Author: FMES

L’affaire Skripal

Dans un discours à la Chambre des communes, le Premier ministre britannique Theresa May est revenu le 26 mars 2018 sur la tentative d’assassinat perpétrée le dimanche 4 mars 2018 à Salisbury contre Sergei Skripal et sa fille Yulia. Sergei Skripal est un ancien colonel des services de renseignements militaires russes, arrêté pour trahison en décembre 2004 et échangé en 2010 contre une dizaine d’espions russes. Si aucune preuve formelle ne peut être avancée pour incriminer la Russie et son Président, Theresa May a énuméré les éléments à charge qui ont conduit les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne à condamner fermement la Russie, condamnation reprise dans les conclusions du Conseil.

Le Defence Science and Technology Laboratory britannique, établi à Proton Down, a identifié l’agent utilisé à Salisbury comme étant du Novichok, neurotoxique de qualité militaire développé par l’Union soviétique. La Russie a déjà dans le passé cautionné l’assassinat d’opposants et considère, selon Theresa May, que certains anciens « agents doubles » sont des cibles naturelles de tels assassinats, tel Alexandre Litvinenko, décédé en 2006 après avoir ingurgité du polonium. Enfin, la Grande-Bretagne détient des renseignements selon lesquels la Russie a produit du Novichok en quantités limités dans la dernière décennie afin de procéder à ces exécutions.

A ce titre, selon Theresa May, aucun autre Etat ne disposait à la fois de la capacité, la volonté et la motivation pour conduire cette attaque. « Il n’existe aucune autre explication plausible ». De plus, toujours selon Theresa May, la Russie n’a apporté aucune réponse valable aux demandes britanniques. Au contraire, cette tentative d’assassinat arrive dans un contexte de crise ouverte. Dans les dernières années, la Russie a annexé la Crimée et soutenu activement le séparatisme dans la région du Donbass, et conduit des campagnes d’espionnage et d’influence à l’encontre des Etats occidentaux.

Le même jour, le ministre français de l’Europe et des affaires étrangères a annoncé la décision d’expulser du territoire français, dans un délai d’une semaine, quatre personnels russes sous statut diplomatique. Qualifiant l’attaque de Salisbury de menace grave à notre sécurité collective et au droit international, Jean-Yves Le Drian s’est référé aux conclusions du Conseil européen des 22 et 23 mars 2018, qui a affirmé, reprenant les termes de Theresa May, qu’il n’existait pas d’autre explication plausible que celle de la responsabilité de la Fédération de Russie.

Les Etats-Unis ont quant à eux décidé l’expulsion d’une soixantaine d’agent de renseignement russes et la fermeture du consulat situé à Seattle, invoquant la proximité d’une base de sous-marins et du siège de Boeing. Parmi ceux-ci figurent douze agents de la mission russe auprès des Nations Unies à New York, accusés d’avoir profité de leur statut pour mener des actions de renseignement préjudiciables à la sécurité des Etats Unis.

Enfin, le 27 mars 2018, le Secrétaire général de l’OTAN a annoncé le retrait de l’accréditation d’une dizaine de membres de la mission russe, qualifiant la réponse de l’OTAN de message clair adressé à la Russie en réponse à son comportement inacceptable et dangereux. Il a toutefois laissé la porte ouverte au dialogue, rappelant que la tenue de la prochaine réunion du Conseil OTAN-Russie n’était pas remise en cause.

La Russie a dès le début du mois de mars réfuté toutes les accusations. Lors d’une conférence réunissant les ministres des affaires étrangères, de la défense et de l’industrie, Moscou a affirmé que l’arsenal d’armes chimique russe avait été totalement détruit le 27 septembre 2017, destruction confirmée par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC). Après avoir publié un « aide-mémoire » sur l’affaire Skripal niant toute responsabilité dans la tentative d’empoisonnement, le ministère des affaires étrangères a souligné le 23 mars 2018 que l’absence d’autre explication possible ne pouvait faire office de preuve, regrettant que le Conseil européen s’aligne sur la position britannique. Moscou réclame que les investigations soient menées par les équipes de l’OIAC, niant avoir reçu des question précises de la part du Royaume Uni et regrettant l’absence de collaboration entre les deux pays, pourtant signataires de la Convention. Les équipes de l’OIAC sont arrivées au Royaume-Uni le 19 mars, mais leurs conclusions ne sont pas encore connues.

Au total, plus de 140 agents de renseignement russes auront été expulsés par une vingtaine de nations de l’Union européenne et de l’OTAN ainsi que par les Etats-Unis, le Canada, l’Australie ou l’Ukraine. Malgré les dénégations de Moscou, il est probable que la Russie soit à l’origine de cette tentative d’assassinat, qui constitue la première attaque neurotoxique sur le territoire européen depuis la Seconde guerre mondiale. Alors que Vladimir Poutine vient d’être réélu à la tête de la Russie, il reste incompréhensible que le nouveau tsar, s’il est réellement coupable, ait tellement sous-estimé la réaction des Etats occidentaux.

VA(2S) Alain Christienne, directeur du Centre méditerranéen des études stratégiques

Escale à Nantes et Saint-Nazaire pour la 3e session nationale « Enjeux et stratégies maritimes »

Pour la première fois depuis sa création en 2015, la session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » de l’IHEDN a mis le cap vers les Pays de Loire avec un programme principalement orienté sur la construction navale civile, les énergies marines renouvelables, les technologies marines innovantes et la sécurité en mer.

Les auditeurs ont été reçus à Saint-Nazaire par le directeur général de STX, Monsieur Laurent Castaing, qui leur a présenté les grands enjeux de la construction navale civile, mais aussi les autres champs d’action de STX, en particulier dans le domaine des énergies marines renouvelables (EMR). La visite du Symphony of the seas, plus grand paquebot du monde, quelques jours seulement avant la livraison à son commanditaire, restera pour les auditeurs à la fois un moment magique et la démonstration d’une performance technologique et managériale exceptionnelle pour construire un tel navire en à peine trente mois.

