Afrique

En Centrafrique, l’ONU et l’UA se coordonnent pour la mise en œuvre de l’accord de paix de Khartoum.

 

Le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix (à droite), et Smaïl Chergui, Commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine, lors d’une conférence de presse en février 2019. Tous droits réservés.

Dimanche 14 avril 2019, une délégation des Nations unies (ONU) et de l’Union africaine (UA) est arrivée à Bangui. Cette nouvelle visite dans la capitale centrafricaine a pour objectif la mise en œuvre de l’accord de paix de Khartoum, 8ème accord de paix conclu depuis le début de la crise en 2013, signé le 6 février 2019 entre le gouvernement centrafricain et 14 groupes armés.

Le Secrétaire général adjoint des Nations unies pour les opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, et Smaïl Chergui, le Commissaire à la paix et à la sécurité de l’UA, veulent renforcer et matérialiser l’accord politique pour la paix et la réconciliation alors que de nouvelles tensions se font ressentir.

En effet, le renversement d’Omar el-Béchir au Soudan fragilise l’accord de paix. Ce dirigeant, pourtant inculpé par la Cour pénale internationale, était en effet considéré comme « le garant moral » selon Abdoulaye Hissène, chef militaire du Front pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC). De plus, d’autres chefs de guerre estiment que le Président centrafricain Touadéra est en position de faiblesse. A ce titre, un responsable de l’ex-Seleka (coalition ethnique à coloration religieuse musulmane) considère que les groupes armés peuvent imposer ce qu’ils veulent.

La nécessité d’une mise en œuvre de l’accord de paix se fait donc sentir plus que jamais. Pour le Secrétaire général adjoint des Nations unies aux opérations de paix, il est temps de mobiliser tout le monde « pour avancer rapidement dans la mise en œuvre de l’Accord ».

Le Commissaire à la paix et à la sécurité rappelle que « le moment est venu de faire taire les armes ». Il a ajouté : « C’est l’un des objectifs de cette visite conjointe, à savoir rappeler aux uns et aux autres les responsabilités qui sont les leurs qui découlent de l’Accord de paix. Nous attendons que la paix, la stabilité, le dialogue se renforcent chaque jour ».

M. Lacroix dénonce lui aussi la violence, précisant que ceux qui y ont recours « mettent en péril l’Accord et la seule chance pour que la paix revienne en RCA ».

Selon la Mission des Nations unies en République centrafricaine (MINUSCA), le directeur Afrique de l’Union européenne, Koen Vervaeke a rejoint lundi 15 avril le Commissaire à la paix et à la sécurité de l’UA et le Secrétaire général adjoint des Nations unies pour les opérations de paix dans une mission tripartite UA-ONU-UE qui durera jusqu’au 18 avril.

Mercredi 17 avril, ces trois représentants s’entretiendront avec le Président, le gouvernement, ainsi que des représentants de partis politiques dans le cadre de la réunion du Groupe international de Soutien (GIS) à la RCA.

Soudan : le président Omar el-Béchir destitué

Omar el-Bechir. Tous droits réservés.

Un mouvement populaire sans précédent secoue le Soudan, où la population réclame depuis quatre mois le départ du président Omar el-Béchir. Les protestations se sont intensifiées à partir du samedi 6 avril avec des manifestations de masse devant les bâtiments de l’armée pour réclamer le soutien des militaires dans la mobilisation contre le président. Finalement, jeudi 11 avril, les Soudanais ont appris par le biais de l’armée la destitution de leur président. En direct à la télévision nationale, le vice-président et ministre de la Défense, Awad Ahmed Ibn Awf a déclaré à la mi-journée : « J’annonce la chute du régime et le placement en détention dans un lieu sûr de son chef ». Plusieurs cadres du régime ont également été destitués. Le militaire a par la même annoncé l’établissement d’un Conseil de transition militaire pour une période de deux ans. Par ailleurs, Khartoum est également soumise à l’état d’urgence pour trois mois, qui engendre la mise en place d’un couvre-feu et la fermeture des aéroports.

Dès le début de la journée du 11 avril, l’armée avait annoncé l’imminence d’un communiqué très important. Plusieurs médias avaient alors prédit le départ du président. Alors qu’au début de la journée les Soudanais ont célébré le potentiel départ d’Omar el-Béchir, la mainmise de l’armée et la tournure autoritaire que prend ce mouvement provoquent l’ire de la population et suscitent une nouvelle vague de tension dans le pays. Des milliers de personnes se sont rendus devant le siège du ministère de la Défense en signe de protestation. Ils réclament en effet que le pouvoir soit confié à un « gouvernement civil de transition représentant les forces de la révolution ».

Arrivé à la tête du Soudan à la faveur d’un coup d’Etat en 1989, Omar el-Béchir a pris le pouvoir avec l’aide des islamistes et a instauré dans le pays un régime islamo-militaire. Le chef d’Etat incarne est un personnage clivant et son pays connait des périodes d’isolement depuis les années 1990 en raison de sa proximité avec les milieux militants islamistes. Le président soudanais est aussi sous le coup de deux mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale, l’un émis en mars 2009 et le second en juillet 2010. Il est en effet accusé de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité suite aux exactions commises au Darfour. De plus en plus contesté au sein de son pays, Omar el-Béchir s’est retrouvé isolé et a finalement été lâché par l’armée, ce qui a provoqué sa destitution.

