Afrique

Sénégal : une campagne électorale sous tensions

Une affiche de campagne du président sénégalais Macky Sall dans le quartier de Ngor, à Dakar, le 6 février 2019.
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Le 24 février prochain se tiendra au Sénégal le premier tour de l’élection présidentielle. Macky Sall, sortant à la tête de la coalition au pouvoir Benno Bokk Yaakaar (BBY : « Ensemble pour le même espoir ») est candidat à sa propre succession. Il affrontera deux députés : le religieux Issa Sall et le nationaliste Ousmane Sonko et deux anciens ministres : Madické Niang et l’ancien Premier ministre Idrissa Seck, soutenu par Khalifa Sall, l’ancien maire de Dakar aujourd’hui incarcéré.

Bien que le Sénégal soit régulièrement cité pour son exemplarité politique, les campagnes électorales sont souvent émaillées d’accusations de corruption, de trafic d’influence, de désinformation et de violences.

A ce titre, des affrontements ont éclaté lundi 11 février 2019 entre les partisans de la coalition au pouvoir et ceux du Parti de l’unité et du rassemblement (PUR) d’Issa Sall. A Tambacounda, dans l’est du pays, ces heurts ont provoqué la mort de trois personnes. C’est la première fois depuis le début de la campagne présidentielle que sont répertoriés des décès liés à des conflits entre militants. Plusieurs personnes ont été blessées, dont huit journalistes couvrant la campagne d’Issa Sall. Face à ces violences sans précédent, « des éléments de la police nationale et de la gendarmerie seront mis au service de la sécurité respective » des candidats en course jusqu’à la fin des élections, a annoncé le ministre sénégalais de l’Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye. Parmi les 24 personnes arrêtées par la gendarmerie, une vingtaine sont des partisans d’Issa Sall. Ce dernier, qui a déclaré que l’État n’assurait pas la sécurité des candidats, a annoncé avoir suspendu sa campagne.

Après des appels au calme de la part de responsables politiques et de représentants de la société civile, le Président a appelé ses partisans et ses adversaires à « ne pas céder à la provocation » tout en prévenant que « la campagne électorale ne saurait être un prétexte pour que la violence s’installe dans le pays ». Le chef de l’État considère que ce drame est « le résultat de l’appel à la violence prôné par certains responsables politiques », faisant référence à son prédécesseur Abdoulaye Wade. Président de 2000 à 2012, ce dernier a appelé le 8 février dernier à empêcher la tenue du scrutin, invitant ses partisans à « brûler les cartes d’électeurs et les bulletins de vote ».

Le Président actuel est en effet accusé depuis son accession au pouvoir de vouloir faire taire ses adversaires. Il est soupçonné d’avoir fait emprisonner ses opposants, à l’instar de Khalifa Sall et de Karim Wade, afin de les empêcher de se présenter à l’élection. Il est également accusé d’avoir fait renvoyer de la fonction publique Ousmane Sonko, l’un de ses plus grands adversaires.

Un débat entre les candidats en lice est prévu pour la première fois dans l’histoire du pays, dans le dessein d’apaiser la campagne électorale. Cette initiative lancée sur les réseaux sociaux se matérialisera par la tenue, le 21 février prochain, d’un débat retransmis en simultané sur une chaîne de télévision, une radio et un site internet. En dépit des pressions des internautes, Macky Sall ne souhaite pas y participer. Hamidou Kassé, chargé de la communication de la présidence de la République s’est expliqué à ce propos : « La priorité du Président est de dialoguer avec la population, pas avec les autres candidats (…) Un débat avec l’ensemble des candidats n’entre pas dans sa stratégie de campagne ».

Bouteflika : un cinquième mandat confirmé par son clan

Amara BENYOUNES, Ahmed OUYAHIA, Mouad BOUCHAREB et Amar GHOUL le 2 février à Alger.
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Samedi 2 février, à l’issue d’une réunion de l’Alliance présidentielle, les représentants des quatre partis de la coalition au pouvoir en Algérie – Mouad BOUCHAREB, coordinateur du Front de libération nationale, Ahmed OUYAHIA, secrétaire général du Rassemblement national démocratique et Premier ministre, Amara BENYOUNES, président du Mouvement populaire algérien (MPA) et Amar GHOUL, président de Tajamou’e El-Djazaïr (TJA) – ont apporté leur soutien officiel à un cinquième mandat du président Abdelaziz BOUTEFLIKA. Dans un communiqué conjoint, les quatre hommes déclarent : « Le moudjahid Abdelaziz BOUTEFLIKA sera notre candidat pour la présidentielle du 18 avril 2019, en signe de reconnaissance de ses choix éclairés et des acquis importants que l’Algérie a réalisés sous sa direction, et en soutien à son programme ambitieux de réformes et de développement pour une Algérie épanouie, unie, solide et réconciliée ».  Pressentie depuis quelques mois, cette candidature fait débat en raison de l’état de santé du Président.  Affaibli par un AVC survenu en 2013 qui l’a laissé lourdement handicapé, Abdelaziz BOUTEFLIKA n’a plus donné de discours en public et ses apparitions, en chaise roulante, se font rares. Son Premier ministre, Ahmed OUYAHIA a donc affirmé que le chef de l’Etat « n’animera pas, personnellement, sa campagne électorale ».

