Afrique du Nord

L’ONU somme l’Algérie sur la question des migrants

Des migrants expulsés d’Algérie débarquant d’un bus dans le désert. Mai 2018.
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Dans un rapport publié à Niamey le 9 octobre 2018, Felipe GONZALEZ MORALES, rapporteur spécial de l’ONU sur la question des droits de l’Homme des migrants, a appelé l’Algérie à « cesser immédiatement les expulsions collectives de migrants » africains vers le Niger. A l’issue d’une mission menée au Niger du 1er au 8 octobre, il dénonce les traitement subis et les opérations de rapatriement forcé.

Des hommes d’origine subsaharienne vivant et travaillant en Algérie depuis des années sont également victimes de ce phénomène. Felipe GONZALEZ MORALES s’est indigné du sort des migrants qui « sont raflés à leurs domiciles en pleine nuit sans même avoir le temps de s’habiller, de prendre leurs affaires et leurs économies ». Emmenés dans des postes de police où ils sont « battus », selon les termes du rapporteur spécial de l’ONU, ils sont conduits vers la frontière du Niger en bus, où ils doivent marcher dans le désert afin de rejoindre la ville la plus proche.

En réponse, le gouvernement algérien, qui avait déjà réfuté les accusations de mauvais traitement en juillet, a rejeté mercredi 10 octobre « globalement et dans le détail les assertions » de Felipe GONZALEZ MORALES. Le ministère des affaires étrangères algérien, étonné des propos tenus par le rapporteur spécial onusien, considère que ce dernier « outrepasse les limites de son mandat » et « prend pour vérités les allégations des personnes reconduites à la frontière pour séjour illégal ». Demandant des explications au représentant de l’Organisation internationale pour les migrants (OIM) au Niger, Alger l’accuse dans le même temps de « devenir un vecteur de propagande alimentant et entretenant depuis des mois une campagne de désinformation contre l’Algérie. »

Si l’Algérie rappelle sa « lutte implacable contre la traite humaine et les réseaux de passeurs » dans le cadre de sa campagne contre le crime organisé transnational, elle affirme que les « opérations de reconduite aux frontières des migrants illégaux vont se poursuivre ». Et de rappeler qu’elles « se dérouleront dans le respect de la dignité des personnes » conformément à la loi algérienne et aux dispositions des conventions internationales.

Selon les chiffres officiels de l’OIM, Alger a expulsé 35 600 Nigériens depuis 2014 dont plus de 12 000 depuis le début de l’année 2018. De plus, plus de 8 000 personnes venus d’Afrique de l’Ouest ont été reconduits aux frontières. Face au sort réservé aux migrants en Algérie, l’OIM a critiqué à plusieurs reprises la politique menée par les autorités algériennes.

Tunisie : loi historique contre le racisme

L’Assemblée des représentants du peuple de Tunisie a voté mardi 9 octobre la loi sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale.
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Mardi 9 octobre 2018, les députés tunisiens ont adopté le projet de loi sur l’élimination de la discrimination raciale, approuvé par 125 voix des 131 présents. La Tunisie légifère pour condamner ces actes, dans un pays où la minorité noire tunisienne (descendante d’esclaves pour l’essentiel) et les étrangers subsahariens sont victimes de racisme.

Ce texte est une première en Tunisie où aucune loi ne condamne ni les actes ni les propos d’ordre raciste, dont souffre pourtant régulièrement la minorité du pays. Qu’il s’agisse de Tunisiens ou de résidents étrangers, ils représenteraient selon l’Association de défense des droits des Noirs, 15% de la population.

L’Assemblée des représentants du peuple, par cette décision, répond au problème soulevé depuis plusieurs années par la société civile tunisienne. Incitation à la haine, menaces racistes, diffusion et apologie du racisme, création ou participation à une organisation soutenant de façon et claire et répétitive les discriminations, sont autant d’actes réprimés par la loi. Cette dernière prévoit ainsi des peines pouvant aller d’un mois à trois ans d’emprisonnement et des amendes allant jusqu’à 3 000 dinars (1 000 euros) pour une personne physique et 15 000 pour une personne morale. Jamila KSIKSI, députée affiliée au parti islamiste Ennahdha, s’est félicitée de ce « tournant pour la Tunisie ». Issue de la minorité noire tunisienne, elle est l’une des figures de ce combat.

