Author: Beatrice

Clôture de la 29ème session méditerranéenne des haute études stratégiques

La 29ème session méditerranéenne des haute études stratégiques s’est achevée le 15 juin 2019 à l’issue d’un séminaire de trois jours en région toulonnaise, marquée par les interventions du vice-amiral d’escadre Eric Chaperon et du vice-amiral d’escadre Charles-Henri de la Faverie du Ché.

Le 13 juin, l’ouverture du neuvième et dernier séminaire s’est déroulée à la salle Mozart, mise à la disposition de l’Institut FMES par la municipalité de Toulon. Le vice-amiral d’escadre Eric Chaperon, représentant militaire français auprès du Comité militaire de l’Union européenne et du Conseil de l’Atlantique Nord, y a présenté devant un parterre d’autorités civiles et militaires sa vision du rôle de l’OTAN et de l’Union européenne en Méditerranée. Il est en particulier longuement revenu sur les opérations militaires menées par les deux organisations, qui l’une comme l’autre, malgré des moyens et des ambitions différents, sont présentes sur le territoire de l’ex-Yougoslavie et déploient des forces aéromaritimes au large des côtes libyennes.

L’OTAN dirige une opération de soutien de la paix au Kosovo la Force pour le Kosovo (KFOR) – depuis le 12 juin 1999, qui « contribue à maintenir un environnement sûr et sécurisé au Kosovo et à y préserver la liberté de circulation au profit de tous ». L’Union européenne quant à elle mène une opération militaire en Bosnie-et-Herzégovine appelée « ALTHEA » afin « de jouer un rôle dissuasif […] et de contribuer à un climat de sûreté et de sécurité indispensable ». Cette mission est menée en ayant recours aux moyens et capacités communs de l’OTAN (accords « Berlin Plus »), soulignant ainsi les faiblesses de l’Union européenne sur le plan militaire. Dans le domaine maritime, l’Union européenne mène « une opération militaire de gestion de crise qui contribue à démanteler le modèle économique des réseaux de trafic de migrants et de traite des êtres humains dans la partie sud de la Méditerranée centrale », baptisée « SOPHIA » tandis que l’OTAN contribue au travers de l’opération « Sea Guardian » à la connaissance de la situation maritime et à la lutte contre le terrorisme, et participe à la constitution de capacités de sûreté maritime.

L’après-midi du 13 juin ayant été consacré à la préparation par les auditrices et auditeurs de la restitution des travaux de comités, c’est le 14 juin que le cycle de visites a repris par une découverte de l’atelier industriel de l’aéronautique (AIA) de Cuers-Pierrefeu, un des cinq ateliers du service industriel de l’aéronautique (SIAé). Créé en janvier 2008, le SIAé est un service de soutien qui relève du chef d’état-major de l’armée de l’air et qui « exécute les actions de maintenance industrielle des matériels aéronautiques dont la responsabilité lui est confiée ou dont il obtient commande ». A ce titre, l’AIA de Cuers Pierrefeu assure essentiellement la maintenance du parc aéronautique de la Marine nationale, à l’exception des Rafales, et a livré 21 aéronefs en 2018. Mais la particularité de l’AIA réside dans sa division « radômes et composites », le personnel de l’atelier concevant, réalisant et testant les radômes de tous les aéronefs militaires depuis le Mirage IV, ce qui à l’époque permettait de garantir l’autonomie stratégique de la dissuasion nucléaire. C’est en préservant cet héritage que l’AIA a fabriqué en 2018 trente-trois radômes et en a rénové 73.



A l’issue d’un rapide buffet pris au milieu des vignobles varois, les auditrices et auditeurs ont eu le privilège de visiter l’installation nucléaire de base secrète de Toulon située au cœur de la base navale de Toulon, achevant ainsi un cycle « nucléaire » débuté dans l’enceinte sécurisée de l’Unité de Propulsion Nucléaire du centre de recherche de Cadarache. Conformément à l’organisation du ministère des Armées dans les domaines de la sécurité nucléaire fixée par l’arrêté du 20 août 2015, le directeur du service de soutien de la flotte de Toulon a été désigné comme responsable d’installation par le chef d’état-major de la marine, lui-même exploitant délégué « des INBS, moyens et installations associés en service implantés à Toulon, Brest et l’île Longue ». Les auditrices et auditeurs, après avoir revêtu les tenues appropriées, ont été en mesure de constater la rigueur des dispositions prises pour « prévenir et limiter les nuisances et les risques externes résultant de l’exploitation des INBS », en matière de pollution atmosphérique comme de de pollution des eaux.

