Author: FMES

Les Etats-Unis étendent les limitations d’accès à leur territoire à la Corée du Nord, au Tchad et au Venezuela

Dans une déclaration datée du 24 septembre 2017, le président Donald Trump a annoncé l’extension des mesures visant à lutter contre l’entrée sur le territoire des Etats-Unis de « terroristes ou autres personnes menaçant la sécurité publique ». Les nouveaux pays visés sont la Corée du Nord, le Tchad et le Venezuela, le Soudan étant retiré de la liste initiale. Cette décision, qui répond à l’actualité, gomme le caractère antimusulman reproché au « travel ban »

Faisant suite à un premier Executive Order annulé par la justice, l’Executive Order 13780 du 6 mars 2017 avait pour objet de déterminer l’ensemble des informations qui devaient être exigées des autres Etats pour permettre à leurs ressortissants d’accéder au territoire des Etats-Unis. Dans un premier rapport remis le 9 juillet, le Department of Homeland Security (DHS) avait ainsi identifié quarante-sept pays qui ne répondaient pas aux critères fixés en termes de garanties sur la réalité de l’identité des personnes ou de leurs liens avec le terrorisme, ou simplement étaient identifiés comme soutenant le terrorisme ou hébergeant des terroristes.

Le 15 septembre, le DHS a proposé de restreindre ou interdire l’accès au territoire des Etats-Unis des ressortissants de la Corée du Nord, de l’Iran, de la Libye, de la Syrie, du Tchad, du Venezuela et du Yémen. Malgré la bonne volonté du gouvernement somalien pour communiquer les informations requises, la déficience des institutions et la présence de terroristes sur son territoire a conduit le Président des Etats-Unis à ajouter ce pays à la liste.

La déclaration du 24 septembre détaille, pays par pays, les motivations ayant conduit à restreindre l’accès de leurs ressortissants. Si Donald Trump souligne que la Libye, le Tchad et le Yémen sont des partenaires dans la lutte contre le terrorisme, il ferme totalement la porte des Etats-Unis aux ressortissants iraniens (à l’exception des visas déjà accordés aux étudiants), nord-coréens ou syriens. Le Venezuela n’est visé qu’au travers des membres de certaines de ses agences gouvernementales.

Alors que l’Irak ne répond pas entièrement aux critères déterminés par le DHS, les liens étroits qui existent entre les Etats-Unis et le « gouvernement démocratiquement élu d’Irak » comme la forme présence diplomatique et militaire américaine en Irak ont conduit Donald Trump à ne pas interdire l’accès de ses ressortissants, qui seront toutefois soumis à un contrôle plus poussé.

Le Soudan, identifié depuis 1993 par les Etats-Unis comme un Etat soutenant le terrorisme, aux côtés de l’Iran et de la Syrie, a été retiré de la liste des Etats faisant l’objet de restrictions de déplacement de ses ressortissants. Les efforts manifestes du gouvernement soudanais pour lutter contre le terrorisme et répondre aux exigences des Etats-Unis sont mis en avant pour expliquer cette décision.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la Stratégie.

La déclaration du 24 septembre 2017 ⇒

L’Executive Order 13780 ⇒

La France parle au nom des citoyens du monde

Sans surprise, le discours du Président de la République devant la 72ème session de l’Assemblée générale, dans son ton et dans sa forme, a été en totale opposition avec celui tenu par Donald Trump quelques minutes plus tôt. Alors que le Président américain débutait par un satisfecit de son action personnelle (« fortunately, the United States has done very well since Election Day last November 8th »), Emmanuel Macron a rappelé que « le devoir de la France est de parler pour ceux qu’on n’entend pas », Bana, citoyenne d’Alep, Ousmane, Kouamé, jeté sur les routes du désespoir et Jules, son compatriote vivant sur l’île de Saint-Martin. La couverture de la journée par les Nations Unies souligne cette opposition.

