Etats-Unis

Relance des tensions entre les Etats-Unis et l’Iran à la suite des attaques de drones en Arabie-Saoudite

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Le samedi 14 septembre en Arabie saoudite, un raid de drones militarisés a provoqué de graves dommages sur deux sites industriels majeurs du groupe Aramco[1] (une usine à Abqaiq et un champ pétrolier à Khurais dans l’est du pays). Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammed Javad Zarif a déclaré être prêt à une « guerre totale ». Cela fait suite aux déclarations de Mike Pompeo, qui, en visite à Djeddah, dessine une stratégie de riposte. En raison de l’ampleur des avaries, le ministre saoudien de l’énergie, le prince Abdoulaziz ben Salman, a annoncé la réduction de moitié de la production de pétrole du royaume. Le groupe pétrolier saoudien déclare, de son côté, qu’il puiserait dans les stocks afin de compenser la baisse de production, sans apporter de précision quant au délai nécessaire pour retrouver un rendement normal.

Cette attaque a été revendiquée par les rebelles Houthistes qui déclarent avoir agi en riposte aux frappes aériennes opérées par la coalition militaire menée par Ryad au Yémen. La manœuvre des rebelles chiites engendre, outre la flambée immédiate des cours du pétrole et les répliques militaires saoudiennes envisageables, une nouvelle passe d’arme entre les États-Unis et l’Iran.

Voir aussi : Guerre au Yémen : catalyseur des tensions entre Arabie saoudite et Emirats arabes unis

Les premiers par l’intermédiaire de Mike Pompeo, Secrétaire d’État, ont accusé « l’Iran [d’avoir] lancé une attaque sans précédent contre l’approvisionnement énergétique mondial ». S’il est acquis que Téhéran apporte son soutien aux Houtis, le Secrétaire d’État n’apporte toutefois pas d’éléments de preuve permettant d’étayer cette accusation. En réponse, Téhéran présente un démenti ironique, voire moqueur, par la voix du porte-parole des affaires étrangères, Abbas Moussavi, qui dénonce « des accusations et remarques aussi stériles et aveugles [qu’] incompréhensibles et insensées ». De leur côté les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique, jouent l’apaisement lorsque le commandant de la branche aérospatiale précise que “ni nous, ni les Américains ne voulons une guerre“. Ne manquant tout de même pas de rappeler que l’Iran reste “toujours préparé pour une guerre totale“.

La France marque une nouvelle fois sa position « non alignée » sur ce dossier en condamnant l’escalade sans cibler l’Iran directement. Paris souhaite ménager la chèvre et le chou dans une séquence ou elle tente désespérément de maintenir Téhéran dans les accords de Vienne alors que les États-Unis appellent la communauté internationale à condamner publiquement l’Iran pour ces attaques. La Chine tient une position similaire en exhortant lundi les deux protagonistes à la « retenue ».

En l’absence de renseignements consistants, il serait hasardeux d’affirmer que Téhéran n’est pas impliqué dans les attaques perpétrées par les rebelles yéménites ou dans les sabotages de pétroliers dans le détroit d’Ormuz aux mois de mai et juin derniers ou d’occulter l’aspiration au statut de puissance régionale affichée par la République islamique. Par ailleurs, il est impossible de confirmer les accusations de Donald Trump, qui a choisi le rapport de force comme mode opératoire pour la conduite de sa diplomatie, en particulier vis-à-vis de l’Iran.  La volonté déclarée du locataire de la Maison Blanche est bien de maintenir une pression maximale sur Téhéran, par le biais d’un embargo strict, afin de mener les autorités iraniennes à négocier un nouvel accord sur le nucléaire, plus en phase avec les visions américaine, saoudienne et israélienne. Par ailleurs, le Président Trump, qui tient l’Iran pour responsable de l’instabilité dans la sous-région, implique maintenant toute la communauté internationale en accusant le régime des Mollahs de mettre en péril l’approvisionnement énergétique mondial. Il tente ainsi d’ostraciser davantage Téhéran.

Difficile dans ce contexte de faire émerger toute la lumière sur cette affaire et en l’absence de preuves tangibles, prendre parti de manière objective est une gageure. L’histoire récente nous rappelle que l’Iran est soupçonné d’être l’instigateur d’un certain nombre d’attentats visant des opposants à l’étranger ainsi que les intérêts du « petit et du grand Satan » (Israël et les États-Unis). De leur côté les Etats-Unis ont également montrés leur capacité de désinformation.

Dans ce flou, quelques points émergent : 1- les Etats-Unis et l’Iran partagent la même stratégie : tenter de faire plier l’adversaire en faisant monter les enchères sans aller trop loin, car ni Donald Trump ni Hassan Rohani ne souhaitent le conflit (le limogeage de John Bolton en est une illustration). 2- les quatre acteurs impliqués dans cette tension (Etats-Unis, Iran, Israël et Arabie Saoudite) sont en fragilité politique interne, ce qui pourrait favoriser une surenchère menant à la perte de contrôle. 3- cette crise illustre bien notre nouveau monde stratégique : moins clair, moins stable, moins contrôlé, plus imprévisible.

 

Sur le même sujet : L’Iran peut-il réellement fermer les détroits d’Ormuz et de Bab el Mandeb ? – par Arnaud Peyronnet

[1] Compagnie nationale saoudienne d’hydrocarbure

Nucléaire iranien – Union européenne : un partenariat menacé

Hassan Rohani.
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Pour la troisième fois depuis le mois de mai 2019, l’Iran a décidé de s’affranchir de certains des engagements inscrits dans l’accord de Vienne de 2015 (Joint Comprehensive Plan of Action, JCPoA) concernant son programme nucléaire. Les autorités iraniennes ont annoncé la mise en route de centrifugeuses avancées dans l’optique d’augmenter le stock d’uranium. Annoncé lors d’un discours télévisé d’Hassan Rohani, ce choix a été confirmé par le ministère des Affaires étrangères, Mohammed Javad Zarif dans une lettre en date  du 5 septembre à la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini : « en raison des conséquences du retrait américain du plan global d’action commun sur le nucléaire iranien et de la réimposition des sanctions à l’Iran, ainsi que de l’incapacité des trois pays européens à remplir leurs obligations réciproques envers Téhéran relatifs à l’accord et aux déclarations publiées par la Commission mixte (à l’issue du retrait américain), la République islamique d’Iran suspendra, à partir d’aujourd’hui tous ses engagements vis-à-vis du JCPoA dans le domaine de la recherche et du développement nucléaires ».

 

Voir aussi : Dépassement de la limite prévue d’uranium enrichi : l’accord sur le nucléaire iranien en péril

Cette décision, confirmée le lundi 9 septembre par l’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), n’est pas permise par l’accord sur le nucléaire iranien de 2015. Ce dernier autorise en effet Téhéran à ne produire de l’uranium enrichi qu’avec des centrifugeuses de première génération.

