Europe de la défense

La conférence de Munich sur la sécurité

Angela Merkel, à la conférence de Munich.
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La conférence de Munich sur la sécurité s’est déroulée du 15 au 17 février 2019, au lendemain de la très polémique « ministérielle pour promouvoir un futur de paix et de sécurité au Moyen-Orient » organisée à Varsovie par les Etats-Unis et la Pologne.

Trouvant son origine en novembre 1963 avec les premières Internationale Wehrkunde-Begegnung, la Munich Security Conference réunit tous les ans des responsables politiques et des experts autour d’un thème portant sur la sécurité du monde d’aujourd’hui et de demain. L’affrontement entre les Etats-Unis et ses plus anciens alliés, en phase avec l’intitulé de la conférence « le grand puzzle : qui va recoller les morceaux », a été illustré par les discours du vice-président américain Mike Pence et de la chancelière allemande Angela Merckel.

Annonçant que les Etats-Unis avaient « retrouvé la première place sur la scène internationale », le vice-président américain a vanté les investissements de l’administration Trump dans le budget de la défense, les plus importants depuis l’époque de Ronald Reagan, et la modernisation de l’arsenal nucléaire. A l’unisson de Donald Trump à la tribune des Nations unies, il s’est félicité des 5,3 millions d’emplois créés, du taux de chômage le plus bas depuis 50 ans et du regain d’exploitation du gaz et du pétrole qui font désormais des Etats-Unis le premier producteur mondial.
Reprenant la rhétorique de Donald Trump, Mike Pence a insisté sur la nécessité pour les nations de l’OTAN de respecter l’engagement des 2% de dépenses de défense réelles en part du PIB, rappelant que « beaucoup de nos alliés de l’OTAN doivent encore faire mieux ». Prétextant la lutte contre des tentatives de division basées sur l’arme de l’énergie, il a félicité les pays qui avaient pris position contre le projet de gazoduc Nord Stream 2, défendu par l’Allemagne, tout en rappelant que les Etats-Unis ne resteraient pas « les bras croisés » tandis que « des alliés achètent des armes à nos adversaires », faisant cette fois allusion à l’acquisition de missiles S-400 russes par la Turquie.
S’en prenant violemment à l’Iran, le vice-président a soutenu que ce pays, « la plus grande menace à la paix et à la sécurité au Moyen-Orient », était le principal soutien du terrorisme, armant le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien, exportant des missiles, alimentant les conflits en Syrie et au Yémen, préparant des attaques terroristes en Europe et appelant « ouvertement » à la destruction d’Israël. Après avoir énoncé cette longue liste de griefs, Mike Pence a sommé ses partenaires européens « de cesser de saper les sanctions américaines contre ce régime révolutionnaire meurtrier » et « de se retirer de l’accord nucléaire iranien ».

