Asie

Le ministre irakien du pétrole se félicite de la reprise des installations pétrolières de Kirkuk

Haider al-Abadi, premier ministre irakien, a annoncé solennellement le 16 octobre 2016 le lancement d’une opération visant à reprendre le contrôle de la ville de Kirkuk et de sa région, sous le contrôle des forces militaires kurdes des Peshmerga depuis la fuite des éléments de Daech. Le maintien du référendum du 25 septembre 2017, unanimement dénoncé par la communauté internationale, et la proclamation des résultats en faveur d’une indépendance du Kurdistan irakien, rendaient cette opération inévitable. La libération le 5 octobre de la ville d’Hawijah, dernier bastion djihadiste en Irak, et la disponibilité induite des forces de sécurité irakiennes, ont permis son déclenchement.

Le Département d’Etat américain s’était inquiété dès ce 16 octobre des escarmouches reportées par le commandement de l’opération Inherent Resolve, rappelant son soutien à une administration commune des « territoires disputés » par les gouvernements central et régional. Ces « territoires disputés », au cœur desquels se situent Kirkuk et les champs pétrolifères, sont un sujet d’affrontement entre Bagdad et Erbil depuis 2006. Le ministère irakien du pétrole s’est ainsi félicité ce jour de la reprise de Kirkuk par les forces armées irakiennes, soutenues par les milices chiites des Forces populaires de mobilisation. Il a annoncé la reprise immédiate des travaux permettant de relancer la production.

Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) s’est retrouvé au centre des polémiques, le gouvernement irakien accusant le gouvernement régional du Kurdistan d’avoir déployé des troupes du PKK aux abords de Kirkuk. Ce dernier a réagi officiellement, rappelant opportunément que le PKK s’était régulièrement opposé aux Peshmerga, en particulier dans la région de Sinjar. Le Conseil national de sécurité truc, toujours vigilant sur tout ce qui peut concerner une éventuelle autonomie ou indépendance de populations kurdes, s’est félicité du déclenchement de l’opération, qui permettra de restaurer la « composition ethnique de Kirkuk ». Le gouvernorat de Kirkuk abrite en effet une forte minorité turkmène.

Parallèlement, en Syrie, les conditions se mettent en place pour assister aux mêmes affrontements ethniques entre Kurdes et Arabes. La libération définitive de Raqqa par les Forces démocratiques syriennes (SDF), composées en grande partie de Kurdes appartenant aux Unités de protection du peuple YPG), entraîne déjà une joute verbale entre le Conseil civil de Raqqa, proche des SDF, et le Conseil provincial de Raqqa, émanation de l’insurrection syrienne basée en Turquie.

Le communiqué du ministère irakien du pétrole (en anglais) =>

La force conjointe du G5 Sahel, priorité de la présidence française du Conseil de sécurité

François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations-Unies, a présenté le programme de la présidence française pour le mois d’octobre 2017. Se référant au discours d’Emmanuel Macron, il a confirmé la conviction française que le multiralisme est nécessaire à la résolution des conflits planétaires.

Sans surprise, la priorité française sera la situation dans le Sahel et la force du G5 Sahel. Alors que les médias se focalisent sur l’évolution de la situation au Levant, François Delattre a tenu à souligner la prégnance de la menace terroriste au Sahel, et a appelé à une mobilisation de la communauté internationale en soutien à la force conjointe du G5 Sahel, « outil approprié pour compléter l’action de la MINUSMA ».

Après avoir reçu l’aval du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, les cinq gouvernements du Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, Burkina-Faso), regroupés sous le vocable « Groupe de cinq pays du Sahel (G5 Sahel) », ont en effet décidé le déploiement d’une force conjointe de 5 000 militaires destinée à mener des opérations militaires transfrontalières de lutte contre le terrorisme. Le poste de commandement central de cette force a été inauguré le 9 septembre 2017 à Sévaré, dans le centre du Mali, par le président malien Ibrahim Boubacar Keita. Le financement intégral de cette force est estimé à 423 millions d’euros, dont 75 % restent à trouver. Profitant de son intervention à l’Assemblé générale des Nations Unies, le Président malien avait lancé un appel à la communauté internationale le 19 septembre 2017, invitant « tous les pays amis et les organisations internationales partenaires à la Conférence internationale de planification des contributions de la Force, prévue en décembre 2017 ».