Les auditeurs devant le plus grand paquebot du monde

Puis ce fut la découverte de la toute récente filière des EMR où le gigantisme d’éoliennes offshores, à peine plus petites que la tour Eiffel, va permettre de produire cette électricité nouvelle a un prix compétitif. Ce fut l’occasion de retrouver deux auditeurs des sessions « Enjeux et stratégies maritimes » précédentes, acteurs majeurs de ces projets, qui participèrent aux débats animés concernant les volets politique, économique, technique et administratif de ce nouveau secteur d’activité. Ces échanges ont été complétés par l’impressionnante visite du site d’assemblage des éoliennes flottantes du groupe General Electric (GE) dirigé par Jean-Michel Obadia où les auditeurs ont pu échanger avec des ingénieurs et des techniciens particulièrement motivés par le défi technologique que représente la construction au millimètre près de rotor d’éolienne de plus de 400 tonnes, sans les palles.

Un autre moment fort de la journée fût l’accueil au pôle national de formation de la Société nationale des sauveteurs en mer (SNSM) par Didier Moreau, son directeur. En prenant place à bord des bateaux et des simulateurs du site, les auditeurs ont été plongés dans le quotidien des sauveteurs en mer, dont les interventions sauvent plus de 8000 personnes par an tant sur les plages qu’au large, portant haut la solidarité des gens de mer qui anime tous les marins.

Auditeurs en opération de sauvetage de nuit par mauvais temps (Simulateur de la SNSM )

Après un vendredi à Saint-Nazaire riche en visites, les auditeurs ont été accueilli le samedi au sein du Technocampus Océan de Nantes par Blandine Barbier, adjointe au directeur du technocampus, Arnaud Poitou, directeur de l’Ecole Centrale de Nantes et Didier Besnard, directeur du CEA Tech en régions. Cet accueil conjoint est le symbole de la coopération entre l’Etat, la Région des Pays de Loire et les entreprises en matière de développement économique. Les interventions de Serge Rimlinger, responsable des partenariats au CEA Tech, de Bertrand Alessandrini, directeur du développement et des relations industrielles à l’Ecole Centrale de Nantes, d’Erwan Jacquin, responsable de département du bureau Ver

Avec Arnaud Poitou (Centrale Nantes) et Serge Rimlinger (CEA Tech) au Technocampus Océan

itas et PDG de Nextflow software et de Julien Chiaroni, adjoint au directeur du laboratoire du CEA spécialisé dans les systèmes numériques intelligents (List), ont mis en évidence le succès de cette fertilisation croisée entre des acteurs issus de la recherche, du secteur public, des industries et du monde universitaire. Une telle synergie est un atout majeur pour les entreprises françaises qui doivent être compétitives face à la concurrence internationale.

 

Riches de ces enseignements, les auditeurs se sont ensuite plongés dans leurs travaux de comité pour mettre la dernière main à leurs rapports qui doivent être remis à la fin du mois.

Les nouvelles routes de la soie : quels enjeux stratégiques ?

Etudiant au sein du master 2 Défense Sécurité et Gestion de crise de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), Simon Rousseau s’intéresse tout particulièrement aux nouveaux enjeux de défense et de sécurité, notamment au rôle et à la place du renseignement à l’heure du big data, ainsi qu’au Moyen Orient dans son ensemble. Diplômé, il entamera une carrière d’analyste au sein de l’appareil de défense français.

Symbole historique des échanges entre l’Orient et l’Occident, la « Route de la soie » connait depuis quelques années un intérêt inédit en ce qu’elle souligne tant l’importance d’échanges commerciaux croissants avec la Chine que différents enjeux géopolitiques et stratégiques sous-jacents. En effet, loin de n’être qu’un projet économique, les nouvelles Routes de la soie – ou initiative « One Belt, one Road » – répondent à plusieurs impératifs stratégiques chinois tandis qu’elles aspirent à modifier en profondeur les équilibres géopolitiques régionaux voire mondiaux.

La représentation cartographique des routes envisagées rend compte de l’ampleur du projet : les deux axes créeront une boucle massive reliant trois continents, replaçant dès lors la Chine dans sa position historique et revendiquée d’« Empire du Milieu ». Officiellement lancée en 2013 par le président Xi Jinping, cette initiative cherche à développer les lignes de communications routières, ferroviaires et maritime tout en créant de nombreuses infrastructures pour relier la Chine à l’Europe en passant par l’Afrique. Evitant l’Inde, la route terrestre concerne directement l’Asie centrale, le Caucase du sud, l’Iran et la Turquie pour aboutir en Europe tandis que la voie maritime doit permettre de toucher la corne de l’Afrique comme l’Afrique orientale. Si les premiers impératifs sont économiques, avec l’objectif affiché de doper le commerce extérieur chinois et de relancer une croissance en berne, le projet recouvre également une importance géopolitique et stratégique indéniable alors que le géant chinois cherche à conduire une politique de desserrement vis-à-vis des Etats-Unis et de rayonnement à l’échelle mondiale.

Histoire et représentation de la Route de la soie

Les Routes de la soie s’inscrivent dans un riche contexte historique comme dans une volonté de rayonnement ancienne de la Chine. Ainsi, au 2ème siècle avant Jésus Christ plusieurs réseaux d’échanges commerciaux et culturels unissent déjà l’Empire du milieu aux terres d’Asie centrale voisines, à savoir la Bactriane, la vallée de Ferghana et la Sogdiane – une région qui engloberait aujourd’hui l’Afghanistan, du Tadjikistan, et de l’Ouzbékistan. Sous l’empereur Han Wudi et nourrie par la fougue d’ambitieux voyageurs et commerçants chinois, une première voie relie la Chine à l’Ouest contribuant dès lors à la propagation de la culture et des biens chinois en Asie centrale et, dans une moindre mesure, en Europe.

Cette première route de la soie va progressivement s’éteindre sous l’effet de facteurs conjoints : la fin de la Pax Mongolica durant le XIVème siècle rend le chemin peu sûr tandis que la Chine, particulièrement sous les dynasties Ming au XVIe et Qing au XVIIe, se ferme peu à peu à l’extérieur. Dans le même temps, l’Europe s’intéresse de plus en plus à l’Amérique et à l’Afrique tandis que la route des Indes devient la voie commerciale privilégiée du vieux continent. Néanmoins, la Route de la soie demeure un symbole fort de l’imaginaire chinois et souligne une période de rayonnement et d’influence indéniable.  En effet, comme le soulignent Claudia Astarita et Isabella Damiani, « la mémoire de cette importante représentation des liens anciens entre les deux extrémités de l’Eurasie n’est jamais vraiment tombée dans l’oubli ». Si l’importance de cette route – plutôt un ensemble de chemins commerciaux – doit être remise en perspective, il n’en reste pas moins que le concept de Route de la soie a durablement marqué l’imaginaire chinois tout en prenant une importante dimension géopolitique, comme voie d’accès vers les terres convoitées d’Asie centrale et vecteur d’influence.

