Author: FMES

La série des attaques de Tankers continue….

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Un tanker iranien a été touché par deux missiles le vendredi 11 octobre en mer Rouge, à proximité immédiate du port de Djeddah en Arabie-Saoudite. L’événement, qui a notamment occasionné une importante fuite de pétrole, a été signalé par l’armateur du navire, la National Iranian Tanker Company (NITC). Le ministère des affaires étrangères iranien a indiqué que l’attaque a été lancée « depuis un endroit près du corridor, dans l’est de la mer Rouge ». Le tanker s’apprêtait probablement à emprunter le canal de Suez afin de gagner la Méditerranée pour acheminer le pétrole en Syrie.

L’Iran, sous le coup de sanctions internationales, a vu ses exportations de pétrole s’effondrer. A ce jour, le pays ne vend plus que 200 à 400 000 barils par jour contre 2,5 millions avant le rétablissement des sanctions américaines en novembre 2018. La Syrie, tout comme la Turquie et la Chine, fait partie des rares pays à acheter le pétrole iranien, en très petites quantités.

Cet incident, qui intervient quelques semaines après les attaques de drones (le 14 septembre) contre les sites de la compagnie pétrolière saoudienne Aramco, s’inscrit dans une phase de montée des tensions autour de la péninsule arabique et du transport de produits pétroliers dans le golfe persique et le détroit d’Ormuz. Rappelons que la destruction des installations pétrolières saoudiennes avait été immédiatement imputée à l’Iran par les Etats-Unis, allié de l’Arabie Saoudite. En effet, l’attaque apparaissait très complexe à mettre en œuvre et impliquait des moyens « lourds », discréditant l’implication des rebelles Houthis du Yémen au vu de leurs capacités matérielles.

Vendredi soir, l’Arabie saoudite n’avait pas encore réagi à l’attaque, une enquête était en cours côté iranien sur un acte qualifié d’« irresponsable » par Abbas Moussavi, porte-parole de la diplomatie iranienne. Le lundi 14 octobre, le Président iranien Rohani, lors d’une conférence de presse à Téhéran, déclarait que « sans aucun doute, un gouvernement a été impliqué [dans cette attaque] ».

Toutes les hypothèses peuvent être considérées. Réplique de l’Arabie saoudite à la suite des attaques évoquées supra, manœuvre masquée des Israéliens afin de maintenir la zone sous tension, auto-sabotage par les iraniens dans une stratégie de victimisation, …. Il ne faut exclure aucune possibilité. L’incident ne va certainement pas dans le sens de l’apaisement des tensions dans la région. Déclaration de guerre, représailles, ou agissement d’un acteur de la zone espérant tirer avantage de la situation ? Personne ne peut encore se prononcer.

La situation demeure très préoccupante, les camps iranien et américain restant campés sur leurs positions. La stratégie d’étranglement du second se heurtant à la résistance du premier. Ni Washington ni Téhéran n’ont intérêt à ce qu’une guerre éclate. Cependant, l’imprévisibilité du Président Trump en matière de politique étrangère et de défense est plus que jamais un facteur déstabilisant pour la sous-région. Les Kurdes au Nord de la Syrie peuvent en témoigner ….

Syrie : le flou autour du désengagement américain et l’offensive turque

Des troupes américaines et turques à la frontière turco-syrienne, le 8 septembre 2019.
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Un entretien téléphonique le 6 octobre 2019 entre Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan a probablement scellé le futur du Nord de la Syrie. Dans un communiqué publié à l’issue de la discussion entre les deux chefs d’Etats, la Maison blanche a annoncé une opération turque dans le Nord de la Syrie « prévue de longue date », dans laquelle les forces armées américaines ne seront pas impliquées : « Les forces armées des États-Unis ne soutiendront ni ne participeront à l’opération, et les forces américaines, après avoir vaincu le « califat » territorial de l’Etat islamique, ne seront plus dans les environs immédiats ». En sus de s’être retiré militairement de la zone, Washington a évoqué la possibilité de confier à la Turquie la responsabilité des combattants européens ayant rejoint les rangs de l’Etat islamique actuellement détenus par une coalition arabo-kurde  : « la Turquie va maintenant être responsable pour tous les combattants de l’EI dans la zone, capturés dans les deux dernières années ».

La présidence turque a également rendu compte de l’appel téléphonique et a annoncé la rencontre entre les deux chefs d’Etat à Washington prochainement pour discuter de la création d’une zone tampon dans le nord du pays. Alors qu’elle n’a pour l’heure pas abouti, la mise en place de cette « zone de sécurité » est une priorité pour Ankara alors que 3,6 millions de réfugiés ont fui la Syrie. Surtout, elle permettrait à la Turquie, en « dékurdifiant » cette zone, de garder la mainmise sur une région contrôlée par les Kurdes. Cette stratégie s’inscrit dans la continuité de l’action menée sur son propre territoire contre les velléités séparatistes des Kurdes de Turquie.

Si les deux pays n’ont pas donné de détail ni de date précise concernant cette opération, le président turc a prévenu dans le journal Hurryiet que l’ordre d’entrer en Syrie pouvait être donné « à tout moment » .  En effet, la milice des unités de protection du peuple syrien kurde (YPG), bien qu’alliée des Etats-Unis, est considérée par Ankara comme une « branche terroriste » qu’elle combat ardemment.

Les Kurdes du YPG ont été des soutiens indéfectibles de Washington et des puissances étrangères dans la guerre contre l’organisation Etat islamique. Le retrait américain a engendré sans surprise une vive réaction de la part de la communauté kurde. Ayant reconquis ce territoire à l’Est de l’Euphrate à la faveur du conflit syrien, ils ont prêté main forte aux occidentaux pour en chasser les djihadistes de Daesh, au prix de nombreuses pertes dans leurs rangs. Ils escomptaient, en contrepartie de ces sacrifices, pouvoir s’installer légitimement sur ces terres proches de la frontière turque.

Le lundi 7 octobre, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu a réaffirmé la position turque, déclarant que son pays « garantira l’existence et la sécurité en éliminant les terroristes de cette région ».

Le retrait américain est un signal fort envoyé de la part de Washington. La décision américaine marque en effet un tournant dans la politique étrangère américaine. Jusqu’à présent, les administrations successives estimaient nécessaire de rester dans le Nord de la Syrie pour contrer toute résurgence jihadiste. Toutefois, en faisant le choix de se retirer, Donald Trump pourrait être accusé d’abandonner un allié crucial depuis 2014 et le début de la lutte contre le groupe Etat islamique. Par ailleurs, selon les informations du New York Times, le Pentagone et le Département d’Etat – en l’occurrence l’équivalent des ministères des Armées et des Affaires étrangères – étaient favorables au maintien américain, notamment pour influer dans cette région face aux rivaux iranien et russe. Le retrait américain ne semble être aujourd’hui qu’une question de temps.