Le même jour, la chancelière allemande a répondu point par point, sans jamais le citer, au discours de Mike Pence. Evoquant les relations avec la Russie, elle a tout d’abord rappelé que la sortie du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, signé par les Etats-Unis et l’URSS, impactait en premier lieu les Européens, « qui restent assis là ». La chancelière a martelé que la réponse ne pouvait être une course aveugle à l’armement, alors que Russes et Américains ont annoncé le développement de nouveaux systèmes couvrant les portées de 500 à 5000 km.
A propos du budget fédéral de la défense et « répondant aux critiques », Angela Merkel a confirmé que celui-ci atteindra 1,5 % du PIB en 2024, ce qui sera déjà un « énorme pas ». Questionnant sur « ce qu’il convenait de faire avec cet argent », elle a relativisé ce chiffre relativement modeste comparé à d’autres nations mais correspondant à des montants sans commune mesure (selon les statistiques officielles de l’OTAN. En 2017, l’Allemagne consacrait 1,22 % de son PIB à son budget de défense, contre 2,32 % pour la Grèce, au deuxième rang derrière les Etats-Unis et leurs 3,58 % ; mais ces 1,22 % génèrent 42,8 milliards de dollars, à comparer aux 4,5 milliards de dollars grecs).
La chancelière a également rappelé que l’Allemagne était présente en Afghanistan depuis 18 ans avec quelques 1 300 militaires engagés, que l’Allemagne assurait les fonctions de « nation cadre » en Lituanie, et que le pays était également présent au Mali, soulignant que ce type d’engagement n’était pas dans la culture allemande, « comme il peut l’être pour nos amis français ».
Sur l’Iran, Angela Merkel a regretté que ce sujet divise. Reconnaissant que la politique iranienne était préoccupante, elle s’est interrogée sur la pertinence de quitter le seul accord en place, la « seule petite ancre que nous ayons ». Enfin, évoquant les relations commerciales difficiles avec les Etats-Unis, elle s’est étonnée que les automobiles européennes puissent constituer une menace contre la sécurité nationale des Etats-Unis. Elle a rappelé que la principale usine BMW était implantée en Caroline du Sud, « pas en Bavière », et exportait des automobiles vers la Chine. Elle a conclu par ces termes : « Si ces voitures sont soudainement considérées comme une menace pour la sécurité nationale des États-Unis d’Amérique, nous sommes choqués ».
La veille, Heiko Maas, ministre des affaires étrangères allemand, avait déjà défendu le multilatéralisme et vanté le traité franco-allemand d’Aix-la-Chapelle. S’aventurant sur le domaine économique, il a dénoncé les droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium, illustrant ce « scénario perdant-perdant » par le coût pour les Américains des 8 700 nouveaux emplois créés aux Etats-Unis, estimés à 650 000 $ par an et par emploi.

La vice-présidente du Conseil européen et haute représentante Federica Mogherini était intervenue dès le 15 février. Elle a défendu, comme la chancelière allemande, une approche duale à la résolution des conflits : « Aucune des défis sécuritaires auxquels le monde est confronté ne peut être traité par une approche purement militaire ». Si elle a convenu d’une augmentation des budgets de défense, elle a surtout rappelé que l’argent investi dans l’aide humanitaire, le développement durable, l’action pour le climat et la promotion et la défense des droits de l’homme participait tout autant à la sécurité et à la paix dans le monde.
Le ministre des affaires étrangères russe Sergey Lavrov s’est également exprimé le 16 février. Sans surprise, il s’est opposé à la description qui était faite de son pays, citant dès ses premiers mots Charles de Gaulle, qui prônait une grande Europe, « de l’Atlantique à l’Oural ». Revenant sur les années post-guerre froide, il a regretté l’approche « OTAN-centrée », les bombardements occidentaux en ex-Yougoslavie, la partition et la reconnaissance du Kosovo ou le soutien au « coup d’Etat » à Kiev. Il a surtout tendu la main aux Européens, rappelant que la porte était toujours ouverte et que l’extension de l’Union économique eurasienne conduirait à un grand espace commun de Lisbonne à Vladivostok.

Parmi les autres intervenants, le président égyptien al-Sissi s’est exprimé également en tant que président de l’Union africaine. Alors que le sujet avait à peine été évoqué à Varsovie, il a affirmé que « le non-règlement juste et définitif de la cause palestinienne constitue la principale source d’instabilité au Moyen-Orient » et défendu le « droit des Palestiniens à établir leur État sur les frontières du 4 juin 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale ».

Enfin, le ministre de la défense britannique Gavin Williamson a prononcé un discours en total décalage, attaquant violemment la Russie, ignorant la menace représentée par le terrorisme, jamais évoqué. Il a par la même glorifié la profonde amitié anglo-allemande illustrée par la bataille de Minden, un épisode de la guerre de Sept ans où Anglais et Allemands combattaient côte à côte … contre les Français. La France n’est d’ailleurs jamais citée dans son discours, en dépit des accords de Lancaster House de 2010.

Journée d’information sur le fonds européen de défense

Mardi 12 février 2019 s’est tenue à Marseille, à l’Hôtel de la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur une journée d’information destinée aux PME régionales concernant le fonds européen de défense (FED). Ce forum a été organisé à la demande de la Direction générale de l’armement et du conseil régional de Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur par l’Institut FMES, associé à System Factory et les pôles de compétitivité Pôle Mer Méditerranée, OPTITEC et SAFE.

