Europe de la défense

La défense du territoire européen, enjeu de la décennie à venir pour la France ? par le Capitaine de Vaisseau Marc-Antoine de Saint Germain

Marc-Antoine de Saint Germain est le commandant du porte-avions nucléaire Charles de Gaulle depuis 2017.

Un détachement de l’Eurocorps devant le Parlement européen. Tous droits réservés.

 

Havre de paix depuis plus de soixante-dix ans, l’Europe est désormais confrontée à des défis existentiels. Menacée d’une part d’implosion face à ses différends internes, mis à jour par des économies et des projets sociétaux contradictoires (Brexit, flux migratoires massifs, montée des populismes, fragilité de la zone euro), elle voit d’autre part les menaces se multiplier à ses portes avec la résurgence à sa périphérie des États-puissances (Chine, Russie) et des zones grises (Moyen-Orient, Maghreb, Balkans) au sein desquelles des nations émergentes – notamment sous pression du terrorisme – refusent comme la Turquie le modèle des démocraties européennes, confirmant par là-même l’essoufflement de celui-ci.

Dans un contexte de repli des États-Unis, entamé depuis 2009 avec l’arrivée au pouvoir de Barack Obama et confirmé jusqu’à présent par la nouvelle administration Trump, les Européens devront dans la décennie à venir assurer par eux-mêmes la sanctuarisation de leur territoire, sous peine de voir à nouveau des conflits émerger en son sein.

Plus qu’une nécessité, cet enjeu stratégique devrait leur permettre de définir à nouveau un projet commun leur permettant de dépasser leurs dissensions. Pour cela, la France devra définir une nouvelle approche dans sa stratégie militaire, en coopérant de façon plus intense avec ses principaux Alliés européens pour développer une capacité de démonstration de puissance, fondée sur sa dissuasion nucléaire désormais unique au sein de l’Union européenne.

 

  • Une Europe de plus en plus fragilisée en interne.

Une lente désagrégation

Dans un état de grande fragilité, l’Union européenne est à un moment critique de son existence. L’essoufflement de sa dynamique date sans doute de 2005, année des négociations d’une constitution européenne sous l’impulsion de la France, et rejetée aussitôt par un vote des Français…

Une déconstruction lente se fait donc sentir depuis une douzaine d’années, conséquence du déni de confiance des peuples eux-mêmes vis-à-vis des institutions européennes et des dirigeants de leur propre pays face aux injonctions de ces derniers pour toujours « plus d’Europe », ou leurs discours moralisateurs appelant à dépasser les égoïsmes nationaux : « un fossé entre élites européistes et populations s’est ainsi creusé au fil des années. Il est devenu le problème numéro un. Le plus dangereux »[1].

Le monde rêvé par l’Europe a vécu et les contradictions entre Européens sont mises à jour après avoir été trop longtemps escamotées. Au premier plan, l’élargissement effréné de l’Union européenne, comme dette morale à la suite des conflits mondiaux, est une des causes majeures de ce rejet. Ensuite, la volonté des institutions européennes de se mêler de tout et de régenter dans le détail la vie des citoyens a engendré chez ces derniers un sentiment de perte de liberté et d’identité.

Ce rejet long et insidieux, masqué par les institutions elles-mêmes, a abouti au vote des Britanniques le 23 juin dernier en faveur d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union. « L’Union européenne est donc un organisme affaibli, miné de l’intérieur. (…) Elle rassemble des États membres qui fonctionnent sur la base de la démocratie représentative, laquelle est de plus en plus contestée partout dans le monde par une revendications croissante et vengeresse de démocratie participative ou même directe »[2].

Devenu un vaste espace sans frontières claires, culturellement uni mais politiquement divisé, sa recherche d’identité originelle et non assouvie révèle une bataille des idées entre un projet fondé sur une communauté de valeurs cherchant à dépasser les rivalités des nations et celui d’une puissance européenne replaçant les cultures et religions au centre de la construction. Sans jamais avoir résolu cette difficulté, les Européens ont cru que la démocratie se diffuserait par simple contact et qu’un agrégat de parties démocratiques créerait un ensemble démocratique.

Il nous faut espérer que l’arrivée d’une nouvelle administration américaine plaçant sa politique intérieure au centre de ses préoccupations finira par réveiller l’UE de sa torpeur. Car elle n’a cessé de décevoir ses citoyens : « En mars 2000, le sommet européen avait fixé un objectif stratégique pour l’Union : devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde en l’espace d’une décennie. Cette stratégie de Lisbonne n’a pas été appliquée, et la distance s’est accrue entre la réalité européenne et le modèle californien »[3].

Aujourd’hui, l’Europe est un empire fragile et décentralisé qui cherche à résoudre ses difficultés internes par une fuite en avant administrative face à des peuples inquiets et sceptiques, sans réussir pour autant à résoudre ses différends politiques. Le sommet de l’UE à La Valette (Malte) le 3 février 2017 a mis à jour la mécanique d’une possible autodestruction des institutions européennes, attisée par les positions dures du Président américain récemment élu contre les usages transatlantiques, les règles internationales ou le libre-échange, et au moment où le Brexit devient une réalité au Parlement britannique : « ce qui se joue, c’est l’avenir même de l’Union »[4]. Il faut remonter à 2003, dans une période toutefois très différente pour la construction européenne[5], pour observer des fractures aussi importantes en Europe. Alors divisée sur l’intervention en Irak, les États-Unis étaient déjà un facteur de fragilisation. La perspective actuelle d’un éventuel rapprochement entre les États-Unis et la Russie tétanise les pays de l’Europe de l’Est et les États baltes quand le Royaume-Uni cherche à rétablir sa « special relationship » avec son grand neveu américain. Pourtant, « la désintégration de l’UE ne conduirait pas à la restauration de souverainetés nationales chimériques, (…) mais au contraire à une dépendance accrue au profit des superpuissances que sont les États-Unis, la Russie et la Chine »[6].

Vers la fin d’un modèle ?

Initiatrice et facteur de paix dans le monde jusqu’à présent, l’Europe se pose la question de la pérennité de son modèle. Ne pesant plus par ses valeurs, par ses normes ou par la force de sa société civile, elle n’est plus un exemple à suivre pour beaucoup de nations émergentes. Bien au contraire, le modèle qui semble désormais s’imposer est celui d’États-puissances ayant fortement investi dans les domaines régaliens. Au risque de faire renoncer à leur population une partie de leurs libertés individuelles, seul moyen efficace semble-t-il identifié par leurs dirigeants pour traiter la question du multiculturalisme qui caractérise désormais la plupart de ces pays.

La construction européenne fondée sur l’idée post-guerre d’une disparition en son sein des rapports de force rend aujourd’hui son existence très fragile. L’Europe fait désormais le vide autour d’elle, et participe en partie à la déstabilisation de son environnement immédiat. N’ayant pas su développer une politique étrangère cohérente, elle s’est bornée à une « politique de voisinage »[7].

Publié il a vingt ans, Le choc des civilisations de Samuel Huntington a été très critiqué parce qu’il avait une approche un peu trop simplificatrice pour expliquer les problèmes conflictuels que rencontre la planète. Pourtant son analyse fondée sur l’existence selon lui de huit civilisations – dont les rapports entre elles seraient caractérisés par leurs affinités ou au contraire leurs différences culturelles – reste pertinente dans le contexte international actuel. Considérant que « les principes philosophiques, les valeurs fondamentales, les relations sociales, les coutumes et la façon de voir la vie en général diffèrent sensiblement d’une civilisation à l’autre » [8] la question du déclin de la puissance occidentale se pose. Pire, si certaines civilisations tentent encore d’imiter l’Occident, et l’Europe en particulier, d’autres au contraire cherchent à lui résister, particulièrement celles de tendance confucéenne ou musulmane.

La mondialisation a érodé le paysage postcolonial, qui a été jusqu’à présent composé d’États-nations théoriquement égaux, à l’image d’une Europe apaisée : elle « a creusé les roches friables des États faibles jusqu’à la roche mère des structures traditionnelles »[9]. Aux côtés desquels des empires ont réorganisé les affiliations politiques et les appartenances collectives : « C’est la faiblesse du monde occidental, son absence de vision et de politique claire, qui poussent Ankara à se forger de nouvelles alliances »[10].

Une Europe économiquement fragile peu engagée militairement

Aujourd’hui, l’Europe est donc en péril, l’Allemagne ne pouvant qu’espérer des réformes courageuses en France afin que celle-ci retrouve sa souveraineté financière, préalable au maintien de sa souveraineté sécuritaire. C’est une condition indispensable au maintien de la zone euro, dont la robustesse n’est assurée que si France et Allemagne restent en phase sur le plan économique : « Il y aura une Union européenne à différentes vitesses »[11].

Un éclatement de la zone euro serait sans doute un cap irréversible vers la fin de l’Union européenne, nous renvoyant des décennies en arrière, avec un risque réel du retour de la guerre en Europe. Or, le budget de défense cumulé des Européens est sous la barre des deux cents milliards d’euros. Conséquence de cette baisse progressive des investissements, la hiérarchisation des outils de défense est évidente en Europe. Hormis la France et le Royaume-Uni, la très grande majorité des pays européens ne disposent que de forces militaires locales, destinées à intervenir dans leur propre pays. Au mieux des pays comme l’Allemagne ou l’Italie ont généré des forces militaires de taille régionale susceptibles d’apporter un appui aux opérations militaires dans un rayon limité en Europe.

Au bilan, « il y a des puissances européennes mais l’Europe n’est pas à l’origine un projet de puissance »[12]. Dans ce contexte et confrontée à la menace terroriste, l’Europe est soumise à de nouvelles vulnérabilités concernant sa sécurité : « Avec l’irruption du djihadisme militarisé, le fait guerrier s’importe désormais au cœur du territoire européen, que l’on pensait pourtant sanctuarisé. (…) Une rupture grave et sans nul doute durable de la situation d’insularité stratégique dans laquelle semblait nous placer la fin de la guerre froide »[13].

  • Une Europe menacée par un monde multipolaire

Des affrontements de nouvelle nature, des guerres aux multiples visages

Des lignes de fracture apparaissent entre des zones abandonnées d’un côté (comme une large partie de l’Afrique ou du Moyen-Orient), et d’autres où s’affrontent directement ou indirectement des États forts guidés par une forme nouvelle ou rénovée d’impérialisme. Ces lignes de fracture voient se développer une sorte de privatisation des conflits (en particulier dans les États faillis) d’une part, et une guerre d’usure d’autre part, sans vainqueurs clairement identifiés. Mais elles portent surtout en germe des risques d’affrontement beaucoup plus violents et brutaux entre les États-puissances eux-mêmes (la mer de Chine est symptomatique de ce type d’affrontement indirect qui pourrait dégénérer).

