Afrique du Nord

Béatification des martyrs chrétiens d’Algérie : symbole rare d’une unité dans le souvenir des années noires.

L’envoyé du pape, le cardinal Angelo Becciu, lors de la béatification de 19 religieux tués en Algérie. Oran, le 8 décembre 2018.
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Samedi 8 décembre 2018, s’est tenue à Oran la béatification de 19 religieuses et religieux de l’Eglise catholique d’Algérie, assassinés entre 1994 et 1996 durant la décennie noire.  Il s’agit de la première béatification célébrée dans un pays à très grande majorité musulmane.
Dans l’église de Santa-Cruz sur les hauteurs d’Oran en présence de plus de 1 200 personnes, le cardinal Angelo BECCIU, Envoyé de Rome, a présidé la cérémonie de béatification de Mgr Pierre CLAVERIE, évêque d’Oran et ses compagnons, dont les sept moines de Tibhirine. Au total, quinze Français, deux Espagnoles, un Belge et une Maltaise ont été honorés.

Jean-Paul VESCO, évêque d’Oran a demandé une minute de silence « en hommage au peuple algérien et à ses dirigeants qui ont réussi à retrouver le chemin de la paix malgré des blessures encore si douloureuses ». En effet, la décennie noire a meurtri l’Algérie, les violences atroces entre l’armée et les islamistes ayant causé la mort d’au moins 200 000 Algériens auxquels se joignent ces 19 religieux, attachés à l’Algérie qu’ils n’ont pas souhaité quitter malgré le danger.
A travers son message lu, le pape François envoie ses « encouragements fraternels pour que cette célébration aide à panser les blessures du passé et crée une dynamique nouvelle de la rencontre et du vivre-ensemble ». Le pape espère que « cet événement inédit (…) dessinera un grand signe de fraternité dans le ciel algérien à destination du monde entier. » L’Evangile de l’Annonciation a été chanté en arabe par le père Thierry BECKER, ancien adjoint de Pierre CLAVERIE. Cette cérémonie a réuni les familles des martyrs, les principaux imams du pays, les représentants du gouvernement algérien dont le ministre des Affaires religieuses et le wali d’Oran, le secrétaire d’Etat français aux affaires étrangères, les membres de la délégation papale et les représentants des congrégations religieuses catholiques.
Plus tôt dans la journée et en présence du cardinal Angelo BECCIU, la Grande mosquée d’Oran a également rendu hommage aux 114 imams qui se sont élevés contre le terrorisme pendant la guerre civile.
La béatification par l’Eglise catholique de ces « bienheureux » aurait pu être incomprise par l’opinion publique algérienne. Pourtant, cet événement a bénéficié d’un accueil très positif. A Santa Cruz, de nombreux journalistes algériens ont assisté pour la première fois à une messe catholique. L’événement a été vivement salué dans la presse. El Watan, grand quotidien algérien a titré le dimanche 9 décembre : « Béatification des 19 religieux catholiques à Oran : sous le signe de la fraternité et de la communion » tandis qu’en une d’El Moujahid, organe de presse proche du FLN figurait : « Amitié et fraternité ». Algérie Presse Service considère cette béatification comme « un symbole du vivre ensemble » et y voit « une belle communion interreligieuse entre chrétiens et musulmans, bien loin des images de haine et d’intolérance ». Pour le Quotidien d’Oran, « les blessures sont en train d’être cautérisées par tous ceux qui les ont vécues, sans discernement de religion ».
La décennie noire renvoie toujours à un passé douloureux. Cette béatification, bien reçue, est le symbole d’une fraternité entre deux peuples dont les histoires sont très souvent mêlées. A cette occasion, l’esplanade du sanctuaire de Santa Cruz a été inaugurée et baptisée « Place du vivre ensemble dans la paix ». Selon François VAYNE, auteur du livre « Tout simplement là » sur ces martyrs estime qu’ « avec cette béatification, c’est comme si l’Eglise algérienne était née une seconde fois. Elle est modeste mais avec ce sang mêlé entre chrétiens et musulmans, elle est à présent pleinement reconnue, elle n’est plus étrangère ».

Préoccupée par la crise migratoire, l’UE s’implique en Libye

 

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Le 10 décembre 2018, le Conseil européen a adopté des conclusions sur la Libye.

La conférence de Palerme, organisée par l’Italie, s’est déroulée il y a plus d’un mois. Si elle a permis de réunir les principaux protagonistes du dossier libyen, son bilan est mitigé. Le Conseil européen souligne toutefois qu’à Palerme, « les dirigeants libyens et la communauté internationale ont exprimé leur soutien sans réserve aux efforts que déploient les Nations unies en faveur d’un processus politique pris en charge par les Libyens ». En effet, le statu quo actuel est source d’instabilité et d’insécurité « pour les Libyens, leurs voisins et la région toute entière ». Pour ce faire, l’Union européenne soutient pleinement les actions menées par les Nations unies afin d’établir une situation stable dans le pays et l’accompagnera  dans son adaptation des volets politique, économique et sécuritaire. Face à l’impasse politique dans laquelle se trouve la Libye, l’UE demande à tous les acteurs libyens – dont la Chambre des représentants et le Haut Conseil d’Etat – de « coopérer de manière constructive avec le gouvernement d’entente nationale à la réalisation des objectifs arrêtés à Palerme, y compris la tenue en Libye de la conférence nationale au début de 2019, de progresser sur la question du cadre constitutionnel et législatif nécessaire et de mener à bien les processus constitutionnel et électoral d’ici le printemps 2019 ».

