Zone sahélo-saharienne

L’ONU somme l’Algérie sur la question des migrants

Des migrants expulsés d’Algérie débarquant d’un bus dans le désert. Mai 2018.
Tous droits réservés.

Dans un rapport publié à Niamey le 9 octobre 2018, Felipe GONZALEZ MORALES, rapporteur spécial de l’ONU sur la question des droits de l’Homme des migrants, a appelé l’Algérie à « cesser immédiatement les expulsions collectives de migrants » africains vers le Niger. A l’issue d’une mission menée au Niger du 1er au 8 octobre, il dénonce les traitement subis et les opérations de rapatriement forcé.

Des hommes d’origine subsaharienne vivant et travaillant en Algérie depuis des années sont également victimes de ce phénomène. Felipe GONZALEZ MORALES s’est indigné du sort des migrants qui « sont raflés à leurs domiciles en pleine nuit sans même avoir le temps de s’habiller, de prendre leurs affaires et leurs économies ». Emmenés dans des postes de police où ils sont « battus », selon les termes du rapporteur spécial de l’ONU, ils sont conduits vers la frontière du Niger en bus, où ils doivent marcher dans le désert afin de rejoindre la ville la plus proche.

En réponse, le gouvernement algérien, qui avait déjà réfuté les accusations de mauvais traitement en juillet, a rejeté mercredi 10 octobre « globalement et dans le détail les assertions » de Felipe GONZALEZ MORALES. Le ministère des affaires étrangères algérien, étonné des propos tenus par le rapporteur spécial onusien, considère que ce dernier « outrepasse les limites de son mandat » et « prend pour vérités les allégations des personnes reconduites à la frontière pour séjour illégal ». Demandant des explications au représentant de l’Organisation internationale pour les migrants (OIM) au Niger, Alger l’accuse dans le même temps de « devenir un vecteur de propagande alimentant et entretenant depuis des mois une campagne de désinformation contre l’Algérie. »

Si l’Algérie rappelle sa « lutte implacable contre la traite humaine et les réseaux de passeurs » dans le cadre de sa campagne contre le crime organisé transnational, elle affirme que les « opérations de reconduite aux frontières des migrants illégaux vont se poursuivre ». Et de rappeler qu’elles « se dérouleront dans le respect de la dignité des personnes » conformément à la loi algérienne et aux dispositions des conventions internationales.

Selon les chiffres officiels de l’OIM, Alger a expulsé 35 600 Nigériens depuis 2014 dont plus de 12 000 depuis le début de l’année 2018. De plus, plus de 8 000 personnes venus d’Afrique de l’Ouest ont été reconduits aux frontières. Face au sort réservé aux migrants en Algérie, l’OIM a critiqué à plusieurs reprises la politique menée par les autorités algériennes.

Union européenne et insécurité : à l’heure où la mission EUCAP Sahel Niger est prolongée, quid de la situation au Sahel ?

Tous droits réservés

Dans le cadre de sa politique de sécurité et de défense commune (PSDC), l’Union européenne agit dans le cadre de missions extérieures.

Au Niger est lancée en 2012 la mission civile EUCAP Sahel Niger afin de fournir des conseils, des formations et une aide aux autorités nigériennes en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme et le crime organisé. En 2016, la mission a adopté une nouvelle dimension en combattant également la migration irrégulière.

Le 18 septembre 2018, le Conseil européen a prorogé son mandat jusqu’au 30 septembre 2020 et a fixé son budget à 63,4 millions d’euros du 1er octobre 2018 au 30 septembre 2020.

Un appui européen au-delà des frontières de l’Union européenne

Cette fonction revient aux origines de l’Europe. Si le projet initial n’était pas une Europe de la défense, il s’agissait au contraire d’établir une « Europe de la paix ».

La PSDC, permettant une politique de défense commune de l’Union où chaque Etat-membre demeure souverain dans sa politique de défense nationale, est imaginée sur la base du Traité de Nice en 2000. Elle est consacrée en 2009 par le Traité de Lisbonne à travers le Titre V. Conforme aux principes des Nations-Unies, la PSDC entend renforcer le rôle de l’UE en complément avec l’OTAN, notamment lors des crises militaires et civiles. Les objectifs de la PSDC ne sont pas liés à la défense du continent européen, cette fonction étant déjà remplie par les armées nationales et l’OTAN. Elle entend plutôt promouvoir le maintien de la paix notamment par la construction de structures étatiques.

