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Afghanistan : Facilité à déclencher la guerre, difficultés à y mettre fin – par Mustapha Benchenane

Un article de Mustapha Benchenane, docteur d’Etat en science politique, conférencier au Collège de l’OTAN et éditorialiste à l’institut FMES.

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La guerre en Afghanistan a commencé le 7 octobre 2001 par l’opération “Enduring freedom”
(Liberté immuable). Elle est, à ce moment-là, exclusivement américaine, dans le cadre du droit à la légitime défense. En effet, les États Unis venaient de faire l’objet d’une agression contre leur propre territoire le 11 septembre 2001. La Force Internationale d’Assistance et de Sécurité (FIAS) intervient en Afghanistan après le vote par le Conseil de Sécurité de l’ONU de la Résolution 1386 le 20 décembre 2001. L’OTAN en a pris le commandement en août 2003. La FIAS était constituée de 130 000 hommes dont 90 000 Américains. Cette guerre se poursuit en 2019 et elle est quatre fois plus longue que la Seconde guerre mondiale…Les Américains essaient de se désengager partiellement et, pour ce faire, ils ont entamé depuis 2018 à Doha (Qatar) des négociations avec les “Talibans” qu’ils avaient chassés du pouvoir en novembre-décembre 2001. Pourquoi une guerre si longue, et pourquoi cette impasse dans laquelle se trouve Washington ?

 

DES ERREURS INITIALES CAUSE DE L’IMPASSE

Le gouvernement américain a immédiatement accusé Al Al-Qaïda et son chef Ben Laden réfugié en Afghanistan d’être les auteurs de l’attaque contre les tours jumelles à New-York et contre le Pentagone à Washington le 11septembre 2001. Il convient de rappeler que Ben Laden avait été l’un des meilleurs alliés des États-Unis dans la guerre contre les Soviétiques qui avaient envahi l’Afghanistan en 1979. A cette époque, l'”ennemi principal” des Américains était Moscou et cela depuis la “guerre froide” en 1947 en Europe. Ben Laden et la “légion islamique” étaient armés, équipés, entraînés par la CIA. Ce conflit a duré du 27 décembre 1979 au 15 février 1989. Les divergences entre ces alliés sont apparues à partir du 2 août 1991 lorsque Saddam Hussein a envahi le Koweït. Le désaccord a porté sur la manière de libérer le Koweït, Ben Laden étant hostile à une intervention militaire américaine à partir de l’Arabie “terre d’islam”, donc “sacrée”. De surcroît, les États Unis ont contribué à la prise du pouvoir par les “Talibans” à Kaboul en 1996. C’est en particulier lors d’une réunion qui s’est tenue le 21 septembre 1994 au Pakistan entre les représentants des États-Unis, du Pakistan et de l’Arabie Saoudite, que le plan visant à soutenir les “Talibans” est passé à la phase opératoire. On se rend compte à ce stade que la politique de Washington dans cette région est complexe sinon équivoque. Mais on peut aussi constater qu’il arrive souvent que les “amis” d’aujourd’hui deviennent les “ennemis” de demain et inversement. Il n’empêche que les Américains ont manqué de discernement.

L’intervention armée en Afghanistan avait un but de guerre : vaincre Al Al-Qaïda et renverser le régime taliban du Mollah Omar puisque Kaboul refusait de livrer Ben Laden.

Dès la conception de cette opération des fautes stratégiques ont été commises, d’où l’engrenage dans lesquelles Américains se sont eux-mêmes piégés.

En effet, ils se sont livrés à des bombardements massifs qui ont provoqué des “dommages collatéraux” importants, et ils ont engagé des troupes au sol, nombreuses et sur une longue durée. Or, dès la fin du mois de décembre 2001, l’objectif de guerre était atteint : Il n’y avait plus de combattants de Al-Qaïda en Afghanistan car, soit ils avaient été tués, soit ils s’étaient réfugiés dans les zones tribales au Pakistan. Quant au régime taliban, il avait été éliminé. La mission était donc remplie. Mais c’est à ce moment-là que les États-Unis ont décidé de fixer de nouveaux objectifs de guerre : mettre en place la démocratie dans ce pays. De “libérateurs”, les Américains sont devenus très vite des occupants aux yeux de beaucoup d’Afghans. Les incursions de soldats dans les maisons en pays d’islam, les victimes civiles de plus en plus nombreuses, la mise en place d’un régime pro américain incompétent et corrompu, l’absence d’État de droit, l’arbitraire de chefs locaux se comportant en roitelets, le retour à l’économie de la drogue faisant de l’Afghanistan un “narco État”. Ces facteurs ont grandement contribué au retour des « Talibans » et à la multiplication des individus, des clans, des tribus, qui voulaient se venger parce que un de leur proche avait été tué par les militaires occidentaux.

Les Américains ont proclamé haut et fort leur méthode : « tuer les Talibans et gagner les esprits et les cœurs ». Ils se sont inspirés de la guerre d’Algérie et des “enseignements” du Lieutenant-colonel Galula et du Colonel Trinquier. Or ces deux objectifs sont irréductiblement incompatibles car quand vous tuez un combattant, et compte tenu de la structuration de la société afghane en ethnies, tribus, clans, le “code d’honneur” dicte de mener un combat total contre les “coupables”…Si bien que les troupes américaines et leurs alliés se sont trouvés dans une guerre sans fin.

Quant à mettre en place une “démocratie “dans un environnement qui n’a jamais connu ce type de régime, c’était un leurre, car la démocratie est d’abord une culture qui nécessite un long processus d’apprentissage.

Cette démarche devait comprendre la mise en place d’une « armée nationale » afghane. Dans ce domaine également, le Président G.W Bush et ses conseillers appartenant au courant « néoconservateur », n’ont pas compris que l’on ne peut pas mettre en place une “armée nationale” là où il n’y a pas de nation…. Qu’elle est la situation aujourd’hui ?

 

TRAGIQUE ENTÊTEMENT

Plus ils s’égaraient dans cette guerre sans issue et plus le commandement américain demandait des moyens supplémentaires en hommes et en matériel. Cette impasse a été mise à profit par les sociétés privées de sécurité (SMP) qui ont employé jusqu’à 74000 personnes, majoritairement regroupées au sein de la “Private Security Companies of Afghanistan”. Il existe une étroite connexion entre ces mercenaires et l’armée américaine. Par exemple, la société “Military Professional Ressources Inc”, filiale de “L.3 communications” a employé plus de 300 Généraux américains.

