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EDEX 2018 : Premier salon de l’armement en Egypte

 

Le président égyptien Abdel Fattah AL-SISSI au salon EDEX 2018, le 3 décembre 2018.
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Le président égyptien Abdel Fattah AL-SISSI a inauguré, lundi 3 décembre 2018, au Caire, EDEX 2018, le premier salon de l’armement organisé en Egypte. D’une durée de 3 jours, cet événement de grande ampleur a pour dessein de participer au rayonnement de l’Egypte sur la scène internationale. Le ministre égyptien de la Production militaire, Mohamed AL-ASSAR a déclaré aux journalistes que « ce salon renvoie à la force du pays » et qu’une telle démonstration est destinée aux « partenaires occidentaux pour les inciter à produire du matériel militaire en Egypte ».

L’Egypte est la première puissance militaire d’Afrique et l’une des premières puissances militaires de la région moyen-orientale. Les Etats-Unis comptent le plus grand nombre d’entreprises étrangères représentées. Près de 40 délégations et plus de 400 entreprises participent à ce salon.

Florence PARLY, ministre française des Armées, était aux côtés du président égyptien AL-SISSI lors de l’inauguration, lundi 3 décembre. Parmi les entreprises françaises présentes, se trouvent les grands groupes français tels que Dassault Aviation, Airbus, Naval Group ou encore MBDA. De plus petites entreprises étaient également présentes, à l’instar de Sterela, entreprise toulousaine spécialisée dans la fabrication de cibles pour les entrainements à tirs réels.

L’Egypte représente un marché important pour la France. La coopération militaire entre Le Caire et Paris s’est renforcée depuis l’arrivée au pouvoir du président Abdel Fattah AL-SISSI en juin 2014. Les ventes françaises ont permis à l’armée égyptienne de moderniser son arsenal, l’Egypte étant un partenaire de la France dans la lutte antiterroriste. Près de 6 milliards d’euros de contrat d’armement ont été conclus depuis 2015. De nombreuses unités de construction française (Naval Group) ont renforcé l’ordre de bataille naval égyptien. Outre les deux bâtiments de projection de type Mistral Gamal Abdel Nasser et Anouar el-Sadate acquis par Le Caire en 2016, la marine égyptienne compte dans ses rangs la frégate de type FREMM Tahya Misr, livrée le 23 juin 2015 et la corvette de type Gowind El Fateh. Les trois autres corvettes du programme seront construites en Egypte, répondant aux vœux de Mohamed AL-ASSAR. Selon un rapport publié par le ministère des Armées, la région du Moyen-Orient a représenté plus de 60% des exportations de systèmes d’armements français pour l’année 2017 (3,9 milliards d’euros).

Une étude de l’institut de recherche suédois Sipri a démontré que les ventes d’armes au Moyen-Orient ont doublé ces dix dernières années. Durant la période 2013-2017, la région représente environ 32% des importations mondiales. Le marché est dominé par les Etats-Unis, suivis de la Russie et de la France.

La présence française au salon EDEX 2018 a alerté les organisations des droits de l’homme internationales qui accusent le régime du président SISSI d’utiliser ces armements contre des civils pour réprimer les opposants et les activistes politiques. Paris est régulièrement interpellé par des ONG telles qu’Amnesty International ou la Fondation Internationale de la Ligue des droits de l’homme sur ses ventes d’armes à l’Egypte. L’Egypte et la France réfutent ces accusations. Pour Jean-Jacques BRIDEY, président de la commission de la défense à l’Assemblée nationale et présent au Caire, « l’Egypte est un partenaire stratégique pour la France » et ces matériels ne sont pas « des matériels de répression contre la population civile ».

Israël lance « Bouclier du Nord » à sa frontière avec le Liban

Au Nord d’Israël, un mur sépare le pays du Liban.
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Mardi 4 décembre, l’armée israélienne a annoncé la découverte de tunnels souterrains du Hezbollah en territoire israélien. En réponse, par la voix du lieutenant-colonel Jonathan CONRICUS, Tsahal a déclaré lancer une opération baptisée « Bouclier du Nord » à la frontière israélo-libanaise pour « mettre à jour et entraver » ces tunnels.

« Nous avons lancé l’opération Bouclier du Nord pour déjouer la menace des tunnels d’attaque de l’organisation terroriste Hezbollah à la frontière du Liban vers Israël » a affirmé aux journalistes le porte-parole des forces israéliennes, Jonathan CONRICUS. Il poursuit, fustigeant l’organisation djihadiste chiite libanaise « Nous considérons les activités du Hezbollah comme une violation flagrante de la souveraineté israélienne, et cela prouve une nouvelle fois le mépris total du Hezbollah pour les résolutions des Nations unies ». L’armée israélienne agira sur son propre territoire pour détruire ces « tunnels d’attaque » dont ni le nombre ni la taille n’ont été communiqués. Si ces tunnels ne sont pas encore opérationnels et ne représentent donc pas une « menace immédiate » pour la population civile, leur existence est soupçonnée depuis 2013 par Tsahal.

Cet épisode est le dernier événement en date opposant Israël et le Hezbollah, la formation libanaise pro-iranienne. Le 11 août 2006, par sa résolution 1701, le Conseil de sécurité de l’ONU a mis un terme à la deuxième guerre israélo-libanaise de 33 jours ayant fait 1 200 morts côté libanais et 160 côté israélien. Depuis, la frontière entre les deux Etats connait une relative stabilité. A l’issue de cette guerre, le mandat FINUL (Force intérimaire des Nations Unies au Liban) a été étendu. La Force a été établie en 1978 par le Conseil de sécurité afin de rétablir la paix et la sécurité internationales et confirmer le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban. Depuis 2006, elle doit contrôler la cessation des hostilités, appuyer les forces armées libanaises et fournir une assistance humanitaire aux populations civiles et aux personnes déplacées.