Aujourd’hui, alors que la Chine cherche de nouveaux débouchés commerciaux et souhaite renforcer sa place de puissance globale, la Route de la soie retrouve une importance essentielle, notamment pour contourner l’encerclement américain.

Entre sécurisation de l’étranger proche et des intérêts économique et contournement de l’endiguement américain

Si l’initiative « One Belt, One Road » répond indéniablement à des impératifs économiques – notamment détaillés dans la note de Monsieur Jean-Charles Colombani du 20 février 2018 – les nouvelles Routes de la soie recouvrent également une importante dimension géopolitique et stratégique. Que ce soit par voie terrestre ou maritime, le tracé des routes est révélateur des ambitions de Pékin. La Chine conduit en effet une stratégie de long terme qui doit lui assurer une influence certaine en Eurasie tout en lui permettant de contrer ses principaux rivaux régionaux et de se défaire de la politique d’endiguement américaine, un temps matérialisée par l’Accord de partenariat transpacifique (TPP). Ainsi, le pays a patiemment élargi sa présence, de sa périphérie proche jusqu’aux confins du continent asiatique tout en encerclant progressivement l’Inde et en évitant soigneusement les principaux alliés de Washington. Les nouvelles Routes de la soie participent de cette stratégie.  Grâce à elles, la Chine compte profiter de différents points d’appui en Asie centrale, matérialisant et renforçant une coopération économique et des investissements anciens. Dans le même temps, ces routes doivent permettre de sécuriser et de stabiliser l’étranger proche chinois afin de lui permettre un développement serein. Cet axe permet en outre d’encercler et de contenir l’Inde et d’assurer un prolongement maritime vers l’Océan Indien, et l’Afrique, par un axe sino-pakistanais. En effet, depuis le lancement de l’initiative, les relations, notamment économiques, entre la Chine et le Pakistan se sont intensifiées. Sur le plan maritime, les routes envisagées permettent à la chine de contourner l’influence américaine en Mer de Chine et dans le Pacifique comme en atteste la carte ci-contre.

Enfin, l’ensemble de ces axes doit permettre à la Chine de sécuriser ses approvisionnements énergétiques en provenance de Russie et du Moyen Orient contre la menace de la piraterie dans le golfe d’Aden, le détroit d’Ormuz, le détroit de Malacca ou en Mer de Chine méridionale ou contre un éventuel « blocus » américain sur les approvisionnements chinois en cas de vives tensions entre les deux puissances.

 

Un rayonnement chinois mondial ?

Plus que de simples impératifs géopolitiques et économiques, les nouvelles Routes de la soie servent également le soft power chinois tout en permettant au régime de Xin Jinping d’offrir une alternative – crédible ? – au modèle américain. Ainsi, en se basant sur des investissements massifs dans des infrastructures locales, en jouant la carte du long terme et de liens « gagnant-gagnant », la Chine cherche à se positionner comme un partenaire privilégié et viable pour de nombreux pays, capitalisant, dans le même temps, sur le repli américain. Pékin veut ainsi présenter son projet comme un important vecteur de développement pour les pays qui y prendront part tout en espérant que celui-ci permette la large diffusion du modèle chinois et la création de liens culturels et politiques forts.

Néanmoins plusieurs problèmes de taille peuvent contraindre le développement du projet chinois. Outre les fonds draconiens qu’il implique, celui-ci peut se heurter à certaines zones d’instabilité en Asie centrale et au Moyen Orient tandis que la topographie de certaines régions rend la construction d’infrastructures difficile.

Ressources

28° SMHES – Au cœur de Naval Group et de la 3ème division « Monsabert »

Les auditeurs de la session 2017-2018 méditerranéenne des hautes études stratégiques ont été accueillis le 15 mars 2018 sur le site d’Ollioules par monsieur Julien Mifsud, directeur et DRH du site.

Situé au cœur du Technopôle de la Mer, le site Naval Group de Toulon-Ollioules est le centre névralgique des activités de haute technologie du Groupe et plus largement des systèmes navals de défense made in-France. Naval Group rassemble à Ollioules plus de mille cadres et ingénieurs spécialisés dans le développement de systèmes de combat complexes équipant les navires militaires.

Avant de visiter le showroom, vitrine des évolutions technologiques développées par Naval Group au profit des prochaines frégates et sous-marins de la Marine nationale, les auditeurs ont profité d’une présentation des grands enjeux de Naval Group face à la concurrence internationale. Malgré d’excellents résultats financiers, le Groupe est en effet confronté à une concurrence acharnée des acteurs industriels européens et mondiaux. Si des partenariats ont été trouvés, tels celui passé avec Fincantieri, illustré par le lancement quasi-simultané des frégates Antonio Marceglia et Normandie, l’arrivée de nouveaux constructeurs, turc ou chinois nécessite d’être toujours à la pointe de la technologie et de l’innovation, qualités qui caractérisent les fleurons de Naval Group, tels que la corvette Gowind, déjà commandée à plus d’une dizaine d’exemplaires, ou la frégate de taille intermédiaire Belh@rra.

L’évocation de cette frégate « numérique » introduisait tout naturellement aux présentations dédiées aux technologies de l’information, avec une visite consacrée à la nouvelle infrastructure navale embarquée ACCESS (Afloat Common Computing Evolutive and Secured System Project) qui sera mise en œuvre de façon native sur cette frégate. Les auditeurs ont achevé cette journée par une présentation de la vision Naval Group de la cybersécurité, caractérisée par la création récente du CSIRT (Computer Security Information Response Team), équipe d’une dizaine d’ingénieurs dédiée à l’anticipation et à l’analyse de la menace et à la réponse aux incidents.

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La journée du 15 mars s’est achevée par une conférence donnée par monsieur Moïse Moyal, référent sécurité des systèmes d’information pour la région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur à l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information). Créée par le décret n° 2009-834 du 7 juillet 2009, l’ANSSI assure la fonction d’autorité de défense et de sécurité des systèmes d’information. Elle a notamment pour mission de proposer les mesures destinées à répondre aux crises affectant ou menaçant la sécurité des systèmes d’information des autorités publiques et des opérateurs d’importance vitale mais également de proposer les mesures de protection des systèmes d’information.

