Afrique

Béatification des martyrs chrétiens d’Algérie : symbole rare d’une unité dans le souvenir des années noires.

L’envoyé du pape, le cardinal Angelo Becciu, lors de la béatification de 19 religieux tués en Algérie. Oran, le 8 décembre 2018.
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Samedi 8 décembre 2018, s’est tenue à Oran la béatification de 19 religieuses et religieux de l’Eglise catholique d’Algérie, assassinés entre 1994 et 1996 durant la décennie noire.  Il s’agit de la première béatification célébrée dans un pays à très grande majorité musulmane.
Dans l’église de Santa-Cruz sur les hauteurs d’Oran en présence de plus de 1 200 personnes, le cardinal Angelo BECCIU, Envoyé de Rome, a présidé la cérémonie de béatification de Mgr Pierre CLAVERIE, évêque d’Oran et ses compagnons, dont les sept moines de Tibhirine. Au total, quinze Français, deux Espagnoles, un Belge et une Maltaise ont été honorés.

Jean-Paul VESCO, évêque d’Oran a demandé une minute de silence « en hommage au peuple algérien et à ses dirigeants qui ont réussi à retrouver le chemin de la paix malgré des blessures encore si douloureuses ». En effet, la décennie noire a meurtri l’Algérie, les violences atroces entre l’armée et les islamistes ayant causé la mort d’au moins 200 000 Algériens auxquels se joignent ces 19 religieux, attachés à l’Algérie qu’ils n’ont pas souhaité quitter malgré le danger.
A travers son message lu, le pape François envoie ses « encouragements fraternels pour que cette célébration aide à panser les blessures du passé et crée une dynamique nouvelle de la rencontre et du vivre-ensemble ». Le pape espère que « cet événement inédit (…) dessinera un grand signe de fraternité dans le ciel algérien à destination du monde entier. » L’Evangile de l’Annonciation a été chanté en arabe par le père Thierry BECKER, ancien adjoint de Pierre CLAVERIE. Cette cérémonie a réuni les familles des martyrs, les principaux imams du pays, les représentants du gouvernement algérien dont le ministre des Affaires religieuses et le wali d’Oran, le secrétaire d’Etat français aux affaires étrangères, les membres de la délégation papale et les représentants des congrégations religieuses catholiques.
Plus tôt dans la journée et en présence du cardinal Angelo BECCIU, la Grande mosquée d’Oran a également rendu hommage aux 114 imams qui se sont élevés contre le terrorisme pendant la guerre civile.
La béatification par l’Eglise catholique de ces « bienheureux » aurait pu être incomprise par l’opinion publique algérienne. Pourtant, cet événement a bénéficié d’un accueil très positif. A Santa Cruz, de nombreux journalistes algériens ont assisté pour la première fois à une messe catholique. L’événement a été vivement salué dans la presse. El Watan, grand quotidien algérien a titré le dimanche 9 décembre : « Béatification des 19 religieux catholiques à Oran : sous le signe de la fraternité et de la communion » tandis qu’en une d’El Moujahid, organe de presse proche du FLN figurait : « Amitié et fraternité ». Algérie Presse Service considère cette béatification comme « un symbole du vivre ensemble » et y voit « une belle communion interreligieuse entre chrétiens et musulmans, bien loin des images de haine et d’intolérance ». Pour le Quotidien d’Oran, « les blessures sont en train d’être cautérisées par tous ceux qui les ont vécues, sans discernement de religion ».
La décennie noire renvoie toujours à un passé douloureux. Cette béatification, bien reçue, est le symbole d’une fraternité entre deux peuples dont les histoires sont très souvent mêlées. A cette occasion, l’esplanade du sanctuaire de Santa Cruz a été inaugurée et baptisée « Place du vivre ensemble dans la paix ». Selon François VAYNE, auteur du livre « Tout simplement là » sur ces martyrs estime qu’ « avec cette béatification, c’est comme si l’Eglise algérienne était née une seconde fois. Elle est modeste mais avec ce sang mêlé entre chrétiens et musulmans, elle est à présent pleinement reconnue, elle n’est plus étrangère ».

Visite de Florence PARLY à Bangui

La ministre des Armées Florence PARLY et son homologue centrafricaine Marie-Noëlle KOYARA, à Bangui le 10 décembre 2018.
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La ministre française des Armées, Florence PARLY, s’est rendue les 10 et 11 décembre 2018 à Bangui. Cette visite en Centrafrique, après deux annulations, permet de réaffirmer le soutien de Paris à Bangui. Sur son compte Twitter, la ministre s’exprime : « Je suis à Bangui pour réaffirmer la nécessité d’une action coordonnée avec la communauté internationale ».

Dans sa tribune du 10 décembre 2018, la ministre rappelle l’amitié qui lie les deux pays : « Notre amitié et notre confiance sont un souffle nécessaire pour la paix ». Ce lien repose sur des racines historiques. Juste retour à la présence de tirailleurs venus de Centrafrique durant les deux guerres mondiales, l’intervention de Paris (opération Sangaris) déclenchée en décembre 2013 a été citée par la ministre. Dorénavant, « l’heure est maintenant à la paix, à la réconciliation et à la reconstruction ». « Avocate infatigable des initiatives de l’Union africaine et des Nations unies », la France se veut un soutien indéfectible du pays.

