect de la dignité des personnes » conformément à la loi algérienne et aux dispositions des conventions internationales.

Selon les chiffres officiels de l’OIM, Alger a expulsé 35 600 Nigériens depuis 2014 dont plus de 12 000 depuis le début de l’année 2018. De plus, plus de 8 000 personnes venus d’Afrique de l’Ouest ont été reconduits aux frontières. Face au sort réservé aux migrants en Algérie, l’OIM a critiqué à plusieurs reprises la politique menée par les autorités algériennes.

Union européenne et insécurité : à l’heure où la mission EUCAP Sahel Niger est prolongée, quid de la situation au Sahel ?

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Dans le cadre de sa politique de sécurité et de défense commune (PSDC), l’Union européenne agit dans le cadre de missions extérieures.

Au Niger est lancée en 2012 la mission civile EUCAP Sahel Niger afin de fournir des conseils, des formations et une aide aux autorités nigériennes en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme et le crime organisé. En 2016, la mission a adopté une nouvelle dimension en combattant également la migration irrégulière.

Le 18 septembre 2018, le Conseil européen a prorogé son mandat jusqu’au 30 septembre 2020 et a fixé son budget à 63,4 millions d’euros du 1er octobre 2018 au 30 septembre 2020.

Un appui européen au-delà des frontières de l’Union européenne

Cette fonction revient aux origines de l’Europe. Si le projet initial n’était pas une Europe de la défense, il s’agissait au contraire d’établir une « Europe de la paix ».

La PSDC, permettant une politique de défense commune de l’Union où chaque Etat-membre demeure souverain dans sa politique de défense nationale, est imaginée sur la base du Traité de Nice en 2000. Elle est consacrée en 2009 par le Traité de Lisbonne à travers le Titre V. Conforme aux principes des Nations-Unies, la PSDC entend renforcer le rôle de l’UE en complément avec l’OTAN, notamment lors des crises militaires et civiles. Les objectifs de la PSDC ne sont pas liés à la défense du continent européen, cette fonction étant déjà remplie par les armées nationales et l’OTAN. Elle entend plutôt promouvoir le maintien de la paix notamment par la construction de structures étatiques.

A travers ses efforts de pacification du monde au sein de la PSDC ou des mandats de l’ONU, l’UE met en place des partenariats extérieurs et des politiques de développement dans le but de défendre ses idées par le biais de la gestion des crises et ses tentatives de résolution des conflits.

Les « opex » européennes comportent des abréviations. Si elles sont précédées par « FOR », elles font référence à des opérations de type militaire, tandis que les autres abréviations sont relatives à des missions dites civiles.

Au Sahel, les opérations prennent le nom de EUCAP, CAP faisant référence à Capacity Building Mission.

Une situation au Sahel inquiétante

Le Sahel renvoie à l’espace de transition entre le désert saharien au Nord et la zone soudanienne au Sud. Se référant à une dizaine de pays de part et d’autre du continent africain, c’est aujourd’hui l’une des régions les plus pauvres du monde. D’ailleurs, cette zone se caractérise comme un espace en crise.

Dans cette région du monde où coexistent des pays tels que le Mali, la Mauritanie, le Niger ou le Tchad, la fragilité de cet espace explique le succès des mouvements radicaux comme AQMI ou le MUJAO. L’essor de ces organisations terroristes djihadistes engendre des trafics en tous genres.

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A l’occasion de la Conférence de haut niveau des donateurs pour le développement du Mali en mai 2013 à Bruxelles, le Président du Conseil européen, le belge Herman Van Rompuy a déclaré :

« Le Sahel et l’Europe sont unis par l’histoire, la géographie, la culture. Nos relations remontent à l’Antiquité. Cette intimité fait de l’Europe et du Sahel des partenaires privilégiés. Notre avenir est lié autant que l’est notre passé. »

L’éclatement du conflit malien à partir de 2012 met le feu aux poudres dans une région du monde déjà fragilisée. En effet, cette guerre engendre le déplacement de réfugiés en direction du Niger et l’insécurité est grandissante aux frontières.  De plus, le Niger est devenu l’un des seuls pays de transit sahélien pour les Ouest-africains désireux de se rendre en Libye ou en Europe.

Le Niger et EUCAP Sahel Niger

En Afrique de l’Ouest, le Niger est le principal pays bénéficiaire de fonds internationaux. Il s’agit du pays le plus pauvre du monde derrière la République Centrafricaine selon le dernier rapport publié en 2017 par le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD). Les sommes débloquées en faveur du Niger par les agences de coopération complètent les budgets des différents projets et de celui d’EUCAP Sahel Niger. Pour sa première année d’existence, le budget alloué était de 8,7 millions d’euros. Concernant la période 2016-2018, EUCAP Sahel Niger bénéficiait d’un budget de 26,3 millions d’euros. Ce montant ne cesse de s’accroitre puisqu’il doit atteindre entre 2018 et 2020 près de 64 millions d’euros.