S’agissant des puissances internationales, la chute du vieux président est une mauvaise nouvelle pour la Russie. Khartoum représente en effet l’une des portes d’entrée de Moscou en Afrique centrale. Pour son voisin tchadien, la perspective du départ d’Omar el-Béchir peut signifier un danger moindre concernant ses frontières orientales. Il est très probable que l’Egypte, qui considère historiquement le Soudan comme son pré-carré – le pays était d’ailleurs appelé « le Soudan anglo-égyptien » – s’implique dans la transition à venir. Il ne serait pas surprenant qu’Omar el-Béchir, actuellement détenu, s’exile en Egypte. Si l’Organisation des Nations unies ne s’est pas encore exprimée publiquement à ce sujet, les ambassadeurs américain, britannique et norvégien ont appelé à la mise en œuvre d’un « plan de transition politique crédible ». Quant au ministère des Affaires étrangères français, il s’est dit « attentif à l’évolution de la solution » et souhaite que « la voix du peuple soudanais soit entendue et que les évolutions en cours se fassent sans violence ».

L’insurrection populaire pacifique aura eu raison du président âgé de 75 ans. Cet événement fait écho à l’actualité algérienne. Depuis quatre mois, les Soudanais prônent un mouvement contestataire non-violent. Pourtant, au moins 49 personnes ont perdu la vie dans des violences liées aux manifestations depuis les premiers rassemblements en décembre.

Libye : les combats se poursuivent

Des membres de l’Armée nationale libyenne, le 7 avril.
Tous droits réservés.

De combats violents secouent la Libye depuis le jeudi 4 avril. L’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal autoproclamé Khalifa Haftar s’oppose aux forces loyales au Gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale et dirigé par Fayez al-Sarraj. Le maréchal Haftar, qui contrôle l’est du pays et une partie du sud a lancé un assaut sur l’ouest, en particulier sur la capitale Tripoli où siège le GNA.

Dans un discours diffusé samedi soir, Fayez al-Sarraj a mis en garde contre la perspective d’une « guerre sans gagnant ». Il a ajouté bénéficier du soutien de toutes les régions de Libye pour faire face à l’offensive de l’ANL. Dans un pays en proie au chaos depuis 2011, cette escalade de tensions a fait au moins 32 morts et 50 blessés depuis le 4 avril selon le ministère de la Santé du GNA. D’après le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, ces événements autour de la capitale libyenne ont déplacé plus de 2 800 personnes et empêchent l’aide humanitaire d’atteindre civils et blessés.

Face aux violences, la mission d’assistance de l’Organisation des Nations unies en Libye (MANUL) a appelé au calme et a décrété dimanche une « trêve humanitaire » de deux heures dans la banlieue sud de Tripoli pour permettre l’évacuation des blessés et des civils. Le 4 avril, dans une déclaration commune, la France, l’Italie, le Royaume et les Emirats arabes unis, « préoccupés par les affrontements se déroulant en Libye », ont exhorté, sans jamais dénoncé l’agresseur, « toutes les parties à apaiser immédiatement les tensions qui entravent les perspectives de médiation politique des Nations unies ». Au contraire, rompant avec sa ligne diplomatique, les Etats-Unis se sont opposés le 7 avril à « l’offensive militaire menée par les forces de Khalifa Haftar » et ont appelé à « l’arrêt immédiat de ces opérations » mettant en danger les civils et « compromettant les perspectives d’un avenir meilleur pour tous les Libyens ». Le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, a invité les dirigeants libyens et les partenaires internationaux à reprendre les « négociations politiques menées par le représentant spécial de l’ONU ».

Malgré les demandes pour mettre fin aux hostilités, l’ANL du maréchal Haftar poursuit son offensive en direction de Tripoli. La courte trêve s’est achevée pour laisser place, dans la nuit de samedi à dimanche 8 avril, à une frappe aérienne contre l’aéroport de Mitiga, le seul aéroport fonctionnel de la capitale.

Ce raid, qui n’a fait aucune victime, n’a pas été revendiqué pour l’heure. Toutefois, l’Organisation des Nations unies l’impute à Haftar. Ghassan Salamé, l’émissaire de l’ONU « condamne l’attaque aérienne perpétrée par un avion de l’ANL ». Quant au Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, il a fermement condamné l’escalade de la violence et a appelé, dimanche 8 avril, à un arrêt immédiat de l’assaut. Son porte-parole a déclaré : « Le Secrétaire général demande instamment que toutes les opérations militaires cessent immédiatement afin de désamorcer la situation et de prévenir un conflit de grande ampleur ». Pour Antonio Guterres, il n’existe en effet aucune solution militaire au conflit libyen.