Pour les Forces démocratiques syriennes (FDS), alliance de combattants arabes et kurdes du YPG soutenus par la coalition internationale menée par les Etats-Unis, une opération militaire turque dans la zone entraînerait une résurgence majeure de l’EI. Cette opération mettrait en péril la relative sécurité mise en place par les FDS, notamment dans les prisons qu’ils tiennent où sont retenus les jihadistes et leurs familles.

Pour l’Organisation des Nations unies, la nouvelle de l’opération turque est reçue avec beaucoup d’inquiétude. Panos Moumtzis, le coordinateur humanitaire de l’ONU pour la Syrie a déclaré : « Nous ne savons ce qui va se passer. (…) Nous nous préparons au pire ». De son côté, l’Union européenne s’oppose à une offensive turque qui « saperait les efforts engagés pour une résolution de ce conflit » selon les déclarations de Maja Kocijancic, porte-parole de la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini.

Pourtant, avec ou sans l’aval américain et face à l’indignation kurde et onusienne, la Turquie est prête à intervenir…

Irak, presqu’une année sans manifestations…

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Au moins une trentaine de morts et plus de 600 blessés à Bagdad depuis le 1er octobre à la suite des manifestations contre le gouvernement d’Adel Abdel-Mahdi. Les manifestants ont été dispersés à l’aide de tirs à balles réelles, de gaz lacrymogène ou de canons à eau.

Ce mouvement de protestation, qui a débuté dans la capitale Bagdad, entend dénoncer le chômage, la corruption et l’insuffisance des services publics dans un pays en pénurie d’électricité et d’eau potable chronique depuis l’invasion américaine en 2003. La population appelle à la fin de la corruption qui en seize ans a absorbé plus de quatre fois le budget de l’Etat, soit 410 milliards d’euros. Les manifestants semblent avoir pour objectif de gagner la place Tahrir, reliée à ladite « zone verte » où siègent les institutions du pays et l’ambassade américaine, par le pont Al-Joumhouriva. Ce secteur est de nouveau bloqué alors qu’il venait tout juste d’être réouvert en juin dernier après quinze années de fermeture. Il s’agit pour le moment d’un mouvement spontané, la mobilisation se faisant au travers des réseaux sociaux. L’absence de leader religieux ou politiques est remarquable si l’on considère que dans ce pays les dissensions interconfessionnelles et/ou communautaires prévales.

En réaction à l’ampleur des manifestations, le gouvernement a instauré depuis le 2 octobre un couvre-feu au sud de la capitale, à Nasiriya, Amara, Najaf ou encore Hilla. Les manifestants ont bravé ce couvre-feu ce qui a entrainé des tirs à balle réelle par les forces de sécurité.  Par ailleurs, le gouvernement a coupé l’accès à internet ainsi que les communications téléphoniques au sud de l’Irak. La moitié sud du pays se trouve donc coupée du monde. Le calme prévaut au nord et à l’ouest de Bagdad, régions principalement sunnites et largement sinistrées après cinq années de guerre contre Daech. Le Kurdistan automne, quant à lui, demeure pour le moment calme.

A la Suite de ces écarts, le très influent leader chiite Moqtada Sadr, qui dispose d’une réelle influence sur les foules, a appelé les manifestants à organiser des sit-in pacifiques au sein de la capitale.

Le gouvernement Abdel-Mahdi en poste depuis un an traverse sa première crise d’impopularité. Néanmoins, au sommet de l’Etat, le président d’origine kurde Barham Saleh appelle à la retenue. Il a écrit sur Twitter : « Nos jeunes veulent des réformes et du travail, c’est notre devoir de satisfaire ces demandes légitimes ». Ce dernier est issu du parti politique Union patriotique du Kurdistan.

Toutefois, un acteur essentiel de l’Irak pourrait fait basculer la balance….

L’Ayatollah Ali al-Sistani, plus haute autorité religieuse pour la grande majorité des chiites d’Irak, prononcera aujourd’hui, vendredi 4 octobre, un discours très attendu par la population. Depuis l’invasion de l’Irak en 2003, al-Sistani est une personnalité influente de la communauté chiite et joue un rôle fort dans le domaine politique. Issu de la tradition quiétiste et chiite, il refuse un gouvernement dirigé par les clercs comme c’est le cas en Iran depuis 1979. Opposé à ce que la religion soit un acteur politique, il apparaît favorable à l’émergence d’un Etat laïc en Irak. L’Ayatollah appelle, à la suite de la victoire contre DAECH, au dialogue inter-religieux et inter-communautaire (sunnites, chiites, kurdes) pour construire un nouvel Irak. En 2003-2004, al-Sistani a prononcé des fatwas appelant le clergé chiite à s’impliquer en politique de manière démocratique et à former une convention constitutionnelle, c’est ce qui l’a conduit à exiger un vote populaire afin de former un gouvernement transitoire après la chute de Saddam Hussein. En 2004, estimant que les propositions américaines n’étaient pas assez démocratiques, il refuse de collaborer avec eux. Néanmoins, l’ONU le sollicite régulièrement dans son rôle de stabilisateur et de médiateur des conflits interconfessionnels. Influent, il dialogue avec tous les mouvements religieux et son avis est sollicité pour nommer et démettre les premiers ministres.

Son prêche du jour pourrait avoir un impact important sur la forme et le mode d’action du mouvement populaire dans les jours à venir.

Les clefs d’un avenir meilleur sont peut-être entre ses mains….

La 5e session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » de l’IHEDN largue les amarres

Ouverture de la 5e session « Enjeux et stratégies maritimes » par Monsieur le Préfet Denis Robin, Secrétaire général de la mer.

Les 27 et 28 septembre 2019 ont été particulièrement riches pour les 35 auditeurs de la 5e session nationale « enjeux et stratégies maritimes » qui ont participé à l’Ecole militaire au séminaire d’ouverture de leur session présidée par Monsieur le Préfet Denis Robin, Secrétaire général de la mer. Pour l’occasion, les auditeurs des deux autres session nationales « Politique de défense » et Armement et économie de défense » ont assisté à son intervention et pu échanger avec lui. En effet, les enjeux maritimes se retrouvent au premier plan de la réflexion stratégique de l’ensemble des auditeurs de l’IHEDN, en particulier cette année où les thèmes confiés à leur réflexion portent sur l’autonomie stratégique de la France et l’incidence de l’évolution du climat sur la défense et la sécurité.