A travers ses efforts de pacification du monde au sein de la PSDC ou des mandats de l’ONU, l’UE met en place des partenariats extérieurs et des politiques de développement dans le but de défendre ses idées par le biais de la gestion des crises et ses tentatives de résolution des conflits.

Les « opex » européennes comportent des abréviations. Si elles sont précédées par « FOR », elles font référence à des opérations de type militaire, tandis que les autres abréviations sont relatives à des missions dites civiles.

Au Sahel, les opérations prennent le nom de EUCAP, CAP faisant référence à Capacity Building Mission.

Une situation au Sahel inquiétante

Le Sahel renvoie à l’espace de transition entre le désert saharien au Nord et la zone soudanienne au Sud. Se référant à une dizaine de pays de part et d’autre du continent africain, c’est aujourd’hui l’une des régions les plus pauvres du monde. D’ailleurs, cette zone se caractérise comme un espace en crise.

Dans cette région du monde où coexistent des pays tels que le Mali, la Mauritanie, le Niger ou le Tchad, la fragilité de cet espace explique le succès des mouvements radicaux comme AQMI ou le MUJAO. L’essor de ces organisations terroristes djihadistes engendre des trafics en tous genres.

Tous droits réservés

 

A l’occasion de la Conférence de haut niveau des donateurs pour le développement du Mali en mai 2013 à Bruxelles, le Président du Conseil européen, le belge Herman Van Rompuy a déclaré :

« Le Sahel et l’Europe sont unis par l’histoire, la géographie, la culture. Nos relations remontent à l’Antiquité. Cette intimité fait de l’Europe et du Sahel des partenaires privilégiés. Notre avenir est lié autant que l’est notre passé. »

L’éclatement du conflit malien à partir de 2012 met le feu aux poudres dans une région du monde déjà fragilisée. En effet, cette guerre engendre le déplacement de réfugiés en direction du Niger et l’insécurité est grandissante aux frontières.  De plus, le Niger est devenu l’un des seuls pays de transit sahélien pour les Ouest-africains désireux de se rendre en Libye ou en Europe.

Le Niger et EUCAP Sahel Niger

En Afrique de l’Ouest, le Niger est le principal pays bénéficiaire de fonds internationaux. Il s’agit du pays le plus pauvre du monde derrière la République Centrafricaine selon le dernier rapport publié en 2017 par le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD). Les sommes débloquées en faveur du Niger par les agences de coopération complètent les budgets des différents projets et de celui d’EUCAP Sahel Niger. Pour sa première année d’existence, le budget alloué était de 8,7 millions d’euros. Concernant la période 2016-2018, EUCAP Sahel Niger bénéficiait d’un budget de 26,3 millions d’euros. Ce montant ne cesse de s’accroitre puisqu’il doit atteindre entre 2018 et 2020 près de 64 millions d’euros.

Alors que le pays ne consacrait que 14,8% de son budget à la sécurité et à la défense dans un contexte sécuritaire se dégradant, il est clair que Niamey a grandement besoin de l’aide extérieure pour faire face notamment à son endettement qui représentait en 2016 46,7% de son PIB, selon le FMI.

Le Niger occupant le rôle d’espace de transit, il tient une place importante dans les négociations entre l’Europe et l’Afrique, notamment depuis 2015 et le Sommet de la Valette sur les migrations. Le trafic illicite de migrants est aussi une des priorités de l’UE dans sa relation avec le Niger, le pays ayant ratifié le Protocole additionnel de Palerme des Nations-Unies de 2000 contre la criminalité transnationale organisée.

Une des raisons à l’origine de la création d’EUCAP Sahel Niger émane des conséquences du conflit libyen ayant de facto considérablement influé sur l’insécurité au Sahel.

A la demande du gouvernement nigérien, la mission EUCAP Sahel Niger débute en août 2012. Permise par la décision 2012/392/PESC, elle a pour but d’assister les forces de sécurité nigériennes en termes de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée.

Une cinquantaine d’experts internationaux provenant de divers Etats européens et une trentaine de membres du personnel local nigérien composent cette mission dont le quartier-général se trouve dans la capitale nigérienne.

Les tâches d’EUCAP Sahel Niger sont au nombre de cinq : fournir une assistance et des conseils pour la sécurité et le développement ; apporter un soutien dans la coordination régionale et internationale contre le terrorisme et la criminalité organisée ; renforcer l’Etat de droit avec le développement des capacités d’enquête criminelle et l’élaboration de programmes de formation ; permettre une pérennisation des forces de sécurité nigériennes et enfin l’aide au recensement, à la programmation et à la mise en œuvre des projets d’ordre sécuritaire.