Si la lutte contre le terrorisme est une priorité partagée par les deux Présidents, les moyens à y consacrer diffèrent notablement. Emmanuel Macron a insisté sur l’importance d’une véritable politique de développement et a donné rendez-vous en février 2018 à Dakar pour la reconstitution du partenariat mondial pour l’éducation que la France coprésidera avec le Sénégal, « parce que c’est par l’éducation que nous gagnerons cette bataille contre l’obscurantisme ». Donald Trump a lui rappelé que son gouvernement allait dépenser quelques 700 milliards de dollars dans le budget de la Défense.

L’évocation des zones de crise a également donné l’occasion d’opposer deux visions. Donald Trump a dressé un long réquisitoire très agressif envers la Corée du nord (« depraved regime », « band of criminals », « we will have no choice but to totally destroy North Korea »), l’Iran (« a corrupt dictatorship », « economically depleted rogue state »), et le Venezuela (« socialist dictatorship », « corrupt regime »). Prônant une solution « politique, et non militaire » pour la Syrie, Emmanuel Macron a refusé « toute escalade » en Corée du nord, qui doit être « ramenée par la fermeté à la table des négociations ». Il a également défendu l’accord nucléaire du 14 juillet 2015 avec l’Iran, qualifié de « solide, robuste et vérifiable ». Répondant indirectement aux menaces du Président américain (« that deal is an embarrassment to the United States, and I don’t think you’ve heard the last of it — believe me »), le Président a qualifié de « lourde erreur » une éventuelle dénonciation.

Sur l’Accord de Paris, enfin, l’intervention du Président français est sans équivoque : « cet accord ne sera pas renégocié, il nous lie, il nous rassemble, le détricoter serait détruire un pacte qui n’est pas seulement entre les Etats mais aussi entre les générations. »

Emmanuel Macron : « et oui, lorsque je vous parle de Bana, d’Ousmane, de Kouamé ou de Jules je parle de mes concitoyens, je parle de vos concitoyens et de chacun d’entre eux car nos intérêts, notre sécurité ce sont aussi les leurs ! »

Donald Trump : « as President of the United States, I will always put America first, just like you, as the leaders of your countries will always, and should always, put your countries first. I will defend America’s interests above all else. »

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la Stratégie.

Le discours du Secrétaire général des Nations Unies ⇒

Le discours d’Emmanuel Macron ⇒

Le discours de Donald Trump ⇒

72ème session de l’Assemblé générale des Nations Unies, « la France à l’initiative ».

La conférence de presse du ministre de l’Europe et des affaires étrangères a permis à Jean-Yves Le Drian de présenter dès le 18 septembre les priorités de la France, qui seront développées par le Président de la République lors de son intervention (Emmanuel Macron interviendra ce matin, heure de Washington, peu de temps après le discours très attendu de Donal Trump).

Le ministre français s’est inquiété de la multiplication des crises et de la « dégradation préoccupante de l’environnement international ». Revenant plus particulièrement sur les crises qui ont entraîné une intervention des forces armées françaises, Jean-Yves Le Drian est tout d’abord revenu sur le conflit au Levant, où « Daech sera [bientôt] privé de son emprise territoriale ». Il a rappelé l’investissement personnel du Président français dans la résolution de la crise libyenne et la recherche d’une « solution politique inclusive ». Concernant le Sahel, le ministre, tout en mettant en avant les nombreuses initiatives françaises, dont l’Alliance pour le Sahel lancée en juillet, a rappelé que « le terrorisme représente toujours une menace » et s’est félicité de l’adoption de la dernière résolution du Conseil des Nations Unies. Enfin, Jean-Yves Le Drian a fait part de sa préoccupation concernant le retour des violences en République Centrafricaine, tout en confirmant durant la séance de questions que « le retour d’une opération française n’est pas à l’ordre du jour ». Le ministre a conclu sa revue des crises secouant la planète par quelques mots sur la « tragédie que vivent les Rohingyas ».