Les auditeurs ont par ailleurs pu réfléchir sur la stratégie au XXIe siècle avec le Professeur Jean-Vincent Holeindre, de l’Université Paris 2 et de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM). Ils ont également bénéficié d’une rétrospective historique de la puissance maritime par Martin Motte, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études. Enfin, ils ont pu débattre sur les enjeux de défense, de sécurité et économiques liés au monde maritime avec le vice-amiral d’escadre Stanislas Gourlez de La Motte, major général de la Marine, et avec Frédéric Moncany de Saint-Aignan, président du Cluster maritime français.

Mais ce premier séminaire leur a surtout permis de faire connaissance et de mesurer la diversité de leurs origines géographiques, de leurs formations universitaires, de leurs parcours professionnels et de leurs personnalités. Cette diversité, voulue par l’IHEDN et facteur déterminant de leur recrutement, fait se côtoyer des auditeurs parisiens ou de province, appartenant aux différents ministères et à de nombreux secteurs de la société civile. Chaque auditeur apprendra ainsi beaucoup de l’expérience des autres grâce à la « fertilisation croisée » chère à l’IHEDN. Tous disposent d’un point commun : un tropisme maritime qui les a convaincus de rejoindre la session et qui constitue le ciment de la cohésion et de la solidarité propres aux gens de mer.

Facilitée par « l’esprit IHEDN », cette cohésion s’est manifestée dès les premiers instants, suscitant déjà parmi les auditeurs des débats animés et sans tabou lors de leurs premières réflexions en comité sur trois thèmes du monde maritime qui leur ont été confiés : l’Arctique, les énergies offshores et la connaissance des océans nécessaire à la prévention des conséquences de la montée des eaux.

La 3e session maritime a donc largué les amarres pour une circumnavigation passionnante du monde maritime avec des escales dans de grands ports français (Boulogne sur mer, Brest, Calais, Dunkerque, Lorient, Marseille, Nantes, Saint-Nazaire, Toulon) mais aussi à Bruxelles et dans des ports internationaux majeurs lors de leurs missions Djibouti, « Europe » et « Monde ».

Le vice-amiral d’escadre Stanislas Gourlez de La Motte, major général de la Marine et le VAE (2S) Gérard Valin, responsable de la session.

Frédéric Moncany de Saint-Aignan, président du Cluster maritime français et le VAE (2S) Gérard Valin pendant le débat avec les auditeurs.

L’Iran et le nucléaire – par Mustapha Benchenane

Un article de Mustapha Benchenane, docteur d’Etat en science politique, conférencier au Collège de l’OTAN et éditorialiste à l’institut FMES.

Le président de la République islamique d’Iran, Hassan Rohani, en 2015 dans la salle de contrôle de la centrale nucléaire de Bouchehr.

 

Les grandes puissances, en particulier, et les moins grandes, en général, considèrent que l’arme nucléaire crée une situation stratégique unique dans l’histoire de l’humanité. Durant la Guerre froide – 1947-1991 – on parlait de l’ « équilibre de la terreur » dans les relations entre le bloc occidental et le bloc soviétique, mais plus précisément, entre l’Union Soviétique et les États-Unis: ces deux pays avaient les moyens de se détruire mutuellement et de détruire, en même temps, toute la terre. C’est cette réalité qui a fait prendre conscience des dangers de la prolifération. On a en effet estimé, que l’arme nucléaire ne devait, en aucun cas, être détenue par un “fou” ou par un “État voyou” qui ne refrénerait pas sa tentation d’utiliser cette arme de destruction massive. Ce sont les raisons principales de l’affaire du « nucléaire iranien », bien que ce pays soit signataire du Traité de Non-Prolifération (TNP) qui est entré en vigueur le 5 mai 1970. La Chine et la France n’y ont adhéré qu’en 1992. En devenant membre de ce Traité, l’Iran s’interdisait la maîtrise du nucléaire militaire, sachant que le TNP reconnaît que l’accès aux technologies nucléaires à usage civil est “inaliénable”. Toujours est-il que l’Iran est soupçonné de vouloir construire “la bombe”, d’où les pressions et les sanctions qui l’ont convaincu de négocier et de signer l’Accord de Vienne (Autriche) le 14 juillet 2015.

L’ACCORD DE VIENNE, FRUIT D’UN COMPROMIS

L’Accord de Vienne implique 8 parties : les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU (États-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne), l’Allemagne, l’Union européenne et l’Iran. L’objectif est de contrôler le programme nucléaire iranien et mettre fin aux sanctions économiques qui pesaient lourdement sur les iraniens. Ce document accepte la poursuite d’une activité nucléaire civile.

L’une des pierres angulaires du Traité est le maintien de la durée du “break out”, c’est-à-dire le délai nécessaire pour produire assez d’uranium enrichi permettant la fabrication d’une bombe atomique. Ce délai est d’un an et il est valable pendant dix ans.

Cette disposition permettrait d’avoir le temps indispensable pour réagir en cas de violation de l’Accord par Téhéran.

Les clauses du traité limitent le nombre de centrifugeuses à 5060 alors qu’il y en avait 19000. Seul le modèle IR-1 est autorisé. Les centrifugeuses interdites devront être bloquées sur le site de Natanz et placées sous la surveillance de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA).

  • L’uranium enrichi au-delà de 3,67% sera expédié hors d’Iran ou dilué. Les dirigeants iraniens s’engagent à ne pas enrichir l’uranium à plus de 3,67% et cette activité devra s’exercer uniquement que sur le site de Natanz. La quantité d’uranium enrichi est limitée à 300Kg. La centrale à l’eau lourde d’Arak sera modifiée pour ne plus produire de l’uranium de qualité militaire et l’Iran ne pourra plus posséder de réacteur à l’eau lourde pendant quinze ans.
  • Les inspecteurs de l’AIEA pourront faire leur travail sans entrave, y compris des inspections dites “intrusives”, c’est-à-dire inopinées pendant quinze ans, vingt ans pour les centrifugeuses et vingt-cinq ans pour la production de “yellow cake”.
  • En échange de la signature de l’accord par l’Iran, l’Union européenne et les États-Unis, s’engagent à mettre fin aux sanctions.

Toutes les inspections effectuées depuis la signature de l’Accord ont conclu au respect par l’Iran de tous ses engagements.

En dépit de cette réalité, le président américain, Donald Trump, a décidé le 8 mai 2018 de retirer son pays de l’Accord.

