Méditerranée : Le partenariat nord-sud entre velléité et volonté – par Mustapha BENCHENANE

Un article de Mustapha BENCHENANE, docteur d’Etat en science politique, conférencier au Collège de l’OTAN et éditorialiste à l’institut FMES.

Drapeaux des pays membres de l’Union pour la Méditerranée au Parlement européen.
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Pourquoi faire semblant, ou vouloir vraiment un partenariat entre les deux rives de la Méditerranée ? Après tout, les pays de la rive nord auraient pu penser, à propos du Sud : « C’est leur problème, tenons-nous éloignés de cette complexité »… Mais c’est justement la nature même des difficultés auxquelles se heurtent l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient qui imposent aux États européens de porter une attention particulière à des événements qui se produisent à une heure d’avion de Marseille, à 147 kilomètres de la Sicile, à 14 kilomètres de Gibraltar…. En effet, l’onde de choc de ce qu’il se passe si près se propage partout en déroulant ses effets négatifs de diverses manières. Certains pays d’Europe ont pris conscience de cette réalité, en particulier la France et parfois l’Espagne, l’Italie, la Grèce. Ces États, dans le cadre de la construction européenne, ont pris plusieurs initiatives. Il est arrivé qu’ils soient soupçonnés d’arrière-pensées, entre autres, de vouloir gagner du temps. Qu’en est-il ? Pourquoi tant d’initiatives, et pourquoi autant d’échecs ?

Une prise de conscience ?

Pour comprendre pourquoi et comment les pays du Nord sont passés d’un « ordre » mondial qu’ils ont édifié à des propositions de dialogue, il faut avoir à l’esprit l’« électrochoc » qu’a été la guerre israélo-arabe d’octobre 1973. Déclenché par l’Égypte et la Syrie pour récupérer le Sinaï et le Golan occupés par l’armée israélienne depuis la « Guerre des six jours » en 1967, ce conflit a suscité une solidarité exceptionnelle dans le « Monde arabe », y compris de la part de l’Arabie saoudite et des Émirats producteurs de pétrole et pourtant alliés des États-Unis… Ces pays ont décidé de réduire leurs exportations d’hydrocarbures en direction des pays occidentaux et du Japon, tant que ces mêmes pays ne feraient pas le nécessaire pour imposer à Israël le respect du Droit international. Cette décision a frappé au cœur l’économie des pays développés et a provoqué des pénuries d’essence. Le prix des carburants étant depuis toujours bas, cela avait contribué aux « Trente glorieuses », donc à l’élévation du niveau de vie tant en Europe qu’en Amérique du Nord et en partie en Asie.

Brutalement, l’Occident a pris conscience de sa dépendance énergétique et de sa vulnérabilité. C’est donc cet événement – la guerre de 1973 – qui va provoquer ce que l’on appellera désormais le « premier choc pétrolier » qui s’est traduit immédiatement par un quadruplement du prix de cette matière première, vitale pour toute la planète.

Le « Nord » va organiser dans l’urgence à Paris, une conférence dite « Nord-Sud » qui va durer une année et qui sera suivie par d’autres rencontres, notamment la réunion de Cancun, pour passer d’un ordre mondial défavorable au « Sud », à une situation nouvelle qui ressemblerait à une révolution pacifique. Si cette ambition affichée avait abouti, on aurait assisté, probablement pour la première fois dans l’Histoire, à un réajustement pacifique des relations internationales à l’échelle mondiale. En effet, les discussions ont porté sur tous les sujets, en particulier, la hausse des prix de toutes les matières premières et pas seulement le pétrole et le gaz. Le « Groupe des 77 » représentant le « Sud » (en réalité, ils étaient beaucoup plus nombreux) exigeait une refonte radicale du système financier, en ciblant prioritairement le FMI et la Banque mondiale, dominés par les États-Unis et leur dollar… Plus tard, les revendications ont concerné également les relations culturelles, et l’UNESCO a pris en charge des débats sur un « Nouvel ordre de l’information ».

Malheureusement, aucune promesse n’a été tenue, et le « Nouvel ordre mondial » s’est essoufflé avant d’être définitivement abandonné.

Que s’est-il passé ? En premier lieu, la solidarité arabe n’a duré que quelques semaines. Les intérêts de chaque État ont fini par prévaloir, sachant que certains d’entre eux dépendaient de Washington pour leur sécurité. Quant aux autres pays du « Tiers monde », ils ont été dans l’incapacité de parler durablement d’une seule voix. Les Occidentaux, de leur côté, leur frayeur étant passée, ont repris les habitudes, c’est-à-dire des relations fondées sur la vérité des rapports de force.

Dans le même contexte – premier choc pétrolier – à partir d’une idée émise par le président tunisien Habib Bourguiba, la France a proposé le « Dialogue euro-arabe » dont Michel Jobert, ministre français des Affaires étrangères disait : « c’est une sincérité et non une habileté ». Cette initiative impliquait deux parties : l’Europe représentée par ses instances bruxelloises et la Ligue des États Arabes. Ce « Dialogue » était de la même nature que le « Dialogue Nord-Sud » mais, à la différence de ce dernier, il ne concernait que l’Europe et le monde arabe. Cette fois-ci encore, ce fut un échec parce que ses initiateurs français – le Président Georges Pompidou et son ministre des affaires étrangères Michel Jobert – n’étaient plus là à partir de 1974 (décès de G. Pompidou et élection de V. Giscard d’Estaing). François Mitterrand, élu en 1981, n’y croyait pas.

D’autres causes ont concouru à cet échec : les divisions de la partie arabe et l’opposition des États-Unis.

  • La Ligue des États arabes n’est pas une organisation supranationale. Elle est le reflet fidèle de la fragmentation du « Monde arabe ». La discorde a très vite prévalu et cette partie arabe s’est trouvée dans l’incapacité d’articuler ne serait-ce qu’un intérêt commun.
  • Il y a eu aussi l’hostilité des États-Unis qui ne voulaient pas la réussite de cette tentative de rapprochement des deux rives. Michel Jobert rapporte dans son livre L’Autre Regard les propos du chef de la diplomatie américaine Henry Kissinger : « Il me disait qu’il se mettrait en travers de cette tentative et qu’il la ferait échouer». H. Kissinger et le Président Nixon pouvaient compter sur la Grande-Bretagne et sur l’Arabie saoudite pour être les relais de cette politique négative. Washington a obtenu que ne soient pas abordés ni les questions relatives à l’énergie ni le conflit israélo-arabe qui étaient pourtant au centre des préoccupations des parties au « Dialogue ».
  • L’Europe et le monde arabe ont ainsi démontré qu’ils n’avaient pas d’existence autonome, victimes d’eux-mêmes, parce que divisés et dépourvus d’une volonté politique.