Enfin, acte final de la 29ème session, la matinée du samedi 15 juin a permis aux auditrices et auditeurs de restituer les travaux portant sur les « conséquences géopolitiques de l’exploitation des gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale ». Dans un brillant exposé à plusieurs voix devant de nombreuses autorités, s’appuyant sur leurs recherches personnelles et les nombreuses visites et interviews ayant marqué la session, ils ont déroulé trois scénarios issus de leurs réflexions prospectives, allant d’une vision optimiste permettant à tous les pays riverains de bénéficier des richesses des sous-sols marins à la montée d’un conflit ouvert, assortie de propositions permettant d’éviter cette confrontation. Le vice-amiral d’escadre Charles-Henri de la Faverie du Ché, commandant la zone maritime Méditerranée, qui avait déjà prononcé la conférence d’ouverture le samedi 20 octobre 2018, a tenu à remercier et féliciter les intervenants pour la qualité de leurs travaux, avant de partager avec eux l’option qu’il avait retenue et qu’il ne manquera pas de défendre dans les prochaines semaines.

Alors que, coïncidence des calendriers, les sept chefs d’Etats et de gouvernements des pays du sud de l’Union européenne publiaient une déclaration qui dans son paragraphe 22 affirmait « les droits souverains de la République de Chypre à explorer, exploiter et développer ses ressources naturelles au sein de sa zone économique exclusive » et s’inquiétaient des activités de forage « réelles ou potentielles » conduites par la Turquie dans cet espace, le vice-amiral (2S) Benoît Le Masne de Chermont, président de l’Institut FMES, a clos la 29ème session en remettant aux auditrices et auditeurs leur diplôme cosigné par le général de corps d’armée Patrick Destremau directeur de l’Institut des hautes études de défense nationale.

 

La Chine en Méditerranée : un nouvel acteur – par Mustapha Benchenane

Un article de Mustapha BENCHENANE, docteur d’Etat en science politique, conférencier au Collège de l’OTAN et éditorialiste à l’institut FMES.

Une frégate chinoise du type Jiangkai II, ici lors d’une escale à Toulon.
Tous droits réservés.

Il y a encore une vingtaine d’années, personne n’envisageait que la Chine serait, à brève échéance, un acteur avec lequel il faudrait composer en Méditerranée. On avait pris l’habitude d’y observer et d’y analyser les rapports de force entre les pays riverains, la Grande-Bretagne, les États-Unis et la Russie.

La Chine, pensait-on, était trop loin et ses centres d’intérêt ailleurs, dans son environnement le plus proche. Mais ce pays a réalisé en très peu de temps – moins d’un demi-siècle – une percée dans tous les domaines, au point de devenir une puissance à l’échelle planétaire. Peuplé d’un milliard trois cents millions d’habitants, il a su préserver son unité, trouver sa place dans l’économie de marché mondialisée grâce à ses capacités d’adaptation – « l’économie socialiste de marché » – à un régime politique sui generis  – ni démocratique ni totalitaire – et fonctionnant à l’idéologie mais aussi avec une forte dose de coercition. La croissance économique élevée et l’existence d’une classe moyenne importante, sont aussi un facteur de stabilité. Il n’y a pas de « miracle chinois », mais une compréhension de la complexité du monde nouveau, une intelligence stratégique, une volonté et même, un volontarisme, une organisation et une mobilisation avec un objectif de développement dans tous les domaines, afin de peser sur les rapports de force. Cette vision globale explique les raisons de la présence chinoise en Méditerranée.

Une mondialisation chinoise : la « route de la soie »

La « route de la soie » englobe la Méditerranée comme elle tisse son réseau de communication sur tous les continents, mers et océans. Le projet a commencé officiellement en 2013, à l’occasion d’un voyage du Président Xi Jinping au Kazakhstan.