Le candidat Trump aux élections présidentielles avait promis à ceux qui voteraient pour lui de déchirer cet accord. Une fois élu, il a tenu sa promesse. Il a déclaré : « Il s’agissait d’un abominable accord unilatéral qui n’aurait jamais dû être conclu. Il n’a pas apaisé la situation. Et il n’a pas apporté la paix. Et il ne l’apportera jamais. Il est évident à mes yeux, qu’avec la structure fragilisante et pourrie de l’accord actuel, on ne peut empêcher l’Iran de se doter d’une bombe nucléaire ». Il précise : « Tout pays qui aidera l’Iran dans sa quête d’armes nucléaires pourrait aussi être fortement sanctionné par les États-Unis ». Ce à quoi Ali Khamenei, Guide suprême de la révolution iranienne répond : « vous avez commis une grave erreur ». Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a aussitôt apporté son “soutien total à la décision courageuse” de Donald Trump. Cette décision américaine a été approuvée par l’Arabie Saoudite. La France, l’Allemagne et la Russie se sont dites déterminées à appliquer l’accord. Le Président français a ajouté : ” tout en travaillant à en négocier un nouveau, plus large”. Pour la Russie, il s’agit d’une “violation gravissime des normes du Droit international “.

La position de la France qui se veut raisonnable est contradictoire. En effet, comment peut-on affirmer sa volonté de respecter l’accord du 14 juillet 2015 et, dans le même temps, dire que l’on va en négocier un nouveau ?

En fait, aucune partie à l’accord ne veut prendre le risque de contrarier Donald Trump dont les décisions et les menaces de sanctions pèsent sur toute entreprise qui commercerait avec l’Iran, en particulier dans le domaine des hydrocarbures. Or Téhéran a un besoin vital de vendre son pétrole et son gaz.

Face à cette impuissance des signataires du traité, Téhéran annonce à l’ONU, en juin 2018, qu’elle va reprendre la production de centrifugeuses. Le 6 juin 2018, la Banque Européenne d’Investissement refuse de soutenir les investisseurs européens en Iran, par crainte de représailles américaines.

La situation va sans cesse s’aggraver et cela est illustré par des incidents dans le Détroit d’Ormuz.

LA CAPACITE DE NUISANCE DE L’IRAN

Plus les États-Unis durcissent les sanctions, plus Téhéran réplique de deux manières : d’une part en s’éloignant graduellement des obligations incluses dans l’accord sur le nucléaire et, d’autre part, en montrant ses capacités à répliquer sur le registre de la force, sans jamais aller trop loin. De son côté Donald Trump ne souhaite pas intervenir militairement en Iran pour ne pas impliquer les Etats-Unis dans un nouveau conflit armé.

L’Iran menace d’empêcher la navigation dans le Détroit d’Ormuz. Tout en sachant ne pas aller trop loin Or c’est par là que transitent 21 millions de barils de brut chaque jour, ce qui représente un cinquième de la consommation mondiale de pétrole et un quart de la consommation mondiale de gaz liquéfié. 76% des exportations iraniennes de brut ayant emprunté le Détroit d’Ormuz en 2018 étaient livrés à l’Inde et à la Chine, au Japon et à la Corée du Sud. C’est ce qui explique le sabotage de Tankers en mer d’Oman en mai et juin 2019 et la multiplication des incidents dans le Détroit d’Ormuz. Le fait le plus grave s’est produit le 14 septembre 2019 : une attaque par des drones et/ou des missiles contre des installations pétrolières saoudiennes. Cela révèle à la fois la vulnérabilité de l’Arabie Saoudite alors même que ce pays est l’un des plus gros importateurs d’armements dans le monde, et la capacité militaire de l’Iran. Le 25 septembre 2019, à l’ONU, le président iranien Hassan Rohani a déclaré qu’il y aura une “réponse négative à toute proposition de négociation tant qu’il y aura des sanctions”. Auparavant, Téhéran avait menacé de “guerre totale” en cas de frappes militaires contre l’Iran”.

Ces avertissements doivent être pris au sérieux.

En effet, les dirigeants iraniens ont les moyens de déstabiliser toute la région en s’attaquant aux intérêts américains et à ceux des alliés de Washington.

Leurs missiles peuvent atteindre toutes les bases militaires américaines du Moyen Orient, en particulier la base navale permanente installée à Bahreïn où se trouve la 5ie flotte. Ils peuvent également atteindre le Quartier général de leur commandement central qu’ils ont installé au Qatar dans les années 2000. Il en va de même pour les installations militaires américaines en Arabie Saoudite, aux Émirats Arabes Unis.

Ils disposent de moyens d’action par leurs alliés : le Hezbollah libanais, les Houtistes au Yémen, des milices chiites en Irak, la minorité chiite en Arabie ainsi qu’à Bahreïn, le Hamas à Gaza.

Il est important d’avoir à l’esprit cette approche globale car il ne s’agit pas seulement d’un “bras de fer” entre Téhéran et Washington. C’est ce que semblent avoir compris les dirigeants des Émirats Arabes Unis qui se sont éloignés de l’Arabie Saoudite au Yémen et en prônant le dialogue avec l’Iran. Le Qatar tient à avoir des relations apaisées avec son puissant voisin iranien avec lequel il a des accords pour exploiter les gisements de gaz naturel.

Il convient aussi de situer ce qui se passe avec l’Iran, dans un contexte beaucoup plus vaste : celui d’un réajustement historique des rapports de force à l’échelle mondiale. Ces réajustements concernent au premier chef les grandes puissances : États-Unis, Russie, Chine. On est passé en moins de vingt ans de l’Amérique “hyperpuissance” à une réalité différente, c’est à dire un monde multipolaire.
Dans ce cadre, ces grandes puissances sont dans une relation de rivalité, même si certaines d’entre elles s’allient temporairement comme c’est le cas, ponctuellement, de la Russie et de la Chine. Il convient d’avoir à l’esprit les ambitions de l’Inde, en rivalité avec celles du Pakistan. Face à la menace de la Corée du Nord, il n’est pas exclu que le Japon décide de se réarmer y compris par l’arme nucléaire. Dans le même temps, et en particulier au Moyen Orient, nombreux sont les pays qui veulent jouer un rôle de leaders dans leur environnement immédiat. C’est le cas de l’Iran, de la Turquie, d’Israël, de l’Arabie saoudite, de l’Egypte. Ces deux niveaux : la puissance à l’échelle mondiale et la puissance à l’échelle régionale, sont liées par le jeu des alliances non dénuées d’arrière-pensées.

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Plus que jamais, le Moyen Orient est une « zone des tempêtes » tant les intérêts sont antagonistes, les ambitions inconciliables, les arrière-pensées permanentes. La politique américaine dans cette région ne contribue pas à la stabilisation mais, comme on l’a vu en Irak à partir de 2003, elle est un facteur supplémentaire de montée des périls. L’Europe n’a pas d’existence en tant qu’acteur indépendant car il n’y a pas une politique extérieure commune. La France s’efforce par les moyens de sa diplomatie et par la confiance qu’elle inspire, de trouver des arrangements, des compromis, qui éviteraient que “l’étincelle mette le feu à la plaine”.