C’est là l’essentiel de ce qui différencie velléité et volonté.

D’autres initiatives ont été prises, toujours par l’Europe, en direction du « Sud ».

Sont-elles de nature différente des précédentes ? Ont-elles tiré les leçons de l’expérience ? Ont-elles tenu compte du conseil d’André Malraux qui disait à propos de la vie en général : « Il faut transformer l’expérience la plus large possible en conscience » ?

Le partenariat, une défaillance de la méthode et de la volonté

L’Europe a proposé lors de la Conférence de Barcelone en novembre 1995, le partenariat euro-méditerranéen.

Il s’agissait d’une approche structurée, globale et s’inscrivant dans la durée. Elle comprenait trois corbeilles (ou domaines) : la politique et la sécurité, l’économie et la culture. Le but était de créer un vaste espace de libre-échange, une zone de « prospérité partagée ».

Un autre intérêt de cette initiative réside dans l’implication des sociétés civiles, parties au partenariat au même titre que les États. Mais on a négligé le lien pourtant évident entre sécurité et développement. Il a fallu attendre le Sommet de Malte en 1997 pour que les pays du Sud fassent admettre cette relation aux pays européens.

Dix années après le lancement de ce projet, une Conférence s’est tenue en 2005 à Barcelone pour cet anniversaire. La plupart des chefs d’État du Sud ne s’y sont pas rendus. Ils entendaient ainsi exprimer leur déception. Ils reprochaient à l’Europe d’être intéressée uniquement par les problèmes d’immigration et de sécurité et de négliger l’aide au développement et la question israélo-palestinienne. S’agissant de l’aide au développement, lorsque l’Europe consacrait 10 dollars au profit de l’Europe centrale et orientale, elle investissait 1 dollar en faveur du partenariat de Barcelone. S’agissant de la question palestinienne, il convient d’avoir à l’esprit que Barcelone n’a été possible que dans le contexte des accords israélo-palestiniens signés à Oslo en 1993, porteurs – du moins le croyait on – d’espoir de règlement équitable et définitif de ce conflit. Mais le Premier ministre I. Rabin a été assassiné par un extrémiste israélien et la droite représentée par B. Netanyahou et les partis religieux se sont opposés avec véhémence et virulence aux accords d’Oslo. Du côté palestinien, la déception est devenue désespoir, ce qui a relancé le recours au terrorisme en même temps que Tel Aviv poursuivait sa politique de colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, occupées militairement par Israël depuis 1967. Entre 1993 – accords d’Oslo – et la première « Intifadah » en 2000, le nombre de colons et de colonies a doublé dans les territoires occupés sans que la communauté internationale ne réagisse.

Finalement, le partenariat euro-méditerranéen a été abandonné après l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007. Son conseiller Henri Guaino l’a convaincu qu’il fallait proposer autre chose : « l’Union méditerranéenne ».

Cette proposition, dès le départ, a souffert d’un manque de discernement et de maladresses : les pays européens non riverains de la Méditerranée n’ont pas été invités à en faire partie. Cela les a fortement contrariés , en particulier l’Allemagne qui a soupçonné la France de vouloir l’exclure afin de se constituer une zone d’influence en Méditerranée. L’initiative française s’est faite sans concertation avec les pays du Sud à qui l’on proposait ce projet, sans expliquer ce qu’il adviendrait du processus de Barcelone. L’UM devait concerner la dépollution de la Méditerranée, l’accès à l’eau, le développement de l’énergie solaire, la sécurité maritime. C’étaient de grands axes, sans détermination de projets concrets qui devaient être identifiés plus tard. Or, quelle était l’urgence au Sud ? Elle était de rétablir la confiance dans un lendemain meilleur. Pour ce faire, il aurait fallu proposer un projet conçu après concertation, avec la certitude de résultats concrets à court terme, puis à moyen terme, et enfin à long terme.

Afin de corriger certaines de ces erreurs, N. Sarkozy modifia une partie de son approche : les pays européens non riverains de la Méditerranée furent intégrés dans la démarche, et l’Union Méditerranéenne devint l’« Union pour la Méditerranée » (UpM), avec un secrétariat permanent situé à Barcelone afin de contenter l’Espagne.

Si l’on dresse le bilan de cette initiative démarrée en 2008, on ne peut que faire un constat : elle a échoué et plus personne ne se réfère à l’UpM…

De tous les projets lancés par l’Europe, un seul donne satisfaction à ceux qui y participent : le « 5+5 », initiative française lancée en 2003 pour pallier les insuffisances du volet politique et sécurité du Partenariat de Barcelone. Y participent la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, la Mauritanie, la Libye, le Portugal, l’Espagne, la France, l’Italie et Malte. Cela ne couvre que le bassin occidental de la Méditerranée, afin de s’éloigner du Moyen-Orient et de ses complexités. Les domaines de coopération sont entre autres la surveillance maritime, la protection civile et la sécurité aérienne.

La plupart des initiatives, démarches, projets, ont échoué parce qu’il n’y a eu ni concertation, ni étude de faisabilité. La méthodologie de conduite de projet a été ignorée. Elle consiste, en particulier, à identifier la nature des problèmes, à fixer des objectifs à atteindre, mais des objectifs réalistes, stimulants, suscitant l’adhésion. A cet égard, il convient d’avoir à l’esprit la phrase de Sénèque : « Celui qui ne sait pas vers quel port il se dirige, ne trouve pas de vent favorable »…

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Le dernier mot reviendrait-il à l’amiral Américain A. Mahan qui affirmait : « La Méditerranée appartiendra à un seul maître, tombera sous l’hégémonie d’une puissance dominante qui poussera ses avantages dans toutes les directions ou sera le théâtre d’un combat permanent »…

Il n’y a pas de fatalité en la matière si les pays qui en sont les riverains prennent conscience de l’existence d’intérêts vitaux communs et s’ils traduisent cette prise de conscience par des actions concertées et solidaires.