Au cours de ce séjour, la ministre a rencontré les militaires français du détachement d’appui opérationnel de Bangui. Elle a pu s’entretenir à deux reprises avec son homologue centrafricaine Marie-Noëlle KOYARA. Avec l’envoyé spécial des Nations-Unies pour la République centrafricaine, Parfait ONANGA-ANYANGA, elle a rappelé le « rôle stabilisateur de l’ONU » qu’elle considère comme « la seule force légitime pour accompagner le redéploiement des forces armées centrafricaines en province ». Durant sa rencontre avec le président de la République centrafricaine, Fautin-Archange TOUADERA, Florence PARLY évoque « l’attachement de la France à la paix en Centrafrique ». De fait, elle a affirmé son soutien à l’initiative de paix en Afrique sous l’égide de l’Union africaine et écrit : « pas de convergence sans transparence ». Enfin, la ministre s’est entretenue avec Samuela ISOPI, représentante de l’UE ainsi que le général MAIO, à la tête de la mission EUTM RCA. Cette mission de conseil de l’Union européenne en République centrafricaine adoptée en avril 2016 vient en soutien à la mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA). Le 30 juillet 2018, le Conseil de l’UE a prorogé le mandat de l’EUTM RCA pour une durée supplémentaire de deux ans, soit jusqu’au 19 septembre 2020. Le budget alloué pour la période allant du 20 septembre 2018 au 19 septembre 2020 est de 25,4 millions d’euros. Fière de l’engagement de l’UE en RCA, Florence PARLY rappelle que la France prendra le commandement de cette opération en 2019.

En Centrafrique, la Russie est devenue au cours de ces dernières années, un acteur incontournable sur le plan militaire à travers la livraison d’armes, la formation militaire délivrée ou encore la signature d’un accord de défense. Toutefois, la présence russe dans le pays n’est pas la raison avancée par la ministre française et son entourage pour cette visite. Elle écrit : « Quand on parle de paix et de vies à protéger, il n’y a pas de rivalités ou d’intérêts particuliers qui tiennent ».

Le déplacement de la ministre des Armées intervient après celui du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères en novembre. La France, rappelle la ministre, est le premier partenaire de Bangui pour l’aide au développement à travers un financement de 130 millions d’euros par an. Selon elle, défense et développement sont intimement liés. Ce déplacement est aussi l’occasion pour Florence PARLY de remettre 1 400 fusils d’assaut AK47 et du matériel militaire amphibie destinés aux forces armées centrafricaines.

Préoccupée par la crise migratoire, l’UE s’implique en Libye

 

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Le 10 décembre 2018, le Conseil européen a adopté des conclusions sur la Libye.

La conférence de Palerme, organisée par l’Italie, s’est déroulée il y a plus d’un mois. Si elle a permis de réunir les principaux protagonistes du dossier libyen, son bilan est mitigé. Le Conseil européen souligne toutefois qu’à Palerme, « les dirigeants libyens et la communauté internationale ont exprimé leur soutien sans réserve aux efforts que déploient les Nations unies en faveur d’un processus politique pris en charge par les Libyens ». En effet, le statu quo actuel est source d’instabilité et d’insécurité « pour les Libyens, leurs voisins et la région toute entière ». Pour ce faire, l’Union européenne soutient pleinement les actions menées par les Nations unies afin d’établir une situation stable dans le pays et l’accompagnera  dans son adaptation des volets politique, économique et sécuritaire. Face à l’impasse politique dans laquelle se trouve la Libye, l’UE demande à tous les acteurs libyens – dont la Chambre des représentants et le Haut Conseil d’Etat – de « coopérer de manière constructive avec le gouvernement d’entente nationale à la réalisation des objectifs arrêtés à Palerme, y compris la tenue en Libye de la conférence nationale au début de 2019, de progresser sur la question du cadre constitutionnel et législatif nécessaire et de mener à bien les processus constitutionnel et électoral d’ici le printemps 2019 ».

A travers une action diplomatique et un soutien important, l’UE maintient ses relations avec la Libye et agit en faveur de sa transition politique. Elle soutient les efforts entrepris par l’ONU et son représentant spécial, Ghassan SALAME. Depuis le début de la crise, l’UE apporte son soutien à Tripoli et a accordé près de 70 millions d’aide, principalement par le biais de l’Instrument européen de voisinage. Cette somme permet d’encadrer une vingtaine de projets dans différents secteurs tels que la société civile, la gouvernance, la santé, l’économie, l’éducation ou encore les activités de sécurité et de médiation.

La situation en Libye est une préoccupation essentielle de l’Union européenne. Outre les actions menées par la cellule de planification et de liaison et des missions telles que l’EUBAM, mission d’assistance aux frontières, l’opération EUNAVOR MED Sophia, lancée en juin 2015, doit apporter une réponse globale à la crise des migrations et des réfugiés. Cette opération a permis de sauver 45 000 personnes. La stabilisation dans le pays est primordiale, d’autant plus que l’UE se dit concernée par « la violation persistante du droit international humanitaire et des droits de l’homme, y compris les violences sexuelles et à caractère sexiste ». Les Etats-membres, dans leurs conclusions, affirment continuer à aider les Libyens « à faire face aux défis migratoires, en vue notamment de lutter contre le trafic de migrants et la traite des êtres humains ».

En 2017, l’UE a fourni 10 millions d’euros destinés au financement humanitaire et a mobilisé 286 millions d’euros pour des projets liés à la migration, dont 266 au titre du Fonds fiduciaire d’urgence de l’UE pour l’Afrique.

Premier sommet extraordinaire pour le G5 Sahel

Les chefs d’Etats des 5 pays membres du G5 Sahel. Tous droits réservés.

La capitale mauritanienne a accueilli les 5 et 6 décembre 2018 la Conférence de coordination des partenaires et des bailleurs du G5 Sahel, premier sommet extraordinaire destiné à mobiliser 2 milliards d’euros afin de financer la première phase du Programme d’investissement prioritaire (PIP).

Le G5 Sahel, né en février 2014, regroupe le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Les chefs d’Etats des pays membres se sont rendus à Nouakchott à l’exception notable d’Ibrahim Boubacar KEÏTA, le président malien. L’organisation cherche à démontrer aux bailleurs de fonds ses atouts et sa capacité à favoriser le développement dans les zones frontalières. La somme attendue permettra de financer près de quarante projets communautaires dans la région où la menace djihadiste s’appuie sur la frustration générée par des conditions de vie difficiles.

Le PIP est un plan régional ambitieux nécessitant 1,9 milliard d’euros d’investissements sur la période 2019-2021. Les deux tiers de cette somme serviront aux infrastructures et au développement humain. A Nouakchott, des enjeux cruciaux seront débattus, cette jeune organisation rencontrant des problèmes financiers. Ces derniers mois, la Force du G5 Sahel peine à être efficace face à une recrudescence de l’insécurité et un manque de moyens. De fait, l’organisation a fait l’objet de discussions du Conseil de sécurité de l’ONU.

