Author: FMES

Yamal LNG, un pion essentiel sur l’échiquier du secteur russe de l’énergie

Le Président russe Vladimir Poutine a assisté le 8 décembre 2017 au premier chargement de gaz liquéfié depuis le site de Yamal situé en Sibérie occidentale à proximité des gisements de gaz exploités par Novatek, premier producteur privé russe de gaz naturel. Le méthanier choisi pour recevoir ce premier chargement de LNG (liquefied naturel gas) porte le nom emblématique de Christophe de Margerie, ancien Président-directeur général de Total, décédé accidentellement le 20 octobre 2014 alors qu’il quittait Moscou. Total est partenaire à hauteur de 20 % dans le projet « Yamal LNG ».

Un Président russe, premier ambassadeur du secteur russe de l’énergie.

Le même 8 décembre 2017, Vladimir Poutine a présidé une réunion de travail consacrée au développement des capacités de production de LNG. Le Président russe est très actif dans ce domaine de l’énergie, et avait déjà marqué de sa présence la session plénière de la semaine de l’énergie organisée à Moscou au début du mois d’octobre 2017 en présence du secrétaire général de l’OPEC.

La route du Nord.

Au-delà du symbole représenté par ce premier chargement, le discours de Vladimir Poutine consacre l’importance donnée par la Russie au développement des nouvelles routes de l’Arctique et des mers septentrionales. De nouveaux brise-glaces à propulsion nucléaire[1] d’une puissance de 60 MWe[2] permettront ainsi aux entreprises localisées dans le grand Nord de livrer leur production tout au long de l’année. Aujourd’hui, l’accès à l’Océan Pacifique est garanti six à sept mois de l’année, l’accès à l’Océan Atlantique l’étant en permanence. Profitant de la période estivale, le « Christophe de Margerie » a déjà procédé à une première livraison de LNG, chargeant sa cargaison en Norvège pour une livraison quinze jours plus tard au terminal sud-coréen de Boryeong, soit un gain de quinze jours par rapport à une traversée « classique » par le canal de Suez et le détroit de Malacca.

Une réponse aux sanctions économiques.

Vladimir Poutine a souligné que la quatrième phase de développement des capacités de liquéfaction de l’usine de Yamal, permettant d’atteindre 16,5 millions de tonnes par an, mettrait exclusivement en œuvre des technologies russes. Cette remarque répond directement aux mesures restrictives mises en place par l’Union européenne ayant pour effet « de restreindre l’accès de la Russie à certains services et technologies sensibles pouvant être utilisés pour la production et l’exploration pétrolières ». Et le Président russe n’a pas manqué, pour clore son discours, de remercier sans les citer » « les amis et les partenaires étrangers d’Europe et d’Asie sans l’aide et la confiance desquels le projet n’aurait pas vu le jour ».

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie de l’Institut FMES

Le discours de Vladimir Poutine (en anglais) =>

Yamal LNG, sur le site de Total =>

LNG, sur le site de Novatek (en anglais) =>

[1] La flotte de brise-glaces russes est mise en œuvre par Rosatomflot, une filiale de Rosatom.

[2] l’EPR développera 1 600 MWe.

Jérusalem, capitale d’Israël : la victoire du « de facto » sur le « de jure »

Le Président des Etats-Unis a reconnu le 6 décembre 2017 Jérusalem, « antique capitale du peuple juif », en tant que capitale de l’Etat d’Israël et a ordonné le transfert de l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem, recevant en retour de multiples protestations et mises en garde.

Le Président des Etats-Unis s’est appuyé dans sa « démonstration » sur le constat pragmatique que les institutions israéliennes étaient de facto situées à Jérusalem, que ce soit le parlement (la Knesset), la cour suprême ou la résidence du Président et du Premier ministre. Il a également rappelé que cette décision n’était que la mise en œuvre de la loi sur la reconnaissance de Jérusalem (Jerusalem Embassy Act of 1995) du 8 novembre 1995 par laquelle le Sénat et la Chambre des représentants décidaient que Jérusalem devait être reconnue comme la capitale de l’Etat d’Israël et que l’ambassade des Etats-Unis devait y être établie avant le 31 mai 1999. Cette loi avait été voté dans un contexte particulier, quelques mois après la signature des accords d’Oslo présageant un aboutissement des négociations israélo-palestiniennes mais quatre seulement après l’assassinat d’Yitzhak Rabin par un militant israélien d’extrême droite.

Conscient des réactions violentes que sa décision peut entraîner[1], Donal Trump a insisté sur le caractère universel de Jérusalem, un endroit ou les Juifs prient au Mur des lamentations, où les Chrétiens parcourent le chemin de croix et qui est dominé par la mosquée al-Aqsa, lieu de culte sacré des Musulmans. Il a également confirmé la volonté des Etats-Unis de faciliter un accord de paix et une solution à deux Etats, « pour autant qu’elle soit acceptée par les deux parties ».

Dans sa résolution n°181 relative au gouvernement futur de la Palestine, alors administrée par le Royaume-Uni, « puissance mandataire », l’Assemblée générale avait décidée le partage de la Palestine entre deux Etats indépendants, l’un arabe, l’autre juif, la ville de Jérusalem bénéficiant d’un régime international particulier. Cette résolution reste le fondement du droit international, réaffirmé régulièrement au travers de résolutions du Conseil de sécurité[2][3], et explique l’unanimité des réactions défavorables à la décision américaine.