Algérie : entre contestations et vide constitutionnel

Manifestation à Alger, le 31 mai 2019.
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En Algérie, depuis le départ du président Abdelaziz Bouteflika, le lieutenant-général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée de Terre et ancien fidèle du régime, incarne l’homme fort du pays et s’est érigé en seul interlocuteur du peuple. Face à la pression de la rue, Gaïd Salah prône « un dialogue », que la population rejette, déplorant le manque de transition et réclamant toujours la fin des « symboles de l’ancien régime ».

Sans surprise, le 1er juin 2019, le Conseil constitutionnel algérien a annulé l’élection présidentielle du 4 juillet prochain : « le Conseil constitutionnel s’est prononcé par décision du 1er juin 2019 pour le rejet des dossiers de deux postulants à la candidature, inconnus du public, ayant déposé des dossiers auprès de lui, et conclu à l’impossibilité d’organiser l’élection présidentielle à la date prévue ». L’actuel chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Ben Salah, conserve donc son poste jusqu’à la tenue de l’élection présidentielle, dont la date n’est pas définie.

Cette annonce intervient le lendemain du 15ème vendredi de hirak en Algérie. Après plus de trois mois de contestation et malgré le départ du président malade, le mouvement populaire se maintient, en attente de la chute du régime. Le journal El Watan souligne la « détermination » qui « renseigne sur le degré de conscience des manifestants, qui, après avoir remporté d’importantes victoires, veulent poursuivre leur combat ». Devant l’immobilisme du régime, le journal déclare que « le combat sera long ».

A l’annonce du report du scrutin, le média TSA a dénoncé « l’artifice juridique » discutable mis en place pour conserver un cadre constitutionnel. Selon lui, si le Conseil constitutionnel espère que sa décision soit prise au sérieux, « le pouvoir devra donner quelques garanties », notamment en termes de liberté. Entré dans une période de vide constitutionnel, Alger devra prendre des décisions politiques. Le report par deux fois de l’élection présidentielle – une première dans l’histoire algérienne – représente une victoire pour les manifestants mais ouvre par la même une nouvelle période d’incertitudes. Face à la mainmise de l’armée, tout laisse à penser que l’institution militaire a vocation à contrôler le dialogue avec la population. Pour autant, cette situation est susceptible d’envenimer le climat actuel en cristallisant le désaveu de la population envers les institutions étatiques.

Depuis le début des événements, les manifestations en Algérie conservent leur caractère pacifique, qui a fait la réussite du mouvement populaire. Au contraire, le régime est désormais confronté aux interrogations sur son respect des droits de l’Homme, notamment après le décès en prison du médecin et défenseur des droits de l’Homme Kamel Eddine Fekhar, le 28 mai dernier, des suites d’une grève de la faim. Provoquant l’indignation des Algériens, alors que la France a réagi et exprimé sa préoccupation, cette mort sème le doute. Le décès de Fekhar a en effet alerter l’opinion publique sur les conditions de détention des militants d’opposition, dans un régime qui maintient ses opposants en incarcération. Pour TSA, « les multiples cas d’atteinte aux droits de l’Homme constituent autant d’épines que le pouvoir se plante dans le pied ».

La vague de mobilisation en Algérie reste sans précédent et touche toutes les franges de la population. Dans un manifeste intitulé « Initiative pour un Etat de citoyenneté et des libertés », un groupe d’intellectuels a pris part au mouvement, appelant à l’instauration d’un Etat civil et démocratique, respectueux des droits citoyens et des libertés individuelles et collectives. Le collectif préconise de s’éloigner des facteurs de désunions, dit « secondaires ».

Peu investis, les islamistes se montrent prudents. Le chef du parti islamiste Mouvement de la société pour la paix (MSP), Abderrazak Mokri affirme comprendre les doutes de l’institution militaire concernant l’ouverture d’une éventuelle période de transition. Toutefois, le parti s’engage à renoncer à la prochaine élection présidentielle au profit d’« un candidat consensuel ».

L’Algérie se retrouve donc à la croisée des chemins. Si la volonté populaire en faveur d’un nouveau régime ne fléchit pas, les caciques du régime, usant de la répression, entendent conserver le pouvoir. Et il convient de s’interroger sur les intentions des religieux et sur le rôle qu’ils occuperont lors des prochaines étapes.

Elections européennes : le nouveau visage de l’UE

Le Parlement européen.
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Du 23 au 26 mai, les électeurs des 28 pays de l’Union européenne étaient appelés à se rendre aux urnes pour élire les nouveaux députés du Parlement européen. Si le taux de participation a atteint un niveau historique, déjouant les sondages, les résultats du scrutin annoncent une Union européenne fragmentée entre différents partis politiques.

Pour la première fois depuis 1979, le bloc de centre droit (PPE) et celui des sociaux-démocrates (PSE) perdent leur majorité. L’influence des partis traditionnels a diminué au profit de nouvelles formations qui prennent de l’essor, en particulier les partis libéraux, eurosceptiques et écologistes. S’agissant des pays méditerranéens, aucune tendance générale ne peut être dégagée. En Grèce, Alexis Tsipras sort perdant du scrutin, son parti Syriza étant arrivé 9 points derrière son principal rival de droite. Face à ce résultat, le Premier ministre grec a appelé à des élections législatives anticipées. A Malte, le parti travailliste dont est issu le président remporte la victoire, comme le prévoyaient les sondages, comme en Espagne et au Portugal. Dans l’autre Etat insulaire, les conservateurs chypriotes sont arrivés en tête. En Slovaquie, le parti de la présidente a remporté les élections. En Italie, La Ligue de Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur est arrivée en tête.