A l’issue d’une réunion avec les ministres des Affaires étrangères de l’UE au Luxembourg, Federica Mogherini, la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, a appelé « les dirigeants libyens et en particulier Haftar à mettre un terme aux activités militaires et à retourner à la table des négociations sous les auspices de l’ONU ».

Les deux hommes forts du pays se sont rencontrés à plusieurs reprises. En février aux Emirats arabes unis, soutien actif du camp de Tobrouk, al-Sarraj et Haftar s’étaient accordés pour organiser des élections avant la fin de l’année.

Cette escalade de violence survient alors qu’une conférence nationale, organisée sous l’égide de l’ONU était prévue le 14 avril dans le sud-ouest du pays. Cette réunion aurait permis de dresser une feuille de route. Alors que l’ONU a fait savoir le maintien de cette conférence, sauf cas de « circonstances majeures », elle a finalement fait savoir son annulation.

 

 

Au Mali, une paix qui se fait toujours attendre

Des soldats de la MINUSMA en patrouille à Kidal, le 23 juillet 2015. Tous droits réservés.

Au Mali, la situation dégénère. Après le massacre le 23 mars dernier à Ogossagou  ayant causé la mort d’au moins 157 villageois, l’Elysée a annoncé mardi 2 avril le décès de Marc Laycuras, médecin militaire français, lors d’une opération « de lutte contre les groupes armés terroristes ».

Déployé dans le cadre de l’opération Barkhane depuis le 12 février 2019 afin de soutenir le groupement tactique interarmes, le médecin capitaine Marc Laycuras est mort après l’explosion d’une mine au passage de son véhicule dans le centre du pays. Il est le 24ème militaire français ayant perdu la vie au Mali depuis 2013.

L’armée française était intervenue au Mali à la demande du gouvernement malien dans le cadre de l’opération Serval afin de contenir l’offensive djihadiste menaçant Bamako. En raison du caractère transfrontalier de la menace terroriste, Serval s’est achevée le 31 juillet 2014 pour laisser place à l’opération Barkhane, élargie aux pays de la bande sahélo-saharienne. Depuis plus d’un an et demi, les forces françaises mènent une série d’opérations militaires dans le nord-est du Mali et étendent leur action dans la zone frontalière avec le Burkina Faso.

En 2015, un accord de paix censé isoler les djihadistes et réconcilier les irrédentistes touaregs et le pouvoir central avait été conclu par le gouvernement malien. Pour autant, cet accord n’est toujours pas mis en œuvre et la situation s’enlise. De fait, des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et onusiennes. Le Mali connait une situation critique et les groupes terroristes se multiplient. Parmi eux, l’Etat islamique au Grand Sahara, la katiba Gourma et le groupe Ansar al-Islam.

A cette menace terroriste toujours présente s’ajoutent désormais les violences intercommunautaires. La situation au Mali suscite l’inquiétude de l’Organisation des Nations unies qui craint de nouveaux massacres. L’organisation a déployé les Casques bleus dans le centre du pays et le 3 avril, le Conseil de sécurité a encouragé Bamako à adopter une feuille de route révisée pour « parachever l’application de l’accord pour la paix et la réconciliation ». Sous la présidence du Représentant permanent de l’Allemagne, Christoph Heusgen, le Conseil de sécurité préconise l’adoption par les parties maliennes d’un calendrier « clair, réaliste et contraignant ». S’il reconnait certains progrès accomplis, notamment depuis l’investiture du président Keita en septembre 2018, l’organe de l’ONU déplore la non-application de plusieurs dispositions, en dépit de la résolution 2423 du 28 juin 2018 dans laquelle le Mali s’est engagé à mettre en œuvre la Feuille de route adoptée le 22 mars 2018. L’ONU craint que ces « délais prolongés sur le plan de l’application » engendrent un « vide politique et sécuritaire » et mettent en péril la sécurité du pays. Enfin, le Conseil prie le Secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, dans le cadre de ses rapports avec la MINUSMA (Mission multidimensionnelle des Nations unies pour la situation au Mali qui doit permettre l’application de l’accord de paix) d’intégrer dans son prochain rapport trimestriel des recommandations sur les mesures concrètes à adopter. Il préconise le renforcement de la MINUSMA afin qu’elle augmente son soutien à la mise en œuvre de l’accord de paix « sans pour autant mettre en péril la stabilité du Mali et de sa région ».

Selon le ministre de la Sécurité, Salif Traoré, 150 militaires maliens et étrangers et 440 civils ont été tués depuis trois mois. Face à l’instabilité grandissante, le président Ibrahim Boubacar Keita a annoncé des limogeages au sein de l’armée. Pour l’opposition, ces mesures ne sont pas suffisantes pour rétablir la sécurité dans le pays, et notamment au centre.

Burkina Faso : nouveaux heurts intercommunautaires visant les Peuls

Tous droits réservés.

Depuis le 31 mars, le Burkina Faso connait un regain de violences intercommunautaires dans la région d’Arbinda. Entre le 31 mars et le 1er avril, sept personnes dont au moins trois Peuls ont été tuées et quatre autres blessées au Burkina Faso, près de la frontière malienne. Cet événement fait suite au massacre au Mali ayant causé la mort de 160 Peuls le 23 mars dernier.