Quant à l’ « afghanisation de la guerre », elle a pour seul résultat l’aggravation de la guerre civile entre Afghans, notamment parce que la constitution d’une “armée nationale” afghane est un leurre et une illusion. De plus, ce conflit doit être placé dans son environnement régional, le Pakistan, l’Inde, l’Iran, étant soit “impliqués”, soit “concernés”, ou “intéressés” par cet enjeu stratégique. Pour le Pakistan, en particulier, l’Afghanistan constitue une profondeur stratégique dont il dit avoir un besoin vital dans son antagonisme avec l’Inde. La présence militaire massive des Américains et de leurs alliés n’a pas mis fin à une économie fondée sur la drogue : l’Afghanistan produit 93% de l’opium mondial. Selon l’Office des Nations Unies contre la drogue (UNODOC), 100 000 personnes meurent chaque année à cause de l’opium afghan.

Lorsqu’il avait été élu, le président Obama avait semblé comprendre que son pays devait se retirer militairement d’Afghanistan. Mais en 2010, le général David Petraeus l’a convaincu d’envoyer des renforts importants (“Surge”) afin de vaincre définitivement les « Talibans ». Presque dix années après, la situation reste inextricable. La création de milices pro gouvernementales encadrées par la CIA ajoute à la complexité du problème. Ces milices sont censées pallier les défaillances de l’ « armée nationale » afghane, affaiblie par la corruption et les désertions. Elles interviennent au côté des forces spéciales américaines sans avoir de compte à rendre au gouvernement de leur pays. Elles se livrent, en toute impunité, à des exactions régulièrement dénoncées par des organisations de défense des droits de l’Homme et par le CICR.

Le Général Scott Miller a déclaré l’année dernière, avant de prendre le poste de chef des forces armées américaines et de l’OTAN en Afghanistan, qu’il n’était plus question de justifier la présence de son pays par la nécessité de « scolariser les petites filles afghanes et tout cela… ». Mais bien que ce soit important pour le futur de l’Afghanistan, ce n’est pas notre priorité. L’objectif c’est de garder les forces de sécurité afghane en vie afin qu’elles soient un partenaire fiable, et d’éliminer un maximum de commandants des forces antigouvernementales”.

Pour l’heure, les négociations de Doha visent à désengager l’armée américaine dans les moins mauvaises conditions possibles, tout en maintenant sur le terrain un contingent de 6800 hommes avec, en particulier, une capacité de frappe constituée de forces spéciales et l’aviation, ce que les « Talibans » refusent.

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Dès septembre 2001, une autre politique était possible et souhaitable. Elle aurait consisté, dans le cadre de la légitime défense, en s’appuyant d’abord et avant tout sur le renseignement, à identifier les responsables de l’attaque contre les États-Unis. Une fois ce travail achevé, la seconde étape aurait consisté à éliminer physiquement ces individus par le moyen de frappes circonscrites et de courte durée. Au besoin, si l’action sur le terrain s’avérait indispensable, le seul recours à des forces spéciales aéroportées, exfiltrées dès la mission accomplie, aurait suffi pour atteindre l’objectif de guerre, c’est à dire frapper la “tête du serpent”… Cette méthode, accompagnée des mesures les plus strictes de sanctions visant à affaiblir les « Talibans » afin de susciter, de l’intérieur, des réactions de rejet de ce régime totalitaire, auraient au moins mérité d’être tentées.

Ce qui était prévisible dès 2001, c’est que l’envoi de troupes au sol sur une longue durée, ne pouvait produire d’autres conséquences que celles constatées depuis dix-huit années.

Guerre au Yémen : catalyseur des tensions entre Arabie saoudite et Emirats arabes unis

Des séparatistes à Aden. 29 août 2019. Tous droits réservés.

Le mardi 3 septembre, un rapport des Nations unies, qui sera présenté au cours de la prochaine session du Conseil des droits de l’homme du 9 au 27 septembre, fait état des multiples « crimes de guerre » dans le pays commis par les diverses parties.
Depuis 2015 et l’éclatement du conflit, la guerre au Yémen a fait des dizaines de milliers de morts et a durement éprouvé les civils. Pour l’ONU, il s’agit de la « pire crise humanitaire au monde ».
Appelé autrefois « l’Arabie heureuse », le Yémen est aujourd’hui le pays le plus pauvre de la péninsule arabique. Embourbé dans des conflits internes depuis une cinquantaine d’années, il est aujourd’hui le théâtre d’une véritable guerre. En mars 2015, les Houthis, une faction minoritaire du chiisme appuyée par l’Iran et le Hezbollah libanais, ont pris le contrôle du palais présidentiel et de la capitale Sanaa. Le gouvernement d’Abdrabbo Hadi, d’abord replié à Aden puis réfugié en Arabie saoudite, demande l’aide de Riyad, son allié historique. Le royaume wahhabite, dirigé par le prince héritier Mohamed ben Salmane (MBS), met en place sous son commandement une coalition de pays arabes voisins pour combattre les Houthis et soutenir les forces loyales au Président Hadi. Sur le sol yéménite, l’Arabie saoudite se livre alors à une guerre par procuration avec l’Iran, son principal rival dans la région. Riyad et Téhéran se disputent en effet le leadership au Moyen-Orient et le conflit au Yémen s’inscrit dans un contexte d’escalade des tensions.
Depuis le mois d’août, un nouveau front s’est ouvert dans un Yémen déjà fragmenté. A Aden, les forces gouvernementales s’opposent aux séparatistes ayant pris le contrôle de la ville qui réclament l’indépendance du sud du pays. Les Emirats arabes unis, engagés dans le conflit depuis ses débuts et considérés comme un pilier de la coalition commandée par le royaume wahhabite, sont accusés d’aider une faction des séparatistes. Abou Dhabi se justifie en avançant avoir mené des raids aériens, notamment contre des « milices terroristes », dans un cas de « légitime défense ».
En juillet, l’émir ben Zayed (MBZ) avait annoncé la réduction de ses troupes, déplorant des pertes importantes en termes d’hommes – Abou Dhabi ayant envoyé un nombre conséquent de soldats sur le sol yéménite. Pour le New York Times, ce revirement des EAU démontre à quel point les combats pesaient lourdement sur l’alliance émirati-saoudienne, les deux Etats étant les plus gros contributeurs tant en moyen humain que matériel au sein de la coalition.
La situation au Yémen cristallise les tensions entre les deux grands pays du Golfe et fait la lumière sur les objectifs différents poursuivis par Riyad et Abou Dhabi. Si les deux pays partageaient, au début de la coalition, la volonté de remettre Hadi en place, désormais, leurs desseins divergent. Tandis que l’Arabie saoudite entend s’affirmer comme la puissance régionale dominante face à l’Iran en combattant les Houthis, les Emirats arabes unis, poursuivent un objectif territorial. Le sud du Yémen est en effet considéré comme une base permettant d’étendre l’influence émiratie en direction de la mer Rouge et de la corne de l’Afrique. A ce titre, les Emirats ont financé divers groupes séparatistes qui leur sont aujourd’hui favorables. La configuration du Yémen antérieure à la réunification de 1990 – correspondant à un pays scindé entre nord et sud – profiterait donc à Abou Dhabi, selon Gilles Gauthier, ancien ambassadeur de la France au Yémen. Ceci n’occulte en rien, pour Riyad, que les Houthis représentent une menace à la frontière sud.
Face aux « ingérences flagrantes des Emirats », le président Hadi a demandé à l’Arabie saoudite d’intervenir. Toutefois, il se heurte au silence de Riyad, qui se trouve très embarrassé par la dislocation de sa coalition.
Après des décennies de rivalités entre les Saoud et les Zayed, l’entente cordiale et respectueuse qu’entretiennent les princes héritiers MBS et MBZ apporte un nouveau souffle à la relation entre les deux pays constituant l’axe fort dans la région en incarnant des alliés symboliques et historiques. Les récents événements prouvent néanmoins les failles de cette alliance et percent au grand jour les différends opposant l’émirat et le royaume saoudien.
Or, l’Arabie saoudite, dans son combat contre les Houthis a tout intérêt à bénéficier de l’appui militaire des Emirats et devrait favoriser la réconciliation entre le gouvernement et les séparatistes. Dans une volonté d’afficher un front uni en dépit des divergences évidentes, les journaux d’Arabie saoudite et des EAU ont affirmé leur soutien mutuel face aux grands défis que connait la région. A ce titre, l’émirati MBZ a déclaré : « Les EAU et l’Arabie saoudite sont des partenaires. (…). Nos objectifs communs sont la sécurité des Emirats et de l’Arabie saoudite et la stabilité de la région. Nous partageons également un destin et un avenir communs ».
Ces tensions au sein du couple le plus puissant du Golfe bénéficie au rival qatari. En effet, pour le média Al Jazeera, le conflit yéménite est dans une impasse. La position des EAU au Yémen « fait partie d’une stratégie globale pour maintenir la nation la plus pauvre du monde arabe dans un état de faiblesse permanent afin de servir ses propres objectifs ». S’agissant du prince héritier MBS, il est, pour le journal qatari, empêtré dans des « sables mouvants » au Yémen : « incapable de remporter la victoire et incapable de quitter le pays ».
Le ministère français des Affaires étrangères condamne les attaques et affirme agir « en faveur d’une solution politique » en soutenant la position des Nations unies « en vue d’une reprise des discussions sur un accord politique global et inclusif ». Toutefois, la communauté internationale peine à s’imposer sur ce dossier crucial du bassin méditerranéen dont les conséquences géopolitiques peuvent avoir des répercussions sur le sol européen.