Au-delà de l’Alliance présidentielle pourtant, les soutiens en faveur du Président sont nombreux, écrit El Moudjahid. Ils émanent des syndicats, des organisations patronales ou des personnalités politiques qui considèrent que seul le Président en place est capable de mener à bien les réformes entamées.

A contrario, les voix dissidentes se multiplient. Plusieurs formations politiques de l’opposition ont annoncé qu’elles ne participeront pas à ce scrutin, à l’instar du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) qui dénonce une « mascarade » électorale. Le mouvement Mouwatana (Citoyenneté), créé en juin 2018 et composé d’intellectuels et d’hommes politiques, milite pour empêcher une nouvelle candidature et œuvre en faveur d’une transition démocratique. En effet, empêcher que le chef de l’Etat se représente revient à éviter un cinquième mandat, tant il parait impossible qu’il ne soit pas élu en cas de candidature. Le Front des forces socialistes (FFS) – plus vieux parti de l’opposition –  appelle quant à lui à « boycotter activement, massivement et pacifiquement » le scrutin.

La presse algérienne accuse également le coup. Pour le Matin d’Algérie,  un cinquième mandat est « sûrement la plus mauvaise des options qui s’offre au pays et à sa population ». Le journal, qui décrit le modeste bilan de BOUTEFLIKA en presque vingt ans de règne, considère cette décision comme « un passage en force » impopulaire. Alger serait perçue par ses voisins « comme une réelle menace pour la région » du fait de son « instabilité systémique causée par le régime liberticide ». D’ailleurs, le Premier ministre a fait savoir que les manifestations publiques en faveur du boycott seront interdites, le pouvoir ayant déjà « prouvé qu’il maitrisait la rue ». El Watan dénonce pour sa part l’ « élan d’absurdité stupéfiante » des partisans de la « continuité », cette dernière menant le pays « sur le chemin périlleux du statu quo ». L’« impensable », l’ « irréparable », l’ « invraisemblable » candidature du Président malade aura pour conséquence d’ « accélérer la désintégration nationale, d’accentuer les facteurs de dislocation sociale et de rendre irréversible l’effondrement de l’Etat ». Enfin, pour Tout sur l’Algérie, le boycott prôné par certains serait le « premier allié de BOUTEFLIKA », la population algérienne et notamment la jeunesse – majoritaire numériquement dans le pays –  s’étant désintéressée du fait politique.

Cette élection présidentielle illustre ainsi le non-renouvellement de la classe politique algérienne et exacerbe l’éloignement entre l’élite dirigeante et le peuple. La longévité du Président, malgré son état de santé préoccupant, s’explique par son passé : la génération des combattants de novembre 1954 monopolise le pouvoir depuis l’indépendance.

Les candidats ont jusqu’au 3 mars pour déposer leur candidature. S’il n’y a « aucun doute » selon Ahmed OUYAHIA, le président n’a officiellement pas fait part de ses intentions.

Le Maghreb central : bilan et perspectives

Un article de Mustapha BENCHENANE, docteur d’Etat en science politique, conférencier au Collège de l’OTAN et éditorialiste à l’institut FMES.

 

Le « Maghreb central » est composé de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie. Il est situé au cœur de la Méditerranée occidentale et par le détroit de Gibraltar, 14 kilomètres le séparent de l’Europe. Une autre de ses caractéristiques : la langue française est pratiquée par des millions de Maghrébins, au point qu’il faut la considérer comme l’une des composantes de l’identité de ces peuples. Historiquement, cette zone était berbère jusqu’à l’arrivée de l’islam à la fin du VIIe siècle et surtout au début du VIIIe siècle. Le Coran étant rédigé en langue arabe, les conversions ont modifié de façon profonde la personnalité de cette zone, devenue arabo-berbère.

Le Maroc et la Tunisie sont indépendants depuis 1956 et l’Algérie depuis 1962. Ces trois pays réalisent moins de 2 % de leur commerce extérieur entre eux. Ils attirent moins de 1 % des investissements de l’Union européenne. La population de cette région est d’environ 90 millions d’habitants. Les moins de 30 ans représentent 70 % du total.

Les trois États, ou ce qui en tient lieu, font partie de l’Union du Maghreb arabe créée par le Traité de Marrakech de février 1989. Elle comprend également la Mauritanie et la Libye, mais reste, 30 ans après, une fiction.

Où en sont ces pays du Maghreb central par rapport aux espoirs suscités par le recouvrement de leur indépendance ? La réponse n’est malheureusement pas positive si l’on prend en compte les résultats dans un éventail de domaines.

 

  • Des défis hors de portée.

Sur les plans économique et social, l’adaptation à l’économie de marché mondialisée constitue le plus grand défi. Pour le réussir, il aurait fallu de profondes réformes structurelles. Au cœur de ces réformes, il était impératif de placer un système éducatif performant. Cela signifie des maîtres compétents et intègres, capables de s’approprier et de transmettre la rationalité sous ses trois formes : théorique, critique et autocritique. Cette rationalité doit transparaître partout : dans les programmes, dans les méthodes pédagogiques et dans les comportements. Cela a permis à d’autres pays de faire face aux impératifs de la concurrence qui se déroule à l’échelle planétaire.