Le résultat des élections influe sur la nomination du président de la Commission. Dans un souci de démocratisation, l’UE avait retenu, depuis le Traité de Lisbonne, le principe selon lequel le parti ayant obtenu le plus de suffrage propose le président de la Commission. Mardi 28 mai, les chefs d’Etat des 28 membres de l’UE se sont donc réunis afin de discuter des potentiels prétendants. Le conservateur allemand Manfred Weber, leader du PPE, qui demeure le parti le plus puissant, figure logiquement en tête des candidats postulant à la succession du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Ayant fait toute sa carrière politique au service de l’Union européenne, il souffre cependant d’un manque de notoriété, n’ayant jamais participé à un gouvernement. Malgré le soutien de Berlin, sa candidature est affaiblie par le recul du PPE et la concurrence d’autres candidats. Parmi eux, est pressenti le social-démocrate néerlandais Frans Timmermans, actuel premier vice-président de la Commission. Pour autant, le PSE subit, à l’instar du PPE, un revers et Frans Timmermans, jugé trop technocrate, est critiqué en Europe de l’Est. Le camp des libéraux, qui a progressé lors des dernières élections, soutient la Danoise Margrethe Vestager qui a su ces dernières années, s’imposer dans le paysage européen. A l’issue du scrutin, cette dernière a déclaré : « Le monopole du pouvoir est brisé. Une coalition de ceux qui veulent avancer est plus que nécessaire ». Elle serait d’ailleurs la première femme de l’histoire à occuper le poste de président de la Commission qui a vu se succéder 13 hommes depuis 1958. Enfin, le quatrième candidat potentiel est Michel Barnier. Ce Français, qui semble avoir le soutien de Paris, est membre du PPE et bénéficie d’une grande expérience à la fois européenne et nationale. Il s’est notamment illustré en tant que négociateur en chef de l’UE pour le Brexit.

Outre la montée des partis populistes eurosceptiques et la percée des partis écologistes, cette nouvelle configuration du Parlement européen pourrait permettre des débats moins figés donnant lieu à une recherche de la majorité pour chaque texte proposé. Du même fait, les conservateurs et les socialistes n’ayant plus autant de poids qu’auparavant, pourraient se rapprocher des partis centristes et des Verts dans le dessein de constituer de nouvelles alliances.

 

181ème réunion des chefs d’état-major de l’OTAN

Comité militaire réunissant les chefs d’état-major des pays membres de l’OTAN. Tous droits réservés.

Mercredi 22 mai 2019, un mois après le 70ème anniversaire de l’Organisation de l’Atlantique nord (OTAN), les chefs d’état-major des 29 pays membres se sont réunis à Bruxelles pour la 181ème réunion du comité militaire. La Macédoine du Nord, qui deviendra officiellement le 30ème membre de l’Alliance, a également participé à la rencontre en tant qu’invitée.

La réunion de la plus haute instance militaire de l’OTAN s’inscrit dans un contexte de multiplication des menaces, terroristes ou hybrides. Parmi eux, la guerre en Afghanistan, où l’OTAN a mis fin à son engagement en 2014, et le Sahel qui voit opérer conjointement les forces françaises de Barkhane et le contingent onusien de la Minusma.

Le général d’armée aérienne Sir Stuart Peach, président du Comité militaire, a mené les discussions. Il a déclaré que l’OTAN « fait face à des menaces durables venant de toutes les directions ». L’organisation doit donc s’adapter aux nouvelles menaces auxquelles répond la « nouvelle stratégie militaire » approuvée le 22 mai par le Comité militaire. Pour le général britannique, « cette stratégie permettra de guider les décisions militaires de l’OTAN et de ses alliés et fournira une référence politique cohérente afin de remplir le cœur de mission de l’OTAN : défendre près d’un milliard de personnes ». En janvier dernier, à l’issue de la première réunion annuelle du Comité militaire, le général Peach déclarait déjà que « la stratégie militaire devait mettre l’accent sur la nécessité de maintenir une posture de dissuasion et de défense de l’Alliance crédible, cohérente et résiliente ».

La rencontre des membres de l’Alliance a également été l’occasion de renforcer les liens avec les pays partenaires de l’OTAN, l’Ukraine et les Etats membres du Dialogue méditerranéen. S’agissant de l’Ukraine, le Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), le général américain Tod Wolters, a salué le succès des exercices multilatéraux menés par l’OTAN en mer Noire, tel que « Black Shield 2019 ». Il a également rappelé la souveraineté territoriale de l’Etat ukrainien, en référence à l’annexion illégale de la Crimée. Le général Peach affirme quant à lui que le « rôle de l’OTAN concernant l’Ukraine est de soutenir et coordonner les réformes en cours des forces armées ukrainiennes » afin de sécuriser ses frontières. En effet, le rôle premier de l’OTAN est avant tout dissuasif. Pour les relations avec la Russie, le SACEUR affirme que « l’OTAN garde une position défensive, mais encourage tout de même le dialogue ».

Enfin, les discussions autour de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient avec les homologues du Dialogue méditerranéen ont permis d’aborder les différentes initiatives afin de renforcer les capacités de défense de la région.

« La fragmentation du monde – La puissance dans les relations internationales », par Thierry Garcin, éditions Economica

Une recension de Mustapha BENCHENANE, docteur d’Etat en science politique, conférencier au Collège de l’OTAN et éditorialiste à l’institut FMES.

Couverture de l’ouvrage de Thierry Garcin. Tous droits réservés.

Thierry Garcin, auteur d’une dizaine de livres et autant de contributions à des ouvrages collectifs, a fait paraître aux éditions Economica, « La fragmentation du monde », avec un sous-titre, « La puissance dans les relations internationales ».

La valeur particulière de cette réflexion tient à la personnalité de l’auteur, à la fois journaliste et politologue. Il a animé avec talent et durant 33 années sur France culture l’émission « Les enjeux internationaux » dont il a fait une référence pour quiconque s’intéresse aux affaires du monde. Mais il n’est pas seulement journaliste : il est aussi politologue, docteur en science politique et titulaire d’une habilitation à diriger des recherches, la fameuse « HDR » qui lui permet d’encadrer des étudiants en doctorat. Il a enseigné à l’Institut d’Études Politiques de Paris (Sciences Po), il est professeur invité à La Sorbonne Abou Dhabi et Maître de conférences à H.E.C.

Il a structuré sa réflexion en trois parties : 1) L’évolution de la notion de puissance. 2) Les enjeux majeurs contemporains. 3) Les grands défis.

Il considère que le terrain des relations internationales est instable et que les politiques étrangères des grandes puissances se caractérisent par l’irrationalité et l’improvisation. Il fait le constat que le monde « est bien peu multipolaire » et la plupart des convulsions sont internes. Il observe que les grandes puissances, celles qui détiennent un droit de veto à l’ONU, violent le droit alors qu’elles le produisent et qu’elles sont censées être garantes de son respect.