La guerre moderne a donc muté et se révèle aujourd’hui sous plusieurs formes. La guerre d’ingérence est la première évolution depuis la fin de l’ère coloniale. Avec les conséquences souvent malheureuses du prix fort payé par les populations civiles. La question est désormais de savoir si l’ingérence restera consubstantielle à l’Occident. La seconde est économique, comme l’illustre la faiblesse des entreprises européennes face au diktat du droit juridique américain[14]. La troisième revisite les principes de la guerre froide : ne pas se combattre et ne pas se parler, comme c’est le cas actuellement au Moyen-Orient par théâtres interposés (Yémen, Syrie) entre l’Arabie Saoudite et l’Iran. La quatrième est civile et tout aussi sanglante, engendrant des migrations internes massives (Afrique) mais également externes (Méditerranée, Europe de l’est). Celle-ci est sans doute la plus difficile à maitriser car elle repose sur l’ethnique et le religieux, facteurs d’affrontement de plus en plus violents, en particulier quand ce dernier repose sur le terrorisme. Sans compter la guerre nucléaire dans sa forme dissuasive et la prolifération galopante qui lui est liée, le retour des impérialismes (Iran, Turquie, Russie) quels que soient leurs motifs (économique, politique, culturel) ou la cyber-guerre.

Ces nouvelles formes de la guerre ont pour conséquence d’accélérer la déliquescence des États les plus faibles et la multiplication de zones grises, au sein desquels l’influence de nations intermédiaires (Iran, Turquie, Arabie Saoudite, Inde) devient prépondérante.

Un positionnement américain imprévisible générant de l’incertitude, fondé depuis plusieurs années sur le repli

L’arrivée au pouvoir de la nouvelle administration américaine est sans doute l’expression de la poursuite de l’effondrement du monde bipolaire, débuté en 1991 avec la fin de l’URSS, permettant aux formes de guerre décrites précédemment de se développer.

Donald Trump s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur quand il considère que les États-Unis ne sont plus en mesure d’être les gendarmes du monde. Néanmoins, sa victoire a ajouté un trouble supplémentaire en Asie du Sud-Est sur la survie d’accords militaires noués parfois depuis plus de 60 ans : le Président américain a ainsi laissé entendre que le Japon et la Corée du Sud auraient intérêt à se doter de l’arme nucléaire pour assurer eux-mêmes leur protection. Il a aussi menacé de remettre en cause les traités de défense avec ses alliés historiques, notamment en Europe, s’ils ne contribuaient pas davantage aux dépenses militaires.

Le pivot vers l’Asie du Sud-Est, lancé par Barack Obama en 2011, visait à resserrer les liens avec ses alliés et à réaffirmer sa domination contestée par la Chine tout en se retirant des théâtres extérieurs au Moyen-Orient (Irak, Afghanistan), se détournant ainsi de l’Europe. Ce programme ambitieux « n’a toutefois jamais vraiment convaincu les pays d’Asie du Sud-Est »[15]. Pékin n’a pas renoncé à ses prétentions territoriales sur la quasi-totalité de la mer de Chine occidentale et a continué à aménager des îlots pour y construire des infrastructures portuaires et aéronavales. Les États-Unis se sont également montrés incapables de freiner l’escalade nucléaire nord-coréenne. Ils ont laissé le Moyen-Orient dans l’état que l’on connaît actuellement, avec l’obligation d’y revenir aussitôt (Irak)…

Si le retrait progressif des États-Unis pour le règlement des affaires internationales n’est pas nouveau – illustré par la politique du « Lead from behind », chère au Président Obama, et l’échec cuisant de celui-ci au Proche-Orient – ils se démarquent désormais par l’imprévisibilité de la nouvelle administration et génèrent une incertitude anxiogène chez les Européens, accentuant ainsi leurs dissensions internes. En formalisant sa politique par le slogan « America first », elle confirme ce repli sur soi, et avec lui l’ensemble du monde occidental, laissant ainsi un peu plus la place à l’expansionnisme des États-puissances comme la Russie et la Chine.

La Russie, tête de file des États-puissances sur le front Est de l’Europe, en quête d’une plus forte implantation en Méditerranée et marquant son retour en Atlantique

L’intervention russe en Syrie, première opération lancée à l’extérieur de l’ancienne zone soviétique, prouve à quel point l’ancienne armée rouge s’est modernisée et renforcée depuis la réforme lancée en 2008 pour combler les lacunes révélées par les guerres de Tchétchénie et de Géorgie : « L’engagement syrien aurait été impossible il y a dix ans. Jusqu’à l’annexion de la Crimée en mars 2014, l’armée russe n’était plus un acteur international. L’instrument militaire, même s’il a toujours conservé son potentiel de destruction et ses capacités nucléaires, ne pouvait pas être utilisé à l’extérieur des frontières de la Russie »[16]. En quelques années, le prestige de la Russie s’est donc considérablement redressé.

Sa détermination à recourir à la force et sa rapidité à traduire la volonté politique au niveau militaire ont surpris les Occidentaux en Syrie. Préoccupées par la radicalisation d’une partie de leur population de religion musulmane (20 millions en Russie), les autorités russes ont engagé une grande partie de leurs moyens militaires en Irak et en Syrie, en lien avec les Iraniens et le Hezbollah libanais. Cette diplomatie volontariste au Moyen-Orient n’est pas nouvelle : Vladimir Poutine inscrit son action dans la continuité de la stratégie des tsars, dictée par la géographie au coeur de laquelle le domaine maritime est un enjeu afin de ne pas rester enclavé. Winston Churchill disait déjà en parlant de la Russie : « C’est un géant auquel on a bouché les narines ».

A l’avenir, c’est la politique russe dans les Balkans qui doit être l’objet de toute notre attention. La présence russe en Serbie, Bulgarie, Hongrie ou Slovaquie pourrait menacer la stabilité de ces pays et fragiliser encore un peu plus un territoire européen perméable. Pire, elle semble jouer à dessein dans cette région un rôle perturbateur vis-à-vis des objectifs de l’Union européenne. Comme le note le président du Conseil russe de politique étrangère et de défense, un centre de réflexion influent, « il y a chez nous un courant qui plaide pour un retour dans cette région »[17].

Déjà présente en Méditerranée orientale, notamment grâce à sa base navale permanente à Tartous (Syrie), la Russie s’efforce par ailleurs d’établir des relations durables avec l’Égypte[18], profitant de l’erreur de l’administration américaine perçue comme favorable aux Frères musulmans. Dans le domaine militaire des manœuvres entre les deux marines ont ainsi été menées en juin 2015 en Méditerranée.

La Chine pourrait développer sa politique du fait accompli en Méditerranée

La présence chinoise en Méditerranée, aux portes Sud de l’Europe, est désormais une réalité compte tenu de ses investissements massifs dans les infrastructures de transport, en particulier portuaires. Cherchant à mettre en place des mécanismes de coopération bilatérale en Europe du Sud (Chypre, Espagne, Grèce, Italie, Malte et Portugal), la politique chinoise fait porter un risque sur l’unité européenne, au moment où Bruxelles est en situation de fragilité. Développement maritime de son plan « 21st century maritime silk road », l’implantation chinoise en Méditerranée est l’extension européenne de sa nouvelle route de la soie. La manoeuvre chinoise n’est pas d’impliquer les Européens les plus influents à ses mécanismes de coopération, mais au contraire de profiter des faiblesses des pays périphériques pour asseoir sa domination économique, participant ainsi au potentiel délitement européen. La présence chinoise concerne l’ensemble du pourtour méditerranéen : au Pirée (Grèce), à Cherchell (Algérie), à Port-Saïd et Alexandrie (Égypte), à Ashdod et Haïfa (Israël), à Ambarli (Turquie) ou à Gênes et Naples (Italie). La question d’une stratégie chinoise[19] en Méditerranée se pose désormais clairement après les exercices militaires menés pendant dix jours en mai 2015, conjointement avec la Russie. Sa coopération avec ce pays correspond à une répartition des zones d’influence économique et à une entraide, confirmée par les exercices conjoints menés en mer de Chine en septembre 2016. Ceux-ci ont pu être interprétés comme une forme de renvoi d’ascenseur par les Chinois après l’opportunité russe d’entraînement offerte en Méditerranée en 2015.

Au-delà des aspects économiques, cette stratégie semble avant tout guidée par la nécessité d’évacuer ses ressortissants dans ces régions en cas de crise (plus de 35 000 chinois ont été évacués de Libye en 2011, et près de 600 du Yémen en mars 2015). Pour autant, la capacité chinoise à ne pas respecter le droit international, illustrée par sa politique du fait accompli en mer de Chine, doit nous faire réfléchir sur ses intentions en Méditerranée. À l’image du développement chinois à Djibouti[20], il n’est pas irréaliste d’envisager la création d’une base navale chinoise en Méditerranée.

Aux portes de l’Europe du Sud, le Maghreb est en situation instable

Si le trait d’union entre les pays qui composent le Maghreb est la culture arabo-berbère, la stabilité de l’ensemble s’avère plus que fragile. Plusieurs tentatives de rapprochement voire d’intégration économique et politique ont eu lieu, mais Maroc, Algérie et Tunisie restent fondamentalement différents. Sans compter la Libye… Cette incertitude aux portes de l’Europe du Sud pourrait être le prochain sujet de sécurité pour l’Europe dans la décennie à venir.

En effet, au-delà de la problématique des flux migratoires en Méditerranée et des risques d’importation des contestations locales en cas d’effondrement du pouvoir en Algérie ou en Tunisie[21], une dégradation de l’environnement sécuritaire dans ces pays pourrait conduire à une intensification des trafics à la frontière libyenne, à destination du Sahel ou de l’espace méditerranéen, et pourrait augmenter la menace terroriste. La maîtrise des risques et l’anticipation de leurs impacts potentiels sont désormais un sujet d’intérêt pour les pays européens, conscients de l’impossibilité de considérer la Méditerranée comme une frontière liquide, vide et protectrice.

Les Européens ayant déserté ces pays pour des raisons historiques, les pays du Maghreb sont par ailleurs un lieu d’expansion de la Chine et de la Russie, dans le cadre de leur stratégie en Méditerranée, mais également le nouveau lieu d’affrontement des pays du Golfe et de la Turquie. Le scénario d’un embrasement du Maghreb est réaliste, faisant augmenter de fait la menace sur le territoire européen en cas de déploiement de systèmes balistiques d’origine russe…

La Turquie, un problème de plus en plus important pour les Européens

La répression qui sévit en Turquie inquiète les Européens. En tout, quelque 100 000 personnes ont été touchées par les purges dans l’armée, la police, la justice, l’enseignement, la presse, l’administration et les entreprises. Et dans ce contexte, le Parlement turc pourrait adopter une réforme constitutionnelle en faveur d’un renforcement des pouvoirs du Président Erdogan…

Or, la Turquie est un pilier de l’Alliance. Deuxième armée par le nombre de ses militaires (avant les purges), elle est le quatrième pays contributeur aux opérations de l’OTAN. Pour les Occidentaux, elle occupe une position stratégique, verrouillant l’accès à la Méditerranée via les détroits du Bosphore et des Dardanelles. Ancrée dans le Moyen-Orient, proche des Balkans et face à la Russie, elle est un pays clé pour la géopolitique européenne. Pour cette raison, l’Alliance y entretient de nombreuses installations militaires : la base aérienne d’Incirlik, utilisée par la coalition contre Daech, celle de Kürecik qui sert à la défense antimissile des Alliés et un centre de commandement à Izmir.

Depuis que la Turquie est entrée dans l’Alliance en 1952, ses relations avec les autres pays membres ont toujours été instables. Contrariées par l’intervention militaire turque à Chypre en 1974, réchauffées dans les années 1990, elles se sont à nouveau dégradées au début des années 2000, lorsque l’Europe a refusé de considérer le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) comme une organisation terroriste. Avec la guerre en Syrie, les motifs de discorde se sont multipliés : le rapprochement avec la Russie de Vladimir Poutine jette un trouble[22].