Dans la réalité, ces trois pays n’y arrivent pas. L’Algérie a disposé depuis son indépendance de dix fois l’équivalent du Plan Marshall, sans pour autant parvenir aux résultats escomptés. Si le Plan Marshall a bénéficié à l’Europe à partir de 1947 et a contribué à la reconstruction et à la modernisation de la quinzaine de pays qui l’ont accepté, c’est parce que, en Europe occidentale, étaient déjà réunies des conditions favorables : la rationalité avec ses bienfaits en termes d’organisation, de compétences, de sens de l’efficacité, de culture de l’effort et du travail…

Quelques chiffres permettent une illustration des difficultés que le Maghreb central ne parvient pas à surmonter : alors qu’il faudrait une croissance de 8 % sur 40 années afin de faire face au déficit dans le domaine de l’emploi, la croissance est de 3,5 % au Maroc, dans le meilleur des cas, de 2,8 % en Tunisie et de 3 % en Algérie. L’endettement de la Tunisie représente 24 % du PIB en 2018 et le Fonds Monétaire International (FMI) exige des réformes structurelles dont les conséquences immédiates seraient très douloureuses pour les catégories sociales les plus défavorisées. 35 % des diplômés sont au chômage. Le chaos qui prévaut en Libye est un problème supplémentaire pour les Tunisiens en terme de sécurité et de gestion de l’économie. Au Maroc, selon le FMI, un jeune sur quatre de 15 à 24 ans (1 685 000 jeunes) ne travaille pas, n’est pas à l’école et ne suit aucune formation. Cette proportion est de 44 % chez les femmes (1 319 000 femmes). Selon la Banque mondiale, le chômage des jeunes en milieu urbain était de 38,6 % en 2016. La révolte du Rif, région particulièrement déshéritée et négligée par le pouvoir, est révélatrice des dangers d’une explosion annoncée.

Après 56 années d’indépendance, l’Algérie n’exporte que son pétrole et son gaz : 97 % des recettes d’exportation proviennent de la vente de ces deux matières premières. Depuis 2014, le dinar algérien a perdu 48 % de sa valeur face au dollar américain.

 

  • Au plan politique : incertitudes et confusion

Si « printemps arabe » il y a eu, il n’a pas commencé en Tunisie en 2011, mais en Algérie lorsque, en octobre 1988, l’Armée nationale populaire (ANP) a tiré sur des manifestants. Le traumatisme a été si profond, que c’est le pouvoir qui a octroyé des libertés. En 1991, le Front islamique du salut (FIS) a été majoritaire au premier tour des élections législatives. L’armée est alors intervenue pour empêcher le déroulement du second tour. Des « islamistes » furent internés dans des camps au Sahara. Mais dès leur libération, beaucoup d’entre eux sont partis au maquis, optant pour la lutte armée. Le noyau dur de cette mouvance était constitué d’individus revenus d’Afghanistan où ils s’étaient battus au sein de la « Légion islamique » contre les troupes soviétiques qui avaient envahi ce pays en 1979.

La liberté d’expression est une réalité en Algérie. Pour le pouvoir, elle est une soupape de sécurité : par la parole, les mécontents s’ébrouent, puis rentrent chez eux regarder la télévision, de préférence, pour les uns, les chaînes françaises, pour les autres, les chaînes arabes du Moyen-Orient.

La succession du Président Bouteflika, gravement malade et incapable de gouverner, ne se fera pas dans le respect de la Constitution, mais en fonction des rapports de force entre les clans, l’armée elle-même étant divisée.

En Tunisie, il y a eu une révolte en 2011 contre la dictature du président Ben Ali. Comme en Algérie, les premières élections organisées après la fuite du dictateur ont été remportées par le parti « islamiste » Ennahda. Cependant, soumis à des pressions endogènes et exogènes, ce parti a renoncé – provisoirement – à exercer seul et directement le pouvoir, au profit d’une coalition à laquelle il participe.

Au Maroc, a démarré le 20 février 2011 un mouvement de protestation de nature politique, réclamant des réformes profondes du système en place et dénonçant les injustices dans tous les domaines. Le roi Mohamed VI s’est montré habile en lâchant du lest, acceptant de réviser la Constitution. Il s’est engagé à choisir le Premier ministre au sein du parti majoritaire aux élections législatives. La liberté d’expression est encadrée, les Marocains n’ayant pas le droit de remettre en cause le caractère monarchique du régime ou de critiquer le roi. Une autre « ligne rouge » est tracée par l’interdiction de contester la « marocanité » du Sahara occidental.  Les Marocains ne vivent plus sous la chape de plomb qu’était pour eux le régime de Hassan II.

Les régimes politiques des trois pays du Maghreb central ne sont plus des dictatures mais ne sont pas non plus des démocraties. Il leur manque, en effet, des composantes essentielles de la démocratie : une compétition ouverte et pacifique pour le pouvoir selon des règles très largement acceptées et strictement respectées. Un autre impératif figure au même rang que le précédent : l’État de droit. Cela signifie une justice indépendante du pouvoir, ce dernier étant lui-même soumis au droit. Ces conditions sont très loin d’être réunies car la culture démocratique n’est pas enracinée dans ces trois pays ni ailleurs, dans le « monde arabo-musulman ».

Dans les domaines de la sécurité, la Tunisie et le sud de l’Algérie sont sous la menace des terroristes de différentes obédiences « islamistes » qui bénéficient d’une liberté d’action en Libye où prévaut le chaos provoqué par l’intervention de l’OTAN contre Kadhafi. A l’ouest, l’affaire du Sahara occidental cristallise les rivalités entre l’Algérie et le Maroc. La communauté internationale fait preuve d’impuissance en n’imposant pas le respect du droit international qui préconise l’organisation d’un référendum d’autodétermination afin que les Sahraouis décident eux-mêmes de leur destin.