En présence de Yannick Chenevard, vice-président de la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur et délégué à l’emploi, la formation professionnelle et l’apprentissage, du vice-amiral d’escadre Pascal Ausseur, directeur des opérations à l’Institut FMES et du commissaire Jonathan Cohen, de la direction du service PME à la DGA, les entreprises présentes ont pu bénéficier d’amples explications sur le financement de l’Union européenne à leur profit.

La situation géostratégique mondiale se détériorant ces dernières décennies a engendré l’augmentation des dépenses militaires. Pour faire face aux multiples défis, l’industrie européenne de Défense doit se restructurer et défendre ses intérêts et sa sécurité. En France, 5 000 entreprises sont répertoriées dans le secteur de la défense qui emploie 400 000 personnes. S’agissant de la région Sud, 220 PME sont référencées dans la BITD (Base industrielle et technologique de Défense) qui est un secteur économique de premier plan au niveau régional. Le domaine de la Défense représentant près de 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel dans la région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur. L’Union européenne, pour développer son autonomie stratégique, a décidé de favoriser l’économie de défense et la coopération entre les entreprises européennes dans ce domaine (le manque de coopération fait perdre dans les domaines de la défense et de la sécurité entre 25 et 100 milliards d’euros par an).

Lancé par la Commission européenne, le FED vise à aider les Etats membres à dépenser plus efficacement l’argent des contribuables, à réduire les doublons dépenses et à obtenir un meilleur rapport coût-résultats.

Les PME peuvent donc bénéficier de financement concernant leurs projets collaboratifs de développement de produits et technologies de défense telles que l’étude de faisabilité, la conception, l’essai, la qualification, etc. Pour les années 2019-2020, le budget de ce fonds s’élève à 500 milliards d’euros et s’ajoute aux programmes européens déjà existants susceptibles de financer les projets des PME :

  • Horizon 2020 : Programme cadre européen pour la recherche et l’innovation (77 milliards d’euros).
  • COSME : Programme européen pour améliorer l’accès au financement des PME, la compétitivité des entreprises, l’accès au marché unique et l’entreprenariat (2 ,3 milliards d’euros).
  • Europe créative (volet MEDIA) afin de soutenir le développement de l’audiovisuel à l’échelle européenne (1,4 milliard d’euros).

En vue des appels à projets devant être publiés au mois de mars 2019 (et en préparation des appels de 2020), la Région et la DGA, appuyée par l’Institut FMES associé à System Factory et aux Pôles de compétitivité, s’organisent pour aider les entreprises dans leur démarche et leur fournir toutes les informations complémentaires à l’accès à ces fonds européens : compréhension du mécanisme, montage du dossier, recherche de financements complémentaires, …. A travers ce renforcement, il s’agit de faciliter l’accès des PME régionales aux financements européens et de renforcer la place des acteurs régionaux dans les programmes européens et les réseaux transnationaux.

 

Liens : 

Représentation_Region_Bruxelles_EDIDP

DGA_Présentation_FED

 

Traité franco-allemand : quel impact pour la Méditerranée ?

Emmanuel MACRON et Angela MERKEL, à Aix-la-Chapelle, le 22 janvier 2019. Tous droits réservés.

Le mardi 22 janvier 2019, à l’occasion du 56èmeanniversaire du traité de l’Elysée, le Président de la République française Emmanuel MACRON et la chancelière de la République fédérale d’Allemagne ont signé à Aix-la-Chapelle un nouveau traité de coopération et d’intégration.

La décision du « couple franco-allemand » de renforcer les liens bilatéraux s’appuie sur le texte fondateur du Traité de l’Elysée de 1963, signé par le Président français Charles de GAULLE et le chancelier allemand Konrad ADENAUER. L’objectif est de tendre vers une convergence accrue entre Paris et Berlin pour les « préparer aux défis auxquels ils sont confrontés au XXIème siècle ».

