Europe de la défense

L’UE dresse le bilan après une année de mise en œuvre de la CSP

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Mardi 14 mai 2019, le Conseil de l’Union européenne, réuni au niveau des ministres des Affaires étrangères et de Défense, a débattu sur la première année de mise en œuvre de la Coopération structurée permanente (CSP).

L’article 42 du Traité sur l’Union Européenne dispose que la CSP regroupera « les Etats membres qui remplissent des critères plus élevés de capacités militaires et qui ont souscrit des engagements plus contraignants en la matière en vue des missions les plus exigeantes ». Si la CSP se place dans une volonté européenne de défense commune, elle ne regroupe cependant pas tous les Etats membres. En effet, le Royaume-Uni, le Danemark, ainsi que Malte ne participent pas à cette coopération sécuritaire de grande envergure.

Toutefois, les membres affirment que la CSP constitue « une étape cruciale pour renforcer la politique de sécurité et de défense commune » et, surtout, qu’elle pourrait permettre d’ouvrir « la voie à une Défense commune » ayant pour conséquence de renforcer l’autonomie de l’UE à agir en tant qu’acteur international en matière de sécurité.

Le Conseil souligne par ailleurs que des « progrès » ont été effectués concernant « les engagements liés aux budgets de défense et aux investissements conjoints en matière de défense ». Les Etats membres ont ainsi augmenté leur budget de défense de « 3,3% en 2018 et de 4,4% en 2019 ». Le Conseil déclare que l’utilisation des « outils, initiatives et instruments de l’UE aux fins de la planification de défense nationale, […] constitue une autre tendance positive ». Cela est également encouragent pour la mise en place du Fonds européen de défense (FED) recouvrant la période 2021-2027. Le FED permettra d’accroître les investissements des Etats membres et de l’UE dans le domaine de « la recherche de défense, le développement de capacités militaires en commun et l’éventuel achat en commun de matériel militaire ».

Néanmoins, des lacunes subsistent quant à la coopération industrielle de défense entre les Etats de l’UE. La Commission estime que « coexistent aujourd’hui dans l’UE 178 systèmes d’armes différents, alors que les Etats-Unis n’en comptent que 30 ». Si l’UE veut être efficace en termes d’industrie de l’armement, et devenir un véritable acteur international pouvant rivaliser avec ses concurrents – les Etats-Unis, la Russie et la Chine – il lui faudra accroître la mutualisation et la coopération entre Etats membres. A titre d’exemple, l’acquisition de F-35 américains par plusieurs pays européens au détriment du Rafale ou de l’Eurofighter, a été critiquée par le Président français qui juge qu’il s’agit d’une décision qui « stratégiquement va a contrario des intérêts européens ». Toutefois, cette décision peut s’expliquer par la nécessité de disposer d’avions « à double capacité » équipés pour emporter des bombes nucléaires américaines, conformément à la politique de dissuasion nucléaire de l’OTAN.

Selon la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Frederica Mogherini, « les possibilités de la coopération structurée permanente sont immenses ». Alors qu’il existe déjà 34 projets répartis au sein des pays membres de l’UE, de nouveaux seront lancés en 2021.

Brexit et défense européenne, enjeux liés aux transferts de responsabilités britanniques

 

29 mars 2019 – Transfert de l’État-major d’Atalante à Rota (Espagne)
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Après l’annonce du retrait du Royaume Uni de l’Union européenne (UE), les ministres européens de la défense se sont prononcés sur la cessation de la participation des Britanniques aux instances décisionnelles. Si certains transferts de responsabilité comme par exemple le commandement de la mission européenne Atalante s’effectuent en douceur, des désaccords profonds animent la relation euro-britannique et laissent présager un futur partenariat ambigu.

Mission Atalante, un transfert de responsabilités harmonieux

Lancée en appui des résolutions du conseil de sécurité des Nations unies[1] et décidée dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) pour lutter contre la piraterie en océan Indien, l’opération Atalante est la première opération militaire purement navale de l’UE. Une force navale de l’Union Européenne[2] (EU NAVFOR) conduit ainsi, depuis une décennie[3] au large des côtes somaliennes, une opération de dissuasion, de prévention et de répression des actes de piraterie et de brigandage. Son mandat a été prorogé[4], par le Conseil de l’UE jusqu’au 31 décembre 2020. Depuis la mise en œuvre d’Atalante, le niveau de piraterie et de brigandage a fortement baissé et l’opération revêt désormais une dimension essentiellement dissuasive.

Le contrôle politique de l’opération est exercé par le Conseil européen, via le COPS (Comité politique et de sécurité) qui exerce également la direction stratégique. Le CMUE (comité militaire de l’UE) assure le suivi de la bonne exécution de l’opération conduite sous la responsabilité du commandant de l’opération. Ce dernier exerce à partir de la terre le commandement opératif de la mission à la tête d’un état-major (OHQ) d’environ 80 personnes. Le commandant de la force Atalante (FCdr), embarqué avec son état-major sur un bâtiment de commandement, assure le commandement tactique sur le théâtre. Jusqu’en mars 2019, le commandement opératif d’Atalante était assuré par un officier général britannique à partir d’un OHQ basé à Northwood près de Londres.

Le Royaume Uni a bien tenté de conserver son poste de commandement opérationnel et la localisation de l’OHQ mais, logiquement dans la perspective du Brexit, les ministres de la défense européens ont décidé en juin 2018 de le transférer en Espagne et, pour partie, en France.

 

 

Ainsi, depuis le 29 mars 2019, l’Espagne assure désormais, à partir de sa base navale de Rota[5], le rôle précédemment dévolu à la Grande-Bretagne. Parfaitement légitime en raison de la forte implication de l’Espagne dans l’opération Atalante depuis son lancement, cette décision est ainsi une reconnaissance de son engagement vis-à-vis de la politique de défense et de sécurité de l’UE.

Quant à la France, elle accueille désormais à Brest le Maritime Security Center for the Horn of Africa (MSCHOA) dont elle assure la direction, organisme qui établit la situation sur zone en soutien de l’opération[6]. Le MSCHOA réalise notamment l’interface entre la mission Atalante et le secteur maritime civil.

Mais les transferts de commandements et de structures militaires ne se limitent pas à la seule opération ATALANTE car d’autres responsabilités relevant de la PSDC confiées à des Britanniques ont également été transférées[7].

Les contrefeux britanniques à la construction d’une défense européenne

Pendant de nombreuses années, la coopération militaire européenne s’est systématiquement heurtée aux vétos britanniques, Londres y voyant une concurrence directe avec l’OTAN.