Libye : un dossier complexe et une guerre qui s’éternise

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La situation en Libye est préoccupante. Depuis le printemps arabe et la chute du colonel Mouammar Kadhafi, le pays est plongé dans le chaos. Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar se disputent la légitimité à la tête de l’Etat depuis près de deux ans sans qu’aucune élection ne soit venue entériner le processus politique. Le premier, à la tête du Gouvernement d’union nationale (GNA) est officiellement soutenu par la communauté internationale tandis que le second, autoproclamé maréchal, dirige l’Armée nationale libyenne et bénéficie des appuis émirati et égyptien.

La communauté internationale et en particulier Ghassan Salamé, l’envoyé spécial pour la Libye pour les Nations unies tentent de réconcilier les deux parties et d’instaurer la paix. Pour autant, le général Haftar a lancé une offensive sur Tripoli – siège du GNA – le 4 avril alors qu’une conférence nationale devait être organisée à Ghadamès dix jours plus tard.

En six mois, la guerre a fait plus de 1 000 morts et a causé le déplacement d’environ 120 000 personnes, engendrant une situation humanitaire déplorable. De fait, lors d’une intervention devant les membres du Conseil de sécurité au début du mois de septembre, Ghassan Salamé a annoncé la volonté de l’ONU de se maintenir en Libye : « Plus la situation sur le terrain s’aggrave, plus notre présence, nos efforts de médiation et la fourniture de services humanitaires sont nécessaires ».

En dépit des trêves, dont celle de l’Aïd el-Adha, les combats se poursuivent. Et, si la ligne de front ne bouge quasiment plus, un cessez-le-feu se montre peu envisageable dans l’immédiat. En effet, dans un entretien accordé à Libération en septembre 2019 dans lequel il confie avoir vécu la guerre comme un « affront », Ghassan Salamé déclare qu’un cessez-le-feu apparaît « plus compliqué qu’une trêve ». En effet, ce dernier nécessite des observateurs et des équipements veillant au respect de l’accord. Pour les Nations unies, cela signifie un mandat élargi comprenant une mission de médiation politique.

Lire aussi : Libye : les combats se poursuivent malgré la trêve

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Si la situation militaire est figée, dans le ciel libyen une véritable guerre par procuration a vu le jour depuis le mois de juin. Bien qu’ils n’aient pas une influence sur l’équilibre des forces selon des analystes, les drones émiratis et turcs occupent les airs, faisant de la Libye « probablement le plus grand théâtre de guerre de drones au monde » selon Ghassan Salamé. Le GNA s’est tourné vers la Turquie tandis que l’ANL bénéficie de l’appui émirati. Idéologiquement et politique, les sponsors des deux parties libyennes ne cessent de s’opposer.

Aux problèmes internes s’ajoutent la question des migrants et le terrorisme. La Libye étant un pays de transit pour les migrants, ces derniers sont victimes de détention arbitraire et de mauvais traitements très souvent dénoncés par les ONG. Quant au sud du pays, il sert de repaire aux islamistes de Daesh. A ce titre, le 27 septembre, les forces aériennes américaines ont mené une opération qui a causé la mort de 7 islamistes affiliés à l’Etat islamique

Dans ce pays qui est la « cible d’interférences extérieures » Ghassan Salamé déplore le manque de soutien des puissances s’intéressant à la Libye. Dans ce contexte, l’Envoyé de l’ONU multiplie les contacts en Turquie, aux Emirats arabes unis, en Egypte, aux Etats-Unis et en Russie pour tenter de préparer l’adoption d’un accord inter libyen qui bénéficierait d’un appui international. Pour ce faire, une conférence internationale consacrée à la Libye doit se tenir au cours des mois qui viennent. Alors que la solution militaire renvoie à « une illusion couteuse », l’émissaire des Nations unies imagine trois scénarios. Le premier scénario imaginé prévoit un maintien de la situation actuelle avec une guerre d’intensité réduite qui aura tendance à décliner progressivement. Le deuxième cas de figure concerne une escalade des tensions où la Libye deviendrait le théâtre d’une guerre régionale. Cette solution, dangereuse pour la Libye aurait des répercussions internationales, causant de fait un impact direct dans tout le bassin méditerranéen. Enfin, le troisième scénario – le plus souhaitable – serait d’aboutir rapidement à un cessez-le-feu et à une reprise du dialogue. Impensable il y a quelques semaines, il semble dorénavant possible.  Dans un communiqué du 26 septembre 2019 paru avant la réunion des Nations unies à New York, Khalifa Haftar a affirmé sa volonté de dialogue avec la partie adverse. Contrairement aux mois précédents, le militaire met des conditions à un éventuel retrait. Il exige en l’occurrence que les « groupes terroristes et les milices criminelles qui contrôlent Tripoli » se retirent, faisant référence aux forces libyennes loyales au GNA.

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Toutefois, il ne faut omettre l’antagonisme entre les deux hommes. Devant l’ONU, Fayez al-Sarraj a qualifié son adversaire de « criminel assoiffé de sang » et a déploré l’ingérence des puissances étrangères, à l’instar des Emirats arabes unis, de la France et de l’Egypte qu’il accuse de soutenir le camp d’Haftar.

Si l’apaisement semble possible et atteignable à terme, la condition sine qua none à un retour à la paix est sans surprise la tenue d’élections qui permettront de trancher la légitimité du chef d’Etat. La conférence internationale sur la Libye, organisée par l’ONU à l’initiative notamment de Rome et Paris et qui devrait se tenir en Allemagne, poserait ainsi les bases de la paix. Le ministère des Affaires étrangères appelle à un cessez-le-feu et à un retour au processus politique et salue la réunion de l’ONU qui a permis à « la communauté internationale et aux acteurs régionaux d’exprimer leur unité et leur détermination à soutenir la médiation des Nations unies conduite par le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies ».

Le bilan méditerranéen de Jacques Chirac

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Le jeudi 26 septembre, le président de la République française Jacques Chirac s’est éteint à l’âge de 86 ans. Après plus de 40 années de vie politique, celui qui a été maire de Paris, Premier ministre et Président a toujours porté un regard attentif au bassin méditerranéen.

Très actif dès son arrivée à la présidence pour infléchir la situation militaire en ex-Yougoslavie et redonner à la communauté internationale sa voix pour mettre un terme à ce conflit, il fut un artisan de la paix dans cette région de la Méditerranée. Il a d’ailleurs, obtenu des Américains, sous la présidence de Bill Clinton, une conférence de paix permettant la signature des Accords de Dayton.