Carte du Yémen et forces en présence. Tous droits réservés.

Syrie : la percée des forces pro régime autour d’Idlib

Des frappes attribuées au régime dans la région de Maar Hitat, dans la province d’Idleb, le 20 août 2019.
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En Syrie, l’offensive du régime de Bachar al-Assad se poursuit. Le lundi 19 août, les forces gouvernementales, appuyées par leur allié russe ont avancé dans le nord-ouest du pays et pris la ville stratégique de Khan Cheikhoun dans la région d’Idlib.

La province d’Idlib est dominée par le groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham de l’ex-branche syrienne d’Al Qaïda. Abritant des groupes rebelles pro turcs, la région est la cible depuis quelques mois de bombardements du régime syrien et de la Russie.

Dans ce conflit, la Turquie soutient certains groupes rebelles. De fait, les tensions s’accroissent entre Ankara et Damas. Le 19 août dernier, un convoi militaire turc comprenant 50 véhicules, dépêché après l’entrée des forces pro régime dans la région, a fait l’objet de bombardements syriens et russes, causant la mort de trois personnes. Si Ankara a déploré la perte de trois civils, pour l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), il s’agit de trois combattants rebelles affiliés à la Turquie. Face à cette attaque, le ministre turc des Affaires étrangères a averti la Syrie de ne pas « jouer avec le feu » et a assuré faire le nécessaire pour la sécurité des soldats turcs.

En septembre 2018, des accords ont été conclus entre la Turquie et la Russie à Sotchi en faveur d’un cessez-le-feu dans la région, un accord partiellement appliqué. Pour autant, Ankara et Moscou continuent de s’opposer en soutenant des camps syriens antagonistes, suscitant l’inquiétude la communauté internationale. Le Président français Emmanuel Macron, lors de sa rencontre avec son homologue russe Vladimir Poutine, a rappelé l’importance de respecter l’accord conclu. Et Vladimir Poutine de répondre qu’il soutient l’armée syrienne contre les « terroristes ». Au même titre, l’Organisation des Nations unies se dit « préoccupée par l’escalade continue dans le nord-ouest du pays ». Le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, exhorte toutes les parties « à respecter pleinement le droit international humanitaire et réitère son appel urgent pour que le Mémorandum d’accord de septembre 2018 soit maintenu ».

En dépit d’une reconquête massive du territoire par le régime, la majeure partie de la région d’Idlib, à l’instar des provinces voisines d’Alep et de Lattaquié, ne sont pas sous contrôle du président syrien. La mainmise sur Khan Cheikhoun symbolise malgré tout l’inexorable reconquête des forces de Bachar al-Assad après plus de huit années de conflit. D’ailleurs, depuis le mois d’avril, la région d’Idlib a fait l’objet de lourds combats faisant des civils les premières victimes, avec la mort de 860 d’entre eux selon l’OSDH. Selon les Nations unies, ces combats ont également provoqué le déplacement de plus de 400 000 personnes.

Depuis la répression initiée par le régime syrien en 2011, le conflit en Syrie a fait plus de 370 000 morts et déplacé plus d’un million de personnes. Les différentes parties du pays ont fait l’objet de jeux d’alliances des puissances régionales et internationales. Ce conflit est sans doute aujourd’hui le dossier le plus sensible de l’espace méditerranéen.

Libye : les combats se poursuivent malgré la trêve

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En Libye, les combats entre les deux parties du pays – menées par Khalifa Haftar et Fayez al-Sarraj – se poursuivent. A l’occasion de l’Aïd al-Adha – fête religieuse se déroulant du dimanche 11 août au mardi 13 août – et sur recommandation de l’Envoyé spécial de l’Organisation des Nations unies en Libye Ghassan Salamé, une trêve avait été réclamée. La gravité, la violence et la longévité des combats   implique une nécessaire présence de l’ONU sur le dossier libyen et suscite une légitime inquiétude de la communauté internationale. Dans une déclaration conjointe du 11 août 2019, les Emirats arabes unis, les Etats-Unis, la France, l’Italie et le Royaume uni ont salué l’annonce de cette trêve et ont « invité les parties à cesser les hostilités sur l’ensemble du territoire libyen ». Les Etats signataires se disent « prêts à appuyer les Nations unies pour assurer le respect de la trêve et à prévenir toute tentative de la rompre » et rappellent qu’« il ne peut y avoir d’option militaire en Libye ».

Mais en dépit de ces efforts, l’accord de la trêve a pris fin au bout de 24 heures. En effet, le lundi 12 août, des tirs de roquettes ont visé l’aéroport de Mitiga, le seul aéroport opérationnel à Tripoli. Le trafic aérien a donc été suspendu « jusqu’à nouvel ordre ».