Le sommet franco-britannique de Saint Malo de décembre 1998[8] avait pourtant marqué une inflexion importante de la position britannique, le gouvernement de Tony Blair reconnaissant enfin à l’UE une légitimé en matière de défense. Certains ont interprété ce changement de cap comme une façon pour la Grande-Bretagne de compenser au sein de l’UE dans le domaine de la défense une perte d’influence dans le domaine économique liée à la création de la zone Euro dont elle ne faisait pas partie. L’idée d’une politique de défense commune[9] s’affirme alors avec, notamment, la création du centre satellitaire européen (SATCEN) et de l’agence européenne de défense (AED).

Mais l’éclaircie fut de courte durée. La montée en puissance de la PSDC fut rapidement freinée par le déclenchement en 2003 de la guerre en Irak et le clivage au sein de l’UE à propos de la stratégie américaine qui ont semé le trouble entre les Etats membres de l’UE. Depuis cette date, les oppositions systématiques des Britanniques à la construction d’une politique de défense européenne ont repris.

La prise de commandement de l’opération Atalante pourrait passer pour un contre-exemple à cette opposition systématique. Il convient plutôt d’y voir le pragmatisme des Britanniques, ces derniers préférant prendre le contrôle d’une opération qui devenait incontournable et bénéficier également de la création d’un centre de commandement sur leur territoire.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la perspective du Brexit – comme la création de la zone Euro – a conduit le Royaume Uni à exprimer le souhait de conserver un rôle central au sein de la PSDC.

Brexit et défense européenne 

Avec le Brexit, l’Union Européenne perd l’un de ses acteurs militaires et politiques majeurs. Puissance nucléaire et membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, le Royaume-Uni représente en effet un tiers des capacités militaires de l’UE. Consciente de cette situation, Londres affiche une posture volontaire en réclamant un statut « privilégié » surclassant ceux d’autres pays tiers[10] pour se maintenir dans les organes décisionnels de l’UE.

Mais, même si l’UE reconnait le haut niveau des forces britanniques, elle ne pourrait délivrer un statut exceptionnel sans risquer de perturber des partenariats existants avec d’autres pays comme la Norvège ou la Turquie par exemple. Par ailleurs, l’environnement stratégique mondial évolue. Les Etats puissances sont de retour avec la Russie et la Chine qui s’affranchissent du droit international. Depuis le pivot vers l’Asie opéré par Barak Obama et le désintérêt assumé de la protection du vieux continent par Donald Trump, le lien transatlantique devient plus incertain. Enfin, les organisations multilatérales intergouvernementales se fragilisent. L’ensemble de ces éléments  pousse l’UE à se poser la question de son autonomie stratégique désormais vitale.

Dans cette perspective, l’UE ne semble pas disposée à impliquer les Britanniques dans ses processus décisionnels. Selon le GRIP[11], l’Europe se trouve à la croisée des chemins. En effet, elle doit choisir entre une PSDC qui vise simplement à améliorer la coopération politico-militaire entre les États membres, en se contentant d’une collaboration intergouvernementale, et une PSDC conçue comme un véritable outil d’intégration européenne –  a l’instar de la zone Euro ou de l’espace Schengen – auquel cas le Royaume-Uni ne pourrait y participer. Selon le choix qui sera fait, les revendications britanniques seront acceptables ou non.

Le Brexit soulève également d’autres difficultés comme par exemple le souhait de l’administration britannique de continuer à bénéficier, tout comme les Etats membres, d’un accès aux capacités de Galileo ou au fonds européen de défense[12] lancé en 2017.

Le 30 novembre 2018, le Royaume Uni a pourtant officialisé son retrait du projet Galileo mais le sujet de discorde concerne l’accès au signal crypté. D’une part, les entreprises britanniques – qui seront considérées après le Brexit comme des entreprises étrangères – ne pourront plus postuler aux appels d’offre concernant les travaux sur le signal crypté. D’autre part, l’accès au signal devra faire l’objet d’un accord particulier, comme pour les pays tiers, ce que les Britanniques ne sont pas prêts à accepter au regard de leurs investissements techniques et financiers dans ce projet.

Le fonds européen de défense[13] encourage la coopération et l’amélioration de l’interopérabilité des équipements militaires des Etats membres. Ce fonds s’inscrit dans la démarche d’indépendance stratégique évoquée précédemment entrainant l’exclusion des Britanniques des grands programmes d’armement européens du futur et de la Base Industrielle et Technologique de Défense Européenne (BITDE).

La situation est d’autant plus délicate que, durant une hypothétique période de transition et sauf accord de dernière minute, le Royaume-Uni devra respecter ses engagements financiers[14] concernant les opérations militaires et les diverses agences[15].

Ces aspects du Brexit n’ont pas fait l’objet de débats lors du vote pour la sortie de l’UE, motivé par des considérations de politique intérieure et l’immigration illégale Il est possible que les Britanniques tentent d’empêcher l’émergence d’une grande puissance sur le continent européen.  Les multiples tentatives de négociation bilatérale constituent autant de risque de brèches dans la solidarité des 27 autres membres de l’UE. Pour l’instant, leur cohésion est intacte. Mais les tergiversations actuelles des Britanniques et leurs reports de l’échéance ultime commencent à créer des divergences entre les « 27 ». C’est certainement un piège dans lequel ils ne doivent pas tomber.

Mais le Brexit pourrait être une chance pour l’Europe. L’Etat-membre le plus réticent à une politique européenne de défense, celle-ci pourrait retrouver une nouvelle dynamique pour construire l’autonomie stratégique de l’UE. Dans ce cadre, la France aura un rôle important à jouer pour repenser les fondements de la défense européenne post-Brexit et redéfinir de nouvelles relations avec le Royaume-Uni. Elle devra alors, sans arrogance, trouver avec ses autres partenaires les compromis nécessaires sur les sujets de désaccord dans un esprit de consensus qui n’est pas sa qualité première. C’est en s’engageant dans la voie d’une autonomie stratégique assumée que les Européens pourront alors redéfinir un nouveau pacte Atlantique et donner à l’UE les moyens d’être l’un des grands acteurs du monde multipolaire qui se dessine.