L’objectif est de construire des infrastructures sur deux types de route, des routes terrestres et des routes maritimes. Cela comprend aussi tous les moyens de transport des ressources énergétiques, dont les pipelines. Quant à la route maritime, elle consiste dans des investissements et des concessions d’exploitation commerciale dans de nombreux ports, partout dans le monde. En Méditerranée, la Chine a mis à profit les graves difficultés économiques de la Grèce pour investir dans le port du Pirée.

Pékin a organisé à Rome en février 2013 une conférence réunissant les représentants des ministères de l’agriculture de 6 pays d’Europe du sud : l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Grèce, Chypre et Malte. En 2015, ces 6 pays ont été invités en Chine afin de développer des partenariats de « coopération maritime globale ». Il faut avoir à l’esprit que la « route de la soie » dont les deux volets, maritime et terrestre, doivent se joindre à Venise, passe par la Grèce, l’Italie et l’Espagne. La rive sud de la Méditerranée fait l’objet d’une attention particulière. La Chine propose aux pays arabes de construire ensemble « une ceinture et une route » pour un « développement partagé », de créer des « synergies » entre les stratégies de développement des deux parties. Pékin leur achète chaque année 110 millions de tonnes de pétrole brut. La Chine est le deuxième partenaire commercial du « monde arabe ».

Bien avant qu’on ne parle de la « route de la soie », et dès les années 60, la Chine a commencé à avoir une présence dans cette zone, en particulier en Algérie. Alger a fait appel aux Chinois d’abord dans le domaine médical. Il y a eu des équipes de médecins chinois dans plusieurs hôpitaux en Algérie. Ils ont toujours eu le double souci de la discrétion et de l’efficacité. Puis la coopération s’est étendue à d’autres secteurs, en particulier le bâtiment : ils ont construit des centaines de milliers de logements payés par l’État. Ils ont toujours refusé de faire du « transfert de technologie », prétextant l’obligation de respect des délais de livraison du « produit clef en main ». Pour eux, recruter une main d’œuvre locale les auraient empêchés de respecter scrupuleusement les contrats et les auraient exposés à des pénalités de retard.
La nouvelle stratégie de la « route de la soie » est d’une nature et d’une ampleur profondément différentes des pratiques des années 60 à 90….

La deuxième phase du projet « route de la soie » a consisté à développer des « hubs » que les Chinois appellent « zones économiques spéciales ». Ce sont des relais servant à la production, au stockage et au redéploiement de marchandises.
La troisième phase enfin concerne la circulation de l’information par des réseaux de fibre optique.
L’un des instruments de cette politique est la Banque Asiatique d’Investissement sur les Infrastructures (BAII) qui finance des infrastructures.
Ce qui est remarquable dans cette approche, c’est l’intelligence, l’habileté des Chinois qui se sont montrés capables de relever le défi de la mondialisation, mais plus encore, de veiller à mettre en place une autre mondialisation dont ils ont la maîtrise. Mais cela ne leur suffit pas. En effet, il se dote de moyens considérables dans d’autres domaines : la défense et la culture.

Les moyens d’une politique de puissance

Chaque année, en même temps qu’ils annoncent le montant du budget militaire de la Chine, les États Unis expriment leur « inquiétude ». Pourtant, le budget chinois pour la défense est de 177 milliards de dollars pour 2019, alors que celui des Américains est de 716 milliards de dollars. Pékin a augmenté de 7,5 % ses dépenses en 2019, en baisse par rapport aux années précédentes. Il était de 8,1% en 2018. Mais il a dépassé les 20% de croissance depuis 2015. Le but annoncé est de disposer « de forces armées prêtes au combat ». Afin de mesurer l’ampleur de ces sommes, ayons à l’esprit ce que disait l’Amiral Christophe Prazuck en octobre 2017 : « En 4 ans les Chinois ont lancé l’équivalent en volume de la marine française ». Il ajoutait : « <D’ailleurs, en juillet dernier, il y avait davantage de navires de combat chinois que de navires français en Méditerranée ».
En 2015, il y a eu des exercices militaires conjoints russo-chinois en Méditerranée. Pékin a construit une base à Djibouti en 2017 et dispose de facilités sur la base de Tartous en Syrie. Leurs moyens sont suffisamment importants et leur mise en œuvre maîtrisée au point qu’ils ont été capables d’évacuer environ 35 000 de leurs concitoyens de Libye en 2011. L’une des justifications des dépenses militaires en hausse est la « protection des citoyens chinois » dans le monde. La Chine dispose, entre autres, de 58 sous-marins dont 6 nucléaires et a mis en chantier 2 porte-avions supplémentaires.
Or, ce dernier type de bâtiment ne sert pas uniquement à conduire une politique d’influence, mais signifie que l’on mène une politique de puissance. En effet, un porte-avions est, d’une part, une base militaire mobile. Il sert dans le cadre de projection de forces. En Méditerranée, mer étroite, il suffit de deux porte-avions pour exercer des pressions sur un ou des pays riverains. Il est, d’autre part, juridiquement, un morceau du territoire national du fait de son statut particulier. La façon dont les dépenses militaires d’un pays sont réalisées, donne une indication de ses orientations stratégiques. A cet égard, les orientations de la Chine ne trompent plus personne, à plus forte raison si on s’intéresse à sa politique dans les secteurs de la culture.