L’armée nationale libyenne (ANL) de l’autoproclamé Khalifa Haftar et les forces du gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, reconnues par la communauté internationale, s’affrontent depuis plus de quatre mois autour de la capitale. En effet, depuis le 4 avril dernier, le maréchal Haftar, l’homme fort de l’Est libyen a lancé une offensive pour conquérir Tripoli. L’aéroport de Mitiga, sous contrôle du GNA, est souvent visé par les milices d’Haftar. Face à l’enlisement de la bataille pour le contrôle de la capitale – ses forces ont multiplié les raids aériens.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, les combats dans la région ont fait 1 093 morts, 5 752 blessés et ont provoqué le déplacement de plus de 120 000 personnes.

Le porte-parole du GNA, Moustafa al-Mejii, accuse les forces d’Haftar d’avoir violé la trêve à deux reprises et prévient que les forces du GNA « détiennent tous les moyens de riposte à tout moment ».

Le raid contre l’aéroport survient dans un contexte d’escalade de tensions dans le pays. En effet, il succède à l’attentat contre un convoi de l’ONU à Benghazi, causant la mort de trois agents de la Mission des Nations unies en Libye (MANUL) le samedi 10 août. Cette attaque à la voiture piégée, condamnée par l’ONU, révèle une fois encore le chaos régnant dans le pays. Toutefois, elle n’a pas été revendiquée par l’ANL.

Depuis 2011 et la révolte populaire libyenne ayant entrainé la chute du dictateur le colonel Mouammar Kadhafi, la Libye est en proie à l’insécurité avec la présence de groupes armés et rivaux qui ne cessent de s’affronter. Depuis 2014, le pays s’enfonce progressivement dans une guerre entre les deux parties menées par deux hommes forts que tout semble opposer. Les élections envisagées ne semblent pas ouvrir de perspectives rassurantes malgré les efforts de la communauté internationale. A ce conflit s’ajoute celui d’un risque de crise migratoire affectant l’ensemble du pourtour méditerranéen.

L’insécurité en Libye a donc de quoi inquiéter les rives Nord et Sud de la région.

Egypte : mort de l’ancien président Morsi

Mohamed Morsi lors d’une session du tribunal au Caire, en juin 2016. Tous droits réservés.

Lundi 17 juin 2019, l’ancien président égyptien Mohamed Morsi est décédé à l’âge de 67 ans, des suites d’une crise cardiaque alors qu’il était en audition au tribunal du Caire.

Ingénieur de formation et ancien député, il est propulsé lors de la révolte égyptienne s’inscrivant dans le printemps arabe, à la tête du Parti de la liberté et de la justice, appartenant à la mouvance des Frères musulmans. Il devient en 2012 le premier – et seul – président égyptien démocratiquement élu. Sa politique d’islamisation et sa dérive autoritaire ont suscité le rejet d’une large partie de la population qui se mobilise afin de réclamer son départ. Le président est finalement destitué en 2013 par un coup d’Etat mené par son ministre de la Défense Abdelfattah al-Sissi – devenu depuis président. Dès lors, les Frères musulmans ont été classés par l’Egypte comme « organisation terroriste » et Mohamed Morsi purgeait sa peine, condamné à la perpétuité notamment pour espionnage au profit du Qatar et du Hamas.

Depuis plusieurs années, la famille de l’ancien président et son parti politique déploraient ses conditions de détention. Sur son compte Twitter, le Parti de la liberté et de la justice « pleure le président martyr », victime d’un « meurtre à part entière ». Les ONG internationales – Human Rights Watch et Amnesty International en première ligne – avaient déjà condamné les conditions de détention et réclament désormais au pouvoir égyptien de faire la lumière sur cette mort jugée suspecte. l’Organisation des Nations unies réclame également une enquête. Dans une note à la presse, Rupert Colville, porte-parole du Haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme a déclaré : « Toute mort subite en détention doit être suivie d’une enquête rapide, impartiale, approfondie et transparente menée par un organe indépendant afin de clarifier les causes du décès. »

Si son arrivée au pouvoir répondait en premier lieu aux revendications populaires, le maréchal Sissi gouverne lui aussi l’Egypte de manière autoritaire, et redoute l’instrumentalisation de la mort de l’ancien président. Mardi 18 juin, Mohamed Morsi a été enterré au Caire en toute discrétion en présence de sa famille et d’un déploiement important des forces de l’ordre. Le pouvoir égyptien veille à ce que l’ancien président ne devienne pas un martyr et que sa stèle ne devienne pas un lieu de pèlerinage. A ce titre, il a renforcé l’état d’urgence afin de parer à toute manifestation. Dans la presse égyptienne, le décès de Mohamed Morsi ne fait naturellement pas office d’événement majeur et les médias omettent d’ailleurs de mentionner son titre d’ancien chef d’Etat.

La mort de celui qui a brièvement été une des figures de l’islam politique sunnite, a entrainé une bataille de perceptions autour de son image. L’ancien président, érigé en martyr, est pleuré par ses anciens soutiens. Mort, Mohamed Morsi devient plus populaire qu’il ne l’était de son vivant.

Dans la région, les messages de soutien et de condoléances adressés au défunt président ont afflué. Sans surprise, le président turc Recep Tayyip Erdogan, allié historique du régime de Morsi qu’il percevait comme un relais de sa politique frériste a déclaré : « Je souhaite la miséricorde de Dieu à notre martyr, notre frère Morsi ». Dans la journée de mardi, une prière a été organisée en l’honneur de l’ancien chef d’Etat à Istanbul, donnant l’occasion au Président turc de dénoncer le silence de l’Occident et affirmant qu’il doutait que Mohammed Morsi soit mort de causes naturelles. Au Qatar, soutien sans faille de la Turquie, l’émir Al Thani a exprimé « son profond chagrin » tout en adressant ses « condoléances fraternelles à sa famille et au peuple égyptien ».  Dans la bande de Gaza, le Hamas a salué « la longue lutte de Morsi au service de l’Egypte et de son peuple, et principalement de la cause palestinienne ».

La disparition de l’ancien président ravive ainsi les tensions entre le caire , les Frères musulmans et leurs alliés régionaux.

Regain de tensions autour des gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale

Le président turc Recep Tayyip Erdogan. Tous droits réservés.

 

La découverte de gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale a accru les tensions dans la région. Les réserves gazières au large de l’île de Chypre suscitent l’ire de la Turquie, qui occupe le nord de l’île depuis 1974 par le biais de la République turque de Chypre nord, non reconnue par la communauté internationale, et qui s’oppose à l’exploitation par la République de Chypre de ces gisements et revendique son droit de jouir des ressources sous prétexte d’en faire bénéficier la communauté chypriote turque.