[1] 1814, 1816, 1838, 1946 et 1851
[2] Les pays contributeurs sont en majorité européen (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Grèce, Italie, Luxembourg, Pays-Bas et Suède) mais d’autres pays ont rejoint l’organisation avec différents niveaux d’investissement (mise à disposition de navires de guerre et/ou d’avions de reconnaissance et de patrouille maritime,  détachement de personnel à bord ou à l’État-major de Northwood). Une vingtaine de navires et d’aéronefs ont participé à la mission, soit environ 1800 hommes.
[3] Depuis décembre 2008
[4] Le 30 juillet 2018
[5] Le vice-Amiral (ESP) Antonio Martorelli Lacave a remplacé le Général (RM UK) Charlie Stickland
[6] En lien avec les armateurs et compagnies maritimes, Le MSC HoA assure le suivi des navires de commerce, évalue la situation et déclenche si nécessaire, une alerte.
[7] Par exemple, l’opération EUFOR Althea en Bosnie-Herzégovine où le commandement sera français à partir du QG de l’OTAN à Mons
[8] Extraits de la déclaration de Saint Malo :
« L’Union européenne doit pouvoir être en mesure de jouer tout son rôle sur la scène internationale. Le Traité d’Amsterdam, base essentielle pour l’action de l’Union, doit donc devenir une réalité. La mise en œuvre complète et rapide des dispositions d’Amsterdam sur la Politique étrangère et de Sécurité commune (PESC) doit être achevée. Cela inclut la responsabilité du Conseil européen de décider le développement progressif d’une politique de défense commune dans le cadre de la PESC… »
« Lors de ce sommet les chefs d’états et de gouvernement du Royaume-Uni et de la France  s’accordent sur la nécessité de doter l’UE d’une capacité autonome de décision  et d‘action, appuyée sur des forces militaires crédibles afin de répondre aux crises internationales lorsque l’OTAN n’est pas engagée ».
[9] La PSDC (politique de sécurité et de défense commune) prend le relais de la PESD.
[10] « L’UE a déjà conclu pas moins de 25 contrats avec des pays tiers – y compris les Etats-Unis – qui ont contribués à 16 missions PSDC « Jolyon Howorth, Brexit et défense européenne, politique étrangère, 2018/4.
[11] Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité – Extrait du « Brexit et la défense européenne » Frederico Santopinto – 11 décembre 2018.
[12] 13 milliards d’euros prévus pour la période 2021-2027, 4,1 milliards devraient être alloués à la recherche, avec des subventions de financement intégral (et pas nécessairement de cofinancement). Les 8,9 milliards restants seront investis dans le développement de matériel militaire, cette fois en cofinancement avec les États membres.
[13] Extrait du communiqué de presse du Parlement européen : « les systèmes concernés pourraient être : les systèmes pilotés à distance, les communications par satellite, l’accès autonome à l’espace et l’observation permanente de la terre, la viabilité énergétique, la cyber sécurité et la sûreté maritime, les capacités militaires de pointe dans les domaines aérien, terrestre et maritime, ou encore les domaines connexes tels que les capacités de soutien stratégique.
[14] Mécanisme ATHENA mis en place le 1 mars 2004. 27 Etats y participent sauf le Danemark qui a toujours souhaité rester en dehors hors de la PSDC pour des questions militaires.
[15] AED, SATCEN et EUISS (institut d’études de sécurité de l‘UE).

L’Agence européenne de garde-côtes et de garde-frontières se renforce

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Lors de son discours sur l’état de l’Union, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a annoncé la volonté de la Commission de renforcer le corps européen de garde-côtes et de garde-frontières. Le 28 mars 2019, le Parlement et le Conseil européens sont parvenus à un accord politique et ont confirmé le choix de mettre en place les mesures annoncées en septembre 2018 par la Commission concernant l’Agence européenne de garde-côtes et de garde-frontières, héritière de l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne, communément appelée « Frontex ».

Cette décision de renforcer ce corps européen institué par le règlement 2016/1624 du 14 septembre 2016 a pour objectif de lui donner « le niveau d’ambition approprié pour répondre aux défis communs auxquels l’Europe est confrontée dans la gestion des migrations et des frontières ». L’accord prévoit le déploiement de 10 000 garde-côtes et garde-frontières à terre et en mer d’ici 2027. Ce nouveau corps permanent sera opérationnel à partir de 2021 et atteindra sa capacité maximale en 2027. Il s’agit de la « pièce maitresse » prévue par l’UE. Les prérogatives des agents seront renforcées, ils pourront ainsi contrôler les identités, tamponner les passeports et arrêter les entrées irrégulières. S’ajoutent à ces compétences celle d’intervenir dans les futurs centres d’accueil des migrants. Les agents pourront appuyer les autorités nationales s’agissant des procédures d’identification et de retour des migrants et des personnes en situation irrégulière. Sous réserve d’un accord de statut avec les Etats-membres ou des pays tiers, l’Agence pourra également créer des bureaux d’antenne afin de soutenir logistiquement les activités opérationnelles et garantir le bon fonctionnement de ses activités. Elle disposera d’un budget pour acquérir son propre matériel. Le budget pour la période 2019-2020 est de 1,3 milliard d’euros tandis qu’une enveloppe de 11,3 milliards est réservée pour 2021-2027. Pour l’achat et l’entretien de moyens autonomes d’intervention – en l’occurrence les bateaux, les avions ou les véhicules terrestres – 2,2 milliards de budget seront également alloués.

L’Agence européenne de garde-côtes et de garde-frontières, dont le siège est à Varsovie, a été créée en 2016, sur la base des structures existantes de « Frontex ». L’institution s’est muée pour faire face aux nouveaux défis européens en termes de migrations et de sécurité intérieure. A l’origine limités à 1 500 agents, les effectifs ont rapidement augmenté. Cette évolution de l’Agence traduit une volonté politique des Etats-membres de se coordonner et de mettre en place une véritable politique migratoire européenne avec une politique d’asile commune à tous les Etats-membres.

Le 1er avril 2019, la Commission européenne s’est félicitée de l’accord conclu « en un temps record » qui représente un « changement radical dans la capacité de l’Union européenne à mieux protéger collectivement les frontières extérieures de l’Europe ». En effet, ce renforcement de l’Agence de garde-côtes et de garde-frontières a été conçu et mis en place en six mois.

L’accord satisfaisant les efforts de l’UE en matière de contrôle aux frontières doit encore faire l’objet d’une confirmation par le Parlement européen. 20 jours après la publication du texte au Journal officiel, l’accord entrera en vigueur.

L’adoption des programmes de travail concrétise le Fonds européen de défense

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Mardi 19 mars, la Commission européenne a adopté des programmes de travail pour cofinancer des projets industriels de défense communs durant la période 2019-2020 dotés d’une enveloppe de 500 millions d’euros afin de « développer les capacités de défense des pays membres de l’Union européenne ». A cette somme s’ajoute un montant supplémentaire de 25 millions d’euros consacré à la « recherche sur la domination du spectre électromagnétique et les futures technologies ».