Pour autant, les escarmouches entre les deux camps n’ont pas cessé. Vendredi dernier, la branche militaire du Hezbollah, qui figure sur la liste de l’Union européenne des groupes impliqués dans des actes de terrorisme, a diffusé une vidéo d’avertissement destinée à Israël, montrant des images par satellite et des localisations cartographiées précises de sites stratégiques israéliens. Un message menaçant accompagnait cette vidéo « Attaquez, vous le regretterez ». Cette vive tension s’est également manifestée en Syrie ces dernières années. A l’instar de l’Iran, qui appelle régulièrement à la destruction d’Israël, le Hezbollah s’est allié au régime de Bachar AL-ASSAD.

Ces dernières années, Israël a renforcé ses défenses le long de sa frontière avec le Liban. En effet, l’Etat hébreu a débuté la construction d’une barrière afin de mettre un terme à d’éventuelles tentatives d’infiltration. A terme, un véritable mur isolera la frontière de 130 kilomètres.

Le lancement de l’opération « Bouclier du Nord » intervient au lendemain d’une rencontre tardivement annoncée à Bruxelles entre le Premier ministre israélien Benjamin NETANYAHOU et le secrétaire d’Etat américain Mike POMPEO. Le Premier ministre israélien a indiqué se rendre à Bruxelles afin de discuter des actions conjointes avec Washington « pour stopper les actes d’agression de l’Iran et de ses affidés », faisant naturellement référence au Hezbollah. Le mouvement chiite est considéré par Israël comme une des menaces les plus sérieuses à sa frontière. Pour le moment, le Hezbollah n’a pas réagi mais cet épisode illustre les tensions dans cette région du Moyen-Orient.

Le « monde musulman » : une instabilité chronique – par Mustapha Benchenane

Un article de Mustapha BENCHENANE, docteur d’Etat en science politique, conférencier au Collège de l’OTAN et éditorialiste à l’institut FMES.

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Le « Monde musulman » tel que se le représentent ceux qui se contentent d’approches approximatives, n’existe pas. Cette zone, qui va de l’Atlantique à Kaboul et jusqu’à l’Indonésie, est caractérisée par une incommensurable fragmentation, et les pays concernés se montrent incapables depuis des siècles d’identifier ne serait-ce qu’un seul intérêt commun. Ce « Monde musulman », déjà gravement affaibli par ses divisions, est en proie à des convulsions qui affectent de nombreux « États ».

Ayons donc à l’esprit que ce « Monde musulman » est à 14 kilomètres de l’Europe (détroit de Gibraltar) … Or le produit intérieur brut (PIB) par habitant en Europe est 14 fois supérieur à celui du Sud de la Méditerranée, dont la population est composée de 70 % de moins de 30 ans, souvent diplômés et au chômage… L’Europe ne consacre que 1 % de ses investissements au Sud de la Méditerranée.

Cette situation, déjà préoccupante, va s’aggraver pour trois raisons :
– l’échec de l’intégration à l’économie mondialisée ;
– l’échec du modèle « État-nation » ;
– l’échec de la « culture islamique ».

L’échec de l’intégration à l’économie mondialisée 

Qu’ils viennent de l’économie socialiste ou de l’économie libérale, ces pays n’ont pas été ponctuels au rendez-vous du processus de mondialisation des productions et des échanges dans tous les domaines… Ils en sont encore à des modes d’organisation et de commercialisation dignes du 19ème siècle. Par exemple, l’Algérie, indépendante depuis 1962, tire 97 % de ses recettes d’exportation de la vente de son pétrole et de son gaz. Plus de 30 % de ce que les Algériens consomment vient de l’extérieur.

Dans 30 ans, la population du Sud de la Méditerranée se sera accrue de 48 % (3 % pour l’Union européenne) … L’Égypte, déjà peuplée de 93 millions d’habitants, voit sa population s’accroître chaque année de 1 300 000 personnes.

Pour combler le déficit en termes d’emplois, de logements et d’éducation, il faudrait, durant les 40 prochaines années, un taux de croissance de 8% par an. Dans la réalité, il est au mieux de 5 à 6%, mais le plus souvent de 3%, voire parfois de 1,8% (Maroc en cas de sécheresse) ou de 1,5% (Tunisie à cause de la situation politique et du terrorisme).

Quant aux pays du Golfe et à l’Arabie, on se trompe quand on pense qu’ils ne sont pas concernés par cette analyse parce que « riches ». En pensant ainsi, on confond richesse et développement. En effet ces « États » sont riches de leur pétrole et de leur gaz et ainsi, ils peuvent faire réaliser par des étrangers tout ce qu’ils décident d’édifier. Mais ils sont totalement dépendants de la main d’œuvre étrangère qui représente 80 à 90% de la population totale de certains « Émirats ». En outre, il y a chez eux – en amont – un déficit de culture de l’effort et du travail. Par ailleurs, aucune innovation, aucune percée scientifique et/ou technologique ne vient de chez eux ni même de l’ensemble du « Monde musulman » … Leurs investissements à l’étranger risquent d’être anéantis par une crise boursière intervenant dans un système financier international dont le fonctionnement leur échappe totalement. Enfin, leurs avoirs à l’extérieur de leurs frontières pourraient être « gelés » si, un jour, leur politique venait à contrarier des acteurs plus puissants qu’eux…

Dans le domaine politique, les difficultés ne sont pas moins graves.

L’échec du modèle « État-nation »

Lorsque ces populations ont acquis leur indépendance, le Droit international les a désignés comme « États nouveaux ». Plus encore, leurs gouvernants ainsi que la « Communauté internationale » ont décrété qu’ils étaient des « États-nations ». Cette affirmation ne correspondait ni à la réalité historique ni aux mentalités de ces peuples dont le système d’appartenance était, en grande partie, lié aux tribus, aux ethnies, aux clans, à des confréries et à la religion.