Le Traité d’Aix-la-Chapellemettra en œuvre 15 projets prioritaires, dont le suivi est assuré par le Conseil des ministres franco-allemand. L’un des points phares est une coopération poussée au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies où la France y appuiera la candidature de l’Allemagne en tant que membre permanent. Ce traité vise également une coopération plus approfondie dans des domaines divers : politique économique, politique étrangère et sécurité, éducation et culture, recherche et technologie, climat et environnement, coopération et communication transfrontalières, etc. En clair, il s’agit d’un pas de plus dans l’amitié franco-allemande. a

Seront créés quatre « instituts culturels franco-allemands intégrés », à Rio, Palerme, Erbil et Bichkek. Cinq instituts français et allemands seront colocalisés à Cordoba, Atlanta, Glasgow, Minsk et Ramallah. Le renforcement franco-allemand aura ainsi un impact sur la Méditerranée avec l’implantation de ces sites dans des villes du bassin méditerranéen.

Le traité accorde également une importance particulière au domaine de la sécurité avec une clause de défense mutuelle et l’idée d’une collaboration plus étroite dans le développement de leur arsenal militaire. Il prévoit aussi de mener des opérations conjointes. Ce renforcement de liens n’a pas trouvé grand écho autour du bassin méditerranéen. La future ouverture d’instituts culturels n’a pas fait grand bruit et cet événement n’a pas retenu l’attention de la presse africaine et moyen-orientale qui a peu relayé l’information. La Méditerranée ne fait pas partie de la zone d’intérêt de l’Allemagne qui n’y voit pas d’enjeux sécuritaires ou économiques importants. A contrario, en Europe, le couple franco-allemand, moteur de l’Europe suscite davantage d’intérêts, d’autant plus que l’Union européenne est dans une impasse : la question du Brexit soulève de nombreux débats et les partis populistes et eurosceptiques, dont certains sont au pouvoir, prennent de l’ampleur.

La réémergence d’un projet d’armée européenne

Angela MERKEL et Emmanuel MACRON à Rethondes, pour la commémoration de l’armistice, le 10 novembre 2018.
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Dans un entretien à Verdun pour Europe 1 diffusé mardi 6 novembre 2018, le président français Emmanuel MACRON a exprimé sa volonté de créer une « vraie armée européenne ». Le chef de l’Etat a plaidé en faveur de ce projet, capable de « protéger » l’Union européenne « à l’égard de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis ».

Si Vladimir POUTINE considère cette initiative comme « un processus positif du point de vue du renforcement du caractère multipolaire du monde », les déclarations du chef de l’Etat français ont provoqué une réaction du président américain. Accusant Paris de promouvoir une armée européenne concurrente des Etats-Unis et de l’OTAN et déclarant les propos de son homologue français « très insultants », Donald TRUMP s’est de nouveau exprimé, mardi 13 novembre, dans une série de tweets à l’encontre du président français.

Face aux accusations de son homologue américain, Emmanuel MACRON a évoqué samedi une « confusion » mais continue d’affirmer la volonté d’une autonomie européenne. L’UE bénéficierait d’une plus grande marge de manœuvre en matière de défense et pourrait assurer les missions de la politique de sécurité et de défense communes. Premier président français à évoquer publiquement « une armée européenne », Emmanuel MACRON a instauré, dans cette optique, l’Initiative européenne d’intervention (IEI). Lancé en juin 2018, ce projet qui se place dans la logique du discours à la Sorbonne du président de la république en septembre 2017, a pour but de développer une culture stratégique européenne, à plusieurs Etats, afin de pouvoir mener plus facilement des opérations militaires en commun.

Les propositions françaises sont rejointes par l’Allemagne. La chancelière allemande Angela MERKEL, devant le Parlement européen à Strasbourg, a défendu l’idée d’une armée européenne mardi 13 novembre. Assurant que cette armée ne remettra pas en cause l’OTAN, la chancelière allemande a réitéré sa proposition de « conseil de sécurité européen » afin de renforcer la politique extérieure de l’Union européenne.

Toutefois, les avis sont partagés sur la faisabilité et la légitimité d’une telle initiative. A titre d’exemple, le général de VILLIERS, ancien chef d’état-major considère « impossible » une armée européenne où les forces serait juxtaposées, fusionnées afin d’en faire des unités de combat « aux ordres d’un état-major hypothétique à Bruxelles ». Jean-Yves le DRIAN, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a déclaré au début de l’année 2016, alors qu’il était ministre de la Défense du président François Hollande : « C’est aux Etats qu’il appartient en premier d’entretenir une défense forte, et c’est aux plus importants d’entre eux de montrer la voie en Europe ».