L’objectif de ce projet, porté par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, est de mettre en œuvre, à partir de 2021 un véritable Fonds européen de défense (FED). Imaginé par la Commission européenne, le FED vise à aider les Etats membres à dépenser plus efficacement l’argent des contribuables, à réduire les doublons de dépenses et à obtenir un meilleur rapport coût-résultats.

Depuis 2014, le président de la Commission a fait du renforcement de la sécurité des citoyens européens son fer de lance dans un contexte de détérioration de la situation géostratégique mondiale. La création de ce Fonds a donc été annoncée en 2016 lors de son discours sur l’état de l’Union. Toutefois, le FED n’a pas vocation à interférer avec les budgets nationaux de défense mais entend renforcer la coopération et la collaboration interétatique tout en permettant aux Etats d’acquérir des technologies de pointe pour faire face aux défis que posent la sécurité et la défense communes. En outre, il s’agit de pallier le manque de coopération entre les Etats membres qui induit un coût supplémentaire annuel estimé entre 25 et 100 milliards d’euros.

Pour Jyrki Katainen, vice-président de la Commission en charge de l’emploi, la croissance, l’investissement et la compétitivité, il s’agit d’un « jour historique ». Il considère que « la coopération en matière de défense est la seule manière de protéger et de défendre les Européens dans un monde de plus en plus instable ».

Le même jour, la Commission a donné le coup d’envoi des premiers projets industriels de défense communs, financés par l’Union européenne. Parmi eux, des projets autour de la technologie des drones, la communication par satellite, l’intelligence artificielle, la cyberdéfense ou encore la surveillance maritime. A ce titre, 100 millions d’euros viendront appuyer le développement de l’Eurodrone, projet auquel la France participe avec l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne.

La Commission européenne a déjà financé cinq projets de recherche en matière de défense. Dans les prochains jours, 21 appels à propositions seront lancés. Les consortiums auront jusqu’à la fin du mois d’août pour déposer un dossier. Cependant, les projets transnationaux et collaboratifs doivent compter en leur sein au moins trois entreprises issues de trois Etats européens différents.

Le Fonds européen de défense est une priorité aux échelles européenne, nationale et régionale. Mardi 12 février 2019, appuyés par System Factory et les Pôles de compétitivité, la Direction générale de l’armement et le conseil régional de Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, représenté par l’Institut FMES ont organisé une journée d’information dédiée aux PME régionales concernant ce fonds européen de défense. L’accès au Fonds européen de défense dans cette région où la défense est un secteur économique de premier plan s’inscrit au rang des priorités : 220 PME sont référencées dans la BITD.

Pour le prochain exercice de la Commission, correspondant à la période 2021-2027, le Fonds européen de la défense disposera d’une enveloppe supérieure d’environ 13 milliards d’euros. Cette somme importante illustre la priorité que l’UE accorde à son secteur de la défense.

Pour une « renaissance de l’Europe », la tribune d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron à la Sorbonne, le 26 septembre 2017. Tous droits réservés.

Le 4 mars 2019, le Président de la République française Emmanuel Macron a publié une tribune en faveur de l’Union europénne. Cette « lettre aux citoyens d’Europe » pour une « renaissance européenne » a été relayée dans les journaux de tous les Etats membres de l’Union et traduite en 24 langues.

La démarche du président français, qui s’inquiète du délitement européen, s’inscrit dans un contexte « d’urgence » à moins de trois mois des élections européennes « décisives » et près de trois semaines avant le Brexit, qu’il considère comme le « symbole de la crise de l’Europe ». L’appartenance à l’Union européenne connait en effet ces dernières années une remise en cause avec la montée de l’euroscepticisme et l’expansion des partis nationalistes et populistes. Pour Emmanuel Macron, « le repli nationaliste ne propose rien ; c’est un rejet sans projet ». A ce titre, il présente plusieurs propositions basées autour de « trois ambitions » qui sont « la liberté, la protection et le progrès ».

Les axes proposés aux Etats membres sont divers et concernent entre autres la mise en place d’une agence de protection des démocraties, la création d’une banque en faveur du climat afin de financer la transition écologique, l’instauration d’un salaire minimum à l’échelle de l’Union européenne ou encore la réduction de la consommation de pesticides d’ici 2025 et une politique « zéro carbone » pour 2030. Aussi, Emmanuel Macron, préoccupé par les ingérences extérieures dans les démocraties européennes, appelle à une restructuration de l’espace Schengen. Dans l’optique de le « remettre à plat », il réitère son idée d’un office européen de l’asile et d’une police des frontières communes. Par ailleurs, il entend interdire le financement des partis politiques de l’UE par des puissances étrangères, déjà interdit en Hexagone. Sur le plan économique, il se positionne en faveur d’une « juste concurrence » et d’une « préférence européenne ».

L’intérêt du Président français pour l’Union européenne n’est pas inédit. Durant sa campagne pour la présidence, Emmanuel Macron a fait de la défense de l’UE l’un de ses fers de lance. Toutefois, la méthode utilisée est novatrice. Pour la première fois, un chef d’Etat s’adresse à l’ensemble des Européens, sans passer par les autorités gouvernementales, dans un message plein de promesses.

Considéré par certains comme un coup médiatique, ce texte signe clairement l’entrée en campagne d’Emmanuel Macron pour les élections européennes. Il espère, en cas de bons résultats, pouvoir mener à bien l’ensemble de ses réformes.

Si son camp soutient fermement sa démarche, l’opposition nationale critique sans surprise l’initiative. En Europe, l’accueil est globalement favorable, à l’exception des partis populistes. En Allemagne, les médias se montrent réceptifs au message du Président. De l’autre côté de la Manche, le Financial Times souligne les « propositions novatrices ». Du côté de l’Union européenne, Donald Tusk, Président du Conseil européen approuve le message d’Emmanuel Macron : « La renaissance de l’UE doit commencer maintenant ».

Escale à Bruxelles pour la 29ème Session

Moins de cent jours avant les prochaines élections au Parlement européen, les auditeurs et auditrices de la 29ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques ont bénéficié d’une mission d’étude de deux jours à Bruxelles qui leur a permis de mieux appréhender les réalités de l’Union européenne et de son fonctionnement.