Toutefois, si elle s’inscrit dans le cadre de la Stratégie de l’UE pour la sécurité et le développement de la région du Sahel, cette mission ne dispose d’aucun caractère exécutif, les experts en fonction ne pouvant pas non plus participer aux missions opérationnelles des services de sécurité nigériens.

EUCAP Sahel Niger fait don de matériels informatiques à Niamey pour lutter contre le terrorisme et le trafic illicite de migrants, juillet 2018.
Tous droits réservés

La mission EUCAP Sahel est concentrée sur le Niger mais ses activités ont été étendues à d’autres pays du Sahel, en l’occurrence la Somalie et le Mali.

EUCAP Sahel en Somalie

En 2012 est également mis en œuvre EUCAP Nestor, devenue en 2016 EUCAP Somalia. Cette mission, relative au domaine maritime régional dans les Etats de la corne de l’Afrique et dans l’océan Indien occidental, est une nouvelle fois une mission dite de renforcement.

Depuis 2008, l’Union européenne a apporté une assistance en Somalie d’un montant supérieur à 1,2 milliard d’euros, l’aide étant concentrée autour de trois secteurs : la construction d’un Etat de droit, la sécurité alimentaire et l’éducation. Pour la période du 1er mars au 31 décembre 2018, le budget a augmenté de plus de 40%.

EUCAP Sahel au Mali

Depuis janvier 2012, un conflit armé oppose l’armée malienne aux rebelles touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), une région au Nord du pays, et au mouvement salafiste Ansar Dine. Entre volonté indépendantiste des Touaregs et proclamation de l’intégrité du territoire de la part du gouvernement en place, le conflit s’est intensifié au début de l’année 2012 quand le MNLA lance une offensive contre plusieurs camps militaires au Nord du Mali et à l’issue du coup d’Etat des militaires basés à Bamako en mars, ayant engendré la fuite du Président en place. Cette crise politique permet au MNLA de déclarer l’indépendance de la région de l’Azawad le 6 avril.

Déjà, en octobre 2012, le Conseil européen a qualifié la crise malienne de « crise politique, sécuritaire et humanitaire » pouvant représenter une menace immédiate au Sahel, en Afrique mais également en Europe.

A partir de janvier 2013, l’Union européenne agit dans le cadre d’EUTM Mali (European Union Training Mission in Mali) permise par la PSDC. Il s’agit d’une mission de formation permettant des conseils de l’UE en matière militaire afin de leur permettre de mener des opérations dans le but de rétablir l’intégrité du territoire et de réduire la menace constituée par les groupes terroristes. L’objectif global d’EUTM Mali est de répondre aux besoins opérationnels des forces armées maliennes. Si la mission regroupe près de 550 militaires issus de 23 Etats-membres, l’EUTM ne participera pas à des opérations de combat. Parmi ces militaires qui doivent former environ 3 000 soldats maliens de quatre régions du Mali, 210 sont français. Prévue pour une durée de 15 mois, cette période est jugée trop courte pour mener à bien la mission instituée.

La décision de la PESC concernant l’EUTM insiste sur sa cohérence. En effet, l’EUTM doit coordonner son action avec l’EUCAP Sahel Niger, l’action de la France au Mali, l’ONU, l’Union africaine, et les autres organisations ou Etats ayant un rôle dans la région.

A contrario, la France, en janvier 2013, lance l’opération militaire Serval afin de soutenir les troupes maliennes face aux groupes armés islamistes ayant pris le contrôle de l’Azawad. A la demande des autorités maliennes, la France s’engage dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Pour la première fois de son histoire, l’Union européenne voit l’un de ses Etats-membres, en l’occurrence la France, décider de sa propre initiative de mener une opération militaire en Afrique en ayant le soutien des autres Etats.

Le 15 avril 2014, à la suite d’une invitation officielle du gouvernement malien à aider les forces de sécurité intérieure à réaffirmer leur autorité dans l’ensemble du pays, le Conseil de l’Union européenne approuve le mandat d’EUCAP Sahel Mali. Et, depuis 2015, l’UE agit au Mali dans le cadre de la mission de soutien à travers EUCAP Sahel Mali. Il s’agit d’une mission civile dont l’objectif est de rétablir une paix et une sécurité durables au Mali. EUCAP Sahel Mali s’inscrit dans l’approche stratégique de l’Union, pour la sécurité et le développement au Sahel. Cette mission fournit des experts en conseil stratégique et en formation à la police, la gendarmerie, la Garde nationale mais également aux ministères concernés.