Sans évoquer directement la décision américaine, le Secrétaire général des Nations-Unies s’est élevé « contre toute mesure unilatérale qui pourrait compromettre les perspectives de paix des Israéliens et des Palestiniens ». Le Président français a quant à lui « rappelé que la question du statut de Jérusalem devra être réglée dans le cadre des négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens, visant en particulier l’établissement de deux Etats, Israël et la Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité avec Jérusalem pour capitale. »

Au titre d’hôte du prochain sommet de l’Organisation de la coopération islamique, le président turc Recep Erdoğan, moins diplomate, a demandé aux Etats-Unis de revenir sur leur décision susceptible de déclencher le « chaos » dans la région, dénonçant une décision contraire aux résolutions des Nations Unies et au statut millénaire d’al-Qods (Jérusalem). Le roi d’Arabie saoudite, gardien des lieux saints, avait lui-même mis en garde Donald Trump contre toute décision unilatérale, « qui nuirait au processus de paix et augmenterait les tensions dans la région ».

La seule réaction favorable provient de Jérusalem, d’où Benjamin Netanyahu a remercié Donal Trump, rappelant que Jérusalem est depuis 3 000 ans la capitale du peuple juif, et invitant toutes les nations recherchant la paix à reconnaître Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël et à y transférer leur ambassade.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie de l’Institut FMES

La déclaration de Donald Trump (en anglais et en arabe) =>

[1] Une protection renforcée des ressortissants américains a été mise en place dans les « régions concernées ».

[2] Résolution 252 du 21 mai 1968 : « le Conseil de sécurité […] considère que toutes les mesures et dispositions législatives et administratives prises par Israël […] qui tendent à modifier le statut juridique de Jérusalem sont non valides et ne peuvent modifier ce statut » (adoptée par 13 voix pour, les Etats-Unis et le Canada s’étant abstenus).

[3] Résolution 476 du 30 juin 1980 : « le Conseil de sécurité […] confirme à nouveau que toutes les mesures et dispositions législatives et administratives prises par Israël […] en vue de modifier caractère et le statut de la Ville sainte de Jérusalem n’ont aucune validité en droit » (adoptée par 14 voix pour, les Etats-Unis s’étant abstenus).

Journée de solidarité avec le peuple palestinien : l’avenir reste sombre

Les Nations-Unies ont mis en place un calendrier des « journées internationales », soit plus de 140 thèmes particuliers mis en avant, portant sur des sujets très variés, de la journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste (27 janvier) à la journée internationale de la solidarité humaine (20 décembre) en passant par la journée mondiale du thon (2 mai).

Le 29 novembre correspond ainsi à la journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien. En 1947, l’Assemblée générale avait adopté le 29 novembre la résolution 181 qui prévoyait la création en Palestine d’un « État juif » et d’un « État arabe », Jérusalem étant placée sous un régime international spécial.

A l’occasion du 70ème anniversaire de son adoption, l’Assemblée générale a organisé un débat sur la question de Palestine, durant lequel l’accord de réconciliation palestinienne, signé le 12 octobre dernier au Caire par les délégations du Fatah et du Hamas, est apparu comme la seule lueur d’espoir face à la poursuite de l’occupation des territoires palestiniens et des violences. Les échanges indirects entre le représentant d’Israël et l’observateur permanent de la Palestine ont confirmé l’absence totale de consensus entre les deux parties, augurant d’une absence d’issue dans les années prochaines. L’observateur palestinien a d’emblée regretté la résolution de 1947 adoptée « contre la volonté et les droits du peuple palestinien » et accusé Israël de saboter tous les efforts visant à trouver un règlement au conflit. Le représentant israélien a quant à lui affirmé que les Palestiniens « poursuivent leur chemin de dévastation et de désespoir » et regretté que les Nations-Unies aient choisi de débattre de la « question de la Palestine ».

Le « comité pour l’exercice des droits aliénables du peuple palestinien » a présenté quatre projets de résolution qui ont toutes été adoptées le 30 novembre 2017, l’Assemblée générale demandant aux Israéliens et aux Palestiniens « d’agir de façon responsable et de créer les conditions nécessaires à la création d’un horizon politique crédible et à la promotion des efforts de paix. » Moins d’une dizaine de pays, dont les Etats-Unis et le Canada, se sont opposés à ces résolutions.

La France, par la voix d’un communiqué du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, a évité de s’associer à cette journée de solidarité, réaffirmant uniquement, « à l’occasion du 70ème anniversaire de l’adoption de la résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations unies », son engagement pour une solution à deux Etats. La France condamne les décisions des autorités israéliennes relatives à la construction de logements dans les colonies en Cisjordanie et dans la partie orientale de Jérusalem, sans pour autant militer pour des mesures coercitives.

Ces décisions ont suscité de nombreux projets de résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, régulièrement bloquées par les Etats-Unis, à l’exception notable de la résolution 2334, votée dans un contexte très particulier de transition entre les administrations Obama et Trump. De 1972 à 2011, les Etats-Unis se sont en effet opposés plus d’une quarantaine de fois à des résolutions « affirmant les droits aliénables du peuple palestinien » (29 juin 1976), ou réaffirmant « que les colonies de peuplement israéliennes établies sur le territoire palestinien occupé depuis 1967, y compris Jérusalem-Est, sont illégales » (18 février 2011).

Alors que les Etats-Unis réaffirmaient devant l’Assemblé générale leur soutien à Israël et dénonçaient une « institution intergouvernementale [qui] laisse des États imposer leurs vues qui ne sont représentatives que d’un seul camp », Vladimir Poutine avait adressé ses vœux au « Président de la Palestine » à l’occasion de cette journée de solidarité.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie de l’Institut FMES.

Le communiqué de presse de l’Assemblé générale =>

Le communiqué de presse du comité pour l’exercice des droits aliénables du peuple palestinien =>

La question de Palestine =>

« Renforcer l’alliance occidentale » : Rex Tillerson au Wilson Center

Le Secrétaire d’Etat américain Rex W. Tillerson est intervenu le 28 novembre 2017 au Wilson Center, important think-tank américain. Il y a décrit la vision de l’administration Trump de l’avenir des relations avec l’Europe, soulignant les convergences de vue sur de nombreux dossiers, de la Corée du nord à l’Afghanistan et au Sahel. Son discours a surtout été marqué par une charge appuyée contre la Russie, accusée de menacer ouvertement l’Europe. Rex Tillerson a mis à profit son discours pour adresser un message à la Turquie, lui rappelant que le peuple turc n’avait aucun bénéfice à tirer de relations avec l’Iran ou la Russie.