Le 7 juin, le ministère des Affaires étrangères chypriote a publié une synthèse du différend opposant Nicosie et Ankara sur les délimitations des zones maritimes. Le même jour, Hami Aksoy, porte-parole du ministère des Affaires étrangères a réagi , évoquant les concessions accordées par Nicosie à « certaines compagnies pétrolières » : « Cet accord est un exemple concret de la poursuite par les Chypriotes grecs de la violation des droits des Chypriotes turcs jouissant des mêmes droits sur les ressources naturelles de l’île (…). Ceci est inacceptable pour la Turquie et la République turque de Chypre nord ». Sans surprise, Ankara, soutient la RTCN et revendique ses droits sur l’île : « L’Administration chypriote grecque du sud de Chypre et les sociétés internationales qui traitent avec elle ne peuvent ignorer le fait que les Chypriotes turcs sont copropriétaires de l’île et qu’ils ont des droits égaux sur les ressources pétrolières et gazières de l’île. » Et Ankara de menacer : « la Turquie ne laissera personne enfreindre les droits des Chypriotes turcs ». Les déclarations du ministère des Affaires étrangères font écho aux propos tenus par le Président Recep Tayyip Erdogan : « Nous ne ferons aucune concession de ces droits au profit des parties n’étant nullement concernées. Nous sommes déterminés à protéger jusqu’au bout les droits de nos congénères turcs, et surtout de nos frères Chypriotes turcs, dans les zones économiques exclusives ». Ankara alerte la communauté internationale : Chypre n’hésiterait pas « à risquer de manière irresponsable la sécurité et la stabilité de la Méditerranée orientale en méconnaissant les droits inhérents des Chypriotes turcs », Nicosie rejetant selon les Turcs « toutes les propositions de coopération et la poursuite des activités unilatérales » en dépit des avertissements.

Toutefois, la Turquie, si elle se montre agressive, est isolée sur la question chypriote à l’échelle internationale. Le 6 juin dernier, le Président chypriote Nicos Anastasiades a rencontré le secrétaire d’Etat américain Matthew Palmer afin d’évoquer les relations bilatérales et le problème chypriote. Les Etats-Unis se sont montrés « profondément concernés par les déclarations de la Turquie » et ont « pleinement reconnu la souveraineté de la République de Chypre d’explorer et d’exploiter ses ressources naturelles ».

Malgré les menaces d’Ankara, les compagnies pétrolières acceptent d’explorer les eaux chypriotes. Parmi elles, l’américaine ExxonMobil, la française Total ou encore l’italienne Eni. De plus, l’île, qui bénéficie du soutien de l’UE et des puissances occidentales, espère mettre un terme aux activités de forage turques. Nicosie a ainsi émis des mandats d’arrêt à l’encontre de l’équipage du navire de forage turc Fatih et de Turkish Petroleum. En réponse, Hami Aksoy a déclaré le 10 juin : « L’administration chypriote grecque ne peut pas engager une telle action en justice sur la base d’une prétendue loi nationale, pour une zone maritime revendiquée unilatéralement qui n’est pas délimitée conformément au droit international. Ceci est également incompatible avec le droit international. » Alors qu’elle invoque son interprétation du droit international et des zones économiques exclusives, la Turquie n’est pas signataire de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, adoptée en 1982 à Montego Bay.

Si tout oppose les deux structures étatiques, République de Chypre et RTCN, les populations chypriotes grecs et turcs aspirent à davantage de dialogue.

Journée mondiale de l’environnement : Point sur la pollution en Méditerranée

Plage de plastique sur le littoral grec.
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Le 5 juin est la Journée mondiale de l’environnement. Instaurée par l’Organisation des Nations unies lors de la Conférence sur l’environnement de Stockholm en 1972, cette journée a pour but de « développer les bases nécessaires pour éclairer l’opinion publique et donner aux individus, aux entreprises et aux collectivités le sens de leurs responsabilités en ce qui concerne la protection et l’amélioration de l’environnement. » La Méditerranée, zone de trafic maritime intense – concentrant 25% du trafic mondial – et une des principales destinations touristiques, est particulièrement concernée par les problématiques environnementales.

Le thème retenu pour l’année 2019 par la Chine – hôte des célébrations de la journée – concerne la pollution de l’air, problème mondial majeur et l’un des principaux dangers écologiques actuels. Une étude réalisée par l’Union pour la Méditerranée (UpM), estime à environ 7 millions le nombre de décès annuels causés parla pollution atmosphérique, dont un million dans les régions d’Europe et de Méditerranée orientale. La pollution de l’air causée par les navires traversant la mare nostrum est à elle seule responsable de la mort de 6 000 personnes chaque année. Sans surprise, trois ports français méditerranéens figurent parmi les 50 ports les plus pollués d’Europe, selon les résultats d’une enquête de l’ONG Transport et Environnement. Il s’agit de Marseille, Nice et Toulon, respectivement à la 8ème, 39ème et 49èmeplaces. Si ces résultats s’expliquent par la forte présence de navires de croisière, ils sont également dus au « carburant très soufré » utilisé. Toutefois, des efforts sont mis en œuvre en faveur de la réduction de la pollution atmosphérique des navires. En ce sens, Paris entend soumettre au début de l’année 2020 un projet international de réduction de la teneur en soufre des carburants marins utilisés avec la création d’une nouvelle zone ECA (Zone d’émission contrôlée, Emission Control Area) en Méditerranée.

Aux problèmes atmosphériques se greffent les problèmes de pollution menaçant les espèces marines et la santé humaine. 8 à 10% de la biodiversité est concentrée en Méditerranée. Or, cette dernière est actuellement en grand danger. En juin 2018, l’ONG WWF avait déjà alerté sur ce phénomène : la mer Méditerranée se transformerait « en un dangereux piège de plastique ». L’organisation déplore un taux de concentration de plastique anormalement élevé alors que la mer Méditerranée ne représente qu’1% des eaux marines du monde. Le tourisme de masse et la mauvaise gestion des déchets contribuent à la pollution en Méditerranée et font de cette mer l’une des plus polluées au monde en termes de plastique. Tandis que 60 millions de tonnes de plastique sont produites par an en Europe, près de 500 mille tonnes de macroplastiques et 130 de microplastiques sont rejetés dans la mer, les principaux pays concernés étant la Turquie, l’Espagne, l’Italie, l’Egypte et la France. Si la récente directive de la Commission européenne concernant le plastique à usage unique symbolise une prise de conscience et un effort considérable, elle devra s’accompagner pour les Etats membres de l’UE, d’efforts supplémentaires en faveur d’une réduction de la pollution marine.

A cela s’ajoute un stress hydrique de plus en plus important. En effet, l’accès à l’eau et son utilisation sont des préoccupations de taille, les zones bordant les rives sud et est de la région comptant « parmi les plus pauvres en eau du monde ». Plus de 150 millions de personnes sont victimes de stress hydrique et sont confrontées à des problèmes liés à la pollution de l’eau.

