Author: FMES

La 27ème Session Méditerranéenne des Hautes Etudes Stratégiques en voyage d’études à Athènes

Le thème d’études de cette session portant sur les phénomènes migratoires dans l’espace euro-méditerranéen, le voyage d’études annuel s’est donc déroulé du 4 au 9 avril à Athènes. Comme chacun sait la Grèce a été l’un des pays avec l’Italie qui a supporté en première ligne  le choc migratoire en 2015 et 2016. La situation s’est aujourd’hui améliorée compte tenu de l’accord avec la Turquie, mais elle reste complexe.

Ce voyage parfaitement préparé et organisé avec l’ambassade de France et, l’attaché de Défense en particulier, a permis aux auditeurs de mieux comprendre la réalité et les enjeux de cette question.

En contact direct avec les acteurs gérant ces flux migratoires jamais inégalés depuis la seconde guerre mondiale, les auditeurs ont pu avoir de nombreux échanges avec les services de l’ambassade, le Collège National de Défense, le commandement des Garde-côtes grecs, les autorités du ministère de l’immigration, et des professeurs / chercheurs experts ont apporté des éléments de réflexion importants. La réception présidée par l’ambassadeur a complété ce voyage en donnant une véritable reconnaissance à l’Institut FMES.

Il est enfin à noter que les auditeurs ont également pu apprécier les richesses culturelles de cette cité, berceau de la démocratie et de nos valeurs, dans une ambiance conviviale porteuse d’une véritable cohésion.

 

Séminaire parisien pour la 2ème session nationale « Enjeux et stratégies maritimes »

Après les ports de Brest, Lorient, Marseille et Toulon avec un passage à Bruxelles pour étudier les problématiques maritimes européennes, la 2ème session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » a fait escale à Paris les 10 et 11 mars derniers. Bien que loin de la mer, la capitale française est en effet le haut lieu de la gouvernance de la politique et des stratégies maritimes françaises.

Les auditeurs ont ainsi bénéficié d’interventions du secrétariat général de la Mer et des représentants de tous les acteurs de l’action de l’Etat en mer, souvent appelés la « bande des quatre », les Affaires Maritimes, les Douanes, la Marine et la Gendarmerie Maritime, avec lesquels ils ont pu avoir des débats très instructifs.

Débat sur l’outre-mer autour du vice-amiral d’escadre Hervé de Bonnaventure, directeur adjoint de la DGRIS et de Charles Giusti, directeur général adjoint des outre-mer

Trois grands thèmes avec des enjeux stratégiques majeurs ont également été étudiés : le droit de la mer avec ses sujets d’actualité concernant la mer de Chine méridionale et la polémique de Tromelin ; l’outre-mer et le défi du développement de son économie maritime ; et enfin l’énergie offshore avec le débat toujours très animé autour du mix énergétique et des perspectives de développement relatives aux énergies fossiles et aux énergies marines renouvelables (EMR).

Ont ainsi participé aux réflexions des auditeurs de grands directeurs des ministères de la Défense, de l’Outre-mer et des Affaires étrangères, mais aussi des universitaires et des chercheurs (IFPEN, université de Bordeaux, école centrale de Nantes) et des présidents ou vice-présidents de grandes entreprises (CGG, Subsea7). Le discours franc des intervenants lors des débats a été très apprécié par les auditeurs qui ont pu s’appuyer sur l’expertise fine dont ils disposent, chacun dans leur domaine.

La présence chinoise en Afrique, par Alain ANTIL

Alain ANTIL, chercheur, responsable du programme Afrique Subsaharienne de l’IFRI. Il enseigne à l’Institut d’Etudes Politiques de Lille et à l’Institut Supérieur Technique Outre-Mer (ISTOM).