L’« État-nation » est un concept qui s’est traduit dans la réalité politique, culturelle et symbolique de l’Europe occidentale… Il est le produit de plusieurs siècles d’Histoire. La Nation, le sentiment national, transcendent les appartenances et les identifications partielles, au profit d’un ensemble beaucoup plus vaste que celui qui prévalait dans le passé. La Nation rassemble des personnes qui ont la conviction d’avoir un passé commun, une langue, épine dorsale de leur identité, une volonté de vivre ensemble en paix grâce à la mémoire partagée, l’adhésion à des valeurs et à un code de conduite, et enfin la volonté de construire un avenir meilleur pour elles et leurs enfants. Il s’agit donc d’autre chose que la tribu ou l’ethnie qui, face aux exigences de notre temps, sont l’expression et le témoignage d’une difficulté, sinon d’une incapacité, à entrer de plein pied dans la modernité. Cela explique en partie que le « Printemps arabe » était, pour une part importante, une illusion. Il y a eu, dans certains pays musulmans des révoltes, des coups d’État, des guerres civiles mais en aucune façon des « Révolutions ».

Pour que les conditions favorables au déclenchement d’une Révolution soient réunies, il faut, en amont, un substrat intellectuel, culturel, comme ce fut le cas en France avec la philosophie des Lumières. A cela il faut ajouter un système d’alliances entre des forces, des acteurs, qui mettent en sommeil leurs divergences afin de concentrer leurs moyens en vue d’atteindre un objectif prioritaire commun : le remplacement du régime en place par un autre, radicalement différent. Cela passe aussi par un programme qui donne des orientations stratégiques, ainsi que par l’émergence de leaders charismatiques, une « avant-garde », et enfin un appareil de propagande mobilisateur.      Il n’y a rien eu de tout cela dans le « Monde musulman » mais des révoltes (Algérie en 1988, Tunisie, Égypte, Bahreïn) et des guerres civiles (Syrie, Yémen, Irak, Soudan, Afghanistan) … Parfois, les ingérences militaires étrangères ont ajouté au désordre pour en faire un chaos (Libye, Irak, Afghanistan, Yémen, entre autres).

La situation n’est pas meilleure au plan culturel/religieux.

L’échec de l’Islam et de l’« Islamisme »

La religion a plusieurs finalités, dont l’une des plus importantes est de « relier » entre eux ceux qui s’en réclament. En adhérant à la même foi, en acceptant les valeurs et les contraintes qui en découlent, en pratiquant le même rituel, on forme une « communauté » dont les membres ont vocation à vivre ensemble en paix. A cet égard, l’Islam ne parvient plus à remplir cette finalité puisque les pays musulmans sont en train d’imploser les uns après les autres et les guerres civiles se multiplient. D’un Islam dévoyé naissent de nombreuses sectes dont certaines utilisent la violence sous toutes ses formes, en particulier le terrorisme… C’est ce que l’on appelle « islamisme », qui est une instrumentalisation de la religion dans le cadre d’une stratégie dont le but est la mise en place de régimes totalitaires, sous couvert d’un retour à un « Islam des origines », forcément « pur » et porteur d’espoir. Il s’agit d’une dimension essentielle de la tragédie que vit le « Monde musulman » car l’utilisation de la religion en politique mène à des impasses, à des affrontements, à des guerres intestines. C’est ce à quoi nous assistons et nombreux sont ceux qui, par désespoir, se réfugient dans ce qu’ils croient être l’Islam. Pratiqué par eux, il n’est qu’un rituel sans spiritualité, sans la symbolique qui lui donne un sens. Ce rituel est devenu une compulsion. C’est ainsi que les mosquées n’ont jamais été aussi pleines et il n’y a jamais eu aussi peu de musulmans.

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Une évidence : compte tenu de la proximité géographique et de la mondialisation des problèmes, si le « Sud » va mal, le « Nord » ne peut pas aller bien… L’onde de choc des échecs du « Monde musulman » se propage ailleurs, en particulier en Europe. L’intérêt bien compris du « Monde occidental » est d’empêcher que le chaos prévale dans cette zone. Encore faut-il que, de ce « Monde musulman », naisse une prise de conscience de la nécessité vitale de coopérer avec le Nord dans tous les domaines car la preuve est largement faite qu’ils ne peuvent pas s’en sortir seuls.

OPEP : Le retrait du Qatar

Lundi 3 décembre 2018, le nouveau ministre de l’Energie et de l’Industrie du Qatar, Saad AL-KAABI a annoncé lors d’une conférence de presse le retrait de Doha de l’OPEP.

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP, en anglais Organization of the Petroleum Exporting Countries (OPEC)) a été créée en septembre 1960 lors de la Conférence de Bagdad par l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Iran, le Koweït et le Venezuela. L’OPEP est une organisation intergouvernementale permanente dont le siège est à Vienne. Elle a pour mission de coordonner et d’unifier les politiques pétrolières de ses pays membres et d’assurer la stabilisation des marchés du pétrole. L’objectif officiel poursuivi est « de garantir aux producteurs de pétrole des prix justes et stables, aux pays consommateurs un approvisionnement efficace et régulier et aux investisseurs un juste retour sur capital ». Le Qatar a été le premier pays à rejoindre ces cinq membres fondateurs en 1961 et a été rejoint par 9 autres Etats. Actuellement, l’OPEP concentre plus de 40% de la production de pétrole mondiale. Parmi les Etats-membres figurent deux Etats d’Amérique latine, la plupart sont issus du Moyen-Orient et d’Afrique. Deux acteurs de la rive sud de la Méditerranée, l’Algérie et la Libye en sont membres.