A l’issue du retrait unilatéral de Washington de l’accord international sur le nucléaire iranien, les tensions entre les Etats-Unis et la République islamique se sont accrues. Face au retrait américain et à l’impossibilité pour les Européens signataires de l’accord (Allemagne, France, Royaume-Uni) d’aider le régime des mollahs à contourner les sanctions, Téhéran a commencé à s’affranchir de certains engagements. Asphyxié économiquement, le pays est entré dans une violente récession du fait des pressions américaines. En réaction, l’Iran dénonce les « promesses non tenues » de l’UE et espère faire pression sur les Etats encore parties à l’accord – Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni et Russie – de manière à contourner les sanctions américaines. Le président iranien a donné aux Etats européens « un nouveau délai de soixante jours » pour répondre à ses exigences : « À tout moment, si les Européens reviennent à leurs engagements, nous aussi reviendrons aux nôtres ». Affaibli sur la scène internationale et à l’intérieur de son pays, Hassan Rohani joue la montre et la provocation pour inciter les pays européens et pousser les Etats-Unis à revenir à la table des négociations. A ce titre, le président américain Donald Trump s’est dit prêt, le mardi 10 septembre, à rencontrer son homologue iranien en dépit d’un maintien de la « campagne de pression maximale ».

 

Voir aussi : Nouvelles mesures américaines sanctionnant l’Iran

Le plan iranien inquiète la communauté internationale. Le dépassement des limites encadrant les activités de recherche et développement est perçu par le Foreign Office de Londres comme un cas « profondément inquiétant ». Pour le ministre français des affaires étrangères Jean-Yves le Drian, si les autorités iraniennes font un mauvais choix, celui de l’escalade, « les voies du dialogue restent ouvertes », les objectifs essentiels du processus étant « l’absence de nouvelle violation du JCPoA et le retour à une pleine conformité à l’accord ». Engagée dans un effort de médiation avec l’Iran, la France semble pour l’heure avoir perdu son pari pris au G7 En effet, A Biarritz, le Président français avait fait du dossier iranien une priorité, faisant renaître l’espoir d’un possible apaisement dans la région. Toutefois, Washington et Téhéran n’en apparaissent pour autant être les moteurs.

Au Moyen-Orient, l’isolement de l’Iran par les Etats-Unis et le conflit latent qui oppose la République islamique à l’axe dirigé par l’Arabie saoudite accroissent les tensions et pourraient conduire à un conflit régional majeur. Or, alors que la paix et la sécurité au Moyen-Orient s’imposent comme une nécessité, un processus de négociation complet ne saurait exclure le régime des mollahs. En effet, la coopération de l’Iran est une condition sine qua non à la stabilité de la région.

 

Pour en savoir plus :

 L’outil de troc de l’UE pour commercer avec l’Iran

Sanctions contre l’Iran : la décision unilatérale des Etats-Unis

Afghanistan : Facilité à déclencher la guerre, difficultés à y mettre fin – par Mustapha Benchenane

Un article de Mustapha Benchenane, docteur d’Etat en science politique, conférencier au Collège de l’OTAN et éditorialiste à l’institut FMES.

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La guerre en Afghanistan a commencé le 7 octobre 2001 par l’opération “Enduring freedom”
(Liberté immuable). Elle est, à ce moment-là, exclusivement américaine, dans le cadre du droit à la légitime défense. En effet, les États Unis venaient de faire l’objet d’une agression contre leur propre territoire le 11 septembre 2001. La Force Internationale d’Assistance et de Sécurité (FIAS) intervient en Afghanistan après le vote par le Conseil de Sécurité de l’ONU de la Résolution 1386 le 20 décembre 2001. L’OTAN en a pris le commandement en août 2003. La FIAS était constituée de 130 000 hommes dont 90 000 Américains. Cette guerre se poursuit en 2019 et elle est quatre fois plus longue que la Seconde guerre mondiale…Les Américains essaient de se désengager partiellement et, pour ce faire, ils ont entamé depuis 2018 à Doha (Qatar) des négociations avec les “Talibans” qu’ils avaient chassés du pouvoir en novembre-décembre 2001. Pourquoi une guerre si longue, et pourquoi cette impasse dans laquelle se trouve Washington ?

 

DES ERREURS INITIALES CAUSE DE L’IMPASSE

Le gouvernement américain a immédiatement accusé Al Al-Qaïda et son chef Ben Laden réfugié en Afghanistan d’être les auteurs de l’attaque contre les tours jumelles à New-York et contre le Pentagone à Washington le 11septembre 2001. Il convient de rappeler que Ben Laden avait été l’un des meilleurs alliés des États-Unis dans la guerre contre les Soviétiques qui avaient envahi l’Afghanistan en 1979. A cette époque, l'”ennemi principal” des Américains était Moscou et cela depuis la “guerre froide” en 1947 en Europe. Ben Laden et la “légion islamique” étaient armés, équipés, entraînés par la CIA. Ce conflit a duré du 27 décembre 1979 au 15 février 1989. Les divergences entre ces alliés sont apparues à partir du 2 août 1991 lorsque Saddam Hussein a envahi le Koweït. Le désaccord a porté sur la manière de libérer le Koweït, Ben Laden étant hostile à une intervention militaire américaine à partir de l’Arabie “terre d’islam”, donc “sacrée”. De surcroît, les États Unis ont contribué à la prise du pouvoir par les “Talibans” à Kaboul en 1996. C’est en particulier lors d’une réunion qui s’est tenue le 21 septembre 1994 au Pakistan entre les représentants des États-Unis, du Pakistan et de l’Arabie Saoudite, que le plan visant à soutenir les “Talibans” est passé à la phase opératoire. On se rend compte à ce stade que la politique de Washington dans cette région est complexe sinon équivoque. Mais on peut aussi constater qu’il arrive souvent que les “amis” d’aujourd’hui deviennent les “ennemis” de demain et inversement. Il n’empêche que les Américains ont manqué de discernement.

L’intervention armée en Afghanistan avait un but de guerre : vaincre Al Al-Qaïda et renverser le régime taliban du Mollah Omar puisque Kaboul refusait de livrer Ben Laden.

Dès la conception de cette opération des fautes stratégiques ont été commises, d’où l’engrenage dans lesquelles Américains se sont eux-mêmes piégés.

En effet, ils se sont livrés à des bombardements massifs qui ont provoqué des “dommages collatéraux” importants, et ils ont engagé des troupes au sol, nombreuses et sur une longue durée. Or, dès la fin du mois de décembre 2001, l’objectif de guerre était atteint : Il n’y avait plus de combattants de Al-Qaïda en Afghanistan car, soit ils avaient été tués, soit ils s’étaient réfugiés dans les zones tribales au Pakistan. Quant au régime taliban, il avait été éliminé. La mission était donc remplie. Mais c’est à ce moment-là que les États-Unis ont décidé de fixer de nouveaux objectifs de guerre : mettre en place la démocratie dans ce pays. De “libérateurs”, les Américains sont devenus très vite des occupants aux yeux de beaucoup d’Afghans. Les incursions de soldats dans les maisons en pays d’islam, les victimes civiles de plus en plus nombreuses, la mise en place d’un régime pro américain incompétent et corrompu, l’absence d’État de droit, l’arbitraire de chefs locaux se comportant en roitelets, le retour à l’économie de la drogue faisant de l’Afghanistan un “narco État”. Ces facteurs ont grandement contribué au retour des « Talibans » et à la multiplication des individus, des clans, des tribus, qui voulaient se venger parce que un de leur proche avait été tué par les militaires occidentaux.