A travers une action diplomatique et un soutien important, l’UE maintient ses relations avec la Libye et agit en faveur de sa transition politique. Elle soutient les efforts entrepris par l’ONU et son représentant spécial, Ghassan SALAME. Depuis le début de la crise, l’UE apporte son soutien à Tripoli et a accordé près de 70 millions d’aide, principalement par le biais de l’Instrument européen de voisinage. Cette somme permet d’encadrer une vingtaine de projets dans différents secteurs tels que la société civile, la gouvernance, la santé, l’économie, l’éducation ou encore les activités de sécurité et de médiation.

La situation en Libye est une préoccupation essentielle de l’Union européenne. Outre les actions menées par la cellule de planification et de liaison et des missions telles que l’EUBAM, mission d’assistance aux frontières, l’opération EUNAVOR MED Sophia, lancée en juin 2015, doit apporter une réponse globale à la crise des migrations et des réfugiés. Cette opération a permis de sauver 45 000 personnes. La stabilisation dans le pays est primordiale, d’autant plus que l’UE se dit concernée par « la violation persistante du droit international humanitaire et des droits de l’homme, y compris les violences sexuelles et à caractère sexiste ». Les Etats-membres, dans leurs conclusions, affirment continuer à aider les Libyens « à faire face aux défis migratoires, en vue notamment de lutter contre le trafic de migrants et la traite des êtres humains ».

En 2017, l’UE a fourni 10 millions d’euros destinés au financement humanitaire et a mobilisé 286 millions d’euros pour des projets liés à la migration, dont 266 au titre du Fonds fiduciaire d’urgence de l’UE pour l’Afrique.

Union européenne – Egypte : une coopération solide

Federica MOGHERINI et Abdel Fattah AL-SISSI en Egypte, en 2015.
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Le 10 décembre 2018, Le Conseil de l’Union européenne a publié un rapport sur ses relations avec l’Egypte. Les domaines de coopération entre les deux parties sont variés et concernent notamment le développement socio-économique, la recherche scientifique, l’énergie, la migration, la lutte contre le terrorisme et les problèmes régionaux.

Les relations diplomatiques entre l’Egypte et l’Union européenne remontent à 1966. Un accord d’association, signé le 25 juin 2001 et entré en vigueur le 1er juin 2004, lie les deux parties. Le Conseil d’association UE-Egypte a permis d’adopter les nouvelles priorités de partenariat. Le rapport publié couvre la période allant de juin 2017 à mai 2018 et mentionne les objectifs fixés dans les priorités de partenariat 2017-2020 adoptées le 25 juillet 2017.

Le Conseil européen souligne que les objectifs sont atteints et se félicite du succès de cette coopération. Johannes HAHN, commissaire européen chargé de la politique européenne de voisinage et des négociations d’élargissement a déclaré : « Au cours de la dernière année, nous avons intensifié nos actions pour soutenir l’Egypte dans la réforme de son économie, œuvrant pour une croissance durable et inclusive (…). L’UE continuera à aider l’Egypte à relever les défis socio-économiques et continuera à œuvrer de concert pour la stabilité et la prospérité de la région ». Pour la Haute représentante de l’UE, Federica MOGHERINI, « L’Egypte, sa stabilité et son développement sont essentiels pour l’Union européenne, ses Etats membres et l’ensemble de la région. C’est pourquoi nous avons signé nos priorités de partenariat et renforcé notre engagement déjà fort pour le peuple égyptien ».

L’UE constitue la principale source d’investissements directs étrangers pour l’Egypte à hauteur de 60%. Elle fait office de premier partenaire commercial de l’Egypte concernant les importations (machines, équipements de transport) et les exportations (pétrole et produits miniers, produits chimique et secteur textile).  L’ensemble des engagements d’assistance financière de l’UE en faveur de l’Egypte est estimé à plus de 1,3 milliard d’euros de dons. Cette somme est destinée au développement social et économique du pays à plusieurs niveaux mais contribue aussi à l’amélioration de la gouvernance et des droits de l’homme. Le Caire est également le deuxième bénéficiaire de l’instrument européen de voisinage après Rabat. L’UE joue un rôle important de soutien à la société civile égyptienne et aux droits de l’homme à travers l’Instrument européen pour la démocratie et les droits de l’homme (IEDDH). Avec la France, le pays entretient du même fait des relations étroites. En témoigne la présence de la Ministre des Armées Florence PARLY au premier salon de l’armement égyptien.

Au cours de cette dernière année, l’engagement de l’UE envers l’Egypte a été réaffirmé. L’Egypte, en tant qu’acteur régional fort, continue de s’engager sur des questions régionales et internationales telles que l’Union africaine – qu’elle présidera en 2019 – les questions syrienne et libyenne ou encore le processus de paix au Moyen-Orient. Le pays dirigé par Abdel Fattah AL-SISSI est un allié incontournable de l’UE s’agissant de la question migratoire. Toutefois, des défis subsistent en matière d’état de droit, de droits de l’homme ou de libertés fondamentales, le régime du maréchal AL-SISSI étant souvent pointé du doigt sur ces questions.

Le prochain Conseil d’association UE-Egypte se tiendra le 20 décembre à Bruxelles, où se poursuivront les discussions relatives à ce partenariat.

Sahara Occidental : un tour pour rien ?

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La table ronde sur le Sahara occidental s’est déroulée les 5 et 6 décembre 2018 au Palais des Nations au siège des Nations Unies à Genève. Initiée par l’Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara occidental, Horst KOHLER, cette rencontre a réuni le Front Polisario, le Maroc, la Mauritanie et l’Algérie. Elle permet de faire renaitre un processus bloqué depuis 2012.

La première séance de cette table s’est déroulée conformément à la résolution 2440 du Conseil de sécurité de l’ONU du 31 octobre 2018 qui enjoint le Maroc et le Front Polisario, les deux parties au conflit, à reprendre les négociations. Elle a été présentée par l’ONU comme « un premier pas vers un processus renouvelé de négociations en vue de parvenir à une solution, juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidental ». Cet événement a suscité de vifs espoirs d’autant plus qu’en octobre dernier, le Conseil de sécurité a prorogé sa mission au Sahara occidental pour une durée supplémentaire de 6 mois.