Le Général LECOINTRE, commandant la mission de formation d’EUTM Mali de janvier à juillet 2013, et les forces maliennes en 2013.
Tous droits réservés.

Des défis à surmonter

Alors qu’en septembre 2013, le Président de la République française François Hollande déclarait « Nous avons gagné cette guerre » en évoquant le Mali, la région sahélienne n’est pas, à l’heure actuelle, exempte de tensions. Le Mali est dans un état de délitement inquiétant et les violences se diffusent au-delà des frontières, touchant les pays voisins, le Burkina Faso et le Niger en particulier.

Les Nations-Unies permettent à l’Union européenne des mandats pour des actions de maintien de la paix en lui conférant une dimension et une légitimité internationales. La PESD représente alors un atout pour l’ONU.

Néanmoins, la défense européenne ne dispose pas d’un caractère opérationnel et ne peut fonctionner en dehors de l’OTAN ou de l’influence d’un Etat-membre de l’UE. Pour devenir un acteur de la sécurité collective, l’UE devra surmonter des défis, notamment en cordonnant ses actions en termes d’humanitaire, de politique, de judiciaire et de moyens militaires.

Le bilan de l’action de l’UE est mitigé à tel point que le 18 septembre 2018, la Cour des comptes de l’Union européenne, dans un rapport publié, estime que le soutien financier de l’Union européenne pour la paix et la sécurité en Afrique « a eu peu d’effet ». Il apparait donc urgent de « recentrer l’aide de l’UE dans le but de la rendre davantage axée sur des mesures de renforcement des capacités plutôt que sur le financement des coûts opérationnels ».

Près de 80% des fonds de l’UE sont utilisés pour financer des opérations de maintien de la paix telles que la mission de l’Union africaine en Somalie. L’UE souligne d’ailleurs que depuis sa création en 2002, l’Union africaine (UA) peine à s’imposer comme acteur politique sur le continent africain. L’UA entend s’inspirer de la Commission européenne en tant que puissant exécutif politique. Toutefois, il a été difficile pour l’UA de convaincre ses 55 pays membres de financer l’organisation. En 2017, les donateurs ont contribué à hauteur de 54% du budget annuel de 395 millions d’euros.

Le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker souhaite conclure un accord européo-africain. Cet accord est pensé dans une optique d’égal à égal, désirant une implication plus forte de l’Europe sur le continent africain, à l’heure où l’influence de la Chine se diffuse. L’Union européenne doit donc faire face à un défi : l’aide apportée au Sahel doit se montrer plus efficiente.

Tous droits réservés.

Des élections en Libye ?

Le Premier ministre AL SARRAJ, le Président français Emmanuel MACRON et le maréchal HAFTAR à La-Celle-Saint-Cloud, 25 juillet 2017
Tous droits réservés

« La Libye n’est pas prête pour des élections » déclarait le Premier ministre du Gouvernement National d’Accord (GNA) Faïez AL SARRAJ en septembre 2018. Depuis 2016, se font front en Libye deux hommes forts. D’un côté, Faïez AL SARRAJ, est le Premier ministre du GNA de Tripoli formé sous l’égide de l’ONU à l’issue de la deuxième guerre civile libyenne et de la progression de l’Etat islamique sur le territoire libyen. S’il incarne le pouvoir légitime et bénéficie du soutien italien, il n’est pas reconnu comme tel par l’ensemble du pays. Face à lui, le maréchal Khalifa HAFTAR est le chef de l’Armée nationale libyenne contrôlant l’Est de la Libye. Auréolé de la libération de la ville de Benghazi des djihadistes et bénéficiant de l’appui du Parlement de Tobrouk, il est considéré comme proche du Caire et de Paris.

Si les deux hommes se sont rencontrés en juillet 2017 à La-Celle-Saint-Cloud en présence du Président de la République française Emmanuel MACRON en s’engageant à un cessez-le-feu, il est promis en mai 2018 à Paris la tenue d’élections présidentielles et législatives pour le 10 décembre 2018.

Or, le Premier ministre estime que les conditions ne sont pas remplies pour organiser ces élections. La situation de cessez-le-feu ne semble tenir qu’à un fil : tandis que les combats entre milices rivales armées ne cessent de s’accroître, la menace djihadiste se montre grandissante, notamment dans la capitale. Le Parlement situé à Tobrouk, dans l’Est du pays, rejoint la position du Premier ministre et bloque l’adoption de la Loi électorale initiée par les Nations-Unies.