Le thème de la non-prolifération a permis au ministre de cautionner la position française relative au Traité d’interdiction des armes nucléaires, dénonçant « la politique de l’incantation [qui] confine à l’irresponsabilité ». Jean-Yves Le Drian a également confirmé que le plan d’action conclu le 14 juillet 2015 (JCPOA – Joint Comprehensive Plan of Action) était, du point de vue français, mis en œuvre et qu’aucun acte ne permettait de penser le contraire. Il a confirmé qu’il était essentiel de le maintenir « pour éviter des spirales de prolifération », dénonçant la responsabilité des Etats-Unis si l’administration américaine se retirait du JCPOA (« nous essaierons de convaincre le Président Trump de la pertinence de ce choix »). Evoquant à nouveau le Président Trump suite à une question d’un journaliste français, le ministre, à propos de la Corée du Nord et des récents essais nucléaires et balistiques, a répondu qu’amener la Corée du Nord à la table des négociations était « la seule démarche possible », rejetant toute « action militaire significative », se référant à la dernière démonstration de force de l’U.S. Air Force.

Alors que la France ne s’était pas encore exprimée officiellement sur le référendum kurde, Jean-Yves Le Drian a insisté sur le respect de l’intégralité territoriale de l’Irak, qualifiant le référendum du 25 septembre d’ « initiative inopportune ».

La crise ukrainienne n’a pas été évoquée ni fait l’objet de questions.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la Stratégie

Vers le site du ministère de l’Europe et des affaires étrangères ⇒

Le référendum du 25 septembre, un test pour l’unité de l’Irak

Massoud Barzani, Président du Gouvernement régional du Kurdistan irakien, a annoncé dimanche le maintien du référendum sur l’indépendance qui doit se dérouler le 25 septembre 2017 : « le processus du référendum est maintenu, les propositions présentées [par la communauté internationale] n’apportant pas les garanties nécessaires qui pourraient satisfaire et convaincre notre peuple ».

Alors que la Maison Blanche, par un communiqué du 15 septembre 2017, affirmait ne pas soutenir l’initiative kurde et demandait à Massoud Barzani d’annuler ce référendum et de reprendre les négociations avec le pouvoir central irakien, celui-ci a répondu par la voix de son représentant officiel aux Etats-Unis, expliquant que « notre nation, comme les Etats-Unis et toute autre nation dans le monde, réclame la liberté, la démocratie et l’indépendance ». Le Secrétaire général des Nations Unies s’est lui-même prononcé le 17 septembre contre la tenue de ce référendum, décidé unilatéralement à un moment où la priorité reste la reconstruction de l’Irak.

Le Président turc Recep Erdoğan, qui était initialement un soutien de Massoud Barzani, a récemment adopté un ton menaçant. Le Conseil national de sécurité prévu le 27 septembre a été avancé au 22 septembre, la question du référendum kurde y sera examinée et des « décisions seront prises ». Lors d’un entretien avec The Associated Press, le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a également menacé de recourir à la force si la tenue du référendum engendrait des violences dans le nord du pays. Le risque de débordement est grand dans le gouvernorat de Kirkouk, dominé par les Kurdes mais où les Arabes, minoritaires, s’inquiètent de leur avenir alors que ce gouvernorat, riche en ressources pétrolières, ne relève pas du Gouvernement régional.

Les quelques 30 à 40 millions de Kurdes se répartissent entre la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. Si les premiers rêves d’indépendance datent de plus d’un siècle, ce sont les conséquences indirectes de l’invasion du Koweït en 1990 qui ont permis de concrétiser cette volonté en Irak, l’autonomie de la Région étant reconnue par la constitution irakienne adoptée le 15 octobre 2005.

L’instauration du Califat de l’Etat islamique en Irak et au Levant a donné l’occasion aux Kurdes d’occuper par leurs faits d’armes la Une des médias internationaux, que ce soit en Irak lorsque les Peshmergas ont été confrontés aux forces de Daech dans la région du mont Sinjar ou lorsque les Kurdes des « Unités de protection du peuple » ont résisté victorieusement et sauvé la ville de Kobané, à la frontière turco-syrienne. Ce sont ces mêmes combattants, bénéficiant d’une aide militaire occidentale décisive, qui constituent l’ossature des « Forces démocratiques syriennes » qui progressent sur la rive gauche de l’Euphrate après avoir repris les villes de Manbij puis de Raqqa.