Les budgets de défense des trois pays augmentent sans que, pour autant, l’efficacité de leurs armées atteigne le niveau requis pour faire face à la gravité de la menace terroriste.

 

*  *  *

Compte tenu de l’ensemble de ces données, les flux migratoires du sud vers le nord de la Méditerranée s’accroîtront. La plupart des jeunes veulent aller en Europe, parfois en risquant leur vie. Du Sahel proviennent d’autres migrations que les États du Maghreb central tentent de refouler.

Plusieurs décennies après leur indépendance, la réalité de ces pays démontre qu’ils n’ont pas été en mesure de gérer efficacement leurs affaires, ni de coopérer de façon transversale. L’indicateur le plus significatif à cet égard est la fermeture de la frontière terrestre entre le Maroc et l’Algérie depuis 1994. L’Europe, et la France en particulier, ont des raisons légitimes de s’inquiéter des conséquences de ces difficultés non surmontées sur la stabilité de la région euro-méditerranéenne.

Libye : Salamé « persona non grata » pour l’ANL

Ghassan SALAME. Tous droits réservés.

L’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa HAFTAR a déclaré l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies et chef de la Mission de soutien aux Nations unies en Libye (MANUL), Ghassan SALAME, « persona non grata » dans son pays.

Depuis la chute du « Guide suprême de la Révolution », la Libye s’est installée dans un régime de transition permanente avec deux gouvernements, deux parlements et deux hommes forts. D’un côté, Fayez el-SARRAJ, à la tête du gouvernement d’entente nationale et de l’autre le maréchal Khalifa HAFTAR. Ce dernier, à la tête de l’ANL, qui n’est ni une armée ni nationale, est surnommé l’homme fort de Cyrénaïque. Les deux hommes peinent à s’entendre mais ont convenu lors de la conférence de Palerme en novembre dernier de la tenue d’une conférence nationale, appuyée par les Nations unies.

Depuis 2011 et les débuts de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL), cinq représentants spéciaux se sont succédé. Depuis sa nomination, Ghassan SALAME tente de bousculer le statu quo dans ce pays où la crise politique s’est conjuguée à une crise économique et sécuritaire. Malgré les efforts entrepris par le représentant spécial et la MANUL, des combats se déroulent régulièrement en Libye entre factions rivales, dont l’ANL, qui mène également des opérations militaires dans le sud-ouest du pays.

Le 28 janvier 2019, Ahmad al-MISMARI, porte-parole de l’ANL, a déclaré Ghassan SALAME comme indésirable dans son pays. L’émissaire du secrétaire général de l’ONU fait en effet l’objet de critiques de la part des représentants de l’est libyen qui le décrivent comme un « opposant ». Ghassan SALAME est accusé de soutenir une partie des Libyens au détriment des autres, d’être incapable de ramener la paix, d’être à la fois juge et partie et enfin de prendre la défense des islamistes. Aguila SALEH, président du Parlement libyen qui siège à Tobrouk – en opposition avec le gouvernement de SARRAJ de Tripoli – l’accuse de s’être rangé du côté du Conseil présidentiel et du gouvernement d’entente nationale.

Toutefois, le 13 janvier 2019, l’émissaire s’était déjà défendu : « Nous sommes en Libye pour servir la population libyenne, pas les politiciens ». Le 18 janvier dernier, devant le Conseil de sécurité, Ghassan SALAME a déclaré que les acquis restaient « fragiles et réversibles » et fait la promotion de l’organisation d’une Conférence nationale qui permettrait d’ouvrir la voie à la tenue d’élections présidentielles. La réconciliation nationale escomptée est selon lui « un grand mot et un bel objectif » mais inadaptée à la situation du pays où le véritable enjeu consiste à « libérer les institutions pour que la volonté puisse s’exprimer ». Il considère en effet que la crise libyenne est due à la rivalité pour le contrôle des richesses nationales, notamment le pétrole. La conquête du sud par l’ANL en est une illustration. Quelques jours plus tard, il a estimé que ses déclarations ont été mal interprétées. Tandis que l’envoyé spécial se défend d’être « le premier à vouloir organiser ces élections », la date de ces dernières ne cesse d’être reculée, venant compliquer la mission de Ghassan Salamé.

La Libye est de plus en plus le théâtre de jeu des puissances étrangères qui soutiennent l’un ou l’autre camp. En Europe, Rome et Paris se disputent également le parrainage du processus de réconciliation.

Emmanuel MACRON en Egypte : renforcement des liens entre Paris et Le Caire

Les présidents Emmanuel MACRON et Abdel-Fattah al-SISSI et leurs épouses, Brigitte MACRON et Intissar AMER au palais présidentiel du Caire, le 28 janvier 2019.
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Le Président de la République française Emmanuel MACRON est en visite officielle en Egypte du 27 au 29 janvier 2019 afin de « renforcer le partenariat stratégique entre les deux pays » selon l’Elysée. Pour sa première visite dans le pays, il est accompagné de son épouse, d’une importante délégation de personnalités économiques et culturelles et de plusieurs ministres, dont Jean-Yves le DRIAN, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.