Face à ces enjeux, la région méditerranéenne tente d’œuvrer en faveur d’un développement durable et respectueux de l’environnement. A ce titre, l’UpM, les ONG et les mobilisations citoyennes encouragent le dialogue et la coopération au niveau régional dans le dessein de tendre vers « une économie durable et inclusive » et d’œuvrer en faveur d’un environnement moins pollué.

Alors que tous les pays du bassin méditerranéen – des rives Nord et Sud – s’accordent à affirmer que les questions climatiques et environnementales se sont érigées en véritables enjeux, les efforts en la matière demeurent insuffisants malgré la prise de conscience amorcée par les gouvernements et les organisations internationales. Toutefois, une frange grandissante de la société civile entend faire évoluer les positions sur ces questions, cruciales pour l’avenir.

Centrafrique : le massacre de civils met en péril l’accord de Khartoum

Le général Sidiki Abass, leader du groupe armé 3R en RCA.
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Mercredi 22 mai, au moins 34 personnes ont perdu la vie dans le nord-ouest de la République centrafricaine. Le massacre, qui s’est déroulé dans deux villages situés près des frontières avec le Tchad et le Cameroun – Koundjili et Djoumdjoum – est imputé au groupe armé 3R (Retour, réclamation, réconciliation). Ce mouvement était apparu à la fin de 2015 pour protéger la minorité Peul et s’est immédiatement fait remarquer par la violence de ses exactions.

Il s’agit de la tuerie la plus meurtrière depuis la signature de l’accord de Khartoum le 6 février 2019 entre le gouvernement centrafricain et 14 groupes armés. Ce texte, qui représente le 8ème accord de paix conclu depuis le début de la crise en 2013 a nécessité une coordination des Nations unies et de l’Union africaine lors de sa mise en œuvre.

La MINUSCA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique) a « condamné très fermement » l’événement et s’est montrée « particulièrement indignée par le caractère cruel et délibéré de ces attaques qui, en plus d’être planifiées et coordonnées, témoignent de l’intention des auteurs à infliger des atrocités entrainant la mort d’une large partie de la population présente. » Mankeur Ndiaye, représentant du Secrétaire général de l’ONU en Centrafrique et chef de la MINUSCA a déclaré : « La MINUSCA condamne avec la dernière énergie les tueries intervenues aujourd’hui dans les villages de Koundjili et Djoumjoum, en RCA, avec plus de 26 morts [ndlr : le nombre de morts est supérieur] et de nombreux blessés. Les auteurs de tels crimes seront recherchés, arrêtés et traduits devant la justice ».

Le groupe 3R étant signataire de l’accord de paix, son chef Souleymane Sikidi Abass a été nommé en mars « conseiller spécial militaire » après du Premier ministre, chargé de la mise en place des unités mixtes associant membres des Forces armées centrafricaines et groupes armés. Le gouvernement et la MINUSCA exigent du chef du groupe 3R l’arrestation des auteurs du massacre. Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement centrafricain, Ange Maxime Kazagui a déclaré : « Le gouvernement s’associe à la MINUSCA pour exiger de Monsieur Sidiki l’arrestation et la remise des auteurs de ces massacres aux autorités dans les 72 heures sous peine d’être tenu personnellement responsable et de répondre de ces actes. Le même délai est donné au mouvement 3R pour démanteler ses bases et barrières illégales faute de quoi la MINUSCA et le gouvernement prendront les mesures qui s’imposent ».

Ce massacre dans l’ouest du pays fait suite à l’assassinat d’une religieuse franco-espagnole âgée de 77 ans, retrouvée lundi décapitée dans le sud-ouest. Le pape François a évoqué un acte « barbare ». Toutefois, les circonstances de sa mort ne sont pas encore élucidées.

Tandis que la MINUSCA a fait part de sa décision de poursuivre les auteurs, commanditaires et complices de ces meurtres en justice, cet événement symbolise la fragilité de l’accord de Khartoum et plus globalement de l’Etat centrafricain, où les groupes armés contrôlent 80% du territoire. Depuis 2013 et le renversement du président François Bozizé, la RCA est en proie à l’insécurité. Les civils figurent parmi les principales victimes et la situation humanitaire s’est dégradée. Le nombre total de réfugiés et de déplacés internes concerne environ 4,6 millions de Centrafricains, soit près d’un quart de la population du pays.

Volodymyr Zelensky, un espoir pour l’Ukraine ?

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Dans son premier discours devant le Parlement, le nouveau président ukrainien Volodymyr Zelensky a souhaité passer un message d’espoir et de rassemblement aux Ukrainiens.

Il a tout d’abord confirmé l’attachement de l’ancienne république socialiste soviétique à l’Europe, qualifiée de « rêve commun ». Cet attachement s’est concrétisé par la rencontre le même jour avec Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission européenne chargé de l’énergie. Il s’est ensuite adressé aux 65 millions d’Ukrainiens, tous égaux, qu’ils vivent à Luhansk, Odessa ou Kharkov. Il a en particulier fait appel à la diaspora, lui demandant de revenir en Ukraine, non pour visiter le pays, mais pour « rentrer à la maison » et apporter « ses connaissances, son expérience et ses valeurs ». Citant en exemple les Islandais pour leurs exploits durant le championnat d’Europe des Nations, les Israéliens pour la défense de leur pays, les Japonais pour leur technologie ou les Suisses pour leur capacité à vivre ensemble malgré leurs différences, il a appelé de ses vœux l’avènement d’une « nouvelle ère » où l’Ukraine cumulerait toutes ces qualités.

La situation dans le Donbass n’a pas été occultée par Volodymyr Zelensky, d’origine russophone, qui a souhaité rassembler tous les Ukrainiens autour d’une « douleur commune ». Il a affiché sa volonté d’obtenir dès que possible un cessez-le-feu, affirmant être prêt à « perdre son poste » pour que cesse « la mort des héros ». Se déclarant ouvert au dialogue, il a insisté, en russe, s’adressant ainsi indirectement à Vladimir Poutine, sur la nécessité de libérer tous les prisonniers, ce qui constituerait une « première étape idéale ». Reprochant à son prédécesseur de ne rien avoir fait pour que les habitants du Donbass se sentent ukrainiens et comprennent qu’ils ne sont pas des étrangers, il s’est également moqué de la facilité accordée à ces habitants pour obtenir la nationalité russe, estimant que les Ukrainiens l’étaient par le cœur, « peu importe qu’ils possèdent dix passeports différents ».