Le Sahara occidental représente un territoire de 266 000 kilomètres carrés. Ancienne colonie espagnole, la République arabe sahraouie démocratique (RASD) déclare son indépendance en 1976. Toutefois, le Maroc contrôle toujours 80% de son territoire. Le Sahara occidental fait l’objet de tensions dans la région, notamment entre l’Algérie et le Maroc.

Alors que le Secrétaire général de l’ONU Antonio GUTERRES les avait exhortés à se présenter « de bonne foi et sans pré conditions » comme le stipule la résolution 2440, Maroc et Front Polisario ont campé sur leur position. Nasser BOURITA, ministre des Affaires étrangères marocain a relevé la « très bonne atmosphère » durant les discussions mais a prévenu que le royaume chérifien n’était « pas prêt à s’engager dans des réunions sans fin ». De plus, il affirme que « l’autodétermination est une chose, le référendum en est une autre. L’autodétermination se fait par les négociations. Le référendum n’est pas à l’ordre du jour ». Le Front Polisario par la voix de sa représentante en Suisse, Omeima MAHMOUD ABDEL SALAM, a réitéré le rejet du peuple sahraoui de toute solution « en dehors de l’exercice de son droit inaliénable à l’autodétermination ». Le président du « Parlement » sahraoui Khatri ADDOUH a quant à lui déclaré : « si les Marocains ont vraiment la réelle volonté d’en finir avec cela et de façon plus rapide qu’en organisant un référendum, ils doivent reconnaitre la République sahraouie ».

Dans un communiqué du 6 décembre, après « ces deux jours de discussions intenses », l’ancien président allemand Horst KOHLER s’est félicité que les parties se soient « engagées ouvertement et dans un esprit de respect mutuel ». Il poursuit : « Toutes les délégations ont reconnu que la coopération et l’intégration régionale, plutôt que la confrontation, étaient les meilleurs moyens de relever les nombreux et importants défis auxquels la région est confrontée ». Selon lui, aucune partie n’aurait intérêt à maintenir le statu quo et une solution pacifique serait possible. Toutefois, les blocages entre les protagonistes sont restés entiers et certains sujets épineux ont été délibérément évités. Au terme de cette rencontre, aucune avancée significative n’a donc été retenue si ce n’est la tenue à l’horizon 2019 d’une nouvelle rencontre. Cette future table ronde permet d’envisager des conclusions plus concrètes.

EDEX 2018 : Premier salon de l’armement en Egypte

 

Le président égyptien Abdel Fattah AL-SISSI au salon EDEX 2018, le 3 décembre 2018.
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Le président égyptien Abdel Fattah AL-SISSI a inauguré, lundi 3 décembre 2018, au Caire, EDEX 2018, le premier salon de l’armement organisé en Egypte. D’une durée de 3 jours, cet événement de grande ampleur a pour dessein de participer au rayonnement de l’Egypte sur la scène internationale. Le ministre égyptien de la Production militaire, Mohamed AL-ASSAR a déclaré aux journalistes que « ce salon renvoie à la force du pays » et qu’une telle démonstration est destinée aux « partenaires occidentaux pour les inciter à produire du matériel militaire en Egypte ».

L’Egypte est la première puissance militaire d’Afrique et l’une des premières puissances militaires de la région moyen-orientale. Les Etats-Unis comptent le plus grand nombre d’entreprises étrangères représentées. Près de 40 délégations et plus de 400 entreprises participent à ce salon.

Florence PARLY, ministre française des Armées, était aux côtés du président égyptien AL-SISSI lors de l’inauguration, lundi 3 décembre. Parmi les entreprises françaises présentes, se trouvent les grands groupes français tels que Dassault Aviation, Airbus, Naval Group ou encore MBDA. De plus petites entreprises étaient également présentes, à l’instar de Sterela, entreprise toulousaine spécialisée dans la fabrication de cibles pour les entrainements à tirs réels.

L’Egypte représente un marché important pour la France. La coopération militaire entre Le Caire et Paris s’est renforcée depuis l’arrivée au pouvoir du président Abdel Fattah AL-SISSI en juin 2014. Les ventes françaises ont permis à l’armée égyptienne de moderniser son arsenal, l’Egypte étant un partenaire de la France dans la lutte antiterroriste. Près de 6 milliards d’euros de contrat d’armement ont été conclus depuis 2015. De nombreuses unités de construction française (Naval Group) ont renforcé l’ordre de bataille naval égyptien. Outre les deux bâtiments de projection de type Mistral Gamal Abdel Nasser et Anouar el-Sadate acquis par Le Caire en 2016, la marine égyptienne compte dans ses rangs la frégate de type FREMM Tahya Misr, livrée le 23 juin 2015 et la corvette de type Gowind El Fateh. Les trois autres corvettes du programme seront construites en Egypte, répondant aux vœux de Mohamed AL-ASSAR. Selon un rapport publié par le ministère des Armées, la région du Moyen-Orient a représenté plus de 60% des exportations de systèmes d’armements français pour l’année 2017 (3,9 milliards d’euros).

Une étude de l’institut de recherche suédois Sipri a démontré que les ventes d’armes au Moyen-Orient ont doublé ces dix dernières années. Durant la période 2013-2017, la région représente environ 32% des importations mondiales. Le marché est dominé par les Etats-Unis, suivis de la Russie et de la France.