L’Egypte est un allié stratégique de la France au Moyen-Orient, les relations entre Paris et le Caire étant fondées sur des liens historiques. Ces dernières années, les rencontres bilatérales se sont multipliées entre les chefs d’Etats tandis que la France considère l’Egypte comme un pôle de stabilité de la région. L’Elysée souligne que l’Egypte est « un pays de 100 millions d’habitants, absolument essentiel pour la sécurité et la stabilité du Moyen-Orient et de l’Europe ».

La rencontre entre les deux présidents permettra d’aborder des dossiers centraux de la défense et de la sécurité, qui portent notamment sur la Syrie, sur la lutte contre le terrorisme ou encore sur la Libye. Ce déplacement permettra également d’aborder les dossiers économiques, une trentaine d’accords et de contrats devant être signés sur les transports, les énergies renouvelables ou la santé. En matière d’armement, l’Egypte se classe au 3ème rang mondial des pays importateurs entre 2013 et 2017 selon le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute), la France étant son premier fournisseur. Récemment, Paris a livré 24 avions de combats Rafale au Caire et une corvette.

Ces contrats soulèvent interrogations et débats quant au respect des droits de l’Homme. Destiné à lutter contre le terrorisme dans la région, l’armement est accusé d’être utilisé pour réprimer l’opposition égyptienne. Yves PRIGENT, président d’Amnesty International déclare : « Nous attendons des messages forts et des changements en termes de pratique, tout particulièrement sur la question du transfert des armes françaises vers l’Egypte ». A l’issue de la visite à Paris du Président SISSI en octobre 2017, Emmanuel MACRON avait refusé de « donner des leçons » à son homologue égyptien sur la question des droits de l’homme. Aujourd’hui poussé par les ONG et l’opinion publique, le chef de l’Etat français affirme vouloir « mettre clairement sur la table » ces sujets très sensibles alors que « les choses sont empirées depuis octobre 2017 ». Le président français qui estime que l’Egypte a « besoin de moins d’autoritarisme », s’engage alors à « un dialogue de vérité » avec le président SISSI.

Les enjeux de cette visite prennent également une tournure stratégique pour la France et sa politique en Afrique. En effet, l’Egypte prendra la tête de l’Union africaine à partir du 1er février, succédant au Rwanda.

Après avoir quitté le Caire, Emmanuel MACRON se rendra à Chypre le 29 janvier pour le sommet des Etats membres méditerranéens (MED7).

RCA : Début des pourparlers entre le gouvernement et les groupes armés.

Smail CHERGUI et Jean-Pierre LACROIX.
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Jeudi 24 janvier 2019 s’est ouvert à Khartoum le grand dialogue national centrafricain. Sous l’égide de l’Union africaine (UA) avec l’appui des Nations unies sur les bases des conclusions du Forum de Bangui de 2015, les pourparlers réunissent 14 groupes armés et le gouvernement afin d’amorcer une sortie de crise.

Il a fallu près d’un an et demi pour réunir les différents camps et harmoniser les revendications des groupes armés. La situation en République centrafricaine est préoccupante. Le pays est enlisé dans une guerre depuis 2012 et aujourd’hui, les groupes armés sont en position de force. Ils détiennent en effet près de 80% du territoire et sont bien armés.

Ces groupes revendiquent entre autres l’amnistie et l’autonomisation des régions de la Centrafrique, ce qui paraît difficile à atteindre sans compromettre le Forum de Bangui.

Interrogé par RFI, Parfait Onanga-Anyanga, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Centrafrique considère ce dialogue comme « historique » : « Nous attendons que tous les acteurs y aillent dans un esprit de compromis, qu’il en sorte de ces consultations historiques, un répit pour la population centrafricaine qui n’a que trop souffert, un espoir de paix, d’une paix durable ». S’il reconnaît que ce ne sera pas chose aisée d’aboutir à des conclusions pacifiques, « ne pas aller à Khartoum, c’est se mettre au ban de l’histoire et donc s’interdire l’opportunité de pouvoir faire quelque chose de bien pour son pays pour une fois, faire quelque chose de bien pour la Centrafrique ». Finalement, toutes les factions ont participé à la rencontre.

Smail Chergui, Commissaire à la paix et à la sécurité de l’UA s’est rendu au Soudan pour faciliter ce dialogue direct entre les différentes parties. En vue d’obtenir une réconciliation, il s’est adressé aux participants : « En ces moments cruciaux pour la République centrafricaine, vous avez autant que nous une obligation de résultat ». Il a par la même, réitéré le soutien de l’Union africaine « Je voudrais une fois de plus vous assurer de l’entière mobilisation de la Commission de l’Union africaine pour accompagner les parties prenantes centrafricaines dans le règlement durable du conflit dévastateur ».

A l’issue de la rencontre, Jean-Pierre Lacroix, qui a fait le déplacement à Khartoum, a déclaré : « Je suis encouragé de voir présents des représentants des partis politiques, de l’Assemblée nationale, des femmes, des jeunes, de la plate-forme religieuse et des victimes ».

Toutefois, l’ancien président centrafricain François Bozizé, renversé en 2013 et vivant en exil en Ouganda, a écrit à Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’Union africaine, chargé de chapeauter ces négociations. Il dénonce l’exclusion des anciens chefs d’Etat de Centrafrique du dialogue. Il tient pour responsable le gouvernement actuel de son pays, présidé par Faustin-Archange Touadéra. Il espère être convié à y participer avant la fin des négociations pour une résolution définitive de la situation en RCA.

