Zone sahélo-saharienne

Enjeux stratégiques au Sahel

Par Simon Rousseau, étudiant au sein du master 2 Défense Sécurité et Gestion de crise de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS).

Alors que la France vient de prendre la présidence du Conseil de Sécurité, la priorité annoncée porte sur la situation au Sahel et la stabilisation d’une région en proie à une crise polymorphe, notamment par le biais du G5 Sahel et de sa jeune force militaire.

Le Sahel est une zone particulièrement instable, résultat de facteurs endémiques – géographique, climatique, démographique et géopolitique. Ces derniers portent tant sur une longue histoire de tensions confessionnelles et ethniques que sur la faiblesse des Etats sahéliens et de leurs voisins. Ce terreau demeure particulièrement fertile pour le développement d’activités criminelles et la prolifération de groupes extrémistes armés qui continuent de représenter une menace active.

La présente note cherche à proposer sommairement quelques éléments explicatifs de la crise sahélienne dans l’élaboration d’une stratégie de sortie de crise.

Facteurs endémiques de déstabilisation

Géographie et climat

Le Sahel désigne, en arabe, la « terre plate » marquant la séparation entre le domaine saharien au nord, un vaste désert de sable, et les savanes du domaine soudanien au sud. Il constitue donc un espace tampon entre le monde méditerranéen et l’Afrique subsaharienne. Recouvrant près de 9 million de km2, le Sahel géographique présente des caractéristiques topographiques et climatiques particulières qui expliquent pour beaucoup les nombreuses crises et tensions au sein de cet espace. Le Sahel géopolitique, plus réduit, fait référence au cinq pays membre du G5 Sahel à savoir la Mauritanie, le Mali, le Burkina Fasso, le Niger et le Tchad.

Le climat y est aride, peu propice aux activités humaines, tandis que le risque de famine est très important, particulièrement en cas de sécheresses répétées qui préviennent toute activité agricole. Le Sahel marque donc une première ligne de fracture entre le nord désertique, propice à une vie nomade, et un sud plus fertile, sédentaire et agricole. Concernant les pays du G5 Sahel, à l’exception de la Mauritanie, ils sont tous enclavés et donc particulièrement dépendants aux pays voisins qui possèdent une façade maritime.

Démographie

La démographie au Sahel est galopante et les prévisions tablent sur plus de 280 millions d’habitants dans la zone d’ici 2040, ce qui n’est pas sans poser différents problèmes alors même que la population actuelle pâtit d’une pauvreté considérable et de difficultés tenant à l’alimentation. Par ailleurs cette population, de fait très jeune, souffre de l’absence d’infrastructures et de perspectives de développement. Pauvreté et sécheresse favorisent ainsi les nombreux trafics, sources d’opportunités économiques.

Clivages historiques, ethniques et religieux

Le Sahel constitue enfin le point de rencontre entre plusieurs groupes ethniques et religieux. Ainsi, selon les zones climatiques, différentes populations se sont développées. De manière schématique, au sud du Sahel, la présence d’eau en plus grande quantité a permis historiquement le développement de l’agriculture et de populations sédentaires africaines tandis que le nord restait peuplé par des tribus nomades arabes. Cette coexistence a été marquée par des rapports de force fluctuants entre les tribus nomades guerrières (notamment Touaregs) et les populations noires, sédentaires et paysannes longtemps mises en esclavage. Durant la période coloniale, ce rapport s’est inversé au profit des populations sédentaires tandis que la mise en place d’Etats modernes dans la région a contribué à l’éclatement d’ethnies nomades entre plusieurs pays. Les ressentis restent nombreux et les clivages recoupent également les religions avec la coexistence de groupes musulmans, chrétiens et animistes dans la zone.

 

 

 

 

 

 

 

Le Mali constitue peut-être l’exemple le plus significatif de ces fractures diverses.

Facteurs géopolitiques

Faiblesse des Etats sahéliens

Les Etats sahéliens apparaissent comme relativement faibles, notamment minés par une corruption endémique et des pratiques de mauvaise gouvernance. Longtemps, ils ont été incapables d’assurer tant leur développement économique interne et le bien-être de leur population que la protection de leurs territoires et de leurs frontières. Cette situation est lourde de conséquences puisqu’elle est à la source de nombreux problèmes. Ainsi, les Etats doivent aujourd’hui faire face à des mouvements d’opposition radicaux et armés à l’image du mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) touareg, au développement d’une économie criminelle organisant de très nombreux trafics sur leurs territoires et enfin à l’apparition de groupes extrémistes religieux à l’image d’Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI), d’Ansar Dine ou de Boko Haram.