Lors de la conférence de presse, Saad AL-KAABI, également PDG de Qatar Petroleum, société d’Etat appartenant au Qatar exploitant les activités pétrolières et gazières, a déclaré : « Le Qatar a décidé de se retirer comme membre de l’OPEP avec effet en janvier 2019 ». Cette décision, annoncée comme« difficile » par le ministre,  est officiellement liée à la faible quantité de pétrole produite par l’émirat qui est l’un des plus petits producteurs de l’OPEP au sein de laquelle il bénéficie d’une influence limitée. Le pays continuera de produire du pétrole mais « notre potentiel, c’est le gaz » a affirmé le ministre, l’industrie gazière étant affichée comme la priorité à moyen et long terme dans ce petit Etat de 2,6 millions d’habitants et de 12 000 kilomètres carrés. En effet, Doha est le premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) avec une production de 77 millions de tonnes par an qui sera de l’ordre de 110 millions en 2024. Le secteur gazier a permis de transformer et d’enrichir l’économie qatarie.

Cette décision est à rapprocher des tensions avec l’Arabie saoudite. La monarchie apparait isolée sur la scène régionale depuis juin 2017, subissant un embargo économique et diplomatique de la part de Riyad, qui a fermé ses liaisons terrestres, maritimes et aériennes. Le régime wahhabite, qui domine actuellement le cartel, est suivi par ses alliés dont font partie les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte. Tous soupçonnent le Qatar de soutenir des mouvements terroristes, de favoriser les Frères musulmans et de se rapprocher de l’Iran. Sans surprise Saad AL-KAABI a assuré qu’il ne s’agissait pas d’une décision politique mais d’une réflexion sur les moyens de renforcer le profil international du pays par son industrie gazière.

L’annonce du ministre intervient alors qu’une réunion cruciale doit se tenir les 6 et 7 décembre à Vienne entre les pays membres de l’OPEP et leurs partenaires.  Les discussions porteront notamment sur une baisse de la production de pétrole pour enrayer la baisse du prix des barils. Le Qatar y participera, probablement pour la dernière fois. Cet épisode illustre le clivage croissant au sein du Moyen-Orient.

 

La Mer d’Azov : nouveau lac russe et remise en cause de l’ordre mondial ?

 

Affrontement naval en Mer d’Azov le 25 novembre

La Russie a arraisonné puis saisi trois navires ukrainiens à la suite d’une escalade militaire sans précédent dans le détroit de Kertch reliant la Mer Noire à la Mer d’Azov[1]. Douze des vingt-quatre marins retenus captifs par les autorités russes ont déjà été condamnés à deux mois de détention provisoire provoquant de vives réactions des pays occidentaux.

Ce dimanche 25 novembre, un remorqueur et deux vedettes blindées d’artillerie ukrainiens basés à Odessa transitaient vers le port de Marioupol. Accusés par les Russes d’être « entrés illégalement » dans leurs eaux territoriales, le remorqueur a été percuté volontairement par la garde côte russe, tandis que les deux navires militaires ont essuyé des tirs blessant des marins ukrainiens. La chasse russe a également survolé la zone. Selon l’administration russe, la marine ukrainienne n’ayant pas fait part de ses intentions, les navires ont été interceptés. Les Ukrainiens affirment avoir signalé leur itinéraire[2]et accusent la Russie d’agression.

Un précédent passage de navires ukrainiens en septembre 2018 avait déjà fait l’objet de tensions mais sans confrontation. Cette fois-ci, il s’agit d’un affrontement militaire entre les deux pays.

La situation géographique délicate de la Mer d’Azov et du détroit de Kertch fournit tous les ingrédients de ce maelström géopolitique. Bordée par l’Ukraine au Nord et à l’Ouest et par la Russie à l’Est, la Mer d’Azov cristallise les tensions russo-ukrainiennes, illustrées par l’annexion de la Crimée et l’instabilité du Donbass ukrainien (Donetsk, Louhansk) contrôlé par les séparatistes prorusses.

Le casse-tête du statut juridique de la mer d’Azov

Avant la proclamation de l’indépendance de l’Ukraine, la Mer d’Azov était considérée comme une mer intérieure soviétique. Depuis 1991, date de la déclaration d’indépendance de l’Ukraine, la mer d’Azov est partagée entre l’Ukraine et la Russie. En 2003, ce statut est renforcé par un accord bilatéral de coopération : les navires militaires et civils des deux pays jouissent du droit de libre navigation dans la Mer d’Azov et le détroit de Kertch. Quant aux navires étrangers, ils doivent obtenir l’accord des autorités russes et ukrainiennes pour franchir le détroit, en particulier les navires de l’OTAN. Or depuis l’annexion de la Crimée, et malgré cette gestion commune décidée en 2003, Moscou impose son emprise sur la mer d’Azov.

Pont de discorde et inspections russes trop zélées

Si l’annexion de la Crimée répond à des préoccupations géostratégiques russes  -en particulier l’accès aux mers chaudes[3]-, la Russie se heurte toujours à des problèmes logistiques. En effet, l’Ukraine interdit sur son territoire tout trafic routier et ferroviaire russe vers la Crimée. Aussi, dès le lendemain de l’annexion, l’administration russe a remis au gout du jour un vieux projet de pont au milieu du détroit de Kertch reliant la Crimée et la région russe de Krasnodar.

Depuis la construction de ce nouveau pont de 19 km enjambant le détroit de Kertch[4], et forte de l’annexion des territoires ukrainiens permettant le contrôle des deux rives du détroit, la Russie a instauré de nombreux contrôles des navires de commerce[5]provoquant des retards très couteux ralentissant l’activité économique des ports ukrainiens[6]. Une autre raison, plus insidieuse, pénalise ces ports[7]et asphyxie ainsi l’économie du pays : malgré sa longueur impressionnante, la hauteur du pont ne permet pas le passage de navires d’un tirant d’air supérieur à 33 mètres, ce qui  limite le passage à des navires de petite capacité. Situé à quelques kilomètres de la zone tenue par les séparatistes prorusses (région de Donbass), le port de Marioupol, essentiel pour l’activité économique de la région, a désormais une activité moribonde. Quant au port de Berdyansk, son activité de transport de céréales a diminué de moitié.