Ces points de vue viennent contredire les attentes françaises et onusiennes qui espèrent maintenir ces élections en décembre 2018. La question devient épineuse puisqu’elle envenime les relations franco-italiennes. Rome s’oppose depuis quelques semaines à la tenue de ces élections, dénonçant une volonté d’ingérence de la part de la France.  Toutefois, la France maintient sa position en soutenant les efforts des autorités libyennes et onusiennes quant à la poursuite du processus politique mis en place.

Alors que le calendrier défendu par Paris entend être le moyen de sortir le pays du chaos, Rome et Tripoli, appuyés par Washington, considèrent la réunification des institutions comme prioritaire aux élections.

Sept ans après la chute de Mouammar KADHAFI, la Libye baigne dans un climat d’insécurité et devient alors le théâtre d’influence entre la France et l’Italie.

Les Casques bleus, victimes ignorées des conflits en Afrique

Sans que ces décès fassent la Une d’une actualité déjà chargée, les derniers jours ont été marqué par la mort de plusieurs « soldats de la paix » au Mali et en République centrafricaine. Depuis le début de l’année 2013, plus de 170 Casques bleus sont tombés au champ d’honneur, la plupart en Afrique.

Au Mali, le 24 novembre 2017, trois militaires nigériens de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) ont perdu la vie lors d’une opération coordonnée avec les forces de défense maliennes dans la région de Ménaka (Mali), tandis qu’un Casque bleu burkinabé succombait durant une attaque perpétrée contre un convoi de la MINUSMA dans la région de Mopti.

Malgré la montée en puissance très progressive de la force conjointe du G5 Sahel, les groupes terroristes sont toujours très actifs au Mali, où ils bénéficient du soutien discret de membres de tribus touareg. Conscient de cette duplicité et du manque d’enthousiasme du pouvoir en place à Bamako, les membres du Conseil de sécurité ont ainsi « demandé instamment aux parties maliennes d’appliquer pleinement l’Accord sans plus tarder » (cf. article du 7 septembre 2017 =>).

En République centrafricaine, le 26 novembre 2017, c’est un militaire égyptien de de la Mission multidimensionnelle intégrée pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) qui est décédé à proximité de Gambo, suite à l’attaque d’un convoi évoluant sur l’axe Bangassou-Kongbopar par des éléments antibalaka. Treize Casques bleus sont tombés en République centrafricaine depuis janvier 2017, victime d’actes hostiles. Ce pays connaît une crise majeure depuis décembre 2012, avec un conflit opposant des groupes rebelles musulmans Seleka (Coalition), au pouvoir à Bangui à partir de mars 2013, au mouvement anti-balaka, majoritairement chrétien-animiste.

Le Conseil de sécurité avait renouvelé le 15 novembre 2017 le mandat de la MINUSCA, rehaussant à cette occasion le plafond de troupes de 900 militaires, et reconnaissant implicitement que la situation du pays ne s’était pas réellement améliorée malgré la tenue d’élections et la mise en place d’un gouvernement, dont l’autorité s’étend difficilement au-delà de la capitale Bangui. L’Union européenne mène une mission militaire de formation (EUTM RCA) « dans l’objectif de rendre les forces armées centrafricaines modernes, efficaces et démocratiquement responsables », mais le redéploiement de ces forces dans le pays ne se fait que très progressivement, le pays restant sous la coupe des milices armées de l’ex-Seleka et antibalaka.

Comme lors de chaque évènement dramatique touchant les « soldats de la paix », les membres du Conseil ont « souligné que les attaques visant des soldats de la paix peuvent constituer des crimes de guerre au regard du droit international » et menacé de sanctions les commanditaires et les auteurs des attaques.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie Institut FMES

Déclaration à la presse sur l’attaque contre la MINUSMA =>

Déclaration à la presse sur l’attaque contre la MINUSMA (Mopti) =>

Déclaration à la presse sur l’attaque contre la MINUSCA =>

Enjeux stratégiques au Sahel

Par Simon Rousseau, étudiant au sein du master 2 Défense Sécurité et Gestion de crise de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS).

Alors que la France vient de prendre la présidence du Conseil de Sécurité, la priorité annoncée porte sur la situation au Sahel et la stabilisation d’une région en proie à une crise polymorphe, notamment par le biais du G5 Sahel et de sa jeune force militaire.

Le Sahel est une zone particulièrement instable, résultat de facteurs endémiques – géographique, climatique, démographique et géopolitique. Ces derniers portent tant sur une longue histoire de tensions confessionnelles et ethniques que sur la faiblesse des Etats sahéliens et de leurs voisins. Ce terreau demeure particulièrement fertile pour le développement d’activités criminelles et la prolifération de groupes extrémistes armés qui continuent de représenter une menace active.