L’article premier de la charte des Nations Unies stipule que les relations amicales entre les nations sont fondées sur « le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes ».

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la Statégie

Cycle de conférences de l’Institut FMES 2017/2018

Vous trouverez ci-après les conférences de l’Institut FMES pour l’année 2017/2018. Elles se dérouleront dans l’amphithéâtre de la maison du Numérique et de l’Innovation à Toulon.

Samedi 14 octobre 2017 à 11h00
La crise au Moyen-Orient – Mustapha Benchenane

Jeudi 16 novembre 2017 à 18h30
Le terrorisme  – les causes de la radicalisation – Jean-Charles Jauffret

Jeudi 14 décembre 2017  à 18h30
L’Union Européenne et la gestion des crises – Réprésentant du Service européen pour l’action extérieure

Jeudi 25  janvier 2018 à 18h30
Les nouvelles routes de la soie – Hugues Eudeline

Jeudi 22 février 2018 à 18h30
Le défi migratoire – Pierre Henry

Jeudi 15 mars 2018 à 18h30
L’approche française de la cyber-sécurité – Représentant du ministère des Armées

Jeudi 19 avril 2018 à 18h30
Les conflits gelés en Europe – Vice-amiral (2s) Alain Christienne

Jeudi 24 mai 2018 à 18h30
L’Iran et le Levant : continuité, ruptures entre le régime impérial et la république islamique – Clément Therme

Samedi 16 juin 2018 à 11h00
Mondialisation des conflits et des crises – Représentant du ministère des Armées

L’Union européenne, l’attrait du large et de la (re)conquête ?

Le discours sur l’état de l’Union 2017, prononcé par Jean-Claude Junker, Président de la commission européenne, est marqué par son dynamisme et son optimisme et fait référence à un vocabulaire maritime qui raisonne agréablement à l’oreille d’un marin, du « vent en poupe » à « tenir le cap » en passant par « hissons les voiles » et « larguons les amarres ». Fait remarquable, Jean-Claude Junker reprend en partie la devise de notre République, « liberté », « égalité », la fraternité étant malheureusement pour notre ego remplacée par la « force du droit ».

Les indicateurs économiques nourrissent l’optimisme du Président de la commission, qui évoque un taux de croissance de 2,2 % pour la zone euro et la création de 8 millions d’emplois. Il souligne également le poids du plan d’investissement de l’Union, s’élevant à 225 milliards d’euros, ce qui a permis d’accorder des prêts « à plus de 445 000 petites entreprises et à plus de 270 projets d’infrastructure européen ». Il rappelle toutefois que la fenêtre favorable est étroite et que l’Union doit en profiter « maintenant qu’il fait beau, et tant qu’il fait encore beau ».

Jean-Claude Junker a placé en première proposition sa volonté de renforcer le programme commercial européen en insistant sur les notions essentielles de réciprocité et de transparence, peu usitées jusqu’à maintenant. Les termes employés sont forts : « nous ne sommes pas des partisans naïfs du libre-échange » et « fini le manque de transparence, finis les rumeurs et les procès d’intention ».

La sécurité collective de l’Union est mise en avant, avec un renforcement de l’examen préalable des investissements publics étrangers (au sens « extra-européens ») dans les grands domaines régaliens que Jean-Claude Junker restreint avec justesse aux infrastructures portuaires, qui contrôlent une majeure partie des échanges commerciaux, aux infrastructures énergétiques et bien évidemment aux sociétés du complexe militaro-industriel européen.

Dans le domaine des nouvelles technologies de l’information et de la communication, le Président de la commission propose la création d’une Agence européenne de sécurité, destinée à « mieux protéger les Européens à l’ère du numérique ». Se référant sans le dire à la guerre « hybride » mise en œuvre par la Russie sur ses marches occidentales, il rappelle que « les cyberattaques peuvent être plus dangereuses pour la stabilité des démocraties et des économies que les fusils et les chars ».