La vision d’Emmanuel MACRON consiste en une Europe forte, indépendante et autonome militairement et notamment vis-à-vis des Etats-Unis. Toutefois, si le couple franco-allemand affiche une position unie, d’autres pays européens semblent envoyer le message inverse. Alors que la défense européenne dépend pour une grande part du maintien d’une industrie de défense, la Belgique et la Pologne ont choisi d’opter ces derniers mois pour des armements américains. 

Le thème emblématique de « l’armée européenne » sous-tend les choix fondamentaux qui n’ont jamais été tranchés par les Européens depuis 30 ans et qui imposent de répondre à trois questions : quelle unité de destin ? quel effort de défense acceptable ? quelle autonomie vis-à-vis des Etats-Unis ?

OTAN : exercice Trident Juncture au large de la Norvège

Un tank allemand durant l’exercice Trident Juncture en octobre 2018.
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Du 25 octobre au 7 novembre 2018, se tient l’exercice trisannuel de l’OTAN, Trident Juncture. Regroupant environ 50 000 militaires issus des 29 pays membres de l’Alliance et de la Finlande et la Suède, pays partenaires, l’exercice couvre les domaines maritime, naval et terrestre. Environ 65 navires, 250 aéronefs et 10 000 véhicules participeront à cet exercice se déroulant dans le centre et l’est de la Norvège ainsi que dans les espaces aériens et maritimes norvégiens, suédois et finlandais. Véritable défi sur le plan logistique, l’exercice interarmées et interalliés a pour objectif de planifier, préparer et soutenir une NATO Response Force (NRF, Force de réaction de l’OTAN) dans le cadre d’une opération au titre de l’article 5 du traité de l’Atlantique nord.

Le secrétaire général de l’OTAN et ex-Premier ministre norvégien, Jens STOLTENBERG a présidé un point de presse préalable à l’exercice, le mercredi 24 octobre. Il déclare : « Cet exercice est une démonstration éclatante de nos capacités et de notre détermination à travailler ensemble ». Tandis que Trident Juncture est l’occasion de tester la NRF pour l’année à venir, Jens STOLTENBERG a précisé : « l’exercice envoie un message clair, non seulement à nos pays membres, mais aussi à tout adversaire potentiel : l’OTAN ne cherche pas la confrontation, mais reste prête à défendre tous les Alliés contre toute menace ».

L’exercice se déroule principalement en Norvège, cette dernière étant résolument atlantiste et attachée à ce que l’OTAN fasse de la défense collective, sur la base de l’article 5, une priorité. Oslo et Moscou partagent des frontières terrestres et maritimes. La Russie voit donc d’un mauvais œil ces manœuvres d’une ampleur inédite depuis la fin de la Guerre froide. Alors que le ministre norvégien de la Défense, Frank BAKKE-JENSEN, a déclaré : « la Russie ne représente pas une menace militaire directe pour la Norvège. Mais dans une situation sécuritaire aussi compliquée qu’aujourd’hui […], un incident ailleurs pourrait très bien accroitre la tension dans le Nord et nous souhaitons préparer l’Alliance à éviter tout incident malheureux », Maria ZAKHAROVA, porte-parole de la diplomatie russe considère que « de telles actions irresponsables mèneront forcément à la déstabilisation de la situation politique et militaire dans le Nord, à une hausse des tensions ».

En sus de bénéficier d’observateurs conviés à assister à l’exercice, Moscou a déployé, la veille du début de Trident Juncture, deux corvettes, un pétrolier et un ravitailleur et entend tester des missiles en mer de Norvège entre le 1er et le 3 novembre. En effet, Moscou craint l’encerclement de son territoire par les forces alliées. Pourtant, les agissements russes près des lieux d’exercice interarmées ne semblent pas alerter l’OTAN, le secrétaire général avançant que la Russie a émis un NOTAM préalable, un message aux navigants aériens. L’OTAN et la Norvège jouent donc la carte de l’apaisement face à une potentielle dégradation des relations russo-otaniennes.