A Ouagadougou comme à Bamako, les tensions envers les Peuls et les autochtones agricoles dégénèrent. Les Peuls sont traditionnellement des éleveurs nomades de confession musulmane, très présents en Afrique de l’Ouest.

Le colonel Peguy Hyacinthe Yoda, gouverneur de la région du Sahel a annoncé que le 31 mars, des hommes armés, venus des villages frontaliers du Burkina Faso et du Ghana, se sont introduits dans le village d’Hamkane. Ils ont abattu le chef coutumier du village ou « Cheikh » (chef religieux en arabe), son fils et son cousin, les trois hommes appartenant au groupe ethnique fulsé. La quatrième victime a été retrouvée dans un village voisin. Le ministère chargé de l’administration territoriale évoque un problème de « chefferie coutumière ».

A l’issue de l’attaque, Ouagadougou a déployé ses forces de défense et de sécurité afin de sécuriser les lieux et rechercher les auteurs de l’attaque. Peguy Hyacinthe Yoda a assuré que « la situation est maitrisée et sous contrôle » et affirme que les forces de défense « mènent des patrouilles dans le village pour rassurer les populations ». Les ministres de la Défense national et de l’Administration du territoire et de la Cohésion nationale se sont également rendus sur place.

Pour autant, durant l’inhumation du cheikh lundi 1er avril, des habitants, en pensant identifier les meurtriers de la veille, se sont livrés à un véritable lynchage et ont tué trois hommes d’origine peule. Selon un bilan provisoire au 3 avril 2019, ces affrontements ont fait 36 victimes. Parmi elles, 19 Fulsés et 17 Peuls. En sus des violences, ces heurts ont engendré l’incendie de deux huttes et d’une maisonnette.

Dans la région, les heurts entre les différentes communautés sont fréquents. En janvier dernier, l’un d’entre eux avait causé le décès de trois personnes, dont un ancien maire.

Aux affrontements communautaires s’ajoutent depuis plus de quatre ans des attaques djihadistes régulières et meurtrières. Les tensions communautaires sont exacerbées avec le ralliement de certains Peuls à des groupes djihadistes. Cette situation favorise l’amalgame entre Peuls et djihadistes et incite la population à opérer des représailles sur les Peuls comme au début du mois de janvier 2019, dans la commune de Yirgou dans le centre du pays. Malgré une enquête en cours, aucune arrestation n’a eu lieu.

Alors que le gouvernement estime à 48 le nombre de morts lors d’affrontements communautaires ou de représailles contre la communauté peule depuis le début de l’année 2019, la société civile en recense plus de 200. Les ONG déplorent la situation qui a engendré le déplacement forcé des Peuls qui doivent notamment fuir en direction des grandes villes. Malgré la présence des forces de sécurité et de défense dans la région, la peur anime les habitants de la région.

Algérie : espoir et incertitudes – par Mustapha BENCHENANE

Un article de Mustapha BENCHENANE, docteur d’Etat en science politique, conférencier au Collège de l’OTAN et éditorialiste à l’institut FMES.

Manifestation à Alger, le 22 mars 2019.
Tous droits réservés.

Le « Printemps arabe » (à partir de 2011) a concerné plusieurs États arabes, de la Tunisie à la Syrie, de l’Égypte au Yémen. Il s’agissait soit de révoltes – Tunisie, Égypte, Bahreïn – soit de guerres civiles – Syrie, Libye, Yémen. Le Maroc a fait face en maintenant le mouvement qui s’était constitué dans des limites étroites en se servant d’arguments à caractère religieux : le roi « Commandeur des croyants » et « descendant du Prophète ». Quant à l’Algérie, tout le monde s’interrogeait : « pourquoi rien ne se passe dans ce pays ? « .

La singularité algérienne :

 Ceux qui s’étonnaient ainsi avaient oublié deux choses : d’une part l’Algérie avait vécu avant tous les autres « son » printemps, en octobre 1988. Cette année-là, des émeutes avaient éclaté dans plusieurs villes d’Algérie et l’armée avait tiré sur le peuple alors qu’elle se présentait comme « Armée Nationale Populaire  » (ANP). De ces événements est née une singularité algérienne : c’est le pouvoir qui a octroyé des libertés : dans la presse, l’opinion publique, les partis politiques. Il a fait preuve d’intelligence : la liberté d’expression comme soupape de sécurité et non une menace pour le régime. D’autre part, on ne peut pas comprendre l’inertie du peuple algérien, si l’on n’a pas à l’esprit la décennie tragique des années 1990 : un conflit interne au cours duquel la violence, sous toutes ses formes, s’est déchaînée et a frappé sans quartier tout le peuple de ce pays. Ce traumatisme profond explique en grande partie la torpeur, la léthargie dans lesquelles était plongée la population de ce pays. La candidature de A. Bouteflika pour un cinquième mandat a eu l’effet d’un électrochoc salutaire : des millions d’Algériens se sont réveillés et se sont mis en marche pour s’opposer à un diktat révélateur, selon eux, du mépris dans lequel les gouvernants les tenaient.