La liste des reproches occidentaux est longue : en 2013, la décision d’Ankara de s’équiper d’un système de défense anti-aérien chinois a provoqué un tollé parmi les pays de l’OTAN, qui ont forcé le gouvernement turc à reculer. Depuis le début du conflit syrien, ces derniers reprochent à Ankara son ambivalence vis-à-vis de Daech ainsi que sa complaisance vis-à-vis de Téhéran dans le difficile règlement du dossier nucléaire iranien. Les Européens n’ont pas apprécié le chantage exercé par Ankara sur la question des migrants. Depuis, ils s’interrogent : la Turquie est-elle en train de renoncer à son ancrage occidental ?

Les griefs sont tout aussi nombreux du côté turc et sa méfiance ne date pas d’aujourd’hui. À l’époque de la guerre froide, le président américain Lyndon Johnson avait menacé de ne pas soutenir la Turquie si une crise éclatait entre Ankara et l’URSS sur la question chypriote. Sans compter le refus de l’OTAN de considérer la demande de protection d’Ankara qui craignait des représailles de Saddam Hussein pendant la guerre contre l’Irak en 2003.

C’est l’absence de vision et de politique claire du monde occidental, dans la situation de désintégration de la région, qui pousse Ankara à se forger de nouvelles alliances : « L’entente avec la Russie est fondée sur le désespoir »[23].

 

  •  Concentrer ses efforts sur la défense du territoire européen

La poursuite du développement multipolaire des relations dans le monde révèle donc que celui-ci est désormais dominé par trois pays (États-Unis, Chine, Russie), alors que des zones grises (Moyen-Orient, Afrique, Balkans…) cherchent leur place, hésitant entre rallier brutalement ces États-puissances ou tenter de s’en remettre à des pays émergents de taille intermédiaire qui s’émancipent (Inde, Iran…) grâce à leurs ressources énergétiques, à leur position géostratégique, ou à leur puissance nucléaire (quand ils ne possèdent pas les trois…).

Dans de ce monde déstructuré, l’Europe joue de plus en plus le rôle de spectateur, fragilisée par ses incohérences internes à l’image de son incapacité à peser en Syrie : « aujourd’hui, les Européens, qui croyaient vivre dans le monde idéal de la communauté internationale et du droit, se réveillent dans Jurassic Park : Donald Trump inquiète tout le monde, Poutine nous provoque, l’Islam se convulse »[24].

Or, le monde se recompose à ses frontières, et les tensions se rapprochent inexorablement de son territoire : le Maghreb, le Moyen-Orient[25] ou l’Europe de l’Est sont désormais le lieu d’affrontements directs ou indirects et des jeux d’influence des États-puissances.

Développer une capacité de « démonstration de puissance » européenne dans le haut du spectre

Dans le cadre de sa politique de défense, la France devra prendre en compte dans la décennie à venir le besoin d’une capacité de « démonstration de puissance » européenne en mesure de répondre aux rapports de force que ces États-puissances veulent imposer aux Européens par leur stratégie du fait accompli, dont l’objectif n’est pas d’aller à l’affrontement mais de s’imposer régionalement. La formalisation en France d’une telle fonction stratégique lui permettrait de préciser ses positions au sein de l’Alliance atlantique et de mieux se faire comprendre de ses partenaires, pour une meilleure cohésion européenne et un niveau d’ambition cohérent face aux menaces émergentes.

La tentation de poursuivre exagérément nos interventions loin du territoire national pour le combat contre le terrorisme islamique – qui risque à tout moment et dans la durée de se manifester contre nos propres concitoyens – pourrait nous entraîner vers un investissement capacitaire dédié et nous faire négliger le besoin de capacités terrestres en nombre dans le haut du spectre nécessaires à toute forme de démonstration de puissance : « L’armée française a été transformée en un kit expéditionnaire »[26]. Ces capacités seront de plus en plus sollicitées pour faire face aux menaces puissantes aux frontières européennes, à l’image des nouveaux contrats « Enhanced Forward Presence » définis par l’OTAN dont l’objectif est de prépositionner des forces en Europe.

Les espaces maritimes seront sans doute un lieu majeur d’expression de cette démonstration de puissance européenne, indispensable à la préservation de ses intérêts, allant bien au-delà des problèmes de gestion des flux migratoires. En effet, la multiplication des patrouilles sous-marines suspectes à la limites des eaux européennes (Atlantique, Méditerranée), le développement des marines asiatiques (Chine, Russie) en Méditerranée et la situation très volatile des pays du Maghreb (Algérie, Tunisie, Libye) ou du Proche-Orient (Syrie) laissés à l’influence de la Chine ou de la Russie nécessitent de développer des capacités navales militaires du haut du spectre pour être en mesure de protéger dans la durée le sanctuaire européen. Or à l’horizon 2030, le paysage naval mondial aura été totalement renouvelé, fruit d’un investissement colossal (40 milliards de dollars chaque année dont 12 milliard pour les États-Unis et 12 milliards en Asie). Les flottes sont donc de plus en plus symétriques, avec une forte poussée des outils de premier rang (porte-avions ou porte-aéronefs, bâtiments amphibie, sous-marins).

Dans un autre domaine, la multiplication des vols de démonstration de la part de l’aviation stratégique russe (bombardiers Tu-160 Blackjack dédiés à l’arme nucléaire) en 2016, et plus récemment en février 2017, nous prouve à quel point la sanctuarisation du territoire européen (et de son espace aérien) est fragile et reste un enjeu majeur. Allant bien au-delà des incursions de l’aviation russe dans le ciel des États baltes, ces démonstrations régulières rappellent à l’ensemble des Européens que la protection de l’ensemble de leur territoire nécessite des capacités importantes et une coopération de tous les instants. Or le « mitage » des outils européens de défense antiaérienne constitue une fragilité importante dans le haut du spectre capacitaire : les aviations européennes s’écroulent, la plupart des flottes de l’Europe de l’Est étant à bout de souffle, avec des coûts de renouvellement exorbitants, poussant les nations concernées à vouloir financer en commun les nouvelles capacités.

Repenser la fonction stratégique « protection » à l’échelle européenne

Les contraintes financières imposées par la situation compliquée de la plupart des budgets européens (due à une économie atone) nécessitent de développer dans la décennie à venir une approche européenne volontariste pour faire face aux risques d’implosion d’une part, et aux menaces qui se développement à la périphérie de l’Europe d’autre part.

Pourtant les fuites récentes dans la presse britannique[27] d’une note émanant de l’ancien commandant du Commandement des forces interarmées britanniques, le général Sir Richard Barrons, indiquent que l’OTAN, fragilisée par les divisions entre ses membres, ne serait pas en mesure de réagir en cas d’agression russe.

Le défi est donc celui du financement de la défense de l’Europe, que les Alliés européens se sont refusés jusqu’à présent de relever. Dans ce contexte, une partie d’entre eux rêvent de financer en commun leurs capacités les plus onéreuses. Or ce type d’investissement fait porter un risque réel de tétanie opérationnelle en cas de besoin : pour engager des capacités communes, les nations doivent unanimement porter des objectifs politiques et militaires communs, ce qui est compliqué lors des interventions en coalition internationale[28].

Au contraire, les Européens doivent développer en propre les capacités du haut du spectre qu’ils sont en mesure de mettre à disposition de leurs partenaires dans le cadre de coalitions ad-hoc lorsque leurs intérêts politiques convergent.

Pour inciter ses partenaires européens à aller dans ce sens, la France doit donner des gages en participant dans la durée au fardeau de la défense du territoire européen, hors du champ de sa dissuasion nucléaire. Tout en préservant sa capacité de projection et d’entrée en premier (Afrique, Océan Indien, sans oublier la zone Pacifique). Cela nécessitera, dans la décennie à venir, des investissements clairs dans notre outil de défense nationale pour récupérer des marges de manœuvre, notamment numériques.

Dans ce contexte, il est souhaitable de redéfinir précisément la fonction stratégique « protection » en l’élargissant au territoire européen. Un nouvel exercice de réflexion stratégique impliquant fortement nos principaux partenaires européens (Royaume-Uni, Allemagne mais également Italie, Espagne, Pays-Bas, Belgique, Norvège, Pologne) doit être mené afin de définir conjointement les moyens et capacités à générer pour la protection de l’Europe. Cette réflexion devra prendre en compte le futur de l’offre américaine de défense antimissile balistique, mise à la disposition de l’Alliance atlantique[29] dans le cadre de la protection des États-Unis. En effet, l’incertitude générée par l’arrivée de la nouvelle administration américaine devrait faire évoluer les positions de certains partenaires européens sur la fiabilité politique d’un tel dispositif de protection qui, de surcroît, risque de détourner une partie de leurs moyens, notamment navals, pour la protection des installations américaines en Europe.

Pour cela, le maintien d’une relation forte avec le Royaume-Uni, libéré de son dilemme vis-à-vis de l’Europe de la défense quand sa sortie de l’UE sera effective, est un enjeu majeur afin d’envisager une forme de pilier européen au sein de l’Alliance : « Je suis fière du rôle que la Grande-Bretagne a joué et continuera à jouer pour la sécurité de l’Europe. La Grande-Bretagne a été leader, en Europe, pour maintenir notre continent en sûreté, que ce soit pour mettre en oeuvre des sanctions contre la Russie après son action en Crimée, ou pour assurer la paix et la stabilité dans les Balkans, ou pour protéger la frontière extérieure de l’Europe. Nous allons continuer à travailler en étroite collaboration avec nos alliés européens en matière de politique étrangère et de défense alors même que nous quittons l’UE elle-même » [30].

Une dissuasion française qui sanctuarise la démonstration de puissance européenne

Les démonstrations russes aux portes du territoire européen reposent sur le principe de la sanctuarisation agressive dont l’ambition est de réaliser un fait accompli indiscutable fondé soit sur la vitesse et la surprise (gesticulations maritimes et aériennes en espace international), soit sur des manoeuvres combinant la subversion, le terrorisme ou l’insurrection (Ukraine).

Cette nouvelle doctrine russe augmente le nombre de scénarios dans lesquels l’arsenal nucléaire pourrait être employé. À l’époque de la guerre froide les règles tacites qui régissaient les armes nucléaires étaient respectées. Ce n’est plus le cas : «la manière dont les Russes utilisent l’arme nucléaire brouille le jeu traditionnel entre la dissuasion qui normalement sert à la protection des intérêts vitaux et la coercition. La menace nucléaire est utilisée non plus pour consolider un statu quo mais pour le changer. (…) Si elle nous empêche (…) d’apporter une réponse conventionnelle à un problème, la Russie nous force à nous placer un jour, nous aussi, dans une logique d’emploi de l’arme nucléaire»[31].

Ainsi, lorsqu’il menace d’utiliser son arsenal stratégique pour traiter des sujets comme l’Ukraine, que l’Occident considère comme étant séparés du nucléaire, Vladimir Poutine fait monter d’un cran la menace. L’Europe doit donc bâtir une doctrine capable de préserver ses marges de manœuvre de sorte qu’elle puisse d’une part sonder les intentions des acteurs et d’autre part, leur signifier de façon explicite un seuil à ne pas dépasser : « Les Européens oublient la grammaire de la dissuasion car elle appartient selon eux aux temps anciens de la guerre froide. Mais la fluidité de plus en plus grande entre la force conventionnelle et l’arme nucléaire fait courir au monde un grand danger »[32].