De tradition gaulliste et cultivant un réel intérêt pour le monde arabe et sa culture, Jacques Chirac a perpétué la diplomatie française en Afrique du Nord et au Moyen-Orient du général de Gaulle. En communication politique, il apparait comme un ami des peuples arabes. Cette proximité avec ces pays de la rive Sud de la Méditerranée s’explique notamment par les liens interpersonnels noués avec certains dirigeants. Parmi eux, figurent le monarque chérifien Hassan II, Jacques Chirac ayant d’ailleurs réservé au Maroc ses premières visites d’Etat au cours de ses deux mandats en 1995 et 2002 ou encore le Syrien Hafez el-Assad. Il entretiendra également une relation très solide avec le Liban et une profonde amitié avec l’homme d’affaires libanais Rafic Hariri qui deviendra chef du gouvernement. Cette proximité née alors qu’il est maire de Paris pousse Jacques Chirac à ériger le Liban en dossier prioritaire lorsqu’il rejoint le palais de l’Elysée. Il est d’ailleurs le premier chef d’Etat à se rendre au Liban après la guerre civile. L’amitié et la confiance entre les deux hommes se traduit en 2001 par l’organisation à Paris d’une conférence internationale pour aider le Liban sur les plans financier et économique. De plus, en 2004, Jacques Chirac obtient à l’ONU une résolution obligeant l’armée syrienne à se retirer du pays.

Cette diplomatie s’applique également à l’Afrique de l’ouest.  En nouant des amitiés avec les chefs d’Etats africains et soutenu par Jacques Foccart, le « monsieur Afrique » du général de Gaulle, Jacques Chirac se constitue un réseau fort prenant essentiellement sa source dans la francophonie. Ses tournées et voyages réguliers dans les pays du sud de la Méditerranée et de l’Afrique sont les principaux vecteurs de la diplomatie choisie par Jacques Chirac.

Le chef de l’Etat était ainsi considéré comme « pro-arabe » et notamment pro-palestinien. La sensibilité à la question arabe de Jacques Chirac s’est manifestée dès le début de son mandat, lors de sa première tournée diplomatique dans le monde arabe en octobre 1996. Au Caire, il a annoncé vouloir donner un nouvel élan à la politique arabe et méditerranéenne de la France. Tout le monde se souvient de l’événement dans la vieille ville de Jérusalem où il interpelle la sécurité qui l’oppresse alors qu’il veut échanger avec la foule qui lui réserve un accueil particulièrement chaleureux.  Sa popularité monte en flèche dans le monde arabe, notamment parce qu’il se prononce en faveur d’un processus de paix israélo-palestinien : « Tant que les Palestiniens ne peuvent pas gérer leurs propres affaires, tant qu’ils n’ont pas droit à la dignité comme tous les autres peuples […], les frustrations et le ressentiment persisteront ». Il a par ailleurs opéré un rapprochement avec Yasser Arafat, le chef de file de l’OLP. Ce lien entre les deux hommes s’est maintenu jusqu’en 2004 jusqu’à la mort du Palestinien.

De fait, les relations qu’entretient Jacques Chirac avec Israël sont complexes. En juillet 2000 pourtant, lors des négociations de Camp David examinant le statut de Jérusalem, le Président français partage la position d’Israël prenant acte du rejet des accords par Yasser Arafat. La mort du leader palestinien contribuera à une forme de stabilisation de la relation franco-israélienne.

En 2003, le refus de participer à la coalition américaine en Irak restera dans tous les esprits comme étant l’acte le plus fort du Président Jacques Chirac. La France, pour la première fois depuis 1956, a annoncé son intention d’utiliser son droit de véto concernant un projet de résolution américain et prévient sur les dangers de cette guerre : « Quelle que soit la durée de ce conflit, il sera lourd de conséquences pour l’avenir ». L’histoire retiendra le courage de ce chef d’Etat et de son ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin dont le discours en février 2003 aux Nations unies, est devenu célèbre. Dans un contexte post-Guerre froide et après les attentats du 11 septembre, ils ont su se délier de leurs alliés traditionnels et refuser une guerre qui ne bénéficiait pas de l’aval des Nations unies. Jacques Chirac connait bien l’Irak et Saddam Hussein, rencontré à Bagdad en 1974 alors qu’il était le Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing. Les relations entre l’homme politique français et le baasiste irakien ont même abouti à des relations économiques soutenues dans le domaine de la Défense et de l’énergie avec la création d’un réacteur nucléaire finalement détruit par Israël en 1981.

Isolé auprès de ses alliés et décrié dans la presse anglo-saxonne, ce choix a isolé diplomatiquement Paris. Dans les années suivantes, la position atlantiste de la France est moins tranchée et la politique arabe devient plus discrète.

L’Algérie tient une place particulière dans le bilan méditerranéen de Jacques Chirac. Il y fut sous-lieutenant puis haut fonctionnaire. Il connaissait le caractère singulier de la relation franco-algérienne au caractère passionnel où le passé pèse sur la nature des liens à construire.  Le Président Chirac a tenté de réconcilier les deux Etats. Il est, en 2001, le premier chef d’Etat français à se rendre en Algérie depuis 13 ans. Revenant dans le pays en 2003, il est salué pour sa position contre la guerre en Irak. Pour cet adepte des bains de foule, ce voyage en Algérie lui permet de cultiver son lien avec la rue arabe. Il devient l’instigateur, avec son homologue algérien Abdelaziz Bouteflika, d’un traité d’amitié qui restera finalement mort-né.

En définitive, De très nombreux pays de la rive Sud de la Méditerranée ont suscité un vif intérêt de la diplomatie chiraquienne. Du Maroc à l’Irak en passant par l’Afrique, cette diplomatie s’est largement inspirée de celle de Charles de Gaulle. Des traces subsistent encore aujourd’hui et soulignent sans doute toute l’importance qu’il faut accorder aux interactions entre les pays des deux rives.

Egypte, l’interminable printemps arabe

Des manifestants en Egypte.
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Au Caire et dans d’autres villes du pays, des manifestations ont eu lieu les 20 et 21 septembre. Alors que depuis le coup d’Etat, qui a porté le maréchal Abdelfattah al-Sissi au pouvoir, tout rassemblement était formellement interdit, on a pu entendre ressurgir certains du printemps arabe de 2011. Les contestataires réclament le départ du Président Sissi et un changement de régime dénoncé comme « corrompu ». Dans ce pays de 100 millions d’habitants, la mobilisation demeure faible avec seulement quelques milliers de manifestants notamment sur le littoral et certaines villes industrielles. La portée de ces contestations revêt plus un caractère symbolique qu’un mouvement de masse.