 

Compte rendu de la conférence réalisée par Alain ANTIL le 9 février 2017 pour l’Institut FMES

L’Afrique, un continent en pleine évolution

L’Afrique est en pleine croissance démographique. En effet, en 60 ans (de 1950 à 2010), la population a été multipliée par cinq. Cependant, cette croissance cache de nombreuses disparités avec des taux de fécondité hétérogènes. Certains pays d’Afrique sont très en avance avec des taux de fécondité inférieurs aux seuils de renouvellement, tandis que d’autres ont un taux très élevé. Par exemple, le Niger a un indice de fécondité le plus important avec 7,6 enfants par femme. En 2050, les démographes prévoient 2 milliards d’habitants. En d’autres termes cela veut dire qu’en un siècle, la population sera multipliée par 10. L’urbanisation progresse encore plus rapidement également : en 1950, seule 5 % de la population était urbanisée, actuellement l’urbanisation est de l’ordre de 35%. En 2050, le taux sera compris vraisemblablement entre 50 et 60%… Cliquez ici pour lire la suite

Les perspectives d’évolution des relations russo-turques, par Ana Pouvreau

Ana Pouvreau – Spécialiste des mondes russe et turc. Écrivain et chercheur en sciences politiques, docteur ès lettres de l’Université de Paris IV-Sorbonne et diplômée de Boston University en relations internationales et études stratégiques, elle est l’auteure de plusieurs ouvrages de géostratégie.

 

Les perspectives d’évolution des relations russo-turques dans le nouvel environnement géostratégique – Revue Défense nationale – N°798 – mars 2017

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Les relations entre la Russie et la Turquie, qui étaient en voie de détérioration rapide depuis la destruction d’un avion Sukhoi, par l’armée de l’air turque en novembre 2015, à la frontière turco-syrienne, ont connu un revirement inattendu après la tentative de putsch en Turquie du 15 juillet 2016[1]. En dépit de visions stratégiques antagonistes qui, à première vue, paraissaient irréconciliables, notamment sur le conflit syrien[2], les deux puissances poursuivent à nouveau, avec une nouvelle vigueur, le rapprochement qu’elles avaient progressivement amorcé dès la fin de l’Union soviétique en 1991[3]… Lire la suite

 

[1] Le bilan officiel révisé est de 290 morts. Il y eut 1500 blessés. Les purges qui s’ensuivirent donnèrent lieu à la suspension de près de 100 000 fonctionnaires. Près de 60 000 (dont plus de 9300 policiers) ont été limogés. A ce jour, près de 40 000 personnes sont toujours détenues.

[2] Ana POUVREAU: « Les relations entre la Russie et la Turquie à l’épreuve du conflit en Syrie », Revue Défense Nationale, Tribune N°716, 3 décembre 2015. Outre les divergences sur la Syrie, des sujets tels que la reconnaissance du génocide arménien, la situation dans l’enclave du Nagorno-Karabakh ou bien celle des Tatars de Crimée après l’annexion de la péninsule par la Russie en mars 2014, constituent autant de pierres d’achoppement entre la Russie et la Turquie.

[3] La Russie est devenue le premier partenaire commercial de la Turquie à partir de 2008

 

 

 

Pour

La 2ème session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » à Marseille et Toulon

Transports et routes maritimes, marine marchande, technologies et industries navales, assurances maritimes… autant de grands thèmes de l’économie maritime ayant conduit les auditeurs de la 2ème session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » de l’IHEDN à se déplacer à Marseille et à Toulon.

Chez CMA CGM, outre les explications sur les grands enjeux du transport et de l’économie maritime, le « Fleet centre » a permis aux auditeurs de percevoir la dimension stratégique et la précision de la gestion en temps réel des navires du 3e armateur mondial.

Sur le site flambant neuf de DCNS à Ollioules, les débats ont porté sur le positionnement stratégique d’un grand acteur régalien face à la concurrence internationale et aux ruptures possibles en matière de R&T navales.

Puis, le tout nouveau centre de réalité virtuelle a plongé les auditeurs dans le « central opération » d’un sous-marin de dernière génération.

Enfin, après un exposé à la mairie de Toulon sur les grands projets maritimes de TPM, la visite de la rade a permis aux auditeurs de se rendre sur le chantier d’IMS et sur le site d’Orange Marine à La Seyne. Ils ont ainsi découvert les grandes potentialités en terme d’économie et d’emplois offerts par la grande plaisance à la communauté d’agglomérations et les enjeux stratégiques et techniques de l’industrie du câble sous-marin n’ont désormais plus de secret pour eux.

Accueil au salon Clémenceau par Madame Geneviève Lévy, première adjointe d’Hubert Falco, maire de Toulon, avant l’exposé de Robert Cavanna, président de la Commission Ports, Mer et Littoral du départemental du Var

Les auditeurs devant les Yachts en carénage chez IMS après la présentation de son directeur, Denis Pellégrino.