Accueillis le 20 février 2019 au centre des visiteurs de la Commission européenne par Maria Jose Pastor, cadre de la direction générale de la communication, qui les a accompagnés toute la journée, les auditeurs et auditrices ont dans un premier temps écouté Charles de Chefdebien leur rappeler le rôle de la Commission dans le processus décisionnel de l’Union européenne. Contrairement au fonctionnement des institutions françaises, où le Parlement peut difficilement s’opposer au pouvoir exécutif, celui de l’UE repose sur un triptyque équilibré entre la Commission, responsable de l’élaboration de la législation et « voix de l’UE », le Conseil de l’Union européenne, « voix des Etats membres », et le Parlement européen, « voix des citoyens ».

Les auditeurs à la Commission européenne.

Organe exécutif de l’Union européenne, la Commission est dirigée par un « collège » de 28 commissaires, originaires de chacun des Etats membres, mais agissant en faveur de l’intérêt général de l’UE. Le commissaire français est Pierre Moscovici, chargé des politiques économiques, de la douane et de la fiscalité. La Commission sera renouvelée à l’issue des élections au Parlement européen, qui aura la responsabilité de valider à la majorité la candidature du nouveau président désigné par le Conseil puis d’auditionner les nouveaux commissaires et de vérifier qu’ils disposent des compétences requises.

Massimo Lombardini, membre de la direction générale « énergie », chargée de la politique énergétique de l’UE « pour un approvisionnement énergétique sûr, durable et à des prix compétitifs », a ensuite éclairé les auditeurs et auditrices sur les conséquences de la découverte de gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale, thème de réflexion de la 29ème session. Rappelant les grandes « révolutions » de la généralisation de la liquéfaction du gaz initiée par le Qatar en 2000 puis de l’exploitation du gaz de schiste par les Etats-Unis en 2009, il a détaillé les options envisagées pour exploiter et distribuer le gaz de Méditerranée orientale. Si le projet de gazoduc East Med est ardemment défendu par Benjamin Netanyahu, qui y voit un moyen d’exporter le gaz israélien vers l’Italie et le marché européen, la Commission reste prudente, et n’ira pas au-delà des 3 millions d’euros accordés à la société IGI Poseidon pour les études exploratoires.

A l’issue du déjeuner à la cafétaria de la Commission, Jean-Christophe Filori, chef de l’unité « Afrique du Nord » à la direction générale « politique européenne de voisinage et négociations d’élargissement », est revenu sur les conditions particulières des relations avec l’Egypte, établies dans le cadre de la politique européenne de voisinage, une politique initialement envisagée pour les pays de l’Est comme une alternative à l’adhésion, avant d’être étendue aux pays situés au Sud de l’UE, dans une perspective de sécurisation de la stabilité et de prospérité européenne. Une nouvelle approche, plus réaliste, a permis depuis 2015 de repenser le cadre des relations euro-méditerranéennes, à la lumière des conséquences politiques, économiques et migratoires des printemps arabes. Destinée désormais à diffuser les valeurs européennes mais aussi à défendre les intérêts de l’Union européenne, la politique européenne de voisinage doit « assurer la stabilité aux frontières de l’UE par un soutien précis et efficace, destiné à favoriser la sécurité de la région, le développement de véritables coopérations économiques dépassant le seul libre-échange et la poursuite des réformes démocratiques ».

Kjartan Björnsson, chef de l’unité « appui au règlement de la question chypriote » au secrétariat général, a ensuite détaillé les conditions dans lesquelles était utilisé l’instrument de soutien financier « visant à encourager le développement économique de la communauté chypriote turque ». Créé par un règlement du 27 février 2006, il a permis de faire profiter cette communauté de 519 M€ depuis son entrée en vigueur, afin de « mettre un terme à l’isolement de cette communauté et faciliter la réunification de Chypre ». Malheureusement, comme le regrette le Conseil de sécurité des Nations Unies dans sa résolution 2453 prorogeant le mandat de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre, « le processus de règlement n’a guère avancé » depuis la conclusion de la Conférence sur Chypre organisée en juillet 2017 à Crans-Montana, qui s’était achevée sans accord.

La journée s’est terminée par une prestation très remarquée de Tatiana Marquez Uriarte, chef adjointe de l’unité « aides d’Etat II » à la direction générale de la concurrence. Débutant son exposé par une référence au « Cassis de Dijon », elle a ainsi fait découvrir à une immense majorité des auditeurs que le 20 février 2019 marquait le quarantième anniversaire d’un arrêt de la cour de justice des communautés européennes condamnant l’Allemagne pour avoir interdit l’importation du Cassis de Dijon sur son territoire sous prétexte que sa teneur en alcool était inférieure au taux minimal prescrit par le droit allemand pour obtenir ce qualificatif de liqueur. C’était sans doute une des premières décisions européennes protégeant le « consommateur », au centre de toutes les préoccupations de l’Union européenne depuis son origine. Après avoir présenté la politique de sa direction générale en faveur d’un marché de l’énergie le plus favorable au « consommateur », telle que l’action menée contre Gazprom, entreprise d’Etat russe soupçonnée d’abus de position dominante, Tatiana Marquez Uriarte est revenue sur l’interdiction du projet d’acquisition d’Alstom par Siemens, mais a peiné à convaincre ses interlocuteurs français du bienfondé de la décision de la commissaire Margrethe Vestager.

Soirée consacrée aux travaux de comité.

Après une soirée consacrée aux travaux de comité conclue par un agréable dîner de cohésion, les auditeurs se sont retrouvés le 21 février 2019 devant le Parlement européen. Accueillis par un conférencier de l’unité des visites et séminaires, les auditrices et auditeurs devaient bénéficier d’un passage en salle de conférence « d’une durée de 30 minutes à une heure en fonction des questions du groupe » suivie d’un passage dans la tribune de l’hémicycle « avec explications complémentaires ». Mais l’intérêt suscité par des explications précises sur le fonctionnement du Parlement, le rôle des députés et le détail de leurs nombreuses activités au sein des vingt commissions aurait sans doute mérité de poursuivre les échanges durant le déjeuner. Le conférencier a en particulier expliqué les jeux de pouvoir et d’influence qui animent le cycle de discussion du corpus législatif et le rôle joué par les présidents de commission et les « coordinateurs », au nombre et 5 et 15 pour les Allemands quand les Français n’en comptent respectivement que 3 et 5.

Les auditeurs et auditrices se sont ensuite rendus à la Représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne. Le capitaine de frégate Marc Woodcock y a initié les auditeurs et auditrices à la politique de défense et de sécurité commune, qui fonde ses bases sur la déclaration du Conseil européen de Cologne des 3 et 4 juin 1999. Les chefs d’Etats et de gouvernement affirmaient pour la première fois une volonté commune de disposer d’une « capacité d’action autonome soutenue par des forces militaires crédibles », leur permettant de disposer des moyens de décider d’y recourir et d’être prêts à le faire « afin de réagir face aux crises internationales ».