L’importance de ces missions essentielles à la sécurité nationale a été souligné par l’étude d’impact annexée au projet de loi relatif à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 : « à l’issue de la révélation d’une vulnérabilité majeure affectant les systèmes Windows, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information avait réalisé début 2017 des tests techniques lui permettant d’identifier plusieurs milliers d’adresses IP vulnérables en France. L’agence avait alors demandé aux opérateurs de communications électroniques d’alerter les détenteurs des systèmes concernés, mais n’a reçu aucun engagement de la part de ces derniers. Quelques mois plus tard, le code malveillant WannaCry utilisait cette même vulnérabilité pour se propager massivement en France. »

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Après une journée centrée sur les nouvelles technologies, le 16 mars 2018 a remis l’homme au cœur du système avec une visite de l’état-major de la 3ème division, établi au quartier Rendu, dans le 9ème arrondissement de Marseille. L’ancre de marine conservée à l’entrée du quartier rappelle que le 72ème régiment (puis bataillon) d’infanterie de marine a occupé les lieux de 1991 à 2009.

Créée le 20 juin 2016 dans le cadre du projet « au contact » de l’armée de terre, la 3ème division Scorpion reprend les traditions de la 3ème division d’infanterie algérienne, qui avait libéré la cité phocéenne en 1944, emmenée par le général Joseph de Goislard de Monsabert. Elle engerbe sous les ordres du général de division Bruno Guibert trois brigades, la 11ème brigade parachutiste, la 6ème brigade légère blindée et la 2ème brigade blindée.

Accueillis par le général de brigade Michel Ledanseur, les auditeurs ont bénéficié d’une présentation générale des récentes évolutions de l’armée de terre et de l’activité de la 3ème division, complétant ainsi les éléments recueillis au Cannet-des-Maures en décembre 2017. Répondant totalement aux attentes de l’Institut FMES et à l’importance de montrer la réalité de l’action des forces armées, les officiers ont fait part de leur expérience au sein de la force Barkhane, mais également dans les entités de l’Union européenne (EUTM Mali) ou des Nations Unies (MINUSMA), offrant ainsi une superbe transition entre le séminaire de février, dédié à l’Union européenne, et celui d’avril, qui se déroulera au Palais des Nations de Genève.

De ces deux journées, c’est sans doute la vidéo présentée dans un silence de cathédrale par le GB Michel Ledanseur qui aura le plus marqué nos auditeurs, qui pendant 1 minute et 15 secondes, auront partagé la vie de nos forces spéciales.

VA(2S) Alain Christienne, directeur du centre méditerranéen des études stratégiques.

L’indépendance énergétique de l’Europe au filtre du conflit entre Gazprom et Naftogaz

L’Institut d’arbitrage de la chambre de commerce de Stockholm a rendu le 28 février 2018 ses conclusions sur le conflit opposant les compagnies ukrainienne Naftogaz et russe Gazprom. Jugeant que Gazprom avait failli à ses obligations, l’Institut a condamné la compagnie russe à rembourser 2,56 Mds de dollars et revu les conditions d’exécution du contrat qui lie les deux entreprises jusqu’en 2019. En réaction, Gazprom a coupé dès le 1er mars l’approvisionnement en gaz de l’Ukraine. Le vice-président de la Commission européenne Maroš Šefčovič s’est inquiété dès le 2 mars de cette situation et a enjoint « la Russie et l’Ukraine de retrouver toutes deux leur place respective de fournisseur fiable et de pays de transit du gaz ».

Sans surprise, la Pologne a immédiatement apporté un soutien à l’Ukraine. Le président de la compagnie polonaise PGNiG a mis en avant à cette occasion la diversification de son approvisionnement en gaz, en particulier grâce au gaz liquéfié en provenance du Qatar et des Etats-Unis. Cette sécurité de l’approvisionnement en gaz naturel de l’Union européenne est une des préoccupations de la Commission européenne, qui fait l’objet d’un règlement[1] applicable depuis le 1er novembre 2017. S’appuyant sur une analyse d’octobre 2014 sur « les effets d’une rupture partielle ou totale des approvisionnements en gaz en provenance de la Russie », la Commission recommande ainsi l’interconnexion des réseaux gaziers et la diversification des sources d’approvisionnement.

Selon les chiffres de l’office statistique de l’Union européenne, la part de la Russie dans les importations de gaz naturel de l’Union européenne se situe juste en-deçà de 30 % après un pic relatif de 32,4 % enregistré en 2013. La Norvège demeure le deuxième plus grand fournisseur de gaz naturel importé par l’Union européenne, sa part s’élevant à 25,9 % en 2015. Alors que l’approvisionnement en gaz naturel originaire d’Algérie a été réduite de près de la moitié entre 2005 et 2015, celle du Qatar a été elle presque multipliée par cinq[2].

Si 80% du gaz russe transitait par l’Ukraine avant 1989, les tensions entre Moscou et Kiev, exacerbées depuis 2014, ont conduit la Russie, avec l’appui intéressé de l’Allemagne et de la Turquie, à contourner l’Ukraine en développant des réseaux alternatifs par la mer Baltique ou la mer Noire. En 2009, une première interruption des livraisons gazières de l’entreprise russe Gazprom à Naftogaz avait privé l’Union européenne de près de 20% de ses approvisionnements pendant quatorze jours avec douze pays touchés. La dernière crise n’a pas eu d’impacts sur les pays de l’Union européenne, ce qui a permis au président ukrainien Petro Poroshenko de se féliciter de l’attitude de son pays, un « partenaire fiable ».

Ce nouvel épisode a également donné l’occasion à Petro Porochenko de critiquer ouvertement la construction du gazoduc Nord Stream 2[3] alors que « la Russie peut couper l’approvisionnement en gaz de l’Union européenne à n’importe quel moment et sans aucun préavis ? ». En septembre 2015, cinq entreprises européennes de poids, dont Engie, ont en effet signé un accord avec Gazprom en vue de doubler le Nord Stream, qui achemine depuis l’automne 2011 jusqu’à 55 milliards de m3 de gaz russe jusqu’en Allemagne par voie maritime. A terme, ce projet permettra à l’Allemagne de faire transiter par son territoire la quasi-totalité du gaz russe destiné à l’Europe, au détriment de l’Ukraine qui perdra jusqu’à deux milliards de dollars de rentes financières[4].