Quand on évoque la politique de puissance d’un État, on a généralement en tête plusieurs dimensions : la science, la technologie, l’innovation, l’économie, la monnaie, le commerce extérieur, les moyens militaires… il manque une dimension, pourtant fondamentale, la culture. C’est ce que les Américains ont compris depuis longtemps, d’où leur volonté d’exporter leur langue, leurs modes de consommation, leurs valeurs, leur conception du monde, etc.

Les Chinois tentent de le faire. En 2016, ils ont célébré les 60 ans des premières relations diplomatiques entre la Chine et les pays arabes. A cette occasion, Pékin a publié le premier document sur sa politique envers ces pays. Ce document situe ces relations sur le registre de la coopération, en insistant sur le soutien (« passionné ») au processus de paix au Moyen Orient et à « la juste cause du peuple palestinien ». La politique culturelle passe par l’ouverture d’Instituts Confucius chaque fois que cela est possible au sud de la Méditerranée et dans les pays du Golfe. C’est ainsi qu’il y a actuellement 11 Instituts Confucius dans 9 pays arabes. L’objectif officiel de ces Instituts est d’« aider les peuples à connaître la langue et la culture chinoises et renforcer les échanges et coopération entre la Chine et les autres pays du monde dans les domaines de l’éducation et de la culture ». Au Maroc, par exemple, il y a 3 Instituts Confucius, à Rabat, Casablanca et Tanger. En Tunisie, le premier Institut Confucius a été inauguré le 12 novembre 2018 à l’université de Carthage. Les Chinois avaient lancé en 2002 le « Chinese Bridge Project » pour la promotion de la langue chinoise à l’étranger.

Le nombre d’étudiants étrangers en Chine a triplé en dix ans : on en compte 300 000 en 2019. Cinq milliards de dollars sont consacrés à la mise en place d’un réseau mondial de presse, radio et télévision. Pour l’heure, 14 000 étudiants arabes poursuivent leurs études en Chine. Il y a 183 vols réguliers entre la Chine et les pays arabes, ce qui correspond au déplacement de 1,02 million de personnes chaque année dans les deux sens. Toute cette politique est « habillée » d’un discours très « conventionnel » : il s’agirait de « promouvoir les échanges socio-culturels »… de « renforcer le dialogue entre les civilisations ». Dans la réalité, il est indispensable, si l’on veut comprendre, d’analyser la politique chinoise de façon globale.

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Si les dirigeants chinois possèdent l’intelligence stratégique qui leur permet d’avoir une vision globale du monde et de leurs intérêts à très long terme, ils n’ont pas encore fait de leur pays une puissance globale comme le sont les États-Unis. Ils n’y parviendront sans doute pas car il manquera toujours à la dimension culturelle chinoise le pouvoir d’attraction qu’ont su créer les Américains : cette froide rationalité doublée d’une alchimie qui a suscité, à l’échelle planétaire, ce que certains appellent le « rêve américain ».

Mais le « génie chinois » a consisté d’abord à s’adapter à la mondialisation voulue par d’autres qu’eux. Dans un premier temps, ce pays est devenu l’ « usine du monde », et on croyait en Occident que cela suffirait. Aujourd’hui, la Chine va beaucoup plus loin : pour assurer son avenir de la meilleure des manières et afin que son destin soit essentiellement entre ses mains, elle met en place une autre mondialisation, celle de la route de la soie, qu’elle contrôle.