En ce jour historique salué par les députés, les associations antiracistes et la société, Messaoud ROMDHANI, responsable du Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES) a déclaré à l’AFP : « C’est un tournant très important dans l’histoire de la Tunisie, équivalent à l’abolition de l’esclavage ». En effet, la Tunisie se distingue par sa singularité dans le monde arabe et en est fière. Raouf EL MAY, député indépendant qui militait depuis 2016 pour l’adoption de ce texte l’explique : « La Tunisie a été le premier pays musulman à abolir l’esclavage, et nous sommes parmi les premier à avoir signé la convention des Nations unies en 1965 contre les discriminations raciales. Le vote d’aujourd’hui, c’est une évolution logique. »

Une Commission nationale de lutte contre les discriminations, désignée par le gouvernement, sera en charge du suivi et de l’exécution de la loi et devra remettre un rapport annuel aux autorités et au Parlement. L’enjeu dorénavant consiste pour Tunis à l’application de la loi qui nécessitera un travail à long terme devant inclure la minorité noire à la société tunisienne. Les associations s’accordent à dire que le respect doit se diffuser au travers de l’éducation.

Précurseur maghrébin en matière de droits humains loin devant ses voisins, le pays s’était illustré il y a quelques mois sur la question du droit des femmes, salué par la communauté internationale. Reste à savoir si cette loi sur la discrimination raciale s’élargira à toutes les formes de discriminations.

OTAN et Dialogue méditerranéen sur la question de la prolifération et le trafic illicite des armes

Session plénière de la Conférence sur les ALPC le 8 octobre.
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Les 8 et 9 octobre, au sein de son siège à Bruxelles, l’OTAN a reçu les experts en Armes légères et de petit calibre (ALPC, en anglais SALW Small arms and light weapons) des sept pays du groupe composant le Dialogue méditerranéen. Ce séminaire de deux jours est l’occasion de promouvoir une coopération régionale et bilatérale.

Lancé en 1994 par l’OTAN sur l’idée selon laquelle la sécurité en Europe découle d’une paix et d’une stabilité en Méditerranée, le Dialogue méditerranéen (DM) est un forum politique dont le but est de contribuer à la stabilité régionale en mettant en place une compréhension mutuelle entre les pays membres de l’Alliance atlantique et les partenaires dans le cadre de ce DM. Plus qu’une simple sphère de formation et de coopération, le Dialogue méditerranéen espère représenter un cadre « diplomatico-éducatif » permettant d’approfondir les relations politiques existantes. Cette initiative incarne l’adaptation de l’OTAN à l’environnement sécuritaire externe dans une atmosphère de recrudescence de la menace terroriste.

Processus évolutif en termes de membres et de contenu, le Dialogue méditerranéen intègre d’une part tous les Etats-membres de l’Alliance atlantique et de l’autre des Etats non-membres. En 1995, il comprenait 5 Etats issus de la rive sud de la Méditerranée : Egypte, Israël, Maroc, Mauritanie et Tunisie. En novembre 1995, la Jordanie y adhère et en 2000 c’est au tour de l’Algérie. A l’issue de la chute du régime KADHAFI, des réflexions se sont portées autour d’une potentielle adhésion libyenne. En termes de fonctionnement, le Dialogue se base sur une coopération bilatérale, dite OTAN+1 mais les réunions multilatérales permettent une configuration OTAN+7.

Le séminaire a permis de soulever les problèmes liés à la prolifération des armes légères et leur trafic illicite dans la région méditerranéenne. Au fil des années, l’OTAN a contribué à la destruction de plus de 600 000 armes légères et de petit calibre et de plus de 160 millions de cartouches, selon les informations relayées par Eirini LEMOS-MANIATI, directrice adjointe du Centre pour la maîtrise des armements, le désarmement et la non-prolifération des armes de destruction massive, lors d’une conférence de l’ONU à New York en juin 2018.

Face à l’ampleur du phénomène et dans un contexte marqué par les efforts internationaux, une coopération accrue entre les pays du DM et de l’OTAN a été envisagée mais les moyens octroyés n’ont pas été communiqués.

Opération « Sinaï 2018 » : hausse du nombre de terroristes abattus


Soldats de l’armée égyptienne en position dans le Nord-Sinaï, aux abords d’al-Arich, 4 mars 2018.
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La police égyptienne a annoncé le 9 octobre 2018 avoir tué dix djihadistes présumés à al-Arich, au nord du Sinaï. Cette déclaration fait suite au communiqué de la veille, dans lequel l’armée égyptienne a déclaré la perte de trois de ses militaires dans deux opérations différentes des forces de sécurité ayant permis d’abattre 52 islamistes. Selon le communiqué, ces djihadistes étaient armés de fusils automatiques, de grenades et même d’un drone.

Le Caire engage ses forces depuis février dans le cadre de l’opération « Sinaï 2018 », une campagne antiterroriste qui vise la Wilayat Sinaï, affiliée au groupe Etat islamique en Irak et au Levant (Daech). Depuis le début de l’offensive, le nombre d’islamistes tués s’élève à 509, selon les chiffres officiels. Depuis la destitution en 2013 du président islamiste issu des Frères musulmans Mohamed MORSI par l’armée, des centaines de policiers et de soldats mais également de nombreux civils ont péri lors d’attaques djihadistes. A l’issue d’un attentat attribué à Daesh dans une mosquée en novembre 2017, ayant causé plus de 300 morts, « Sinaï 2018 » est lancée à la demande du président égyptien, le maréchal Abdel Fattah AL-SISSI. La région est en effet en proie à l’instabilité et aux affrontements permanents entre les forces armées égyptiennes et l’organisation terroriste Daesh, incarnée par ses chefs locaux au Sinaï.