La deuxième priorité française sera celle du maintien de la paix, qui nécessite de revoir les opérations en cours et d’examiner la question cruciale de la « génération de forces ». Les Nations-Unies manquent en effet « d’unités rapidement déployables, capables de remplir les mandats qui leur sont confiés ». A titre d’illustration, un membre de la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale avait récemment observé que « l’essentiel des moyens de la MINUSMA est consacré à soutenir la MINUSMA ».

Enfin, la situation en Syrie, au Yémen mais aussi en Birmanie constitueront les autres priorités de la présidence française.

Le Conseil de sécurité se compose de 15 membres, dont 5 membres permanents et 10 membres élus par l’Assemblée générale pour un mandat de deux ans. La présidence du Conseil est assurée par chacun des Membres à tour de rôle pendant un mois.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie

Conférence de presse du représentant permanent de la France auprès des Nations unies ⇒

Le secrétaire général de l’OTAN veut renforcer la présence de l’organisation en Afghanistan.

Répondant à la demande exprimée par le sénateur John Mc Cain le 10 août 2017, le Président américain Donald Trump avait exposé le 21 août les grandes lignes de sa Stratégie pour l’Afghanistan et l’Asie du sud. Rappelant que les Etats-Unis étaient confrontés au conflit le plus long de leur histoire (17 ans), il avait demandé aux alliés de l’OTAN de déployer des troupes supplémentaires. Lors d’un déplacement commun avec le Secrétaire d’Etat à la Défense américain, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a confirmé ce soutien, tout en insistant sur le nécessaire processus de paix et de réconciliation que doivent prendre en charge les Afghans. Le déplacement a été marqué par une attaque non revendiquée visant l’aéroport international de Kaboul.

Dans son rapport trimestriel sur la situation en Afghanistan, Tadamichi Yamamoto, chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan, avait confirmé l’instabilité de la situation sécuritaire, marquée par la prise de contrôle provisoire de plusieurs centres de district par les Taliban et plusieurs attaques, notamment un attentat-suicide visant une mosquée chiite à Kaboul, le 25 août, revendiqué par la wilaya du Khorassan, composée d’Afghans ayant fait allégeance à l’Etat islamique en Irak et au Levant.

Alors que, comme l’avait affirmé la représentante française, « la stabilisation de l’Afghanistan passera par une solution politique négociée et par une réconciliation nationale », aucun progrès notable n’a été perçu en ce qui concerne un processus de paix associant le Gouvernement et les Taliban. Cette solution est pourtant possible, un accord de paix ayant déjà été conclu par le gouvernement afghan en septembre 2016 avec le Hezb -i Islami Gulbuddin, responsable de l’embuscade d’Uzbin d’août 2008.

Dans son discours du 21 août, Donald Trump avait accusé le Pakistan de soutenir les Taliban et de leur offrir un sanctuaire, rappelant que vingt organisations terroristes étaient identifiées par les Etats-Unis en Afghanistan et au Pakistan (Designated Foreign Terrorist Organizations). Le ministre des affaires étrangères afghan a mis à profit la tribune offerte le xx septembre pour accuser lui-aussi le Pakistan, qui, par la voix de sa représentante auprès des Nations-Unies, a réfuté toute responsabilité dans la situation en Afghanistan.

La conférence de presse du 27 septembre ⇒

L’OTAN et l’Afghanistan ⇒

Le rapport du secrétaire général des Nations-Unies ⇒

Le discours du 21 août 2017 ⇒

72ème session de l’Assemblé générale des Nations Unies, « la France à l’initiative ».