Jusqu’à présent, trois pays (États-Unis, Royaume-Uni et France) en Occident pouvaient s’appuyer sur leur dissuasion nucléaire pour maintenir un effet de seuil nucléaire élevé pour la stabilisation de leur zone géographique et le respect de leurs intérêts dans le monde. Or, la politique « America first » affichée par le Président Trump révèle l’incertitude quant à la volonté américaine de vouloir maintenir son niveau d’intervention au profit des Occidentaux.

Quant au Royaume-Uni, fatigué par une dizaine d’années de déploiements extérieurs (Afghanistan, Irak), son repli politique ne peut être nié, fragilisant de fait sa capacité d’intervention. En attendant d’être en mesure de disposer d’un outil militaire à nouveau à la hauteur de ses ambitions. En outre, la dépendance britannique de plus en plus assumée vis-à-vis des Américains dans le contexte du Brexit participe à faire chuter son seuil d’intervention.

La France pèse donc de façon très singulière dans le dispositif européen. Elle est actuellement la seule en mesure d’offrir de façon autonome, comme nation européenne, une dissuasion permettant de maintenir un seuil nucléaire élevé face aux adversaires potentiels de l’Europe. Par sa capacité à se positionner en appui des pays européens, elle contribue directement à la sécurité collective.

Face aux menaces décrites précédemment, la crédibilité de la dissuasion nucléaire permet de sonder les intentions des adversaires, c’est-à-dire de pouvoir mettre des moyens sur la table d’une crise. C’est tout l’enjeu de la démonstration de puissance européenne pour la sanctuarisation du territoire européen. Cela permet de bâtir un dialogue stratégique en dessous du seuil nucléaire, pour éviter le fameux « dilemme du tout ou rien[33] ».

Cela exige des capacités classiques d’une quantité et d’un niveau suffisants puis de les déployer pour obliger l’adversaire à discuter.

Cette réflexion doctrinale et capacitaire doit désormais être menée au niveau européen suivant les termes du communiqué du sommet de Varsovie ayant réaffirmé la dimension nucléaire de l’Alliance[34]. Sans renoncer pour autant à notre autonomie stratégique.

 

Conclusion

Dans un monde incertain, complexe et fortement évolutif, la doctrine nucléaire doit être globale. C’est la dimension européenne de la dissuasion française, par l’effet de seuil qu’elle garantit, qui permettra dans l’avenir aux Européens d’assurer par eux-mêmes la protection de leur territoire et de maintenir leur liberté d’intervention au-delà pour la défense de leurs intérêts partagés.

Elle repose en amont sur la capacité européenne à démontrer sa puissance dans ses zones d’intérêt afin de rééquilibrer le rapport de force avec les États-puissances et les nations émergentes.

Protection, démonstration de puissance et dissuasion nucléaire formeront le triptyque de la politique de défense européenne dans la décennie à venir.

[1] H. Védrine, Sauver l’Europe, Liana Lévi Opinion, p.12
[2] H. Védrine, Sauver l’Europe, Liana Lévi Opinion, p.23
[3] R. Girard, Le Figaro, 31 janvier 2017
[4] F. Hollande, Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE, 3 février 2017
[5] L’Allemagne et la France avaient alors un projet politique commun.
[6] D. Tusk, Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, 3 février 2017
[7] D. de Villepin, Mémoire de paix pour temps de guerre, Grasset, p.523
[8] S. Huntington, Le choc des civilisations, Odile Jacob, 1997, p.137
[9] D. de Villepin, Mémoire de paix pour temps de guerre, Grasset, p.94
[10] B. Balci, chercheur au Ceri, Le Figaro, 26 janvier 2017
[11] A. Merkel, Sommet de l’UE à Malte, 3 février 2017
[12] H. Védrine, Le Monde, 13 janvier 2017
[13] J-Y. Le Drian, Qui est l’ennemi ? Éditions du Cerf, 2016
[14] La BNP a été formellement condamnée à une amende record de près de 8 Md€ en 2014 par la justice américaine pour ne pas avoir respecté l’embargo américain entre 2000 et 2010 vis-à-vis de Cuba, la Libye, le Soudan et l’Iran.
[15] S. Boisseau du Rocher, chercheur à l’IFRI, Le Figaro, 14 novembre 2016
[16] B. Renz, chercheur à l’université de Nottingham, Le Figaro 1er décembre 2016
[17] F. Loukianov, Le Point, 12 janvier 2017
[18] La Russie fournit 40% des importations de blé en Égypte, et va construire la première centrale nucléaire à Dabca.
[19] Cherchant à s’imposer comme une puissance maritime, conformément au souhait de Xi Jinping, la Chine a publié un Livre blanc en mai 2015.
[20] Construction d’une base navale chinoise capable d’héberger a priori jusqu’à dix mille personnes.
[21] De nombreux binationaux et ressortissants maghrébins sont présents dans l’Union européenne : 877 398 algériens, 414 077 tunisiens, 3 056 109 marocains, 66 344 libyens. Source : Philippe Fargues, EU Neighbourhood migration report 2013, European University Institute.
[22] Dans l’accord passé entre Moscou et Ankara, la Russie aurait donné son feu vert à une sorte de zone de sécurité dans le nord de la Syrie qui empêcherait les Kurdes du PYD d’y installer une région autonome. En échange, Ankara aurait levé son veto au maintien au pouvoir de Bachar el-Assad, l’allié de la Russie. Cette coopération a franchi une nouvelle étape quand les avions russes ont mené des frappes pour soutenir l’offensive de la Turquie dans le nord de la Syrie.
[23] B. Balci, chercheur au Ceri (Sciences Po), Le Figaro, 26 janvier 2017
[24] H. Védrine, Le Monde, 13 janvier 2017
[25] L’Iran a annoncé avoir mené des exercices militaires, incluant des tires de missiles balistiques le 29 janvier 2017, en réaction aux sanctions américaines concernant l’immigration en provenance de pays musulmans. Or, les accords sur le programme nucléaire iranien sont sans doute le meilleur exemple d’une forme d’apaisement international, désiré par le Président Obama et les Européens, après les interventions en Afghanistan et en Irak.
[26] V. Desportes, Association de soutien à l’armée française, 9 février 2017
[27] D. Haynes, « NATO has no plan if Russia invades, warns ex-general », The Times, 19 septembre 2016
[28] En Afghanistan, l’engagement des AWACS de l’OTAN n’a pas été possible au début de l’intervention de l’OTAN faute d’accord de l’Allemagne.
[29] European Phased Adaptative Approach, montée en puissance d’ici 2018 d’un dispositif de défense antimissile balistique en Europe reposant sur les systèmes américains Aegis , installés à bord de frégates et destroyers américains basées à Rota (Espagne), et à terre en Pologne et en Roumanie
[30] T. May, 17 janvier 2017
[31] C. Brustlein, IFRI, Le Figaro, 13 février 2017
[32] C. Brustlein, IFRI, Le Figaro, 13 février 2017
[33] A. Beaufre, Stratégie atomique, Anthologie Mondiale de la Stratégie, p 1472
[34] « Aussi longtemps qu’il y aura des armes nucléaires, l’OTAN restera une alliance nucléaire. (…) Les forces nucléaires stratégiques indépendantes du Royaume-Uni et de la France (…) contribuent à la sécurité globale de l’Alliance. L’Alliance assurera une participation aussi large que possible des Alliés concernés aux arrangements agréés pour le partage du fardeau dans le domaine nucléaire ». Déclaration des chefs d’État et de gouvernement du Sommet de Varsovie des 8 et 9 juillet 2016.

L’UE dresse le bilan après une année de mise en œuvre de la CSP

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Mardi 14 mai 2019, le Conseil de l’Union européenne, réuni au niveau des ministres des Affaires étrangères et de Défense, a débattu sur la première année de mise en œuvre de la Coopération structurée permanente (CSP).

L’article 42 du Traité sur l’Union Européenne dispose que la CSP regroupera « les Etats membres qui remplissent des critères plus élevés de capacités militaires et qui ont souscrit des engagements plus contraignants en la matière en vue des missions les plus exigeantes ». Si la CSP se place dans une volonté européenne de défense commune, elle ne regroupe cependant pas tous les Etats membres. En effet, le Royaume-Uni, le Danemark, ainsi que Malte ne participent pas à cette coopération sécuritaire de grande envergure.

Toutefois, les membres affirment que la CSP constitue « une étape cruciale pour renforcer la politique de sécurité et de défense commune » et, surtout, qu’elle pourrait permettre d’ouvrir « la voie à une Défense commune » ayant pour conséquence de renforcer l’autonomie de l’UE à agir en tant qu’acteur international en matière de sécurité.

Le Conseil souligne par ailleurs que des « progrès » ont été effectués concernant « les engagements liés aux budgets de défense et aux investissements conjoints en matière de défense ». Les Etats membres ont ainsi augmenté leur budget de défense de « 3,3% en 2018 et de 4,4% en 2019 ». Le Conseil déclare que l’utilisation des « outils, initiatives et instruments de l’UE aux fins de la planification de défense nationale, […] constitue une autre tendance positive ». Cela est également encouragent pour la mise en place du Fonds européen de défense (FED) recouvrant la période 2021-2027. Le FED permettra d’accroître les investissements des Etats membres et de l’UE dans le domaine de « la recherche de défense, le développement de capacités militaires en commun et l’éventuel achat en commun de matériel militaire ».

Néanmoins, des lacunes subsistent quant à la coopération industrielle de défense entre les Etats de l’UE. La Commission estime que « coexistent aujourd’hui dans l’UE 178 systèmes d’armes différents, alors que les Etats-Unis n’en comptent que 30 ». Si l’UE veut être efficace en termes d’industrie de l’armement, et devenir un véritable acteur international pouvant rivaliser avec ses concurrents – les Etats-Unis, la Russie et la Chine – il lui faudra accroître la mutualisation et la coopération entre Etats membres. A titre d’exemple, l’acquisition de F-35 américains par plusieurs pays européens au détriment du Rafale ou de l’Eurofighter, a été critiquée par le Président français qui juge qu’il s’agit d’une décision qui « stratégiquement va a contrario des intérêts européens ». Toutefois, cette décision peut s’expliquer par la nécessité de disposer d’avions « à double capacité » équipés pour emporter des bombes nucléaires américaines, conformément à la politique de dissuasion nucléaire de l’OTAN.

Selon la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Frederica Mogherini, « les possibilités de la coopération structurée permanente sont immenses ». Alors qu’il existe déjà 34 projets répartis au sein des pays membres de l’UE, de nouveaux seront lancés en 2021.

Brexit et défense européenne, enjeux liés aux transferts de responsabilités britanniques

 

29 mars 2019 – Transfert de l’État-major d’Atalante à Rota (Espagne)
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Après l’annonce du retrait du Royaume Uni de l’Union européenne (UE), les ministres européens de la défense se sont prononcés sur la cessation de la participation des Britanniques aux instances décisionnelles. Si certains transferts de responsabilité comme par exemple le commandement de la mission européenne Atalante s’effectuent en douceur, des désaccords profonds animent la relation euro-britannique et laissent présager un futur partenariat ambigu.