Les Américains ont proclamé haut et fort leur méthode : « tuer les Talibans et gagner les esprits et les cœurs ». Ils se sont inspirés de la guerre d’Algérie et des “enseignements” du Lieutenant-colonel Galula et du Colonel Trinquier. Or ces deux objectifs sont irréductiblement incompatibles car quand vous tuez un combattant, et compte tenu de la structuration de la société afghane en ethnies, tribus, clans, le “code d’honneur” dicte de mener un combat total contre les “coupables”…Si bien que les troupes américaines et leurs alliés se sont trouvés dans une guerre sans fin.

Quant à mettre en place une “démocratie “dans un environnement qui n’a jamais connu ce type de régime, c’était un leurre, car la démocratie est d’abord une culture qui nécessite un long processus d’apprentissage.

Cette démarche devait comprendre la mise en place d’une « armée nationale » afghane. Dans ce domaine également, le Président G.W Bush et ses conseillers appartenant au courant « néoconservateur », n’ont pas compris que l’on ne peut pas mettre en place une “armée nationale” là où il n’y a pas de nation…. Qu’elle est la situation aujourd’hui ?

 

TRAGIQUE ENTÊTEMENT

Plus ils s’égaraient dans cette guerre sans issue et plus le commandement américain demandait des moyens supplémentaires en hommes et en matériel. Cette impasse a été mise à profit par les sociétés privées de sécurité (SMP) qui ont employé jusqu’à 74000 personnes, majoritairement regroupées au sein de la “Private Security Companies of Afghanistan”. Il existe une étroite connexion entre ces mercenaires et l’armée américaine. Par exemple, la société “Military Professional Ressources Inc”, filiale de “L.3 communications” a employé plus de 300 Généraux américains.

Quant à l’ « afghanisation de la guerre », elle a pour seul résultat l’aggravation de la guerre civile entre Afghans, notamment parce que la constitution d’une “armée nationale” afghane est un leurre et une illusion. De plus, ce conflit doit être placé dans son environnement régional, le Pakistan, l’Inde, l’Iran, étant soit “impliqués”, soit “concernés”, ou “intéressés” par cet enjeu stratégique. Pour le Pakistan, en particulier, l’Afghanistan constitue une profondeur stratégique dont il dit avoir un besoin vital dans son antagonisme avec l’Inde. La présence militaire massive des Américains et de leurs alliés n’a pas mis fin à une économie fondée sur la drogue : l’Afghanistan produit 93% de l’opium mondial. Selon l’Office des Nations Unies contre la drogue (UNODOC), 100 000 personnes meurent chaque année à cause de l’opium afghan.

Lorsqu’il avait été élu, le président Obama avait semblé comprendre que son pays devait se retirer militairement d’Afghanistan. Mais en 2010, le général David Petraeus l’a convaincu d’envoyer des renforts importants (“Surge”) afin de vaincre définitivement les « Talibans ». Presque dix années après, la situation reste inextricable. La création de milices pro gouvernementales encadrées par la CIA ajoute à la complexité du problème. Ces milices sont censées pallier les défaillances de l’ « armée nationale » afghane, affaiblie par la corruption et les désertions. Elles interviennent au côté des forces spéciales américaines sans avoir de compte à rendre au gouvernement de leur pays. Elles se livrent, en toute impunité, à des exactions régulièrement dénoncées par des organisations de défense des droits de l’Homme et par le CICR.

Le Général Scott Miller a déclaré l’année dernière, avant de prendre le poste de chef des forces armées américaines et de l’OTAN en Afghanistan, qu’il n’était plus question de justifier la présence de son pays par la nécessité de « scolariser les petites filles afghanes et tout cela… ». Mais bien que ce soit important pour le futur de l’Afghanistan, ce n’est pas notre priorité. L’objectif c’est de garder les forces de sécurité afghane en vie afin qu’elles soient un partenaire fiable, et d’éliminer un maximum de commandants des forces antigouvernementales”.

Pour l’heure, les négociations de Doha visent à désengager l’armée américaine dans les moins mauvaises conditions possibles, tout en maintenant sur le terrain un contingent de 6800 hommes avec, en particulier, une capacité de frappe constituée de forces spéciales et l’aviation, ce que les « Talibans » refusent.

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Dès septembre 2001, une autre politique était possible et souhaitable. Elle aurait consisté, dans le cadre de la légitime défense, en s’appuyant d’abord et avant tout sur le renseignement, à identifier les responsables de l’attaque contre les États-Unis. Une fois ce travail achevé, la seconde étape aurait consisté à éliminer physiquement ces individus par le moyen de frappes circonscrites et de courte durée. Au besoin, si l’action sur le terrain s’avérait indispensable, le seul recours à des forces spéciales aéroportées, exfiltrées dès la mission accomplie, aurait suffi pour atteindre l’objectif de guerre, c’est à dire frapper la “tête du serpent”… Cette méthode, accompagnée des mesures les plus strictes de sanctions visant à affaiblir les « Talibans » afin de susciter, de l’intérieur, des réactions de rejet de ce régime totalitaire, auraient au moins mérité d’être tentées.

Ce qui était prévisible dès 2001, c’est que l’envoi de troupes au sol sur une longue durée, ne pouvait produire d’autres conséquences que celles constatées depuis dix-huit années.

La fin du Traité FNI et l’accroissement des incertitudes stratégiques en Méditerranée orientale – par Ana Pouvreau

Ana Pouvreau – Spécialiste des mondes russe et turc, chercheur en sciences politiques, docteur ès lettres de l’Université de Paris IV-Sorbonne et diplômée de Boston University en relations internationales et études stratégiques. Elle est auditrice de l’IHEDN et éditorialiste à l’institut FMES.

Le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev et le président américain Ronald Reagan signent le Traité FNI à la Maison Blanche en 1987.
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Le 2 août 2019, les Etats-Unis se sont retirés du Traité sur les Forces nucléaires de portée intermédiaire (FNI), comme ils l’avaient annoncé le 2 février 2019[1]. Signé en 1987 par les Etats-Unis et l’Union soviétique, cet accord de désarmement visait l’élimination des missiles balistiques et de croisière sol-sol dont la portée est comprise entre 500 et 5 500 km, de même que celle des lanceurs et des structures associés[2].