Au Parlement européen.

L’Union européenne participe à ce jour à six opérations militaires : deux opérations maritimes, en Méditerranée (EUNAVFOR MED) et au large de la Corne de l’Afrique (EUNAVFOR ATALANTA), une opération de stabilisation en Bosnie-Herzégovine (EUFOR ALTHEA) et trois actions de formation en Somalie, au Mali et en République Centrafricaine. Marquant les limites de l’autonomie stratégique de l’Union européenne, entérinées par les accords « Berlin plus » signés le 16 décembre 2002 avec l’OTAN, le commandement de l’opération ALTHEA est exercé, au moins jusqu’au 29 mars 2019, par l’amiral britannique commandant suprême adjoint des forces alliées en Europe, l’état-major d’opération étant situé au quartier général suprême des forces alliées en Europe.

L’opération ATALANTA est la première opération militaire navale conduite par l’UE. Opérationnelle depuis le 8 décembre 2008, elle contribue « à la dissuasion, à la prévention et à la répression des actes de piraterie et des vols à main armée au large des côtes de la Somalie et combat les actes de piraterie en large des côtes de Somalie ». L’autre opération militaire navale « contribue à démanteler le modèle économique des réseaux de trafic de migrants et de traite des êtres humains dans la partie sud de la Méditerranée centrale ». EUNAVFOR MED opération Sophia a été prorogée jusqu’au 31 mars 2019, à la suite d’un accord de dernière minute du Conseil européen.

La mission d’étude dans la capitale belge s’est achevée par une présentation des activités de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN. Ruxandra Popa a dans un premier temps présenté l’organisation générale de l’OTAN avant de détailler les activités des 266 parlementaires issus des 29 pays membres de l’OTAN qui, par leur connaissance de l’OTAN, sont en mesure d’apprécier les politiques nationales en la matière, d’informer leurs collègues des parlements nationaux et d’orienter le travail législatif. Apportant un éclairage utile aux travaux de comité de la 29ème session, la secrétaire générale adjointe a détaillé les activités du « groupe spécial Méditerranée et Moyen-Orient », compétent toutes les questions politiques, socio-économiques et de sécurité touchant à la zone méditerranéenne, au Moyen-Orient et à la péninsule arabique.

 

La conférence de Munich sur la sécurité

Angela Merkel, à la conférence de Munich.
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La conférence de Munich sur la sécurité s’est déroulée du 15 au 17 février 2019, au lendemain de la très polémique « ministérielle pour promouvoir un futur de paix et de sécurité au Moyen-Orient » organisée à Varsovie par les Etats-Unis et la Pologne.

Trouvant son origine en novembre 1963 avec les premières Internationale Wehrkunde-Begegnung, la Munich Security Conference réunit tous les ans des responsables politiques et des experts autour d’un thème portant sur la sécurité du monde d’aujourd’hui et de demain. L’affrontement entre les Etats-Unis et ses plus anciens alliés, en phase avec l’intitulé de la conférence « le grand puzzle : qui va recoller les morceaux », a été illustré par les discours du vice-président américain Mike Pence et de la chancelière allemande Angela Merckel.

Annonçant que les Etats-Unis avaient « retrouvé la première place sur la scène internationale », le vice-président américain a vanté les investissements de l’administration Trump dans le budget de la défense, les plus importants depuis l’époque de Ronald Reagan, et la modernisation de l’arsenal nucléaire. A l’unisson de Donald Trump à la tribune des Nations unies, il s’est félicité des 5,3 millions d’emplois créés, du taux de chômage le plus bas depuis 50 ans et du regain d’exploitation du gaz et du pétrole qui font désormais des Etats-Unis le premier producteur mondial.
Reprenant la rhétorique de Donald Trump, Mike Pence a insisté sur la nécessité pour les nations de l’OTAN de respecter l’engagement des 2% de dépenses de défense réelles en part du PIB, rappelant que « beaucoup de nos alliés de l’OTAN doivent encore faire mieux ». Prétextant la lutte contre des tentatives de division basées sur l’arme de l’énergie, il a félicité les pays qui avaient pris position contre le projet de gazoduc Nord Stream 2, défendu par l’Allemagne, tout en rappelant que les Etats-Unis ne resteraient pas « les bras croisés » tandis que « des alliés achètent des armes à nos adversaires », faisant cette fois allusion à l’acquisition de missiles S-400 russes par la Turquie.
S’en prenant violemment à l’Iran, le vice-président a soutenu que ce pays, « la plus grande menace à la paix et à la sécurité au Moyen-Orient », était le principal soutien du terrorisme, armant le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien, exportant des missiles, alimentant les conflits en Syrie et au Yémen, préparant des attaques terroristes en Europe et appelant « ouvertement » à la destruction d’Israël. Après avoir énoncé cette longue liste de griefs, Mike Pence a sommé ses partenaires européens « de cesser de saper les sanctions américaines contre ce régime révolutionnaire meurtrier » et « de se retirer de l’accord nucléaire iranien ».

Le même jour, la chancelière allemande a répondu point par point, sans jamais le citer, au discours de Mike Pence. Evoquant les relations avec la Russie, elle a tout d’abord rappelé que la sortie du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, signé par les Etats-Unis et l’URSS, impactait en premier lieu les Européens, « qui restent assis là ». La chancelière a martelé que la réponse ne pouvait être une course aveugle à l’armement, alors que Russes et Américains ont annoncé le développement de nouveaux systèmes couvrant les portées de 500 à 5000 km.
A propos du budget fédéral de la défense et « répondant aux critiques », Angela Merkel a confirmé que celui-ci atteindra 1,5 % du PIB en 2024, ce qui sera déjà un « énorme pas ». Questionnant sur « ce qu’il convenait de faire avec cet argent », elle a relativisé ce chiffre relativement modeste comparé à d’autres nations mais correspondant à des montants sans commune mesure (selon les statistiques officielles de l’OTAN. En 2017, l’Allemagne consacrait 1,22 % de son PIB à son budget de défense, contre 2,32 % pour la Grèce, au deuxième rang derrière les Etats-Unis et leurs 3,58 % ; mais ces 1,22 % génèrent 42,8 milliards de dollars, à comparer aux 4,5 milliards de dollars grecs).
La chancelière a également rappelé que l’Allemagne était présente en Afghanistan depuis 18 ans avec quelques 1 300 militaires engagés, que l’Allemagne assurait les fonctions de « nation cadre » en Lituanie, et que le pays était également présent au Mali, soulignant que ce type d’engagement n’était pas dans la culture allemande, « comme il peut l’être pour nos amis français ».
Sur l’Iran, Angela Merkel a regretté que ce sujet divise. Reconnaissant que la politique iranienne était préoccupante, elle s’est interrogée sur la pertinence de quitter le seul accord en place, la « seule petite ancre que nous ayons ». Enfin, évoquant les relations commerciales difficiles avec les Etats-Unis, elle s’est étonnée que les automobiles européennes puissent constituer une menace contre la sécurité nationale des Etats-Unis. Elle a rappelé que la principale usine BMW était implantée en Caroline du Sud, « pas en Bavière », et exportait des automobiles vers la Chine. Elle a conclu par ces termes : « Si ces voitures sont soudainement considérées comme une menace pour la sécurité nationale des États-Unis d’Amérique, nous sommes choqués ».
La veille, Heiko Maas, ministre des affaires étrangères allemand, avait déjà défendu le multilatéralisme et vanté le traité franco-allemand d’Aix-la-Chapelle. S’aventurant sur le domaine économique, il a dénoncé les droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium, illustrant ce « scénario perdant-perdant » par le coût pour les Américains des 8 700 nouveaux emplois créés aux Etats-Unis, estimés à 650 000 $ par an et par emploi.