Le Président ukrainien est également revenu sur les raisons principales ayant conduit 73  % des électeurs à lui accorder leurs suffrages. Soulignant la situation économique difficile du pays, il a directement critiqué le gouvernement, accusé de juste répondre « il n’y a rien que nous puissions faire ». Reprenant la thématique qui l’a conduit au poste suprême, Volodymyr Zelensky a demandé à ses membres de laisser leur place « à ceux qui pensent aux prochaines générations et non aux prochaines élections ». Achevant son intervention dans une ambiance glaciale [« Vos applaudissements sont plutôt légers… Je suppose que tout le monde n’apprécie pas ce que je dis ? Dommage, car ce n’est pas moi, mais le peuple ukrainien qui le dit »], le Président a demandé aux parlementaires d’approuver les lois supprimant l’immunité parlementaire et criminalisant l’enrichissement illégal, mais aussi de provoquer la démission du chef des services de sécurité, du Procureur général et du ministre de la défense, avant d’annoncer sa décision de dissoudre le Parlement et de convoquer de nouvelles élections.

L’Ukraine était également à l’ordre du jour à New-York, où la Russie avait demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui ne s’est pas tenue par suite de l’opposition de six délégations, dont la France. Son représentant s’est opposé à une séance qui se serait tenue « le jour même de l’investiture du nouveau Président ukrainien ». La Russie avait motivé cette réunion par la promulgation le 15 mai 2019 par Petro Poroshenko d’une législation imposant la langue ukrainienne comme langue officielle de l’Ukraine. Cette loi avait déjà fait l’objet d’un débat au Conseil de l’Europe, la commission de Venise s’étant prononcée contre un projet qui déniait le droit des minorités, alors que c’est la question de la langue qui est à l’origine du conflit en Ukraine.

Le conflit chypriote, facteur d’instabilité en Méditerranée orientale – par Ana Pouvreau

Ana Pouvreau – Spécialiste des mondes russe et turc, chercheur en sciences politiques, docteur ès lettres de l’Université de Paris IV-Sorbonne et diplômée de Boston University en relations internationales et études stratégiques. Elle est auditrice de l’IHEDN et éditorialiste à l’institut FMES.

Des troupes de l’ONU sur la “ligne verte”, à Nicosie, en août 1996.
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De par sa position géographique au croisement de blocs civilisationnels différents et d’alliances stratégiques antagonistes, Chypre se trouve au cœur des enjeux de puissance apparus dans le bassin méditerranéen depuis la fin de la seconde guerre mondiale. A l’époque de la guerre froide, Moscou tenta inlassablement de contrôler cette ancienne colonie britannique en cherchant à l’attirer dans le camp des non-alignés. Après la chute du mur de Berlin, le déclenchement des deux guerres du golfe en 1990 et en 2003, la survenue des printemps arabes à partir de 2011, les conflits en Libye et en Syrie, contribuèrent à mettre en lumière l’importance stratégique de Chypre située à la charnière entre l’Europe et le Moyen-Orient.

Cependant, depuis l’intervention militaire de la Turquie dans le cadre de l’opération « Attila » en 1974, la scission du pays en deux entités distinctes demeure un facteur d’instabilité régionale. En dépit de l’entrée de la République de Chypre dans l’Union européenne en 2004 et du soutien de la communauté internationale, force est de constater que les efforts en faveur de la réunification de l’île n’ont pas abouti. Avec la découverte d’immenses gisements de gaz naturel au sud des côtes chypriotes mais aussi en raison de crispations liées aux ressources aquifères, les tensions entre les parties se sont envenimées et le spectre d’une partition définitive se profile désormais.

  • Un conflit gelé

Les échecs répétés de la communauté internationale à faire accepter un régime politique fondé sur le partage du pouvoir entre Chypriotes grecs et turcs depuis l’indépendance de l’île en août 1960, font redouter le scénario d’une partition.

Entre 1960 et 1974, un tel régime a existé sous le contrôle de ses trois puissances tutélaires : la Grande-Bretagne, la Grèce et la Turquie. Bien qu’attribuant aux Chypriotes turcs une place, dans les institutions, supérieure à celle que leur conférait en principe leur représentation dans la population (18%), il n’a cependant pas résisté aux tensions entre les communautés. En effet, pour rappel, en 1974, un coup d’Etat a été mené sous la houlette de la junte militaire au pouvoir en Grèce et des partisans chypriotes grecs de l’union avec la Grèce (Enosis), pour renverser l’Archevêque Makarios, le Président de la république démocratiquement élu, mais soupçonné par les Etats-Unis de sympathies communistes. La Turquie lança alors l’opération Attila (20 juillet 1974). L’occupation par l’armée turque de 37% de l’île, provoqua un exode des Chypriotes grecs vers le Sud et un douloureux échange de populations entre le Nord et le Sud.

La scission du pays est effective et perdure, pour l’heure, en dépit d’un assouplissement concernant les déplacements entre le Nord et le Sud en 2003. En 2019, le pays reste toujours divisé par une ligne de démarcation de 180 kilomètres dite « Ligne verte » sous la surveillance de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP) forte de 1004 personnels[1].  

Au Sud, sur un territoire de 5995 km², la République de Chypre, où 200 000 réfugiés chypriotes grecs ont trouvé refuge en 1974, est membre de l’Union européenne depuis 2004. Cependant, elle n’est toujours pas reconnue par la Turquie comme un Etat souverain. Par ailleurs, la Turquie persiste dans son refus d’ouvrir ses ports et ses aéroports aux navires et aux avions chypriotes, comme elle s’y était pourtant engagée lors de l’ouverture des pourparlers avec l’UE en 2005, d’où le gel partiel des négociations d’adhésion à partir de 2006.

Au Nord, dans la partie sous occupation turque depuis 1974, la République turque de Chypre du Nord (RTCN) ou Kuzey Kıbrıs Türk Cumhuriyeti (KKTC) (3355 km²) a été créée en 1983 en remplacement de l’Etat turc fédéré de Chypre (Kıbrıs Türk Federe Devleti), qui avait été proclamé en 1975 par le leader des Chypriotes turcs, Rauf Denktash. La RTCN est reconnue par la seule Turquie. Y vit une communauté de chypriotes turcs, présents sur l’île depuis le seizième siècle et dont une grande partie est originaire de la partie sud (42 000 personnes). A ceux-ci sont venus s’ajouter 250 000 colons anatoliens, dont l’implantation a été favorisée par la Turquie. Enfin, en 2019, quelque 35 000 soldats turcs y sont toujours stationnés en permanence.

  • Les espoirs déçus d’une réunification

En vue de régler définitivement la question lancinante de la scission, en 2004, peu avant l’entrée de la République de Chypre dans l’UE, le Plan Annan avait remis à l’ordre du jour le régime politique en vigueur de 1960 à 1974. Il s’agissait d’un « projet confédéral composé de deux Etats Constitutifs disposant chacun d’un territoire » avec « des droits et une représentation supérieurs pour les Chypriotes turcs au pourcentage que ceux-ci représentent dans l’ensemble de la société insulaire »[2]. Mais de nombreuses pierres d’achoppement, dont les compensations dans les cas de spoliation, l’ont empêché d’aboutir. Soumis à deux référendums séparés au Sud et au Nord, dans la RTCN, le projet a remporté le vote de la communauté chypriote turque, tandis qu’il a été majoritairement rejeté par les Chypriotes grecs.