Les Etats-Unis et l’OTAN ont imputé à la Russie des violations du Traité avec le développement, à compter des années 2000, d’une nouvelle famille de missiles de croisière sol-sol russes, dont la portée maximale dépasserait le plafond fixé[3]. Par ailleurs, la Russie a été également soupçonnée de violer cet accord dans le domaine balistique[4].

Avec la perspective d’une multiplication de missiles sol-sol en Europe, le Secrétaire général de l’OTAN a souligné, le 2 août 2019, le risque d’une nouvelle course aux armements[5], tandis que le ministère russe des Affaires étrangères confirmait le même jour que le Traité FNI était officiellement caduc[6]. En effet, avec la fin de ce traité disparaissent nombre de mesures de confiance contraignantes (visites et inspections à l’instar de mesures similaires dans le cadre du Traité sur les forces conventionnelles en Europe), qui freinaient indubitablement par le passé une éventuelle course aux armements.

Pour l’Alliance atlantique, la situation est actuellement complexifiée par le rapprochement entre la Russie et la Turquie, qui s’est matérialisé par la livraison, depuis le 12 juillet 2019, des premiers éléments du système de défense anti-aérienne russe S-400 et ce, en dépit de l’opposition des États-Unis[7]. Ces développements laissent ainsi se profiler, à plus long terme, un accroissement des incertitudes en ce qui concerne les équilibres géostratégiques en Méditerranée orientale.

 

LES MENACES POTENTIELLES POSEES PAR LA RUSSIE

 

Le 2 février 2019, le président russe Vladimir Poutine a annoncé que la Russie allait commencer à développer de nouveaux missiles à capacité nucléaire interdits par le Traité FNI, y compris une version sol-sol de son missile Kalibr, (missile déjà utilisé à partir de plateformes navales lors de frappes russes en Syrie), ainsi que des armes hypersoniques[8]. C’est ainsi que ressurgit le spectre d’une guerre nucléaire limitée sur le continent européen[9].

Par ailleurs, pour rappel, en décembre 2018, le chef d’état-major des armées russes a annoncé que le retrait des Etats-Unis du Traité FNI aurait un impact négatif tant sur la sécurité européenne que sur la stabilité stratégique mondiale[10] et que les pays hébergeant des systèmes de missiles américains deviendraient des cibles pour la Russie en cas de retrait américain du traité[11].

A cet égard, en mars 2019, la Russie a décidé de déployer des bombardiers stratégiques à capacité nucléaire Tu-22M3 sur la base aérienne de Gvardeyskoye en Crimée en réponse au déploiement de la défense antimissile américaine en Roumanie en arguant qu’il était nécessaire de renforcer le dispositif de défense de la péninsule[12]. Ces aéronefs seront modernisés pour pouvoir neutraliser les systèmes de défense antiaérienne et antimissile partout en Europe. De plus, le transfert potentiel d’une nouvelle version de ce bombardier – le Tu-22M3M – en Crimée pourrait permettre à la Russie, à compter de 2021, de mettre en œuvre une nouvelle stratégie de projection de puissance visant à contrer les groupes aéronavals américains opérant dans la sphère d’influence de la Russie[13], en mer Noire et par là-même en Méditerranée orientale.

 

UNE INSTABILITE LIEE AUX AMBITIONS STRATEGIQUES DE LA TURQUIE : LE CAS DE LA LIVRAISON DU SYSTEME S-400 PAR LA RUSSIE.

Dans ce contexte d’incertitudes stratégiques, le 12 août 2019, le ministre de la Défense turc, le général Hulusi Akar, a insisté sur le fait que la livraison du système S-400 Triumf russe à la Turquie, était une nécessité[14]. Mis en service en 2007, ce système de défense antiaérienne est conçu pour détruire des avions ainsi que des missiles de croisière et des missiles balistiques, y compris des missiles à portée intermédiaire. Il peut également être utilisé contre des objectifs au sol. Il peut détruire des cibles à une distance de 400 km et à une altitude de 35 km[15].

Depuis 2017, dans le cadre d’un rapprochement russo-turc, un contrat de 2,5 milliards de dollars portant sur la livraison du système S-400 Triumf russe à la Turquie a généré de vives tensions avec les Etats-Unis[16]. Ces derniers se sont fermement opposés à ce contrat, en faisant valoir que le S-400 n’était pas compatible avec les dispositifs de l’Otan et ont suspendu la vente du nouvel avion furtif américain F-35 le 17 juillet 2019. Un contrat avait été signé pour la livraison de 100 F-35. Des pilotes turcs ont été formés à cette fin aux Etats-Unis.

Dans une lettre datée du 6 juin 2019 et adressée au ministre de la Défense turc, Patrick Shanahan, alors Secrétaire américain à la Défense par intérim, avait exprimé la déception des Etats-Unis concernant l’envoi de personnels turcs en Russie pour y être formés à l’emploi du système S-400[17]. Par ailleurs, les États-Unis ne souhaitent pas que des techniciens russes puissent accéder aux données sensibles du F-35[18]. En effet, la présence probable de techniciens russes sur le sol turc dans le cadre de l’installation du nouveau système S-400 en même temps que la présence d’avions F-35 pourrait constituer une vulnérabilité.

En vertu d’une loi américaine visant à contrer les adversaires des Etats-Unis par le biais de sanctions (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act), la Turquie est passible de sanctions économiques pour avoir accepté la livraison du système S-400 de Moscou[19].

 

Le Secrétaire général de l’OTAN a, pour sa part, déclaré, le 2 août 2019, que l’Alliance atlantique n’avait aucunement l’intention d’intégrer le système acheté par les Turcs à ses systèmes de défense antiaérienne[20].

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Même si le Traité FNI était sans doute devenu inadapté aux réalités de l’après-guerre froide, sa disparition et les nouvelles évolutions survenues au cours de l’été 2019 ne manqueront pas de grever le contexte géostratégique au plan global et d’accroître les incertitudes en Méditerranée orientale, relançant ainsi une montée des tensions.

 

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[1] Communiqué de presse de Michael R. Pompeo, Secrétaire d’Etat des Etats-Unis : “U.S. Withdrawal from the INF Treaty on August 2, 2019”.  [https://www.state.gov/u-s-withdrawal-from-the-inf-treaty-on-august-2-2019/]. Une clause du Traité FNI stipulait qu’un préavis de six mois devait être respecté pour s’en retirer.

[2] Pour une analyse des griefs russes et américains concernant le Traité FNI et de la problématique de la Chine, se reporter à l’article suivant : Ana Pouvreau : « Les conséquences stratégiques pour l’Europe de la fin du traité sur les Forces nucléaires de portée intermédiaire (FNI) », FMES, 15 février 2019.

[http://fmes-france.org/les-consequences-strategiques-pour-leurope-de-la-fin-du-traite-sur-les-forces-nucleaires-de-portee-intermediaire-fni-par-ana-pouvreau/]

[3] Bruno Tertrais: “La mort annoncée du traité FNI ou la fin de l’après-guerre froide”, Fondation pour la recherche stratégique, Note n°02/19, 1er février 2019. [https://www.frstrategie.org/publications/notes/la-mort-annoncee-du-traite-fni-ou-la-fin-de-l-apres-guerre-froide-02-2019]

[4] Bruno Tertrais, op.cit. p.3.

