Les Casques bleus, victimes ignorées des conflits en Afrique

Sans que ces décès fassent la Une d’une actualité déjà chargée, les derniers jours ont été marqué par la mort de plusieurs « soldats de la paix » au Mali et en République centrafricaine. Depuis le début de l’année 2013, plus de 170 Casques bleus sont tombés au champ d’honneur, la plupart en Afrique.

Au Mali, le 24 novembre 2017, trois militaires nigériens de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) ont perdu la vie lors d’une opération coordonnée avec les forces de défense maliennes dans la région de Ménaka (Mali), tandis qu’un Casque bleu burkinabé succombait durant une attaque perpétrée contre un convoi de la MINUSMA dans la région de Mopti.

Malgré la montée en puissance très progressive de la force conjointe du G5 Sahel, les groupes terroristes sont toujours très actifs au Mali, où ils bénéficient du soutien discret de membres de tribus touareg. Conscient de cette duplicité et du manque d’enthousiasme du pouvoir en place à Bamako, les membres du Conseil de sécurité ont ainsi « demandé instamment aux parties maliennes d’appliquer pleinement l’Accord sans plus tarder » (cf. article du 7 septembre 2017 =>).

En République centrafricaine, le 26 novembre 2017, c’est un militaire égyptien de de la Mission multidimensionnelle intégrée pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) qui est décédé à proximité de Gambo, suite à l’attaque d’un convoi évoluant sur l’axe Bangassou-Kongbopar par des éléments antibalaka. Treize Casques bleus sont tombés en République centrafricaine depuis janvier 2017, victime d’actes hostiles. Ce pays connaît une crise majeure depuis décembre 2012, avec un conflit opposant des groupes rebelles musulmans Seleka (Coalition), au pouvoir à Bangui à partir de mars 2013, au mouvement anti-balaka, majoritairement chrétien-animiste.

Le Conseil de sécurité avait renouvelé le 15 novembre 2017 le mandat de la MINUSCA, rehaussant à cette occasion le plafond de troupes de 900 militaires, et reconnaissant implicitement que la situation du pays ne s’était pas réellement améliorée malgré la tenue d’élections et la mise en place d’un gouvernement, dont l’autorité s’étend difficilement au-delà de la capitale Bangui. L’Union européenne mène une mission militaire de formation (EUTM RCA) « dans l’objectif de rendre les forces armées centrafricaines modernes, efficaces et démocratiquement responsables », mais le redéploiement de ces forces dans le pays ne se fait que très progressivement, le pays restant sous la coupe des milices armées de l’ex-Seleka et antibalaka.

Comme lors de chaque évènement dramatique touchant les « soldats de la paix », les membres du Conseil ont « souligné que les attaques visant des soldats de la paix peuvent constituer des crimes de guerre au regard du droit international » et menacé de sanctions les commanditaires et les auteurs des attaques.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie Institut FMES

Déclaration à la presse sur l’attaque contre la MINUSMA =>

Déclaration à la presse sur l’attaque contre la MINUSMA (Mopti) =>

Déclaration à la presse sur l’attaque contre la MINUSCA =>