Il s’attache donc à identifier et à évaluer les nouvelles formes de puissance dans les relations internationales.

La méthode qu’il a utilisée combine l’exposé des données générales, les grands aperçus historiques, l’approche thématique et l’approche chronologique, ce qui permet d’obtenir une radiographie des relations internationales d’une rare pertinence.

L’exigence de rigueur qui le guide consiste aussi, en amont, à toujours définir les mots, les notions, les concepts, en utilisant un vocabulaire aussi simple que précis, sans jamais tomber ni dans le simplisme, ni dans le jargon.

Rarement la notion de puissance et sa traduction dans la réalité n’ont fait l’objet d’une analyse d’une telle qualité. Il consacre des développements à l’évolution de la notion de puissance en faisant, notamment, la différence entre puissance et pouvoir. Il accorde une place importante aux facteurs classiques de la puissance, ainsi qu’ aux énergies dont il dit qu’elles sont au centre des relations internationales. De même, il met à la place qui lui revient la géopolitique en présentant et en analysant les apports de ceux qu’il présente comme les « figures tutélaires » de la géopolitique: Friedrich Ratzel, Rodolphe Kjellen, Alfred Th. Mahan, Halford J. Mackinder, Raoul Castex, sans oublier les géopoliticiens contemporains, Henry Kissinger, Samuel Huntington, Francis Fukuyama. Les leçons qu’il retient de cette recherche historique lui font dire que la puissance n’est jamais donnée ni globale, elle est un « processus aléatoire, réversible et incomplet ».

Il étudie également le « renouvellement » de la notion de puissance en évoquant le rôle des techniques, celles-ci pouvant transformer les équilibres de puissance. Il note que les sociétés se transforment aussi par les sciences et la technique.

Il s’interroge sur l’ONU et son ancêtre, la SDN, ce qui l’amène à étudier les nouveaux rapports de force qui comprennent aussi les actions des ONG, la politique des sanctions, ainsi que la « responsabilité de protéger ». Les pays émergents font partie de la réalité internationale.

En conclusion partielle, il rappelle que, à partir de 1945, l’arme nucléaire a bouleversé les rapports de force. Les événements de 1989 – chute du mur de Berlin et démantèlement de l’URSS – , ont été des facteurs essentiels de la reconfiguration du continent européen.

Il se penche sur les notions de hard power et de soft power, de puissance économique et de puissance spirituelle, en accordant de l’importance à la démographie, à l’influence de la société civile, aux groupes d’influence. Il note que l’essor exponentiel des individus organisés en associations, en ONG, en groupes de pression, « réduit mécaniquement la marge de manœuvre du pouvoir politique ».

Une autre conclusion partielle lui permet de mettre en relief une vérité : la supériorité militaire n’est pas un gage de succès politique, mais l’accès à l’arme nucléaire confère à son détenteur une « autorité et des responsabilités inhérentes à la nature même de l’arme ».

L’un des aspects de la réalité du monde aujourd’hui serait, selon Thierry Garcin, le « déficit de puissance ». Les États Unis sont durablement affaiblis, le projet fédéral de l’Union européenne a échoué, la Chine est devenue une superpuissance économique, mais elle n’occupe pas une place déterminante sur la scène internationale. Il en tire une analyse : « depuis la chute du mur de Berlin, à la crise économique mondiale, en passant par le Onze septembre et le radicalisme islamiste, les relations internationales subissent de plus en plus de ruptures et de hiatus ». Les temps actuels sont au désordre.

Le livre de Thierry Garcin n’est pas de ceux qu’on lit une fois et que l’on ferme pour toujours. Il est une œuvre référence aussi bien pour des chercheurs « séniors » que pour des étudiants faisant une thèse de doctorat, ainsi que pour tous ceux qui veulent comprendre le monde dans lequel nous vivons, toutes les personnes soucieuses de progresser en intelligence. Sans oublier les femmes et les hommes politiques qui ont le pouvoir de décision sans toujours posséder le savoir.

En ces temps de prolifération d’experts auto proclamés, il est réconfortant de disposer de ce livre écrit par un véritable expert des relations internationales.

Point de situation au Soudan : les pourparlers toujours en vigueur

 

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Au terme de quatre mois de manifestations, un coup d’état de l’armée soudanaise a provoqué la destitution d’Omar el-Béchir le 11 avril 2019. La prise de pouvoir de l’armée au travers d’un Conseil militaire de transition (CMT) attise les tensions avec la population, portée par les Forces de la déclaration pour la liberté et le changement (FDLC) qui souhaitent obtenir un gouvernement civil. Ainsi, depuis plus d’un mois, les pourparlers entre le CMT et les FDLC se poursuivent sans avancée notable, rendant incertain l’avenir politique du pays.

Le porte-parole des FDLC, Taha Osman, a déclaré, concernant les institutions qui doivent encore être mises en place pour le gouvernement de transition : « les autorités seront les suivantes : un conseil souverain, un cabinet et une assemblée législative ». Les deux parties ont réussi à s’entendre mardi 14 mai sur un compromis pour une période transitoire de trois ans avant l’organisation d’élections. Un accord a également été trouvé pour l’attribution des quelques 300 sièges de l’Assemblée législative. En effet, selon le général Yasser Atta, qui est à la tête du CMT, deux tiers des sièges seront attribués aux représentants des manifestants, réunis au sein des FDLC, tandis que le reste sera réservé aux autres forces politiques.

Cependant, les réels blocages résident dans la composition du conseil souverain – organe majeur de la période transitoire qui présidera le pays. D’un côté, les manifestants réclament un pouvoir civil, cette volonté ayant fait l’objet des premières revendications avant la destitution d’Omar el-Béchir. De l’autre, les militaires, sous la houlette du général Yasser Atta et de son adjoint, Mohamad Hamdan Daglo, ne souhaitent pas voir le pouvoir leur échapper entièrement. Pour les manifestants, s’installe une véritable crainte de voir un pouvoir militaire diriger le pays de manière durable.

Le samedi 27 avril, plusieurs propositions ont été formulées afin de trouver un accord concernant ce conseil souverain. Le CMT a exprimé le désir d’établir un conseil conjoint, composé majoritairement de militaires, tandis que les FDLC préfèrent un conseil où le nombre de civils serait supérieur. A l’heure actuelle, aucun accord n’a été trouvé, malgré les nombreuses discussions entre les deux acteurs majeurs de la transition.