Ces derniers jours, l’armée égyptienne multiplie les offensives à l’encontre des « takfiristes » (extrémistes) de la nébuleuse Etat islamique. Le 3 octobre, l’annonce de la mort d’Abou Hamza AL-MAQDESSI et de 15 autres djihadistes se répand. AL-MAQDESSI, d’origine palestinienne est l’un des chefs locaux de Daech. Chargé de la planification des attaques et de l’entrainement des combattants au Sinaï, il est connu pour avoir pris part aux opérations contre l’armée. L’Etat islamique a confirmé sa mort sur Telegram, sans en préciser les circonstances précises.

La presse n’étant pas autorisée à se rendre librement dans la zone, seule une visite organisée en juillet par l’armée a permis aux médias étrangers d’aller à al-Arich, chef-lieu du Nord-Sinaï.

Mare Ionio en Méditerranée « défie la politique européenne »

Le Mare Ionio, dans le port d’Augusta, début octobre.
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Ce jeudi 4 octobre 2018, l’ONG allemande de sauvetage de migrants en mer Sea-Watch a annoncé, conjointement avec d’autres associations humanitaires en faveur des migrants, avoir affrété le bateau Mare Ionio, battant pavillon italien. Sur Twitter, l’ONG allemande annonce : « Nous sommes de nouveau en mer, pour garder un œil vigilant et défier la politique européenne qui laisse les gens couler ».

Remorqueur long de 37 mètres (l’Aquarius en mesure 77) conçu pour repérer et sécuriser les embarcations en détresse et assurer une présence civile dans la zone, le Mare Ionio est parti mercredi soir du port d’Augusta, à l’Est de la Sicile et fait route vers le Sud.  Il lui faudra environ 24 heures en mer pour atteindre les côtes libyennes. Il rejoindra l’Astral, un voilier de l’ONG espagnole Proactiva Open Arms qui mène une mission similaire tandis que l’Aquarius, ayant perdu son pavillon panaméen, a rejoint le port de Marseille jeudi 4 octobre au matin. Face à cette situation, l’ONG SOS Méditerranée appelle les gouvernements européens dans le but de poursuivre cette mission « en attribuant un pavillon à l’Aquarius, déterminé à reprendre la mer au plus vite » et a organisé une vague de manifestations dans plusieurs villes françaises et européennes le samedi 6 octobre 2018.

Affrété par des militants de la gauche italienne, le Mare Ionio a commencé sa mission mercredi soir, pour rappeler symboliquement le 3 octobre 2013, date à laquelle un bateau de pêche a coulé au large de Lampedusa, causant la mort de 366 migrants. Les ONG affirment avoir créé « un réseau qui ne passe plus par les gouvernements », ajoutant que certaines villes européennes telles qu’Amsterdam, Berlin, Palerme et Bologne soutiendraient la mission et accepteraient d’accueillir les personnes secourues. En érigeant ce bateau en symbole, les associations affirment qu’en cas de fermeture des ports, elles appelleraient la mobilisation massive de la population. Alors que l’Organisation mondiale pour les migrations (OIM) rappelle que 1 741 migrants ont péri dans la Méditerranée en 2018, les ONG relaient ce chiffre afin d’alerter l’opinion publique.

En réponse, le ministre de l’Intérieur et vice-président du Conseil des ministres italien Matteo SALVINI a déclaré au Mare Ionio : « Fais ce que tu veux, mais en Italie tu n’y arriveras jamais ». Rome connait depuis quelques mois un revirement de politique avec l’arrivée de la Ligue de M. SALVINI au pouvoir qui se démarque par un caractère eurosceptique et un renforcement assumé de la politique migratoire. Ainsi, les entrées de migrants sont à leur plus bas niveau depuis près de cinq ans. L’OIM note que moins de 1 000 arrivées de migrants ont été enregistrées en Italie pour le mois de septembre.

L’Espagne reste donc à ce jour la première porte d’entrée des réfugiés et des migrants en Europe, recensant 45% de toutes les arrivées irrégulières pour l’année en cours et recevant sept fois plus de migrants que l’Italie.

Trafic des migrants : le Conseil de sécurité proroge ses mesures pour un an

Des migrants en Libye

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Le 3 octobre, les 15 membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont adopté la résolution 2437, prorogeant pour une période de 12 mois, à compter de son adoption, les dispositions prises en 2015 contre le trafic des migrants et la traite des êtres humains en Libye.

