Aquarius : après le Panama, la France dit non

Tous droits réservés.

L’Aquarius, navire humanitaire de secours en mer, a demandé, lundi 24 septembre, à la France de pouvoir débarquer à Marseille « à titre exceptionnel ». Géré par les ONG SOS Méditerranée et Médecins sans Frontières, 58 migrants sont à son bord, onze personnes ayant été recueillies jeudi 20 septembre, puis quarante-sept dans la nuit de samedi 22 à dimanche 23 septembre. Parmi elles se trouvent 17 femmes et 18 mineurs.

Cette demande à la France intervient après la décision du Panama de retirer son pavillon. Juridiquement, le pavillon, qui désigne la nationalité d’un navire, est obligatoire pour naviguer, accoster et être identifié en cas de problème. Sans pavillon, l’Aquarius risque de devenir un « bateau pirate » à qui il est interdit de prendre la mer. De plus, la marine libyenne pourrait monter à bord pour effectuer des vérifications sans accord du capitaine puisque les marines peuvent exercer des pouvoirs de police sur des navires sans nationalité en haute mer. Pour Francis VALLAT, Président de SOS Méditerranée « c’est une honte et c’est révoltant ». En effet, le Panama a reconnu avoir pris cette décision suite à une discussion avec l’Italie et affirme que le navire n’aurait pas respecté les conventions internationales. Pourtant, les conventions maritimes stipulent que toute personne secourue en mer doit être débarquée dans un lieu sûr, en dépit de sa nationalité. La Libye n’étant pas considérée comme tel selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations-Unies, l’Aquarius ne semble pas contrevenir au droit international. Pourtant, depuis cet été, les activités de l’Aquarius deviennent plus compliquées : les gouvernements italien et maltais ont décidé de fermer leurs ports aux ONG. La question divise l’Union européenne.

Paris entend trouver une solution européenne dans cette affaire. Interrogé mardi matin, le ministre de l’Economie Bruno LE MAIRE affirme que « pour l’instant, la France dit non » à la migration économique, en rappelant l’importance du respect des règles européennes. Il est vrai que depuis le début de la crise, la France avance l’argument du port le plus proche et n’a jamais accepté le débarquement de navires humanitaires. Sébastien LECORNU, secrétaire d’Etat rappelle le droit de la mer : s’il est vrai qu’un bateau en difficulté doit être accueilli dans « le port le plus proche », il n’en reste pas moins que Marseille n’est pas le port le plus proche, l’Aquarius étant actuellement près de Malte.

Malgré ces déclarations, les ONG sont en attente d’une réponse officielle du Président de la République et l’Aquarius continue sa route en direction de Marseille.