Les pays membres du G5 Sahel doivent développer une approche équilibrée soucieuse des problématiques frontalières, longtemps délaissées. International Crisis Group, dans son rapport du 12 décembre 2017, souligne que le G5 Sahel ne remplira sa mission que s’il parvient à gagner la confiance des populations.

Jean-Yves Le DRIAN, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères s’est rendu en Mauritanie. Depuis 2014, « la France soutient activement » le G5 Sahel. Le ministre a annoncé une contribution importante de la France à ce programme, cette action de Paris allant de pair avec l’engagement français pris au sein de l’Alliance Sahel. Lancée en juillet 2017 par le Président de la République française, la chancelière allemande et la Haute représentante de l’UE, l’Alliance Sahel a pour objectif de financer et de coordonner plus de 500 projets pour répondre à tous leurs défis actuels, sécuritaires, démographiques, économiques et sociaux en vue d’une stabilisation et d’un développement de la région.

Au terme des discussions, l’Union européenne et la France ont annoncé prendre en charge la plus grande partie du financement. Neven MIMICA, commissaire européen pour la Coopération internationale et le développement a déclaré : « Grâce aux 125 millions d’euros additionnels que l’Union européenne annonce aujourd’hui, l’accent sera mis sur des projets de développement dans les zones les plus fragiles, avec un impact immédiat sur les conditions de vie des populations locales. ». Au total, la contribution européenne s’élève à environ 800 millions d’euros. La France ajoutera quant à elle 220 millions d’euros de financements aux 280 millions déjà engagés. Selon Jean-Yves le DRIAN, « la moitié de cette somme concerne des projets déjà en gestation et en cours » et « l’autre moitié sera octroyée de manière accélérée dans les deux ans qui viennent » afin de permettre aux pays du G5 Sahel d’être « au rendez-vous de leurs priorités ».

In fine, les Etats du G5 Sahel sont parvenus à obtenir 1,3 milliard d’euros sur les 2 milliards escomptés. Cette somme, axée sur la prévention du terrorisme, permettra d’améliorer la lutte contre ce phénomène qui, depuis 2013, s’est progressivement répandu dans toute la région.

Conférence de Marrakech sur les migrations, un sujet qui divise

Des demandeurs d’asile et des migrants à bord d’un canot dans les eaux internationales au large des côtes libyennes en novembre 2016.Tous droits réservés.

Les 10 et 11 décembre 2018 se tient à Marrakech une conférence des Nations Unies concernant les migrations. L’objectif de cette Conférence de Marrakech est d’adopter officiellement un pacte global afin de « rendre les migrations plus sûres et plus dignes pour tous ».

Le texte de l’accord, le « Pacte mondial pour des migrations plus sûres, ordonnées et régulières », a été approuvé par les Etats membres de l’ONU le 13 juillet 2018. Il entend mieux gérer les migrations internationales, renforcer le droit des migrants et à contribuer au développement durable et répond à la Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants du 19 septembre 2016. Pour la première fois, les Etats se sont accordés pour négocier un accord couvrant toutes les dimensions des migrations internationales. « Réalisation importante » pour le Secrétaire général de l’ONU Antonio GUTERRES, il s’agit d’un « moment historique » pour Miroslav LAJCAK, président de l’Assemblée générale jusqu’au 18 septembre 2018, puisqu’en décembre ce pacte « deviendra officiellement le premier cadre global sur la migration que le monde ait jamais vu ».

Ce Pacte mondial mentionne 23 objectifs à atteindre qui reposent sur des valeurs telles que la souveraineté des Etats, le partage des responsabilités, la non-discrimination et les droits de l’homme afin d’encadrer les migrations. Toutefois, ce texte propose des pistes de réflexion. Même s’il aura de facto une valeur normative, il ne sera pas contraignant juridiquement.

La Canadienne Louise ARBOUR, Représentante spéciale des Nations Unies pour les migrations internationales, présidera la Conférence et espère après adoption du Pacte « une nette amélioration des aspects développement, de l’aspect humanitaire et de tous les avantages économiques que la migration peut produire » à condition que cette dernière soit « bien gérée de manière coopérative ». Si la migration n’est pas un phénomène nouveau, le nombre de migrants s’est accru ces dernières années. « Aujourd’hui, 3,4% de la population mondiale sont des migrants. En 2000, il était de 2.7% » déclare la Représentante spéciale de l’ONU qui affirme que les changements climatiques donneront également lieu à une hausse significative de ce nombre.

L’adoption de cet accord apparait essentielle à l’heure où les conséquences de la migration deviennent préoccupantes. Selon l’OIM, plus de 3 300 personnes ont péri sur les routes migratoires au courant de l’année 2018. Parmi elles, plus de 1700 sont mortes en Méditerranée en tentant de rejoindre l’Europe. Les préoccupations d’un autre ordre se font également entendre. Les pays d’émigration perdent une partie de leurs compétences, les migrants étant souvent qualifiés. Les pays d’accueil sont confrontés à l’inquiétude liée à la perception de concurrence et de vulnérabilité culturelle générée par l’arrivée des migrants.

Ce Pacte fait donc l’objet de critiques dans plusieurs pays craignant qu’il ne devienne un « droit à la migration ». Les gouvernements français et belge annoncent qu’ils signeront ce pacte en accord avec l’ONU mais font face à une vive opposition. Quant aux Etats-Unis, ils se sont retirés des négociations du texte. D’autres Etats, soutenant une ligne ferme en matière de politique d’asile des migrants, ont annoncé pour leur part qu’ils ne signeraient pas le document. Il s’agit en l’occurrence de l’Autriche, la Bulgarie, la Hongrie, Israël, la Pologne, la Slovaquie ou encore la République Tchèque. Face à ces absences, Louise ARBOUR défend que « l’écrasante majorité des Etats membres de l’ONU soutient ce projet de coopération » qui « réaffirme la souveraineté des Etats en terme de politique migratoire ».