Depuis 2011 et le renversement de l’ancien dirigeant et « Guide de la Révolution » Mouammar KADHAFI, la côte libyenne est en proie à la traite des êtres humains et au trafic des migrants. Des hommes et des femmes sont même vendus en tant qu’esclaves en Libye. L’ampleur de ce trafic engendre des conséquences humanitaires, politiques et sécuritaires pour la Libye et toute la région.

Sur proposition du Royaume-Uni, le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité la résolution. Les Etats-membres, pour une période supplémentaire d’un an, s’ils soupçonnent un trafic de migrants ou une traite d’êtres humains, sont autorisés à inspecter les bateaux naviguant en haute mer au large des côtes libyennes. Ils sont d’ailleurs en mesure de les saisir.

La France s’est félicitée du renouvellement des autorisations et souligne le soutien unanime du Conseil à l’engagement de l’Union européenne en faveur de la paix et de la stabilité en Libye à travers l’opération EUNAVFOR MEED Sophia. Cette dernière, décidée en 2015 par l’UE dans le cadre de sa PSDC, est chargée de lutter contre le trafic de migrants en Méditerranée en désorganisant les réseaux de passeurs tout en sauvant des dizaines de milliers de vies chaque année. Elle mène ses missions en lien avec le Gouvernement d’entente nationale incarné par le Premier ministre libyen EL-SARRAJ. L’autorisation permise par le Conseil permet à EUNAVFOR MEED Sophia de disposer des moyens adaptés pour remplir efficacement son rôle. Paris regrette tout de même que le texte ne soit pas plus explicite dans le rappel des positions sur le sort des migrants au regard du cadre juridique international et des conventions internationales sur le droit de la mer, le crime international organisé et les réfugiés.

A l’issue du vote, France et Royaume-Uni ont désiré prendre la parole pour rappeler la gravité du sujet. De nombreux migrants continuent de risquer leur vie en tentant de traverser la Méditerranée, victimes de passeurs exploitant leur détresse. La France rappelle, conformément aux résolutions 2240 (2015) et 2380 (2017), la nécessité de traiter les migrants avec humanité, dignité et dans le plein respect de leurs droits. Elle rappelle les obligations qu’imposent le droit international et notamment le droit international des droits de l’Homme et exhorte les Etats à protéger les droits de l’Homme des migrants, en dépit de leur statut migratoire.

 

Tunisie : Nidaa Tounes au bord de l’implosion

Le Président Béji CAÏD ESSEBSI charge Youssef CHAHED, nouveau chef du gouvernement, de former un gouvernement d’union nationale. Août 2016.

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Alors qu’un double scrutin, présidentiel et législatif, doit se tenir en 2019, le parti du gouvernement Nidaa Tounes est en état de déliquescence.

Créé en 2012 dans le but de promouvoir le modernisme et l’héritage d’Habib BOURGUIBA, par son ancien ministre Béji CAÏD ESSEBSI qui fêtera bientôt ses 92 ans, Nidaa Tounes fédère plusieurs mouvances politiques. Il y a quatre ans, à la surprise générale et dans l’optique de préserver le processus né de la révolution de 2011, Nidaa Tounes s’est allié au parti islamiste Ennahdha dans le cadre d’une politique dite du consensus.

Le 25 septembre 2019, le Président de la République tunisienne et fondateur du parti annonce à la télévision la rupture de Nidaa Tounes avec Ennahdha, parti mené par Rached GHANNOUCHI. Le schisme entre les deux partis était toutefois perceptible : l’action du gouvernement est ballotée depuis plusieurs années entre des forces contraires et la perspective des élections ne permet plus à Nidaa Tounes et Ennahdha de faire front commun. La confusion est telle que le chef du gouvernement, Youssef CHAHED, est soutenu par le groupe parlementaire Coalition nationale qui attire les députés des deux partis, désireux de tracer les prémices d’un nouveau rassemblement. Le chef du gouvernement incarne un point de crispation entre GHANNOUCHI et ESSEBSI, le premier le soutenant, le second voyant en lui un potentiel adversaire. Les tensions au sein du parti sont d’autant plus grandes que le chef du gouvernement et le directeur exécutif de Nidaa Tounes, Hafedh CAÏD ESSEBSI, fils du Président de la République, se livrent à une lutte personnelle. Le directeur exécutif, jugé comme un leader illégitime et peu charismatique, exige la démission du chef de gouvernement choisi par son père. Béji CAÏD ESSEBSI a même sommé Youssef CHAHED, en juillet dernier, de choisir entre remettre sa démission ou solliciter une nouvelle fois la confiance de l’Assemblée des représentants du peuple. Selon Larbi CHOUIKHA, professeur à l’université de la Manouba près de Tunis, la confrontation avec Hafedh CAÏD ESSEBSI « a beaucoup servi en termes d’image » à Youssef CHAHED qui incarne de fait « une alternative à cette transmission dynastique ». D’ailleurs, il bénéficie du soutien de la communauté internationale.