La vice-présidente du Conseil européen et haute représentante Federica Mogherini était intervenue dès le 15 février. Elle a défendu, comme la chancelière allemande, une approche duale à la résolution des conflits : « Aucune des défis sécuritaires auxquels le monde est confronté ne peut être traité par une approche purement militaire ». Si elle a convenu d’une augmentation des budgets de défense, elle a surtout rappelé que l’argent investi dans l’aide humanitaire, le développement durable, l’action pour le climat et la promotion et la défense des droits de l’homme participait tout autant à la sécurité et à la paix dans le monde.
Le ministre des affaires étrangères russe Sergey Lavrov s’est également exprimé le 16 février. Sans surprise, il s’est opposé à la description qui était faite de son pays, citant dès ses premiers mots Charles de Gaulle, qui prônait une grande Europe, « de l’Atlantique à l’Oural ». Revenant sur les années post-guerre froide, il a regretté l’approche « OTAN-centrée », les bombardements occidentaux en ex-Yougoslavie, la partition et la reconnaissance du Kosovo ou le soutien au « coup d’Etat » à Kiev. Il a surtout tendu la main aux Européens, rappelant que la porte était toujours ouverte et que l’extension de l’Union économique eurasienne conduirait à un grand espace commun de Lisbonne à Vladivostok.

Parmi les autres intervenants, le président égyptien al-Sissi s’est exprimé également en tant que président de l’Union africaine. Alors que le sujet avait à peine été évoqué à Varsovie, il a affirmé que « le non-règlement juste et définitif de la cause palestinienne constitue la principale source d’instabilité au Moyen-Orient » et défendu le « droit des Palestiniens à établir leur État sur les frontières du 4 juin 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale ».

Enfin, le ministre de la défense britannique Gavin Williamson a prononcé un discours en total décalage, attaquant violemment la Russie, ignorant la menace représentée par le terrorisme, jamais évoqué. Il a par la même glorifié la profonde amitié anglo-allemande illustrée par la bataille de Minden, un épisode de la guerre de Sept ans où Anglais et Allemands combattaient côte à côte … contre les Français. La France n’est d’ailleurs jamais citée dans son discours, en dépit des accords de Lancaster House de 2010.

Journée d’information sur le fonds européen de défense

Mardi 12 février 2019 s’est tenue à Marseille, à l’Hôtel de la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur une journée d’information destinée aux PME régionales concernant le fonds européen de défense (FED). Ce forum a été organisé à la demande de la Direction générale de l’armement et du conseil régional de Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur par l’Institut FMES, associé à System Factory et les pôles de compétitivité Pôle Mer Méditerranée, OPTITEC et SAFE.

En présence de Yannick Chenevard, vice-président de la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur et délégué à l’emploi, la formation professionnelle et l’apprentissage, du vice-amiral d’escadre Pascal Ausseur, directeur des opérations à l’Institut FMES et du commissaire Jonathan Cohen, de la direction du service PME à la DGA, les entreprises présentes ont pu bénéficier d’amples explications sur le financement de l’Union européenne à leur profit.

La situation géostratégique mondiale se détériorant ces dernières décennies a engendré l’augmentation des dépenses militaires. Pour faire face aux multiples défis, l’industrie européenne de Défense doit se restructurer et défendre ses intérêts et sa sécurité. En France, 5 000 entreprises sont répertoriées dans le secteur de la défense qui emploie 400 000 personnes. S’agissant de la région Sud, 220 PME sont référencées dans la BITD (Base industrielle et technologique de Défense) qui est un secteur économique de premier plan au niveau régional. Le domaine de la Défense représentant près de 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel dans la région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur. L’Union européenne, pour développer son autonomie stratégique, a décidé de favoriser l’économie de défense et la coopération entre les entreprises européennes dans ce domaine (le manque de coopération fait perdre dans les domaines de la défense et de la sécurité entre 25 et 100 milliards d’euros par an).

Lancé par la Commission européenne, le FED vise à aider les Etats membres à dépenser plus efficacement l’argent des contribuables, à réduire les doublons dépenses et à obtenir un meilleur rapport coût-résultats.

Les PME peuvent donc bénéficier de financement concernant leurs projets collaboratifs de développement de produits et technologies de défense telles que l’étude de faisabilité, la conception, l’essai, la qualification, etc. Pour les années 2019-2020, le budget de ce fonds s’élève à 500 milliards d’euros et s’ajoute aux programmes européens déjà existants susceptibles de financer les projets des PME :

  • Horizon 2020 : Programme cadre européen pour la recherche et l’innovation (77 milliards d’euros).
  • COSME : Programme européen pour améliorer l’accès au financement des PME, la compétitivité des entreprises, l’accès au marché unique et l’entreprenariat (2 ,3 milliards d’euros).
  • Europe créative (volet MEDIA) afin de soutenir le développement de l’audiovisuel à l’échelle européenne (1,4 milliard d’euros).

En vue des appels à projets devant être publiés au mois de mars 2019 (et en préparation des appels de 2020), la Région et la DGA, appuyée par l’Institut FMES associé à System Factory et aux Pôles de compétitivité, s’organisent pour aider les entreprises dans leur démarche et leur fournir toutes les informations complémentaires à l’accès à ces fonds européens : compréhension du mécanisme, montage du dossier, recherche de financements complémentaires, …. A travers ce renforcement, il s’agit de faciliter l’accès des PME régionales aux financements européens et de renforcer la place des acteurs régionaux dans les programmes européens et les réseaux transnationaux.