Mission Atalante, un transfert de responsabilités harmonieux

Lancée en appui des résolutions du conseil de sécurité des Nations unies[1] et décidée dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) pour lutter contre la piraterie en océan Indien, l’opération Atalante est la première opération militaire purement navale de l’UE. Une force navale de l’Union Européenne[2] (EU NAVFOR) conduit ainsi, depuis une décennie[3] au large des côtes somaliennes, une opération de dissuasion, de prévention et de répression des actes de piraterie et de brigandage. Son mandat a été prorogé[4], par le Conseil de l’UE jusqu’au 31 décembre 2020. Depuis la mise en œuvre d’Atalante, le niveau de piraterie et de brigandage a fortement baissé et l’opération revêt désormais une dimension essentiellement dissuasive.

Le contrôle politique de l’opération est exercé par le Conseil européen, via le COPS (Comité politique et de sécurité) qui exerce également la direction stratégique. Le CMUE (comité militaire de l’UE) assure le suivi de la bonne exécution de l’opération conduite sous la responsabilité du commandant de l’opération. Ce dernier exerce à partir de la terre le commandement opératif de la mission à la tête d’un état-major (OHQ) d’environ 80 personnes. Le commandant de la force Atalante (FCdr), embarqué avec son état-major sur un bâtiment de commandement, assure le commandement tactique sur le théâtre. Jusqu’en mars 2019, le commandement opératif d’Atalante était assuré par un officier général britannique à partir d’un OHQ basé à Northwood près de Londres.

Le Royaume Uni a bien tenté de conserver son poste de commandement opérationnel et la localisation de l’OHQ mais, logiquement dans la perspective du Brexit, les ministres de la défense européens ont décidé en juin 2018 de le transférer en Espagne et, pour partie, en France.

 

 

Ainsi, depuis le 29 mars 2019, l’Espagne assure désormais, à partir de sa base navale de Rota[5], le rôle précédemment dévolu à la Grande-Bretagne. Parfaitement légitime en raison de la forte implication de l’Espagne dans l’opération Atalante depuis son lancement, cette décision est ainsi une reconnaissance de son engagement vis-à-vis de la politique de défense et de sécurité de l’UE.

Quant à la France, elle accueille désormais à Brest le Maritime Security Center for the Horn of Africa (MSCHOA) dont elle assure la direction, organisme qui établit la situation sur zone en soutien de l’opération[6]. Le MSCHOA réalise notamment l’interface entre la mission Atalante et le secteur maritime civil.

Mais les transferts de commandements et de structures militaires ne se limitent pas à la seule opération ATALANTE car d’autres responsabilités relevant de la PSDC confiées à des Britanniques ont également été transférées[7].

Les contrefeux britanniques à la construction d’une défense européenne

Pendant de nombreuses années, la coopération militaire européenne s’est systématiquement heurtée aux vétos britanniques, Londres y voyant une concurrence directe avec l’OTAN.

Le sommet franco-britannique de Saint Malo de décembre 1998[8] avait pourtant marqué une inflexion importante de la position britannique, le gouvernement de Tony Blair reconnaissant enfin à l’UE une légitimé en matière de défense. Certains ont interprété ce changement de cap comme une façon pour la Grande-Bretagne de compenser au sein de l’UE dans le domaine de la défense une perte d’influence dans le domaine économique liée à la création de la zone Euro dont elle ne faisait pas partie. L’idée d’une politique de défense commune[9] s’affirme alors avec, notamment, la création du centre satellitaire européen (SATCEN) et de l’agence européenne de défense (AED).

Mais l’éclaircie fut de courte durée. La montée en puissance de la PSDC fut rapidement freinée par le déclenchement en 2003 de la guerre en Irak et le clivage au sein de l’UE à propos de la stratégie américaine qui ont semé le trouble entre les Etats membres de l’UE. Depuis cette date, les oppositions systématiques des Britanniques à la construction d’une politique de défense européenne ont repris.

La prise de commandement de l’opération Atalante pourrait passer pour un contre-exemple à cette opposition systématique. Il convient plutôt d’y voir le pragmatisme des Britanniques, ces derniers préférant prendre le contrôle d’une opération qui devenait incontournable et bénéficier également de la création d’un centre de commandement sur leur territoire.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la perspective du Brexit – comme la création de la zone Euro – a conduit le Royaume Uni à exprimer le souhait de conserver un rôle central au sein de la PSDC.

Brexit et défense européenne 

Avec le Brexit, l’Union Européenne perd l’un de ses acteurs militaires et politiques majeurs. Puissance nucléaire et membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, le Royaume-Uni représente en effet un tiers des capacités militaires de l’UE. Consciente de cette situation, Londres affiche une posture volontaire en réclamant un statut « privilégié » surclassant ceux d’autres pays tiers[10] pour se maintenir dans les organes décisionnels de l’UE.

Mais, même si l’UE reconnait le haut niveau des forces britanniques, elle ne pourrait délivrer un statut exceptionnel sans risquer de perturber des partenariats existants avec d’autres pays comme la Norvège ou la Turquie par exemple. Par ailleurs, l’environnement stratégique mondial évolue. Les Etats puissances sont de retour avec la Russie et la Chine qui s’affranchissent du droit international. Depuis le pivot vers l’Asie opéré par Barak Obama et le désintérêt assumé de la protection du vieux continent par Donald Trump, le lien transatlantique devient plus incertain. Enfin, les organisations multilatérales intergouvernementales se fragilisent. L’ensemble de ces éléments  pousse l’UE à se poser la question de son autonomie stratégique désormais vitale.

Dans cette perspective, l’UE ne semble pas disposée à impliquer les Britanniques dans ses processus décisionnels. Selon le GRIP[11], l’Europe se trouve à la croisée des chemins. En effet, elle doit choisir entre une PSDC qui vise simplement à améliorer la coopération politico-militaire entre les États membres, en se contentant d’une collaboration intergouvernementale, et une PSDC conçue comme un véritable outil d’intégration européenne –  a l’instar de la zone Euro ou de l’espace Schengen – auquel cas le Royaume-Uni ne pourrait y participer. Selon le choix qui sera fait, les revendications britanniques seront acceptables ou non.

Le Brexit soulève également d’autres difficultés comme par exemple le souhait de l’administration britannique de continuer à bénéficier, tout comme les Etats membres, d’un accès aux capacités de Galileo ou au fonds européen de défense[12] lancé en 2017.

Le 30 novembre 2018, le Royaume Uni a pourtant officialisé son retrait du projet Galileo mais le sujet de discorde concerne l’accès au signal crypté. D’une part, les entreprises britanniques – qui seront considérées après le Brexit comme des entreprises étrangères – ne pourront plus postuler aux appels d’offre concernant les travaux sur le signal crypté. D’autre part, l’accès au signal devra faire l’objet d’un accord particulier, comme pour les pays tiers, ce que les Britanniques ne sont pas prêts à accepter au regard de leurs investissements techniques et financiers dans ce projet.

Le fonds européen de défense[13] encourage la coopération et l’amélioration de l’interopérabilité des équipements militaires des Etats membres. Ce fonds s’inscrit dans la démarche d’indépendance stratégique évoquée précédemment entrainant l’exclusion des Britanniques des grands programmes d’armement européens du futur et de la Base Industrielle et Technologique de Défense Européenne (BITDE).

La situation est d’autant plus délicate que, durant une hypothétique période de transition et sauf accord de dernière minute, le Royaume-Uni devra respecter ses engagements financiers[14] concernant les opérations militaires et les diverses agences[15].

Ces aspects du Brexit n’ont pas fait l’objet de débats lors du vote pour la sortie de l’UE, motivé par des considérations de politique intérieure et l’immigration illégale Il est possible que les Britanniques tentent d’empêcher l’émergence d’une grande puissance sur le continent européen.  Les multiples tentatives de négociation bilatérale constituent autant de risque de brèches dans la solidarité des 27 autres membres de l’UE. Pour l’instant, leur cohésion est intacte. Mais les tergiversations actuelles des Britanniques et leurs reports de l’échéance ultime commencent à créer des divergences entre les « 27 ». C’est certainement un piège dans lequel ils ne doivent pas tomber.

Mais le Brexit pourrait être une chance pour l’Europe. L’Etat-membre le plus réticent à une politique européenne de défense, celle-ci pourrait retrouver une nouvelle dynamique pour construire l’autonomie stratégique de l’UE. Dans ce cadre, la France aura un rôle important à jouer pour repenser les fondements de la défense européenne post-Brexit et redéfinir de nouvelles relations avec le Royaume-Uni. Elle devra alors, sans arrogance, trouver avec ses autres partenaires les compromis nécessaires sur les sujets de désaccord dans un esprit de consensus qui n’est pas sa qualité première. C’est en s’engageant dans la voie d’une autonomie stratégique assumée que les Européens pourront alors redéfinir un nouveau pacte Atlantique et donner à l’UE les moyens d’être l’un des grands acteurs du monde multipolaire qui se dessine.

[1] 1814, 1816, 1838, 1946 et 1851
[2] Les pays contributeurs sont en majorité européen (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Grèce, Italie, Luxembourg, Pays-Bas et Suède) mais d’autres pays ont rejoint l’organisation avec différents niveaux d’investissement (mise à disposition de navires de guerre et/ou d’avions de reconnaissance et de patrouille maritime,  détachement de personnel à bord ou à l’État-major de Northwood). Une vingtaine de navires et d’aéronefs ont participé à la mission, soit environ 1800 hommes.
[3] Depuis décembre 2008
[4] Le 30 juillet 2018
[5] Le vice-Amiral (ESP) Antonio Martorelli Lacave a remplacé le Général (RM UK) Charlie Stickland
[6] En lien avec les armateurs et compagnies maritimes, Le MSC HoA assure le suivi des navires de commerce, évalue la situation et déclenche si nécessaire, une alerte.
[7] Par exemple, l’opération EUFOR Althea en Bosnie-Herzégovine où le commandement sera français à partir du QG de l’OTAN à Mons
[8] Extraits de la déclaration de Saint Malo :
« L’Union européenne doit pouvoir être en mesure de jouer tout son rôle sur la scène internationale. Le Traité d’Amsterdam, base essentielle pour l’action de l’Union, doit donc devenir une réalité. La mise en œuvre complète et rapide des dispositions d’Amsterdam sur la Politique étrangère et de Sécurité commune (PESC) doit être achevée. Cela inclut la responsabilité du Conseil européen de décider le développement progressif d’une politique de défense commune dans le cadre de la PESC… »
« Lors de ce sommet les chefs d’états et de gouvernement du Royaume-Uni et de la France  s’accordent sur la nécessité de doter l’UE d’une capacité autonome de décision  et d‘action, appuyée sur des forces militaires crédibles afin de répondre aux crises internationales lorsque l’OTAN n’est pas engagée ».
[9] La PSDC (politique de sécurité et de défense commune) prend le relais de la PESD.
[10] « L’UE a déjà conclu pas moins de 25 contrats avec des pays tiers – y compris les Etats-Unis – qui ont contribués à 16 missions PSDC « Jolyon Howorth, Brexit et défense européenne, politique étrangère, 2018/4.
[11] Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité – Extrait du « Brexit et la défense européenne » Frederico Santopinto – 11 décembre 2018.
[12] 13 milliards d’euros prévus pour la période 2021-2027, 4,1 milliards devraient être alloués à la recherche, avec des subventions de financement intégral (et pas nécessairement de cofinancement). Les 8,9 milliards restants seront investis dans le développement de matériel militaire, cette fois en cofinancement avec les États membres.
[13] Extrait du communiqué de presse du Parlement européen : « les systèmes concernés pourraient être : les systèmes pilotés à distance, les communications par satellite, l’accès autonome à l’espace et l’observation permanente de la terre, la viabilité énergétique, la cyber sécurité et la sûreté maritime, les capacités militaires de pointe dans les domaines aérien, terrestre et maritime, ou encore les domaines connexes tels que les capacités de soutien stratégique.
[14] Mécanisme ATHENA mis en place le 1 mars 2004. 27 Etats y participent sauf le Danemark qui a toujours souhaité rester en dehors hors de la PSDC pour des questions militaires.
[15] AED, SATCEN et EUISS (institut d’études de sécurité de l‘UE).