VA(2S) Alain Christienne, directeur du Centre méditerranéen des études stratégiques

[1] Règlement 2017/1938 du 25 octobre 2017

[2] Les importations française de gaz naturel proviennent principalement de quatre fournisseurs : la Norvège (42% des importations en 2015), la Russie (11%), les Pays-Bas (11%) et l’Algérie (9%)

[3] Et également le gazoducs Turkish Stream qui traverse la mer Noire

[4] Céline Bayou, « Nord Stream 2. Un gazoduc à contre-courant de la politique énergétique européenne ? », P@ges Europe, 9 mars 2016 – La Documentation française © DILA

Les nouvelles routes de la soie

Par l’Ingénieur divisionnaire d’études et de fabrications Jean-Charles Colombani, auditeur de la 28ème session. 

Article inspiré de la conférence éponyme prononcée par Hugues Eudeline le 25 février 2018.

Eléments de contexte

Confrontée à une croissance économique en recul, la Chine cherche à maintenir cette dernière en dopant son commerce extérieur ; pour ce faire, elle recrée le modèle qui lui a permis de maintenir sa prospérité pendant des siècles : « les routes (commerciales) de la soie ».

Sous la dénomination « nouvelles routes de la soie » ou « la ceinture et la route » (stratégie aussi appelée OBOR / en anglais « One Belt ; One Road »), il s’agit de permettre et d’accroître le développement économique de l’Eurasie.

Pour exemple et démonstration, un train a rallié en janvier 2017 Londres depuis la  Chine après un périple long de 12 000 km accomplis en 18 jours. Ce train comportait 34 conteneurs là où les navires peuvent en transporter jusqu’à 20 000.

 

Situation économique

La Chine a longtemps été à travers les siècles, et cela jusqu’au XVIIIème siècle, une grande puissance économique notamment sur la base de l’agriculture. Il est considéré que la Chine avait à cette époque le niveau de vie le plus élevé au monde. La culture de l’opium et la révolution industrielle marquèrent le déclin de cette économie florissante.

Du XVIIIème siècle à 1949, la Chine se trouve confrontée à plusieurs reprises à des troubles d’ordre politique et géopolitique. En 1842, le traité de Nankin met fin à la première guerre de l’opium avec le Royaume-Uni qui se voit octroyé le comptoir de Hong-Kong. En 1937, la Chine rentre dans une guerre meurtrière avec le Japon et se rallie aux alliés dans la guerre du Pacifique. Bien que faisant partie des vainqueurs, la guerre civile débouche sur la constitution de la République Populaire de Chine (RPC).

De 1949 à 1973, sous l’ère de Mao Zedong, la RPC s’inscrit dans un régime communiste basé sur la planification économique dans l’agriculture, l’industrie et les grands travaux d’infrastructure. Cette politique mènera à l’isolationnisme du pays sur la scène économique internationale et se soldera par des famines et une guerre civile.

De 1976 à aujourd’hui se met en place une économie socialiste de marché. Une main d’œuvre importante et une industrialisation massive combinées à un taux de change favorable aux exportations et une stratégie d’ouverture progressive ont permis à la Chine de se hisser parmi les grandes nations. Ainsi la RPC adhère en 2001 à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

A compter des années 2000, la Chine, grâce à taux de change favorable, rentre dans le club des grandes économies et affiche une balance commerciale très excédentaire, ce qui se traduit par une réserve financière importante. Cette économie mondialisée affecte également la Chine lors de la crise de 2008 avec un taux de croissance passant de 12% à 6%, une politique de grands travaux permettant toutefois d’en réduire temporairement les effets.

Le troisième plénum du XVIIIème congrès du comité central du parti communiste chinois en 2013 instaure les réformes suivantes :

  • mesures réduisant l’interventionnisme de l’Etat,
  • mesures accroissant les investissements privés,
  • renforcement de l’indépendance de la justice,
  • réforme des terres agricoles au profit des agriculteurs,
  • orientation des profits de la croissance au profit du marché intérieur.

Pour gagner en indépendance et réduire les effets des investisseurs étrangers, la Chine crée en 2014 la Banque Asiatique d’Investissements pour les Infrastructures (AIIB) à laquelle adhèrent de nombreux pays Européens dont la France. Dotée de plusieurs dizaines de milliards de $, elle permet à la Chine d’imposer une diplomatie économique et de financer ses investissements massifs en infrastructure.

Les forces navales

Après avoir racheté en 2011 un porte-avions (PA) à l’Ukraine, remis au standard et rebaptisé LIAONING, la Chine a lancé en 2017 son premier porte-avions « indigène » sous le nom de SHANDONG. Si celui-ci est de taille supérieure au PA Charles DE GAULLE, 50 000 tonnes contre 42 000 tonnes, il demeure inférieur à ses concurrents américains : classe NIMITZ / 88 000 tonnes. Avec la volonté croissante de renforcer cette composante aéronavale, la Chine envisage d’équiper ses prochains PA de catapultes et de propulsion nucléaire.

Dotée de toutes les composantes, la marine chinoise compte dans ses rangs un SNLE, des SNA, des frégates, des pétroliers, qui constituent une force du niveau des grandes puissances avec une flotte de surface supérieure à celle de la Russie avec 712 000 tonnes contre 632 700 tonnes, se hissant au 3ème rang mondial.

Au-delà des composantes de surface et sous-marine, la Chine possède une infanterie de marine forte de 20 000 hommes pour 89 navires amphibie et de nombreux aéronefs dont 28 chasseurs de type SUKHOÏ SU-30 et Shenyang J-15 flying shark.

Un tel armement, sans volonté hégémonique affirmée, s’inscrit dans une volonté d’assurer une protection de ses côtes dont sa ZEE d’une part et d’autre part, sécuriser se voies maritimes commerciales, que ce soit par la voie Sud ou la Nord.

Résolution des crises, le jour d’après…

Si la Chine n’intervient pas militairement dans la gestion des crises, elle cherche avant tout à faire prospérer son économie. Pour se faire, elle adopte la technique des « petits pas » en dépassant légèrement les limites fixées par le droit international mais sans aller au-delà d’une situation conduisant au blocage et à l’affrontement.