La présence française au salon EDEX 2018 a alerté les organisations des droits de l’homme internationales qui accusent le régime du président SISSI d’utiliser ces armements contre des civils pour réprimer les opposants et les activistes politiques. Paris est régulièrement interpellé par des ONG telles qu’Amnesty International ou la Fondation Internationale de la Ligue des droits de l’homme sur ses ventes d’armes à l’Egypte. L’Egypte et la France réfutent ces accusations. Pour Jean-Jacques BRIDEY, président de la commission de la défense à l’Assemblée nationale et présent au Caire, « l’Egypte est un partenaire stratégique pour la France » et ces matériels ne sont pas « des matériels de répression contre la population civile ».

COP 24 : Priorité au réchauffement climatique

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Du 3 au 14 décembre 2018, se tiendra à Katowice en Pologne la 24ème Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, dite la COP 24. L’objectif de cette conférence est le sauvetage de l’accord de Paris, signé en avril 2016, les pays signataires s’étant engagés à agir pour contenir le réchauffement mondial sous la barre des 2°C d’ici à 2100.

Pour la troisième fois, ce sommet se déroule en Pologne. Pourtant, elle fait partie des pays de l’Union européenne émettant le plus de CO2, derrière l’Allemagne qui a fait le choix d’abandonner le nucléaire au profit des énergies fossiles. Si Katowice investit afin de sortir progressivement du charbon, deux tiers des villes les plus polluées de l’UE se trouvent en Pologne qui tire 80% de son électricité du charbon, réputé peu cher et dont le pays dispose en abondance. Le partenaire officiel et parrain de cette COP24 n’est autre que le groupe polonais JSW, premier producteur de charbon à coke en Europe. Pour autant, lors de la COP23 à Bonn, certaines délégations représentées ainsi qu’une trentaine d’entreprises avaient signé un pacte pour sortir du charbon (Powering Past Coal Alliance).

Des acteurs non étatiques, des ONG, des institutions et environ 190 Etats seront représentés, exception faite des Etats-Unis, deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre au monde après la Chine. En effet, en juin 2017, Donald TRUMP a annoncé le retrait de son pays de l’Accord de Paris. Pékin, malgré ses promesses en faveur d’une lutte contre le réchauffement climatique, construit de nouvelles centrales thermiques et finance la construction de centrales à charbon chez ses partenaires pakistanais, égyptiens ou dans les Balkans. Quant à la Turquie, elle utilise également largement cette énergie fossile.

Actuellement, 44% des émissions de gaz à effet de serre mondiales sont le fait du secteur du charbon. Ainsi, en amont de la COP24, les 47 Etats (dont 33 africains) faisant partie du groupe des Pays les moins avancées (selon les caractéristiques de l’ONU) ont commencé dès mardi 27 novembre à discuter autour du thème du réchauffement climatique. Si le continent africain n’est pas à l’origine de ces changements climatiques, certains de ses Etats particulièrement sensibles aux phénomènes de sécheresses, en subissent fortement les conséquences.

En sus de garantir l’application de l’Accord de Paris qui prévoit une aide annuelle de 100 milliards de dollars d’ici à 2020 pour aider les pays les plus pauvres à atteindre les objectifs fixés, la conférence vise à « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5°C » et à réduire les gaz à effet de serre de 40% d’ici à 2030.

A l’aube de l’ouverture de la Convention of the Parties, les Nations Unies ont publié un rapport mardi 27 novembre 2018 sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des gaz à effet de serre. Ce rapport estime que « le plafonnement des émissions mondiales d’ici à 2020 est indispensable pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris en matière de température » et souligne toutefois que « l’ampleur et le rythme des mesures d’atténuation actuelles restent insuffisants ».

A l’exception des quelques Etats producteurs d’énergie fossile (Algérie, Libye, bientôt Israël et Egypte), la rive sud de la Méditerranée, faible productrice de gaz à effet de serre et sensible aux conséquences du réchauffement climatique, se trouve dans la position inconfortable du spectateur inquiet.

Tournée diplomatique pour le prince MBS

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Alors qu’il doit assister au sommet du G20 à Buenos Aires à la fin de la semaine, le prince héritier saoudien Mohamed BIN SALMANE (MBS) a entamé, jeudi 22 novembre, une tournée diplomatique à travers le monde arabe . Six pays figurent au programme de ce premier déplacement officiel depuis le début de l’affaire Jamal KHASHOGGI : Emirats arabes unis, Bahreïn, Egypte, Tunisie, Mauritanie et Algérie.

L’opinion publique du monde arabe est divisée sur cette tournée initiée par le prince. Reçu lundi par le président égyptien Abdel Fattah al-SISSI, le successeur désigné d’Abdulaziz Al Saud est attendu ce mardi 27 novembre à Tunis par le président Béji CAID ESSEBSI. L’annonce de cette visite a provoqué une vague de protestations au sein de la société civile tunisienne. MBS est critiqué pour son rôle supposé dans l’affaire Khashoggi et dans la guerre au Yémen et à propos des droits de l’homme bafoués dans le royaume wahhabite. Les slogans à l’encontre du prince se multiplient tandis qu’un collectif de blogueurs, d’activistes et de journalistes a organisé une manifestation lundi 26 novembre sur l’avenir Habib BOURGUIBA dans le centre de Tunis. Le Syndicat national des journalistes professionnels (SNJT), dans une lettre ouverte au Président de la république tunisienne, critique le positionnement de la diplomatie tunisienne au regard de la situation en Arabie saoudite, reprochant au ministère des Affaires étrangères de n’avoir que « timidement condamné » le meurtre du journaliste. Sous couvert d’une visite de courtoisie, version officielle avancée par les autorités tunisiennes, il s’agirait également d’une visite au motif financier. Tunis, qui connait une crise économique importante, aurait besoin de l’aide financière de Riyad.