L’Agence européenne de garde-côtes et de garde-frontières se renforce

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Lors de son discours sur l’état de l’Union, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a annoncé la volonté de la Commission de renforcer le corps européen de garde-côtes et de garde-frontières. Le 28 mars 2019, le Parlement et le Conseil européens sont parvenus à un accord politique et ont confirmé le choix de mettre en place les mesures annoncées en septembre 2018 par la Commission concernant l’Agence européenne de garde-côtes et de garde-frontières, héritière de l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne, communément appelée « Frontex ».

Cette décision de renforcer ce corps européen institué par le règlement 2016/1624 du 14 septembre 2016 a pour objectif de lui donner « le niveau d’ambition approprié pour répondre aux défis communs auxquels l’Europe est confrontée dans la gestion des migrations et des frontières ». L’accord prévoit le déploiement de 10 000 garde-côtes et garde-frontières à terre et en mer d’ici 2027. Ce nouveau corps permanent sera opérationnel à partir de 2021 et atteindra sa capacité maximale en 2027. Il s’agit de la « pièce maitresse » prévue par l’UE. Les prérogatives des agents seront renforcées, ils pourront ainsi contrôler les identités, tamponner les passeports et arrêter les entrées irrégulières. S’ajoutent à ces compétences celle d’intervenir dans les futurs centres d’accueil des migrants. Les agents pourront appuyer les autorités nationales s’agissant des procédures d’identification et de retour des migrants et des personnes en situation irrégulière. Sous réserve d’un accord de statut avec les Etats-membres ou des pays tiers, l’Agence pourra également créer des bureaux d’antenne afin de soutenir logistiquement les activités opérationnelles et garantir le bon fonctionnement de ses activités. Elle disposera d’un budget pour acquérir son propre matériel. Le budget pour la période 2019-2020 est de 1,3 milliard d’euros tandis qu’une enveloppe de 11,3 milliards est réservée pour 2021-2027. Pour l’achat et l’entretien de moyens autonomes d’intervention – en l’occurrence les bateaux, les avions ou les véhicules terrestres – 2,2 milliards de budget seront également alloués.

L’Agence européenne de garde-côtes et de garde-frontières, dont le siège est à Varsovie, a été créée en 2016, sur la base des structures existantes de « Frontex ». L’institution s’est muée pour faire face aux nouveaux défis européens en termes de migrations et de sécurité intérieure. A l’origine limités à 1 500 agents, les effectifs ont rapidement augmenté. Cette évolution de l’Agence traduit une volonté politique des Etats-membres de se coordonner et de mettre en place une véritable politique migratoire européenne avec une politique d’asile commune à tous les Etats-membres.

Le 1er avril 2019, la Commission européenne s’est félicitée de l’accord conclu « en un temps record » qui représente un « changement radical dans la capacité de l’Union européenne à mieux protéger collectivement les frontières extérieures de l’Europe ». En effet, ce renforcement de l’Agence de garde-côtes et de garde-frontières a été conçu et mis en place en six mois.

L’accord satisfaisant les efforts de l’UE en matière de contrôle aux frontières doit encore faire l’objet d’une confirmation par le Parlement européen. 20 jours après la publication du texte au Journal officiel, l’accord entrera en vigueur.

L’adoption des programmes de travail concrétise le Fonds européen de défense

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Mardi 19 mars, la Commission européenne a adopté des programmes de travail pour cofinancer des projets industriels de défense communs durant la période 2019-2020 dotés d’une enveloppe de 500 millions d’euros afin de « développer les capacités de défense des pays membres de l’Union européenne ». A cette somme s’ajoute un montant supplémentaire de 25 millions d’euros consacré à la « recherche sur la domination du spectre électromagnétique et les futures technologies ».

L’objectif de ce projet, porté par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, est de mettre en œuvre, à partir de 2021 un véritable Fonds européen de défense (FED). Imaginé par la Commission européenne, le FED vise à aider les Etats membres à dépenser plus efficacement l’argent des contribuables, à réduire les doublons de dépenses et à obtenir un meilleur rapport coût-résultats.

Depuis 2014, le président de la Commission a fait du renforcement de la sécurité des citoyens européens son fer de lance dans un contexte de détérioration de la situation géostratégique mondiale. La création de ce Fonds a donc été annoncée en 2016 lors de son discours sur l’état de l’Union. Toutefois, le FED n’a pas vocation à interférer avec les budgets nationaux de défense mais entend renforcer la coopération et la collaboration interétatique tout en permettant aux Etats d’acquérir des technologies de pointe pour faire face aux défis que posent la sécurité et la défense communes. En outre, il s’agit de pallier le manque de coopération entre les Etats membres qui induit un coût supplémentaire annuel estimé entre 25 et 100 milliards d’euros.

Pour Jyrki Katainen, vice-président de la Commission en charge de l’emploi, la croissance, l’investissement et la compétitivité, il s’agit d’un « jour historique ». Il considère que « la coopération en matière de défense est la seule manière de protéger et de défendre les Européens dans un monde de plus en plus instable ».

Le même jour, la Commission a donné le coup d’envoi des premiers projets industriels de défense communs, financés par l’Union européenne. Parmi eux, des projets autour de la technologie des drones, la communication par satellite, l’intelligence artificielle, la cyberdéfense ou encore la surveillance maritime. A ce titre, 100 millions d’euros viendront appuyer le développement de l’Eurodrone, projet auquel la France participe avec l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne.

La Commission européenne a déjà financé cinq projets de recherche en matière de défense. Dans les prochains jours, 21 appels à propositions seront lancés. Les consortiums auront jusqu’à la fin du mois d’août pour déposer un dossier. Cependant, les projets transnationaux et collaboratifs doivent compter en leur sein au moins trois entreprises issues de trois Etats européens différents.

Le Fonds européen de défense est une priorité aux échelles européenne, nationale et régionale. Mardi 12 février 2019, appuyés par System Factory et les Pôles de compétitivité, la Direction générale de l’armement et le conseil régional de Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, représenté par l’Institut FMES ont organisé une journée d’information dédiée aux PME régionales concernant ce fonds européen de défense. L’accès au Fonds européen de défense dans cette région où la défense est un secteur économique de premier plan s’inscrit au rang des priorités : 220 PME sont référencées dans la BITD.

Pour le prochain exercice de la Commission, correspondant à la période 2021-2027, le Fonds européen de la défense disposera d’une enveloppe supérieure d’environ 13 milliards d’euros. Cette somme importante illustre la priorité que l’UE accorde à son secteur de la défense.

Pour une « renaissance de l’Europe », la tribune d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron à la Sorbonne, le 26 septembre 2017. Tous droits réservés.

Le 4 mars 2019, le Président de la République française Emmanuel Macron a publié une tribune en faveur de l’Union europénne. Cette « lettre aux citoyens d’Europe » pour une « renaissance européenne » a été relayée dans les journaux de tous les Etats membres de l’Union et traduite en 24 langues.

La démarche du président français, qui s’inquiète du délitement européen, s’inscrit dans un contexte « d’urgence » à moins de trois mois des élections européennes « décisives » et près de trois semaines avant le Brexit, qu’il considère comme le « symbole de la crise de l’Europe ». L’appartenance à l’Union européenne connait en effet ces dernières années une remise en cause avec la montée de l’euroscepticisme et l’expansion des partis nationalistes et populistes. Pour Emmanuel Macron, « le repli nationaliste ne propose rien ; c’est un rejet sans projet ». A ce titre, il présente plusieurs propositions basées autour de « trois ambitions » qui sont « la liberté, la protection et le progrès ».

Les axes proposés aux Etats membres sont divers et concernent entre autres la mise en place d’une agence de protection des démocraties, la création d’une banque en faveur du climat afin de financer la transition écologique, l’instauration d’un salaire minimum à l’échelle de l’Union européenne ou encore la réduction de la consommation de pesticides d’ici 2025 et une politique « zéro carbone » pour 2030. Aussi, Emmanuel Macron, préoccupé par les ingérences extérieures dans les démocraties européennes, appelle à une restructuration de l’espace Schengen. Dans l’optique de le « remettre à plat », il réitère son idée d’un office européen de l’asile et d’une police des frontières communes. Par ailleurs, il entend interdire le financement des partis politiques de l’UE par des puissances étrangères, déjà interdit en Hexagone. Sur le plan économique, il se positionne en faveur d’une « juste concurrence » et d’une « préférence européenne ».

L’intérêt du Président français pour l’Union européenne n’est pas inédit. Durant sa campagne pour la présidence, Emmanuel Macron a fait de la défense de l’UE l’un de ses fers de lance. Toutefois, la méthode utilisée est novatrice. Pour la première fois, un chef d’Etat s’adresse à l’ensemble des Européens, sans passer par les autorités gouvernementales, dans un message plein de promesses.

Considéré par certains comme un coup médiatique, ce texte signe clairement l’entrée en campagne d’Emmanuel Macron pour les élections européennes. Il espère, en cas de bons résultats, pouvoir mener à bien l’ensemble de ses réformes.

Si son camp soutient fermement sa démarche, l’opposition nationale critique sans surprise l’initiative. En Europe, l’accueil est globalement favorable, à l’exception des partis populistes. En Allemagne, les médias se montrent réceptifs au message du Président. De l’autre côté de la Manche, le Financial Times souligne les « propositions novatrices ». Du côté de l’Union européenne, Donald Tusk, Président du Conseil européen approuve le message d’Emmanuel Macron : « La renaissance de l’UE doit commencer maintenant ».

Escale à Bruxelles pour la 29ème Session

Moins de cent jours avant les prochaines élections au Parlement européen, les auditeurs et auditrices de la 29ème Session méditerranéenne des hautes études stratégiques ont bénéficié d’une mission d’étude de deux jours à Bruxelles qui leur a permis de mieux appréhender les réalités de l’Union européenne et de son fonctionnement.