COP 24 : Priorité au réchauffement climatique

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Du 3 au 14 décembre 2018, se tiendra à Katowice en Pologne la 24ème Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, dite la COP 24. L’objectif de cette conférence est le sauvetage de l’accord de Paris, signé en avril 2016, les pays signataires s’étant engagés à agir pour contenir le réchauffement mondial sous la barre des 2°C d’ici à 2100.

Pour la troisième fois, ce sommet se déroule en Pologne. Pourtant, elle fait partie des pays de l’Union européenne émettant le plus de CO2, derrière l’Allemagne qui a fait le choix d’abandonner le nucléaire au profit des énergies fossiles. Si Katowice investit afin de sortir progressivement du charbon, deux tiers des villes les plus polluées de l’UE se trouvent en Pologne qui tire 80% de son électricité du charbon, réputé peu cher et dont le pays dispose en abondance. Le partenaire officiel et parrain de cette COP24 n’est autre que le groupe polonais JSW, premier producteur de charbon à coke en Europe. Pour autant, lors de la COP23 à Bonn, certaines délégations représentées ainsi qu’une trentaine d’entreprises avaient signé un pacte pour sortir du charbon (Powering Past Coal Alliance).

Des acteurs non étatiques, des ONG, des institutions et environ 190 Etats seront représentés, exception faite des Etats-Unis, deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre au monde après la Chine. En effet, en juin 2017, Donald TRUMP a annoncé le retrait de son pays de l’Accord de Paris. Pékin, malgré ses promesses en faveur d’une lutte contre le réchauffement climatique, construit de nouvelles centrales thermiques et finance la construction de centrales à charbon chez ses partenaires pakistanais, égyptiens ou dans les Balkans. Quant à la Turquie, elle utilise également largement cette énergie fossile.

Actuellement, 44% des émissions de gaz à effet de serre mondiales sont le fait du secteur du charbon. Ainsi, en amont de la COP24, les 47 Etats (dont 33 africains) faisant partie du groupe des Pays les moins avancées (selon les caractéristiques de l’ONU) ont commencé dès mardi 27 novembre à discuter autour du thème du réchauffement climatique. Si le continent africain n’est pas à l’origine de ces changements climatiques, certains de ses Etats particulièrement sensibles aux phénomènes de sécheresses, en subissent fortement les conséquences.

En sus de garantir l’application de l’Accord de Paris qui prévoit une aide annuelle de 100 milliards de dollars d’ici à 2020 pour aider les pays les plus pauvres à atteindre les objectifs fixés, la conférence vise à « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5°C » et à réduire les gaz à effet de serre de 40% d’ici à 2030.

A l’aube de l’ouverture de la Convention of the Parties, les Nations Unies ont publié un rapport mardi 27 novembre 2018 sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des gaz à effet de serre. Ce rapport estime que « le plafonnement des émissions mondiales d’ici à 2020 est indispensable pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris en matière de température » et souligne toutefois que « l’ampleur et le rythme des mesures d’atténuation actuelles restent insuffisants ».

A l’exception des quelques Etats producteurs d’énergie fossile (Algérie, Libye, bientôt Israël et Egypte), la rive sud de la Méditerranée, faible productrice de gaz à effet de serre et sensible aux conséquences du réchauffement climatique, se trouve dans la position inconfortable du spectateur inquiet.

G5 Sahel : recrudescence des tensions et manque de moyens

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Jeudi 15 novembre 2018, la situation au Sahel a fait l’objet de discussions au Conseil de sécurité. Jean-Pierre LACROIX, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l’ONU et Maman SIDIKOU, Secrétaire permanent de la Force conjointe du Groupe de cinq pays du Sahel, le G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad), ont mis en garde le Conseil face au terrorisme qui se répand dans la région, aggravant de fait la crise sécuritaire et humanitaire.

Le G5 Sahel, créé en 2014, est un cadre institutionnel de coordination et de coopération régionales entre les 5 Etats membres dans les domaines du développement et de la sécurité. Dans son rapport du 12 novembre dernier, le Secrétaire général Antonio GUTERRES écrit : « le Conseil de sécurité a salué les progrès accomplis pour rendre opérationnelle la Force conjointe du Groupe de cinq pays du Sahel ». Toutefois, il fait référence à l’insécurité, la situation dans la région s’étant détériorée au cours de ces derniers mois. Le document mentionne l’attentat terroriste du 29 juin 2018 au Mali contre le quartier général de la Force conjointe à Sévaré, ayant porté un « coup sévère » aux efforts entrepris.

Devant le Conseil de sécurité, Jean-Pierre LACROIX et Maman SIDIKOU ont souligné la « recrudescence » de l’insécurité, marquée par « la hausse des attaques contre des civils, des responsables gouvernementaux, des forces de sécurité et de défense au Burkina Faso, au Mali et au Niger ». Jean-Pierre LACROIX alerte sur la situation sécuritaire « extrêmement préoccupante » où « la population civile paie le plus lourd tribut ».

Ainsi, les délégations présentes ont insisté « sur l’importance de réaliser la pleine capacité opérationnelle de la Force » mais le manque de moyens reste un frein majeur à la stabilisation de la région. Dans le rapport, est stipulé qu’« en raison d’un manque important de matériel et de formation, il a été nécessaire de reporter par deux fois la date limite de réalisation de la pleine capacité opérationnelle et un nouveau calendrier n’a pas encore été défini ». A titre d’exemple, la Force conjointe du G5 Sahel n’a bénéficié que de 17,9 millions d’euros en équipements et services alors que 414 millions d’euros lui ont été promis lors de la Conférence internationale de Bruxelles du 23 février 2018. Pour Pierre BUYOYA, Haut-représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, la communauté internationale doit affirmer son soutien à la région, dans un moment qu’il considère comme étant un « tournant décisif ».