Du côté algérien, la contestation, moins visible, divise la classe politique. Près de 1 900 personnes ont signé une pétition demandant l’annulation de cette visite. Le Maroc, quant à lui, ne figure plus dans la liste des pays visités, certains médias locaux évoquant un refus du roi Mohammed VI de recevoir MBS pour des « raisons d’agenda ». Cette non-rencontre illustre les tensions cachées entre les deux Etats et la lutte d’influence entre le gardien des Lieux Saints et le descendant direct du Prophète.

En vue de la réunion du G20 du 30 novembre au 1er décembre prochain, l’ONG Human Rights Watch a lancé une procédure contre MBS auprès d’un juge argentin pour le faire inculper à son arrivée dans la capitale argentine. Si la démarche pour « crimes de guerre et tortures » face aux actions de la coalition menée par l’Arabie saoudite au Yémen a peu de chance d’aboutir, l’image du prince modernisateur propagée par Mohamed BIN SALMANE est ternie.

Colonisation, islam et laïcité

Compte rendu de la conférence éponyme prononcée par Pierre-Jean LUIZARD, le 9 novembre 2018. Les analyses historiques décrites ci-dessous représentent les seules opinions du conférencier et n’engagent pas l’institut FMES.

L’historien Pierre-Jean LUIZARD et le vice-amiral d’escadre (2s) et directeur des opérations de l’institut FMES Pascal AUSSEUR, le 9 novembre 2018.

 

L’institut FMES a eu le plaisir de recevoir l’historien Pierre-Jean LUIZARD, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l’islam contemporain au Moyen-Orient. Auteur de nombreux ouvrages, il reçoit en 2015 le Prix Brienne du livre géopolitique pour Le Piège Daech – l’État islamique ou le retour de l’Histoire .

Pendant plus d’une heure, Pierre-Jean LUIZARD a fait un retour sur le « roman national français » pour permettre de comprendre le rapport complexe à la laïcité qu’ont les sociétés musulmanes contemporaines à travers le prisme original de la colonisation du XIXème siècle.

La colonisation a pris de multiples formes et a connu plusieurs périodes. La conférence a porté sur les choix et les formes de la colonisation française au XIXème siècle. Le but de la conférence n’était pas de faire une contre histoire mais de confronter l’histoire française à une autre approche, celle du colonisé.

  • Une colonisation à la mission civilisatrice

Si le Nouveau Monde avait été colonisé avec des objectifs apostoliques, Monsieur LUIZARD explique que la colonisation du XIXème siècle en France ne s’est pas faite selon un idéal religieux mais au nom d’une mission civilisatrice, justificatrice des entreprises d’occupation et de domination militaires.

Il précise que la France, héritière des Lumières, s’est donnée le rôle de coloniser les sociétés considérées comme insuffisamment civilisées. Leur attachement à la religion était le critère clé. Une société sécularisée telle que la France de la Révolution était donc plus civilisée que les sociétés musulmanes où l’attachement aux principes religieux est fort et où religion et politique sont liés.

Cette vision des élites républicaines et laïques de l’époque a justifié la colonisation. Pourtant, nous explique l’historien, elle était en partie erronée. L’Empire ottoman, qui régnait sur la majeure partie du monde arabe, différenciait les sphères politique et religieuse à travers deux fonctions différentes incarnées par une seule et même personne : le sultan et le calife. La vision du calife a été peu à peu abandonnée, le chef de l’empire ottoman ne se présentant qu’en sultan.

Pierre-Jean LUIZARD insiste sur les fondements de la colonisation à l’époque à travers deux idées principales :

    • La colonisation, en particulier du monde arabe, contrairement à une idée reçue, n’a pas été le fait de la droite ou de l’extrême droite. Elle ne s’est pas réclamée à l’époque des camps clérical ou royaliste mais a été le fait des républicains sous la IIIème République.
    • La légitimation de la colonisation civilisatrice s’est faite à géométrie variable. Alors qu’elle s’est proclamée au nom d’idéaux républicains et laïcs, ce qui était valable en métropole ne l’était pas dans les colonies. La colonisation a donné lieu à des retournements systématiques des élites républicaines et laïques voire à des « reniements » afin de justifier ce système colonial. Les musulmans n’ont jamais pu prétendre à ces mêmes principes présentés pourtant comme légitimant la colonisation.
  • La campagne d’Egypte de Napoléon Bonaparte

De 1798 à 1801, se tient la campagne d’Egypte. Au lendemain de la Révolution française et dans le contexte du Directoire, il s’agit de la première exportation coloniale dite « révolutionnaire ». Napoléon Bonaparte, se pensant comme la réincarnation d’Alexandre le Grand, veut priver son ennemi historique, la Grande Bretagne, des liens terrestres et maritimes qu’elle entretient avec sa plus grande colonie, les Indes. Il entend proclamer en Egypte une République française d’Egypte. Le pays, partie intégrante de l’Empire ottoman, était en réalité aux mains des mamlouks (anciens esclaves venus du Caucase ou de Crimée ), dirigeant au nom du sultan mais ayant fait un Etat propre.

La mission que s’est donnée Napoléon Bonaparte était de libérer les Egyptiens des « étrangers » afin d’établir une souveraineté dans le pays. Ces principes de liberté ou de république étaient inconnus pour les Egyptiens qui n’ont, de fait, pas compris le message du souverain français. Napoléon Bonaparte s’engage donc dans une guerre contre les mamlouks et établit en Egypte une politique concordataire : la religion est sous le contrôle de l’Etat. Dès lors, il lance une opération de séduction envers la notabilité religieuse égyptienne en vantant les principes de l’islam. Il affirme le profond respect qu’il a pour cette religion.