Son modèle d’investissements, à l’instar des infrastructures ferroviaires construites et financées par 2 sociétés chinoises entre Djibouti et la capitale éthiopienne, consiste à établir des « routes » susceptibles de créer des réseaux de distribution de ses produits manufacturés et/ou profiter des niveaux salariaux inférieurs au sien et/ou permettre l’importation de produits agricoles.

Nonobstant une action en Libye ayant pour finalité l’exfiltration de ses ressortissants implantés. La Chine préfère des situations non conflictuelles afin de mettre en œuvre une stratégie « gagnant-gagnant » basée sur un deal « investissements en infrastructures » contre « matières premières ».

Pour illustrer cette volonté d’étendre son influence extérieure en créant des partenariats, une photo prise le 09/07/2017 à Marrakech lors du 2nd forum d’investissement de la Chine en Afrique confirmant la présence de 10 000 entreprises chinoises en Afrique et générant un chiffre d’affaires de 60Md de $.

Enfin, que ce soit à Djibouti avec une implantation militaire, ou avec l’achat du port du Pirée, la Chine cherche à positionner des « comptoirs » sur sa « route de la soie » maritime Sud. Ainsi, ce positionnement stratégique de la Chine sur les mers et ces investissements dans les pays émergents et/ou en proie à des difficultés financières, risque à terme non seulement de nous évincer des axes maritimes commerciaux d’acheminement et des plateformes logistiques, mais aussi, faute de ressources financières dévolues au développement et à l’investissement à l’étranger, de limiter les zones d’influence de la France, voire de l’Europe.

 

 

 

 

28° SMHES – A la découverte de l’Union européenne et de l’OTAN

Le séminaire bruxellois de la session 2017-2018 méditerranéenne des hautes études stratégiques, organisé sur le thème « l’Union européenne et l’OTAN », s’est déroulé les 14 et 15 février 2018.

Monté de main de maitre par le Centre des visiteurs, le programme du 14 février 2018 a donné en premier lieu la parole à monsieur Jo Vandercappellen, qui a présenté le rôle et le fonctionnement de la Commission européenne, dans un style vivant et donnant une grande place aux échanges (« que connaissez-vous de la Commission européenne ? »).

Exécutif politique fonctionnant de manière collégiale, la Commission européenne dirigée par Jean-Claude Juncker a la responsabilité de « promouvoir l’intérêt général de l’Union européenne ». L’exposé a permis à une grande majorité des auditeurs de s’initier aux règles issues des divers traités dont le dernier dit « de Lisbonne ». Tous savent désormais identifier les compétences de la Commission, exclusives, partagées ou d’appui, ou se retrouver dans le parcours d’élaboration du droit européen, réellement démocratique et écoutant la voix des citoyens (le Parlement européen), celle des Etats (le Conseil de l’Union européenne) comme celle de l’Union européenne (la Commission européenne).

A la demande de l’Institut FMES, monsieur Jo Vandercappellen a plus particulièrement développé la 6ème priorité de la Commission « Juncker », « le commerce pour tous ». Plus de 30 millions d’emploi, soit un emploi sur sept dans l’Union européenne, dépendent de l’Union européenne, et chaque milliard d’euros réalisé à l’exportation soutient 14 000 emplois dans l’Union européenne. L’accord de partenariat économique entre l’Union européenne et le Japon, dont les dernières discussions ont abouties favorablement le 8 décembre 2017, est un des multiples exemples de l’action de la Commission permettant l’ouverture des marchés publics étrangers aux entreprises de l’Union et la promotion d’une politique durable de l’environnement et du travail.

La matinée s’est prolongée par un exposé complet et très didactique de madame Daria Catalui, responsable de l’information et de la communication au sein de la direction générale de l’informatique (DIGIT). Cette dernière s’est fixée comme objectif de « mener la transformation numérique de la Commission européenne pour qu’elle puisse exercer son rôle plus efficacement en s’appuyant sur les opportunités offertes par les nouvelles technologies ».

Après un déjeuner offert par la Commission au Kafenio, les auditeurs ont eu le plaisir de retrouver madame Isabelle Mignucci, chargé de communication au Centre de Coordination de la Réaction d’Urgence (ERCC), qui avait participé le 14 décembre 2017 au cycle des conférences organisées par l’Institut FMES. Accueillis au cœur de l’ERCC, ils ont eu l’occasion de mesurer concrètement l’action de ce centre et de la DG ECHO au profit de la protection civile et des opérations d’aide humanitaire européennes.

Les auditeurs au Centre de Coordination de la Réaction d’Urgence

Cette journée du 14 février 2018 s’est achevée place du Petit Sablon au siège du secrétariat général de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN. Madame Ruxandra Popa, secrétaire générale adjointe, et deux de ses collègues ont animé un débat passionnant portant sur le rôle de cette « organisation interparlementaire consultative » fondée en 1955. Composée de 266 délégués issus des 29 pays de l’Alliance (dont dix-huit parlementaires français), l’Assemblée associe également à ses travaux les parlementaires de pays d’Europe centrale et de l’Est et du pourtour méditerranéen et échange régulièrement avec les « observateurs parlementaires » du Japon, d’Australie, ou de Conseil national palestinien. Alors que des auditeurs s’inquiétaient de l’avenir de l’OTAN, une réponse a été opportunément apportée le même jour et à Bruxelles, où les ministres de la Défense de l’OTAN approuvaient la mise en place d’un commandement de forces interarmées pour l’Atlantique, qui aidera à protéger les voies de communication maritimes entre l’Amérique du Nord et l’Europe.

La journée du 15 février a débuté devant les portes du Parlement européen, malheureusement vide de ses députés en cette semaine de « carnaval ». En parfaite cohérence avec le discours tenu la veille, les auditeurs ont pu réviser leurs connaissances du fonctionnement législatif de l’Union européenne et visiter l’hémicycle que certains pensaient n’exister qu’au « Parlement de Strasbourg ». Constitué de 751 députés élus pour cinq ans et présidé depuis le 17 janvier 2017 par l’Italien Antonio Tajani, le Parlement européen, voix des citoyens de l’Union, dispose du même poids que le Conseil de l’Union et détient un pouvoir d’initiative politique réel.