Un éloge de l’interventionnisme

Rex W. Tillerson a commencé par dresser un portrait élogieux de Théodore Roosevelt, vingt-sixième président des Etats-Unis, en poste de 1901 à 1909, soulignant sa volonté d’interventionnisme dans les affaires européennes, au contraire de Woodrow Wilson, qu’il qualifie de « farouchement isolationniste ». Citant Théodore Roosevelt : « un grand peuple libre se doit à lui-même et à toute l’humanité de ne pas sombrer dans l’impuissance devant les puissances du mal », il a rappelé que les nations européennes partageaient avec les Etats-Unis des valeurs communes de liberté, d’égalité et de dignité.

La Russie, une menace pour l’Europe

Le Secrétaire d’Etat a insisté sur la nécessité pour les nations européennes de mieux contribuer à leur sécurité, rappelant le seuil des 2% de P.I.B. à consacrer au budget de la Défense, alors que les Etats-Unis regardent à nouveau vers l’Europe, confrontée à l’émergence de la menace russe. Pour illustrer le refus de Moscou de répondre favorablement aux avances occidentales des dernières années, il a cité les « invasions » de la Géorgie en 2008 et de l’Ukraine en 2014, ainsi que les tentatives de la Russie d’interférer dans les élections nationales.

Signe du regain d’intérêt des Etats-Unis pour l’Europe, la nouvelle administration a prévu un budget de 4,8 Mds de dollars en 2018 pour son initiative de dissuasion européenne (European Deterrence Initiative). Optant pour un raccourci sans nuance, le Secrétaire d’Etat a évoqué l’exercice russe Zapad 2017 pour expliquer la nécessité de pouvoir répondre sans délai à une attaque à l’encontre des Alliés. Rex Tillerson a également précisé que 150 M$ seront consacrés au soutien des forces ukrainiennes, insistant sur le fait que les sanctions contre la Russie ne seront pas levées tant que les conditions exigées par les accords de Minsk n’auront pas été remplies.

Répondant à une question sur un rapprochement possible avec la Russie, le Secrétaire d’Etat a confirmé que des zones de convergence et de coopération existaient, en particulier dans la lutte contre le terrorisme et l’Etat islamique en Irak et au Levant, rappelant la déclaration commune Donald Trump et Vladimir Poutine au sommet de la conférence économique Asie-Pacifique.

L’arme de l’énergie

Citant Donald Trump lors de son intervention le 6 juillet 2017 au sommet de « l’Initiative des trois mers », Rex Tillerson a affirmé que les Etats-Unis étaient prêts à « offrir » l’accès au gaz liquéfié et au pétrole américain aux nations européennes pour leur éviter toute dépendance énergétique envers une nation extérieure à l’Europe. Tout en évitant de citer directement la Russie, le Secrétaire d’Etat s’est fermement prononcé contre le Nord Stream 2 et le Turkish Stream, deux projets qualifiés d’imprudents car renforçant la domination d’un unique fournisseur étranger à l’Europe.

La Turquie

Si Rex Tillerson n’a consacré que trois lignes de son discours à la Turquie et omis de répondre à une question sur ce sujet, il a reproché à Ankara sa proximité avec l’Iran et avec la Russie, déjà évoqué par la dénonciation du Turkish Stream. Ces reproches répondent indirectement aux déclarations du Président turc Tayyip Erdoğan le 13 novembre 2017 à Sotchi, où il se félicitait de l’accroissement de la bonne santé des relations économiques avec la Russie, en particulier sur les deux projets du Turkish Stream et de la centrale nucléaire d’Akkuyu.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie de l’Institut FMES

La conférence du Secrétaire d’Etat (en anglais) =>

Le site du Wilson Center =>

Les Casques bleus, victimes ignorées des conflits en Afrique

Sans que ces décès fassent la Une d’une actualité déjà chargée, les derniers jours ont été marqué par la mort de plusieurs « soldats de la paix » au Mali et en République centrafricaine. Depuis le début de l’année 2013, plus de 170 Casques bleus sont tombés au champ d’honneur, la plupart en Afrique.

Au Mali, le 24 novembre 2017, trois militaires nigériens de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) ont perdu la vie lors d’une opération coordonnée avec les forces de défense maliennes dans la région de Ménaka (Mali), tandis qu’un Casque bleu burkinabé succombait durant une attaque perpétrée contre un convoi de la MINUSMA dans la région de Mopti.

Malgré la montée en puissance très progressive de la force conjointe du G5 Sahel, les groupes terroristes sont toujours très actifs au Mali, où ils bénéficient du soutien discret de membres de tribus touareg. Conscient de cette duplicité et du manque d’enthousiasme du pouvoir en place à Bamako, les membres du Conseil de sécurité ont ainsi « demandé instamment aux parties maliennes d’appliquer pleinement l’Accord sans plus tarder » (cf. article du 7 septembre 2017 =>).

En République centrafricaine, le 26 novembre 2017, c’est un militaire égyptien de de la Mission multidimensionnelle intégrée pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) qui est décédé à proximité de Gambo, suite à l’attaque d’un convoi évoluant sur l’axe Bangassou-Kongbopar par des éléments antibalaka. Treize Casques bleus sont tombés en République centrafricaine depuis janvier 2017, victime d’actes hostiles. Ce pays connaît une crise majeure depuis décembre 2012, avec un conflit opposant des groupes rebelles musulmans Seleka (Coalition), au pouvoir à Bangui à partir de mars 2013, au mouvement anti-balaka, majoritairement chrétien-animiste.