[5] “Press point by NATO Secretary General Jens Stoltenberg on the INF Treaty”, NATO, 2 août 2019. [https://www.nato.int/cps/en/natohq/opinions_168183.htm]

[6] “INF nuclear treaty: US pulls out of Cold War-era pact with Russia”, BBC World, 2 août 2019. [https://www.bbc.com/news/world-us-canada-49198565]

[7] “Turkey takes delivery of more S-400 components from Russia”, TRT World, 18 juillet 2019. [https://www.trtworld.com/turkey/turkey-takes-delivery-of-more-s-400-components-from-russia-28188]. Voir aussi l’analyse d’Isabelle Facon : « Export russe des systèmes antiaériens S-400 : intentions stratégiques, atouts industriels et politiques, limites », FRS, Défense&Industries n°13, juin 2019.

[8] Andrew Roth: “Russia follows US in suspending nuclear deal”, The Guardian, 2 février 2019. [https://www.theguardian.com/world/2019/feb/02/russia-follows-us-in-suspending-nuclear-deal]. Voir également les analyses de Igor Delanoë : [http://www.rusnavyintelligence.com/2019/02/les-consequences-de-la-fin-du-traite-fni-sur-les-forces-navales-russes.html] et de César Frézat  sur les missiles hypersoniques développés par la Russie, Note du CERPA N°214, avril 2019.

[9] Stephen Blank : “Russian Nuclear Strategy after the INF Treaty”, European defence and Security, 18 juin 2019. [https://euro-sd.com/2019/06/articles/13610/russian-nuclear-strategy-after-the-inf-treaty/]

[10] “Russia not to leave US withdrawal from INF Treaty unanswered, says General Staff”, Agence TASS, 5 décembre 2018.[http://tass.com/defense/1034387]

[11] “Countries hosting US systems to become targets for Russia if US leaves INF – General Staff”, Agence TASS, 5 décembre 2018. [http://tass.com/defense/1034395]

[12] “Russia decides to deploy nuclear-capable strategic bombers to Crimea: RIA”, Reuters, 18 mars 2019. [https://www.reuters.com/article/us-ukraine-crisis-crimea-bombers/russia-decides-to-deploy-nuclear-capable-strategic-bombers-to-crimea-ria-idUSKCN1QZ1WV]

[13] Mark Episkopos:  “Meet Russia’s ‘New’ Tu-22M3M Bomber: “A Nasty Surprise for the U.S. Navy”, The National Interest, 6 juin 2019. [https://nationalinterest.org/blog/buzz/meet-russias-new-tu-22m3m-bomber-nasty-surprise-us-navy-61252]

[14] “Turkey expects second S-400 squadron to be delivered in August or September”, Agence TASS, 12 août 2019. [https://tass.com/defense/1073011]

[15] “Turkey expects second S-400 squadron to be delivered in August or September”, Agence TASS, 12 août 2019. [https://tass.com/defense/1073011]

[16] “Livraison des S-400 russes à la Turquie : une stratégie d’influence en Méditerranée », Note de la FMES, 15 juillet 2019. [https://fmes-france.org/tag/s-400/]

[17] Voir le document sur: https://twitter.com/Joyce_Karam/status/1137095663529975808 in “Turkey to get Russian S-400 missile system ‘in July’ amid row over US jets”, BBC Online, 12 juin 2019.

[18] “Turkey to get Russian S-400 missile system ‘in July’ amid row over US jets”, BBC Online, 12 juin 2019.

[19] Amanda Macias: “US cuts Turkey from F-35 program after Russian missile deal”, CNBC Online, 17 juillet 2019. [https://www.cnbc.com/2019/07/17/us-cuts-turkey-from-f-35-program-after-russian-missile-deal.html]

[20] “No plans to integrate S-400 into any NATO system: NATO chief”, Hürriyet Daily News, 3 août 2019. [http://www.hurriyetdailynews.com/no-plans-to-integrate-s-400-into-any-nato-system-nato-chief-145503].

Détroit d’Ormuz : quelle réponse ?

Depuis le mois de mai 2019, les tensions autour du détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 20.7 millions de barils de pétrole par an, soit 20% du commerce de pétrole, s’accroissent. Des sabotages de pétroliers ont été attribués à l’Iran. En juin dernier, les iraniens ont abattu un drone américain, puis les américains ont annoncé avoir abattu un drone iranien le 18 juillet 2019, ce que l’Iran a démenti.

Si ces accrochages se sont d’abord produits principalement entre les Etats-Unis et l’Iran, au début du mois de juillet, le Royaume-Uni a saisi un pétrolier iranien au large de Gibraltar. Selon Londres, le navire transportait du pétrole à destination de Syrie, en dépit des sanctions européennes à l’encontre du pays. L’Iran a répondu en saisissant un pétrolier britannique empruntant le détroit d’Ormuz   au motif que celui-ci a enfreint la loi maritime internationale.

Face à cette escalade, deux propositions ont été faites pour assurer la liberté et la sécurité de navigation dans le détroit d’Ormuz. Les Etats-Unis vont mettre en place l’opération « Sentinel », qui consiste à équiper les navires de caméras et à fournir si besoin une escorte militaire. Une autre opération de dimension européenne a été proposée par l’ancien ministre des affaires étrangères britannique, Jeremy Hunt : elle consiste à déployer une force européenne dans la zone pour protéger les navires.

Des pays européens tels que la France et l’Allemagne ont refusé de rejoindre l’initiative américaine. Les Européens considèrent que la stratégie de « maximum pressure » appliquée à l’Iran par les Etats-Unis fait courir le risque d’une escalade des tensions.

En revanche la France, l’Italie et le Danemark ont affiché un enthousiasme mesuré à l’égard de la proposition britannique. Très vite d’ailleurs,  le Royaume-Uni a décidé de participer à l’opération américaine effaçant de fait leur proposition initiale. L’arrivée de Boris Johnson au gouvernement n’est évidemment pas étrangère à ce revirement. Le lien entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis, déjà très fort, s’affirme ainsi un peu plus dans un contexte où le Brexit modifie substantiellement la nature des relations à établir avec les grands partenaires.

Pour les Etats-Unis, il est important que l’Opération « Sentinel » soit composée de plusieurs nations. Cela s’inscrit dans la stratégie du Président américain qui n’entend plus supporter le fardeau de la sécurité à lui seul comme le montre le message tweeter par Donald Trump le 24 juin 2019. Ainsi, la Chine et le Japon, précise-t-il, sont terriblement concernés par la sécurité du détroit d’Ormuz pour leurs approvisionnements en pétrole. Ils le sont d’ailleurs plus que les Etats-Unis sont devenus le premier producteur mondial de pétrole.