La présente note cherche à proposer sommairement quelques éléments explicatifs de la crise sahélienne dans l’élaboration d’une stratégie de sortie de crise.

Facteurs endémiques de déstabilisation

Géographie et climat

Le Sahel désigne, en arabe, la « terre plate » marquant la séparation entre le domaine saharien au nord, un vaste désert de sable, et les savanes du domaine soudanien au sud. Il constitue donc un espace tampon entre le monde méditerranéen et l’Afrique subsaharienne. Recouvrant près de 9 million de km2, le Sahel géographique présente des caractéristiques topographiques et climatiques particulières qui expliquent pour beaucoup les nombreuses crises et tensions au sein de cet espace. Le Sahel géopolitique, plus réduit, fait référence au cinq pays membre du G5 Sahel à savoir la Mauritanie, le Mali, le Burkina Fasso, le Niger et le Tchad.

Le climat y est aride, peu propice aux activités humaines, tandis que le risque de famine est très important, particulièrement en cas de sécheresses répétées qui préviennent toute activité agricole. Le Sahel marque donc une première ligne de fracture entre le nord désertique, propice à une vie nomade, et un sud plus fertile, sédentaire et agricole. Concernant les pays du G5 Sahel, à l’exception de la Mauritanie, ils sont tous enclavés et donc particulièrement dépendants aux pays voisins qui possèdent une façade maritime.

Démographie

La démographie au Sahel est galopante et les prévisions tablent sur plus de 280 millions d’habitants dans la zone d’ici 2040, ce qui n’est pas sans poser différents problèmes alors même que la population actuelle pâtit d’une pauvreté considérable et de difficultés tenant à l’alimentation. Par ailleurs cette population, de fait très jeune, souffre de l’absence d’infrastructures et de perspectives de développement. Pauvreté et sécheresse favorisent ainsi les nombreux trafics, sources d’opportunités économiques.

Clivages historiques, ethniques et religieux

Le Sahel constitue enfin le point de rencontre entre plusieurs groupes ethniques et religieux. Ainsi, selon les zones climatiques, différentes populations se sont développées. De manière schématique, au sud du Sahel, la présence d’eau en plus grande quantité a permis historiquement le développement de l’agriculture et de populations sédentaires africaines tandis que le nord restait peuplé par des tribus nomades arabes. Cette coexistence a été marquée par des rapports de force fluctuants entre les tribus nomades guerrières (notamment Touaregs) et les populations noires, sédentaires et paysannes longtemps mises en esclavage. Durant la période coloniale, ce rapport s’est inversé au profit des populations sédentaires tandis que la mise en place d’Etats modernes dans la région a contribué à l’éclatement d’ethnies nomades entre plusieurs pays. Les ressentis restent nombreux et les clivages recoupent également les religions avec la coexistence de groupes musulmans, chrétiens et animistes dans la zone.

 

 

 

 

 

 

 

Le Mali constitue peut-être l’exemple le plus significatif de ces fractures diverses.

Facteurs géopolitiques

Faiblesse des Etats sahéliens

Les Etats sahéliens apparaissent comme relativement faibles, notamment minés par une corruption endémique et des pratiques de mauvaise gouvernance. Longtemps, ils ont été incapables d’assurer tant leur développement économique interne et le bien-être de leur population que la protection de leurs territoires et de leurs frontières. Cette situation est lourde de conséquences puisqu’elle est à la source de nombreux problèmes. Ainsi, les Etats doivent aujourd’hui faire face à des mouvements d’opposition radicaux et armés à l’image du mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) touareg, au développement d’une économie criminelle organisant de très nombreux trafics sur leurs territoires et enfin à l’apparition de groupes extrémistes religieux à l’image d’Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI), d’Ansar Dine ou de Boko Haram.

Situation des pays voisins

Pour ne rien arranger, les fragilités de certains Etats voisins (voire leur implosion dans le cas libyen) contribuent à accentuer un peu plus les dangers et défis dans la région. Ainsi, les pays du G5 Sahel sont aujourd’hui entourés par des Etats eux-mêmes sujets à l’instabilité, notamment depuis les printemps arabes. Plus concrètement, le reflux vers le sud de djihadistes algériens (groupe islamiste armé, GIA) puis l’arrivée massive des Touaregs de Libye dans la région ont été deux véritables détonateurs de la dégradation de la situation. Aujourd’hui, la persistance de groupes armés, indépendantistes comme terroristes dans la région inquiète alors même que l’Etat Islamique, en retrait au Levant, peut chercher à s’implanter dans cette zone de chaos, propice à la poursuite des activités de l’organisation.