Le séminaire s’est poursuivi place de Louvain, au siège de la Représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne. Monsieur Gaël du Bouëtiez, réserviste citoyen, y a présenté les derniers développements de la Politique de Défense et de Sécurité Commune (PSDC) de l’Union européenne, évoqués dans deux articles publiés sur le site de l’Institut FMES les 14 novembre et 28 décembre 2017. Les objectifs de la PSDC, définis par l’article 42 du Traité sur l’Union européenne, visent, via des missions en dehors de l’Union, à « assurer le maintien de la paix, la prévention des conflits et le renforcement de la sécurité internationale conformément aux principes de la charte des Nations unies ». En complément, le colonel (air) Stéphane Heurteaux a rappelé la stratégie globale de l’Union européenne, présentée en 2016 et qualifié de « chainon manquant » des précédents documents. Un rappel des différentes missions civiles et militaires menées en appui de cette PDSC a permis d’illustrer concrètement la réalité du renouveau de la politique européenne en la matière.

Pour conclure et permettre aux auditeurs de la session 2018-2019 de réfléchir au séminaire des 21 et 22 février 2019 et à l’évolution de l’Union européenne, la mise en garde du Secretary of Defense américain, James N. Mattis, exprimée récemment à Florence Parly, ministre des armées, montre que les Etat-Unis prennent au sérieux cette évolution positive de la PSDC : « Secretary Mattis stressed that a strong Europe is a better security partner, but that the EU defense initiatives should complement, not compete with NATO ».

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie de l’Institut FMES

Escale en Méditerranée pour les auditeurs de la 3e session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » de l’IHEDN

Transports et routes maritimes, marine marchande, technologies et industries navales, autant de grands thèmes de l’économie maritime ont conduit les auditeurs de la 3e session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » de l’IHEDN à se déplacer à Marseille et à Toulon.

 

                 À la tour CMA CGM

Chez CMA CGM, outre les explications sur les grands enjeux du transport et de l’économie maritime, le « fleet centre » a permis aux auditeurs de percevoir la dimension stratégique et la précision de la gestion en temps réel de ses navires par le 3e armateur mondial. Ils ont également pu constater l’implication d’un grand armateur dans la préservation de l’environnement et la lutte contre les dérèglements climatiques.

Sur le site flambant neuf de Naval Group à Ollioules, les débats ont porté sur le positionnement stratégique d’un grand acteur régalien face à la concurrence internationale et aux ruptures possibles en matière de R&T navales. Puis, le tout nouveau centre de réalité virtuelle a plongé les auditeurs au cœur de la révolution numérique et dans le central « opérations » d’un sous-marin de dernière génération.

                        Autour de Julien MISFUD, directeur du site d’Ollioules de Naval Group

 

Enfin, après un exposé à la mairie de Toulon sur les grands projets maritimes de la métropole Toulon Provence Méditerranée (TPM), la visite de la rade a permis aux auditeurs de se rendre sur le chantier d’IMS et sur le site d’Orange Marine à La Seyne. Ils ont ainsi découvert les grandes potentialités, en termes d’économie et d’emplois, offertes par cette métropole. Désormais, les enjeux stratégiques et techniques de l’industrie du câble sous-marin n’ont plus de secret pour eux.

Accueil au salon Clémenceau par Monsieur Yannick Chenevard, adjoint d’Hubert Falco, maire de Toulon, vice-président de la Métropole Toulon Provence Méditerranée et vice-président du Conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur

 

Devant les yachts en carénage chez IMS autour de Denis Pellégrino, son directeur.

À la Seyne sur Mer avec Frédéric Exertier, vice-président d’Orange Marine et Jean-Luc Vuillemin, vice-président d’Orange et auditeur de la deuxième session, qui a accueilli ses nouveaux camarades

 

 

 

Le non-respect du droit international au cœur du dernier accrochage syro-israélien

Via son porte-parole, le Secrétaire général des Nations Unies s’est alarmé le 10 février 2018 de l’escalade militaire « dans toute la Syrie » et de la « dangereuse contagion au-delà des frontières du pays ». Outre l’offensive meurtrière des forces armées syriennes contre les dernières zones tenues par les groupes insurgés à l’est de Damas et dans la région d’Idlib, sont visées l’opération « rameau d’olivier » lancée il y a plus de trois semaines et surtout la destruction d’un drone d’origine iranienne par un hélicoptère israélien puis d’un chasseur israélien par la défense antiaérienne syrienne.

Le rappel au respect du droit international et des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité formulé par António Guterres s’adresse à toutes les parties en Syrie et dans la région. Le ministère russe des affaires étrangères a été plus direct dans sa réaction au raid israélien, appelant au strict respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Syrie et s’insurgeant contre des actions menaçant la vie et la sécurité du personnel des forces armées russes, « présent en Syrie à l’invitation du gouvernement légitime afin d’apporter son soutien dans la lutte contre les terroristes ».

Si l’origine iranienne du drone abattu ne fait aucun doute, la localisation précise des faits n’est pas connue, la seule vidéo disponible ne présentant pas en incrustation de coordonnées géographiques. Il est très probable que le drone ait été détruit sur les hauteurs du Golan syrien, territoire dont l’annexion en 1981 par Israël n’a pas été reconnue par la « communauté internationale », qui s’était exprimée par la résolution 497 votée à l’unanimité le 17 décembre 1981.

Si Benjamin Netanyahu justifie la destruction du drone par une violation de l’espace aérien, il est ainsi possible que ce drone ait uniquement survolé le territoire appartenant légalement à la Syrie[1]. Selon des sources officielles iraniennes, ces drones mènent « des actions de reconnaissance contre les groupes terroristes et jouent un rôle important dans le nettoyage de l’est de la Syrie ». Il est difficile dans ces conditions d’invoquer le droit naturel de légitime défense face à une agression armée prévu par l’article 51 de la charte des Nations unies.

Conséquence du conflit d’octobre 1973, la Force des Nations Unies chargée d’observer le désengagement (FNUOD) a été établie le 31 mai 1974 par la résolution 350, suite au recul négocié des forces syriennes et israéliennes de part et d’autre de la ligne de cessez-le-feu. Le mandat de cette force « déployée dans le Golan syrien » a été prolongé jusqu’au 30 juin 2018 par la résolution 2394. Les rapports régulièrement publiés, dont le dernier établi pour la période allant du 10 septembre au 24 novembre 2017, permettent de suivre les activités militaires qui « risquent d’exacerber les tensions entre Israël et la République arabe syrienne [et] de fragiliser le cessez-le-feu entre les deux pays ».