Le Conseil de sécurité avait renouvelé le 15 novembre 2017 le mandat de la MINUSCA, rehaussant à cette occasion le plafond de troupes de 900 militaires, et reconnaissant implicitement que la situation du pays ne s’était pas réellement améliorée malgré la tenue d’élections et la mise en place d’un gouvernement, dont l’autorité s’étend difficilement au-delà de la capitale Bangui. L’Union européenne mène une mission militaire de formation (EUTM RCA) « dans l’objectif de rendre les forces armées centrafricaines modernes, efficaces et démocratiquement responsables », mais le redéploiement de ces forces dans le pays ne se fait que très progressivement, le pays restant sous la coupe des milices armées de l’ex-Seleka et antibalaka.

Comme lors de chaque évènement dramatique touchant les « soldats de la paix », les membres du Conseil ont « souligné que les attaques visant des soldats de la paix peuvent constituer des crimes de guerre au regard du droit international » et menacé de sanctions les commanditaires et les auteurs des attaques.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie Institut FMES

Déclaration à la presse sur l’attaque contre la MINUSMA =>

Déclaration à la presse sur l’attaque contre la MINUSMA (Mopti) =>

Déclaration à la presse sur l’attaque contre la MINUSCA =>

Le Yémen – point de situation

Par l’Ingénieur divisionnaire d’études et de fabrications Jean-Charles Colombani, auditeur de la 28ème session. 

Le contexte

Le Yémen est un pays frontalier de l’Arabie saoudite au Nord et du Sultanat d’Oman à l’Est, bordé par le golfe d’Aden, prolongé par la mer Arabique au sud et la Mer rouge à l’Ouest.

Situé au carrefour de l’Afrique et du Moyen-Orient, le Yémen et ses approches constituent un lieu de passage stratégique obligé donnant accès au canal de Suez. Dans cet environnement, la piraterie s’est développée et a donné lieu à l’intervention d’une « task force » CTF-151 (20 pays contributeurs  dont les USA, le Canada, la Corée du Sud, la France…). La CTF-151 s’inscrit dans la continuité de la CTF-150 (lutte dans la corne de l’Afrique contre le terrorisme suite aux attentats du 11 septembre 2001) et se poursuit avec la CTF-152 assurant la sécurité du golfe arabo-persique.

Extrait du site du ministère de l’Europe et des affaires étrangères :

« En Océan Indien, les zones à très fort risque sont : = le Golfe d’Aden dans son ensemble (y compris la partie méridionale des eaux territoriales du Yémen et d’Oman), et le bassin somalien, le golfe du Bengale, notamment les côtes méridionales du Bangla Deshet la côte birmane ?? =. Les zone à risque sont : la mer Rouge, le reste de l’Océan Indien jusqu’au canal du Mozambique, et la zone comprise entre les Seychelles, les Maldives et les Laquedives. »

Le Yémen possède des ressources en gaz et pétrole dans les régions de Hadramaout et Chabwa, alors que les terminaux portuaires sont situés à proximité des villes de Mukalla, Haniyah et Salif.

C’est un pays que l’on peut qualifier de pauvre avec un PIB de 27,32 Md$ soit un PIB par habitant de 990$, il est de surcroît soumis à une épidémie de choléra avec des projections à 900 000 cas si le blocus actuel est maintenu.

Rappels historiques

  • 1978 : Ali Abdallah Saleh est élu président du Yémen du Nord
  • 22 mai 1990 : Le Yémen du Sud et le Yémen du Nord se réunissent, toujours sous la présidence de Ali Abdallah Saleh, pour former la République du Yémen actuelle. Mettant en place un régime clientéliste, Ali Saleh perd de l’influence en dehors de la capitale Sanaa. Cette même année, le Yémen soutient l’Irak dans la première guerre du golfe ce qui engendre des représailles des USA, à savoir une attaque monétaire et une dévaluation de la monnaie.
  • 1994 : le Sud du Yémen souhaite faire sécession, ce conflit se traduit par 7000 morts au moins.
  • 2000 : rébellion islamiste dans un contexte de succession du président Ali Abdallah Saleh, en particulier houthie depuis le Nord-Ouest avec la prise de Sa’dah (en vert sur la carte), puis chiite saïdite.

  • 2011 : dans la dynamique du printemps arabe, survient la révolte « pacifique » yéménite.
  • 2013 : après près d’une année de manifestations, le président Ali Abdallah Saleh renonce à se présenter en contrepartie d’un maintien sur le territoire. Il est remplacé par son vice-président Abdrabbo Mansour Hadi. Règne alors une période de confusion où le Conseil de Coopération du Golfe, avec le soutien de l’UE et des USA, présente au Congrès général du Peuple des réformes visant à la transition du pouvoir et à des élections.
  • 2014 : mouvement islamiste des chiites houthis depuis le Nord du pays, le président se voit contraint à la démission suite à la prise du palais présidentiel et se réfugie à Aden. Cette prise du pouvoir par les Houthis se concrétise par une domination de l’armée, du monde économique et un contrôle du pétrole. Ce mouvement ira jusqu’à Aden, le président Hadi se réfugie alors en Arabie Saoudite.
  • 2015 : Coalition des Emirats Arabes Unis et de l’Arabie Saoudite, pays sunnites, qui lancent des frappes contre les positions houthies.
  • 14 avril 2015 : vote de la résolution 2116 du Conseil de sécurité des Nations unies (14 pour et une abstention (Russie)) imposant un embargo à destination des Houthis et de leurs alliés.
  • 2015 : émergence ou renforcement des courants al-Qaïda et Daech dans le Sud. Des conflits internes voient le jour entre les Houthis et al-Quaïda.
  • Depuis 2016 : intervention de l’Arabie Saoudite et des EAU dans le conflit. La Russie, tout comme Oman, se positionnent en médiateur.