Pour conclure

Le véritable enjeu au Sahel ne correspond donc pas seulement à la lutte contre le terrorisme et les différents groupes armés, indépendantistes et criminels mais bien plutôt à la résolution plus large de la crise politique, sociale et économique que traverse l’ensemble de la région sahélienne. Une solution purement militaire ne semble pas à même de porter ses fruits sur le long terme.

Sources

La force conjointe du G5 Sahel, priorité de la présidence française du Conseil de sécurité

François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations-Unies, a présenté le programme de la présidence française pour le mois d’octobre 2017. Se référant au discours d’Emmanuel Macron, il a confirmé la conviction française que le multiralisme est nécessaire à la résolution des conflits planétaires.

Sans surprise, la priorité française sera la situation dans le Sahel et la force du G5 Sahel. Alors que les médias se focalisent sur l’évolution de la situation au Levant, François Delattre a tenu à souligner la prégnance de la menace terroriste au Sahel, et a appelé à une mobilisation de la communauté internationale en soutien à la force conjointe du G5 Sahel, « outil approprié pour compléter l’action de la MINUSMA ».

Après avoir reçu l’aval du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, les cinq gouvernements du Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, Burkina-Faso), regroupés sous le vocable « Groupe de cinq pays du Sahel (G5 Sahel) », ont en effet décidé le déploiement d’une force conjointe de 5 000 militaires destinée à mener des opérations militaires transfrontalières de lutte contre le terrorisme. Le poste de commandement central de cette force a été inauguré le 9 septembre 2017 à Sévaré, dans le centre du Mali, par le président malien Ibrahim Boubacar Keita. Le financement intégral de cette force est estimé à 423 millions d’euros, dont 75 % restent à trouver. Profitant de son intervention à l’Assemblé générale des Nations Unies, le Président malien avait lancé un appel à la communauté internationale le 19 septembre 2017, invitant « tous les pays amis et les organisations internationales partenaires à la Conférence internationale de planification des contributions de la Force, prévue en décembre 2017 ».

La deuxième priorité française sera celle du maintien de la paix, qui nécessite de revoir les opérations en cours et d’examiner la question cruciale de la « génération de forces ». Les Nations-Unies manquent en effet « d’unités rapidement déployables, capables de remplir les mandats qui leur sont confiés ». A titre d’illustration, un membre de la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale avait récemment observé que « l’essentiel des moyens de la MINUSMA est consacré à soutenir la MINUSMA ».

Enfin, la situation en Syrie, au Yémen mais aussi en Birmanie constitueront les autres priorités de la présidence française.

Le Conseil de sécurité se compose de 15 membres, dont 5 membres permanents et 10 membres élus par l’Assemblée générale pour un mandat de deux ans. La présidence du Conseil est assurée par chacun des Membres à tour de rôle pendant un mois.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie

Conférence de presse du représentant permanent de la France auprès des Nations unies ⇒

72ème session de l’Assemblé générale des Nations Unies, « la France à l’initiative ».

La conférence de presse du ministre de l’Europe et des affaires étrangères a permis à Jean-Yves Le Drian de présenter dès le 18 septembre les priorités de la France, qui seront développées par le Président de la République lors de son intervention (Emmanuel Macron interviendra ce matin, heure de Washington, peu de temps après le discours très attendu de Donal Trump).

Le ministre français s’est inquiété de la multiplication des crises et de la « dégradation préoccupante de l’environnement international ». Revenant plus particulièrement sur les crises qui ont entraîné une intervention des forces armées françaises, Jean-Yves Le Drian est tout d’abord revenu sur le conflit au Levant, où « Daech sera [bientôt] privé de son emprise territoriale ». Il a rappelé l’investissement personnel du Président français dans la résolution de la crise libyenne et la recherche d’une « solution politique inclusive ». Concernant le Sahel, le ministre, tout en mettant en avant les nombreuses initiatives françaises, dont l’Alliance pour le Sahel lancée en juillet, a rappelé que « le terrorisme représente toujours une menace » et s’est félicité de l’adoption de la dernière résolution du Conseil des Nations Unies. Enfin, Jean-Yves Le Drian a fait part de sa préoccupation concernant le retour des violences en République Centrafricaine, tout en confirmant durant la séance de questions que « le retour d’une opération française n’est pas à l’ordre du jour ». Le ministre a conclu sa revue des crises secouant la planète par quelques mots sur la « tragédie que vivent les Rohingyas ».