Le dialogue devrait se poursuivre jusqu’au 2 février.

 

Soudan : la colère gronde autour du prix du pain

 

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Le président  soudanais Omar el-BECHIR. Tous droits réservés.

Depuis plus d’un mois, un mouvement de colère sévit au Soudan. Initiées le 19 décembre contre la flambée du prix du pain, les manifestations réclament actuellement le départ du président Omar el-BECHIR, au pouvoir depuis 30 ans.

Les soulèvements ont débuté à Atbara. Au nord-est du Soudan, cette ville est connue pour être un lieu phare des activités antigouvernementales. Face au mouvement, les autorités ont rapidement réprimé les manifestations et ont déclaré l’état d’urgence dans la ville. Toutefois, la révolte s’est diffusée à travers le pays. Il s’agit de l’un des événements les plus graves depuis le début du règne du Président. Pour l’analyste politique soudanais Mohammad OSMAN : « ce ne sont plus des manifestations. C’est presque une révolution à part entière ». Cette vive réaction du peuple soudanais illustre la crise économique profonde que connait le pays depuis la sécession du Sud après un référendum en 2011. Cette indépendance a privé Khartoum des trois quarts de ses réserves de pétrole et a engendré une inflation de près de 70%. Les manifestants accusent le président d’être responsable de cette scission.

A mesure que la colère gronde, le gouvernement exerce une répression. Omar el-BECHIR est le chef du parti du Mouvement islamique et son idéologie rejoint celle des Frères musulmans. Depuis son arrivée au pouvoir, il a décerné les postes clés de l’armée et de la sécurité du pays à des membres issus de son parti. Face aux vagues de protestations sans précédent, le président Omar el-BECHIR a assuré lundi 14 janvier 2019 à Niyala, capitale du Darfour-Sud, que ces « manifestations ne conduiront pas à un changement de pouvoir ». Le président, âgé de 75 ans et dont une troisième candidature à l’élection présidentielle est pressentie, enjoint le peuple soudanais à patienter jusqu’aux élections : « Il y a une seule voie vers le pouvoir, et c’est celle des urnes. Le peuple soudanais décidera en 2020 qui doit les gouverner ». Cette déclaration apparait ironique puisque le président a pris le pouvoir à l’issue d’un coup d’Etat en 1989. Pourtant, pour pouvoir se représenter, il devra modifier la Constitution soudanaise. L’opposition politique du pays rejoint le rang des manifestants, dirigé principalement par un groupe appelé l’Association des professionnels soudanais.

Depuis le mois de décembre 2018 et selon les autorités, au moins 24 personnes auraient perdu la vie et des centaines de Soudanais seraient blessés. A contrario, les activistes estiment le nombre de morts à 40. Selon le ministre de l’Intérieur, Ahmed BILAL OSMANE, « le nombre total de manifestants arrêtés jusqu’à maintenant est de 816 » au 7 janvier.

La question du Soudan inquiète la communauté internationale. Si Khartoum a été pendant longtemps isolé du fait des sanctions économiques et commerciales imposées par Washington, le président soudanais cherche à améliorer ses relations avec les Etats-Unis depuis la levée des sanctions en 2017. Dans le même temps, le pays s’est rapproché de Moscou. La colère populaire dans le pays suscite par la même l’inquiétude des pays arabes, en premier lieu l’Arabie Saoudite. Déjà, en 2011, Riyad a tenté de freiner la chute des clans MOUBARAK et BEN ALI de peur de subir le même sort. Les journaux saoudiens retranscrivent ce point de vue, à l’instar The Arab Times qui met en garde les Soudanais contre « le vent toxique des printemps arabes » et écrit : « Quand un pays se soulève après avoir été appâté par des politiciens et que le régime légitime s’écroule, c’est tout le pays qui va sombrer dans le chaos ». De plus, Khartoum est un acteur clé dans la Corne de l’Afrique et son implantation géographique fait de lui une voie de transit pour les migrants africains désireux de rejoindre l’Europe par la Méditerranée.

De fait, ce qui a commencé comme une protestation autour des conditions de vie s’est muée en une véritable manifestation contre le régime en place. Cet événement fait naturellement écho aux révoltes connues dans la région il y a huit ans.

Tunisie : 8 ans après

Le président tunisien Beji Caid ESSEBSI. Tous droits réservés.

Lundi 14 janvier 2019, les Tunisiens ont commémoré le huitième anniversaire de la chute de l’ancien Président, Zine el-ABIDINE BEN ALI, en place depuis 1987. Quelques années après les soulèvements ayant conduit à la fin du régime et qui ont fait 340 morts et plus de 2 000 blessés, la question du bilan se pose.

Depuis les révolutions qui ont ébranlé plusieurs régimes en place, la « Révolution du Jasmin » – nom donné aux événements tunisiens par les rédactions étrangères – a laissé place à une transition démocratique. Bien que fragile, cette transition est l’une des plus abouties dans les pays ayant connu les « printemps arabes ». Des élections libres se sont déroulées et une nouvelle Constitution a été adoptée. Le pays a par la même connu des avancées considérables en termes de droits de l’homme.

Lors de son discours au musée du Bardo commémorant l’anniversaire de la révolution, Beji Caïd ESSEBSI, le président tunisien, qui avoue ne pas avoir participé aux émeutes de 2011, déclare : « la révolution a été spontanée, conduite par des jeunes non encadrés ». A 93 ans, le plus vieux président élu au monde a énuméré les acquis de la révolution et a fait l’éloge de la liberté de la presse et de la liberté d’expression. Il considère tout de même que la démocratie est « en péril », malgré un bon départ.