Tout ce qui a été si longtemps refoulé, mis sous le boisseau, resurgit mais pacifiquement jusqu’à présent. Les Algériens qui souffraient « chacun pour soi » redécouvrent qu’ils sont capables de vouloir, ensemble, la même chose : le départ du président.

L’armée, arbitre et décideur.

La singularité algérienne, c’est aussi la place et le rôle de l’armée. En effet, depuis 1962, elle est l’épine dorsale du régime qu’elle incarne.

Pour autant, l’approche réductrice de ceux qui se contentent d’affirmer : « le régime des généraux corrompus qui détournent à leur profit la rente pétrolière », ne recouvre pas la réalité dans toute sa complexité. D’une part, l’armée n’est plus un monolithe. Tous les généraux ne sont pas corrompus et, dans ce domaine, la société civile est elle aussi atteinte par ce mal. D’autre part, l’ANP de 2019 n’est plus celle que dirigeait le président Boumediene qui était son chef, reconnu comme tel par tous.

L’Armée Nationale Populaire (ANP) s’est toujours présentée comme « la digne héritière de la glorieuse Armée de Libération Nationale » (ALN). C’est par l’armée, grâce à elle et par elle que s’est constitué l' »État » algérien depuis l’indépendance. Elle était la seule force organisée. L’armée algérienne n’est donc pas la « grande muette » comme c’est le cas en France et dans les pays à régime démocratique. Elle a ouvertement procédé à plusieurs coups d’État : le premier, dès 1962 contre le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA), puis en juin 1965 quand le chef de l’ANP, le colonel Boumediene, a renversé le Président Ahmed Ben Bella. Elle est de nouveau intervenue en 1992 lorsque les « islamistes » du Front Islamiste du Salut (FIS) ont remporté le premier tour des élections législatives. Elle a empêché le déroulement du second tour. Son rôle a été vital pour le pays durant la décennie 1990 dans la lutte contre le terrorisme « islamiste ». Il ne faut donc pas s’étonner de la voir intervenir aujourd’hui encore dans le champ politique par les déclarations du chef d’état-major Gaïd Salah qui réclame l’application de la Constitution pour faire partir A. Bouteflika. Ce faisant, il viole lui-même la Constitution car selon cette « loi suprême » ce n’est pas à lui qu’incombe une telle initiative mais au président du Conseil constitutionnel. En fait, et cela en quelques semaines, il y a eu deux coups d’État : d’abord la décision de reporter les élections, ensuite l’intrusion du Général Gaïd Salah pour obtenir le départ de son chef. Selon la Constitution, le Conseil constitutionnel aurait dû se réunir « de plein droit » et proposer à l’unanimité au Parlement de déclarer l’état d’empêchement du Président de la République (article 88). Mais on risque de ne pas comprendre grand-chose au fonctionnement de ce régime si l’on s’en tient à la référence au Droit.

Un mouvement sans boussole :

 La Constitution en tant que concept qui fonde la légitimité du pouvoir politique est un produit d’importation dans le « Monde musulman » et pas seulement en Algérie. Ces pays se sont dotés de cette « loi fondamentale » d’où découle tout l’édifice institutionnel, sans en avoir l’intelligence. Ce qui prévaut dans ces pays est aux antipodes de l’État de droit. En effet, un pouvoir qui ne respecte aucune règle inflige une forme de violence au peuple qui se sent méprisé, humilié. À partir de cette réalité qui, tôt ou tard, devient insupportable, le meilleur et le pire peuvent advenir. Dans le premier cas, un changement de régime sans effusion de sang. Dans la seconde configuration, la plus effroyable, une guerre civile comme c’est le cas en Syrie. Cette tragédie pourrait être épargnée au peuple algérien, car il a la mémoire de ce qui s’est passé durant la décennie 90, c’est à dire un conflit interne qui a mené le pays au bord de l’implosion. Il convient aussi d’avoir à l’esprit une réalité : ceux qui manifestent contre le régime ne sont pas forcément tous des démocrates…Les plus nombreux se révoltent parce qu’ils n’en peuvent plus de vivre dans un pays où, selon leur perception, il y a d’un côté ceux qui s’enrichissent, souvent par la corruption, alors que d’autres sont condamnés au chômage et, pour certains, à braver la mort en traversant la Méditerranée dans des « coquilles de noix ». En tout état de cause, il ne s’agit pas d’une révolution. En effet, il manque le substrat intellectuel, culturel. Par exemple, les changements politiques majeurs – les révolutions – en Europe, en particulier en France (1789), ont été préparés en amont par la philosophie des Lumières. Il y a eu aussi une alliance de forces politiques qui avaient le même objectif. Des leaders ont émergé de ce mouvement irréversible, et ils avaient un programme propre à mobiliser le plus grand nombre de personnes. Ce n’est le cas ni en Algérie, ni dans aucun pays dit du « printemps arabe ». Souhaitons néanmoins que ces événements constituent l’une des étapes du long et difficile processus d’apprentissage de la culture démocratique.