Situation économique

  • 80% de la population dépend de l’aide humanitaire à laquelle s’ajoute l’épidémie de choléra.
  • L’économie du Yémen repose sur 4 piliers :
    • L’agriculture avec une culture qui ne couvre qu’un quart du besoin de la population,
    • Le pétrole dont les ressources semblent se tarir à l’horizon 2020, actuellement 150000 barils/jours,
    • Le gaz avec des réserves disponibles,
    • Les travailleurs qui migrent, notamment vers l’Arabie Saoudite.

« Résolution des crises, le jour d’après… »

Le Yémen renferme en son sein le terreau d’une crise avec de multiples facettes :

  • Un conflit d’ordre religieux opposant des sunnites et des chiites
  • L’émergence de courants islamistes radicaux avec al-Qaïda et Daech
  • Un pouvoir qui ne maîtrise plus son positionnement et n’a plus de légitimité
  • Des belligérants extérieurs intervenant dans le conflit : l’Arabie Saoudite et les EAU d’un côté, l’Iran de l’autre.
  • Une crise économique et humanitaire conjuguée à une épidémie de choléra
  • Des disparités de richesses naturelles

Dans ce contexte, il suffirait, à l’instar de Daech en Syrie, que des groupuscules islamistes s’emparent des ressources, pour que des trafics illicites s’instaurent et financent des actes extérieurs au Yémen, voire aux abords de ses côtes.

Une reconstruction, estimée à 15Md$ en 2016 par le Ministre Abdoulraqeb Saif, sera envisageable lorsque les tensions entre chiites et sunnites se seront apaisées. Néanmoins, si certains pays disposent d’un capital de ressources naturelles leur permettant d’augurer un financement pour leur reconstruction, le Yémen devra s’appuyer sur un potentiel gazier peu exploité à ce jour.

Dans ce cadre, seules des aides financière et humanitaire (de l’Arabie Saoudite vers le président Hadi) permettront d’engager un processus de relance (échange territoire pacifié au profit du président Hadi contre aide) car il conviendra d’apporter un soutien aux quelques 8 millions de personnes souffrant de malnutrition ou du choléra.

L’Europe a intérêt à pacifier cette région car « le jour d’après » correspond à des flux commerciaux sans danger de piraterie ou de risque de terrorisme pour les navires en transit entre l’Asie et la Méditerranée via le canal de Suez et le détroit de Bab el-Mandeb. Au-delà de cette pacification, l’exploitation « éthique » de la ressource gazière par une entreprise mondialisée pourra limiter la corruption et le financement du terrorisme.

Enfin, si les USA, en regard de leur autonomie énergétique liée au gaz de schiste, se désintéressent ponctuellement de cette zone, l’Europe se doit d’investir dans cette partie du monde en contribuant à sa reconstruction, sans quoi, la Chine, qui implante d’ores et déjà une base militaire à Djibouti et utilise cette route maritime, y positionnera des « comptoirs », créant ainsi un ancrage entre le port du Pirée et l’Asie et trouvant à travers ce pays pauvre une source supplémentaire de croissance.

Russie, Iran, Turquie, la nouvelle Triple Alliance

Vladimir Poutine a réuni le 22 novembre 2017 ses alter-ego turc et iranien pour évoquer l’avenir de la Syrie. Les trois présidents ont renouvelé leur engagement de rétablir la paix et la sécurité dans ce pays, tout en préservant sa souveraineté, son unité et son intégrité territoriale. Ils se sont également félicités de la réduction du niveau de violence sur le territoire permettant le retour des réfugiés et des déplacés.

Le président russe a annoncé la création du « Congrès du Dialogue National Syrien », forum inclusif regroupant tous les représentants de la société syrienne, qui se réunira dans un premier temps à Sotchi, sur les bords de la Mer noire. Les représentants du régime de Bachar el-Assad doivent y retrouver les représentants de l’opposition[1] comme ceux de tous les groupes ethniques et religieux peuplant la Syrie afin de parvenir à la rédaction d’une nouvelle Constitution et à l’organisation d’élections tenus sous l’égide des Nations-Unies, conformément à la « feuille de route » adoptée par le Conseil de sécurité le 18 décembre 2015.

Dans son intervention, Hassan Rouhani a affirmé que le terrorisme était une menace pour toutes les nations, observant que Daesh s’était retourné contre ceux qui l’avaient aidé à naitre, visant ainsi sans la nommer l’Arabie Saoudite. Illustration de l’excellente coopération existant entre Moscou et Téhéran, Vladimir Poutine s’était rendu récemment en Iran, rencontrant à cette occasion le « guide suprême » Ali Khamenei.

Intervenant en dernier, le Président turc a confirmé les propos de ses deux collègues tout en laissant planer l’ambiguïté sur le « gang couvert de sang » coupable de vouloir attenter à l’intégrité territoriale de la Syrie. A l’évidence, Recep Erdoğan visait le PYD (Partiya Yekîtiya Demokrat), considéré comme la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), ce que reflète le titre de son intervention rapportée par le site officiel de la Présidence turque. Les relations russo-turques se sont très nettement améliorées depuis la destruction d’un Sukhoï-24 par un F-16 turc le 24 novembre 2015, comme l’avaient souligné les deux leaders le 13 novembre 2017.

Deux jours auparavant, Bashar el-Assad avait également été reçu à Sotchi, où il avait pu remercier les chefs militaires de la Russie pour l’intervention qui a permis de sauver son régime. Il avait à cette occasion confirmé sa volonté de soutenir une réforme constitutionnelle et d’organiser des élections présidentielles et parlementaires.