Question soulevée lors du dernier Sommet de l’Union africaine et réitérée par Jean-Pierre LACROIX, la Force conjointe du G5 peut-elle être placée sous un mandat du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies et bénéficier alors d’un financement suffisant ? Par la voix de son représentant, François DELATTRE, la France espère relancer une initiative au Conseil de sécurité afin d’obtenir ce financement pérenne et appelle à une « matérialisation sans délai » de l’aide promise par la communauté internationale afin de combattre les groupes terroristes. Soutien des pays africains, le point de vue de Paris diffère de celui des autres délégations à l’instar des Etats-Unis, pour qui l’option militaire n’est pas suffisante à elle seule. Dans cette optique, Washington reste convaincu que la « meilleure manière » de résoudre la situation passe par un plan bilatéral. Le pays a de fait presque doublé son aide financière envers les pays du Sahel ces dernières années.

Alors qu’elle devait être opérationnelle, la Force conjointe est encore loin d’être efficiente au Sahel, où la situation interne qui se dégrade au Mali représente une menace pour toute la région.

Laurent GBAGBO devant le Cour pénale internationale

L’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, le 28 janvier 2016, lors d’une audience à la Cour pénale internationale de La Haye.
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Le procès de l’ancien président ivoirien Laurent GBAGBO à la Cour pénale internationale a repris lundi 12 novembre 2018. Tout comme Charles BLE GOUDE, ex-leader du Congrès panafricain des jeunes patriotes, l’ancien chef d’Etat est jugé pour des faits relevant de crimes contre l’humanité. Les faits qui lui sont reprochés se seraient déroulés lors de la période postélectorale en 2010-2011.

Entre 2010 et 2011, les événements en Côte d’Ivoire ont fait plus de 3 000 morts en cinq mois. Laurent GBAGBO est accusé de s’être « accroché au pouvoir par tous les moyens » et d’avoir fomenté une campagne de violence à l’encontre de son rival, Alassane OUATTARA, reconnu vainqueur de la présidentielle. En détention depuis sept ans, il fait l’objet depuis janvier 2016 d’un procès auprès de la Cour pénale internationale.

Au début du mois d’octobre, le Bureau du Procureur a exposé son argumentaire dans le dessein de montrer les rôles de l’ancien président et du responsable politique dans la gestion de la crise à l’issue de l’élection présidentielle. L’accusation repose sur la preuve d’une planification de manière systématique de l’usage de la violence contre les populations civiles. Pour ce faire, le procureur prend pour exemple un discours prononcé par Laurent GBAGBO en août 2010 dans lequel ce dernier qualifie les forces de l’ordre de « combattants de la République ». Tandis qu’il a déclaré : « S’il y a des dégâts, les juges après rétabliront », pour le substitut du procureur, « Laurent GBAGBO a incité les forces qui lui étaient loyales à commettre des crimes ».

Le lundi 12 novembre 2018, la parole était à la défense. Arguant que le procureur ne bénéficie pas d’assez de preuves, les avocats de Laurent GBAGBO ont plaidé l’acquittement. La défense estime que le procureur en charge du procès n’est pas parvenu à vérifier l’hypothèse selon laquelle « un plan commun » aurait été élaboré en vue de maintenir le président au pouvoir et aurait engendré des violences contre la population civile ivoirienne. Pour l’avocat principal de l’ancien chef d’Etat, Me ATLIT, l’accusation ne repose que sur des présupposés sans preuve directe. Selon Me BAROAN, autre avocate de GBAGBO, « le procureur n’a rien, tout est construit sur du sable mouvant ». Après un mois et demi d’interruption, les audiences visent actuellement à étudier la demande de non-lieu et la principale ligne de défense des avocats consiste à dénoncer la « démarche biaisée » de la Cour pénale internationale

Les audiences sur les demandes d’acquittement de Laurent GBAGBO et Charles BLE GOUDE se tiendront jusqu’au 22 novembre. Après plusieurs années de procès, aucune décision de la chambre d’accusation n’est prévue cette semaine et la décision des juges pourrait prendre plusieurs mois.

Colonisation, islam et laïcité

Compte rendu de la conférence éponyme prononcée par Pierre-Jean LUIZARD, le 9 novembre 2018. Les analyses historiques décrites ci-dessous représentent les seules opinions du conférencier et n’engagent pas l’institut FMES.

L’historien Pierre-Jean LUIZARD et le vice-amiral d’escadre (2s) et directeur des opérations de l’institut FMES Pascal AUSSEUR, le 9 novembre 2018.

 

L’institut FMES a eu le plaisir de recevoir l’historien Pierre-Jean LUIZARD, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l’islam contemporain au Moyen-Orient. Auteur de nombreux ouvrages, il reçoit en 2015 le Prix Brienne du livre géopolitique pour Le Piège Daech – l’État islamique ou le retour de l’Histoire .

Pendant plus d’une heure, Pierre-Jean LUIZARD a fait un retour sur le « roman national français » pour permettre de comprendre le rapport complexe à la laïcité qu’ont les sociétés musulmanes contemporaines à travers le prisme original de la colonisation du XIXème siècle.

La colonisation a pris de multiples formes et a connu plusieurs périodes. La conférence a porté sur les choix et les formes de la colonisation française au XIXème siècle. Le but de la conférence n’était pas de faire une contre histoire mais de confronter l’histoire française à une autre approche, celle du colonisé.

  • Une colonisation à la mission civilisatrice

Si le Nouveau Monde avait été colonisé avec des objectifs apostoliques, Monsieur LUIZARD explique que la colonisation du XIXème siècle en France ne s’est pas faite selon un idéal religieux mais au nom d’une mission civilisatrice, justificatrice des entreprises d’occupation et de domination militaires.

Il précise que la France, héritière des Lumières, s’est donnée le rôle de coloniser les sociétés considérées comme insuffisamment civilisées. Leur attachement à la religion était le critère clé. Une société sécularisée telle que la France de la Révolution était donc plus civilisée que les sociétés musulmanes où l’attachement aux principes religieux est fort et où religion et politique sont liés.