 

Liens : 

Représentation_Region_Bruxelles_EDIDP

DGA_Présentation_FED

 

Traité franco-allemand : quel impact pour la Méditerranée ?

Emmanuel MACRON et Angela MERKEL, à Aix-la-Chapelle, le 22 janvier 2019. Tous droits réservés.

Le mardi 22 janvier 2019, à l’occasion du 56èmeanniversaire du traité de l’Elysée, le Président de la République française Emmanuel MACRON et la chancelière de la République fédérale d’Allemagne ont signé à Aix-la-Chapelle un nouveau traité de coopération et d’intégration.

La décision du « couple franco-allemand » de renforcer les liens bilatéraux s’appuie sur le texte fondateur du Traité de l’Elysée de 1963, signé par le Président français Charles de GAULLE et le chancelier allemand Konrad ADENAUER. L’objectif est de tendre vers une convergence accrue entre Paris et Berlin pour les « préparer aux défis auxquels ils sont confrontés au XXIème siècle ».

Le Traité d’Aix-la-Chapellemettra en œuvre 15 projets prioritaires, dont le suivi est assuré par le Conseil des ministres franco-allemand. L’un des points phares est une coopération poussée au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies où la France y appuiera la candidature de l’Allemagne en tant que membre permanent. Ce traité vise également une coopération plus approfondie dans des domaines divers : politique économique, politique étrangère et sécurité, éducation et culture, recherche et technologie, climat et environnement, coopération et communication transfrontalières, etc. En clair, il s’agit d’un pas de plus dans l’amitié franco-allemande. a

Seront créés quatre « instituts culturels franco-allemands intégrés », à Rio, Palerme, Erbil et Bichkek. Cinq instituts français et allemands seront colocalisés à Cordoba, Atlanta, Glasgow, Minsk et Ramallah. Le renforcement franco-allemand aura ainsi un impact sur la Méditerranée avec l’implantation de ces sites dans des villes du bassin méditerranéen.

Le traité accorde également une importance particulière au domaine de la sécurité avec une clause de défense mutuelle et l’idée d’une collaboration plus étroite dans le développement de leur arsenal militaire. Il prévoit aussi de mener des opérations conjointes. Ce renforcement de liens n’a pas trouvé grand écho autour du bassin méditerranéen. La future ouverture d’instituts culturels n’a pas fait grand bruit et cet événement n’a pas retenu l’attention de la presse africaine et moyen-orientale qui a peu relayé l’information. La Méditerranée ne fait pas partie de la zone d’intérêt de l’Allemagne qui n’y voit pas d’enjeux sécuritaires ou économiques importants. A contrario, en Europe, le couple franco-allemand, moteur de l’Europe suscite davantage d’intérêts, d’autant plus que l’Union européenne est dans une impasse : la question du Brexit soulève de nombreux débats et les partis populistes et eurosceptiques, dont certains sont au pouvoir, prennent de l’ampleur.

La réémergence d’un projet d’armée européenne

Angela MERKEL et Emmanuel MACRON à Rethondes, pour la commémoration de l’armistice, le 10 novembre 2018.
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Dans un entretien à Verdun pour Europe 1 diffusé mardi 6 novembre 2018, le président français Emmanuel MACRON a exprimé sa volonté de créer une « vraie armée européenne ». Le chef de l’Etat a plaidé en faveur de ce projet, capable de « protéger » l’Union européenne « à l’égard de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis ».

Si Vladimir POUTINE considère cette initiative comme « un processus positif du point de vue du renforcement du caractère multipolaire du monde », les déclarations du chef de l’Etat français ont provoqué une réaction du président américain. Accusant Paris de promouvoir une armée européenne concurrente des Etats-Unis et de l’OTAN et déclarant les propos de son homologue français « très insultants », Donald TRUMP s’est de nouveau exprimé, mardi 13 novembre, dans une série de tweets à l’encontre du président français.

Face aux accusations de son homologue américain, Emmanuel MACRON a évoqué samedi une « confusion » mais continue d’affirmer la volonté d’une autonomie européenne. L’UE bénéficierait d’une plus grande marge de manœuvre en matière de défense et pourrait assurer les missions de la politique de sécurité et de défense communes. Premier président français à évoquer publiquement « une armée européenne », Emmanuel MACRON a instauré, dans cette optique, l’Initiative européenne d’intervention (IEI). Lancé en juin 2018, ce projet qui se place dans la logique du discours à la Sorbonne du président de la république en septembre 2017, a pour but de développer une culture stratégique européenne, à plusieurs Etats, afin de pouvoir mener plus facilement des opérations militaires en commun.

Les propositions françaises sont rejointes par l’Allemagne. La chancelière allemande Angela MERKEL, devant le Parlement européen à Strasbourg, a défendu l’idée d’une armée européenne mardi 13 novembre. Assurant que cette armée ne remettra pas en cause l’OTAN, la chancelière allemande a réitéré sa proposition de « conseil de sécurité européen » afin de renforcer la politique extérieure de l’Union européenne.

Toutefois, les avis sont partagés sur la faisabilité et la légitimité d’une telle initiative. A titre d’exemple, le général de VILLIERS, ancien chef d’état-major considère « impossible » une armée européenne où les forces serait juxtaposées, fusionnées afin d’en faire des unités de combat « aux ordres d’un état-major hypothétique à Bruxelles ». Jean-Yves le DRIAN, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a déclaré au début de l’année 2016, alors qu’il était ministre de la Défense du président François Hollande : « C’est aux Etats qu’il appartient en premier d’entretenir une défense forte, et c’est aux plus importants d’entre eux de montrer la voie en Europe ».

La vision d’Emmanuel MACRON consiste en une Europe forte, indépendante et autonome militairement et notamment vis-à-vis des Etats-Unis. Toutefois, si le couple franco-allemand affiche une position unie, d’autres pays européens semblent envoyer le message inverse. Alors que la défense européenne dépend pour une grande part du maintien d’une industrie de défense, la Belgique et la Pologne ont choisi d’opter ces derniers mois pour des armements américains. 

Le thème emblématique de « l’armée européenne » sous-tend les choix fondamentaux qui n’ont jamais été tranchés par les Européens depuis 30 ans et qui imposent de répondre à trois questions : quelle unité de destin ? quel effort de défense acceptable ? quelle autonomie vis-à-vis des Etats-Unis ?