Situation des pays voisins

Pour ne rien arranger, les fragilités de certains Etats voisins (voire leur implosion dans le cas libyen) contribuent à accentuer un peu plus les dangers et défis dans la région. Ainsi, les pays du G5 Sahel sont aujourd’hui entourés par des Etats eux-mêmes sujets à l’instabilité, notamment depuis les printemps arabes. Plus concrètement, le reflux vers le sud de djihadistes algériens (groupe islamiste armé, GIA) puis l’arrivée massive des Touaregs de Libye dans la région ont été deux véritables détonateurs de la dégradation de la situation. Aujourd’hui, la persistance de groupes armés, indépendantistes comme terroristes dans la région inquiète alors même que l’Etat Islamique, en retrait au Levant, peut chercher à s’implanter dans cette zone de chaos, propice à la poursuite des activités de l’organisation.

Pour conclure

Le véritable enjeu au Sahel ne correspond donc pas seulement à la lutte contre le terrorisme et les différents groupes armés, indépendantistes et criminels mais bien plutôt à la résolution plus large de la crise politique, sociale et économique que traverse l’ensemble de la région sahélienne. Une solution purement militaire ne semble pas à même de porter ses fruits sur le long terme.

Sources

La force conjointe du G5 Sahel, priorité de la présidence française du Conseil de sécurité

François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations-Unies, a présenté le programme de la présidence française pour le mois d’octobre 2017. Se référant au discours d’Emmanuel Macron, il a confirmé la conviction française que le multiralisme est nécessaire à la résolution des conflits planétaires.

Sans surprise, la priorité française sera la situation dans le Sahel et la force du G5 Sahel. Alors que les médias se focalisent sur l’évolution de la situation au Levant, François Delattre a tenu à souligner la prégnance de la menace terroriste au Sahel, et a appelé à une mobilisation de la communauté internationale en soutien à la force conjointe du G5 Sahel, « outil approprié pour compléter l’action de la MINUSMA ».

Après avoir reçu l’aval du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, les cinq gouvernements du Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, Burkina-Faso), regroupés sous le vocable « Groupe de cinq pays du Sahel (G5 Sahel) », ont en effet décidé le déploiement d’une force conjointe de 5 000 militaires destinée à mener des opérations militaires transfrontalières de lutte contre le terrorisme. Le poste de commandement central de cette force a été inauguré le 9 septembre 2017 à Sévaré, dans le centre du Mali, par le président malien Ibrahim Boubacar Keita. Le financement intégral de cette force est estimé à 423 millions d’euros, dont 75 % restent à trouver. Profitant de son intervention à l’Assemblé générale des Nations Unies, le Président malien avait lancé un appel à la communauté internationale le 19 septembre 2017, invitant « tous les pays amis et les organisations internationales partenaires à la Conférence internationale de planification des contributions de la Force, prévue en décembre 2017 ».

La deuxième priorité française sera celle du maintien de la paix, qui nécessite de revoir les opérations en cours et d’examiner la question cruciale de la « génération de forces ». Les Nations-Unies manquent en effet « d’unités rapidement déployables, capables de remplir les mandats qui leur sont confiés ». A titre d’illustration, un membre de la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale avait récemment observé que « l’essentiel des moyens de la MINUSMA est consacré à soutenir la MINUSMA ».

Enfin, la situation en Syrie, au Yémen mais aussi en Birmanie constitueront les autres priorités de la présidence française.

Le Conseil de sécurité se compose de 15 membres, dont 5 membres permanents et 10 membres élus par l’Assemblée générale pour un mandat de deux ans. La présidence du Conseil est assurée par chacun des Membres à tour de rôle pendant un mois.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie

Conférence de presse du représentant permanent de la France auprès des Nations unies ⇒

72ème session de l’Assemblé générale des Nations Unies, « la France à l’initiative ».

La conférence de presse du ministre de l’Europe et des affaires étrangères a permis à Jean-Yves Le Drian de présenter dès le 18 septembre les priorités de la France, qui seront développées par le Président de la République lors de son intervention (Emmanuel Macron interviendra ce matin, heure de Washington, peu de temps après le discours très attendu de Donal Trump).

Le ministre français s’est inquiété de la multiplication des crises et de la « dégradation préoccupante de l’environnement international ». Revenant plus particulièrement sur les crises qui ont entraîné une intervention des forces armées françaises, Jean-Yves Le Drian est tout d’abord revenu sur le conflit au Levant, où « Daech sera [bientôt] privé de son emprise territoriale ». Il a rappelé l’investissement personnel du Président français dans la résolution de la crise libyenne et la recherche d’une « solution politique inclusive ». Concernant le Sahel, le ministre, tout en mettant en avant les nombreuses initiatives françaises, dont l’Alliance pour le Sahel lancée en juillet, a rappelé que « le terrorisme représente toujours une menace » et s’est félicité de l’adoption de la dernière résolution du Conseil des Nations Unies. Enfin, Jean-Yves Le Drian a fait part de sa préoccupation concernant le retour des violences en République Centrafricaine, tout en confirmant durant la séance de questions que « le retour d’une opération française n’est pas à l’ordre du jour ». Le ministre a conclu sa revue des crises secouant la planète par quelques mots sur la « tragédie que vivent les Rohingyas ».