Ces mesures de harcèlement russes constitueraient une réponse au blocage ukrainien du canal[8]approvisionnant en eau les zones agricoles de la Crimée dont le déficit en eau pénalise l’agriculture. Mais ces mesures de rétorsion russes pourraient également, à terme et faute d’un approvisionnement suffisant en matières premières et en denrées alimentaires, déstabiliser la zone ukrainienne proche de la région séparatiste du Donbass déjà fragilisée par des conflits internes.

Face à ce véritable blocus économique, la marine ukrainienne accroit sa présence militaire en mer d’Azov pour désenclaver ses ports, mais sa puissance navale ne peut rivaliser avec celle de la Russie.

Instauration de la loi martiale, manœuvre de politique intérieure ?

Dès le lendemain de cet affrontement naval et pour faire face à une éventuelle invasion russe terrestre, le parlement ukrainien, sur la proposition de son président Petro Porochenko, a voté le placement du pays sous le régime de la loi martiale[9]pour 30 jours avec une possibilité de mobilisation partielle des forces armées si la situation s’aggrave. Toutefois, cette loi ne concerne que certaines régions de l’Ukraine, en particulier celles frontalières avec la Russie et les zones côtières du Sud.

Cette décision, dénoncée comme une provocation supplémentaire par l’administration russe, intervient dans un contexte politique difficile pour le président ukrainien dont la réélection prochaine n’est pas acquise.  Ses opposants – et la Russie – voient dans cette décision une manœuvre politicienne pour repousser la date des prochaines élections programmée le 31 mars 2019. Cette démonstration de force est également l’opportunité pour Vladimir Poutine, dont la cote de popularité est en baisse, de valoriser son image de président fort.

Condamnation unanime de la communauté internationale

Cette décision de mise en œuvre d’une loi martiale n’a pas reçu le soutien massif et escompté des pays occidentaux et de l’Union européenne. En revanche, l’ensemble de la communauté internationale dénonce l’usage de la force militaire et les actions illégales[10]de la Russie ayant conduit à la saisie des trois navires ukrainiens.

Si, pour éviter une escalade, l’ambiance était à l’apaisement entre les deux protagonistes, la pression est montée d’un cran ce mercredi avec la condamnation des marins et le discours anxiogène du président ukrainien annonçant que des troupes russes s’étaient massées près de la frontière. La libération des marins est demandée et de nouvelles sanctions économiques pourraient être envisagées.

Réuni en urgence dès lundi, le conseil de sécurité des Nations Unies n’a pu aboutir à l’adoption d’une résolution au vu des positions fermes de la Russie face aux pays occidentaux. L’OTAN, quant à elle, met en garde contre la montée en puissance d’un processus de militarisation de la Mer d’Azov et a vivement rappelé le principe de liberté de navigation dans le détroit.

Cet affrontement montre une fois de plus la grande instabilité régionale depuis l’annexion de la Crimée, modifiant le paysage géopolitique. La Russie tient à montrer son statut de puissance régionale dominante en dépit du contrôle du Bosphore et des Dardanelles par la Turquie et en filigrane par l’Alliance Atlantique. L’Ukraine se considère toujours en conflit ouvert avec la Russie et ne souhaite pas être oubliée de la communauté internationale.Quant à la mer d’Azov, elle se transforme peu à peu en lac intérieur russe…

Bien au-delà de ces considérations régionales, ces tensions reflètent la montée en puissance d’une vision de plus en plus territoriale des mers et des océans. Mais ce sont surtout les comportements de la Chine et de la Russie qui posent questions car ces pays remettent en cause l’organisation de la gouvernance mondiale structurée autour des Nations-Unies. En effet, l’ONU se trouve paralysée dès lors que le non-respect du droit international est le fait d’un membre permanent du conseil de sécurité protégé par son droit de véto qui empêche toute solution juridictionnelle. Contestant par des actions unilatérales l’ordre établi à l’issue de la seconde guerre mondiale, ce retour d’Etats-puissances privilégiant l’usage unilatéral de la force remet ainsi directement en cause le principe de résolution des conflits par la négociation et donc, à terme, l’idéal pacifique dont rêve tout habitant de notre planète.

 

Le pont de Kertch : pétrolier barrant l’accès à la mer d’Azov et survol de la chasse russe.

[1]D’une superficie de 35 000 km2, la Mer d’Azov peu profonde est longue de 445 km et de 150 km dans sa plus grande largeur.

[2]Tout navire de guerre bénéficie d’un droit de passage inoffensif dans des eaux territoriales en se signalant auprès des autorités du pays concerné,  ce signalement étant un acte de courtoisie et non pas une obligation

[3]En 1997, un grand Accord sur l’amitié,la collaboration et le partenariat,confirmé par les accords de Kharkiv, avait été signé entre l’Ukraine et la Russie pour la « location de la base navale de Sébastopol » afin de permettre le stationnement de la flotte russe pour un bail de 20 ans. La remise en question par les Ukrainiens de ce bail pendant l’hiver 2013/2014 a été l’un des déclencheurs de l’annexion de la Crimée par la Russie pour s’assurer l’accès à la mer Noire et à la base de Tartous en Syrie.

[4]Le projet d’un pont sur le détroit de Kertch par l’administration hitlérienne avait conduit à sa construction en 1944 pour être détruit six mois plus tard.  L’idée refait surface vers les années 2000 (avant l’annexion de la Crimée). En 2003, la Russie décide de construire un barrage en plein détroit de Kerch face à l’ile de Touzla déclenchant une crise politique qui aboutira à la signature de l’accord du 24 décembre 2003 portant sur la gestion conjointe de la mer et du détroit. Finalement, les travaux commenceront en mars 2014, soit le lendemain de l’annexion de la Crimée, permettant le contrôle des deux rives du détroit. Le pont routier et ferroviaire de 19 km a été inauguré par Vladimir Poutine le 15 mai 2018 pour une mise en service réelle quelques mois plus tard. Plusieurs états dont les Etats unis et l’Europe ont condamné cette construction. L’union européenne a gelé des avoirs des entités ayant participés à la construction.