Ces tensions s’inscrivent naturellement dans la continuité de celles sous-tendues par la position des Etats-Unis sur le programme nucléaire iranien et plus largement pour contrer le soutien de l’Iran au terrorisme. Le désengagement américain du Golfe persique souligne néanmoins l’importance que les autres nations devront accorder à la libre circulation dans cette zone. A terme, une question similaire pourrait se poser pour la Méditerranée.

 

Photo satellite du détroit d’Ormuz. Tous droits réservés.

Livraison des S-400 russes à la Turquie : une stratégie d’influence en Méditerranée…

Les systèmes russes de défense antiaérienne S-400 ont commencé à être acheminés vers la Turquie, après plusieurs jours d’incertitude sur la date de début des livraisons. La première cargaison est arrivée le vendredi 12 juillet à la base aérienne de Murted, à Ankara.

La commande de ces missiles, réalisée en septembre 2017 pour un montant estimé à 2,1 milliards d’euros, répond au besoin d’un déploiement des premières batteries à proximité de la ville de Sanliurfa à la frontière syrienne selon le média pro-gouvernemental Mili Gazette. La Turquie se donne donc les moyens, grâce à la portée étendue du S-400 (de l’ordre de 400km selon son producteur russe), de pouvoir anéantir tout aéronef volant au-dessus d’une zone qui couvre plus de la moitié du territoire syrien. Cela conforte donc son influence régionale dans sa capacité à sauvegarder l’espace aérien de toute action extérieure. Dans la même logique de puissance, la deuxième batterie de S-400 serait déployé près de Mersin, non loin de Chypre permettrait à la Turquie de consolider le régime pro-turque en République turque de Chypre du Nord (RTCN).

Au-delà de cet aspect strictement opérationnel, cette livraison revêt donc bien une dimension géopolitique singulière. Elle renforce notoirement l’influence régionale de la Russie. Cette vente intervient d’ailleurs quelques mois après l’inauguration d’une partie du gazoduc Turkstream par les chefs d’État russe et turc, renforçant  le partenariat économique au plan énergétique alors que la Turquie exerce une réelle pression sur Chypre sur l’exploitation des hydrocarbures en Méditerranée orientale. Cette influence régionale est aussi marquée par la position commune russo-turque sur le dossier syrien lors de la signature de l’accord tripartite d’Astana en 2017 qui avait associé l’Iran. Pour aller plus loin, le président Erdogan a même déclaré vouloir participer à la construction du S-500, la future génération de ce même système d’armes. Pour un pays assez fortement contributeur de l’OTAN, cette perspective constitue un inévitable irritant pour les Etats-Unis.

La première réponse américaine porte sur la livraison d’équipements. En visite en Turquie, le sénateur républicain et membre de la commission des affaires étrangères Lindsey Graham a ainsi déclaré que la coexistence de ces avions des et des S-400 compromettrait le programme de l’avion de chasse F-35. Ce risque a été réaffirmé par le département d’État qui a renouvelé le 9 juillet dernier par la voix de sa porte-parole Morgan Ortagus la menace d’exclusion de la Turquie du programme F-35. Cette perspective, alors que l’armée turque a commandé 116 F-35 pour lesquels une avance de 1,4 milliard de dollars a déjà été versée, souligne la forte influence américaine sur l’économie turque et porterait un coup très sévère sur son industrie de défense qui produit de nombreux composants pour le programme F-35.

C’est donc bien toute l’ambiguïté de la relation entre Ankara et Washington qui est souligné dans ce dossier. D’ailleurs, le Président Recep Tayyip Erdogan avait  annoncé en juin dernier être confiant sur l’apaisement des tensions avec son principal partenaire. Toute la stratégie du président Erdoğan semble consister à tirer l’élastique qui le relie à l’OTAN et aux États-Unis le plus loin possible vers la Russie et l’Iran sans aller à la rupture. Les États-Unis ne peuvent en effet se permettre de laisser la Turquie hors de sa sphère d’influence car cela pèserait évidemment sur sa propre influence régionale. A l’inverse, la Turquie ne peut pas se passer du soutien américain, que ce soit pour prévenir la création d’un État kurde dans la région ou encore pour lui assurer son parapluie sécuritaire et nucléaire de l’OTAN, y compris face à ses grands partenaires que sont la Russie, l’Iran et la Chine.

Ces tensions autour de la livraison des S-400 illustrent donc le jeu de la puissance régionale turque qui s’affirme dans le contexte de rivalité entre la Russie et les États-Unis en Méditerranée.

Un exemplaire du système russe de missile antiaérien S-400, qui vient d’être livré à la Turquie

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Dépassement de la limite prévue d’uranium enrichi : l’accord sur le nucléaire iranien en péril

En 2015, la Chine, les Etats-Unis, la Russie, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne (groupe du « 3+3 ») ont signé avec l’Iran un accord sur le nucléaire (Joint Comprehensive Plan of Action, JCPoA). En échange d’une levée des sanctions qui fragilisaient grandement son économie, l’Iran s’est engagé à ne pas chercher à acquérir la bombe atomique et à réduire de manière drastique son programme nucléaire. Ces mesures sous-entendaient alors la limitation du stock d’uranium enrichi à 300 kg, le but étant que le pays n’atteigne jamais la quantité d’uranium enrichi nécessaire lui donnant accès à la bombe nucléaire.

Dans sa politique de rupture avec celle de son prédécesseur, Donald Trump a décidé le retrait américain de l’accord de Vienne. Cette stratégie s’inscrit dans une forme de réassurance de l’Etat d’Israël, principale cible de l’Iran, et dans un soutien réaffirmé de l’Arabie saoudite. L’Iran se retrouve isolé, notamment par la reconduite des sanctions économiques afférentes à ce retrait. Téhéran a menacé de violer certaines dispositions de l’accord si ses partenaires – encore parties à l’accord et ayant affiché la volonté de le maintenir – ne l’aidaient pas à sauver l’accord de Vienne. Le levier iranien se concentre sur l’augmentation des réserves d’uranium enrichi de la République islamique. Le mercredi 3 juillet, le Président de la République islamique Hassan Rohani a confirmé l’intention de l’Iran de produire, à compter du 7 juillet prochain, de l’uranium enrichi à un degré supérieur au seuil fixé dans l’accord actuellement de 3.67. L’Iran questionne également l’INSTEX – outil créé par les Etats européens afin de contourner les menaces américaines en cas de commerce avec l’Iran – n’a pas donné de résultat à ce stade, marquant l’impuissance de l’UE face au rapport de force commercial américain

Selon Téhéran, il ne s’agit pas d’une violation de l’accord mais d’une réponse au retrait américain et au rétablissement des sanctions. L’accord stipule en effet que si l’un des signataires de l’accord ne respecte pas ses engagements, les autres partenaires peuvent en faire de même.