Tandis que Nidaa Tounes a perdu environ 200 000 électeurs, Kamel HAMZAOUI, président du conseil municipal de Kasserine et membre de Nidaa Tounes a annoncé, lundi 1er octobre 2018, démissionner si la crise interne du parti se poursuivait.

Si le plus vieux chef d’Etat élu du monde espère « laisser une trace dans l’histoire », son parti vit ses pires heures. En effet, le pays connait actuellement un contexte économique et social difficile. Les mesures d’austérité prises par le gouvernement mené par CHAHED ont engendré un mécontentement grandissant, l’Union générale du travail tunisienne (UGTT) ayant annoncé une grève pour la fin du mois d’octobre.

 

Décès d’Antoine SFEIR, spécialiste du monde arabe et musulman

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Dans la nuit de dimanche à lundi 1er octobre, est décédé des suites d’un cancer le journaliste et politologue franco-libanais Antoine SFEIR, à l’âge de 70 ans.

Né au Liban en 1948 dans une famille chrétienne maronite, Antoine SFEIR commence sa carrière au sein du quotidien francophone libanais L’Orient-le Jour. S’intéressant aux événements au Moyen-Orient, il est enlevé et torturé à l’âge de 27 ans par une milice du front de libération de la Palestine pendant sept jours durant la guerre du Liban en 1976. Ayant poursuivi sa carrière en France, il fonde en 1986 la revue d’études et de réflexion sur les mondes arabe et musulman Les Cahiers de l’Orient.

Surnommé « l’homme qui simplifie l’Orient compliqué », il est l’auteur de nombreux ouvrages et essais, conférencier et commentateur régulier dans les médias français des affaires moyen-orientales. Le journaliste et politologue présidait également le Centre d’Etudes et de Réflexion sur le Proche-Orient (CERPO). Chevalier de la Légion d’honneur et président de l’Iléri depuis 2014 (Institut libre d’étude des relations internationales), Antoine SFEIR était un proche collaborateur de l’Institut FMES au sein duquel il intervenait.

Son dernier ouvrage L’Islam contre l’Islam : l’interminable guerre des sunnites et des chiites, en 2013, a été plébiscité et a remporté le prix Livre et droits de l’homme de la ville de Nancy.

Reconnu pour son expertise et la qualité de ses analyses, l’annonce de son décès par Les Cahiers de l’Orient a été suivie d’une pluie d’hommages de la part des mondes politique et médiatique, de gauche comme de droite. Renaud MUSELIER, Président du Conseil régional de la Région SUD a exprimé sur Twitter sa tristesse :

« C’est avec une infinie tristesse que j’apprends le décès de mon ami Antoine Sfeir. Un esprit brillant mais avant tout un homme généreux et bon. Je garde en souvenir nos discussions passionnées sur l’avenir du monde et de la #Méditerranée. Au revoir mon ami #RIP »

 

Algérie, Maroc et Sahara occidental : les rivalités des frères ennemis du Maghreb

Camps sahraoui de Tindouf en Algérie
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Assemblée générale des Nations-Unies : le Sahara occidental au cœur des discussions

Le chef du gouvernement marocain, Saâdeddine EL OTHMANI, dans une allocution prononcée lors de la 73ème Assemblée générale de l’Organisation des Nations-Unies mardi 25 septembre 2018, évoque le Sahara occidental. Le considérant comme un « conflit artificiel » qui « nuit à l’intégration maghrébine », EL OTHMANI qui représentait le monarque Mohammed VI à l’ONU, accuse l’Algérie dans le traitement de ce différend1. En rappelant son attachement à l’ONU, capable de trouver « une solution politique, réaliste, pratique et durable », le chef du gouvernement chérifien pointe du doigt l’Algérie, accusée de « continuer d’entretenir ce conflit2 »

« Nous appelons la communauté internationale à inciter l’Algérie à assumer pleinement sa responsabilité en autorisant le Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés (HCR) à enregistrer et à recenser cette population conformément aux résolutions du Conseil de sécurité et en réponse aux appels du Secrétaire général de l’ONU et des organisations humanitaires spécialisées».

Le diplomate marocain fustige l’Algérie, qu’il prétend coupable de faire « une situation tragique » aux réfugiés sahraouis dans les camps algériens.

Saâdeddine EL OTHMANI devant les délégations étrangères lors de la 73e Assemblée générale de l’ONU à New York le 25 septembre 2018.
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Parallèlement, Abdelkader MESSAHEL, ministre algérien des Affaires étrangères, a rencontré l’Allemand Horst KÖHLER, envoyé personnel du Secrétaire Général de l’ONU pour le Sahara le 25 septembre. Le 27 septembre, MESSAHEL s’est entretenu avec le Secrétaire Général Antonio GUTERRES pour évoquer les relations algéro-onusiennes, la situation au Mali et en Libye et le cas du Sahara occidental. L’Algérie s’affirme comme le soutien par excellence du Front Polisario, le mouvement politique et armé du Sahara occidental qui milite pour l’indépendance.