Sa politique en Méditerranée s’inscrit dans cette approche stratégique. C’est la raison pour laquelle il faut s’attendre à une présence chinoise renforcée dans cette zone. Il appartient aux riverains de cette mer de ne pas se laisser marginaliser dans leur propre environnement.

29ème SMHES à Genève : au cœur du multilatéralisme et des institutions internationales

Les 17 et 18 avril, les 20 auditrices et auditeurs de la 29ème Session Méditerranéenne des Hautes Etudes Stratégiques (SMHES) se sont rendus à Genève pour leur 7ème séminaire basé sur les institutions internationales.

La première matinée s’est déroulée à l’Humanitarium du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Après une vidéo recensant les activités de l’organisation internationale, Pascal Daudin, ex-conseiller à la direction du droit international et des politiques humanitaires fraichement retraité, a fait le déplacement spécialement pour les auditeurs. Il a présenté les activités du CICR autour du thème « Les nouveaux défis de l’action humanitaire dans les zones à risques ». Cette conférence a été l’occasion d’apprendre les circonstances de la création du CICR, imaginé durant la bataille de Solferino par Henry Dunant. Possédant une identité duale – normative et opérationnelle – le CICR, qui est basé sur une action neutre, indépendante et impartiale, possède un budget de 2 milliards de dollars par an et bénéficie de 80 délégations à travers le monde. Pascal Daudin a évoqué le déclin du multilatéralisme dans un contexte géopolitique mondial où le souverainisme est exacerbé. Ce phénomène rend difficile l’intervention dans certains Etats qui y voient une ingérence. Ce climat questionne sur le devenir du CICR et plus globalement de l’action humanitaire, notamment avec l’émergence des nouvelles technologies.

A l’Humanitarium du CICR.

A l’issue de cette conférence, Brian McQuinn, chercheur diplômé de l’université d’Oxford a donné une analyse des groupes armés non étatiques. Spécialiste de la Libye, il travaille avec plus de 100 groupes armés à travers le monde.

La matinée s’est poursuivie à la villa des Ormeaux où travaillent les deux ambassadeurs français auprès des organisations internationales : Yann Hwang et François Rivasseau. Yann Hwang est le représentant de la France auprès de la Conférence du désarmement à Genève tandis que François Rivasseau est le représentant permanent de la France auprès de l’Office des Nations unies à Genève et des organisations internationales en Suisse.

Après un déjeuner dans le jardin de la villa permettant une splendide vue sur la ville de Genève où les auditeurs ont pu tour à tour discuter avec M. l’ambassadeur Yann Hwang, la diplomate égyptienne Heidi Serry a évoqué l’amitié franco-égyptienne, la coopération euroméditerranéenne et les défis auxquels Le Caire est confronté, notamment le terrorisme ou les migrations illégales. Ces thèmes font partie des priorités de l’Egypte depuis février, date qui marque le début de sa présidence de l’Union africaine.

L’ambassadeur Hwang, en poste depuis septembre 2018 à Genève, a expliqué la notion du désarmement aux auditeurs. Ce terme faisant référence à la contrainte de l’arme et de sa possession, il s’agit d’un droit à vocation universelle auquel tous les Etats sont supposés s’engager. Née après la Première guerre mondiale, cette idée a réémergé à l’issue de la Seconde guerre mondiale à Genève : la course aux armements doit être régulée par le droit. L’ambassadeur a donné un éclairage sur les Etats et leurs rapports à la notion de désarmement.

Les auditeurs en présence de l’ambassadeur Hwang

A l’issue de ses propos, les auditeurs se sont entretenus avec les conseillers de l’ambassadeur. Benjamin Weizs, son premier conseiller a dressé un tableau sur le métier de diplomate et a donné des éclairages sur l’immunité diplomatique. Les diplomates sont en effet les canaux de communication entre les Etats.

Le conseiller militaire de l’ambassadeur, le colonel Pascal Levant, a donné un discours franc sur la place qu’occupe la France dans le désarmement. Parce qu’elle fait la guerre, produit, utilise et vend des armes, Paris fait figure de « mauvaise élève ». Toutefois, la commission de désarmement a pour mission de défendre ses intérêts. Les auditeurs ont appris que la Conférence du désarmement à Genève repose sur le consensus. Or, cette notion est difficile à atteindre. On parle alors de blocage des institutions, notamment du fait des positions américaine et russe.