Le thème de la non-prolifération a permis au ministre de cautionner la position française relative au Traité d’interdiction des armes nucléaires, dénonçant « la politique de l’incantation [qui] confine à l’irresponsabilité ». Jean-Yves Le Drian a également confirmé que le plan d’action conclu le 14 juillet 2015 (JCPOA – Joint Comprehensive Plan of Action) était, du point de vue français, mis en œuvre et qu’aucun acte ne permettait de penser le contraire. Il a confirmé qu’il était essentiel de le maintenir « pour éviter des spirales de prolifération », dénonçant la responsabilité des Etats-Unis si l’administration américaine se retirait du JCPOA (« nous essaierons de convaincre le Président Trump de la pertinence de ce choix »). Evoquant à nouveau le Président Trump suite à une question d’un journaliste français, le ministre, à propos de la Corée du Nord et des récents essais nucléaires et balistiques, a répondu qu’amener la Corée du Nord à la table des négociations était « la seule démarche possible », rejetant toute « action militaire significative », se référant à la dernière démonstration de force de l’U.S. Air Force.

Alors que la France ne s’était pas encore exprimée officiellement sur le référendum kurde, Jean-Yves Le Drian a insisté sur le respect de l’intégralité territoriale de l’Irak, qualifiant le référendum du 25 septembre d’ « initiative inopportune ».

La crise ukrainienne n’a pas été évoquée ni fait l’objet de questions.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la Stratégie

Vers le site du ministère de l’Europe et des affaires étrangères ⇒

Mali: le Conseil de sécurité crée un régime de sanctions

A la demande du gouvernement malien, le conseil de sécurité a décidé à l’unanimité la création d’un régime de sanctions ciblées contre « ceux qui dressent des obstacles » à l’application de l’Accord pour la paix et la réconciliation dans ce pays.

Ce Comité des sanctions s’ajoute à une liste déjà longue (Somalie, Soudan, Corée du Nord,…), ce qui a conduit le représentant russe à émettre des réserves « quant à la tendance consistant à multiplier les régimes de sanctions ».

L’Accord dit « d’Alger » a été paraphé à Bamako le 15 mai 2015 par le gouvernement du Mali et les groupes armés de la Plateforme, les groupes armées de la Coordination des mouvements de l’Azawad  l’ayant paraphé la veille à Alger. Cet accord est censé mettre fin au conflit opposant principalement les Touaregs vivant dans le nord du Mail au pouvoir en place à Bamako, qui depuis l’indépendance du pays refuse tout statut d’autonomie à cette région. La dernière révolte, menée en 2012 par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MLNA), avait conduit à la défaite des forces armées maliennes et à l’émergence d’un état de l’Azawad, dominé par des groupes islamistes.

Malgré des progrès marqués par l’installation d’autorités intérimaires à Kidal, le 28 février, et à Ménaka et Gao, le 2 mars, et la conduite de patrouilles mixtes Coordination/Plateforme dans le cadre du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC), les affrontements entre les deux groupes, dominés pour l’un par l’ethnie Ifoghas et pour l’autre par l’ethnie Imghad, se sont poursuivis, pour le contrôle des villes comme pour celui des trafics. Cet enjeu est tout particulièrement identifié par le Conseil de sécurité, qui dénonce « la criminalité transnationale organisée dans la région du Sahel, notamment le trafic d’armes, de stupéfiants et de biens culturels, le trafic de migrants et la traite d’êtres humains ». Le dernier accord de cessez-le-feu, signé le 23 août dernier entre la Coordination, et la Plate-forme, expirait le 6 septembre.

Le processus politique de réconciliation est appuyé par la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali, créée le 25 avril 2013, qui n’a jamais réussi à s’imposer, et reste la cible d’attentats, le dernier ayant coûté la vie à deux Casques bleus. Parallèlement, l’Union européenne contribue à la formation des forces armées maliennes et contribue au « processus de désarmement, de démobilisation et de réintégration » s’inscrivant dans le cadre de l’accord de paix.

Les débats ont été l’occasion d’un échange entre les représentants russe et ukrainien, le premier rappelant que le Président Vladimir Poutine avait annoncé son intention de présenter un projet de résolution visant à porter création d’une « mission de l’ONU pour aider à protéger la Mission spéciale d’observation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) dans le sud-est de l’Ukraine ».

VA(2s) Alain Christienne, directeur de la stratégie.

Le communiqué des Nations-Unies ⇒

Le texte de la résolution ⇒

La conférence de presse de Vladimir Poutine (en anglais) ⇒