Accueillis le 20 février 2019 au centre des visiteurs de la Commission européenne par Maria Jose Pastor, cadre de la direction générale de la communication, qui les a accompagnés toute la journée, les auditeurs et auditrices ont dans un premier temps écouté Charles de Chefdebien leur rappeler le rôle de la Commission dans le processus décisionnel de l’Union européenne. Contrairement au fonctionnement des institutions françaises, où le Parlement peut difficilement s’opposer au pouvoir exécutif, celui de l’UE repose sur un triptyque équilibré entre la Commission, responsable de l’élaboration de la législation et « voix de l’UE », le Conseil de l’Union européenne, « voix des Etats membres », et le Parlement européen, « voix des citoyens ».

Les auditeurs à la Commission européenne.

Organe exécutif de l’Union européenne, la Commission est dirigée par un « collège » de 28 commissaires, originaires de chacun des Etats membres, mais agissant en faveur de l’intérêt général de l’UE. Le commissaire français est Pierre Moscovici, chargé des politiques économiques, de la douane et de la fiscalité. La Commission sera renouvelée à l’issue des élections au Parlement européen, qui aura la responsabilité de valider à la majorité la candidature du nouveau président désigné par le Conseil puis d’auditionner les nouveaux commissaires et de vérifier qu’ils disposent des compétences requises.

Massimo Lombardini, membre de la direction générale « énergie », chargée de la politique énergétique de l’UE « pour un approvisionnement énergétique sûr, durable et à des prix compétitifs », a ensuite éclairé les auditeurs et auditrices sur les conséquences de la découverte de gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale, thème de réflexion de la 29ème session. Rappelant les grandes « révolutions » de la généralisation de la liquéfaction du gaz initiée par le Qatar en 2000 puis de l’exploitation du gaz de schiste par les Etats-Unis en 2009, il a détaillé les options envisagées pour exploiter et distribuer le gaz de Méditerranée orientale. Si le projet de gazoduc East Med est ardemment défendu par Benjamin Netanyahu, qui y voit un moyen d’exporter le gaz israélien vers l’Italie et le marché européen, la Commission reste prudente, et n’ira pas au-delà des 3 millions d’euros accordés à la société IGI Poseidon pour les études exploratoires.

A l’issue du déjeuner à la cafétaria de la Commission, Jean-Christophe Filori, chef de l’unité « Afrique du Nord » à la direction générale « politique européenne de voisinage et négociations d’élargissement », est revenu sur les conditions particulières des relations avec l’Egypte, établies dans le cadre de la politique européenne de voisinage, une politique initialement envisagée pour les pays de l’Est comme une alternative à l’adhésion, avant d’être étendue aux pays situés au Sud de l’UE, dans une perspective de sécurisation de la stabilité et de prospérité européenne. Une nouvelle approche, plus réaliste, a permis depuis 2015 de repenser le cadre des relations euro-méditerranéennes, à la lumière des conséquences politiques, économiques et migratoires des printemps arabes. Destinée désormais à diffuser les valeurs européennes mais aussi à défendre les intérêts de l’Union européenne, la politique européenne de voisinage doit « assurer la stabilité aux frontières de l’UE par un soutien précis et efficace, destiné à favoriser la sécurité de la région, le développement de véritables coopérations économiques dépassant le seul libre-échange et la poursuite des réformes démocratiques ».

Kjartan Björnsson, chef de l’unité « appui au règlement de la question chypriote » au secrétariat général, a ensuite détaillé les conditions dans lesquelles était utilisé l’instrument de soutien financier « visant à encourager le développement économique de la communauté chypriote turque ». Créé par un règlement du 27 février 2006, il a permis de faire profiter cette communauté de 519 M€ depuis son entrée en vigueur, afin de « mettre un terme à l’isolement de cette communauté et faciliter la réunification de Chypre ». Malheureusement, comme le regrette le Conseil de sécurité des Nations Unies dans sa résolution 2453 prorogeant le mandat de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre, « le processus de règlement n’a guère avancé » depuis la conclusion de la Conférence sur Chypre organisée en juillet 2017 à Crans-Montana, qui s’était achevée sans accord.

La journée s’est terminée par une prestation très remarquée de Tatiana Marquez Uriarte, chef adjointe de l’unité « aides d’Etat II » à la direction générale de la concurrence. Débutant son exposé par une référence au « Cassis de Dijon », elle a ainsi fait découvrir à une immense majorité des auditeurs que le 20 février 2019 marquait le quarantième anniversaire d’un arrêt de la cour de justice des communautés européennes condamnant l’Allemagne pour avoir interdit l’importation du Cassis de Dijon sur son territoire sous prétexte que sa teneur en alcool était inférieure au taux minimal prescrit par le droit allemand pour obtenir ce qualificatif de liqueur. C’était sans doute une des premières décisions européennes protégeant le « consommateur », au centre de toutes les préoccupations de l’Union européenne depuis son origine. Après avoir présenté la politique de sa direction générale en faveur d’un marché de l’énergie le plus favorable au « consommateur », telle que l’action menée contre Gazprom, entreprise d’Etat russe soupçonnée d’abus de position dominante, Tatiana Marquez Uriarte est revenue sur l’interdiction du projet d’acquisition d’Alstom par Siemens, mais a peiné à convaincre ses interlocuteurs français du bienfondé de la décision de la commissaire Margrethe Vestager.

Soirée consacrée aux travaux de comité.

Après une soirée consacrée aux travaux de comité conclue par un agréable dîner de cohésion, les auditeurs se sont retrouvés le 21 février 2019 devant le Parlement européen. Accueillis par un conférencier de l’unité des visites et séminaires, les auditrices et auditeurs devaient bénéficier d’un passage en salle de conférence « d’une durée de 30 minutes à une heure en fonction des questions du groupe » suivie d’un passage dans la tribune de l’hémicycle « avec explications complémentaires ». Mais l’intérêt suscité par des explications précises sur le fonctionnement du Parlement, le rôle des députés et le détail de leurs nombreuses activités au sein des vingt commissions aurait sans doute mérité de poursuivre les échanges durant le déjeuner. Le conférencier a en particulier expliqué les jeux de pouvoir et d’influence qui animent le cycle de discussion du corpus législatif et le rôle joué par les présidents de commission et les « coordinateurs », au nombre et 5 et 15 pour les Allemands quand les Français n’en comptent respectivement que 3 et 5.

Les auditeurs et auditrices se sont ensuite rendus à la Représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne. Le capitaine de frégate Marc Woodcock y a initié les auditeurs et auditrices à la politique de défense et de sécurité commune, qui fonde ses bases sur la déclaration du Conseil européen de Cologne des 3 et 4 juin 1999. Les chefs d’Etats et de gouvernement affirmaient pour la première fois une volonté commune de disposer d’une « capacité d’action autonome soutenue par des forces militaires crédibles », leur permettant de disposer des moyens de décider d’y recourir et d’être prêts à le faire « afin de réagir face aux crises internationales ».

Au Parlement européen.

L’Union européenne participe à ce jour à six opérations militaires : deux opérations maritimes, en Méditerranée (EUNAVFOR MED) et au large de la Corne de l’Afrique (EUNAVFOR ATALANTA), une opération de stabilisation en Bosnie-Herzégovine (EUFOR ALTHEA) et trois actions de formation en Somalie, au Mali et en République Centrafricaine. Marquant les limites de l’autonomie stratégique de l’Union européenne, entérinées par les accords « Berlin plus » signés le 16 décembre 2002 avec l’OTAN, le commandement de l’opération ALTHEA est exercé, au moins jusqu’au 29 mars 2019, par l’amiral britannique commandant suprême adjoint des forces alliées en Europe, l’état-major d’opération étant situé au quartier général suprême des forces alliées en Europe.

L’opération ATALANTA est la première opération militaire navale conduite par l’UE. Opérationnelle depuis le 8 décembre 2008, elle contribue « à la dissuasion, à la prévention et à la répression des actes de piraterie et des vols à main armée au large des côtes de la Somalie et combat les actes de piraterie en large des côtes de Somalie ». L’autre opération militaire navale « contribue à démanteler le modèle économique des réseaux de trafic de migrants et de traite des êtres humains dans la partie sud de la Méditerranée centrale ». EUNAVFOR MED opération Sophia a été prorogée jusqu’au 31 mars 2019, à la suite d’un accord de dernière minute du Conseil européen.

La mission d’étude dans la capitale belge s’est achevée par une présentation des activités de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN. Ruxandra Popa a dans un premier temps présenté l’organisation générale de l’OTAN avant de détailler les activités des 266 parlementaires issus des 29 pays membres de l’OTAN qui, par leur connaissance de l’OTAN, sont en mesure d’apprécier les politiques nationales en la matière, d’informer leurs collègues des parlements nationaux et d’orienter le travail législatif. Apportant un éclairage utile aux travaux de comité de la 29ème session, la secrétaire générale adjointe a détaillé les activités du « groupe spécial Méditerranée et Moyen-Orient », compétent toutes les questions politiques, socio-économiques et de sécurité touchant à la zone méditerranéenne, au Moyen-Orient et à la péninsule arabique.

 

La conférence de Munich sur la sécurité

Angela Merkel, à la conférence de Munich.
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La conférence de Munich sur la sécurité s’est déroulée du 15 au 17 février 2019, au lendemain de la très polémique « ministérielle pour promouvoir un futur de paix et de sécurité au Moyen-Orient » organisée à Varsovie par les Etats-Unis et la Pologne.

Trouvant son origine en novembre 1963 avec les premières Internationale Wehrkunde-Begegnung, la Munich Security Conference réunit tous les ans des responsables politiques et des experts autour d’un thème portant sur la sécurité du monde d’aujourd’hui et de demain. L’affrontement entre les Etats-Unis et ses plus anciens alliés, en phase avec l’intitulé de la conférence « le grand puzzle : qui va recoller les morceaux », a été illustré par les discours du vice-président américain Mike Pence et de la chancelière allemande Angela Merckel.

Annonçant que les Etats-Unis avaient « retrouvé la première place sur la scène internationale », le vice-président américain a vanté les investissements de l’administration Trump dans le budget de la défense, les plus importants depuis l’époque de Ronald Reagan, et la modernisation de l’arsenal nucléaire. A l’unisson de Donald Trump à la tribune des Nations unies, il s’est félicité des 5,3 millions d’emplois créés, du taux de chômage le plus bas depuis 50 ans et du regain d’exploitation du gaz et du pétrole qui font désormais des Etats-Unis le premier producteur mondial.
Reprenant la rhétorique de Donald Trump, Mike Pence a insisté sur la nécessité pour les nations de l’OTAN de respecter l’engagement des 2% de dépenses de défense réelles en part du PIB, rappelant que « beaucoup de nos alliés de l’OTAN doivent encore faire mieux ». Prétextant la lutte contre des tentatives de division basées sur l’arme de l’énergie, il a félicité les pays qui avaient pris position contre le projet de gazoduc Nord Stream 2, défendu par l’Allemagne, tout en rappelant que les Etats-Unis ne resteraient pas « les bras croisés » tandis que « des alliés achètent des armes à nos adversaires », faisant cette fois allusion à l’acquisition de missiles S-400 russes par la Turquie.
S’en prenant violemment à l’Iran, le vice-président a soutenu que ce pays, « la plus grande menace à la paix et à la sécurité au Moyen-Orient », était le principal soutien du terrorisme, armant le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien, exportant des missiles, alimentant les conflits en Syrie et au Yémen, préparant des attaques terroristes en Europe et appelant « ouvertement » à la destruction d’Israël. Après avoir énoncé cette longue liste de griefs, Mike Pence a sommé ses partenaires européens « de cesser de saper les sanctions américaines contre ce régime révolutionnaire meurtrier » et « de se retirer de l’accord nucléaire iranien ».