De fait, le processus de transition n’est pas achevé, remettant pour certains le terme de révolution en cause, tant les promesses attendues n’ont pas eu lieu. Le coût de la vie augmente dans le pays et le taux d’inflation est proche des 8%. Le dinar tunisien a chuté de 60% par rapport au dollar ; Beji Caïd ESSEBSI s’est même fendu d’une sortie étonnante en affirmant que « le dinar ne vaut plus rien ».  Le taux de chômage est d’environ 15,5% et celui des jeunes diplômés est supérieur à celui des non-diplômés, ce qui engendre une fuite de cerveaux préoccupante pour l’avenir du pays. L’intérieur de la Tunisie est plus sensible à cette crise aux multiples facettes et les écarts avec la côte ne font que se creuser davantage. S’ajoute à cette crise économique une crise politique et sociale. Le président et le Premier ministre Youssef CHAHED, issus du parti Nidaa Tounes, sont entrés dans une logique de rupture et l’alliance avec les autres partis, en l’occurrence Ennahda ne permet pas d’avancées. Pour beaucoup de Tunisiens, cette situation résulte en partie de la politique d’austérité imposée par le FMI et les tensions internes subsistent.

La révolution avait débuté par l’immolation par le feu de Mohamed BOUAZIZI, vendeur ambulant en situation de détresse à Sidi Bouzid en décembre 2010. Huit ans après, le suicide est resté la seule issue pour le journaliste Abderrazak ZORGUI qui s’est infligé le même sort le 24 décembre dernier à Kasserine, faisant de son sacrifice un acte militant : « Pour les chômeurs de Kasserine, je vais commencer une révolution, je vais m’immoler par le feu ! (…) Ce mensonge promettant une vie meilleure n’est jamais venu ». Le geste du journaliste a entrainé d’autres Tunisiens à faire de même. La Tunisie éprouve des difficultés à amorcer sa transition économique et les lendemains de la révolution ne sont pas parvenus à répondre à la crise économique qui avait amené la jeunesse dans la rue.

L’espoir d’une Tunisie plus sereine s’amenuise, tandis qu’une grève générale relayée massivement par les syndicats est annoncée pour le 17 janvier 2019, un mouvement qui aura, selon le président de la République, des « conséquences néfastes » pour le pays.

Alors que se tiendront à la fin de l’année 2019 avec des échéances cruciales pour la Tunisie à travers les élections législatives et présidentielles, le pays reste partagé entre le pessimisme et l’inachevé concernant sa révolution.

 

Côte d’Ivoire : la CPI autorise la libération de Laurent GBABGO et Charles BLE GOUDE

Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé dans la salle d’audience du siège de la Cour pénale internationale à La Haye, Pays-Bas, le 15 janvier 2019.
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Mardi 15 janvier 2019, la Cour pénale internationale (CPI) annonce avoir « fait droit aux demandes d’acquittement » des avocats de Laurent GBAGBO et de Charles BLE GOUDE, ordonnant leur remise en liberté : « la Cour pénale internationale (…) a acquitté faute de preuves MM. Laurent GBAGBO et Charles BLE GOUDE de toutes les charges de crimes contre l’humanité qui auraient été commis en Côte d’Ivoire en 2010 et 2011 ».

Le procès avait repris le lundi 12 novembre dernier. Les deux hommes sont jugés pour des faits relevant de crimes contre l’humanité qui se seraient déroulés lors de la période postélectorale en 2010-2011 et qui ont causé la mort de plus de 3 000 personnes en 5 mois. L’ancien président était accusé de quatre chefs d’inculpation : meurtres, viols, persécutions et autres actes inhumains.

La décision d’acquittement a été prise à la majorité des trois membres de la chambre, la juge dominicaine HERRERA CARBUCCIA ayant voté contre. Détenu depuis novembre 2011, Laurent GBAGBO a été mis en accusation par la CPI avec son ex-ministre et ancien leader du Congrès panafricain des jeunes patriotes, Charles BLE GOUDE. Leur remise en liberté pourrait prendre quelques jours, voire quelques semaines.

Les réactions à cette annonce ne sont pas unanimes. A Gagnoa, dans le village natal de Laurent GBAGBO, des manifestations de joie ont eu lieu à l’annonce de la décision de la CPI tout comme au sein de la famille de l’ancien président. Pour l’ancien porte-parole du président, Alain TOUSSAINT : « c’est une bonne nouvelle et un grand soulagement pour tous les Ivoiriens. C’est aussi une victoire personnelle pour Laurent GBAGBO et Charles BLE GOUDE, qui sont lavés de toutes les accusations ». Pour le député béninois Guy DOSSOU MITOKPE qui a passé 21 ans de sa vie en Côte d’Ivoire, cette libération est considérée comme « une victoire et une leçon pour la jeunesse ». Il ajoute qu’« il est grand temps aujourd’hui que nous nous posions la question de l’opportunité de cette Cour, qui est devenue une Cour contre les plus faibles ».