En réaction, les ministres des affaires étrangères de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni ainsi que la Haute représentante de l’Union européenne, dans un communiqué conjoint, se sont dits « extrêmement préoccupés par l’annonce de l’Iran ». Ils considèrent que la décision iranienne « remet en question un instrument essentiel de la lutte contre la prolifération nucléaire ». Appelant l’Iran à « revenir sur cette décision et à s’abstenir de toute mesure supplémentaire », ils sont rejoints par le chef de la diplomatie russe qui prie le pays de ne « pas céder aux émotions et de respecter les dispositions essentielles de l’accord ». Quant à la Chine, elle « déplore » la décision iranienne mais souligne, dans un contexte tendu des relations sino-américaines, la « pression américaine » qui représente une « source des tensions actuelles ». De leur côté, les Etats-Unis par la voix de son secrétaire d’Etat considère que l’Iran, le « plus grand pays parrain du terrorisme dans le monde » continue à enrichir son programme nucléaire « pour extorquer la communauté internationale et menacer la sécurité de la région ». Et Mike Pompeo de poursuivre : « Les États-Unis sont déterminés à négocier un nouvel accord global avec le régime iranien afin de résoudre les menaces qui pèsent sur lui pour la paix et la sécurité internationales. » Quant au Président américain Donald Trump, il estime que l’Iran « joue avec le feu ».

La logique du Président américain est de faire plier le pays et de le forcer à se rasseoir à la table des négociations afin d’obtenir un nouvel accord plus ambitieux que celui de 2015. Par le biais des sanctions, l’administration Trump pense être en mesure de créer un changement de régime. Pour l’instant les décisions américaines accroissent le ressentiment iranien à l’égard des Etats-Unis et renforce la ligne dure à Téhéran. Pour autant, les conséquences d’une arme nucléaire iranienne conduiraient naturellement à une recrudescence des tensions dans une région déjà tendue du fait des déchirements entre Téhéran et ses voisins saoudien et israélien, alliés des Etats-Unis. Dans un tel scénario le pays concrétiserait les dénonciations de ses adversaires et deviendrait véritablement la menace principale au Moyen-Orient.

Hassan Rohani, président de la République Islamique d’Iran.
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Sommet du G20 : quelle place pour la Méditerranée ?

Photo de famille du sommet du G20. Osaka, le 26 juin 2019.
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Le sommet du G20 s’est ouvert le 27 juin à Osaka au Japon avec les chefs d’Etats des dix-neuf pays membres dont certains représentent l’Union européenne.

Créé en 1999 pour faire face aux crises touchant les économies émergentes, le G20 réunissait au préalable les ministres des finances et les gouverneurs des banques centrales. Depuis 2008 – année de la crise financière – le Sommet a été élevé au plus haut niveau avec la présence des chefs d’Etats et de gouvernement. Ayant pour objectif principal de promouvoir la stabilité financière, il est le principal forum de gouvernance économique mondiale. Le G20 est parfois critiqué car il n’a pas la vocation universelle qu’a l’assemblée générale des Nations unies. Les Etats partie au G20 représentent 85% du PIB, 2/3 de la population mondiale, 75% du commerce mondial et 80% de l’investissement global.

Dans son discours d’accueil, le Premier ministre japonais Shinzo Abe, hôte de la rencontre – le Japon exerçant depuis le 1er décembre 2018 la présidence du G20 pour la première fois – espère une « belle harmonie ». Cependant, le multilatéralisme est en berne et les divergences sont croissantes entre les « Grands » de ce monde. L’unilatéralisme, la dénonciation des accords et la potentielle remise en cause des alliances semblent désormais caractériser le nouvel ordre mondial. La rencontre se déroule par ailleurs dans un contexte de tensions croissantes sur fond de guerre commerciale entre Washington et Pékin. Ce sujet risque de concentrer l’attention des membres au cours de ce Sommet. Certains Etats appellent à un multilatéralisme plus marqué au service de la croissance mondiale.

La France se montre volontariste. Elle préconise ce multilatéralisme et le Président Emmanuel Macron espère gagner le soutien des ses alliés européens pour peser dans le combat Etats-Unis – Chine. Par ailleurs, il fait de l’environnement une priorité pour la protection de la planète. L’accord de Paris en constitue le fer de lance. Or, le sujet ne fait pas consensus à l’échelle internationale. Les Etats-Unis ont quitté l’accord de Paris et d’autres pays, à l’instar du Brésil et de la Turquie sont tentés de faire de même. Pourtant le Président Macron a averti ne signer aucun texte si les membres ne défendaient pas « l’ambition climatique ».

Cette panne de multilatéralisme global induit d’inévitables conséquences au plan régional. Ceci explique, pour partie, le difficile dialogue dans l’espace méditerranéen. De fait, les enjeux en Méditerranée ne trouvent pas d’écho dans les discussions.  La sous-représentation des pays méditerranéens dans le cadre de l’institution du G20 n’aidera pas au développement des sujets autour de la mare nostrum. En effet, parmi les pays qui composent le G20, seuls quatre bénéficient d’une dimension méditerranéenne : la France, l’Italie, l’Arabie saoudite et la Turquie. Alors que Paris essaie de peser de tout son poids en faveur du climat et des questions environnementales, aucun des autres pays ne met en avant les questions autour du bassin qui font l’objet d’un désintérêt sur la scène internationale. Par ailleurs, sur fond de tensions entre l’Arabie saoudite et la Turquie, ces deux derniers entendent incarner séparément le leadership régional. Les nouveaux enjeux du monde se trouvent donc principalement déplacés en Asie avec la Chine en compétition avec les Etats-Unis. De plus, le manque de coopération et de discussion entre les Etats des rives sud de la Méditerranée contribue à la désunion alors que cette région soulève des enjeux cruciaux et de réels sujets sensibles.

La République de Moldavie en pleine rupture politique dans un pays divisé

Igor Dodon à gauche et Pavel Filip à droite. Tous droits réservés.

Depuis les élections législatives du 24 février 2019, la Moldavie connaît une crise gouvernementale et parlementaire qui a atteint son paroxysme durant le weekend du 9 juin. En effet, aucune majorité n’ayant été clairement dégagée au Parlement à l’issue de ces élections, l’hémicycle est divisé entre trois grands partis : le parti des socialistes, le parti démocrate moldave (PDM) et l’Alliance ACUM composée des deux partis « Plateforme vérité et dignité » et « Parti action et solidarité ». L’incapacité parlementaire à décider de la formation d’un gouvernement avait conduit au blocage complet des institutions et poussé le président pro-russe Igor Dodon à fixer un ultimatum aux députés, leur donnant jusqu’à la mi-juin pour former un gouvernement, faute de quoi les électeurs moldaves retourneraient aux urnes.

La situation moldave incarne les tensions autour du bassin méditerranéen, tiraillée entre forces prorusses et proeuropéennes.

L’article 85-1 de la Constitution moldave prévoit en effet qu’« en cas d’impossibilité de formation du Gouvernement ou de blocage de la procédure de l’adoption des lois pendant un délai de 3 mois, le président de la République, après avoir consulté les fractions parlementaires, peut dissoudre le Parlement ». A la surprise de tous, le 8 juin, les socialistes d’Igor Dodon et l’Alliance ACUM se sont entendus sur une coalition afin de former un gouvernement inédit entre prorusses et proeuropéens, nommant Maia Sandu Premier ministre.