Du côté des Egyptiens, les batailles ordonnées par Napoléon Bonaparte donnent à voir la réalité de cette expédition en Egypte. Cette dernière étant onéreuse et le souverain français n’ayant pas les moyens de ses ambitions, Napoléon Bonaparte a décidé de faire payer au peuple égyptien un impôt qui a engendré révoltes et famine. Pour taire les soulèvements, il a fait décimer les hommes dans chaque village incapable de payer les impôts. Selon les estimations d’historiens et mémoristes égyptiens, la répression au refus dû à l’imposition aurait fait entre 40 000 et 50 000 morts durant les trois années d’occupation.

Deux événements majeurs sont à retenir :

  • La révolte du Caire du 20 octobre 1798 qui a été matée en deux jours, entrainant la mort de plus de 10 000 Egyptiens.
  • La révolte du Delta du Nil où l’ensemble de la population mâle d’un village a été décapitée et les têtes exhibées sur une place dans la capitale égyptienne.

Face à la coalition militaire contre lui (Empire ottoman, Grande Bretagne et Russie), Napoléon Bonaparte se rend en Syrie et en Palestine où il fait tomber les villes de Saint-Jean d’Acre (après six mois de siège) et de Jaffa où il décime la garnison s’étant rendue. Jaffa retient de Napoléon Bonaparte un tyran s’étant servi d’idéaux révolutionnaires pour cacher une entreprise de domination coloniale.

 

  • L’influence saint-simonienne

Les saint-simoniens sont influents dans le contexte post-révolutionnaire puisqu’ils se réfèrent aux idées des Lumières. Leur théorie est celle d’un développement des pays pauvres afin de les civiliser. En développant ces pays, ils se détacheraient par nature de leur croyance religieuse et tendraient vers une sécularisation permettant la laïcité. L’Europe, pour les saint-simoniens, a une mission civilisatrice, cette mission nécessitant des voies de communication. La principale voie est le canal de Suez (Ferdinand de Lesseps étant un ancien saint-simonien).

En Egypte et en Algérie, les saint-simoniens bénéficient d’une grande influence, en particulier sous Napoléon III, période durant laquelle a été pensé le projet de Grand royaume arabe, abandonné avec la proclamation de la IIIème République. Les saint-simoniens légitiment un discours colonial : tout le monde peut être citoyen français mais l’islam étant trop présent, la citoyenneté doit être conditionnée à un abandon du statut personnel, en l’occurrence l’appartenance à une religion.

  • Citoyenneté et décret Crémieux en Algérie

Le statut personnel régit, en Algérie, la vie des Musulmans et des Juifs. En 1869, un sénatus-consulte de Napoléon III donne le choix aux indigènes algériens de rester indigènes et de fait d’obtenir la nationalité française mais sans être citoyen à moins d’abandonner leur statut personnel. Seulement quelques centaines de Musulmans et de Juifs ont accepté de devenir citoyens, le statut personnel étant constitutif de leur identité pour ces indigènes qui ne se sentaient pas français.

La fin du Second Empire avec la défaite de Sedan, laisse place à la IIIème République en 1870. A travers le décret Crémieux, ce régime va imposer par décret ce que le Second Empire avait laissé au libre choix des Algériens. Ce décret porte le nom d’Adolphe CREMIEUX, un homme politique radical socialiste, anti-religieux et franc-maçon mais issu d’une famille juive d’Avignon. CREMIEUX s’est donné pour mission de civiliser les communautés juives de Méditerranée en leur octroyant par décret la citoyenneté française. Ainsi, la communauté juive d’Algérie est devenue française de façon autoritaire.

A la même période, les élites républicaines et laïques font le choix de donner la citoyenneté française aux colons d’origines européennes (espagnole, italienne, maltaise). Cet octroi n’a pas posé de problème.

De fait, l’islam s’érige véritablement en religion du colonisé. Les musulmans algériens sont les seuls confrontés au choix entre la citoyenneté française et l’abandon du statut personnel. Le défendre renvoyait à défendre leur identité.

Si les élites de la IIIème République ont pensé la loi de 1905, ils vont s’opposer à son application en Algérie. A cette loi s’ajoute ainsi un décret en 1907 : les Chrétiens et les Juifs d’Algérie se voient appliquer les mêmes droits qu’en métropole mais pour les musulmans, les biens habous[1] qui servent à financer les cultes musulmans sont confisqués. Une indemnité coloniale va être fixée et l’Etat va fournir des fonctionnaires. Cette politique a fait de l’islam une ressource idéologique anticoloniale. En parallèle des mosquées officielles où les discours de culte doivent être soumis à la préfecture, les mosquées clandestines fleurissent.

Jusqu’en 1962, l’Etat français va considérer les musulmans algériens comme des indigènes et continuer d’appliquer ces principes du XIXème siècle.

  • Des élites républicaines, laïques et colonisatrices

Jules FERRY s’est fait le chantre de la colonisation après l’avènement du décret Crémieux. S’il est connu pour son rôle en faveur de l’éducation, il a été l’instigateur de trois lois entre le 16 juin et le 29 juillet 1881 :

  • Ecole primaire gratuite et obligatoire pour les enfants de moins de 16 ans
  • Liberté de la presse et d’opinion
  • Code de l’Indigénat : instauré en 1881 en Algérie jusqu’à l’indépendance en 1962, il est appliqué dès 1887 à l’ensemble des colonies. Il s’agit d’un statut « entre la citoyenneté et l’esclavage » qui octroie un statut spécial aux indigènes, astreints à une justice expéditive, à des peines collectives et à la restriction de certains droits.