Le rôle déterminant de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis dans la chute de Raqqa et la conquête de la rive gauche de l’Euphrate n’a pas été évoqué, alors que les Forces démocratiques syriennes poursuivent le transfert de responsabilité de la région aux forces locales et que les deux Présidents russe et américains avaient diffusé le 11 novembre un communiqué commun se félicitant de la coopération qui avait permis de porter un coup décisif aux forces de l’Etat islamique en Irak et au Levant.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie de l’Institut FMES

Vers le communiqué conjoint (en anglais) =>

[1] Le communiqué final de « la coalition nationale de l’opposition et de la révolution syrienne », réunie à Riyadh les 22 et 23 novembre 2017, ne mentionne pas la réunion de Sotchi ni le Congrès du Dialogue National Syrien » mais réclame le départ de Bashar el-Assad et de « sa clique » en préalable à la phase de transition.

Enjeux stratégiques au Moyen-Orient

Par Simon Rousseau, étudiant au sein du master 2 Défense Sécurité et Gestion de crise de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS).

Introduction

Comme le souligne Charles Thépaut dans son récent ouvrage, Le monde arabe en morceaux, plusieurs biais peuvent constituer des freins à une réflexion pertinente et lucide concernant la situation d’un Moyen-Orient chaotique. Ils touchent tant à une perception erronée de l’Islam et de ses liens au politique qu’à la surestimation de certains facteurs, notamment tribaux et confessionnels. A ce titre, le présent article propose une analyse succincte, la plus objective possible, des différents enjeux stratégiques contemporains au Moyen-Orient.

Pour Pierre Vermeren, « le Moyen-Orient devient le théâtre de tous types de guerres : civiles, froides, internationales, idéologiques, confessionnelles, interétatiques, terroristes ». En effet, un certain chaos semble s’être emparé d’une région en proie à de très nombreux conflits, dont les conséquences, loin de se cantonner à leurs théâtres d’origine, débordent en Europe.

Les enjeux au Moyen-Orient sont complexes et imbriqués, et ne peuvent être expliqués ou analysés indépendamment d’un tableau plus global. Emile Hokayem souligne cinq tendances majeures aujourd’hui à l’oeuvre dans plusieurs Etats, notamment pour les cas syriens et irakiens :

  • Une opposition marquée entre gouvernements et citoyens
  • La montée en puissance des revendications ethniques et/ou nationalistes
  • Une opposition forte entre un islamisme grandissant et un sécularisme arabe souvent autoritaire ne laissant que peu de place à un troisième voie modérée
  • La fragmentation au sein même des mouvements d’opposition et donc le morcellement accru des territoires
  • Le retour de rivalités géopolitiques et des politiques de puissance

Reprenant les clefs d’analyse ainsi proposées, cette note dresse un bilan non exhaustif des principaux enjeux dans le Moyen-Orient contemporain.

I. Faillite des Etats

La question des Etats faillis constitue le premier enjeu stratégique de la région alors que l’Irak, la Syrie, le Yémen et la Libye sont en proie à de graves troubles internes qui remettent en cause leur intégrité et leurs prérogatives sécuritaires. L’absence d’entités supérieures et structurantes favorise considérablement la prolifération d’acteurs non étatiques et de flux illégaux dans la région, contribuant de fait à son instabilité.

La situation est également préoccupante au Liban, en Jordanie, à Bahreïn et en Egypte alors que les contestations internes, toujours vives, font planer le risque d’une dégradation rapide de la situation et, à terme, la possible déliquescence des Etats en question.

La première source de fragilité des Etats au Moyen-Orient concerne directement la gouvernance et le modèle politique. En effet, la faible légitimité des régimes, souvent militaires ou sécuritaires, et les inégalités économiques conséquentes entrent en contradiction avec les aspirations de la jeunesse de la région. La frustration politique et l’absence de perspectives économiques poussent certaines franges de la société, notamment les jeunes, vers la révolte radicale. En outre, les réponses étatiques violentes face aux contestations entretiennent des tensions qui peuvent dégénérer en conflit ouvert.

Durant les printemps arabes, les pays qui ont le mieux résisté disposaient de capacités financières importantes, du fait d’économies rentières basées sur les hydrocarbures et leur exportation. De cette manière, ils ont pu éteindre les contestations un temps en achetant la paix sociale par de coûteux programmes sociaux (130 Mds$ en Arabie saoudite en 2011). Ceux-ci ne peuvent cependant pas constituer une réponse de long terme, d’autant plus à l’heure où les cours du brut sont à la baisse.

II. Enjeux ethniques et confessionnels, fragmentation et morcellement des populations

Sur les bases précédemment évoquées, viennent se greffer différentes fractures ethniques et confessionnelles plus ou moins historiques et instrumentalisées. Faisant écho aux travaux de Robert Cooper, les bouleversements au Moyen-Orient semblent ainsi consacrer le retour vers des Etats « prémodernes » où les entités étatiques, ayant perdu le monopole de la violence légitime, tendent à disparaître au profit de différents groupes fondés sur des affinités ethniques, tribales ou confessionnelles. Le poids et les capacités de ces différents groupes supplantent alors des Etats incapables d’assurer leurs fonctions régaliennes ni de tenir leurs frontières.

Souvent instrumentalisées par les acteurs locaux et régionaux, ces fractures sont sources de nouvelles oppositions au sein même des territoires. Le risque d’enlisement des conflits apparaît dès lors très important, notamment en l’absence d’un arbitre étatique en capacité de gérer ces tensions. En Irak comme en Syrie, différents groupes s’opposent en jouant sur des facteurs confessionnels. En Libye, la relative stabilité des alliances tribales sous le régime Kadhafi a volé en éclat avec sa chute. Confessionnalisation et mobilisation du religieux expliquent ainsi les nouvelles configurations et les alliances sur le terrain. Dans certains Etats, cette nouvelle donne est inquiétante et peut remettre en cause l’avenir de l’unité étatique. Le cas libanais est à ce titre particulièrement préoccupant, du fait de l’histoire du pays comme de son organisation politique. Le Moyen-Orient dans son ensemble, lieu de rencontre des trois monothéismes, redevient le théâtre de tensions instrumentalisées.