Alors que le pays ne consacrait que 14,8% de son budget à la sécurité et à la défense dans un contexte sécuritaire se dégradant, il est clair que Niamey a grandement besoin de l’aide extérieure pour faire face notamment à son endettement qui représentait en 2016 46,7% de son PIB, selon le FMI.

Le Niger occupant le rôle d’espace de transit, il tient une place importante dans les négociations entre l’Europe et l’Afrique, notamment depuis 2015 et le Sommet de la Valette sur les migrations. Le trafic illicite de migrants est aussi une des priorités de l’UE dans sa relation avec le Niger, le pays ayant ratifié le Protocole additionnel de Palerme des Nations-Unies de 2000 contre la criminalité transnationale organisée.

Une des raisons à l’origine de la création d’EUCAP Sahel Niger émane des conséquences du conflit libyen ayant de facto considérablement influé sur l’insécurité au Sahel.

A la demande du gouvernement nigérien, la mission EUCAP Sahel Niger débute en août 2012. Permise par la décision 2012/392/PESC, elle a pour but d’assister les forces de sécurité nigériennes en termes de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée.

Une cinquantaine d’experts internationaux provenant de divers Etats européens et une trentaine de membres du personnel local nigérien composent cette mission dont le quartier-général se trouve dans la capitale nigérienne.

Les tâches d’EUCAP Sahel Niger sont au nombre de cinq : fournir une assistance et des conseils pour la sécurité et le développement ; apporter un soutien dans la coordination régionale et internationale contre le terrorisme et la criminalité organisée ; renforcer l’Etat de droit avec le développement des capacités d’enquête criminelle et l’élaboration de programmes de formation ; permettre une pérennisation des forces de sécurité nigériennes et enfin l’aide au recensement, à la programmation et à la mise en œuvre des projets d’ordre sécuritaire.

Toutefois, si elle s’inscrit dans le cadre de la Stratégie de l’UE pour la sécurité et le développement de la région du Sahel, cette mission ne dispose d’aucun caractère exécutif, les experts en fonction ne pouvant pas non plus participer aux missions opérationnelles des services de sécurité nigériens.

EUCAP Sahel Niger fait don de matériels informatiques à Niamey pour lutter contre le terrorisme et le trafic illicite de migrants, juillet 2018.
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La mission EUCAP Sahel est concentrée sur le Niger mais ses activités ont été étendues à d’autres pays du Sahel, en l’occurrence la Somalie et le Mali.

EUCAP Sahel en Somalie

En 2012 est également mis en œuvre EUCAP Nestor, devenue en 2016 EUCAP Somalia. Cette mission, relative au domaine maritime régional dans les Etats de la corne de l’Afrique et dans l’océan Indien occidental, est une nouvelle fois une mission dite de renforcement.

Depuis 2008, l’Union européenne a apporté une assistance en Somalie d’un montant supérieur à 1,2 milliard d’euros, l’aide étant concentrée autour de trois secteurs : la construction d’un Etat de droit, la sécurité alimentaire et l’éducation. Pour la période du 1er mars au 31 décembre 2018, le budget a augmenté de plus de 40%.

EUCAP Sahel au Mali

Depuis janvier 2012, un conflit armé oppose l’armée malienne aux rebelles touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), une région au Nord du pays, et au mouvement salafiste Ansar Dine. Entre volonté indépendantiste des Touaregs et proclamation de l’intégrité du territoire de la part du gouvernement en place, le conflit s’est intensifié au début de l’année 2012 quand le MNLA lance une offensive contre plusieurs camps militaires au Nord du Mali et à l’issue du coup d’Etat des militaires basés à Bamako en mars, ayant engendré la fuite du Président en place. Cette crise politique permet au MNLA de déclarer l’indépendance de la région de l’Azawad le 6 avril.

Déjà, en octobre 2012, le Conseil européen a qualifié la crise malienne de « crise politique, sécuritaire et humanitaire » pouvant représenter une menace immédiate au Sahel, en Afrique mais également en Europe.