Dans un contexte de ressentiment envers l’Allemagne, Jules FERRY déclare devant la Chambre : « La colonisation est le prix du patriotisme » et « la colonisation est la fille de la politique industrielle ». Cette colonisation a été ardemment défendue par ces élites républicaines. Face aux députés de droite réticents pour des raisons économiques et pour qui la récupération de l’Alsace Lorraine était la priorité, Jules Ferry argue la mission civilisatrice des « races supérieures » qui ont des devoirs vis-à-vis des « races inférieures ». Pour Jules FERRY il s’agit d’un sujet culturel et non ethnique, les « races inférieures » ayant vocation à rattraper leur retard au terme de plusieurs générations à travers l’éducation et notamment l’école.

En 1892, Jules FERRY se rend en Algérie lors d’une commission sénatoriale et s’aperçoit de la nature réelle de la domination coloniale. Il estime que les colons ont trahi la colonisation. En réponse, il fait débarquer l’armée française en Tunisie, le protectorat étant proclamé en 1881, afin de montrer aux colons algériens ce que signifie une « bonne colonisation ».

Les opposants à la colonisation dans le camp républicain laïc sont rares. Jean JAURES et Georges CLEMENCEAU en font partie. Georges CLEMENCEAU est l’un des seuls à remettre en cause le discours civilisateur de Jules FERRY. Anticolonial quand il est dans l’opposition, il mène cependant une politique toute autre une fois au pouvoir. S’il se dit contre la colonisation, il avoue faire une exception pour le Maroc afin que l’Allemagne ne s’empare pas du territoire. En 1920, dans un contexte d’après-guerre et à l’issue des accords de Sykes-Picot, les élites républicaines et laïques avec en chef de file Georges CLEMENCEAU, ministre de la Guerre et président du Conseil, vont vouloir se partager le Moyen-Orient avec la Grande-Bretagne. Lloyd George et Georges CLEMENCEAU se rencontrent afin de procéder à un « marchandage » entre deux puissances coloniales : Mossoul et la Palestine reviennent à la Grande-Bretagne tandis que la France bénéficie du Liban et la Syrie.

La France, dirigée par des élites républicaines et laïques, va se projeter dans la région de façon chrétienne. En métropole, une loi de 1901 expulse les congrégations catholiques et l’Eglise perd le monopole sur l’enseignement. Ainsi, les congrégations jésuites et dominicaines vont essaimer dans l’empire colonial. Pour servir la politique française, dont l’objectif était de contrer les majorités arabes, le pouvoir va collaborer avec les congrégations. Ainsi, le Moyen-Orient va être divisé sur des bases confessionnelles. Le Liban qui est à l’origine une région de Syrie, en est une parfaite illustration. Sur le même schéma, sont proclamés l’Etat des Druzes et l’Etat des Alaouites. La France a donc séduit les minorités afin de les opposer à la majorité arabe sunnite.

Cette politique connaît un revers à travers la révolte des Druzes. La France avait clientélisé les grandes familles druzes mais en 1925, ces derniers se révoltent, ne voulant plus accepter de trahir la cause arabe nationale syrienne et le roi Fayçal. Les élites républicaines et laïques ont alors rendu coupable l’état-major, considéré comme catholique. Ces « deux France » se sont accusées tour à tour. Finalement, la révolte a été matée, la région de la Ghouta bombardée massivement, faisant en trois jours entre 30 000 et 40 000 morts.

A partir des années 1920, la France connaît un revirement. Le parti anticolonial, historiquement à droite, va passer à gauche et le parti colonial est justifié à droite et à l’extrême droite. Du point de vue des colonisés qui ont fait face à plus d’un siècle de discours républicains se réclamant de la laïcité, celle-ci est donc perçue comme une arme contre leur identité religieuse. Pour Pierre-Jean LUIZARD, ce phénomène explique que les musulmans issus des colonies françaises perçoivent les discours laïcs comme un discours d’oppression. Encore aujourd’hui, les répercussions de cette politique résonnent encore avec ce slogan islamiste qui proclame « la laïcité est l’arme des nouveaux croisés ». Toutefois, l’historien met en garde contre les anachronismes : la contradiction entre la colonisation et les idéaux républicains n’était pas totalement perceptible à l’époque. Elle est en revanche présente dans la construction intellectuelle de nombreux musulmans en France et dans leurs pays d’origine.

[1] Le bien Habous ou Wakf est donc un système juridique selon lequel le droit de propriété de certains biens se trouvent immobilisés et leurs revenus sont consacrés exclusivement dans le cadre du fonctionnement d’une oeuvre pieuse ou d’une fondation d’intérêt général, sans aucune limitation dans le temps (mosquée, hôpital, Université).

 

La guerre 1914-1918 en Méditerranée

 

Le débarquement des troupes à Salonique, 1915.
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Le 11 novembre célèbre le centenaire de l’armistice de 1918. A Paris, se tient ce dimanche une cérémonie commémorative rassemblant plus de cent chefs d’Etats et dignitaires étrangers. Un « geste symbolique » qui rappelle « l’importance de construire une paix mondiale » selon l’Elysée. La Grande Guerre, par ses dimensions européennes et mondiale, sa durée, ses 10 millions de morts civils et militaires et son caractère brutal, a  provoqué un véritable séisme géopolitique. Dans la mémoire collective, les batailles de Verdun, de la Somme ou des Vosges résonnent encore. Toutefois, le bassin méditerranéen a également constitué un espace essentiel de la Première guerre mondiale.

L’assassinat à Sarajevo de l’archiduc et héritier au trône de l’empire d’Austriche-Hongrie, François Ferdinand, est retenu comme l’élément déclencheur du conflit, cristallisant les multiples facteurs de tensions déjà perceptibles. Après les déclarations de guerre entre les deux camps, la Méditerranée fait l’objet, dès 1914, d’affrontements entre les puissances européennes. Les combats que se livrent les hommes en mer est d’une violence extrême.