Ces rapports, comme la résolution 2394, confirment la présence de « groupes d’opposition armés non étatiques »[2] dans la zone de séparation, ce qui peut justifier les survols par un drone de surveillance. Le dernier rapport confirme également le soutien apporté par les Forces de défense israéliennes à des « individus » en provenance du secteur syrien[3] et s’inquiète des tirs de représailles en réaction aux « dérapages » (tirs d’obus ou de munitions d’artillerie à travers la ligne de cessez-le-feu). Enfin, ce rapport note en le regrettant que « les Forces de défense israéliennes tiennent le Gouvernement syrien responsable de tous les tirs provenant de son territoire en direction du secteur alpha, et ce, quelle que soit leur origine ».

[1] L’aviation militaire israélienne viole régulièrement l’espace aérien libanais (ministère de la défense libanais)

[2] dont le Jabhat Fatah el-Cham (Front el-Nosra), groupe terroriste inscrit sur la liste établie par le Conseil de sécurité, et le Jaysh Khaled ibn el-Walid, qui a prêté allégeance à l’État islamique d’Iraq et du Levant (Daech)

[3] « La FNUOD ne peut confirmer ni vérifier la nature de l’interaction qui généralement fait intervenir des individus non identifiés du secteur bravo accompagnés de mules déchargées qu’on voit s’approcher de la barrière technique israélienne ainsi que des positions des Forces de défense israéliennes et repartir vers le secteur bravo avec des mules transportant des fournitures de caractère indéterminé. »

L’opération « rameau d’olivier » se prolonge malgré de timides appels à la retenue

Les forces turques ont lancé le 20 janvier 2018 une opération baptisée « rameau d’olivier » en vue de supprimer la menace représentée par les « terroristes » présents dans le canton d’Afrin, situé dans le nord-ouest de la Syrie. Cette opération, annoncée depuis plusieurs mois, a été précipitée par la volonté affichée des Etats-Unis de former des « forces de sécurité locales », considérée par la Turquie comme une confirmation du soutien apporté à l’YPG (unité de protection du peuple), branche armée du parti de l’union démocratique (PYD). Pourtant, le 17 janvier, un communiqué de presse diffusé par le Department of Defense insistait sur la mission limitée de ces forces, garantes de la sécurité des populations civiles, et reconnaissait le droit à la Turquie, « partenaire de la coalition et allié au sein de l’OTAN[1] », de garantir sa sécurité. Selon le président turc, l’opération a permis au 8 février « la neutralisation de 1 028 terroristes ».

Le 6 février, dans un discours devant les députés du Parti de la justice et du développement, le président Recep Erdoğan s’en est violemment pris aux Etats-Unis, n’hésitant pas à accuser les présidents Barack Obama et Donald Trump d’avoir menti en promettant de retirer leurs forces de la région de Manbij, une ville du nord de la Syrie libérée à l’été 2016 par les Forces démocratiques syriennes soutenues par la coalition occidentale dans sa lutte contre l’Etat islamique en Irak et au Levant (Daesh). Rappelant à ceux qui pressent la Turquie de mettre un terme à ses opérations que les Etats-Unis sont présents en Irak et en Afghanistan depuis dix-huit ans, il a confirmé que l’opération « Rameau d’olivier » se poursuivra « avec détermination » et qu’elle se prolongera jusqu’à Manbij, où les forces turques rendront la ville à leurs habitants légitimes et chasseront les terroristes du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) « amenés et installés là » par les Etats-Unis.

Le 8 février, le Président turc a repris la même rhétorique devant l’assemblée des mukhtars (équivalent des maires). Rappelant que la Turquie partageait une frontière de 911 km avec la Syrie, il s’est étonné que les Etats-Unis, la Russie, l’Iran, la France ou la Grande-Bretagne puissent être présents sur le terrain, qu’Israël puisse impunément mener des raids sur la Syrie mais que les forces turques soient enjointes de quitter immédiatement le territoire syrien.

Le Secretary of States, Rex Tillerson, se rendra prochainement à Ankara afin de tenter de rassurer les autorités turques sur la réalité de l’alliance entre les deux pays et d’évoquer les sujets régionaux, de la campagne contre Daesh à la lutte contre le PKK. Lors de la conférence de presse préparatoire à ce déplacement, un officiel américain a confirmé le 9 février que les échanges relatifs à l’intervention turque dans le nord de la Syrie seraient difficiles (« Turkish rhetoric has obviously been very hot on this topic ») mais que la position officielle restait inchangée. Dès le 21 janvier, dans un communiqué de presse, le Department of States apportait son soutien à la Turquie, allié de l’OTAN et partenaire essentiel dans la lutte contre Daech mais appelait à la retenue, demandant que les opérations dans le nord de la Syrie restent limitées dans leur portée et dans leur durée et évitent toute perte civile. Le 25 janvier, le Department of Defense réagissait également par la voix de sa porte-parole, s’inquiétant ses conséquences négatives de l’opération sur le succès de la lutte contre Daech et affirmant que les Etats-Unis n’avaient jamais livré d’armes ni d’équipements aux Kurdes du canton d’Afrin.

Les Etats-Unis préfèrent cantonner leurs critiques envers le gouvernement turc sur les modalités d’application de l’état d’urgence et les conséquences sur les ressortissants américains. Serkan Golge, scientifique de la NASA, arrêté en juillet 2017, a ainsi été condamné le 8 février « sans preuve crédible » pour appartenance à une organisation terroriste. De même, les principaux Etats européens ont jusqu’à présent évité toute polémique, appelant à la retenue tout en reconnaissant le droit de la Turquie à « sécuriser sa frontière ».[2][3][4]

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie de l’Institut FMES

[1] Le 23 janvier, trois jours après le déclenchement de l’opération, Rose Gottemoelle , secrétaire générale déléguée de l’OTAN, dans un discours prononcé à l’Université nationale de défense d’Istanbul, a souligné le rôle essentiel de la Turquie, se gardant bine d’évoquer l’opération.

[2] Entretien téléphonique de Jean-Yves Le Drian, 21 janvier 2018

[3] Communiqué de Sigmar Gabriel, 21 janvier 2018

[4] Entretien téléphonique de Theresa May, 26 janvier 2018