Visite des installations d’Orange Marine avec le directeur du site, Frédéric Exertier.

Les auditeurs de la 2ème session nationale « enjeux et stratégies maritimes » au cœur de l’Union européenne

Les auditeurs de la 2ème session nationale « enjeux et stratégies maritimes » se sont rendus à Bruxelles les 6 et 7 janvier 2017 avec pour objectif d’appréhender les grands enjeux maritimes auxquels est confrontée l’Union européenne (UE) ainsi que les politiques et les stratégies qu’elle met en œuvre pour y faire face.

Dans ce cadre, la session a été reçue au Parlement européen où, après une présentation du fonctionnement des institutions, les conférences et les débats ont en particulier porté sur la politique européenne de la pêche et la planification des espaces maritimes européens.

Les auditeurs furent ensuite accueillis à la représentation permanente de la France auprès de l’UE pour réfléchir sur les nouvelles menaces sécuritaires en mer (terrorisme, piraterie, pêche illicite, trafic d’êtres humains, etc.) ainsi que sur les actions concrètes menées par l’UE : politique maritime intégrée, stratégie de sûreté maritime – dont les opérations Atalanta et Sophia -, relations avec l’OTAN.

La 2ème session nationale « enjeux et stratégies maritimes » de l’IHEDN au parlement européen de Bruxelles.

L’ambassadeur Nicolas SURAN, représentant permanent de la France auprès du comité politique et de sécurité de l’Union européenne (COPS) ainsi que le vice-amiral d’escadre Charles-Edouard DE CORIOLIS, représentant militaire français auprès du Comité militaire de l’Union européenne et de l’OTAN ont activement participé à ces réflexions.

Charles de MARCILLY, représentant de la Fondation Schumann à Bruxelles, a quant à lui animé un dîner-débat très convivial au cours duquel les auditeurs ont échangé librement avec lui sur la gouvernance et l’avenir de l’Union européenne dans les domaines politiques, économiques et monétaires ; le Brexit a évidemment été au cœur des réflexions. Les auditeurs ont enfin pu poursuivre leurs travaux de comité.

Entrée en vigueur du code Polaire

Le Remorqueur de Haute Mer (RHM) Tenace (A669) passe devant un iceberg durant la mission Grand Nord 2014. Mer de Barents, le 10 septembre 2014.

Le Code polaire est effectif depuis le 1er janvier 2017.

L’application de ce Code international est rendue obligatoire par l’entrée en vigueur des amendements de la Solas et de la Marpol au 1er janvier 2017 et de ceux de la STCW à venir en juillet 2018.

Monsieur Hervé BAUDU, Professeur en Chef de l’Enseignement maritime et Membre de l’Académie de marine nous présente un résumé des objectifs de cette réglementation qui concerne tous les navires exploités dans les zones polaires :

Cliquez ici pour lire l’article

L’Administration a également anticipé l’entrée en vigueur du Code polaire en publiant dès le 19 décembre dernier au JO l’arrêté relatif à la délivrance des titres requis pour le service à bord des navires exploités dans les eaux polaires.

Pour consulter l’arrêté, cliquez ici.

Les guerres de la Turquie, par Ana Pouvreau

Spécialiste des mondes russe et turc, consultante en géopolitique, Ana Pouvreau est docteur ès lettres de l’Université de Paris IV-Sorbonne et diplômée de Boston University en relations internationales et études stratégiques, elle est l’auteure de plusieurs ouvrages de géostratégie.

 

Les guerres de la Turquie

L’état d’urgence, instauré en Turquie pour une durée de trois mois à la suite de la tentative de coup d’État militaire du 15 juillet 2016 (près de 250 morts et 1 500 blessés), a été prolongé pour 13 semaines supplémentaires – sans surprise – le 19 octobre 2016, permettant ainsi au président Recep Tayyip Erdogan de maintenir sous contrôle, « au nom de la démocratie », un pays et une société en guerre sur plusieurs fronts. Cette situation d’exception, bien différente de l’état d’urgence en France, confère au Président et au Conseil des ministres des pouvoirs très étendus, accélérant ainsi une concentration des pouvoirs voulue par le président turc. En ce qui concerne la procédure législative, le Conseil des ministres gouverne désormais par décrets-lois[1] (déjà au nombre de 8), utilisés pour purger l’appareil d’État de ses éléments jugés subversifs. Les forces de sécurité peuvent mener des perquisitions sans mandat. En province, les pouvoirs des 81 gouverneurs ont été renforcés de manière à resserrer le maillage sur l’ensemble du territoire national (couvre-feu ; interdictions de rallyes, meetings et manifestations, etc.). 28 mairies ont été placées sous la tutelle de l’État. L’annonce de la suspension provisoire de l’application de la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH) en juillet 2016 et les discussions autour d’un possible rétablissement de la peine de mort – abolie en 2004, en vue de la candidature d’adhésion d’Ankara à l’Union européenne – ont suscité de vives inquiétudes dans le pays et au sein de la communauté internationale.