Les acteurs non étatiques viennent donc combler un vide latent en jouant sur de nouveaux facteurs de regroupement. C’est notamment le cas pour les groupes islamistes terroristes comme les différentes milices qui parviennent à recruter de nouveaux membres en se servant d’un discours confessionnel ou ethnique.

III. L’enjeu global du terrorisme islamique

Le terrorisme islamique constitue aujourd’hui un enjeu mondial majeur qui prend directement sa source dans la situation au Moyen-Orient. Cette situation découle tant de facteurs structurels – tels la résurgence de l’islam politique, les faiblesses endémiques de certains pays ou les fractures consommées au sein de leurs populations– que de certains éléments de conjoncture à l’image de la chute d’Etats, notamment à la suite d’interventions occidentales.

Les différents groupes terroristes se nourrissent de la faillite des Etats ou de leur remise en question et de discours confessionnels ou ethniques afin d’enrôler de nouveaux membres et de croître. En Irak, Daesh a directement joué sur le ressenti sunnite contre le gouvernement al-Maliki afin de recruter dans ses rangs une part conséquente d’une population désabusée, notamment d’anciens militaires sunnites du régime de Saddam Hussein. Avec la chute du régime irakien, l’autoproclamé Etat islamique a ainsi pu asseoir son emprise sur un territoire délimité et mettre en oeuvre une stratégie d’expansion et de formation de combattants.

Le Moyen-Orient devient donc à la fois une terre d’implantation et d’opération pour différents groupuscules terroristes. Bien que le récent recul de l’Etat islamique en Syrie et en Irak constitue une victoire militaire sur le terrain, la situation n’en demeure pas moins très préoccupante alors que la Libye, perméable, accueille déjà certains combattants en fuite. Par ailleurs, la question du retour de certain djihadistes dans leurs Etats d’origine laisse présager de nouveaux défis de taille.

IV. Le retour de la géopolitique au Moyen-Orient, stratégies de puissance régionale

Le Moyen-Orient est aujourd’hui marqué par un fort renouveau des calculs de puissance et des stratégies de rayonnement régional. Les Etats en crise ouverte ou latente font l’objet de stratégies d’influence plus ou moins directes par les différents grands acteurs régionaux ou internationaux. Ceux-ci vont jouer sur les fractures intérieures de tout type et sur les groupes en présence afin d’accroître leur influence régionale. Pis encore, certains Etats encore stables, à l’image du Liban, sont aujourd’hui en première ligne d’affrontements régionaux intensifiés, notamment entre l’Iran et l’Arabie Saoudite.

Le conflit larvé entre l’Iran perse chiite et l’Arabie saoudite sunnite pour la suprématie sur le Moyen-Orient a pris une intensité toute particulière ces dernières années. Dans le même temps, cette situation profite aux deux Etats en ce qu’elle leur permet de justifier leur politique étrangère. En outre, l’imaginaire de la confrontation sunnite-chiite se développe d’autant plus facilement en l’absence d’autres courants structurants dans la région. En effet, les puissances arabes traditionnelles – Egypte, Syrie, Irak… – sont encore dans la gestion des printemps arabes voire de conflits ouverts, laissant la place libre pour les deux puissances concurrentes susmentionnées.

Toutefois, les divisions internes dans le monde sunnite ne doivent cependant pas être éclipsées. De grands Etats régionaux, à l’image de la Turquie, cherchent également à retrouver une place de choix. Dans le même temps, l’existence d’un arc chiite peut être nuancée.

Conclusion

En conclusion, plusieurs enjeux principaux caractérisent aujourd’hui le Moyen-Orient.

Le premier porte sur l’avenir de systèmes politiques dont les printemps arabes ont révélé les faiblesses endémiques, malgré des situations diverses. Les troubles en Libye, Irak et Syrie, ne sont toujours pas résolus et, semblent avoir été aggravés par des interventions occidentales hasardeuses – pensées sur une base militaire avant d’être politique. Aujourd’hui, il n’est pas certain que d’autres Etats de la région ne s’enfoncent, à leur tour, dans de graves crises intestines.

Dans le même temps, le retour de la géopolitique et de politiques de puissance dans la région inquiète alors que tous les acteurs exacerbent sans relâche les fractures ethniques ou confessionnelles à disposition dans une logique de guerre par procuration. Pourtant, les récents affrontements dans la région illustrent tout particulièrement les limites de la force pure au sein de conflits qui tendent à s’enliser, à l’image d’une guerre interminable au Yémen.

Enfin, l’absence de cohérence dans les politiques occidentales pour la région se paye aujourd’hui au prix fort. De fait, l’effacement occidental progressif et la lassitude américaine à l’égard de conflits interminables a contribué au grand retour de la Russie dans la région ; tandis que la question migratoire, pour ne citer qu’elle, rappelle chaque jour un peu plus l’urgence de la situation humanitaire.

  1. THEPAUT Charles, Le monde arabe en morceaux. Des printemps arabes à Daech, Armand Colin, 201
  2. VERMEREN Pierre, De Beyrouth à Damas, quarante ans de guerre au Moyen-Orient, quelles logiques ?, Revue Défense Nationale, Enjeux stratégiques au Moyen-Orient, Juin 2016
  3. HOKAYEM Emile, La crise syrienne : un enjeu de sécurité régional, Revue Défense Nationale, Enjeux stratégiques au Moyen-Orient, Juin 2016
  4. COOPER Robert, La fracture des nations. Ordre et chaos au XXIe siècle, Denoël, 2004