C’est loin du printemps arabe porté par les Egyptiens en 2011, même si les manifestants s’appuient sur des slogans similaires. L’économie est sans aucun doute au centre des préoccupations. Elle est en chute libre. Presque 30% des Egyptiens vivent sous le seuil de pauvreté. Le Président Sissi maintient le cap d’un autoritarisme inflexible. Une révision constitutionnelle lui permettant de se présenter pour un troisième mandat en 2024 a d’ailleurs été approuvée, récoltant environ 90% des suffrages. Dans ce contexte, on ne peut nier la répression pesant sur les dissidents au pouvoir, blogueurs populaires, islamistes et militants des droits de l’homme.  Elle s’est également appliquée aux manifestants ces derniers jours. D’après le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux, plus de 500 personnes ont été arrêtées et sont détenues depuis le vendredi 20 septembre. Pour d’autres ONG, le bilan s’établit à plus de 1 000, mercredi 25 septembre. Tandis que les vidéos des manifestations sont devenues virales sur Internet, le pouvoir a décidé de bloquer certaines plateformes à l’instar de la BBC ou de Messenger (la messagerie de Facebook). Le régime veut éviter que les Egyptiens répondent à l’appel de la « marche du million », devant se tenir le vendredi 27 septembre.

Mohamed Ali est l’instigateur de ce mouvement. Exilé en Espagne, ce réfugié politique et magnat de l’immobilier a publié une série de vidéo dans lesquelles il invite les Egyptiens à se mobiliser, accusant notamment les responsables politiques du pays d’enrichissement personnel en détournant l’argent public. Ayant collaboré avec le régime dans le cadre de ses activités professionnelles mais n’ayant pas reçu sa rémunération, Mohamed Ali prétend détenir des preuves de cette corruption à la tête de l’Etat.

Héros populaire pour certains, traitre à la nation pour d’autres, l’homme de 43 ans, méconnu du grand public il y a quelques semaines, suscite de vives réactions. Il soulève en effet la question taboue de la corruption dans l’armée.

Comme en 2011 mais à une échelle beaucoup plus faible, les Egyptiens réclament un changement de régime et ont fait des réseaux sociaux leur porte-voix en dépit des interdictions. Les motivations, slogans et revendications des contestataires sont par ailleurs très similaires à ceux invoqués il y a huit ans. Le chômage et les niveaux de vie n’ont en effet pas connu d’amélioration et les appels à la liberté et à la démocratie se multiplient. Le régime contre-révolutionnaire de Sissi devra prendre acte de ces revendications sociales.  Il convient de souligner toutefois qu’il bénéficie à l’échelle internationale d’un soutien de la part des puissances étrangères et notamment occidentales.

Sans doute faut-il observer les turbulences du Soudan et de l’Algérie où les mobilisations populaires appellent aux mêmes changements. Ces derniers mois, elles ont abouti aux évictions présidents Omar el-Béchir et Abdelaziz Bouteflika, respectivement au pouvoir depuis 29 et 19 ans. Une différence substantielle les distingue cependant de l’Egypte, ces pays n’ayant pas vécu de printemps arabe proprement dit ni subi les bouleversements qui en ont résulté. Si l’armée semble avoir pris le contrôle dans cette période de transition, les mobilisations en faveur de la liberté dans la région démontrent souvent le caractère transnational des soulèvements populaires.

Relance des tensions entre les Etats-Unis et l’Iran à la suite des attaques de drones en Arabie-Saoudite

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Le samedi 14 septembre en Arabie saoudite, un raid de drones militarisés a provoqué de graves dommages sur deux sites industriels majeurs du groupe Aramco[1] (une usine à Abqaiq et un champ pétrolier à Khurais dans l’est du pays). Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammed Javad Zarif a déclaré être prêt à une « guerre totale ». Cela fait suite aux déclarations de Mike Pompeo, qui, en visite à Djeddah, dessine une stratégie de riposte. En raison de l’ampleur des avaries, le ministre saoudien de l’énergie, le prince Abdoulaziz ben Salman, a annoncé la réduction de moitié de la production de pétrole du royaume. Le groupe pétrolier saoudien déclare, de son côté, qu’il puiserait dans les stocks afin de compenser la baisse de production, sans apporter de précision quant au délai nécessaire pour retrouver un rendement normal.

Cette attaque a été revendiquée par les rebelles Houthistes qui déclarent avoir agi en riposte aux frappes aériennes opérées par la coalition militaire menée par Ryad au Yémen. La manœuvre des rebelles chiites engendre, outre la flambée immédiate des cours du pétrole et les répliques militaires saoudiennes envisageables, une nouvelle passe d’arme entre les États-Unis et l’Iran.

Voir aussi : Guerre au Yémen : catalyseur des tensions entre Arabie saoudite et Emirats arabes unis

Les premiers par l’intermédiaire de Mike Pompeo, Secrétaire d’État, ont accusé « l’Iran [d’avoir] lancé une attaque sans précédent contre l’approvisionnement énergétique mondial ». S’il est acquis que Téhéran apporte son soutien aux Houtis, le Secrétaire d’État n’apporte toutefois pas d’éléments de preuve permettant d’étayer cette accusation. En réponse, Téhéran présente un démenti ironique, voire moqueur, par la voix du porte-parole des affaires étrangères, Abbas Moussavi, qui dénonce « des accusations et remarques aussi stériles et aveugles [qu’] incompréhensibles et insensées ». De leur côté les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique, jouent l’apaisement lorsque le commandant de la branche aérospatiale précise que “ni nous, ni les Américains ne voulons une guerre“. Ne manquant tout de même pas de rappeler que l’Iran reste “toujours préparé pour une guerre totale“.

La France marque une nouvelle fois sa position « non alignée » sur ce dossier en condamnant l’escalade sans cibler l’Iran directement. Paris souhaite ménager la chèvre et le chou dans une séquence ou elle tente désespérément de maintenir Téhéran dans les accords de Vienne alors que les États-Unis appellent la communauté internationale à condamner publiquement l’Iran pour ces attaques. La Chine tient une position similaire en exhortant lundi les deux protagonistes à la « retenue ».

En l’absence de renseignements consistants, il serait hasardeux d’affirmer que Téhéran n’est pas impliqué dans les attaques perpétrées par les rebelles yéménites ou dans les sabotages de pétroliers dans le détroit d’Ormuz aux mois de mai et juin derniers ou d’occulter l’aspiration au statut de puissance régionale affichée par la République islamique. Par ailleurs, il est impossible de confirmer les accusations de Donald Trump, qui a choisi le rapport de force comme mode opératoire pour la conduite de sa diplomatie, en particulier vis-à-vis de l’Iran.  La volonté déclarée du locataire de la Maison Blanche est bien de maintenir une pression maximale sur Téhéran, par le biais d’un embargo strict, afin de mener les autorités iraniennes à négocier un nouvel accord sur le nucléaire, plus en phase avec les visions américaine, saoudienne et israélienne. Par ailleurs, le Président Trump, qui tient l’Iran pour responsable de l’instabilité dans la sous-région, implique maintenant toute la communauté internationale en accusant le régime des Mollahs de mettre en péril l’approvisionnement énergétique mondial. Il tente ainsi d’ostraciser davantage Téhéran.