A contrario, pour la Fédération internationale des droits de l’homme, l’acquittement des deux Ivoiriens consacre « l’impunité totale » des crimes commis en 2010-2011. Si Florent GEEL, directeur Afrique de la FIDH, avoue que cette décision était prévisible, il estime qu’elle « demeure malgré tout décevante, notamment par rapport aux victimes et à la justice ». En effet, du côté du Collectif des victimes des violences en Côte d’Ivoire, qui regroupe environ 8 000 membres victimes de violence depuis 2000, la déception domine, cette nouvelle venant compliquer les tentatives de réconciliation nationale.

Selon Jean-Paul BENOIT, avocat de l’Etat de Côte d’Ivoire : « la Cour oublie qu’il y a eu plus de 3 000 morts, et que s’il y a eu des morts, c’est qu’il y a eu des responsables ». Joël N’GUESSAN, vice-président du RDR, le parti de l’actuel président Alassane OUATTARA, est plus modéré : « Nous devons prendre acte de cette décision de la CPI, qui est la plus haute juridiction dans le monde. (…). Cependant, je milite pour que nous œuvrions à éliminer les causes qui ont provoqué la mort de 3 000 personnes lors de la crise post-électorale ».

Une audience est toutefois programmée le 16 janvier, durant laquelle le procureur aura la possibilité de faire appel des décisions de la Cour. S’il le fait, l’ancien président ivoirien pourrait ne pas être libéré mais assigné à résidence, notamment en Belgique, le pays ayant accepté de l’accueillir.

On peut noter que les réactions des deux bords tendent à remettre en cause la légitimité de la CPI, ce qui illustre le questionnement croissant des institutions visant à représenter la communauté internationale.

Elections en RDC : Un résultat contesté

 

Félix TSHSEKEDI, lors d’un meeting à Kinshasa, le 21 décembre 2018. Tous droits réservés.

En République Démocratique du Congo, l’élection présidentielle du 30 décembre 2018 qui opposait principalement Felix TSHIKEDI, chef du parti historique de l’opposition, Martin FAYULU et Emmanuel SHADARY, soutenu par le président sortant Joseph KABILA. Elle a été sujette à des contestations. La Commission électorale nationale indépendante (CENI), l’une des institutions veillant à appuyer la démocratie du pays, était chargée de donner les résultats. Dans la nuit de mercredi 9 à jeudi 10 janvier 2019, la CENI a annoncé Félix TSHISEKEDI gagnant avec 38,5% des voix contre 35% pour Martin FAYULU et 23,8% pour Emmanuel SHADARY.

A l’issue des résultats, alors que Félix TSHISEKEDI s’est présenté comme le Président « de tous les Congolais », la coalition Lamuka autour de Martin FAYULU dénonce une « fraude électorale ». Ce dernier revendique une victoire avec 61% des suffrages et entend saisir la Cour constitutionnelle dans le dessein de recompter les votes.

Les résultats donnés par la CENI sont également discutés par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO)l’Eglise catholique ayant une grande influence dans le pays – qui affirme que les résultats communiqués ne correspondent pas aux données collectées par ses observateurs.

Le 10 janvier 2019, le ministère des Affaires étrangères français « salue l’engagement démocratique des Congolais qui ont voté dans le calme » mais également « le travail effectué par les missions d’observation des organisations régionales ». Il espère que le « choix démocratique des Congolais soit respecté ». Toutefois, interrogé sur CNEWS le même jour, Jean-Yves le DRIAN, Ministre des Affaires étrangères déclare : « il semble bien que les résultats proclamés ne soient pas conformes aux résultats que l’on a pu constater ici ou là (…). Cela peut mal tourner parce que M. FAYULU était a priori le leader sortant de ces élections. »

Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio GUTERRES « appelle toutes les parties prenantes à s’abstenir d’actes violents et à régler tout contentieux électoral par les mécanismes institutionnels établis conformément à la Constitution de la République démocratique du Congo et aux lois électorales pertinentes. »

Au lendemain de l’annonce des résultats provisoires de l’élection présidentielle, le Conseil de sécurité des Nations Unies a écouté la cheffe de la Mission l’ONU en RDC (MONUSCO), Leila ZERROUGUI, le Président du CENI, Corneille NANGAA et un représentant de la CENCO, l’Abbé OTEMBI. Pour la Représentante spéciale de l’ONU, « les prochains jours seront donc déterminants pour la conclusion de ce processus électoral historique ». En réponse, le président de la CENI a reconnu que « les élections n’ont pas pu être organisées dans la perfection absolue » mais souligne que la CENI « a fait ce qu’elle pouvait faire », l’essentiel étant que « les résultats sont là ». Corneille NANGAA avertit que « la CENCO sera responsable de ce qui adviendra » et réclame de la communauté internationale un soutien au président élu. L’Abbé OTEMBI appelle le Conseil de sécurité à être « solidaire du peuple congolais » et exige la publication des procès-verbaux pour chaque bureau de vote « afin que soient comparées les données des candidats avec celles de la CENI, et afin de lever tout doute et apaiser les esprits ». Tandis que la Russie, la Chine et l’Afrique du Sud préconisent d’accepter les résultats de ces élections, la France, la Belgique, les Etats-Unis et le Royaume-Uni désirent plus de transparence et invitent la commission électorale à communiquer les procès-verbaux.

Les résultats ont provoqué des manifestations de joie et de protestation. De graves incidents ont été constatés dans le pays, 12 personnes ayant perdu la vie le jeudi 10 janvier. Les résultats définitifs seront annoncés par la Cour constitutionnelle dans une semaine.