Le dossier du Sahara occidental se diffuse au-delà des frontières marocaines et algériennes. Horst KÖHLER, l’émissaire de l’ONU pour le Sahara occidental, a rencontré mardi 25 septembre David HALE, sous-secrétaire d’Etat américain aux Affaires politiques afin de discuter de la question sahraouie quand l’ONU tente de relancer les négociations entre Rabat et le Front Polisario.

Cette position américaine fait écho à la déclaration de Washington en avril qui espérait relancer les pourparlers d’ici le mois d’octobre 2018, félicitant les efforts de médiation menés par KÖHLER et la MINURSO (Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental) en vue de l’organisation d’un référendum d’autodétermination dans cette région4.

Cette rencontre précède également la remise du rapport du Secrétaire Général de l’ONU concernant le Sahara occidental au Conseil de Sécurité. Devant être remis le 28 septembre 2018, sa présentation est prévue pour le mois d’octobre et vient relancer le processus de paix au Sahara occidental, dans l’impasse depuis 2012, date à laquelle le Maroc et le Front Polisario se sont rencontrés pour la dernière fois aux Etats-Unis.

Le Sahara occidental : un incubateur des tensions

« C’est bien l’Algérie qui a créé cette crise » affirme EL OTHMANI devant l’Assemblée générale de l’ONU pour qui ce différend relève de l’intégrité de son territoire. En sa qualité de représentant du roi marocain, il accuse Alger de négligence envers les réfugiés sahraouis présents sur le sol algérien notamment dans les camps de Tindouf, ville située à l’extrême sud-ouest algérien. Pourtant, Maria CAMELLO, chercheure au GRIP (Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la sécurité) dans le domaine des « armes légères et transferts d’armes », dans un rapport publié le 17 septembre 2018, condamne d’autre part la politique chérifienne à l’égard du Sahara occidental qui y mène des « pratiques répressives violentes et injustifiées concernant la liberté de mouvement, la liberté d’expression et d’association, le droit à un procès équitable ou encore la sauvegarde des droits économiques, sociaux et culturels » du peuple sahraoui5.

 

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Le statu quo de « ni guerre ni paix » nuit à la région et représente un facteur de risque6. Les deux pays s’accusent de désinformation à propos de ce différend et le prennent pour prétexte quant à la fermeture des frontières, initialement fermées à la suite d’un attentat perpétré à Marrakech. Accusant l’Algérie de ces attaques, les autorités marocaines ont annoncé l’instauration d’un visa obligatoire pour les ressortissants algériens. En réponse, l’Algérie a fermé ses frontières. Alors que des citoyens algériens et marocains réclament la réouverture de ces frontières, elles demeurent fermées depuis 1994. Cette question représente un point de crispation entre Alger et Rabat et vient maintenir l’état de rupture des deux pays, déjà brouillés autour du problème du Sahara occidental.

Des pays similaires en apparence mais hétérogènes en faits

Les deux pays sont frontaliers, partagent la même langue, la même religion et la même culture. Il est de prime abord aisé de croire qu’ils se rejoignent en tout point. Pourtant, tandis que les pays se montrent similaires dans plusieurs domaines, l’ancrage politique est toutefois différent entre le Maroc et l’Algérie.

Le Maroc se montre davantage libéral et attaché à l’Europe. Nabil Adghoghi, premier conseiller de la Mission du Royaume du Maroc auprès de l’Union européenne confirme que la politique extérieure du royaume chérifien est ancrée en Europe avec une ouverture économique marquée7. La volonté d’adopter le modèle européen est telle que le Maroc va même jusqu’à demander l’adhésion à l’Union européenne en 1984. Cette demande est rejetée trois ans plus tard pour une raison géographique, le Maroc n’étant pas européen. En réalité, le Maroc, jouant de cette appartenance à la fois arabe et musulmane d’un côté – le monarque chérifien étant légitime sur le plan religieux – fait office du bon élève de l’UE au Maghreb en adhérant à ses principes et en entretenant des relations cordiales avec les pays européens. À ce titre, Henry Kissinger, le diplomate et politologue américain écrit à propos du Maroc qu’il se trouve « depuis un siècle à l’intersection des grandes stratégies des puissances étrangères, ce qui contraint ses dirigeants à manœuvrer avec art, subtilité et autorité8 ». De plus, le Maroc fait partie des principaux partenaires de l’Union dans toute la Méditerranée9.

Quant à l’Algérie, elle est profondément marquée par son histoire empreinte d’une longue période de colonisation. Cette période impacte la vie politique algérienne qui perçoit dans l’Europe une menace néocolonialiste. Durant la Guerre froide, l’Algérie se montre beaucoup moins encline au libéralisme. A contrario, elle devient un pays socialiste et s’affiche avec les pays phares du tiers-mondisme.