La guerre intérieure contre le gülenisme

Au plan intérieur, le président turc s’est engagé dans une guerre sans merci contre les partisans réels ou supposés du gülenisme, idéologie défendue par l’imam Fethullah Gülen par le biais du mouvement Hizmet (« Service »)[2]. Gülen, dont l’activisme, par le biais de ses réseaux, a pourtant joué un rôle primordial pour faciliter l’accession au pouvoir du président Erdogan en 2002, est accusé d’avoir fomenté le putsch. Malgré les demandes d’extradition formulées avec insistance par la Turquie auprès des États-Unis, celui-ci poursuit son exil américain. Depuis le 15 juillet 2016, au moins 40 000 personnes ont été placées en détention. Parmi les fonctionnaires, près de 100 000 ont été suspendus et près de 60 000[3] (dont plus de 9 300 policiers), ont été limogés, lors de purges visant à épurer l’appareil d’État d’éléments jugés nuisibles. 11 500 enseignants du primaire et du secondaire ont été limogés. Au niveau universitaire, les purges ont frappé 2 300 enseignants et doyens d’université. Tandis que l’on enregistre, en ce qui concerne les journalistes, 800 retraits d’accréditation, 2 500 limogeages et une centaine d’incarcérations. 47 quotidiens, 15 magazines, 18 stations TV, 23 stations de radio, 29 maisons d’édition et 3 agences de presse ont été fermés par le gouvernement.

Dans les forces armées, 4 600 militaires ont été limogés. 13 000 ont été arrêtés. Une centaine d’officiers généraux en activité ont été incarcérés, amputant ainsi d’un tiers la haute hiérarchie militaire, dans une volonté d’éliminer, selon le Président, « les virus présents au sein des forces armées » et d’éviter « les métastases » que représenterait « le cancer du gülenisme »[4]. A noter également le rapatriement, suivi de l’arrestation et de la mise en détention de 149 militaires turcs qui étaient en poste à l’OTAN dans plusieurs pays alliés[5].

La guerre contre l’Etat profond

Opérant un virage inattendu, le pouvoir islamiste et les ultranationalistes du Parti d’action nationaliste (Milliyetçi Hareket Partisi, MHP)[6] ont récemment noué une alliance de circonstance, dans un effort commun de refonte de la Constitution qui renforcerait les pouvoirs du Président de la République.

Mais la lutte entamée, par le président Erdogan et ses partisans du Parti de la justice et du développement (Adalet ve Kalkınma Partisi, AKP), continue contre les structures parallèles réelles ou imaginaires de « l’État profond » (Derin devlet). Ce supposé « État dans l’État » serait constitué par des forces kémalistes et ultranationalistes clandestines, des membres des forces de sécurité et des services de renseignement en collusion avec des groupes criminels. Son essor aurait été favorisé par la guerre froide et par les besoins de la lutte contre l’expansion du communisme. Encouragé dès 2002, par l’UE à s’engager tous azimuts dans la démocratisation du pays, Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre, s’est depuis lors attaché à démilitariser la société turque et à mettre fin à la prééminence de l’institution militaire sur le pouvoir civil, prééminence qu’avait voulue Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la République de Turquie (1923). A partir de 2007, au fil de procès spectaculaires (dans le cadre des affaires « Ergenekon » et « Masse de forgeron ») et de vagues d’arrestations massives, visant la vieille garde kémaliste, au sommet des forces armées, systématiquement suspectée de fomenter des putschs contre le pouvoir islamiste, le pouvoir s’est assuré que les militaires ne seraient plus jamais en mesure d’organiser de coups d’État en réaction à une islamisation du pouvoir et de la société (en 1960, 1971, 1980 et 1997, la Turquie fit l’expérience de quatre coups d’État). Ces développements préfiguraient ainsi les purges récentes.