Cette vision des élites républicaines et laïques de l’époque a justifié la colonisation. Pourtant, nous explique l’historien, elle était en partie erronée. L’Empire ottoman, qui régnait sur la majeure partie du monde arabe, différenciait les sphères politique et religieuse à travers deux fonctions différentes incarnées par une seule et même personne : le sultan et le calife. La vision du calife a été peu à peu abandonnée, le chef de l’empire ottoman ne se présentant qu’en sultan.

Pierre-Jean LUIZARD insiste sur les fondements de la colonisation à l’époque à travers deux idées principales :

    • La colonisation, en particulier du monde arabe, contrairement à une idée reçue, n’a pas été le fait de la droite ou de l’extrême droite. Elle ne s’est pas réclamée à l’époque des camps clérical ou royaliste mais a été le fait des républicains sous la IIIème République.
    • La légitimation de la colonisation civilisatrice s’est faite à géométrie variable. Alors qu’elle s’est proclamée au nom d’idéaux républicains et laïcs, ce qui était valable en métropole ne l’était pas dans les colonies. La colonisation a donné lieu à des retournements systématiques des élites républicaines et laïques voire à des « reniements » afin de justifier ce système colonial. Les musulmans n’ont jamais pu prétendre à ces mêmes principes présentés pourtant comme légitimant la colonisation.
  • La campagne d’Egypte de Napoléon Bonaparte

De 1798 à 1801, se tient la campagne d’Egypte. Au lendemain de la Révolution française et dans le contexte du Directoire, il s’agit de la première exportation coloniale dite « révolutionnaire ». Napoléon Bonaparte, se pensant comme la réincarnation d’Alexandre le Grand, veut priver son ennemi historique, la Grande Bretagne, des liens terrestres et maritimes qu’elle entretient avec sa plus grande colonie, les Indes. Il entend proclamer en Egypte une République française d’Egypte. Le pays, partie intégrante de l’Empire ottoman, était en réalité aux mains des mamlouks (anciens esclaves venus du Caucase ou de Crimée ), dirigeant au nom du sultan mais ayant fait un Etat propre.

La mission que s’est donnée Napoléon Bonaparte était de libérer les Egyptiens des « étrangers » afin d’établir une souveraineté dans le pays. Ces principes de liberté ou de république étaient inconnus pour les Egyptiens qui n’ont, de fait, pas compris le message du souverain français. Napoléon Bonaparte s’engage donc dans une guerre contre les mamlouks et établit en Egypte une politique concordataire : la religion est sous le contrôle de l’Etat. Dès lors, il lance une opération de séduction envers la notabilité religieuse égyptienne en vantant les principes de l’islam. Il affirme le profond respect qu’il a pour cette religion.

Du côté des Egyptiens, les batailles ordonnées par Napoléon Bonaparte donnent à voir la réalité de cette expédition en Egypte. Cette dernière étant onéreuse et le souverain français n’ayant pas les moyens de ses ambitions, Napoléon Bonaparte a décidé de faire payer au peuple égyptien un impôt qui a engendré révoltes et famine. Pour taire les soulèvements, il a fait décimer les hommes dans chaque village incapable de payer les impôts. Selon les estimations d’historiens et mémoristes égyptiens, la répression au refus dû à l’imposition aurait fait entre 40 000 et 50 000 morts durant les trois années d’occupation.

Deux événements majeurs sont à retenir :

  • La révolte du Caire du 20 octobre 1798 qui a été matée en deux jours, entrainant la mort de plus de 10 000 Egyptiens.
  • La révolte du Delta du Nil où l’ensemble de la population mâle d’un village a été décapitée et les têtes exhibées sur une place dans la capitale égyptienne.

Face à la coalition militaire contre lui (Empire ottoman, Grande Bretagne et Russie), Napoléon Bonaparte se rend en Syrie et en Palestine où il fait tomber les villes de Saint-Jean d’Acre (après six mois de siège) et de Jaffa où il décime la garnison s’étant rendue. Jaffa retient de Napoléon Bonaparte un tyran s’étant servi d’idéaux révolutionnaires pour cacher une entreprise de domination coloniale.

 

  • L’influence saint-simonienne

Les saint-simoniens sont influents dans le contexte post-révolutionnaire puisqu’ils se réfèrent aux idées des Lumières. Leur théorie est celle d’un développement des pays pauvres afin de les civiliser. En développant ces pays, ils se détacheraient par nature de leur croyance religieuse et tendraient vers une sécularisation permettant la laïcité. L’Europe, pour les saint-simoniens, a une mission civilisatrice, cette mission nécessitant des voies de communication. La principale voie est le canal de Suez (Ferdinand de Lesseps étant un ancien saint-simonien).

En Egypte et en Algérie, les saint-simoniens bénéficient d’une grande influence, en particulier sous Napoléon III, période durant laquelle a été pensé le projet de Grand royaume arabe, abandonné avec la proclamation de la IIIème République. Les saint-simoniens légitiment un discours colonial : tout le monde peut être citoyen français mais l’islam étant trop présent, la citoyenneté doit être conditionnée à un abandon du statut personnel, en l’occurrence l’appartenance à une religion.

  • Citoyenneté et décret Crémieux en Algérie

Le statut personnel régit, en Algérie, la vie des Musulmans et des Juifs. En 1869, un sénatus-consulte de Napoléon III donne le choix aux indigènes algériens de rester indigènes et de fait d’obtenir la nationalité française mais sans être citoyen à moins d’abandonner leur statut personnel. Seulement quelques centaines de Musulmans et de Juifs ont accepté de devenir citoyens, le statut personnel étant constitutif de leur identité pour ces indigènes qui ne se sentaient pas français.

La fin du Second Empire avec la défaite de Sedan, laisse place à la IIIème République en 1870. A travers le décret Crémieux, ce régime va imposer par décret ce que le Second Empire avait laissé au libre choix des Algériens. Ce décret porte le nom d’Adolphe CREMIEUX, un homme politique radical socialiste, anti-religieux et franc-maçon mais issu d’une famille juive d’Avignon. CREMIEUX s’est donné pour mission de civiliser les communautés juives de Méditerranée en leur octroyant par décret la citoyenneté française. Ainsi, la communauté juive d’Algérie est devenue française de façon autoritaire.