Difficile dans ce contexte de faire émerger toute la lumière sur cette affaire et en l’absence de preuves tangibles, prendre parti de manière objective est une gageure. L’histoire récente nous rappelle que l’Iran est soupçonné d’être l’instigateur d’un certain nombre d’attentats visant des opposants à l’étranger ainsi que les intérêts du « petit et du grand Satan » (Israël et les États-Unis). De leur côté les Etats-Unis ont également montrés leur capacité de désinformation.

Dans ce flou, quelques points émergent : 1- les Etats-Unis et l’Iran partagent la même stratégie : tenter de faire plier l’adversaire en faisant monter les enchères sans aller trop loin, car ni Donald Trump ni Hassan Rohani ne souhaitent le conflit (le limogeage de John Bolton en est une illustration). 2- les quatre acteurs impliqués dans cette tension (Etats-Unis, Iran, Israël et Arabie Saoudite) sont en fragilité politique interne, ce qui pourrait favoriser une surenchère menant à la perte de contrôle. 3- cette crise illustre bien notre nouveau monde stratégique : moins clair, moins stable, moins contrôlé, plus imprévisible.

 

Sur le même sujet : L’Iran peut-il réellement fermer les détroits d’Ormuz et de Bab el Mandeb ? – par Arnaud Peyronnet

[1] Compagnie nationale saoudienne d’hydrocarbure

Election présidentielle en Tunisie : un résultat surprenant

Kaïs Saïed et Nabil Karoui.
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Le dimanche 15 septembre, les Tunisiens étaient appelés à se rendre aux urnes. Après la mort du Président Béji Caïd Essebsi, l’heure était au bilan pour ce pays qui, plus de huit ans après la révolution, poursuit sa reconstruction. En dépit de son statut d’ « exception » dans le monde arabe, la situation politique, économique, sociale et sécuritaire du pays ébranle la jeune démocratie alors que le niveau de vie des Tunisiens ne progresse pas.

Lire aussi : Tunisie : mort du président Béji Caïd Essebsi

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Initialement prévues à la fin de l’année, les élections ont été anticipées en raison de la disparition du Président. Pour les deuxièmes élections présidentielles depuis la révolution, 26 candidats étaient en lice.

Les résultats présentés par l’Isie – l’Instance supérieure indépendante pour les élections en Tunisie –placent en tête le juriste Kaïs Saïed. N’appartenant pas à un parti politique, ce dernier a obtenu près de 19% des voix. Il est suivi par l’homme d’affaires Nabil Karoui (15%) à la tête du nouveau parti « Qalb Tounes » (Au cœur de la Tunisie) et actuellement incarcéré pour fraude fiscale et blanchiment d’argent. La troisième place est occupée par le candidat du parti islamiste Ennahdha, Abdelfattah Mourou. Quant à Youssef Chahed, actuel Premier ministre et représentant le parti Tahya Tounes, il est arrivé à la 5ème place.

Les deux hommes en lice pour le second tour sont estampillés « anti-système ». Kaïs Saïed, constitutionnaliste et commentateur politique a mené sa campagne sur la base du porte-à-porte, sans moyens financiers ni meetings. S’étant fait connaitre en commentant l’actualité politique tunisienne sur les plateaux de télévision, ce néophyte en gouvernance politique apparait comme l’un des plus conservateurs de la campagne. Il s’est en effet exprimé contre l’abolition de la peine de mort, l’abrogation des textes punissant l’homosexualité mais également contre l’égalité hommes/femmes en matière d’héritage. Quant à Nabil Karoui, il est à la tête de la chaîne populaire Nessma TV qu’il a lui-même fondée. Ces derniers mois, la chaine a mis en scène les actions de charité menées par l’homme d’affaires, notamment dans les régions les plus reculées du pays. Auparavant proche de l’appareil politique et originaire du système, Nabil Karoui a fait le choix d’un virage populiste en se présentant comme l’homme du peuple. En faisant de la lutte contre la pauvreté son fer de lance, Nabil Karoui a réussi à convaincre l’opinion publique tunisienne. Une semaine avant le début de la campagne, il a été mis en détention provisoire, Nessma TV étant accusé d’un manque de transparence concernant son capital. Par trois fois, la justice tunisienne a refusé ses demandes de libération. Or, son incarcération n’a pas entrainé un arrêt de son ascension. Au contraire, sa détention est instrumentalisée pour dénoncer le manque de neutralité de la justice qui aurait cherché à l’évincer de la course au pouvoir. Ce qui confère, à Nabil Karoui, du point de vue de ses partisans le statut de « prisonnier politique ». En outre, l’élection tunisienne a démontré que le mélange des genres – entre argent, pouvoir et communication – a une incidence directe sur le débat public.

Le consensus apparu lors des précédentes élections entre Ennahdha et Nidaa Tounes – qui s’est délité par la suite – semble impossible dans la configuration actuelle avec la percée de candidats « outsiders ». Le résultat de cette élection est un camouflet asséné aux élites politiques traditionnelles et témoigne de la perte de confiance des Tunisiens envers la sphère politique. A ce titre, l’élection n’a mobilisé que 45% du corps électoral, contre 64 en 2014, ce qui témoigne de l’essoufflement du système électoral classique. Les jeunes, très actifs lors de la révolution, semblent s’investir davantage en dehors des urnes.

Amel Boubekeur, chercheure en sociologie à l’EHESS et Kmar Bendana, professeur émérite d’histoire à l’Université de La Manouba, nuancent la situation. Selon elles, Kais Saïed et Nabil Karoui incarnent la politique de transition opérée par le pays mais également des symboles du rejet des élites politiques traditionnelles.

Si la date du second tour n’est pas strictement fixée, il pourrait avoir lieu le 29 septembre, le 6 octobre ou le 13 octobre et coïncider avec les élections législatives du 6 octobre. Ces dernières auront une incidence directe sur la vie politique tunisienne. Avec l’élection d’un hyperconservateur ou d’un populiste à la tête du pays, le futur politique de la Tunisie soulève une incertitude sur les évolutions à venir. Elle pourrait d’ailleurs influer sur la nature même de la démocratie recherchée. Serait-ce alors la remise en cause de certains acquis constatés depuis 2011 ?

 

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