La fin de l’après-midi a été marquée par l’intervention de M. l’ambassadeur François Rivasseau, représentant permanent de la France auprès de l’ONU et des 37 organisations internationales à Genève. Ses missions à Genève sont duales. D’abord, il doit représenter la France à travers l’influence et la défense des intérêts français. D’autre part, il a pour mission d’œuvrer en faveur des droits de l’homme. A ce titre, les sujets humanitaires en lien avec le CICR, l’OIM, l’UNHCR sont nombreux, d’autant plus que les crises sont bloquées. Il est plus aisé pour les interlocuteurs de se rencontrer à Genève plutôt qu’à New York, siège de l’ONU. Dans la ville suisse, François Rivasseau a expliqué que le multilatéralisme se faisait « au jour le jour », le contexte étant moins « abrasif » qu’à New York.

Le vice-amiral d’escadre (2s) Pascal Ausseur, directeur de l’institut FMES et l’ambassadeur François Rivasseau

Ses propos ont laissé place à l’intervention de Cécile Mahé, déléguée permanente adjointe auprès Délégation permanente de la France auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). L’OMC est une organisation indépendante comptant 164 Etats membres, les derniers pays ayant adhéré étant le Libéria et le Yémen. L’Union européenne est en charge de négocier à la place de Paris. Quant à la France, elle « explique et écoute ». Avec un budget de 200 millions de francs suisses, l’OMC vit des contributions de ses membres. A ce titre, la France en est la 6ème contributrice en 2019. Cécile Mahé a donné une description complète et honnête des problèmes que traverse l’OMC notamment s’agissant des cycles de négociations qui sont longs et qui nécessitent un consensus.

Cette première journée s’est conclue par l’inauguration du « chalet de la paix » dans le jardin de la Villa des Ormeaux.

Jeudi 18 avril qui marque la deuxième journée de séminaire a été consacrée à l’Organisation des Nations unies (ONU) et à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Dans le bâtiment historique de l’ONU, inauguré à l’époque de la Société des Nations, Alexandre Carette, assistant presse a détaillé l’organisation, ses activités et les enjeux contemporains que pose le multilatéralisme. Tandis que l’ONU compte actuellement 193 Etats membres, pas moins de 10 000 réunions se tiennent chaque année dans l’enceinte du bâtiment. L’ONU est le symbole même du multilatéralisme, son idée de départ étant de construire un monde où les camps de concentration et la Seconde guerre mondiale ne devaient plus arriver. L’organisation officie à Genève, « capitale des droits de l’homme ». En effet, dans cette ville se trouvent les sièges du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, du Conseil des droits de l’homme ou encore des organes des traités des droits de l’homme.

La matinée s’est poursuivie au siège de l’Organisation mondiale du commerce avec l’intervention de Pierre Latrille, conseiller, division de l’examen des politiques commerciales. Ses propos ont complété ceux de Cécile Mahé la veille et ont donné un éclairage sur la stratégie de l’OMC.

Après un déjeuner dans la cafétéria de l’ONU, les auditeurs de la 29ème session SMHES ont assisté à la conférence de Luc Brandt, conseiller spécial au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). Une vidéo a présenté l’action de l’organisation. Luc Brandt a détaillé les caractéristiques des réfugiés et leur parcours pour accéder à l’asile. Il a toutefois expliqué que le système d’asile est actuellement en crise alors que le monde compte environ 25 millions de réfugiés – la plupart originaires du Soudan du Sud, d’Afghanistan et de Syrie. Avec un budget annuel total de 7 milliards de dollars, le UNHCR est également en charge de l’installation de ces migrants, conformément aux demandes des pays d’accueil. Les Etats-Unis figurent à la première place des donateurs tandis que la France est à la 14ème position.

 

Le séminaire international s’est achevé avec Azzouz Samri, chef de la division des organes directeurs et conseiller régional pour l’Afrique par intérim qui a décrit les activités de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Après un bref historique de l’OIM, Azzouz Samri a décrit le profil des migrants avec des chiffres et a donné l’étendue des missions de l’OIM. L’OIM agit afin relever les défis que pose la gestion des flux migratoires, entend favoriser la compréhension des questions de migration, promeut le développement économique et social à travers les migrations et œuvre au respect de la dignité humaine et au bienêtre des migrants. Son champ d’action est étendu et concerne le développement humain, la santé, le rapatriement et la consolidation de la paix.

