Attaque de deux pétroliers en mer d’Oman : les tensions croissent entre Washington et Téhéran

 

Pétrolier en feu après une attaque le 13 juin. Tous droits réservés.

Le 13 juin, les tensions entre les Etats-Unis et l’Iran ont atteint leur paroxysme après l’attaque de deux pétroliers, l’un norvégien et l’autre japonais, en mer d’Oman. Ces attaques surviennent dans un contexte de fortes tensions causées par le retrait de Washington du JCPoA (Plan d’action global commun sur le nucléaire iranien) le 8 mai 2018, mais aussi par le sabotage de quatre pétroliers le 12 mai survenus au large de Fujaïrah.

Carte montrant la localisation des attaques de pétroliers dans le golfe d’Oman. Tous droits réservés.

S’appuyant sur une vidéo de basse résolution, les Etats-Unis, soutenus par le Royaume-Uni, l’Arabie Saoudite, Israël, et l’Irak, imputent l’attaque à l’Iran. Le 13 juin 2019, le Secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a déclaré : « La République islamique d’Iran est responsable des attaques survenues aujourd’hui dans le golfe d’Oman. Cette déclaration est basée sur nos renseignements, les armes qui ont été utilisées, la sophistication de l’opération, les récentes attaques iraniennes similaires à celles-ci à l’encontre d’autres navires et le fait que dans la région aucun autre Etat n’a les ressources ni l’expertise nécessaires à mener à bien un tel projet ».

Cependant Téhéran nie en bloc une quelconque responsabilité. Selon le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif « le fait que les Etats-Unis se précipitent pour lancer des accusations contre l’Iran montre clairement que le groupe B [Bolton, Ben Salmane, Ben Zayed et « Bibi »] se dirige vers un plan B de sabotage de la diplomatie y compris les efforts de Shinzo Abe, le Premier ministre japonais, pour couvrir le terrorisme économique mené contre l’Iran ».

Pour Nicolas Gros-Verheyde, diplômé en droit européen à l’université Paris I Panthéon Sorbonne ayant décrypté les événements, « ces vidéos ne montrent pas l’implication directe des Iraniens dans la pose des mines ou dans l’attaque contre les navires ».

La France condamne les attaques et considère que « ces incidents contribuent à alimenter les tensions déjà fortes dans la région » et « réitère son appel à l’ensemble des acteurs concernés, avec lesquels elle est en contact permanent, à la retenue et à la désescalade ». L’Union européenne, quant à elle appelle à « une enquête internationale détaillée et impartiale ». Le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies Antonio Guterres s’est exprimé à son tour sur ces faits qui doivent être « établis et les responsabilités précisées ». Il poursuit : « s’il y a quelque chose que le monde ne peut pas se permettre, c’est une confrontation majeure dans la région du Golfe ». En effet, le détroit d’Ormuz, qui mène au golfe d’Oman, est un lieu hautement stratégique où circulent près de 20% du pétrole mondial et 30% du gaz naturel liquéfié. De surcroît, plus de 2 400 tankers y naviguent chaque année. Le détroit se situe également dans une zone de tension grandissante, notamment entre Sunnites et Chiites, menés par l’Arabie Saoudite et l’Iran qui veulent incarner la puissance régionale. Les Etats-Unis – allié de l’Arabie Saoudite – assurent également une forte présence militaire dans la zone afin d’assurer la libre navigation au travers le détroit.

La déstabilisation de cette région aurait donc plusieurs conséquences : la première étant la hausse du cours du baril de Brent, ce qui provoquerait une crise économique pour les pays importateurs, c’est-à-dire l’Europe et les pays asiatiques, notamment la Chine. La deuxième serait l’isolation économique de l’Iran, susceptible d’engendrer une catastrophe humanitaire. Enfin, la troisième serait une perte de patience de Téhéran qui se solderait par le non-respect des conditions posées par le JCPoA et une relance de son activité nucléaire. A ce titre, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) Yukiya Amano, a exprimé le 10 juin, son inquiétude concernant « les tensions croissantes autour de la question du nucléaire iranien ».

Quant à Washington, une crise régionale autour de la hausse du cours du pétrole ne l’affecterait que très peu, puisqu’il produit à lui seul plus de 12 millions de barils par jour grâce au pétrole de schiste, renforçant ainsi sa position de premier producteur mondial.

Le jeudi 20 juin, les tensions s’aggravent davantage lorsque Téhéran a annoncé avoir abattu un drone de l’US Navy qui aurait violé son espace aérien. Le commandement américain a confirmé tout en niant que le drone de l’US Navy survolait l’espace iranien : « CENTCOM confirme qu’un drone de la marine américaine a été abattu par un missile surface-air iranien alors qu’il évoluait dans l’espace aérien international au-dessus du détroit d’Ormuz ».