*     *

*

Quelle sera l’issue de ce mouvement ? Pour l’heure, il semble irréversible car le peuple algérien a réussi à extirper de son esprit la peur qui le paralysait. Mais tant qu’il sera inorganisé, sans programme et sans leader, il ne représentera pas une véritable alternative à la situation qui prévaut depuis des décennies, c’est à dire bien avant l’arrivée au pouvoir de A. Bouteflika en 1999. L’Algérie indépendante n’a produit ni femmes, ni hommes d’État. Elle souffre de l’incompétence et de la corruption de la plupart des membres de sa « classe politique ». Cette corruption concerne la société dans son ensemble. Le mal est profond et seul un changement des mentalités constituerait le remède approprié. Mais pour cela, il serait urgent de revoir de fond en comble le système éducatif. Dans ce domaine, vital pour l’avenir du pays, il y a de nombreuses oppositions, celle des « islamistes » n’étant pas la moindre. On retrouve alors le problème de l’identité dont la caractéristique est la fragmentation qui semble « oubliée » dans l’élan lyrique de la révolte contre le régime.

La visite du pape François au Maroc en faveur de la paix et d’une société multiculturelle

Le pape François et le roi Mohammed VI au Palais royal de Rabat au Maroc, le 30 mars.
Tous droits réservés.

Les 30 et 31 mars, le pape François a effectué une visite au Maroc, sa première au Maghreb. Placée sous le thème « Pape François : Serviteur d’Espérance », cette visite du souverain pontife s’est déroulée sous le signe du développement interreligieux, de la compréhension mutuelle entre les fidèles et de la promotion des valeurs de paix et de tolérance.

L’Eglise catholique compte environ 30 000 fidèles au Maroc, pour la plupart des expatriés français et européens et des migrants originaires d’Afrique subsaharienne. Parmi eux, entre 4 000 et 8 000 sont des chrétiens marocains selon l’Association des chrétiens marocains (ACM). Depuis 2017, ces convertis réclament le droit de vivre « sans persécution » et « sans discrimination ». Pour autant, le Maroc fait partie des rares pays musulmans garantissant la conversion comme un droit, contrairement aux Emirats arabes unis (où le pape s’est rendu en février dernier) où cet acte peut encourir la mort. Pour autant, ni le souverain pontife ni le monarque chérifien n’ont fait allusion aux milliers de Marocains discrètement convertis au catholicisme.

Lors de sa première journée, le pape s’est entretenu avec le roi Mohammed VI. Alors que le monarque marocain a assuré protéger « les Juifs marocains et chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc », le souverain pontife a plaidé, devant 25 000 personnes rassemblées sur la grande esplanade de la mosquée Hassan à Rabat en faveur de « la liberté de conscience » et « la liberté religieuse ». La rencontre entre les deux hommes a été marquée par la signature de « l’Appel d’Al Qods ». Le roi Mohammed VI, en tant que président du Comité Al Qods et le souverain pontife entendent « conserver et promouvoir le caractère spécifique multi religieux, la dimension spirituelle et l’identité particulière de la ville sainte ». En effet, les deux considèrent important de préserver Jérusalem comme « patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue ». Cet appel s’inscrit alors que la ville connait une judéisation, notamment par la reconnaissance par certains Etats, en premier lieu les Etats-Unis, de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Le pape a également fait des migrations l’un des fers de lance de sa papauté et de sa visite au Maroc. Ainsi, il a fait la rencontre de 80 migrants dans un centre humanitaire Caritas où il a mis en garde contre « l’indifférence et le silence ». Il a, par la même, prôné une « immigration sûre, ordonnée et régulière », dans l’esprit du Pacte de Marrakech des Nations unies, signé le 10 décembre dernier. Depuis quelques années, le Maroc est devenu le premier pays de départs clandestins des migrants africains en direction de l’Europe. Ces migrants ont d’ailleurs transformé le visage de l’Eglise catholique dans le pays et ont été très mobilisés à l’occasion du voyage du pape à Rabat.

Dimanche, après un discours à la cathédrale Saint-Pierre, le pape a clôturé son séjour avec une messe au Complexe sportif Moulay Abdellah à Rabat où plus de 10 000 fidèles ont fait le déplacement. En ce quatrième dimanche de carême, le souverain pontife a mis en garde contre le prosélytisme : « les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse ». La requête du pape résonne dans un pays où le prosélytisme actif auprès de musulmans peut valoir jusqu’à trois ans de prison et ce, en dépit du droit à la conversion. La visite du pape s’achève avec ces paroles adressées à l’audience : « Je voudrais vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue avec nos frères et sœurs musulmans et contribuer à rendre visible cette fraternité universelle ».

L’événement a été massivement relayé par la presse marocaine et arabe. TelQuel souligne le caractère international de cette rencontre et la diversité du culte qui mêle différentes nationalités tandis que Le Courrier de l’Atlas évoque une « visite historique ». Quant au journal Le 360, il considère cette visite comme un « événement planétaire retentissant ». Le journal libanais L’Orient-le Jour note que « pour une nouvelle fois, le chef des catholiques a plaidé pour la tolérance religieuse et la coexistence pacifique des croyants ». Enfin, le média qatari Al Jazeera souligne la priorité du pontife argentin de faire de l’amélioration des relations avec les autres religions une « priorité ».