Le passage sur la migration sera certainement celui qui engendrera le plus de polémiques, Jean-Claude Junker cautionnant la « migration légale » en opposant sans doute imprudemment l’Afrique, « continent noble et jeune » et l’Europe « un continent qui vieillit ». Le constat s’appuie sur des faits et des chiffres, mais déplaira à certains.

Le discours se prolonge par quelques orientations très fortes : rentrée immédiate de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’espace Schengen, droit et obligation des 25 Etats (hors Danemark et Suède ?) à rallier la zone euro et refus de « l’adhésion de la Turquie à l’UE dans un avenir proche », ponctué d’un appel aux autorités turques « libérez les journalistes, et pas seulement nos journalistes. Arrêtez d’insulter nos Etats membres et nos chefs d’état et de gouvernement en les traitant de fascistes ou de nazis ».

Un marin ne reniera pas la conclusion : « larguons les amarres, mettons les voiles et profitons des vents favorables ».

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie

Le discours de Jean-Claude Junker ⇒

Le Conseil de sécurité condamne l’essai nucléaire nord-coréen et renforce le régime de sanctions

Malgré les craintes exprimées jusqu’alors, le Conseil de sécurité des Nations-Unies s’est prononcé de manière unanime pour renforcer pour la huitième fois les sanctions frappant la République démocratique populaire de Corée.

Décidée sous l’impulsion des Etats-Unis suite à l’essai nucléaire du 3 septembre 2017, la résolution décide l’interdiction d’importation de gaz naturel et le gel des exportations de produits textiles. Elle réaffirme la volonté du Conseil de voir la République démocratique populaire de Corée suspendre de manière « définitive et irréversible » toute activités liée à ses programmes de développement d’armes nucléaires et de missiles balistiques.

Contrairement à la volonté initiale des Etats-Unis d’interdire toute vente ou fourniture de produits pétroliers, et très probablement pour éviter tout veto russe ou chinois, le Conseil s’est limité à un volume maximal de deux millions de barils par an. Les importations de produits pétroliers ne seront ainsi réduites que de 30 %.

La résolution est également marquée par la volonté de priver la République démocratique populaire de Corée des devises provenant de ses ressortissants à l’étranger, en interdisant aux Etats membres l’emploi des travailleurs nord-coréens. Cette mesure, si elle est appliquée, aura de nombreuses implications en Chine, qui emploie de nombreux travailleurs nord-coréens, mais aussi dans quelques pays africains qui entretiennent des relations régulières avec la République démocratique populaire de Corée, confirmées par le dernier rapport publié par le groupe d’experts créé en application de la résolution 1874.

Dans leur explication de vote, les représentants russe et chinois ont rappelé l’initiative commune du 4 juillet 2017 où les deux pays demandaient la reprise du dialogue, l’arrêt des essais nucléaires et de missiles balistiques nord-coréens, mais en contrepartie le gel des grands exercices américano-sud-coréens. Le Président russe Vladimir Poutine s’était exprimé lors d’une conférence de presse le 5 septembre dernier, estimant que les sanctions n’auraient aucun effet sur la République démocratique populaire de Corée, citant les précédents irakien et libyen et affirmant qu’ils « mangeront de l’herbe, mais qu’ils n’abandonneront pas leurs programmes avant de se sentir en sécurité ».

Les paragraphes 7 à 12 précisent les conditions dans lesquelles tout navire de commerce soupçonné de transporter des marchandises ou équipements visés par les sanctions peut être visité en haute mer par les bâtiments de guerre et les navires de l’Etat. Déjà, le 11 août 2016, l’Égypte avait intercepté le Jie Shun. La fouille du navire avait permis de découvrir des caisses en bois contenant 30 000 roquettes RPG-7.

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie.