Dans ce contexte géopolitique particulier et en dépit d’obstacles considérables portant essentiellement sur les compensations financières concernant les propriétés spoliées des Chypriotes grecs, chassés de la partie Nord par l’avancée de l’armée turque en 1974, les négociations reprirent à partir de 2015 entre les parties Sud et Nord, notamment avec le soutien des Etats-Unis, de l’UE et des Nations-unies, relançant ainsi les espoirs déçus d’une réunification.

Cependant, lors des pourparlers de paix sur Chypre à Crans-Montana (Suisse) en juillet 2017, il s’est avéré que ce processus avait une fois de plus fait long feu, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Çavusoǧlu, déclarant que le retrait des troupes turques du nord de Chypre, condition posée par la République de Chypre pour le retour de la paix, n’était qu’« un rêve » irréalisable entretenu par les  Chypriotes grecs”[3]. En comparaison avec 2004, actuellement, c’est au Nord que l’hostilité à l’idée de réunification a tendance à se développer, les nationalistes et les conservateurs y ayant remporté les élections législatives de janvier 2018. Au Sud, le président Nicos Anastasiades se dit toujours favorable à une réunification.

  • Le durcissement des positions

Les crispations s’accentuent au sein des deux parties. L’insistance de la Turquie à percevoir une indemnisation de plusieurs milliards de dollars pour les progrès que celle-ci juge avoir apportés par le biais de l’occupation militaire à la partie Nord du pays a contribué à grever les espoirs d’une réunification. La Turquie semble déterminée à renforcer la dépendance de la RTCN. Cette entité dépend en effet d’Ankara pour sa survie économique (1 milliard de dollars versés annuellement) et ressemble de plus en plus à un morceau de la Turquie continentale. A titre d’exemple, la livre turque y est toujours en vigueur, tandis que la partie Sud est entrée dans la zone euro en 2008.

La RTCN étant considérée par l’ensemble de la communauté internationale – à l’exception de la Turquie – comme étant sous occupation militaire turque, les visiteurs, bien qu’autorisés à se déplacer librement entre les deux parties depuis 2003, n’y jouissent pas de la protection consulaire des Etats dont ils sont les ressortissants. L’aéroport d’Ercan, construit par la Turquie dans la partie Nord, n’est pas reconnu par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI).

Dans ces conditions de retranchement de part et d’autre de la Ligne verte (Nicosie étant la dernière capitale divisée au monde), la partition définitive du pays est latente, certains Chypriotes grecs évoquant même la construction d’un nouveau « Mur de Berlin ». A ce propos, il est utile de rappeler que, marquée par sa propre expérience de la scission communautaire, au sein de l’Union européenne, la République de Chypre n’a jamais reconnu l’indépendance du Kosovo proclamée en 2008. En ce qui concerne les forces d’occupation turques stationnées en RTCN, le projet d’installation d’une base navale turque à Famagouste (Ammóchostos en grec/ Gazimağusa en turc) semble aller dans le sens d’une séparation définitive[4].

Des différends sur l’approvisionnement de l’île en eau ont encore complexifié la donne. Dans un contexte de pénurie des ressources aquifères sur l’île, le projet turc Northern Cyprus Water Supply Project d’acheminement de l’eau par aqueduc sous-marin, à partir de la ville de Mersin sur la côte méditerranéenne de la Turquie, afin d’approvisionner la partie Nord[5] , vise à montrer l’attachement viscéral de la RTCN à la Mère-Patrie turque. L’ouvrage de 80 km de long a été achevé en septembre 2015, acheminant l’eau turque du barrage d’Alaköprü en Turquie vers le barrage de Geçitköy dans le nord de Chypre près de Kyrenia. Le projet de 500 millions d’euros, devrait permettre le transfert de 75 millions de mètres cubes d’eau par an. Par contraste, dans la partie Sud, les niveaux d’eau dans les réservoirs sont de plus en plus bas année après année en raison de périodes de sécheresse récurrentes. Avec ses quatre unités de désalinisation de l’eau de mer, celle-ci peine à subvenir aux besoins en eau de sa population. Cette situation est accentuée par des taux d’affluence touristiques croissants avec près de 4 millions de visiteurs sur l’île en 2018[6].

Enfin, à la suite de la découverte d’immenses gisements de gaz au large de Chypre, à savoir, en 2011, celle du gisement Aphrodite puis, en 2018, celle du réservoir Calypso, les explorations gazières menées dans sa Zone économique exclusive (ZEE) par la République de Chypre ont ravivé les tensions avec Ankara, qui réclame leur suspension dans l’attente d’une solution à la division de l’île[7]. Les menaces de la Turquie à l’encontre de sociétés étrangères de forage et le blocage par la marine turque d’un navire affrété par une société italienne au large des côtes chypriotes en 2018, laissent augurer de nouvelles difficultés dans les relations entre les deux parties, mais également entre la Turquie et les pays européens, attendu que la réduction de la dépendance énergétique considérable de l’UE vis-à-vis de la Russie est en jeu.

***

Dans ce contexte, on peut en déduire que, de l’évolution du conflit entre les communautés à Chypre, île dont la superficie (un peu plus de 9000 km2) dépasse seulement de peu celle de la Corse, va dépendre le développement de l’influence stratégique des grandes puissances en Méditerranée.

 

[1] UNFICYP  [https://peacekeeping.un.org/fr/mission/unficyp]
[2] François Dopffer : L’Imbroglio turc, Paris, Lignes de repères, 2008 et « Géopolitique de Chypre », Diploweb, 12 février 2009 [https://www.diploweb.com/Geopolitique-de-Chypre.html].
[3] Philip Chrysopoulos: “Turkey’s Foreign Minister: Removal of Turkish Troops From Cyprus ‘a Dream’ ”, The Greek Reporter, 30 juin, 2017.
[https://greece.greekreporter.com/2017/06/30/turkeys-foreign-minister-removal-of-turkish-troops-from-cyprus-a-dream/]
[4] Metin Gurcan : “Why Turkey wants a permanent naval base in Northern Cyprus”, Al-Monitor, 12 septembre 2018. [https://www.al-monitor.com/pulse/originals/2018/09/turkey-why-ankara-wants-permanent-naval-base-in-cyprus.html#ixzz5kboIo0gS]
[5] Ömer Bilge : “No resolution in Cyprus water crisis”, Hürriyet Daily News, 15 février 2016.
[hurriyetdailynews.com
[6] « Nouveau record d’affluence touristique battu à Chypre en 2018 », Le Point, 17 janvier 2019.[https://www.lepoint.fr/economie/nouveau-record-d-affluence-touristique-battu-a-chypre-en-2018–17-01-2019-2286693_28.php]
[7] La production chypriote de gaz naturel devait être acheminée vers l’Egypte. Le gaz – sous forme de gaz naturel liquéfié – devait ensuite être réexporté vers l’Europe.