A partir de janvier 2013, l’Union européenne agit dans le cadre d’EUTM Mali (European Union Training Mission in Mali) permise par la PSDC. Il s’agit d’une mission de formation permettant des conseils de l’UE en matière militaire afin de leur permettre de mener des opérations dans le but de rétablir l’intégrité du territoire et de réduire la menace constituée par les groupes terroristes. L’objectif global d’EUTM Mali est de répondre aux besoins opérationnels des forces armées maliennes. Si la mission regroupe près de 550 militaires issus de 23 Etats-membres, l’EUTM ne participera pas à des opérations de combat. Parmi ces militaires qui doivent former environ 3 000 soldats maliens de quatre régions du Mali, 210 sont français. Prévue pour une durée de 15 mois, cette période est jugée trop courte pour mener à bien la mission instituée.

La décision de la PESC concernant l’EUTM insiste sur sa cohérence. En effet, l’EUTM doit coordonner son action avec l’EUCAP Sahel Niger, l’action de la France au Mali, l’ONU, l’Union africaine, et les autres organisations ou Etats ayant un rôle dans la région.

A contrario, la France, en janvier 2013, lance l’opération militaire Serval afin de soutenir les troupes maliennes face aux groupes armés islamistes ayant pris le contrôle de l’Azawad. A la demande des autorités maliennes, la France s’engage dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Pour la première fois de son histoire, l’Union européenne voit l’un de ses Etats-membres, en l’occurrence la France, décider de sa propre initiative de mener une opération militaire en Afrique en ayant le soutien des autres Etats.

Le 15 avril 2014, à la suite d’une invitation officielle du gouvernement malien à aider les forces de sécurité intérieure à réaffirmer leur autorité dans l’ensemble du pays, le Conseil de l’Union européenne approuve le mandat d’EUCAP Sahel Mali. Et, depuis 2015, l’UE agit au Mali dans le cadre de la mission de soutien à travers EUCAP Sahel Mali. Il s’agit d’une mission civile dont l’objectif est de rétablir une paix et une sécurité durables au Mali. EUCAP Sahel Mali s’inscrit dans l’approche stratégique de l’Union, pour la sécurité et le développement au Sahel. Cette mission fournit des experts en conseil stratégique et en formation à la police, la gendarmerie, la Garde nationale mais également aux ministères concernés.

Le Général LECOINTRE, commandant la mission de formation d’EUTM Mali de janvier à juillet 2013, et les forces maliennes en 2013.
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Des défis à surmonter

Alors qu’en septembre 2013, le Président de la République française François Hollande déclarait « Nous avons gagné cette guerre » en évoquant le Mali, la région sahélienne n’est pas, à l’heure actuelle, exempte de tensions. Le Mali est dans un état de délitement inquiétant et les violences se diffusent au-delà des frontières, touchant les pays voisins, le Burkina Faso et le Niger en particulier.

Les Nations-Unies permettent à l’Union européenne des mandats pour des actions de maintien de la paix en lui conférant une dimension et une légitimité internationales. La PESD représente alors un atout pour l’ONU.

Néanmoins, la défense européenne ne dispose pas d’un caractère opérationnel et ne peut fonctionner en dehors de l’OTAN ou de l’influence d’un Etat-membre de l’UE. Pour devenir un acteur de la sécurité collective, l’UE devra surmonter des défis, notamment en cordonnant ses actions en termes d’humanitaire, de politique, de judiciaire et de moyens militaires.

Le bilan de l’action de l’UE est mitigé à tel point que le 18 septembre 2018, la Cour des comptes de l’Union européenne, dans un rapport publié, estime que le soutien financier de l’Union européenne pour la paix et la sécurité en Afrique « a eu peu d’effet ». Il apparait donc urgent de « recentrer l’aide de l’UE dans le but de la rendre davantage axée sur des mesures de renforcement des capacités plutôt que sur le financement des coûts opérationnels ».

Près de 80% des fonds de l’UE sont utilisés pour financer des opérations de maintien de la paix telles que la mission de l’Union africaine en Somalie. L’UE souligne d’ailleurs que depuis sa création en 2002, l’Union africaine (UA) peine à s’imposer comme acteur politique sur le continent africain. L’UA entend s’inspirer de la Commission européenne en tant que puissant exécutif politique. Toutefois, il a été difficile pour l’UA de convaincre ses 55 pays membres de financer l’organisation. En 2017, les donateurs ont contribué à hauteur de 54% du budget annuel de 395 millions d’euros.

Le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker souhaite conclure un accord européo-africain. Cet accord est pensé dans une optique d’égal à égal, désirant une implication plus forte de l’Europe sur le continent africain, à l’heure où l’influence de la Chine se diffuse. L’Union européenne doit donc faire face à un défi : l’aide apportée au Sahel doit se montrer plus efficiente.

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