Le 16 mai, à la suite d’une suspension des pourparlers entre le CMT et les FDLC, la France a déclaré « être préoccupée par l’évolution de la situation au Soudan ». Elle condamne entre autres les violences survenues à Khartoum, conséquences de l’arrêt des discussions. Paris appelle donc « toutes les parties à la retenue [et] demande que toute la lumière soit faite sur ces violences et exactions ».

En dépit d’une escalade des tensions et des violences grandissantes, des tentatives de dénouement pacifique émergent notamment à travers la création d’un comité technique de 4 ou 5 personnes, chargé de discuter des issues possibles afin d’aboutir à des solutions intermédiaires.

Centrafrique : le massacre de civils met en péril l’accord de Khartoum

Le général Sidiki Abass, leader du groupe armé 3R en RCA.
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Mercredi 22 mai, au moins 34 personnes ont perdu la vie dans le nord-ouest de la République centrafricaine. Le massacre, qui s’est déroulé dans deux villages situés près des frontières avec le Tchad et le Cameroun – Koundjili et Djoumdjoum – est imputé au groupe armé 3R (Retour, réclamation, réconciliation). Ce mouvement était apparu à la fin de 2015 pour protéger la minorité Peul et s’est immédiatement fait remarquer par la violence de ses exactions.

Il s’agit de la tuerie la plus meurtrière depuis la signature de l’accord de Khartoum le 6 février 2019 entre le gouvernement centrafricain et 14 groupes armés. Ce texte, qui représente le 8ème accord de paix conclu depuis le début de la crise en 2013 a nécessité une coordination des Nations unies et de l’Union africaine lors de sa mise en œuvre.

La MINUSCA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique) a « condamné très fermement » l’événement et s’est montrée « particulièrement indignée par le caractère cruel et délibéré de ces attaques qui, en plus d’être planifiées et coordonnées, témoignent de l’intention des auteurs à infliger des atrocités entrainant la mort d’une large partie de la population présente. » Mankeur Ndiaye, représentant du Secrétaire général de l’ONU en Centrafrique et chef de la MINUSCA a déclaré : « La MINUSCA condamne avec la dernière énergie les tueries intervenues aujourd’hui dans les villages de Koundjili et Djoumjoum, en RCA, avec plus de 26 morts [ndlr : le nombre de morts est supérieur] et de nombreux blessés. Les auteurs de tels crimes seront recherchés, arrêtés et traduits devant la justice ».

Le groupe 3R étant signataire de l’accord de paix, son chef Souleymane Sikidi Abass a été nommé en mars « conseiller spécial militaire » après du Premier ministre, chargé de la mise en place des unités mixtes associant membres des Forces armées centrafricaines et groupes armés. Le gouvernement et la MINUSCA exigent du chef du groupe 3R l’arrestation des auteurs du massacre. Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement centrafricain, Ange Maxime Kazagui a déclaré : « Le gouvernement s’associe à la MINUSCA pour exiger de Monsieur Sidiki l’arrestation et la remise des auteurs de ces massacres aux autorités dans les 72 heures sous peine d’être tenu personnellement responsable et de répondre de ces actes. Le même délai est donné au mouvement 3R pour démanteler ses bases et barrières illégales faute de quoi la MINUSCA et le gouvernement prendront les mesures qui s’imposent ».

Ce massacre dans l’ouest du pays fait suite à l’assassinat d’une religieuse franco-espagnole âgée de 77 ans, retrouvée lundi décapitée dans le sud-ouest. Le pape François a évoqué un acte « barbare ». Toutefois, les circonstances de sa mort ne sont pas encore élucidées.

Tandis que la MINUSCA a fait part de sa décision de poursuivre les auteurs, commanditaires et complices de ces meurtres en justice, cet événement symbolise la fragilité de l’accord de Khartoum et plus globalement de l’Etat centrafricain, où les groupes armés contrôlent 80% du territoire. Depuis 2013 et le renversement du président François Bozizé, la RCA est en proie à l’insécurité. Les civils figurent parmi les principales victimes et la situation humanitaire s’est dégradée. Le nombre total de réfugiés et de déplacés internes concerne environ 4,6 millions de Centrafricains, soit près d’un quart de la population du pays.

Volodymyr Zelensky, un espoir pour l’Ukraine ?

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Dans son premier discours devant le Parlement, le nouveau président ukrainien Volodymyr Zelensky a souhaité passer un message d’espoir et de rassemblement aux Ukrainiens.

Il a tout d’abord confirmé l’attachement de l’ancienne république socialiste soviétique à l’Europe, qualifiée de « rêve commun ». Cet attachement s’est concrétisé par la rencontre le même jour avec Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission européenne chargé de l’énergie. Il s’est ensuite adressé aux 65 millions d’Ukrainiens, tous égaux, qu’ils vivent à Luhansk, Odessa ou Kharkov. Il a en particulier fait appel à la diaspora, lui demandant de revenir en Ukraine, non pour visiter le pays, mais pour « rentrer à la maison » et apporter « ses connaissances, son expérience et ses valeurs ». Citant en exemple les Islandais pour leurs exploits durant le championnat d’Europe des Nations, les Israéliens pour la défense de leur pays, les Japonais pour leur technologie ou les Suisses pour leur capacité à vivre ensemble malgré leurs différences, il a appelé de ses vœux l’avènement d’une « nouvelle ère » où l’Ukraine cumulerait toutes ces qualités.

La situation dans le Donbass n’a pas été occultée par Volodymyr Zelensky, d’origine russophone, qui a souhaité rassembler tous les Ukrainiens autour d’une « douleur commune ». Il a affiché sa volonté d’obtenir dès que possible un cessez-le-feu, affirmant être prêt à « perdre son poste » pour que cesse « la mort des héros ». Se déclarant ouvert au dialogue, il a insisté, en russe, s’adressant ainsi indirectement à Vladimir Poutine, sur la nécessité de libérer tous les prisonniers, ce qui constituerait une « première étape idéale ». Reprochant à son prédécesseur de ne rien avoir fait pour que les habitants du Donbass se sentent ukrainiens et comprennent qu’ils ne sont pas des étrangers, il s’est également moqué de la facilité accordée à ces habitants pour obtenir la nationalité russe, estimant que les Ukrainiens l’étaient par le cœur, « peu importe qu’ils possèdent dix passeports différents ».