Si le nombre de chrétiens était dix fois supérieur avant l’indépendance au Maroc et qu’il ne représente aujourd’hui qu’1% de la population, le déplacement du souverain pontife à Rabat a une portée symbolique et adresse un message fort en faveur d’un dialogue de paix et d’un vivre ensemble entre les différentes confessions.

Première tournée en Afrique de l’Est pour Emmanuel Macron

Le président Macron avec son homologue djiboutien, Ismail Omar Guelleh, devant le palais royal de Djibouti, mardi 12 mars 2019.
Tous droits réservés.

Arrivé lundi 11 mars 2019 au soir à Djibouti, le Président de la République Emmanuel Macron entame une tournée diplomatique de quatre jours en Afrique de l’Est.

Il s’agit de la première visite d’un chef de l’Etat français à Djibouti depuis Nicolas Sarkozy en 2010 et de la première tournée africaine dans la région depuis 1966. Les entretiens porteront sur l’environnement, la culture, l’économie et la sécurité.

Depuis son élection, Emmanuel Macron a témoigné son attachement envers le continent africain. A l’université de Ouagadougou en novembre 2017, le Président français a déclaré : « La France entretient avec l’Afrique un lien historique indéfectible, pétri de souffrance, de déchirements, mais aussi si souvent de fraternité et d’entraide. L’Afrique est gravée dans la mémoire française, dans la culture, dans l’Histoire, dans l’identité de la France ». Ainsi, à l’occasion de la visite du chef de l’Etat, l’Elysée estime que « nous devons créer une nouvelle relation avec l’Afrique ».

Paris et Djibouti sont liés par une relation historique. Ancienne colonie française, Djibouti est un allié stratégique de la France. Toutefois, ces dernières années, le pays ressent un abandon progressif de la part de Paris. Par sa visite, Emmanuel Macron entend ainsi réaffirmer la présence française. A ce titre, le Président français s’entretiendra avec son homologue Ismaïl Omar Guellah puis visitera la base militaire. Cette dernière regroupe le plus gros contingent français du continent africain, avec un effectif de près de 1 500 personnes.

La visite d’Emmanuel Macron s’inscrit dans une période où l’Afrique de l’Est, par son positionnement géographique stratégique, fait l’objet de convoitises par les puissances étrangères. Placé à la corne de l’Afrique, Djibouti représente un carrefour qui abrite des bases américaine, japonaise et surtout chinoise qui y a ouvert en 2017 sa première base à l’étranger. L’influence de Pékin dans les domaines économique, militaire et politique s’accroit dans cette zone et s’inscrit dans le cadre des nouvelles routes de la soie. Alors que Paris entend conserver son influence dans la région, la visite présidentielle intervient dans un contexte de recomposition régionale. Ethiopie et Erythrée, frères ennemis et voisins directs, sont parvenus à instaurer une paix entrainant la fin de l’embargo et des sanctions internationales envers Asmara. Toutefois, le différend entre l’Erythrée et Djibouti n’a pas été réglé, cette dernière accusant l’Erythrée d’occuper une partie de son territoire et de détenir 13 de ses soldats.

Après Djibouti, Emmanuel Macron est attendu en Ethiopie mardi 12 mars pour y visiter les églises de Lalibela, classées au patrimoine mondial de l’Unesco. Face à l’érosion dont elles sont victimes, le Président français avait promis au Premier ministre éthiopien en octobre dernier la mise en place d’un accord franco-éthiopien de protection de ces monuments. Durant son séjour, le Président de la République rencontrera mercredi matin les dirigeants de l’Union africaine puis se rendra au Kenya afin d’assister au sommet pour le climat One Planet Summit. La présence de la ministre des Armées, Florence Parly, illustre la dimension sécuritaire de ce voyage. De plus, deux délégations de chefs d’entreprises se déplaceront également en Ethiopie et au Kenya. Parmi eux, se trouvent les dirigeants de Total, Bolloré, L’Oréal, EDF, Engie ou encore, Peugeot.

 

 

Intervention des forces françaises au Tchad : les explications de la ministre des Armées

 

Florence Parly.
Tous droits réservés.

Le 20 février 2019, la ministre française des Armées, Florence Parly, s’est exprimée devant la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat à propos de l’intervention de la France au Tchad.

En effet, au début du mois de février 2019, les autorités tchadiennes ont demandé à Paris d’intervenir afin de lutter contre des groupes armés venus de Libye. Du 3 au 6 février dernier, les forces armées françaises sont intervenues dans le nord-est du pays, à l’aide d’avions déployés dans le cadre de l’opération Barkhane. Le Parlement a été officiellement informé conformément à l’article 35 de la Constitution de 1958. En sus des liens historiques entre Paris et N’djaména, la stabilité dans cette région fragile est un enjeu majeur pour la France. A ce titre, Idriss Déby, Président tchadien au pouvoir depuis 28 ans est un allié stratégique et un gage de stabilité.

