Au Mali, une paix qui se fait toujours attendre

Des soldats de la MINUSMA en patrouille à Kidal, le 23 juillet 2015. Tous droits réservés.

Au Mali, la situation dégénère. Après le massacre le 23 mars dernier à Ogossagou  ayant causé la mort d’au moins 157 villageois, l’Elysée a annoncé mardi 2 avril le décès de Marc Laycuras, médecin militaire français, lors d’une opération « de lutte contre les groupes armés terroristes ».

Déployé dans le cadre de l’opération Barkhane depuis le 12 février 2019 afin de soutenir le groupement tactique interarmes, le médecin capitaine Marc Laycuras est mort après l’explosion d’une mine au passage de son véhicule dans le centre du pays. Il est le 24ème militaire français ayant perdu la vie au Mali depuis 2013.

L’armée française était intervenue au Mali à la demande du gouvernement malien dans le cadre de l’opération Serval afin de contenir l’offensive djihadiste menaçant Bamako. En raison du caractère transfrontalier de la menace terroriste, Serval s’est achevée le 31 juillet 2014 pour laisser place à l’opération Barkhane, élargie aux pays de la bande sahélo-saharienne. Depuis plus d’un an et demi, les forces françaises mènent une série d’opérations militaires dans le nord-est du Mali et étendent leur action dans la zone frontalière avec le Burkina Faso.

En 2015, un accord de paix censé isoler les djihadistes et réconcilier les irrédentistes touaregs et le pouvoir central avait été conclu par le gouvernement malien. Pour autant, cet accord n’est toujours pas mis en œuvre et la situation s’enlise. De fait, des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et onusiennes. Le Mali connait une situation critique et les groupes terroristes se multiplient. Parmi eux, l’Etat islamique au Grand Sahara, la katiba Gourma et le groupe Ansar al-Islam.

A cette menace terroriste toujours présente s’ajoutent désormais les violences intercommunautaires. La situation au Mali suscite l’inquiétude de l’Organisation des Nations unies qui craint de nouveaux massacres. L’organisation a déployé les Casques bleus dans le centre du pays et le 3 avril, le Conseil de sécurité a encouragé Bamako à adopter une feuille de route révisée pour « parachever l’application de l’accord pour la paix et la réconciliation ». Sous la présidence du Représentant permanent de l’Allemagne, Christoph Heusgen, le Conseil de sécurité préconise l’adoption par les parties maliennes d’un calendrier « clair, réaliste et contraignant ». S’il reconnait certains progrès accomplis, notamment depuis l’investiture du président Keita en septembre 2018, l’organe de l’ONU déplore la non-application de plusieurs dispositions, en dépit de la résolution 2423 du 28 juin 2018 dans laquelle le Mali s’est engagé à mettre en œuvre la Feuille de route adoptée le 22 mars 2018. L’ONU craint que ces « délais prolongés sur le plan de l’application » engendrent un « vide politique et sécuritaire » et mettent en péril la sécurité du pays. Enfin, le Conseil prie le Secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, dans le cadre de ses rapports avec la MINUSMA (Mission multidimensionnelle des Nations unies pour la situation au Mali qui doit permettre l’application de l’accord de paix) d’intégrer dans son prochain rapport trimestriel des recommandations sur les mesures concrètes à adopter. Il préconise le renforcement de la MINUSMA afin qu’elle augmente son soutien à la mise en œuvre de l’accord de paix « sans pour autant mettre en péril la stabilité du Mali et de sa région ».

Selon le ministre de la Sécurité, Salif Traoré, 150 militaires maliens et étrangers et 440 civils ont été tués depuis trois mois. Face à l’instabilité grandissante, le président Ibrahim Boubacar Keita a annoncé des limogeages au sein de l’armée. Pour l’opposition, ces mesures ne sont pas suffisantes pour rétablir la sécurité dans le pays, et notamment au centre.