Arrivent au même moment à la tête des deux États Abdelaziz BOUTEFLIKA côté algérien et le roi Mohammed VI pour le Maroc, à la fin des années 1990 et début des années 2000. Ces chefs d’Etats viennent ancrer davantage les différences entre Alger et Rabat. Ces derniers réhabilitent certains héros nationaux et confèrent à leur pays un passé propre. De fait, les idées de nationalisme priment sur l’idée d’un Maghreb unifié et éliminent le patriotisme maghrébin10.

Un dossier brûlant et des différends anciens

Le Sahara occidental représente aujourd’hui le dossier brûlant entre les deux pays. Pendant la Guerre froide déjà, Hassan II a instrumentalisé ce conflit en établissant un parallèle entre le conflit du Sahara occidental et la confrontation entre Est et Ouest, en avançant la proximité idéologique de l’Algérie avec l’URSS11.

D’ailleurs, les deux pays se sont déjà livrés à une guerre ouverte en 1963. Peu de temps après l’indépendance algérienne, la tension monte entre les deux pays. L’irrédentisme marocain, l’absence de frontières claires et la non volonté de l’Algérie de reconsidérer les frontières héritées de la période coloniale sont autant de raisons qui ont donné lieu au conflit.

Appelée la Guerre des Sables, cette guerre renvoie à l’attaque de l’armée algérienne en direction de troupes marocaines qui cause la mort de 12 soldats marocains. Ce conflit fait office de théâtre de la Guerre froide : l’Algérie est appuyée par l’Égypte et Cuba tandis que le Maroc bénéficie de l’appui américain12. Si cette guerre se solde par un cessez-le-feu permis par l’Organisation de l’Union Africaine (OUA) sous proposition du Président malien Modibo KEÏTA, le dossier du Sahara demeure un problème gênant à l’établissement de la paix dans la région.

Le Sahara occidental fait partie intégrante du Maroc pour Rabat. Toutefois, l’Algérie considère que le peuple sahraoui doit pouvoir accéder à l’indépendance et soutient le Front Polisario depuis 1975, date à laquelle l’Espagne cesse d’exercer son autonomie sur la région après des années de colonisation.

La crise du Sahara occidental ne cesse d’empoisonner les relations entre les deux États. Pour Alger, cette question relève de la décolonisation et de la prévalence du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, consacré par les Nations-Unies dès leur création en 1945. Alger en appelle donc à l’action des grandes puissances, notamment celles qui ont un siège au Conseil de sécurité de l’ONU afin de faire appliquer le droit dans le cadre de cette crise13. D’ailleurs, en 2002, le pays demande même par le biais de l’ONU que ce territoire soit partagé avec le Maroc14. La République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) créée en 1976 est soutenue par Alger qui accepte même d’abriter sur son sol ses dirigeants mais également des centaines de milliers de réfugiés sahraouis15. Pour Rabat, il s’agit de la défense pour l’intégrité de son territoire. Sa perception de la menace est obnubilée par la question des frontières.

Soldats de la MINURSO.
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Un cessez-le-feu entre les deux parties est maintenu depuis 1991 grâce aux casques bleus onusiens mais fait office d’une maigre consolation. De fait, l’ONU tente de trouver une solution durable pour la région.

Aujourd’hui, le Sahara occidental est considéré comme un territoire non autonome selon l’ONU à la suite d’une demande marocaine. Si son statut reste à déterminer à l’issue du référendum, seulement 32 Etats reconnaissent la RASD. 50 pays avaient dans le passé reconnu son existence mais sont revenus sur leur décision, jugeant que cette reconnaissance s’opposait avec le principe d’un référendum à l’autodétermination.

 


 

1 BENARGANE Yassine, « Sarah occidental : El Othmani fustige l’Algérie depuis New York », Yabiladi, 26 septembre 2018. Disponible sur : https://www.yabiladi.com/articles/details/69258/sahara-occidental-othmani-fustige-l-algerie.html

2 « Le Maroc attaque l’Algérie à l’Assemblée générale de l’ONU », TSA, 26 septembre 2018. Disponible sur : https://www.tsa-algerie.com/le-maroc-attaque-lalgerie-a-lassemblee-generale-de-lonu/

3 Discours de Saâdeddine EL OTHMANI devant l’Assemblée générale des Nations-Unies à New York le 25 septembre 2018.

4 ADAM Kenzi, « Sahara occidental : rencontre Köhler-Hale sur fond de relance des négociations », Algérie Patriotique, 25 septembre 2018. Disponible sur : https://www.algeriepatriotique.com/2018/09/25/sahara-occidental-rencontre-kohler-hale-sur-fond-de-relance-des-negociations/

5 CAMELLO Maria, Note d’analyse : Exportations d’armes au Maghreb : quelle conformité avec la Position commune ? Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la Sécurité, 17 septembre 2018, 16 pages. Disponible sur https://www.grip.org/sites/grip.org/files/NOTES_ANALYSE/2018/na_2018-09-17_fr_m-camello.pdf

6 BAGHZOUZ Aomar, « L’Algérie face à l’Europe : quelle place dans les dispositifs de coopération en Méditerranée ? », Maghreb – Machrek 2009/2 (N° 200), p. 50.