A l’issue de l’opération, le ministère des Armées a fait savoir que ses forces sont parvenues à empêcher l’incursion d’une cinquantaine de pickups, rappelant que « les forces armées tchadiennes sont un partenaire essentiel de la France dans la lutte contre le terrorisme, tant au Mali, au sein de la Minusma, qu’au sein de la force conjointe du G5 Sahel qu’au travers de son engagement contre Boko Haram ». N’djaména accueille en effet la flotte française d’avions de chasse ainsi que le poste de commandement de l’opération Barkhane.

Face aux interrogations suscitées par cette action « conforme au droit international », Florence Parly a précisé devant le Sénat : « notre aide a d’abord pris la forme de renseignements, puis de démonstrations de forces (…) destinés à impressionner l’adversaire. Dans un troisième temps, nous avons procédé à des frappes aériennes pour arrêter la progression de cette colonne, qui s’était enfoncée ». S’agissant de l’opération Barkhane, elle poursuit : « Cette intervention est sans rapport avec l’opération Barkhane, dont le mandat consiste à lutter contre le terrorisme au Sahel ». Alors que l’intervention au Tchad est pour le moment « interrompue », la ministre des Armées estime qu’elle est « juste ».

L’action française s’inscrit dans une logique de lutte contre les foyers terroristes dans la région. La déstabilisation d’un pays impliqué dans ce combat aurait des conséquences inquiétantes pour toute la région, la France tient donc à éviter un tel scénario.

Si l’action militaire a permis d’éviter une incursion ennemie, Florence Parly se dit toutefois « convaincue que la solution au Sahel n’est pas militaire, mais politique ». L’aide au développement, l’organisation d’élection libres et la prise de conscience des dirigeants locaux sont des objectifs à atteindre pour parvenir à sécuriser la région.

Accord pour des élections en Libye

Le maréchal de l’Armée nationale libyenne, Khalifa Haftar, le président du Parlement libyen basé à Tobrouk, Aguila Saleh Issa, le chef du Gouvernement d’accord national Fayez al-Sarraj et le président du Haut Conseil d’Etat libyen Khaled Mechri, lors d’un congrès international.
Tous droits réservés.

Jeudi 28 février 2019, la Mission d’appui des Nations unies en Libye (MANUL) a annoncé un nouvel accord sur l’organisation des élections en Libye. A Abu Dhabi, une rencontre organisée sans annonce préalable par l’Envoyé spécial de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé, a permis de réunir les deux hommes forts du pays : Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar. Dans un communiqué, la MANUL a déclaré : « Les deux parties se sont entendues sur la nécessité de mettre fin à la période de transition à travers des élections générales mais aussi sur les moyens de préserver la stabilité de la Libye et d’unifier ses institutions ».

L’appareil d’Etat libyen s’est écroulé à la chute du « Guide suprême » Mouammar Kadhafi en 2011, laissant le pays dans l’instabilité. A la situation économique alarmante se sont ajoutés l’émigration massive en direction de l’Europe et l’installation de multiples foyers terroristes. Le pays est le théâtre de luttes d’influence et deux autorités se disputent le pouvoir depuis de longs mois : Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar. Le premier est à la tête du Gouvernement d’accord national (GAN), reconnu par l’ONU et basé à Tripoli tandis que le maréchal Haftar, chef autoproclamé de l’Armée nationale libyenne (ANL), contrôle l’est du pays et est soutenu par la Chambre des représentants élue lors des élections du 25 juin 2014, et installée à Tobrouk. Un accord entre les deux hommes est nécessaire pour organiser des élections et parvenir à un retour à la sécurité.

Bien qu’aucun calendrier n’ait été communiqué à l’issue de la réunion, la rencontre est considérée comme une avancée significative, tant la communauté internationale peine à réunir les deux rivaux. Paris et Rome se sont ainsi disputé le dossier libyen : le président français Emmanuel Macron était parvenu à réunir Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar en mai dernier. A Paris, les deux hommes s’étaient déjà accordés pour organiser des élections présidentielles avant la fin de l’année 2018, sans effet concret. Ancienne puissance coloniale et partenaire historique de la Libye, l’Italie a tenté de régler cette question en organisant en novembre 2018 une conférence internationale à Palerme. Malgré la présence des deux hommes, le bilan de la conférence de Palerme fut mitigé, le maréchal Haftar ayant boudé les réunions.

Alors que Fayez al-Sarraj se montre affaibli, notamment au sein de son camp, Khalifa Haftar s’est lancé depuis le début de l’année 2019 à la conquête du sud du pays. Dans cette région, historiquement marginalisée par le pouvoir et devenue un repaire pour les djihadistes, le maréchal est parvenu à rallier les tribus locales. La rencontre des deux hommes s’est de plus déroulée à Abu Dhabi, soutien historique du camp Haftar. Dans une logique diplomatique, les Emirats arabes unis entendent s’ériger en médiateur et prouver qu’ils sont capables de régler la situation en Libye alors que les Occidentaux n’y sont pas parvenus.