Le Président ukrainien est également revenu sur les raisons principales ayant conduit 73  % des électeurs à lui accorder leurs suffrages. Soulignant la situation économique difficile du pays, il a directement critiqué le gouvernement, accusé de juste répondre « il n’y a rien que nous puissions faire ». Reprenant la thématique qui l’a conduit au poste suprême, Volodymyr Zelensky a demandé à ses membres de laisser leur place « à ceux qui pensent aux prochaines générations et non aux prochaines élections ». Achevant son intervention dans une ambiance glaciale [« Vos applaudissements sont plutôt légers… Je suppose que tout le monde n’apprécie pas ce que je dis ? Dommage, car ce n’est pas moi, mais le peuple ukrainien qui le dit »], le Président a demandé aux parlementaires d’approuver les lois supprimant l’immunité parlementaire et criminalisant l’enrichissement illégal, mais aussi de provoquer la démission du chef des services de sécurité, du Procureur général et du ministre de la défense, avant d’annoncer sa décision de dissoudre le Parlement et de convoquer de nouvelles élections.

L’Ukraine était également à l’ordre du jour à New-York, où la Russie avait demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui ne s’est pas tenue par suite de l’opposition de six délégations, dont la France. Son représentant s’est opposé à une séance qui se serait tenue « le jour même de l’investiture du nouveau Président ukrainien ». La Russie avait motivé cette réunion par la promulgation le 15 mai 2019 par Petro Poroshenko d’une législation imposant la langue ukrainienne comme langue officielle de l’Ukraine. Cette loi avait déjà fait l’objet d’un débat au Conseil de l’Europe, la commission de Venise s’étant prononcée contre un projet qui déniait le droit des minorités, alors que c’est la question de la langue qui est à l’origine du conflit en Ukraine.

Réunion des membres de l’OPEP, à l’exception de l’Iran : la République islamique au cœur des débats

 

Réunion des principaux membres de l’OPEP, sans l’Iran, le tout sur fond de tensions dans le Golfe persique. Tous droits réservés.

Dimanche 19 mai, une réunion des ministres de l’Energie des principaux membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) s’est tenue dans la ville de Djeddah. Cette réunion a permis aux pays de l’OPEP de se coordonner afin de stabiliser le marché mondial du pétrole. En effet, les crises iranienne et vénézuélienne ont entrainé une baisse dans la production quotidienne de barils et une chute des exportations. Toutefois, les stocks de brut continuent d’augmenter selon le ministre de l’Energie saoudien, Khaled al-Faleh, malgré les tensions croissantes entre les Etats-Unis et l’Iran – grande absente de cette rencontre.

Le 19 mai, le Président des Etats-Unis a mis en garde sur Twitter la République islamique :« si l’Iran veut se battre, ce sera la fin officielle de l’Iran ». Il prévient la théocratie : « Ne menacez plus jamais les Etats-Unis ! ». Le lendemain, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif a répondu : « les Iraniens sont restés debout pendant des millénaires alors que leurs agresseurs [sont] tous partis ». Il ajoute : « Le terrorisme économique et les railleries génocidaires ne mettront pas fin à l’Iran ».

Ces attaques verbales font suite aux sanctions américaines prises à l’encontre de Téhéran avec une volonté de « porter à zéro les exportations » iraniennes dans le secteur pétrolier. L’Iran étant le 4ème exportateur mondial de pétrole en 2018, ces sanctions fragilisent le marché de l’or noir, qui craint des hausses des stocks mondiaux. Toutefois, les pays de l’OPEP sont « unanimes dans leur volonté de continuer à travailler pour arriver à la stabilité entre l’offre et la demande » a indiqué le ministre de l’Energie saoudien.. Riyad et Abou Dhabi assurent qu’ils « seront flexibles » et qu’il faut rester prudents. « Produire davantage ferait enfler les stocks et conduirait à une chute des cours du baril » selon les mots de Khaled al-Faleh.

La menace iranienne – brandie à plusieurs reprises par la République islamique en cas de conflit aggravé avec Washington – de fermer le détroit d’Ormuz aggrave davantage la situation. Ce couloir, hautement stratégique, est « le point de passage le plus important au monde » selon l’administration américaine. Cependant, l’Iran, auquel les Etats-Unis ont également imposé des sanctions dans le secteur bancaire, et sur les exportations de fer, d’acier, d’aluminium et de cuivre, est au bord de l’implosion économique et ne veut probablement pas envenimer la situation.

La réunion des membres de l’OPEP était également l’occasion de revenir sur les actes de « sabotage » déplorés contre quatre navires au large des côtes orientales des Emirats et l’attaque contre un oléoduc saoudien revendiquée par des rebelles yéménites, soutenus par Téhéran. Néanmoins, le ministre saoudien de l’Energie a voulu se montrer rassurant déclarant que « les actions destructives qui ont été commises la semaine dernière, ne produisent aucun effet à l’encontre de la distribution pétrolière ». Il ajoute concernant le marché pétrolier : « Je ne suis pas sûr qu’il y ait une pénurie de l’offre, mais nous regarderons l’analyse du marché. Nous serons sans aucun doute réactifs et le marché sera fourni ».

Riyad a demandé la convocation de sommets extraordinaires du Conseil de coopération du Golfe ainsi que la Ligue arabe, à La Mecque le 30 mai prochain afin de « discuter des agressions et de leurs conséquences sur la région » selon l’agence de presse officielle saoudienne. Il s’agit également de débattre sur « tous les sujets susceptibles de renforcer la sécurité et la stabilité dans la région ».

La 29ème Session SMHES « au contact » de l’armée de Terre

A l’occasion de leur huitième et avant-dernier séminaire, les auditeurs de la 29ème session méditerranéenne des hautes études stratégique ont été accueillis dans trois formations de l’armée de terre stationnées dans la région Sud Provence Alpes Côte d’Azur. Le séminaire s’est prolongé par une conférence, ouverte aux adhérents de l’Institut FMES, traitant des accords internationaux et de la souveraineté des Etats puis par une table ronde portant sur la recherche d’une solution juridique aux différends sur la délimitation des espaces maritimes chypriotes.