Millefeuille administratif et nationalisme : les élections en Bosnie-Herzégovine

Milorad DODIK, grand vainqueur du scrutin

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Le 7 octobre 2018, les électeurs de Bosnie-Herzégovine ont voté pour renouveler la présidence tripartite collégiale, composée de trois membres représentant les communautés bosniaque (musulmans), serbe (orthodoxes) et croate (catholiques) du pays, conformément aux accords de Dayton de 1995, ayant mis fin à la guerre civile.

Ces accords ont permis la mise en place d’une vaste administration où le partage du pouvoir se fait entre les trois communautés dans une république fédérale comprenant la république serbe de Bosnie et la fédération de Bosnie-et-Herzégovine. Dans cet Etat central faible comprenant 13 entités et 160 ministères, l’autorité ultime est confiée à un Haut représentant de la communauté internationale, d’origine européenne, exacerbant de fait les tensions dans un pays au système irréformable et bloqué en proie aux revendications nationalistes.

A l’issue du scrutin, le nationaliste Milorad DODIK, président depuis 2006 de la République serbe de Bosnie, remporte le siège réservé aux Serbes. Ce dernier plaide pour le rattachement de la République serbe à la Serbie et a déclaré œuvrer « uniquement dans l’intérêt ou au profit » de l’entité serbe de Bosnie-Herzégovine. A ses côtés, Sefik DZAFEROVIC du parti conservateur siègera au nom des Bosniaques et le social-démocrate Zeljko KOMSIC occupera la place croate. Les conséquences de cette présidence tricéphale s’annoncent délicates et la formation d’un gouvernement difficile.

Les observateurs internationaux soulignent la segmentation continue de ces élections en fonction de critères ethniques et les lacunes persistantes en termes de cadre juridique. Dans une élection se concentrant davantage sur des attaques personnelles et des propos alarmistes que sur des alternatives politiques, les médias se sont distingués par une couverture biaisée par des intérêts politiques et commerciaux. L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), par la voix de Cheryl GILLAN, se déclare déçue devant le fait que la « campagne électorale reste segmentée en fonction de critères ethniques ». En effet, ce phénomène va à l’encontre des engagements de l’OSCE, du Conseil de l’Europe et des normes internationales. Alors que les libertés de parole, de mouvement et d’association ont été globalement respectées dans le cadre de la campagne, l’APCE, dans son communiqué, souligne à plusieurs reprises le manque de transparence des médias et des entreprises en place et émet des inquiétudes quant à leur capacité à fournir une couverture impartiale.

Washington félicite les Bosniens pour leur participation aux élections et rappelle « l’amitié durable » qui les lie. Les Etats-Unis partagent toutefois les préoccupations des observateurs, des ONG locales et des organisations internationales sur l’impartialité qui vont, rappelle Heather NAUERT, porte-parole du Département d’Etat, à l’encontre des engagements pris par les autorités locales d’organiser des élections justes et transparentes.

S’il est regrettable que le pays se scinde selon un découpage ethnique, cette situation n’est pas étonnante compte tenu des accords de Dayton qui ont imaginé et recommandé cette scission afin de maintenir une stabilité dans la région.

Union européenne – Albanie : accord de coopération sur les frontières

Commission européenne de Bruxelles

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Le 5 octobre 2018, l’Union européenne a signé un accord de coopération sur la gestion des frontières avec l’Albanie et Frontex, l’Agence européenne de gardes-frontières et de garde-côtes.

Signé au nom de l’UE par Herbert KICKL, ministre de l’Intérieur et président du Conseil national d’Autriche et Dimitris AVRAMOPOULOS, commissaire européen pour la migration, les affaires intérieures et la citoyenneté, et pour l’Albanie par Fatmir XHAJAJ, ministre de l’Intérieur, cet accord est le premier de ce type conclu par un pays tiers. Ce texte, qui couvre la lutte contre la migration illégale et la criminalité transfrontalière, autorise Frontex à coordonner des opérations entre les Etats-membres de l’UE et l’Albanie en matière de frontières extérieures. En sus de fournir une assistance technique et opérationnelle renforcée, l’agence, sous réserve d’un accord de Tirana, pourra également intervenir sur le territoire albanais.