Le même jour, la chancelière allemande a répondu point par point, sans jamais le citer, au discours de Mike Pence. Evoquant les relations avec la Russie, elle a tout d’abord rappelé que la sortie du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, signé par les Etats-Unis et l’URSS, impactait en premier lieu les Européens, « qui restent assis là ». La chancelière a martelé que la réponse ne pouvait être une course aveugle à l’armement, alors que Russes et Américains ont annoncé le développement de nouveaux systèmes couvrant les portées de 500 à 5000 km.
A propos du budget fédéral de la défense et « répondant aux critiques », Angela Merkel a confirmé que celui-ci atteindra 1,5 % du PIB en 2024, ce qui sera déjà un « énorme pas ». Questionnant sur « ce qu’il convenait de faire avec cet argent », elle a relativisé ce chiffre relativement modeste comparé à d’autres nations mais correspondant à des montants sans commune mesure (selon les statistiques officielles de l’OTAN. En 2017, l’Allemagne consacrait 1,22 % de son PIB à son budget de défense, contre 2,32 % pour la Grèce, au deuxième rang derrière les Etats-Unis et leurs 3,58 % ; mais ces 1,22 % génèrent 42,8 milliards de dollars, à comparer aux 4,5 milliards de dollars grecs).
La chancelière a également rappelé que l’Allemagne était présente en Afghanistan depuis 18 ans avec quelques 1 300 militaires engagés, que l’Allemagne assurait les fonctions de « nation cadre » en Lituanie, et que le pays était également présent au Mali, soulignant que ce type d’engagement n’était pas dans la culture allemande, « comme il peut l’être pour nos amis français ».
Sur l’Iran, Angela Merkel a regretté que ce sujet divise. Reconnaissant que la politique iranienne était préoccupante, elle s’est interrogée sur la pertinence de quitter le seul accord en place, la « seule petite ancre que nous ayons ». Enfin, évoquant les relations commerciales difficiles avec les Etats-Unis, elle s’est étonnée que les automobiles européennes puissent constituer une menace contre la sécurité nationale des Etats-Unis. Elle a rappelé que la principale usine BMW était implantée en Caroline du Sud, « pas en Bavière », et exportait des automobiles vers la Chine. Elle a conclu par ces termes : « Si ces voitures sont soudainement considérées comme une menace pour la sécurité nationale des États-Unis d’Amérique, nous sommes choqués ».
La veille, Heiko Maas, ministre des affaires étrangères allemand, avait déjà défendu le multilatéralisme et vanté le traité franco-allemand d’Aix-la-Chapelle. S’aventurant sur le domaine économique, il a dénoncé les droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium, illustrant ce « scénario perdant-perdant » par le coût pour les Américains des 8 700 nouveaux emplois créés aux Etats-Unis, estimés à 650 000 $ par an et par emploi.

La vice-présidente du Conseil européen et haute représentante Federica Mogherini était intervenue dès le 15 février. Elle a défendu, comme la chancelière allemande, une approche duale à la résolution des conflits : « Aucune des défis sécuritaires auxquels le monde est confronté ne peut être traité par une approche purement militaire ». Si elle a convenu d’une augmentation des budgets de défense, elle a surtout rappelé que l’argent investi dans l’aide humanitaire, le développement durable, l’action pour le climat et la promotion et la défense des droits de l’homme participait tout autant à la sécurité et à la paix dans le monde.
Le ministre des affaires étrangères russe Sergey Lavrov s’est également exprimé le 16 février. Sans surprise, il s’est opposé à la description qui était faite de son pays, citant dès ses premiers mots Charles de Gaulle, qui prônait une grande Europe, « de l’Atlantique à l’Oural ». Revenant sur les années post-guerre froide, il a regretté l’approche « OTAN-centrée », les bombardements occidentaux en ex-Yougoslavie, la partition et la reconnaissance du Kosovo ou le soutien au « coup d’Etat » à Kiev. Il a surtout tendu la main aux Européens, rappelant que la porte était toujours ouverte et que l’extension de l’Union économique eurasienne conduirait à un grand espace commun de Lisbonne à Vladivostok.

Parmi les autres intervenants, le président égyptien al-Sissi s’est exprimé également en tant que président de l’Union africaine. Alors que le sujet avait à peine été évoqué à Varsovie, il a affirmé que « le non-règlement juste et définitif de la cause palestinienne constitue la principale source d’instabilité au Moyen-Orient » et défendu le « droit des Palestiniens à établir leur État sur les frontières du 4 juin 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale ».

Enfin, le ministre de la défense britannique Gavin Williamson a prononcé un discours en total décalage, attaquant violemment la Russie, ignorant la menace représentée par le terrorisme, jamais évoqué. Il a par la même glorifié la profonde amitié anglo-allemande illustrée par la bataille de Minden, un épisode de la guerre de Sept ans où Anglais et Allemands combattaient côte à côte … contre les Français. La France n’est d’ailleurs jamais citée dans son discours, en dépit des accords de Lancaster House de 2010.

Journée d’information sur le fonds européen de défense

Mardi 12 février 2019 s’est tenue à Marseille, à l’Hôtel de la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur une journée d’information destinée aux PME régionales concernant le fonds européen de défense (FED). Ce forum a été organisé à la demande de la Direction générale de l’armement et du conseil régional de Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur par l’Institut FMES, associé à System Factory et les pôles de compétitivité Pôle Mer Méditerranée, OPTITEC et SAFE.

En présence de Yannick Chenevard, vice-président de la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur et délégué à l’emploi, la formation professionnelle et l’apprentissage, du vice-amiral d’escadre Pascal Ausseur, directeur des opérations à l’Institut FMES et du commissaire Jonathan Cohen, de la direction du service PME à la DGA, les entreprises présentes ont pu bénéficier d’amples explications sur le financement de l’Union européenne à leur profit.

La situation géostratégique mondiale se détériorant ces dernières décennies a engendré l’augmentation des dépenses militaires. Pour faire face aux multiples défis, l’industrie européenne de Défense doit se restructurer et défendre ses intérêts et sa sécurité. En France, 5 000 entreprises sont répertoriées dans le secteur de la défense qui emploie 400 000 personnes. S’agissant de la région Sud, 220 PME sont référencées dans la BITD (Base industrielle et technologique de Défense) qui est un secteur économique de premier plan au niveau régional. Le domaine de la Défense représentant près de 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel dans la région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur. L’Union européenne, pour développer son autonomie stratégique, a décidé de favoriser l’économie de défense et la coopération entre les entreprises européennes dans ce domaine (le manque de coopération fait perdre dans les domaines de la défense et de la sécurité entre 25 et 100 milliards d’euros par an).

Lancé par la Commission européenne, le FED vise à aider les Etats membres à dépenser plus efficacement l’argent des contribuables, à réduire les doublons dépenses et à obtenir un meilleur rapport coût-résultats.

Les PME peuvent donc bénéficier de financement concernant leurs projets collaboratifs de développement de produits et technologies de défense telles que l’étude de faisabilité, la conception, l’essai, la qualification, etc. Pour les années 2019-2020, le budget de ce fonds s’élève à 500 milliards d’euros et s’ajoute aux programmes européens déjà existants susceptibles de financer les projets des PME :

  • Horizon 2020 : Programme cadre européen pour la recherche et l’innovation (77 milliards d’euros).
  • COSME : Programme européen pour améliorer l’accès au financement des PME, la compétitivité des entreprises, l’accès au marché unique et l’entreprenariat (2 ,3 milliards d’euros).
  • Europe créative (volet MEDIA) afin de soutenir le développement de l’audiovisuel à l’échelle européenne (1,4 milliard d’euros).

En vue des appels à projets devant être publiés au mois de mars 2019 (et en préparation des appels de 2020), la Région et la DGA, appuyée par l’Institut FMES associé à System Factory et aux Pôles de compétitivité, s’organisent pour aider les entreprises dans leur démarche et leur fournir toutes les informations complémentaires à l’accès à ces fonds européens : compréhension du mécanisme, montage du dossier, recherche de financements complémentaires, …. A travers ce renforcement, il s’agit de faciliter l’accès des PME régionales aux financements européens et de renforcer la place des acteurs régionaux dans les programmes européens et les réseaux transnationaux.

 

Liens : 

Représentation_Region_Bruxelles_EDIDP

DGA_Présentation_FED

 

Traité franco-allemand : quel impact pour la Méditerranée ?

Emmanuel MACRON et Angela MERKEL, à Aix-la-Chapelle, le 22 janvier 2019. Tous droits réservés.

Le mardi 22 janvier 2019, à l’occasion du 56èmeanniversaire du traité de l’Elysée, le Président de la République française Emmanuel MACRON et la chancelière de la République fédérale d’Allemagne ont signé à Aix-la-Chapelle un nouveau traité de coopération et d’intégration.

La décision du « couple franco-allemand » de renforcer les liens bilatéraux s’appuie sur le texte fondateur du Traité de l’Elysée de 1963, signé par le Président français Charles de GAULLE et le chancelier allemand Konrad ADENAUER. L’objectif est de tendre vers une convergence accrue entre Paris et Berlin pour les « préparer aux défis auxquels ils sont confrontés au XXIème siècle ».

Le Traité d’Aix-la-Chapellemettra en œuvre 15 projets prioritaires, dont le suivi est assuré par le Conseil des ministres franco-allemand. L’un des points phares est une coopération poussée au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies où la France y appuiera la candidature de l’Allemagne en tant que membre permanent. Ce traité vise également une coopération plus approfondie dans des domaines divers : politique économique, politique étrangère et sécurité, éducation et culture, recherche et technologie, climat et environnement, coopération et communication transfrontalières, etc. En clair, il s’agit d’un pas de plus dans l’amitié franco-allemande. a

Seront créés quatre « instituts culturels franco-allemands intégrés », à Rio, Palerme, Erbil et Bichkek. Cinq instituts français et allemands seront colocalisés à Cordoba, Atlanta, Glasgow, Minsk et Ramallah. Le renforcement franco-allemand aura ainsi un impact sur la Méditerranée avec l’implantation de ces sites dans des villes du bassin méditerranéen.

Le traité accorde également une importance particulière au domaine de la sécurité avec une clause de défense mutuelle et l’idée d’une collaboration plus étroite dans le développement de leur arsenal militaire. Il prévoit aussi de mener des opérations conjointes. Ce renforcement de liens n’a pas trouvé grand écho autour du bassin méditerranéen. La future ouverture d’instituts culturels n’a pas fait grand bruit et cet événement n’a pas retenu l’attention de la presse africaine et moyen-orientale qui a peu relayé l’information. La Méditerranée ne fait pas partie de la zone d’intérêt de l’Allemagne qui n’y voit pas d’enjeux sécuritaires ou économiques importants. A contrario, en Europe, le couple franco-allemand, moteur de l’Europe suscite davantage d’intérêts, d’autant plus que l’Union européenne est dans une impasse : la question du Brexit soulève de nombreux débats et les partis populistes et eurosceptiques, dont certains sont au pouvoir, prennent de l’ampleur.