7 BERRAMDAME Abdelkhaleq, Le partenariat euro-méditerranéen à l’heure de l’élargissement de l’Union européenne, Karthala, Paris : 2005, p. 51.

8 KISSINGER Henry, Les Années orageuses, Fayard, Paris, 1982, p. 781.

9 BERRAMDAME Abdelkhaleq, Le partenariat euro-méditerranéen à l’heure de l’élargissement de l’Union européenne, Karthala, Paris : 2005, p. 52.

10 VERMEREN Pierre, « L’historiographie des deux côtés de la Méditerranée », Histoire@Politique 2011/3 (n° 15), p. 9.

11 SAIDY Brahim, « La politique de défense Marocaine : articulation de l’interne et de l’externe », Maghreb – Machrek 2009/4 (N° 202), p.126.

12 ALILAT Farid, « Début de la guerre des Sables », Jeune Afrique, 9 octobre 2007. Disponible sur : http://www.jeuneafrique.com/124805/archives-thematique/d-but-de-la-guerre-des-sables/

13 BAGHZOUZ Aomar, « L’Algérie face à l’Europe : quelle place dans les dispositifs de coopération en Méditerranée ? », Maghreb – Machrek 2009/2 (N° 200), p.50.

14 SAIDY Brahim, « La politique de défense Marocaine : articulation de l’interne et de l’externe », Maghreb – Machrek 2009/4 (N° 202), p. 124.

15 BERRAMDAME Abdelkhaleq, Le partenariat euro-méditerranéen à l’heure de l’élargissement de l’Union européenne, Karthala, Paris: 2005, p. 63.

Migrants : le Maroc intensifie la répression

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La Marine royale marocaine a tiré des coups de feu sur une embarcation de migrants ce mardi 25 septembre 2018. Sur les 25 personnes présentes à bord, une Marocaine de 22 ans a perdu la vie tandis que trois autres personnes sont blessées, l’une d’entre elles étant dans un état critique. Ces quatre individus sont originaires du Rif à l’extrême Nord du Maroc.

Au large de Tétouan et de l’enclave espagnole de Ceuta, un zodiac refusait d’obtempérer suite aux avertissements des autorités marocaines. La marine royale s’est dit « contrainte » de tirer sur ces migrants se dirigeant vers l’’Espagne.

Selon des chiffres publiés par l’Office International pour les Migrations, l’Espagne est depuis le début de l’année le premier pays d’arrivée des migrants illégaux en Europe. Depuis le 1er janvier, ils sont plus de 38 000 à avoir débarqué sur les côtes espagnoles par voies maritime et terrestre. Le porte-parole du gouvernement marocain affirme d’ailleurs avoir fait avorter plus de 54 000 tentatives de passages illégaux de migrants en direction de l’Union européenne, dont 7 100 Marocains.

Les Marocains constituent en effet 15% des migrants gagnant l’Espagne. Pour enrayer cette immigration massive, le Maroc intensifie la répression. Depuis le mois d’août, environ 6 500 Subsahariens ont été refoulés vers le Sud. L’Association Marocaine des Droits Humains (AMDH) s’indigne du sort de ces migrants, en particulier des citoyens marocains « tués de sang-froid parce qu’ils veulent quitter ce pays ». En effet, au Maroc, certaines personnes victimes de l’exclusion sociale et majoritairement les jeunes qui représentent un tiers de la population, veulent fuir le climat de répression où les disparités sociales et la pauvreté sont grandissantes.

Le 11 août dernier, la chancelière allemande Angela MERKEL et le Président du gouvernement espagnol Pedro SANCHEZ ont accepté d’aider le Maroc à contrôler ses côtes. Si le porte-parole du gouvernement chérifien Mustapha EL KHALFI insiste sur la coordination conjointe et une « responsabilité partagée » entre UE et le Maroc en matière d’immigration, refusant de faire du Maroc un gendarme, les déplacements forcés à l’égard des migrants se sont intensifiés depuis le début de l’été. Pour les ONG, cette politique répond au programme initié par l’UE en direction du Maroc et de la Tunisie d’un montant de 55 millions d’euros afin de protéger les frontières de l’Europe.

Tandis que le Maroc avait, ces cinq dernières années, mené une politique d’intégration à l’égard des migrants, ces efforts ont été balayés par la politique des déplacements forcés et les actions des autorités marocaines dont les ONG dénoncent les expulsions abusives et les arrestations arbitraires.