Dimitris AVRAMOPOULOS s’est félicité de cet accord, considérant que les défis en matière de migration vont au-delà des frontières européennes et a déclaré : « L’accord conclu aujourd’hui avec l’Albanie, le premier de ce type avec un pays tiers, marque un jalon dans la coopération extérieure de l’UE en matière de gestion des frontières ». Il espère qu’il « ouvrira la voie à une plus grande coopération avec l’ensemble de la région des Balkans occidentaux » et est rejoint par Herbert KICKL, qui considère que « la coopération avec nos voisins revêt une importance particulière », d’autant plus qu’elle permettra de soutenir plus activement l’Albanie.

Les négociations avec l’Albanie ayant débuté en décembre 2017, le Conseil européen a donné son aval pour la signature en juillet 2018, après que le commissaire AVRAMOPOULOS et le ministre XHAFAJ ont paraphé le projet d’accord sur le statut en février 2018. La conclusion de l’accord a été transmise au Parlement européen qui devra donner son approbation. D’autres signatures avec les pays des Balkans devraient suivre : des projets d’accord de ce type ont déjà été paraphés avec l’ancienne République yougoslave de Macédoine et la Serbie tandis que l’UE est également en cours de négociation avec le Monténégro et la Bosnie-Herzégovine.

Cette signature intervient dans un contexte de rapprochement entre l’UE et l’Albanie. En février dernier, la cheffe de la diplomatie européenne Federica MOGHERINI a proposé d’ouvrir les négociations pour une adhésion de Tirana et Skopje à l’UE.

Union européenne : mort du Lieutenant-Général Wolfgang WOSOLSOBE

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Les autorités autrichiennes et européennes ont confirmé, le 24 septembre 2018, le décès brutal du Lieutenant-général Wolfgang WOSOLSOBE à 63 ans.

Né en 1955 et de nationalité autrichienne, Wolfgang WOSOLSOBE a débuté sa carrière militaire à la “Theresianische Militärakademie”, l’Académie militaire thérésienne formant les officiers de l’armée fédérale autrichienne. Ayant rejoint à la fin des années 1980 l’Ecole supérieure de Guerre interarmées en France, il s’est illustré au sein du ministère de la Défense et des forces armées autrichiennes et européennes. Francophone et francophile, W. WOSOLSOBE a été de 1992 à 1997, Attaché de défense en France puis nommé Directeur de la Politique Militaire autrichienne de 1999 à 2005. Durant ces années, il a œuvré en faveur du positionnement international et à l’acceptation des nouvelles réalités aux Forces armées autrichiennes. Cette vision et cette carrière remarquables lui ont permis d’être désigné successivement Directeur de la Politique de Défense au Conseil de l’Union européenne, durant la présidence autrichienne en 2006, et Représentant militaire pour l’UE.

En 2012, il est élu au poste de Directeur Général de l’Etat-major de l’Union européenne et promu une année plus tard au rang de Lieutenant-Général. Durant son mandat de trois ans, il est chargé de superviser le soutien militaire aux opérations et aux missions de la PSDC (Politique de Sécurité et de Défense Commune) telles qu’EUNAVOR, ATALANTA ou encore EUTM Mali. Son expertise militaire et son rôle de premier plan dans l’orientation européenne de la Défense ont contribué aux principales initiatives du Service européen pour l’action extérieure. Après sa retraite, il a poursuivi ses efforts et son engagement en faveur du renforcement d’une Europe de la Défense. Officier de la Légion d’Honneur en 2006, il était depuis 2016, Secrétaire général du Centre franco-autrichien pour le rapprochement en Europe.

La postérité retiendra du Lieutenant-Général WOSOLSOBE un véritable professionnel, se distinguant par son ouverture d’esprit et sa capacité à établir des liens entre les domaines militaire et civil. Ayant démontré une haute stature morale et fervent défenseur d’une vision européenne juste, il a attiré durant toute sa carrière le respect unanime de tous ceux qui l’ont côtoyé.