Le communiqué de presse ⇒

La résolution 2375 ⇒

L’explication de vote du représentant permanent de la France

Le rapport du groupe d’experts créé en application de la résolution 1874 (16 Mo)

La crise se poursuit au sein du Conseil de coopération du Golfe

Si les médias ont essentiellement repris les mots de Donald Trump relatifs à la Corée du Nord (« Military action would certainly be an option. Is it inevitable? Nothing is inevitable »), la conférence de presse conjointe qui s’est tenue à l’occasion de la réception de l’Emir du Koweït a porté sur la volonté de résoudre la crise que connaissent les pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG).

Alors que Donald Trump a appelé de ses vœux un « CCG unifié », l’Emir Sabah al-Ahmed al-Jaber al-Sabah est revenu plus précisément sur la « malheureuse dispute entre ses frères du CCG ». Celle-ci a débuté à la fin du mois de mai, à l’issue d’un sommet des dirigeants du CCG en présence du Président américain, conclu par une déclaration commune marquée par une volonté de combattre le financement du terrorisme et une dénonciation de l’influence « nuisible » de l’Iran.

L’Emir a involontairement associé la présence de Donald Trump à la soudaineté de la rupture avec le Qatar : « nous nous sommes réunis à Riyad, en présence du Président Trump [et] soudain, ce conflit est survenu. » Sans citer le Qatar, Donald Trump a rappelé que tout a commencé en raison du financement « massif » du terrorisme par « certaines » nations.

Répondant à un journaliste d’al-Jazeera, l’Emir a confirmé que les treize demandes formulées par l’Arabie Saoudite, Bahreïn et les Emirats arabes unis allaient être rapidement examinées, mais que toutes ces demandes ne pourraient être agrées, certaines affectant la souveraineté du Qatar (dont à l’évidence la fermeture demandée d’al-Jazeera, accusé de soutenir le terrorisme).

L’Iran n’a été mentionné qu’une fois, Donald Trump rappelant, avec une rhétorique bien établie, que le régime iranien soutenait les groupes terroristes et les milices radicales. L’Iran partage également avec le Qatar le plus grand gisement de gaz naturel au monde, alors que les Etats-Unis sont devenus pour la première fois depuis soixante ans exportateurs grâce à leur production de gaz de schiste

La visite de Donald Trump en mai 2017 avait également été l’occasion de finaliser des ventes d’armement d’une valeur de 350 milliards de dollars sur dix ans au profit de l’Arabie Saoudite. Donald Trump s’est d’ailleurs félicité d’un nouveau contrat de 5 milliards de dollars pour l’acquisition par le Koweit de chasseurs F/A 18 Super Hornet qui « bénéficiera grandement aux travailleurs américains ».

Selon son habitude, le Président américain n’a pas été avare en termes élogieux sur son pays, usant sans réserve de superlatifs (« my great honor representing our incredible country », « American workers build the best planes in the world, by far », ou encore, évoquant les équipements de l’armée, « the best in the world, the best anywhere in the world, by far. »

VA(2S) Alain Christienne, directeur de la stratégie

Vers le site de la Maison blanche ⇒

Vers le site de la Defense Security Cooperation Agency ⇒

Mali: le Conseil de sécurité crée un régime de sanctions

A la demande du gouvernement malien, le conseil de sécurité a décidé à l’unanimité la création d’un régime de sanctions ciblées contre « ceux qui dressent des obstacles » à l’application de l’Accord pour la paix et la réconciliation dans ce pays.

Ce Comité des sanctions s’ajoute à une liste déjà longue (Somalie, Soudan, Corée du Nord,…), ce qui a conduit le représentant russe à émettre des réserves « quant à la tendance consistant à multiplier les régimes de sanctions ».

L’Accord dit « d’Alger » a été paraphé à Bamako le 15 mai 2015 par le gouvernement du Mali et les groupes armés de la Plateforme, les groupes armées de la Coordination des mouvements de l’Azawad  l’ayant paraphé la veille à Alger. Cet accord est censé mettre fin au conflit opposant principalement les Touaregs vivant dans le nord du Mail au pouvoir en place à Bamako, qui depuis l’indépendance du pays refuse tout statut d’autonomie à cette région. La dernière révolte, menée en 2012 par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MLNA), avait conduit à la défaite des forces armées maliennes et à l’émergence d’un état de l’Azawad, dominé par des groupes islamistes.