A la même période, les élites républicaines et laïques font le choix de donner la citoyenneté française aux colons d’origines européennes (espagnole, italienne, maltaise). Cet octroi n’a pas posé de problème.

De fait, l’islam s’érige véritablement en religion du colonisé. Les musulmans algériens sont les seuls confrontés au choix entre la citoyenneté française et l’abandon du statut personnel. Le défendre renvoyait à défendre leur identité.

Si les élites de la IIIème République ont pensé la loi de 1905, ils vont s’opposer à son application en Algérie. A cette loi s’ajoute ainsi un décret en 1907 : les Chrétiens et les Juifs d’Algérie se voient appliquer les mêmes droits qu’en métropole mais pour les musulmans, les biens habous[1] qui servent à financer les cultes musulmans sont confisqués. Une indemnité coloniale va être fixée et l’Etat va fournir des fonctionnaires. Cette politique a fait de l’islam une ressource idéologique anticoloniale. En parallèle des mosquées officielles où les discours de culte doivent être soumis à la préfecture, les mosquées clandestines fleurissent.

Jusqu’en 1962, l’Etat français va considérer les musulmans algériens comme des indigènes et continuer d’appliquer ces principes du XIXème siècle.

  • Des élites républicaines, laïques et colonisatrices

Jules FERRY s’est fait le chantre de la colonisation après l’avènement du décret Crémieux. S’il est connu pour son rôle en faveur de l’éducation, il a été l’instigateur de trois lois entre le 16 juin et le 29 juillet 1881 :

  • Ecole primaire gratuite et obligatoire pour les enfants de moins de 16 ans
  • Liberté de la presse et d’opinion
  • Code de l’Indigénat : instauré en 1881 en Algérie jusqu’à l’indépendance en 1962, il est appliqué dès 1887 à l’ensemble des colonies. Il s’agit d’un statut « entre la citoyenneté et l’esclavage » qui octroie un statut spécial aux indigènes, astreints à une justice expéditive, à des peines collectives et à la restriction de certains droits.

Dans un contexte de ressentiment envers l’Allemagne, Jules FERRY déclare devant la Chambre : « La colonisation est le prix du patriotisme » et « la colonisation est la fille de la politique industrielle ». Cette colonisation a été ardemment défendue par ces élites républicaines. Face aux députés de droite réticents pour des raisons économiques et pour qui la récupération de l’Alsace Lorraine était la priorité, Jules Ferry argue la mission civilisatrice des « races supérieures » qui ont des devoirs vis-à-vis des « races inférieures ». Pour Jules FERRY il s’agit d’un sujet culturel et non ethnique, les « races inférieures » ayant vocation à rattraper leur retard au terme de plusieurs générations à travers l’éducation et notamment l’école.

En 1892, Jules FERRY se rend en Algérie lors d’une commission sénatoriale et s’aperçoit de la nature réelle de la domination coloniale. Il estime que les colons ont trahi la colonisation. En réponse, il fait débarquer l’armée française en Tunisie, le protectorat étant proclamé en 1881, afin de montrer aux colons algériens ce que signifie une « bonne colonisation ».

Les opposants à la colonisation dans le camp républicain laïc sont rares. Jean JAURES et Georges CLEMENCEAU en font partie. Georges CLEMENCEAU est l’un des seuls à remettre en cause le discours civilisateur de Jules FERRY. Anticolonial quand il est dans l’opposition, il mène cependant une politique toute autre une fois au pouvoir. S’il se dit contre la colonisation, il avoue faire une exception pour le Maroc afin que l’Allemagne ne s’empare pas du territoire. En 1920, dans un contexte d’après-guerre et à l’issue des accords de Sykes-Picot, les élites républicaines et laïques avec en chef de file Georges CLEMENCEAU, ministre de la Guerre et président du Conseil, vont vouloir se partager le Moyen-Orient avec la Grande-Bretagne. Lloyd George et Georges CLEMENCEAU se rencontrent afin de procéder à un « marchandage » entre deux puissances coloniales : Mossoul et la Palestine reviennent à la Grande-Bretagne tandis que la France bénéficie du Liban et la Syrie.

La France, dirigée par des élites républicaines et laïques, va se projeter dans la région de façon chrétienne. En métropole, une loi de 1901 expulse les congrégations catholiques et l’Eglise perd le monopole sur l’enseignement. Ainsi, les congrégations jésuites et dominicaines vont essaimer dans l’empire colonial. Pour servir la politique française, dont l’objectif était de contrer les majorités arabes, le pouvoir va collaborer avec les congrégations. Ainsi, le Moyen-Orient va être divisé sur des bases confessionnelles. Le Liban qui est à l’origine une région de Syrie, en est une parfaite illustration. Sur le même schéma, sont proclamés l’Etat des Druzes et l’Etat des Alaouites. La France a donc séduit les minorités afin de les opposer à la majorité arabe sunnite.

Cette politique connaît un revers à travers la révolte des Druzes. La France avait clientélisé les grandes familles druzes mais en 1925, ces derniers se révoltent, ne voulant plus accepter de trahir la cause arabe nationale syrienne et le roi Fayçal. Les élites républicaines et laïques ont alors rendu coupable l’état-major, considéré comme catholique. Ces « deux France » se sont accusées tour à tour. Finalement, la révolte a été matée, la région de la Ghouta bombardée massivement, faisant en trois jours entre 30 000 et 40 000 morts.

A partir des années 1920, la France connaît un revirement. Le parti anticolonial, historiquement à droite, va passer à gauche et le parti colonial est justifié à droite et à l’extrême droite. Du point de vue des colonisés qui ont fait face à plus d’un siècle de discours républicains se réclamant de la laïcité, celle-ci est donc perçue comme une arme contre leur identité religieuse. Pour Pierre-Jean LUIZARD, ce phénomène explique que les musulmans issus des colonies françaises perçoivent les discours laïcs comme un discours d’oppression. Encore aujourd’hui, les répercussions de cette politique résonnent encore avec ce slogan islamiste qui proclame « la laïcité est l’arme des nouveaux croisés ». Toutefois, l’historien met en garde contre les anachronismes : la contradiction entre la colonisation et les idéaux républicains n’était pas totalement perceptible à l’époque. Elle est en revanche présente dans la construction intellectuelle de nombreux musulmans en France et dans leurs pays d’origine.