La conférence de presse du ministre de l’Europe et des affaires étrangères a permis à Jean-Yves Le Drian de présenter dès le 18 septembre les priorités de la France, qui seront développées par le Président de la République lors de son intervention (Emmanuel Macron interviendra ce matin, heure de Washington, peu de temps après le discours très attendu de Donal Trump).

Le ministre français s’est inquiété de la multiplication des crises et de la « dégradation préoccupante de l’environnement international ». Revenant plus particulièrement sur les crises qui ont entraîné une intervention des forces armées françaises, Jean-Yves Le Drian est tout d’abord revenu sur le conflit au Levant, où « Daech sera [bientôt] privé de son emprise territoriale ». Il a rappelé l’investissement personnel du Président français dans la résolution de la crise libyenne et la recherche d’une « solution politique inclusive ». Concernant le Sahel, le ministre, tout en mettant en avant les nombreuses initiatives françaises, dont l’Alliance pour le Sahel lancée en juillet, a rappelé que « le terrorisme représente toujours une menace » et s’est félicité de l’adoption de la dernière résolution du Conseil des Nations Unies. Enfin, Jean-Yves Le Drian a fait part de sa préoccupation concernant le retour des violences en République Centrafricaine, tout en confirmant durant la séance de questions que « le retour d’une opération française n’est pas à l’ordre du jour ». Le ministre a conclu sa revue des crises secouant la planète par quelques mots sur la « tragédie que vivent les Rohingyas ».

Le thème de la non-prolifération a permis au ministre de cautionner la position française relative au Traité d’interdiction des armes nucléaires, dénonçant « la politique de l’incantation [qui] confine à l’irresponsabilité ». Jean-Yves Le Drian a également confirmé que le plan d’action conclu le 14 juillet 2015 (JCPOA – Joint Comprehensive Plan of Action) était, du point de vue français, mis en œuvre et qu’aucun acte ne permettait de penser le contraire. Il a confirmé qu’il était essentiel de le maintenir « pour éviter des spirales de prolifération », dénonçant la responsabilité des Etats-Unis si l’administration américaine se retirait du JCPOA (« nous essaierons de convaincre le Président Trump de la pertinence de ce choix »). Evoquant à nouveau le Président Trump suite à une question d’un journaliste français, le ministre, à propos de la Corée du Nord et des récents essais nucléaires et balistiques, a répondu qu’amener la Corée du Nord à la table des négociations était « la seule démarche possible », rejetant toute « action militaire significative », se référant à la dernière démonstration de force de l’U.S. Air Force.

Alors que la France ne s’était pas encore exprimée officiellement sur le référendum kurde, Jean-Yves Le Drian a insisté sur le respect de l’intégralité territoriale de l’Irak, qualifiant le référendum du 25 septembre d’ « initiative inopportune ».

La crise ukrainienne n’a pas été évoquée ni fait l’objet de questions.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la Stratégie

Vers le site du ministère de l’Europe et des affaires étrangères ⇒

Le Conseil de sécurité condamne l’essai nucléaire nord-coréen et renforce le régime de sanctions

Malgré les craintes exprimées jusqu’alors, le Conseil de sécurité des Nations-Unies s’est prononcé de manière unanime pour renforcer pour la huitième fois les sanctions frappant la République démocratique populaire de Corée.

Décidée sous l’impulsion des Etats-Unis suite à l’essai nucléaire du 3 septembre 2017, la résolution décide l’interdiction d’importation de gaz naturel et le gel des exportations de produits textiles. Elle réaffirme la volonté du Conseil de voir la République démocratique populaire de Corée suspendre de manière « définitive et irréversible » toute activités liée à ses programmes de développement d’armes nucléaires et de missiles balistiques.

Contrairement à la volonté initiale des Etats-Unis d’interdire toute vente ou fourniture de produits pétroliers, et très probablement pour éviter tout veto russe ou chinois, le Conseil s’est limité à un volume maximal de deux millions de barils par an. Les importations de produits pétroliers ne seront ainsi réduites que de 30 %.