[5]Moscou indique que ces contrôles sont imposés par la menace potentielle des radicaux ukrainiens sur le pont.

[6]Les revenus du port de Marioupol ont chuté de 30% depuis la construction du pont.

[7]140 navires ukrainiens ne peuvent plus atteindre les ports de la mer d’Azov.

[8]Canal captant les eaux du Dniepr.

[9]Texte adopté par 276 députés contre 30.

[10]Dès lors que la mer d’Azov possède plusieurs Etats riverains, elle n’est plus la mer intérieure d’un pays unique et donc, en conformité avec la convention des Nations-Unies sur le droit de la mer dont les deux Etats sont Parties, les navires y compris militaires de chacun des pays bénéficient de facto du droit de transit sans entrave dans le détroit et du droit de passage inoffensif dans les eaux territoriales des autres pays riverains. En outre, cette action russe et la condamnation des marins ukrainiens sont contraires aux principes d’immunités (de juridiction, d’exécution et de législation) dont jouissent les navires de guerre et d’Etat et leur équipage.

COP 24 : Priorité au réchauffement climatique

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Du 3 au 14 décembre 2018, se tiendra à Katowice en Pologne la 24ème Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, dite la COP 24. L’objectif de cette conférence est le sauvetage de l’accord de Paris, signé en avril 2016, les pays signataires s’étant engagés à agir pour contenir le réchauffement mondial sous la barre des 2°C d’ici à 2100.

Pour la troisième fois, ce sommet se déroule en Pologne. Pourtant, elle fait partie des pays de l’Union européenne émettant le plus de CO2, derrière l’Allemagne qui a fait le choix d’abandonner le nucléaire au profit des énergies fossiles. Si Katowice investit afin de sortir progressivement du charbon, deux tiers des villes les plus polluées de l’UE se trouvent en Pologne qui tire 80% de son électricité du charbon, réputé peu cher et dont le pays dispose en abondance. Le partenaire officiel et parrain de cette COP24 n’est autre que le groupe polonais JSW, premier producteur de charbon à coke en Europe. Pour autant, lors de la COP23 à Bonn, certaines délégations représentées ainsi qu’une trentaine d’entreprises avaient signé un pacte pour sortir du charbon (Powering Past Coal Alliance).

Des acteurs non étatiques, des ONG, des institutions et environ 190 Etats seront représentés, exception faite des Etats-Unis, deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre au monde après la Chine. En effet, en juin 2017, Donald TRUMP a annoncé le retrait de son pays de l’Accord de Paris. Pékin, malgré ses promesses en faveur d’une lutte contre le réchauffement climatique, construit de nouvelles centrales thermiques et finance la construction de centrales à charbon chez ses partenaires pakistanais, égyptiens ou dans les Balkans. Quant à la Turquie, elle utilise également largement cette énergie fossile.

Actuellement, 44% des émissions de gaz à effet de serre mondiales sont le fait du secteur du charbon. Ainsi, en amont de la COP24, les 47 Etats (dont 33 africains) faisant partie du groupe des Pays les moins avancées (selon les caractéristiques de l’ONU) ont commencé dès mardi 27 novembre à discuter autour du thème du réchauffement climatique. Si le continent africain n’est pas à l’origine de ces changements climatiques, certains de ses Etats particulièrement sensibles aux phénomènes de sécheresses, en subissent fortement les conséquences.

En sus de garantir l’application de l’Accord de Paris qui prévoit une aide annuelle de 100 milliards de dollars d’ici à 2020 pour aider les pays les plus pauvres à atteindre les objectifs fixés, la conférence vise à « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5°C » et à réduire les gaz à effet de serre de 40% d’ici à 2030.

A l’aube de l’ouverture de la Convention of the Parties, les Nations Unies ont publié un rapport mardi 27 novembre 2018 sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des gaz à effet de serre. Ce rapport estime que « le plafonnement des émissions mondiales d’ici à 2020 est indispensable pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris en matière de température » et souligne toutefois que « l’ampleur et le rythme des mesures d’atténuation actuelles restent insuffisants ».

A l’exception des quelques Etats producteurs d’énergie fossile (Algérie, Libye, bientôt Israël et Egypte), la rive sud de la Méditerranée, faible productrice de gaz à effet de serre et sensible aux conséquences du réchauffement climatique, se trouve dans la position inconfortable du spectateur inquiet.

Géorgie : Salomé ZOURABICHVILI élue présidente

Salomé ZOURABICHVILI le soir de sa victoire.
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Mercredi 28 novembre 2018, Salomé ZOURABICHVILI a remporté les élections présidentielles géorgiennes avec 59,52% des voix. Ancienne diplomate du quai d’Orsay, elle a renoncé à sa double nationalité afin d’être candidate à la présidentielle. Elle est aujourd’hui la première femme élue à la tête de la Géorgie.

La France, à travers son ministère de l’Europe et des affaires étrangères, « lui adresse ses plus sincères félicitations » et se dit prête à travailler avec la nouvelle présidente pour « renforcer encore l’excellente et ancienne relation qui prévaut » entre les deux pays.

Arrivée en Géorgie comme ambassadrice de France en 2003, elle a occupé le poste de ministre des Affaires étrangères géorgien au début de la présidence du pro-occidental Mikhail SAAKACHVILI. Limogée au bout d’une année, elle rejoint alors l’opposition.

Dans une atmosphère tendue, les élections de 2018 ont servi de test pour le Rêve géorgien, parti au pouvoir depuis 2012. Si elles ont suscité un intérêt international, elles relèvent néanmoins plutôt de la symbolique, le poste de président étant voué à être protocolaire. En effet, ses prérogatives ont été notablement réduites par les changements constitutionnels de 2017. Pour le Conseil de l’Europe, « le caractère négatif de la campagne des deux côtés sapait le processus » dans un second tour marqué par « de virulents discours et des violences isolées ».