Ressources

  • CHUBIN Shahram, De la guerre froide au califat : transformations de l’environnement stratégique du Moyen-Orient, Revue Défense Nationale, Enjeux stratégiques au Moyen-Orient, Juin 2016
  • COOPER Robert, La fracture des nations. Ordre et chaos au XXIe siècle, Denoël, 2004
  • GAUTIER Louis, La stratégie à l’épreuve du Moyen-Orient, Revue Défense Nationale, Enjeux stratégiques au Moyen-Orient, Juin 2016
  • HOKAYEM Emile, La crise syrienne : un enjeu de sécurité régional, Revue Défense Nationale, Enjeux stratégiques au Moyen-Orient, Juin 2016
  • LE DRIAN Jean-Yves, Les grands enjeux stratégiques de 2016, Revue Défense Nationale, Enjeux stratégiques au Moyen-Orient, Juin 2016
  • VERMEREN Pierre, De Beyrouth à Damas, quarante ans de guerre au Moyen-Orient, quelles logiques ?, Revue Défense Nationale, Enjeux stratégiques au Moyen-Orient, Juin 2016
  • The Future of the Middle East, College and University Educators Workshop, Council on Foreign Relations, April 20 2017, consultable à l’adresse : https://www.cfr.org/event/future-middle-east
  • LE PAUTREMAT Pascal, Les pays du Golfe arabo-persique depuis 2011 : persistance d’une géopolitique conflictuelle, Diploweb, 11 novembre 2017, consultable à l’adresse : https://www.diploweb.com/Les-pays-du-Golfe-arabo-persique-depuis-2011-persistance-d-une-geopolitique-conflictuelle.html?utm_source=sendinblue&utm_campaign=NL171131117&utm_medium=email

La 3ème session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » de l’IHEDN sur les rives de la Méditerranée

Les auditeurs de la 3ème session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » se sont rendus, les 10 et 11 novembre, à Toulon dans le cadre de leur 2ème séminaire, afin de réfléchir aux enjeux maritimes de la France en Méditerranée et découvrir la mise en œuvre opérationnelle de l’action de l’État en mer ainsi que les opérations aéronavales.

Ils ont été reçus par le préfet maritime, le vice-amiral d’escadre Charles-Henri LEULIER de LA FAVERIE du CHE, qui leur a présenté les grands enjeux de son action et de sa fonction et ont ensuite échangé avec ses adjoints et les amiraux commandant la force d’action navale et celle de l’aéronautique navale. Les directeurs en Méditerranée des administrations agissant en mer (affaires maritimes, douanes, gendarmerie maritime) ont également pu expliquer aux auditeurs leur rôle spécifique.

Les visites du CROSS Méditerranée, du porte-avions Charles De Gaulle, d’un sous-marin nucléaire d’attaque et du remorqueur de haute mer Abeille Flandre, ont illustré de façon très concrète les concepts et la théorie. Par ailleurs, la présentation de l’archéologie sous-marine par Michel L’Hour, directeur du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, a fait découvrir aux auditeurs que le monde extraordinaire des épaves sous-marines pouvait également comporter de véritables enjeux stratégiques.

La 3e session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » de l’IHEDN sur le porte-avions Charles De Gaulle.

Enfin, au cours du samedi après-midi, les auditeurs ont pu poursuivre leurs travaux en comités et présenter l’avancée de leurs réflexions à l’encadrement de la session et à Valentin ANNANI, chef du bureau « Pédagogie » de l’IHEDN.

 

 

Une deuxième chance pour la communauté européenne de défense

Confirmant les conclusions du Conseil européen du 22 juin 2017, les ministres de 23 États membres de l’Union européenne ont signé le 13 novembre 2017 une notification conjointe sur la coopération structurée permanente, mieux connue sous le sigle anglo-saxon PESCO (permanent structured cooperation). Ce signal fort est une nouvelle étape vers une vraie politique européenne de défense et de sécurité, assortie de « projets capacitaires décidés en commun ».

Les trois priorités stratégiques de cette politique avaient été confirmées par le Conseil européen
du 15 décembre 2016 :

  • réaction aux crises et conflits extérieurs ;
  • renforcement des capacités des partenaires ;
  • protection de l’Union européenne et de ses citoyens.

Le Conseil a également mis en place une nouvelle approche stratégique au bénéfice de l’action extérieure de l’Union européenne, privilégiant une vision à long terme des défis mondiaux plutôt que les actions d’endiguement des crises, comme l’Union les pratiquait lors du conflit en ex-Yougoslavie, et telles que se déroulent aujourd’hui la petite vingtaine de missions civiles et militaires de l’Union européenne[1].

Les 23 États signataires établiront ainsi une liste commune d’engagements « contraignants », assortie d’un calendrier précis et de mécanismes d’évaluation spécifiques, afin de leur permettre de notifier leur intention de participer sans délai aux opérations de l’Union européenne.

L’Union européenne participe à ce jour au financement de six opérations militaires, via le mécanisme « Athéna » : deux opérations maritimes, en Méditerranée (EUNAFOR MED) et au large de la Corne de l’Afrique (EUNAVFOR ATALANTA), une opération de stabilisation en Bosnie-Herzégovine (EUFOR ALTHEA) et trois actions de formation en Somalie, au Mali et en République Centrafricaine.

Parallèlement, l’Union européenne supervise plusieurs missions civiles, toujours dans le cadre unique de la politique de sécurité et de défense commune. La dernière en date concerne l’Irak, où la mission civile dirigée par Markus Ritter sera chargée d’assister les autorités irakiennes « dans la mise en œuvre des aspects civils de la stratégie nationale de sécurité de l’Iraq ».

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie de l’Institut FMES

Le communiqué de presse =>

[1] Pour illustration, le mandat de Lars-Gunnar Wigemark, représentant spécial de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine, est fondé sur les objectifs généraux de l’Union à l’égard de la Bosnie-Herzégovine :

  • faire avancer le processus de stabilisation et d’association ;
  • parvenir à une Bosnie-Herzégovine stable, viable, pacifique, multiethnique et unie qui coopère pacifiquement avec ses voisins ;
  • faire en sorte que la Bosnie-Herzégovine s’engage de manière irréversible sur la voie de l’adhésion à l’Union.