[1] Le bien Habous ou Wakf est donc un système juridique selon lequel le droit de propriété de certains biens se trouvent immobilisés et leurs revenus sont consacrés exclusivement dans le cadre du fonctionnement d’une oeuvre pieuse ou d’une fondation d’intérêt général, sans aucune limitation dans le temps (mosquée, hôpital, Université).

 

La piraterie en Somalie reste une réalité

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Il y a un peu plus de dix ans, le 4 avril 2008, le voilier français Ponant était pris d’assaut par une douzaine de pirates somaliens. Le vice-amiral d’escadre Gérard VALIN, aujourd’hui directeur du centre méditerranéen enjeux et stratégies maritimes de l’institut FMES, est alors, pour la Marine nationale, commandant la zone maritime de l’océan Indien. Le 6 juin de la même année, le Conseil de sécurité des Nations unies adoptait la résolution 1816 engageant « les États dont les navires de guerre et les aéronefs militaires opèrent en haute mer au large des côtes somaliennes, ou dans l’espace aérien international situé au large de ces côtes, à faire preuve de vigilance à l’égard des actes de piraterie et des vols à main armée ».

Le 6 novembre 2018, le Conseil de sécurité a demandé, pour une nouvelle période de 13 mois, par sa résolution 2442, aux États et aux organisations régionales, « qui en ont les moyens, de déployer des navires de guerre, des armes et des aéronefs militaires; de fournir des bases et un appui logistique aux forces antipiraterie; et de saisir et de mettre hors d’état de nuire les embarcations, navires et matériel apparenté qui servent à commettre des actes de piraterie et des vols à main armée au large de la côte somalienne ».

Le rapport distribué le 10 octobre 2018 relatif à la « situation concernant la piraterie et les vols à main armée au large des côtes somaliennes » se félicite de la réduction du nombre global d’actes de piraterie et comptabilise uniquement cinq « actes importants de piraterie », qui ont tous échoué. Mais, la situation en Somalie ne s’étant pas améliorée depuis 1992 et le rapport souligne que « les causes profondes de la piraterie subsistent et que les réseaux de piraterie restent très actifs ».

L’Union européenne est très active dans la région. Depuis le 10 novembre 2008, elle mène une opération militaire en vue de contribuer « à la protection des navires du Programme alimentaire mondial qui acheminent l’aide alimentaire aux populations déplacées de Somalie » et « à la protection des navires vulnérables naviguant au large des côtes de Somalie, ainsi qu’à la dissuasion, à la prévention et à la répression des actes de piraterie et des vols à main armée au large des côtes de la Somalie ». Au 8 novembre 2018, la force navale est constituée de la frégate italienne Federico Martinengo, septième unité de la classe FREMM, et du bâtiment amphibie espagnol Castilla.

Conséquences directes du BREXIT, le vice-amiral italien Antonio Martorell Lacave succèdera le 29 mars 2019 au général de corps d’armée britannique Charlie Stickland en tant que commandant de l’opération de l’Union européenne. Il dirigera l’opération depuis Rota, qui accueillera à la même date l’état-major de l’opération aujourd’hui établi à Northwood. Le Centre de sécurité maritime – Corne de l’Afrique (MSCHOA), sera quant à lui établi à Brest.

Sous l’autorité du vice-amiral Scott A. Straerney, commandant de la cinquième flotte américaine, trente-trois nations participent à trois Combined Task Forces dont la CTF 151, force dédiée à la lutte contre la piraterie, créée en janvier 2009 en réponse aux résolutions du Conseil de sécurité.

La Chine est également très active depuis dix ans. En décembre 2008, une première force antipiraterie composée des frégates Wuhan et Haikou et du bâtiment de soutien Weishanhu ralliait les eaux de la Somalie. La marine chinoise est désormais très présente, et a démontré ses aptitudes opérationnelles par l’évacuation de ses ressortissants du Yémen en 2015 ou, en 2017, par la libération d’un cargo panaméen sous le feu d’une attaque de pirates somaliens.

L’OTAN a également conduit des opérations au large de la Somalie à partir d’octobre 2008. Considérant que les objectifs avaient été atteints, l’opération Ocean Shield, axée sur la lutte contre la piraterie en mer au large de la Corne de l’Afrique et approuvée le 17 août 2009 par le Conseil de l’Atlantique Nord a pris fin le 15 décembre 2016.

Enfin, la marine russe, également mentionnée par le Conseil de sécurité comme les marines japonaise, indienne et sud-coréenne, participe à la protection du trafic maritime.

La résolution 2442 demande également à tous les États « d’ériger la piraterie en infraction pénale dans leur droit interne et d’envisager favorablement de poursuivre les personnes soupçonnées de piraterie qui ont été appréhendées au large des côtes somaliennes ». La législation française répond depuis 2011 à cette requête par la loi n°94-589 du 15 juillet 1994, « relative à la lutte contre la piraterie et aux modalités de l’exercice par l’Etat de ses pouvoirs de police en mer ». Le décret 2011-1213 du 29 septembre 2011 pris pour application de l’article 4 de cette loi habilite ainsi les commandants et commandants en second d’un élément naval « à rechercher et à constater les infractions commises en matière de piraterie en mer ».

Comme l’indique le rapport du 10 octobre 2018, les causes profondes de la piraterie subsistent. Il est donc impératif que les navires marchands et les bâtiments de plaisance continuent de respecter les règles recommandées par le BMP (Best Management Practices for Protection against Somalia Based Piracy). La destruction le 28 octobre 2018 d’un baleinier utilisé comme bâtiment mère d’embarcations de pirates démontre que le risque reste élevé.