Le lendemain, la Cour constitutionnelle a été saisie par le PDM – parti du Premier ministre Pavel Filip – présidé par l’oligarque Vladimir Plahotniuc, l’homme fort de la République moldave, dans l’objectif de contester la formation du nouveau gouvernement. Selon le PDM, dans un argumentaire repris ultérieurement par la Cour constitutionnelle, la date butoir du 7 juin pour la formation d’un gouvernement n’avait pas été respectée. Mais, selon les partis des socialistes et de l’ACUM, le délai de formation du gouvernement courait jusqu’au 9 juin, trois mois après la confirmation des résultats officiels et non le 7 juin, trois fois trente jours après le 7 mars.

Dimanche 9 juin 2019, au motif de ne pas avoir dissous le Parlement, le président Igor Dodon a donc été démis de ses fonctions par la Cour constitutionnelle moldave, faisant du Premier ministre Pavel Filip le chef d’Etat par intérim. Celui-ci a immédiatement décider de convoquer de nouvelles élections législatives anticipées le 6 septembre. La Cour constitutionnelle a également déclaré le 10 juin l’« inconstitutionnalité du décret présidentiel du 8 juin nommant Maia Sandu en tant que Première ministre ». En réaction à cette décision, le Parlement élu a refusé la dissolution, la déclarant « d’illégale », ce que Vladimir Plahotniuc qualifie en retour de « coup d’Etat ».

Le même jour, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Pologne et la Suède ont conjointement déclaré : « dans la crise constitutionnelle actuelle, nous considérons le parlement de Moldavie comme le représentant du peuple de Moldavie et comme le lieu le plus approprié pour débattre des questions politiques, y compris les plus controversées, et nous le soutenons comme tel ». La haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Frederica Mogherini, appelle à son tour « au calme et à la retenue » et se dit prête à « travailler avec le gouvernement démocratiquement légitime ».

Le 11 juin, faisant fi de la décision de la Cour constitutionnelle, le Président Igor Dodon, a annulé le décret signé par Pavel Filip portant sur la dissolution du Parlement et l’annonce d’élections législatives anticipées au 6 septembre. Après une semaine de confusion et de tensions, le gouvernement dirigé par le PDM de Vladimir Plahotniuc a cédé le pouvoir au gouvernement de Maia Sandu. La Première ministre annonce dans un communiqué s’adressant aux citoyens moldaves que « les dirigeants de ce clan mafieux, qui ont usurpé le pouvoir et terrorisé les citoyens de la République de Moldavie pendant de nombreuses années, ont quitté le pays. Nous voulons vous assurer que le système de justice deviendra fonctionnel et indépendant ». Washington salue cette transition pacifique et se dit « prêt à travailler avec tous les Moldaves dans la construction d’un futur plus démocratique ».

Regain de tensions autour des gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale

Le président turc Recep Tayyip Erdogan. Tous droits réservés.

 

La découverte de gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale a accru les tensions dans la région. Les réserves gazières au large de l’île de Chypre suscitent l’ire de la Turquie, qui occupe le nord de l’île depuis 1974 par le biais de la République turque de Chypre nord, non reconnue par la communauté internationale, et qui s’oppose à l’exploitation par la République de Chypre de ces gisements et revendique son droit de jouir des ressources sous prétexte d’en faire bénéficier la communauté chypriote turque.

Le 7 juin, le ministère des Affaires étrangères chypriote a publié une synthèse du différend opposant Nicosie et Ankara sur les délimitations des zones maritimes. Le même jour, Hami Aksoy, porte-parole du ministère des Affaires étrangères a réagi , évoquant les concessions accordées par Nicosie à « certaines compagnies pétrolières » : « Cet accord est un exemple concret de la poursuite par les Chypriotes grecs de la violation des droits des Chypriotes turcs jouissant des mêmes droits sur les ressources naturelles de l’île (…). Ceci est inacceptable pour la Turquie et la République turque de Chypre nord ». Sans surprise, Ankara, soutient la RTCN et revendique ses droits sur l’île : « L’Administration chypriote grecque du sud de Chypre et les sociétés internationales qui traitent avec elle ne peuvent ignorer le fait que les Chypriotes turcs sont copropriétaires de l’île et qu’ils ont des droits égaux sur les ressources pétrolières et gazières de l’île. » Et Ankara de menacer : « la Turquie ne laissera personne enfreindre les droits des Chypriotes turcs ». Les déclarations du ministère des Affaires étrangères font écho aux propos tenus par le Président Recep Tayyip Erdogan : « Nous ne ferons aucune concession de ces droits au profit des parties n’étant nullement concernées. Nous sommes déterminés à protéger jusqu’au bout les droits de nos congénères turcs, et surtout de nos frères Chypriotes turcs, dans les zones économiques exclusives ». Ankara alerte la communauté internationale : Chypre n’hésiterait pas « à risquer de manière irresponsable la sécurité et la stabilité de la Méditerranée orientale en méconnaissant les droits inhérents des Chypriotes turcs », Nicosie rejetant selon les Turcs « toutes les propositions de coopération et la poursuite des activités unilatérales » en dépit des avertissements.

Toutefois, la Turquie, si elle se montre agressive, est isolée sur la question chypriote à l’échelle internationale. Le 6 juin dernier, le Président chypriote Nicos Anastasiades a rencontré le secrétaire d’Etat américain Matthew Palmer afin d’évoquer les relations bilatérales et le problème chypriote. Les Etats-Unis se sont montrés « profondément concernés par les déclarations de la Turquie » et ont « pleinement reconnu la souveraineté de la République de Chypre d’explorer et d’exploiter ses ressources naturelles ».

Malgré les menaces d’Ankara, les compagnies pétrolières acceptent d’explorer les eaux chypriotes. Parmi elles, l’américaine ExxonMobil, la française Total ou encore l’italienne Eni. De plus, l’île, qui bénéficie du soutien de l’UE et des puissances occidentales, espère mettre un terme aux activités de forage turques. Nicosie a ainsi émis des mandats d’arrêt à l’encontre de l’équipage du navire de forage turc Fatih et de Turkish Petroleum. En réponse, Hami Aksoy a déclaré le 10 juin : « L’administration chypriote grecque ne peut pas engager une telle action en justice sur la base d’une prétendue loi nationale, pour une zone maritime revendiquée unilatéralement qui n’est pas délimitée conformément au droit international. Ceci est également incompatible avec le droit international. » Alors qu’elle invoque son interprétation du droit international et des zones économiques exclusives, la Turquie n’est pas signataire de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, adoptée en 1982 à Montego Bay.

Si tout oppose les deux structures étatiques, République de Chypre et RTCN, les populations chypriotes grecs et turcs aspirent à davantage de dialogue.