Derrière ces élections présidentielles se cache la lutte entre deux hommes forts : le milliardaire Bidniza IVANISHVILI, ancien Premier ministre, et Mikhail SAAKACHVILI, aujourd’hui en exil. Tandis que le premier, fondateur du parti Rêve Géorgien, a soutenu la candidate élue, son rival s’est rangé aux côtés de Grigol VASHADZE, ancien ministre des Affaires étrangères.

Les deux candidats se rejoignent sur plusieurs points et prônent notamment un rapprochement avec l’Union européenne et l’OTAN, qu’ils souhaitent rejoindre à terme. Toutefois, VASHADZE s’est distingué par des positions antirusses plus marquées que son adversaire qui promet une diplomatie prudente à l’égard de Moscou.

Les relations entre la Géorgie et la Russie sont conflictuelles. L’ancienne république soviétique a obtenu son indépendance en 1992 mais deux régions à majorité russe ont fait sécession à l’issue de tensions impliquant la Russie : l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. Le démembrement de l’URSS avait suscité des troubles entre l’Abkhazie et la Géorgie qui ont aboutis à un cessez-le-feu signé supervisé dès août 1993 par la Mission d’observation des Nations unies en Géorgie (MONUG). Son mandat s’est achevée en juin 2009, le Conseil de sécurité n’étant pas parvenu à se mettre d’accord sur sa prorogation, sur fond de reprise des hostilités.

Dans la nuit du 7 au 8 août 2008, à la suite de nombreuses escarmouches sur la ligne de cessez-le-feu probablement provoquées par Moscou, les forces géorgiennes avaient pénétré en Ossétie du Sud. En réaction, la Russie envoyait des renforts dans les deux régions séparatistes qui ont repoussé les forces géorgiennes. Sous l’impulsion du président Nicolas SARKOZY, alors à la tête de la présidence de l’Union européenne, l’UE avait négocié un accord de cessez-le-feu entre les deux parties. De fait, cinq jours après le lancement de l’offensive visant à recouvrer sa souveraineté en Ossétie du Sud, Mikhail SAAKACHVILI acceptait, mardi 12 août, l’accord politique présenté par le chef de l’Etat français lui imposant de facto ce conflit gelé.

Les deux régions séparatistes ne sont reconnues en tant qu’Etats que par quelques pays dont la Russie. Les Nations Unies les considèrent quant à elles comme partie intégrantes de la Géorgie.

L’élection de Salomé ZOURABICHVILI ne devrait pas fondamentalement faire évoluer la situation, caractéristique de la posture sans concession qu’adopte la Russie dans les zones qu’elle considère comme stratégiques.

Conférence à Genève sur l’Afghanistan

La secrétaire générale adjointe de l’ONU Rosemary DICARLO, le président de l’Afghanistan Ashraf GHANI et Rula GHANI, première dame d’Afghanistan, à Genève.
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Mercredi 27 novembre s’est achevée la 13ème conférence ministérielle concernant l’Afghanistan à Genève, organisée par la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA). Le pays, 17 ans après la chute du régime des Talibans, est toujours en proie à de multiples attentats et à une pauvreté touchant plus de la moitié de la population. Cette conférence, qui se tient tous les deux ans, permet de faire le bilan sur les avancées du pays en matière de développement et de récolter des fonds.

Pour le président afghan Ashraf GHANI, le conflit et la pauvreté sont aggravés par une sécheresse importante qui a provoqué une véritable « crise ». L’enjeu de cette conférence pour le chef de l’Etat est de convaincre que l’aide internationale – 70% du budget national afghan en dépend – est utilisée à bon escient.

A Genève se sont donc réunis la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques de l’ONU, Rosemary DICARLO, le président Ashraf GHANI, le chef du gouvernement Abdullah ABDULLAH ainsi que de nombreux ministres des affaires étrangères, y compris de l’Union européenne, de la Russie et de la Turquie. Le président afghan souligne la volonté de changement du pays et a déclaré qu’ « une feuille de route pour les négociations de paix » avait été établie : « Nous voulons un accord de paix dans lequel les Talibans afghans seront inclus dans une société démocratique et inclusive » mais précise qu’ « aucun groupe armé lié aux groupes terroristes transnationaux ne pourra participer au processus politique ». Une équipe chargée de négocier la paix avec les Talibans a été établie.

Par la voix de Rosemary DICARLO, le Secrétaire général de l’ONU Antonio GUTERRES a félicité les « récents efforts de paix, y compris l’offre du gouvernement de tenir des pourparlers sans conditions préalables ». Afin que cette paix soit durable, elle devra reposer sur un consensus impliquant l’ensemble de la société. Pour la secrétaire générale adjointe « les femmes doivent participer pleinement au processus de paix et les droits humains de tous doivent être garantis ». Toby LANZER, Représentant de la MANUA a déclaré qu’il y a « une immense soif de paix » de la part des Afghans qui souhaitent mettre un terme à la violence.

La Haute représentante de l’UE, Federica MOGHERINI a souligné les efforts entrepris depuis la précédente conférence à Bruxelles et réitèré les engagements de l’UE en matières politique et financière dans le dessein de parvenir à une paix. En saluant « l’offre de paix courageuse » du président GHANI, la cheffe de la diplomatie de l’Union a déclaré : quelque chose de nouveau se passe en Afghanistan et nous nous en félicitons ».

Pourtant, depuis le début de l’année 2018, un record de victimes civiles a été enregistré. Les négociations directes annoncées portent ainsi l’espoir d’une paix en Afghanistan. Dans ce pays en crise ouverte depuis plusieurs dizaines d’années, 2019 marquant le 40ème anniversaire de l’invasion soviétique, la menace des Talibans, qui ne reconnaissent toujours pas la légitimité du gouvernement, se superpose à l’émergence de l’Etat islamique (province du Khorassan), renforcée par de nombreux combattants ayant fui la Syrie et l’Irak. Si l’élection présidentielle au printemps prochain promet d’être « la clé du succès des négociations de paix » pour le président afghan, la mise en œuvre des projets énoncés prendra au mininum cinq ans pour réintégrer les millions de personnes réfugiées et déplacées.