Le thème de la non-prolifération a permis au ministre de cautionner la position française relative au Traité d’interdiction des armes nucléaires, dénonçant « la politique de l’incantation [qui] confine à l’irresponsabilité ». Jean-Yves Le Drian a également confirmé que le plan d’action conclu le 14 juillet 2015 (JCPOA – Joint Comprehensive Plan of Action) était, du point de vue français, mis en œuvre et qu’aucun acte ne permettait de penser le contraire. Il a confirmé qu’il était essentiel de le maintenir « pour éviter des spirales de prolifération », dénonçant la responsabilité des Etats-Unis si l’administration américaine se retirait du JCPOA (« nous essaierons de convaincre le Président Trump de la pertinence de ce choix »). Evoquant à nouveau le Président Trump suite à une question d’un journaliste français, le ministre, à propos de la Corée du Nord et des récents essais nucléaires et balistiques, a répondu qu’amener la Corée du Nord à la table des négociations était « la seule démarche possible », rejetant toute « action militaire significative », se référant à la dernière démonstration de force de l’U.S. Air Force.

Alors que la France ne s’était pas encore exprimée officiellement sur le référendum kurde, Jean-Yves Le Drian a insisté sur le respect de l’intégralité territoriale de l’Irak, qualifiant le référendum du 25 septembre d’ « initiative inopportune ».

La crise ukrainienne n’a pas été évoquée ni fait l’objet de questions.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la Stratégie

Vers le site du ministère de l’Europe et des affaires étrangères ⇒

Mali: le Conseil de sécurité crée un régime de sanctions

A la demande du gouvernement malien, le conseil de sécurité a décidé à l’unanimité la création d’un régime de sanctions ciblées contre « ceux qui dressent des obstacles » à l’application de l’Accord pour la paix et la réconciliation dans ce pays.

Ce Comité des sanctions s’ajoute à une liste déjà longue (Somalie, Soudan, Corée du Nord,…), ce qui a conduit le représentant russe à émettre des réserves « quant à la tendance consistant à multiplier les régimes de sanctions ».

L’Accord dit « d’Alger » a été paraphé à Bamako le 15 mai 2015 par le gouvernement du Mali et les groupes armés de la Plateforme, les groupes armées de la Coordination des mouvements de l’Azawad  l’ayant paraphé la veille à Alger. Cet accord est censé mettre fin au conflit opposant principalement les Touaregs vivant dans le nord du Mail au pouvoir en place à Bamako, qui depuis l’indépendance du pays refuse tout statut d’autonomie à cette région. La dernière révolte, menée en 2012 par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MLNA), avait conduit à la défaite des forces armées maliennes et à l’émergence d’un état de l’Azawad, dominé par des groupes islamistes.

Malgré des progrès marqués par l’installation d’autorités intérimaires à Kidal, le 28 février, et à Ménaka et Gao, le 2 mars, et la conduite de patrouilles mixtes Coordination/Plateforme dans le cadre du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC), les affrontements entre les deux groupes, dominés pour l’un par l’ethnie Ifoghas et pour l’autre par l’ethnie Imghad, se sont poursuivis, pour le contrôle des villes comme pour celui des trafics. Cet enjeu est tout particulièrement identifié par le Conseil de sécurité, qui dénonce « la criminalité transnationale organisée dans la région du Sahel, notamment le trafic d’armes, de stupéfiants et de biens culturels, le trafic de migrants et la traite d’êtres humains ». Le dernier accord de cessez-le-feu, signé le 23 août dernier entre la Coordination, et la Plate-forme, expirait le 6 septembre.

Le processus politique de réconciliation est appuyé par la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali, créée le 25 avril 2013, qui n’a jamais réussi à s’imposer, et reste la cible d’attentats, le dernier ayant coûté la vie à deux Casques bleus. Parallèlement, l’Union européenne contribue à la formation des forces armées maliennes et contribue au « processus de désarmement, de démobilisation et de réintégration » s’inscrivant dans le cadre de l’accord de paix.

Les débats ont été l’occasion d’un échange entre les représentants russe et ukrainien, le premier rappelant que le Président Vladimir Poutine avait annoncé son intention de présenter un projet de résolution visant à porter création d’une « mission de l’ONU pour aider à protéger la Mission spéciale d’observation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) dans le sud-est de l’Ukraine ».

VA(2s) Alain Christienne, directeur de la stratégie.

Le communiqué des Nations-Unies ⇒

Le texte de la résolution ⇒

La conférence de presse de Vladimir Poutine (en anglais) ⇒