Au cœur de « Genève internationale », les auditeurs ont reçu un message fort sur le multilatéralisme. Motivé par un idéal de paix, le multilatéralisme est indispensable au maintien de la paix et à la garantie des droits de l’homme. Toutefois, les interlocuteurs rencontrés ont souligné la difficulté que connait actuellement cette notion et les enjeux auxquels elle est confrontée.

 

Invitation à la conférence - Enjeux et perspectives du théâtre méditerranéen

A l’occasion de l’inauguration de la 29ème session des SMHES, l’institut FMES vous convie à la conférence « Enjeux et perspectives du théâtre méditerranéen » donnée par le préfet maritime de la Méditerranée, le Vice-Amiral d’Escadre Charles Henri LEULIER de la FAVERIE du CHE.

L’événement se tiendra dans l’amphithéâtre de la Maison du Numérique et de l’Innovation (Place Georges Pompidou, Toulon), à partir de 9 heures. Pour plus d’informations, veuillez nous contacter par courriel ou bien par téléphone au 04 94 05 55 55.

 

 

 

 

 

Escales à Dunkerque, Calais et Boulogne pour la 3e session nationale « Enjeux et stratégies maritimes »

C’est dans les Hauts-de-France que les auditeurs de la 3e session nationale « Enjeux et stratégies maritimes » ont jeté l’ancre les 4 et 5 mai avec un séminaire consacré à la gestion des ports, à la sécurité et la planification des espaces maritimes et à la pêche.
Le vendredi 4 mai, l’accueil et les explications de Stéphane Raison, président du directoire du Grand Port Maritime de Dunkerque (GPMD), suivis de la visite concrète de ses installations, ont immédiatement plongé les auditeurs dans les défis industriels et de compétitivité auxquels sont confrontés les grands ports français face à la concurrence internationale. Il s’agit d’anticiper et d’innover avec une véritable préoccupation de développement durable.

Les auditeurs de la 3e SN ESM sur le chantier de construction du nouveau terminal conteneur du Grand Port Maritime de Dunkerque

Appareillage ensuite vers Calais où le sous-préfet, Michel Tournaire, a dressé un panorama des problématiques de sûreté auxquelles est confronté le 2e port de passagers d’Europe. Guidé par Jean-Michel Roussel, directeur de la sûreté du port, les auditeurs ont pu visiter les installations et mesurer concrètement l’importance des mesures prises et le haut niveau de coopération avec les autorités britanniques.

A la sous-préfecture de Calais avec monsieur le sous-préfet Michel Tournaire

 

 

Après cette vision de la sûreté à terre, la journée s’est terminée au CROSS Griz-Nez où l’administrateur en chef des affaires maritimes Philippe Bricquer a montré l’importance du dispositif mis en place pour assurer la sécurité dans le Pas-de-Calais, détroit le plus fréquenté au monde avec celui de Malacca.
Branle-bas aux aurores le samedi pour une visite de la criée de Boulogne en pleine activité où, à 5 heures du matin, les attendait Alain Caillier, directeur du port. Après avoir expliqué aux auditeurs les subtilité de la vente complètement informatisée, il les a accompagné au milieu des poissons et crustacés avant de leur faire visiter le port en soulignant les difficultés rencontrées par les pêcheurs français mais aussi leur passion pour la mer et leur métier.

Explications d’Alain Caillier, directeur du port de Boulogne, lors de la visite de la criée

Revigorés par le traditionnel petit-déjeuner boulonnais, les auditeurs avaient repris suffisamment de forces pour participer à deux tables-rondes portant sur les grands enjeux de la pêche face au Brexit et le ressenti des usagers face aux travaux en cours de planification des espaces maritimes, travaux auxquels a notamment participé Jean-Philippe Vennin, sous-préfet de Boulogne.
Enfin, les auditeurs ont profité de l’après-midi pour poursuivre leurs travaux de comité dans les superbes locaux mis à leur disposition par la Communauté d’agglomération du Boulonnais qui, une fois de plus, les aura superbement reçus.