Méditerranée orientale : entre initiatives chypriotes et mises en garde turques

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Lundi 26 novembre, le gouvernement chypriote, par la voix de son ministre de l’Energie Georgios LAKKOTRYPIS, a annoncé que les multinationales Total et Eni avaient répondu à un appel d’offres concernant les réserves offshores de pétrole et de gaz situées au large de l’île de Chypre. Les géants français et italien pourront explorer le bloc 7, situé dans la zone économique exclusive déclarée par la République de Chypre. Nicosie espère devenir à terme un acteur énergétique majeur dans la région.

La Turquie s’oppose depuis des années à l’exploration de ces gisements gaziers récemment découverts et en réclame la suspension. Ankara, dont les troupes sont présentes dans le nord de l’île, sur le territoire de la République turque de Chypre du Nord, non reconnue par la communauté internationale, prône au préalable une solution politique pour l’île.

En réaction à l’annonce chypriote, mardi 27 novembre, devant des représentants du parti présidentiel AKP, Recep TAYYIP ERDOGAN a mis en garde Chypre et ses soutiens, déclarant que la Turquie « ne laissera pas agir ceux qui veulent établir une hégémonie économique et politique en Méditerranée ». Le discours du chef de l’Etat turc n’a pas épargné l’Union européenne et en particulier la Grèce : « le comportement irresponsable de la Grèce et de l’administration chypriote-grecque, qui reçoivent le soutien de certains pays européens, sont devenus source de menace et de danger, à commencer pour elles-mêmes ».

Dans la journée, le ministère des Affaires étrangères grec a répondu à ces « déclarations provocantes ». Dans un communiqué, Athènes déclare que « les provocations turques nuisent à la stabilité de la région à un moment crucial et démontrent les faibles arguments juridiques de la Turquie ». Le pays assure continuer « en collaboration avec ses alliés et partenaires, à défendre le droit international et ses propres droits inaliénables ». Enfin, le ministère des Affaires étrangères grec souligne que les autres pays de la région, « malgré leur différence (…), reconnaissent que l’énergie doit être un pont favorisant le dialogue et la coopération ».

Ces derniers mois, le président ERDOGAN ne cesse de multiplier les déclarations  concernant les gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale, dont il revendique une partie au profit de la Turquie et de la communauté turque chypriote, s’appuyant sur son interprétation de la délimitation des zones maritimes. L’Union européenne ne s’est plus prononcée sur ce sujet depuis le Conseil européen du 22 mars 2018, où elle demandait « d’urgence à la Turquie de respecter les droits souverains de Chypre d’explorer et d’exploiter ses ressources naturelles, conformément au droit de l’UE et au droit international ».

La conclusion d’un accord en novembre 2018 entre la Grèce, l’Italie, Chypre et Israël sur la pose future du plus long et plus profond au monde gazoduc, permettant à Chypre et Israël d’exporter leur gaz, pourrait envenimer davantage les relations d’Ankara avec ses voisins.

Tournée diplomatique pour le prince MBS

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Alors qu’il doit assister au sommet du G20 à Buenos Aires à la fin de la semaine, le prince héritier saoudien Mohamed BIN SALMANE (MBS) a entamé, jeudi 22 novembre, une tournée diplomatique à travers le monde arabe . Six pays figurent au programme de ce premier déplacement officiel depuis le début de l’affaire Jamal KHASHOGGI : Emirats arabes unis, Bahreïn, Egypte, Tunisie, Mauritanie et Algérie.

L’opinion publique du monde arabe est divisée sur cette tournée initiée par le prince. Reçu lundi par le président égyptien Abdel Fattah al-SISSI, le successeur désigné d’Abdulaziz Al Saud est attendu ce mardi 27 novembre à Tunis par le président Béji CAID ESSEBSI. L’annonce de cette visite a provoqué une vague de protestations au sein de la société civile tunisienne. MBS est critiqué pour son rôle supposé dans l’affaire Khashoggi et dans la guerre au Yémen et à propos des droits de l’homme bafoués dans le royaume wahhabite. Les slogans à l’encontre du prince se multiplient tandis qu’un collectif de blogueurs, d’activistes et de journalistes a organisé une manifestation lundi 26 novembre sur l’avenir Habib BOURGUIBA dans le centre de Tunis. Le Syndicat national des journalistes professionnels (SNJT), dans une lettre ouverte au Président de la république tunisienne, critique le positionnement de la diplomatie tunisienne au regard de la situation en Arabie saoudite, reprochant au ministère des Affaires étrangères de n’avoir que « timidement condamné » le meurtre du journaliste. Sous couvert d’une visite de courtoisie, version officielle avancée par les autorités tunisiennes, il s’agirait également d’une visite au motif financier. Tunis, qui connait une crise économique importante, aurait besoin de l’aide financière de Riyad.

Du côté algérien, la contestation, moins visible, divise la classe politique. Près de 1 900 personnes ont signé une pétition demandant l’annulation de cette visite. Le Maroc, quant à lui, ne figure plus dans la liste des pays visités, certains médias locaux évoquant un refus du roi Mohammed VI de recevoir MBS pour des « raisons d’agenda ». Cette non-rencontre illustre les tensions cachées entre les deux Etats et la lutte d’influence entre le gardien des Lieux Saints et le descendant direct du Prophète.

En vue de la réunion du G20 du 30 novembre au 1er décembre prochain, l’ONG Human Rights Watch a lancé une procédure contre MBS auprès d’un juge argentin pour le faire inculper à son arrivée dans la capitale argentine. Si la démarche pour « crimes de guerre et tortures » face aux actions de la coalition menée par l’Arabie saoudite au Yémen a peu de chance d’aboutir, l’image du prince modernisateur propagée par Mohamed BIN SALMANE est ternie.