La résolution est également marquée par la volonté de priver la République démocratique populaire de Corée des devises provenant de ses ressortissants à l’étranger, en interdisant aux Etats membres l’emploi des travailleurs nord-coréens. Cette mesure, si elle est appliquée, aura de nombreuses implications en Chine, qui emploie de nombreux travailleurs nord-coréens, mais aussi dans quelques pays africains qui entretiennent des relations régulières avec la République démocratique populaire de Corée, confirmées par le dernier rapport publié par le groupe d’experts créé en application de la résolution 1874.

Dans leur explication de vote, les représentants russe et chinois ont rappelé l’initiative commune du 4 juillet 2017 où les deux pays demandaient la reprise du dialogue, l’arrêt des essais nucléaires et de missiles balistiques nord-coréens, mais en contrepartie le gel des grands exercices américano-sud-coréens. Le Président russe Vladimir Poutine s’était exprimé lors d’une conférence de presse le 5 septembre dernier, estimant que les sanctions n’auraient aucun effet sur la République démocratique populaire de Corée, citant les précédents irakien et libyen et affirmant qu’ils « mangeront de l’herbe, mais qu’ils n’abandonneront pas leurs programmes avant de se sentir en sécurité ».

Les paragraphes 7 à 12 précisent les conditions dans lesquelles tout navire de commerce soupçonné de transporter des marchandises ou équipements visés par les sanctions peut être visité en haute mer par les bâtiments de guerre et les navires de l’Etat. Déjà, le 11 août 2016, l’Égypte avait intercepté le Jie Shun. La fouille du navire avait permis de découvrir des caisses en bois contenant 30 000 roquettes RPG-7.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie.

Le communiqué de presse ⇒

La résolution 2375 ⇒

L’explication de vote du représentant permanent de la France

Le rapport du groupe d’experts créé en application de la résolution 1874 (16 Mo)

Les perspectives d’évolution des relations russo-turques, par Ana Pouvreau

Ana Pouvreau – Spécialiste des mondes russe et turc. Écrivain et chercheur en sciences politiques, docteur ès lettres de l’Université de Paris IV-Sorbonne et diplômée de Boston University en relations internationales et études stratégiques, elle est l’auteure de plusieurs ouvrages de géostratégie.

 

Les perspectives d’évolution des relations russo-turques dans le nouvel environnement géostratégique – Revue Défense nationale – N°798 – mars 2017

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Les relations entre la Russie et la Turquie, qui étaient en voie de détérioration rapide depuis la destruction d’un avion Sukhoi, par l’armée de l’air turque en novembre 2015, à la frontière turco-syrienne, ont connu un revirement inattendu après la tentative de putsch en Turquie du 15 juillet 2016[1]. En dépit de visions stratégiques antagonistes qui, à première vue, paraissaient irréconciliables, notamment sur le conflit syrien[2], les deux puissances poursuivent à nouveau, avec une nouvelle vigueur, le rapprochement qu’elles avaient progressivement amorcé dès la fin de l’Union soviétique en 1991[3]… Lire la suite

 

[1] Le bilan officiel révisé est de 290 morts. Il y eut 1500 blessés. Les purges qui s’ensuivirent donnèrent lieu à la suspension de près de 100 000 fonctionnaires. Près de 60 000 (dont plus de 9300 policiers) ont été limogés. A ce jour, près de 40 000 personnes sont toujours détenues.

[2] Ana POUVREAU: « Les relations entre la Russie et la Turquie à l’épreuve du conflit en Syrie », Revue Défense Nationale, Tribune N°716, 3 décembre 2015. Outre les divergences sur la Syrie, des sujets tels que la reconnaissance du génocide arménien, la situation dans l’enclave du Nagorno-Karabakh ou bien celle des Tatars de Crimée après l’annexion de la péninsule par la Russie en mars 2014, constituent autant de pierres d’achoppement entre la Russie et la Turquie.

[3] La Russie est devenue le premier partenaire commercial de la Turquie à partir de 2008

 

 

 

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