Les auditeurs ont été accueillis le jeudi 16 mai 2019 à Marseille par le général de division Bruno Guibert, commandant la 3ème division, qui engerbe, pour reprendre les termes en usage, 25 régiments relevant des 2ème brigade blindée, 6ème brigade légère blindée et 11ème brigade parachutiste. Deux grands thèmes ont soutenu la présentation générale. Tout d’abord, nos hôtes ont insisté sur la remontée en puissance décidée après les attentats de janvier 2015, qui a permis de porter les effectifs de la force opérationnelle terrestre de 66 000 à 77 000 militaires, conformément à son nouveau contrat opérationnel qui intègre désormais un déploiement majeur et permanent sur le territoire national. A également été présenté le nouveau modèle d’armée baptisé « Au Contact », élaboré pour tenir compte du contexte opérationnel et supprimer « certaines rigidités apparues depuis le passage à une armée professionnelle ». Ce modèle repose sur un rééquilibrage entre les fonctions stratégiques, avec un accent plus marqué sur les fonctions de prévention et de protection du territoire national, la mise en œuvre d’un spectre complet de capacités et un changement de génération des capacités terrestres, avec l’avènement des nouveaux équipements du programme SCORPION.

La présentation s’est poursuivie par trois exposés permettant aux officiers de l’état-major de partager leur expérience sur Barkhane, opération lancée le 1er août 2014, qui « vise en priorité à favoriser l’appropriation par les pays partenaires du G5 Sahel de la lutte contre les groupes armés terroristes (GAT), sur l’ensemble de la bande sahélo-saharienne ». Parmi les multiples missions auxquelles contribue l’armée de terre, il a également été possible de découvrir la vie quotidienne du détachement français de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban, établie en mars 1978 et le rôle déterminant de l’officier français inséré au sein de la Multinational Force & Observers, une organisation internationale chargée de contrôler l’application du traité de paix israélo-égyptien sur la frontière orientale du Sinaï.

A l’issue du déjeuner, les auditeurs ont progressé d’une vingtaine de kilomètres dans l’est pour gagner le camp de Carpiagne, occupé depuis juillet 2014 par le 1er régiment étranger de cavalerie, un des sept régiments constituant la 6e brigade légère blindée. Accueillis par le colonel Olivier Baudet, ils ont pu échanger avec les nombreux légionnaires mobilisés pour présenter les principaux équipements du régiment, parmi lesquels les engins blindés AMX-10 RC-R (Roues-Canon rénovés). Evoquant leur métier avec une pointe d’accent tantôt mongol, tantôt roumain, tantôt indéterminé, les légionnaires ont été fidèles à la réputation de ce corps légendaire. C’est avec une grande fierté qu’ils attendent l’arrivée des premiers engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar, emblématiques du programme SCORPION, qui « vise à créer un système de combat tactique évolutif et flexible, à même de remplir toutes les missions opérationnelles présentes et futures de l’armée de Terre ». La journée s’est achevée sans surprise autour d’un verre de Puyloubier, issu du domaine éponyme où s’est installé en 1954 l’Institution des invalides de la légion étrangère.

Poursuivant leur découverte de l’armée de terre, les auditeurs se sont retrouvés le vendredi 17 mai 2019 au Cannet des Maures, devant l’entrée de la base école général Lejay, du nom du premier commandant de l’aviation légère de l’armée de terre (ALAT). Reçus par le général de brigade Jean Bouillaud, commandant l’École de l’aviation légère de l’armée de terre, entouré par des représentants du Centre de formation interarmées NH 90 et de l’École franco-allemande du Tigre, ils ont pu se projeter dans la troisième dimension et appréhender la spécificité de l’aérocombat. Fort d’un parc de 320 aéronefs totalisant 75 000 heures de vol par an, l’ALAT comptabilise 53% du parc étatique des voilures tournantes, loin devant l’armée de l’Air (17%) et la Marine nationale (11%). L’action de ces hélicoptères a été déterminante dans le succès des derniers engagements dans le Sahel (opération Serval), en Libye (opération Harmattan), en Afghanistan (opération Pamir), en Côte d’Ivoire (opération Licorne) ou en République centrafricaine (opération Sangaris), ces aéronefs ayant contribué de façon majeure à la destruction des éléments adverses, sans qu’aucune perte civile n’ait été observée au cours des dernières opérations citées. Seule ombre au tableau, la faible disponibilité du parc a été évoquée en toute transparence, illustrant ainsi une défaillance bien identifiée par la ministre des armées, qui avait annoncé dès décembre 2017 une série de mesures destinées à améliorer la disponibilité des aéronefs militaires. Le général de brigade Jean Bouillaud a conclu ces trois demi-journées pleinement consacrées à l’armée de terre en rappelant les objectifs de l’ALAT de disposer des capacités nécessaires pour affronter victorieusement les bulles de déni d’accès qui se multiplient, par exemple le long des rivages de la Méditerranée.

La journée s’est achevée par une conférence prononcée par un ancien conseiller militaire de la représentation permanente de la France auprès de de la Conférence du désarmement à Genève. S’appuyant sur une longue expérience des négociations internationales, l’orateur a détaillé les règles non écrites dont le respect permet l’élaboration consensuelle des décisions internationales, tout en garantissant la souveraineté des Etats. Il est revenu sur le positionnement des diplomates et des militaires qui les conseillent et sur les nombreux outils à leur disposition leur permettant de rallier à leur cause les nations « hésitantes ». Le lendemain matin, maître Béatrice Trigeaud, avocate au barreau des Hauts-de-Seine, a permis aux auditeurs d’approfondir leurs réflexions sur les conséquences géopolitiques de l’exploitation des gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale, en présentant les multiples modes de résolution du différend opposant la Turquie à la communauté internationale sur la délimitation des espaces maritimes entourant l’île de Chypre. En présence du commissaire général adjoint au préfet maritime de la Méditerranée, chargé de l’action de l’État en mer, une table ronde a suivi cet exposé magistral, sans que les « difficulté substantielles » ne trouvent de solution évidente, la Turquie n’étant pas partie à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer et la République turque de Chypre du Nord restant une entité sans substance juridique, reconnue uniquement par la Turquie.

Le séminaire de clôture se tiendra du 13 au 15 juin 2019 à Toulon et verra le président de l’Institut FMES et le représentant du directeur de l’IHEDN remettre leurs diplômes aux auditeurs.