Malgré des progrès marqués par l’installation d’autorités intérimaires à Kidal, le 28 février, et à Ménaka et Gao, le 2 mars, et la conduite de patrouilles mixtes Coordination/Plateforme dans le cadre du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC), les affrontements entre les deux groupes, dominés pour l’un par l’ethnie Ifoghas et pour l’autre par l’ethnie Imghad, se sont poursuivis, pour le contrôle des villes comme pour celui des trafics. Cet enjeu est tout particulièrement identifié par le Conseil de sécurité, qui dénonce « la criminalité transnationale organisée dans la région du Sahel, notamment le trafic d’armes, de stupéfiants et de biens culturels, le trafic de migrants et la traite d’êtres humains ». Le dernier accord de cessez-le-feu, signé le 23 août dernier entre la Coordination, et la Plate-forme, expirait le 6 septembre.

Le processus politique de réconciliation est appuyé par la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali, créée le 25 avril 2013, qui n’a jamais réussi à s’imposer, et reste la cible d’attentats, le dernier ayant coûté la vie à deux Casques bleus. Parallèlement, l’Union européenne contribue à la formation des forces armées maliennes et contribue au « processus de désarmement, de démobilisation et de réintégration » s’inscrivant dans le cadre de l’accord de paix.

Les débats ont été l’occasion d’un échange entre les représentants russe et ukrainien, le premier rappelant que le Président Vladimir Poutine avait annoncé son intention de présenter un projet de résolution visant à porter création d’une « mission de l’ONU pour aider à protéger la Mission spéciale d’observation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) dans le sud-est de l’Ukraine ».

VA(2s) Alain Christienne, directeur de la stratégie.

Le communiqué des Nations-Unies ⇒

Le texte de la résolution ⇒

La conférence de presse de Vladimir Poutine (en anglais) ⇒

Prorogation du mandat de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban

Le Conseil de sécurité des Nations Unies a prorogé jusqu’au 31 août le mandat de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL). Etablie en 1978 pour confirmer le retrait des forces israéliennes, cette force a vu son mandat évoluer au fil des évènements, marqués par une forte présence d’éléments armés du Hezbollah au sud du fleuve Litani et la lenteur du déploiement des forces armées libanaises.

Conclus par un vote à l’unanimité, les débats ont été marqué par l’intervention de Nikki Haley, représentante des Etats-Unis auprès des Nations Unies, qui a accusé le général de division irlandais Michael Beary, commandant des forces armées de la FINUL, de méconnaitre le danger présenté par le Hezbollah. Fondé en juin 1982, ce parti chiite libanais lié à l’Iran est identifié depuis 1997 comme une organisation terroriste par les Etats-Unis. Sa branche militaire est également placée sur la liste des groupes et entités auxquels s’appliquent les articles 2, 3 et 4 de la position commune 2001/931/PESC relative à l’application de mesures spécifiques en vue de lutter contre le terrorisme.

Dans son explication de vote, Anne Guéguen, représentante adjointe de la France, a rappelé la réalité du contexte local, qui ne permet pas aux forces armées de la FINUL, inférieures en nombre et dotées d’un équipement moins performant, de faire appliquer strictement les résolutions du Conseil de sécurité. Elle a insisté sur la « fonction stratégique stabilisatrice » de cette force, sans la présence de laquelle la situation ne pourrait que se dégrader. Elle s’est félicitée des résultats de cette présence, qui permet de maintenir une situation « globalement calme et stable » depuis dix ans.

Le risque pour les militaires de la FINUL d’être victimes des échanges de tirs sporadiques par-delà la « ligne bleue » reste bien réel. Le 28 janvier 2015, le caporal espagnol Francisco Javier Soria Teledo avait ainsi été tué alors qu’il était déployé sur un poste de l’ONU près de Ghajar.

VA(2s) Alain Christienne, directeur de la stratégie Institut FMES

Le communiqué de presse ⇒

Le texte de la résolution ⇒ 

Vers le site de la FINUL ⇒