Dès 1923, Atatürk confia à l’armée, sortie victorieuse de la guerre de libération (Kurtuluş Savaşı, 1919-1922), le rôle de défendre le pays contre tout péril intérieur ou extérieur. Cette exhortation est gravée dans le marbre du hall du monumental Mausolée d’Atatürk à Ankara. Forte de ce legs moral et jusqu’en 2013, l’armée s’appuyait dans son action, sur l’article 35 de son Code de service interne qui stipulait que : « Le devoir des forces armées turques consiste à protéger et à surveiller la mère patrie et la République turques, comme énoncé dans la Constitution ». L’article 35, principale base légale permettant à l’armée d’intervenir en cas de menace intérieure pour la République, constituait donc un obstacle constitutionnel de taille pour l’AKP au pouvoir. Qu’à cela ne tienne : en juillet 2013, le gouvernement a fait adopter par le parlement un amendement constitutionnel visant à réécrire l’article 35. Dans la nouvelle version, le rôle des forces armées se limite désormais à protéger la patrie uniquement de menaces extérieures[7], rendant anticonstitutionnelle toute tentative de coup d’État au nom d’un péril d’origine intérieure.

La triple guerre contre le PKK, les YPG et l’Etat islamique

Accusée de complaisance vis-à-vis de l’État islamique (EI), la Turquie s’est engagée plus activement dans la lutte menée par la coalition contre l’EI, constituée en 2014 sous l’égide des États-Unis, en mettant à disposition des forces américaines la base aérienne turque d’Incirlik, dans le sud du pays, à partir de juillet 2015, pour frapper plus efficacement des objectifs de l’EI.

Parallèlement, le processus de paix qui avait été amorcé par le gouvernement AKP vis-à-vis des Kurdes depuis 2012, en vue de mettre un terme à une guerre atroce s’étendant sur plusieurs décennies (plus de 40 000 morts depuis 1984), a volé en éclats avec l’attentat de Suruç (juillet 2015), à la frontière turco-syrienne. L’attaque terroriste avait fait 32 morts et une centaine de blessés parmi de jeunes Kurdes qui s’apprêtaient à aller reconstruire Kobane. On ne sut jamais qui avaient été les commanditaires et un flou continue de persister.

Depuis cette date-charnière, la Turquie s’est engagée avec détermination à éviter par tous les moyens la mise en place d’une région autonome kurde dans le nord de la Syrie et tente d’empêcher la montée en puissance des forces combattantes kurdes de Syrie, les Unités de protection du peuple (YPG), branche armée du Parti de l’union démocratique (PYD), parti affilié au PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) Le rôle des YPG dans la lutte contre l’EI en Syrie est crucial. Les Turcs ont tenté de bloquer la participation de ces milices à la prise de villes-clés aux mains de l’EI en Syrie.

La situation est particulièrement complexe attendu que les États-Unis soutiennent les combattants de l’Armée syrienne libre (ASL), appuyés par Ankara dans le cadre de l’opération «Bouclier de l’Euphrate»[8], tandis que la CIA apporte son soutien aux miliciens kurdes de l’YPG[9].

Le 20 octobre 2016, l’armée turque a annoncé avoir tué entre 160 et 200 miliciens kurdes dans un bombardement dans le nord de la Syrie[10]. L’alliance de l’AKP au pouvoir avec les ultranationalistes du parti d’extrême-droite MHP, foncièrement anti kurdes, a achevé d’enflammer la situation. Le gouvernement est désormais soupçonné d’utiliser en Syrie des miliciens issus des « Loups gris » du MHP alliés aux rebelles turkmènes syriens[11].

Au nord de l’Irak, la situation est encore plus complexe[12]. La Turquie y défend les Arabes sunnites ainsi que la minorité turkmène d’Irak, également sunnite. En ce qui concerne les Kurdes, elle apporte un soutien politique, militaire et économique au Gouvernement régional du Kurdistan (KRG) en accord avec le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) dirigé par Massoud Barzani, actuel président du Kurdistan irakien, en échange d’un soutien dans la lutte contre le PKK. En effet, l’armée de l’air turque mène régulièrement des frappes aériennes contre le PKK au nord de l’Irak. En représailles, le PKK attaque les forces de sécurité, partout où l’occasion se présente dans le sud-est de la Turquie en particulier.