La France mobilise ses troupes coloniales afin de les rapatrier sur les fronts occidentaux. Le 4 août, les croiseurs allemands Goeben et Breslau ouvrent les hostilités en Méditerranée en bombardant les villes de Bône et de Philippeville en Algérie. Poursuivis par les forces navales françaises et britanniques, les deux bâtiments rejoignent l’Empire ottoman qui  entre en guerre contre l’empire russe.

Affaibli au début du siècle dernier avec la perte de nombreux territoires et  considéré comme « l’homme malade de l’Europe », l’Empire ottoman demeure une puissance en Méditerranée grâce à ses possessions arabes (Syrie et Palestine), sa côte anatolienne et le contrôle des détroits. Son entrée dans la guerre fait émerger la notion de front périphérique pour forcer les passages maritimes, primordiaux pour les ravitaillements. L’idée, émise par Winston CHURCHILL, premier lord de l’Amirauté, effraie les chefs militaires occidentaux.

Du 18 mars 1915 au 9 janvier 1916, se tient la bataille des Dardanelles. La France, alors que les accords lui donnaient la direction des opérations en Méditerranée, est doublée par la Royal Navy (en charge de la mer du Nord) qui ne la juge pas assez réactive et craint la perte de Suez. En sus du climat éprouvant et d’un terrain difficile, les forces alliées ne se sont pas montrée à la hauteur de cet objectif ambitieux. La résistance ottomane donne lieu à une victoire défensive mais les deux camps s’enlisent au terme d’une bataille meurtrière.
Le revers franco-britannique engendre le redéploiement des forces en Egypte et en Grèce. L’Empire ottoman est exsangue.

Face à cette défaite de revers, les alliés mènent l’expédition de Salonique du 21 octobre 1915 au 30 septembre 1918. Aussi appelée Front d’Orient, il nourrit l’espoir, à ses débuts, de rallier la Bulgarie, la Grèce et la Roumanie. Ces visées contradictoires n’aboutiront pas. Le Front d’Orient a également pour dessein d’assurer son soutien à la Serbie.
Salonique est l’avènement d’un nouveau front qui permet de récupérer des territoires perdus tout en soulageant le front occidental. L’Armée d’Orient, parfois raillée pour son caractère « périphérique », devient centrale au point d’influencer l’issue de la guerre à l’Ouest.
La Bulgarie cesse les combats à la fin du mois de septembre et l’Empire ottoman finit par capituler. Le sultanat est aboli et la Turquie est réduite à l’Anatolie quelques années plus tard.

En parallèle des fronts occidentaux l’action des alliés dans le bassin méditerranéen, moins bien connue, a contribué à leur victoire.

La Première guerre mondiale a mobilisé beaucoup d’hommes et de femmes, en métropole, dans les colonies et les dominions. Ils ont marqué notre histoire par leur courage et leurs sacrifices.

 

Sahara Occidental : le Conseil de sécurité prolonge la mission

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Le mercredi 31 octobre, le Conseil de sécurité des Nations Unies a prorogé pour six mois la MINURSO (Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental).

Créée en 1991 par la résolution 690, la MINURSO supervise une période transitoire pour l’organisation d’un référendum durant lequel le peuple sahraoui fera le choix entre l’indépendance ou l’intégration au royaume chérifien. Le 29 avril 2016, le Conseil de sécurité exhortait par la résolution 2285 les Etats parties à poursuivre leurs efforts en vue de négociations plus résolues. Une récente rencontre de ceux-ci a permis, le 31 octobre, l’adoption de la résolution 2440 prorogeant le mandat de la MINURSO jusqu’au 30 avril 2019.

Pour les Etats-Unis, porte-plume de cette résolution, le « processus politique ne fait que débuter ». La prolongation d’une durée de six mois est de fait un moyen de soutenir le processus politique entrepris dans la région. Parmi les 15 Etats membres du Conseil de sécurité, 12 ont approuvé le texte. Les 3 Etats restants, Bolivie, Russie et Ethiopie, ont préféré s’abstenir, estimant que « leurs remarques n’ont pas été considérées par les Etats-Unis ». Moscou n’a pas usé de son droit de véto, le mandat reconduit étant jugé nécessaire à la stabilité de la région. La France salue l’adoption de la résolution 2440 qui appelle à « la mise en œuvre d’une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable » et soutient fermement la MINURSO qui « joue un rôle essentiel en faveur de la paix et de la stabilité dans la région ». Toutefois, François DELATTRE, représentant permanent de Paris à l’ONU, considère que le renouvellement doit rester « exceptionnel » afin de ne pas perturber la capacité de la Mission.

Ce mandat prolongé témoigne du soutien du Conseil de sécurité au Secrétaire général de l’ONU, Antonio GUTERRES et à son Envoyé spécial au Sahara occidental, Horst KOHLER, qui ont fait de la relance du processus politique une priorité avant la fin de l’année 2018. Après plus d’une quarantaine d’années de conflits et de tensions qui envenime les relations entre Alger et Rabat, Antonio GUTERRES espère trouver une issue positive à ce dossier. Pour ce faire, est prévue une « table ronde » à Genève au sujet du Sahara occidental les 5 et 6 décembre prochains. Le secrétaire général a invité les quatre principaux acteurs : Front Polisario, Maroc, Algérie et Mauritanie. Tous ont répondu favorablement à l’appel, ce qui nourrit l’espoir de négociations plus approfondies. Si Alger accepte de se joindre à la réunion, le pays souligne tout de même que seule une négociation directe impliquant le Maroc et le Front Polisario pourra conduire à une solution. Pour l’heure, le Front Polisario ne cesse de réclamer un référendum d’autodétermination tandis que le Maroc envisage toujours un plan d’autonomie.

Cette table ronde permettra d’inclure les pays limitrophes au Sahara occidental, acteurs directs ou indirects de ce conflit et laisse présager les prémices d’une réelle négociation.