Par ailleurs, la Turquie, qui est présente militairement au nord-est de Mossoul (Bashika), apporte son soutien – notamment en matière d’entraînement des forces – aux Gardes régionaux kurdes d’Irak, les Pechmergas, dans la lutte contre l’EI[13] et s’est déclarée en faveur de livraisons d’armes par les États-Unis à leur profit, ce qu’elle a toujours refusé pour ce qui concerne les combattants kurdes de Syrie. L’ensemble de ces éléments complexifient la situation et renforcent les tensions entre la Turquie et l’Irak. La bataille de Mossoul, déclenchée le 17 octobre 2016, pour reconquérir la ville tombée aux mains de l’EI en juin 2014, illustre bien les divergences d’intérêts entre les protagonistes, derrière l’affichage d’une unanimité dans la lutte face à l’EI[14]. Le gouvernement irakien a exprimé son opposition à la participation de la Turquie à cette offensive.

En conclusion, la Turquie, actuellement en lutte sur de multiples fronts, demeure animée d’une volonté de montée en puissance et poursuit toujours son objectif de devenir une grande puissance mondiale, selon le souhait du président Erdogan, dans le nouvel ordre global, qui résultera du dénouement des luttes actuelles. Il est peu probable, cependant, que l’état final obtenu corresponde aux souhaits que formule l’UE depuis l’arrivée au pouvoir de l’AKP en 2002.

 

[1] Anne Andlauer : « Turquie : le «contre-coup d’État» s’intensifie », Le Figaro, 16 septembre 2016 (le figaro.fr).

[2] Prédicateur sunnite charismatique, Gülen a créé des centaines d’établissements scolaires et un réseau d’entreprises prospères dans différents secteurs en Turquie et dans de nombreux pays, dont l’Allemagne et la France. Le gülenisme se présente comme un mouvement progressiste mettant l’accent sur l’importance du progrès scientifique et sur la nécessité de construire des passerelles entre l’islam et les autres confessions.

[3] Hilal Koylu: “Turkey’s state of emergency enters new phase”, Die Welt, 20 octobre 2016 (welt.de).

[4] Abdi Sheikh: “Turkey’s anti-Gulen crackdown ripples far and wide”, Reuters, 30 juillet 2016. (reuters.com)

[5]Turkey fires NATO military envoys after failed coup: Report”, Hürriyet Daily News, 12 octobre 2016 (hurriyetdailynews.com).

[6] “AKP, MHP leaders discuss new charter, presidential bid”, Hürriyet Daily News, 17 octobre 2016 (hurriyetdailynews.com).

[7] Hürriyet Daily News, 14 juillet 2013 (hurriyetdailynews.com).

[8] En août 2016, la Turquie a lancé l’opération “Bouclier de l’Euphrate” dans le nord de la Syrie officiellement pour aider les combattants de l’Armée Syrienne Libre à conquérir des territoires aux mains de l’EI à la frontière turco-syrienne.

[9] Delphine Minoui : « Le chef du Pentagone à Ankara pour débattre de la Syrie », Le Figaro, 21 octobre 2016 (http://premium.lefigaro.fr).

[10] “Turkish jet strikes PYD in Syria, ‘up to 200 killed’”, Hürriyet Daily News, 20 octobre 2016. (hurriyetdailynews.com)

[11] En novembre 2015, ce sont des combattants turkmènes de Syrie qui capturèrent un pilote russe qui s’était éjecté de son appareil Soukhoï Su-24 détruit par deux F-16 turcs non loin de la frontière turco-syrienne. Alparslan Celik, fils d’un haut responsable du MHP, qui combat depuis 2014 aux côtés des rebelles turkmènes, a été accusé d’avoir abattu le pilote.

[12] Krzysztof Strachota: “Iraq- A new front for Turkey?”, Center for Eastern Studies (OSW), 9 décembre 2015 (osw.waw.pl).

[13] “Turkish military reveals peshmerga training details”, Anadolu Agency, 4 décembre 2015, (aa.com.tr).

[14] Zalmay Khalilzad: “Are Turkey and Iraq headed for war in Mosul?”, The National Interest, 20 octobre 2016 (nationalinterest.org).